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Mardi 11 décembre 1917

Paul Hess

11 décembre 1917 – La nuit dernière a été très mouvementée.

A 21 h, une attaque allemande, qui provoquait un tir très nourri et prolongé de notre artillerie, avait lieu vers Brimont. Le même genre de tir reprenait dans la seconde partie de la nuit, et durait près d’une heure (contre-attaque de notre part).

Beau temps. Dès le matin, cinq aéros boches se promè­nent déjà du côté des lignes et viennent jusqu’au-dessus de la ville, malgré le tir de nos pièces.

Nous apprenons qu’un bombardement par avions a eu lieu, la nuit, sur Épernay et Châlons (probablement par ceux que j’ai entendu passer et repasser).

A 13 h 1/2, bombardement par obus à gaz, vers Gerbert. Des habitants sont incommodés dans le Barbâtre et place Museux.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 11 – – 1°. Nuit tranquille jusqu’à 4 h. De 4 h. à 5 h. 1/2, très violente canonnade française. Quelques-uns disent que toute la nuit il y a eu du canon au loin. Les Allemands ont envoyé des gaz sur le Barbâtre : 2 soldats intoxiqués.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

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Lundi 16 juillet 1917

Cardinal Luçon

Lundi 16 – + 15°. Nuit tranquille en ville. Vers 2 à 3 h., canonnade française – sur quel point ? A 6 h. 1/2 ou 7 h. Bombardement sur la ville. Des éclats tombent autour de mon perron ; un éclat brise un fleuron de la rampe. De 6 h. 30 à 10 h. 30, et de 11 h. 30 à 3 h. environ (……… ). A 5 h. soir j’ai parcouru les rues Vauthier Lenoir, Université, Barbâtre, Gerbert, jus­qu’au boulevard Gerbert, dévasté affreusement. Visité le couvent,……….. et chapelle du Carmel. De 2 h. à 4 h. quartier Saint-André ravagé. Souscrip­tion à l’occasion de nos dévastations. Lettres remerciement (Recueil, p. 112).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 16 Juillet

Les Allemands ont prononcé une attaque sur nos positions au sud de Courcy. Après un vif combat, nous avons repris à l’ennemi quelques éléments de tranchées où il avait pris pied, à l’exception d’un petit poste qui est resté entre ses mains.
Vive activité des deux artilleries en de nombreux points du front. A la cote 304 et dans les régions du Mont-Haut, du Casque et du Téton, le bombardement a atteint une grande violence.
Reims a reçu 2000 obus. Il y a eu 2 blessés.
L’artillerie allemande a violemment bombardé les tranchées belges et les voies de communication dans la région de Hetsas. Des avions ennemis ont jeté des bombes sur Furnes.
Sur le front de Macédoine, des patrouilles bulgares ont été repoussées dans la région de la Strouma. Activité moyenne d’artillerie dans la région du Vardar.
L’ennemi a lancé deux attaques pour déloger nos alliés de la région de Kalusz. Il a été repoussé.
Les Russes out occupé un nouveau village dans le même secteur.
Un détachement d’alpins italiens a surpris et enlevé un poste ennemi dans le val Camonica. Canonnade entre les vallées de l’Adige et de l’Astico.

Source : La guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 1er juillet 1917

Paul Hess

1er juillet – Matinée assez calme.

Vers 14 h, bombardement pont de Vesle et rue de Soissons, où il y a des blessés.

Bombardement effrayant le soir sur les batteries — champ de Mars et au cours de la nuit sur Gerbert.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Dimanche 1er – Nuit tranquille à Reims ; combats autour de la ville, obus fusants à plusieurs reprises, vers 2 h., un d’eux casse la jambe à un homme. Visite de M. de Montebello, Reinach, 1 lieutenant. Violents combats de 8 h. 30 à minuit.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 1er juillet

Au nord de Saint-Quentin, un coup de main ennemi sur nos petits postes de la région de Gricourt a été aisément repoussé.
Sur la rive gauche de la Meuse, l’activité des deux artilleries s’est maintenue très grande entre le bois d’Avocourt et le Mort-Homme. Sur les pentes ouest du Mort-Homme, l’ennemi a essayé, à plusieurs reprises, de développer les quelques avantages qu’il avait acquis. Toutes ses tentatives pour déboucher des éléments de première ligne ont été brisées par nos feux ou rejetées par nos contre-attaques. Nous avons fait des prisonniers.
Sur le front belge, les Allemands ont attaqué un poste avancé vers la Maison-du-Passeur. Ils en ont été chassés après un combat violent. L’artillerie allemande a été très active dans la région de Steenstraete-Hetsas.
Des informations complémentaires confirment le succès des opérations britanniques dans la région de Lens. Nos alliés n’ont pas seulement capturé des prisonniers et des mitrailleuses, mais encore réalisé une avance importante de 1600 mètres en profondeur sur un front de 6500. Ils ont enlevé une série de systèmes de défense plus puissamment organisés sur les deux rives de la Souchez servant de protection à la ville de Lens. Leurs pertes ont été minimes, celles des Allemands considérables.
Les Italiens ont retiré certains postes avancés sur le plateau d’Asiago.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mardi 26 juin 1917

Paul Hess

26 juin 1917 – Sifflements ininterrompus dans la matinée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 26 – + 15 °. Violent bombardement sur les batteries, boulevard de la Paix, rue Gerbert, et plus près de nous encore sur la ville. Beaucoup d’éclats tombent chez nous.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mardi 26 juin

Activité continue et très vive des deux artilleries dans le secteur ferme de la Royère-ferme Froidmont, ainsi que vers Hurtebise et à l’est de Chevreux. Dans cette dernière région, deux coups de main sur nos tranchées ont valu des pertes à l’ennemi sans aucun résultat.

Deux autres tentatives allemandes sur nos petits postes, en Woëvre et dans la région de Saint-Mihiel, ont complètement échoué.

Sur le front britannique, l’ennemi a subi des pertes et laissé des prisonniers, par suite de coups de main exécutés par nos alliés vers Epéhy, Bullecourt, Roeux, Loos et Hooge.

Au cours d’un raid à l’est de Vermelles, les Anglais, ont fait sauter des abris allemands et infligé de grosses pertes aux occupants. Ils ont avancé par des opérations de détail au sud-ouest de Lens et au nord-ouest de Warneton.

La tension s’est aggravée entre l’Allemagne et la Norvège, ce dernier pays ayant constaté que la destruction d’un certain nombre de ses navires était due à des attentats allemands.

Le congrès de tous les Soviets russes s’est prononcé en faveur de la dissolution de la Douma et du Conseil de l’Empire.

Le retour de M. Venizelos au pouvoir a été décidé dans une conférence entre le roi de Grèce Alexandre Ier et M. Zaïmis. L’ex-roi Constantin est parti de Thusis pour Bergun, autre station du canton des Grisons.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 23 juin 1917

Louis Guédet

Samedi 23 juin 1917

1015ème et 1013ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Beau temps ce matin. Nuit semblable aux précédentes, on dort toujours mal étant presque toujours en éveil. Je vais un peu mieux mais je suis toujours profondément triste. L’avenir est si sombre pour moi quand je songe aux miens, mes amis, femme, enfants, sans compter les soucis et tristesses présentes. C’est trop d’épreuves pour le même, toujours pour le même. Et pas une consolation, une satisfaction (rayé), mais quand on (rayé) ce que cela (rayé) à se (rayé) que (rayé) sont (rayé) et ont (rayé) devoir. Et puis faire (rayé) ? pour ce qu’il (rayé)!

6h soir  Journée blanche. Eté à mon courrier, lettres diverses, répondu. (Rayé) qui (rayé) si cela (rayé) peu de courage. (Rayé). Après-midi porté lettres. Journal Petit Rémois dont l’article de Paul Bienvenu sur les décorations est plutôt sobre. Il tape surtout sur la bande Guichard, Beauvais, Dramas, etc…  toute la camarilla. Ils ne l’ont pas volé. A peine rentré chez moi qu’on m’appelle 9, rue de l’Équerre pour un testament qui du reste était déjà fait. Je n’ai qu’à le compléter par un codicille. La testatrice me remet également ses quelques valeurs, ce dont je me passerais bien. Rentré chez moi, et voilà que çà recommence à taper comme ce matin de 11h à 2h sans discontinuer. Que Diable leur avons-nous fait pour qu’ils nous bombardent ainsi. Quelle vie de misère ! Heureusement que jusqu’ici ce n’est pas trop venu de notre côté. Je souhaite que cela continue. Je suis si peu fort maintenant !! Je ne pourrais plus résister je crois. A la Grâce de Dieu !

Le temps s’est maintenu beau, nous voilà engagés pour une nouvelle période de beau temps. Si encore nous étions bientôt délivrés. Mais hélas !! On parle déjà de passer l’hiver ainsi… Le pourrais-je ?… !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

23 juin 1917 – Bombardement sérieux vers les rues Ponsardin, Gerbert et du Barbâtre ; — 1 300 obus.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 23 – + 13°. Bombes toute la matinée sur rue Ponsardin, Mont- Dieu, Barbâtre, Gerbert. Ce matin 6 h., bombes incendiaire rue Sainte-Geneviève. Visite d’un officier envoyé de la Place. Visite du Père de Comuet et du Père d’Herbigny ; de M. l’Abbé Thellier de Poncheville. Visite de la Cathédrale avec lui. Après-midi, obus comme dans la matinée. De 5 h. 30 à

5 h. Rafales jusqu’à 7 h., rue Gerbert. 16 obus à l’Ecole des Arts et Métiers. Aux Trois-Fontaines, un blessé. 1 obus chez M. Prévoteau.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 23 juin

Sur le chemin des Dames, le bombardement de nos positions au sud de Filain et dans la région de Braye-en-Laonnois, s’est prolongé jusqu’au matin et a été suivi d’une série d’attaques très violentes.

Sur un front de 2 kilomètres, depuis l’ouest de la ferme la Royère jusqu’à l’épine de Chevregny, les Allemands ont lancé des forces importantes composées de troupes spéciales qui ont attaqué avec un grand acharnement, malgré les lourdes pertes que leur ont infligées nos feux. Sur la majeure partie du front attaqué, les forces de l’ennemi ont été brisées et les vagues d’assaut rejetées dans les tranchées de départ. Nous avons maintenu nos positions sauf au centre, où l’ennemi a pu, après plusieurs tentatives, pénétrer dans un saillant.

Les Anglais ont repoussé un coup de main allemand à l’est d’Epéhy. L’ennemi a laissé plusieurs cadavres sur leurs réseaux et un certain nombre de blessés, qui ont été capturés. Une tentative analogue a échoué également vers la ferme Villemont.

Un avion allemand a été abattu en combat aérien et six autres ont été contraints d’atterrir avec des avaries.

Le cabinet autrichien Clam-Martinic a démissionné une seconde fois en présence de l’opposition des Slovènes, des Tchèques et des Polonais.

Les Allemands ont annoncé aux Russes qu’ils allaient reprendre leurs attaques.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 4 février 1917

Louis Guédet

Dimanche 4 février 1917

876ème et 874ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Gelée de plus en plus forte, tout gèle, hier j’ai failli ne plus avoir d’eau, et ce matin de même. En ce moment il y a 12° au-dessous, les carreaux sont gelés partout. C’est un froid terrible que je n’ai pas vu depuis 1895 et 1888/1889. Pauvres soldats !! Et ma pauvre femme et mes pauvres petits, qu’ils doivent souffrir à St Martin de ce froid !! Pourvu qu’ils aient assez de chauffage !! Quelle torture pour moi en songeant à cela. Ajoutée à toutes les autres !! Qu’ai-je donc fait pour souffrir ainsi ?!! Et pas de solution à cette vie malheureuse ! au contraire plus cela avance, plus je vois que nos souffrances augmentent !! quand verrai-je la fin de nos misères, et surtout de celles de ma pauvre femme et de nos petits ! Aujourd’hui dimanche, journée difficile à passer à cause du non travail. Que faire ?? Je vais tâcher de m’occuper.

6h1/2 soir  Sorti un peu cet après-midi, porté mes lettres à la Poste, rencontré le Gendarme Henry de la Brigade de Sedan, toujours au coin de la rue des Capucins vers 2h, qui me rappelait que je l’avais interpellé en lui disant de s’éloigner tandis que le Commissaire Central me sermonnait  ?? au coin de la rue des Capucins le 6 ou 7 octobre 1916, et me transmettait les significations de cet Aliboron de Colas au sujet de mes acquittements des procès de simple police du 3 octobre 1916. Oh ! M. le Juge, j’ai compris maintenant pourquoi vous me disiez de passer au large l’autre jour !! Ah !…  Vous nous avez rendu un rude service en engueulant Colas et Girardot. Voilà Colas parti, j’espère bien que l’autre suivra bientôt. Nous avons enfin la Paix. Quand je pense, M. le Juge, que Colas nous disait un jour que nous devions être à l’égard des Rémois aussi durs et aussi sévères que les Gendarmes allemands !! C’est honteux. On peut faire son service sans être des brutes !! Voilà encore un point sur Colas de fixé. En attendant d’autres. Il m’a promis de me fournir l’ordre du jour de Girardot où il disait qu’on ne serait jamais assez durs et sévères avec la Population Rémoise ! J’y compte.

Été voir M. Millet-Philippot, 29, rue Ponsardin en passant rue Cérès, boulevard de la Paix, rue Gerbert et rue Ponsardin. Que de Ruines encore rendues plus tristes par la neige. C’est lugubre. Pour lui demander quelques renseignements sur la mort de Varenne, notre regretté secrétaire de la Chambre des notaires, et sa femme (Émile-François Varenne, et son épouse Léontine Delaire, ils habitaient au 21, rue Ponsardin). Ils ont été tués au bombardement du 18 septembre 1914 dans la matinée, vers 9h/10h, lui un éclat au cou et plusieurs dans le corps, et sa femme les 2 pieds coupés. Il parait que celle-ci avait une expression de terreur effrayante sur le visage. On les a roulés en hâte dans 2 draps et portés tels quels au cimetière du sud dans la même fosse l’un sur l’autre. On était pressé alors !! et surtout terrorisés par ces premiers bombardements. C’est Peltereau-Villeneuve qui est leur notaire et qui a les papiers trouvés sur eux ou près d’eux dans la cave où ils gisaient, côte à côte…  Singulière fatalité, il parait qu’ils venaient toujours se réfugier dans la cave de M. Millet, celle-ci paraissant plus sûre que le leur. Il a fallu qu’ils se trouvent ce jour-là dans la leur. Ils devaient partir 2 ou 3 jours après, dès que Varenne aurait touché une rente viagère qui devait l’aider à payer son voyage. Tout s’enchaine !! C’est la destinée ! Je vais pouvoir renseigner Decroos, notaire à St Omer qui me demandait ces renseignements pour une sœur de Mme Varenne, sa cliente. J’en profite pour lui demander des nouvelles de Mme Lengaigne, dont nous n’avons plus depuis longtemps…  son fils ainé doit être soldat comme mon Jean, ils étaient du même âge.

Rentré ensuite, écrire un peu. Passé voir Melle Payard et sa compagne Melle Colin 40, rue des Capucins, bavardé une demi-heure et rentré définitivement. Il va encore faire très froid cette nuit. Quand cela finira-t-il ? On souffre vraiment !!…  Heureusement qu’on ne nous bombarde pas ! Descendre à la cave par ce temps, ce serait bien pénible !! surtout la nuit !!…

Absence des feuillets 423 et 424, le court passage du 5 février a été recopié par Madeleine.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 4 – Septuagésime.- 13°. Nuit tranquille. Expédié réponse sur les Séminaires au Cardinal de Lai.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 4 février

Canonnade intermittente sur divers points du front. Rencontres de patrouilles dans la région de Bezonvaux; nous avons fait des prisonniers.

Deux avions ont été abattus dans nos lignes par le tir de nos canons spéciaux : l’un à 0ulches (Aisne), l’autre près de Bloue-Sablons (région de Beaurieux).

Sur le front belge, rencontres de patrouilles devant Dixmude : elles se sont terminées à l’avantage des Belges. Plusieurs tentatives de l’ennemi pour pénétrer dans nos tranchées, après préparation d’artillerie, ont échoué sous les feux d’artillerie et d’infanterie belges.

Sur le front russe, dans la région de Kemmern (ouest de Riga), un avion allemand a jeté une bombe qui a blessé 10 soldats. A 1’est de la chaussée de Kolncem (ouest de Riga), 1es Al1emands ont attaqué les troupes russes après un feu violent, mais leurs vagues ont été brisées. Les Allemands renouvelèrent encore leur attaque, mais sans aucun résultat. Les autos cuirassées ont été d’un précieux concours à nos alliés.

Un avion allemand a bombardé un train express à Kreutzburg, près de Jacobstadt; un autre, le village de Gojowo.

Fusillade et canonnade sur le front roumain.

Lloyd George, ministre d’Angleterre, a prononcé un grand discours à Carnavon.

Les délibérations au sujet de l’attitude à prendre vis-à-vis du blocus allemand continuent à Madrid et à Washington.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

bezonvaux

Bezonvaux

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Lundi 19 octobre 1914

Abbé Rémi Thinot

19 OCTOBRE – lundi –

Ce matin, je pars à 8 heures par la « diligence Pingot ». C’est la voiture du laitier Rêve, qui fait le service Épernay-Reims, et qui part de chez Pingot, angle de la rue de Tambour. « Où court-il ainsi? Chez Pingot, chercher des tripes ! » C’est une affiche qui a couru Reims.

  1. Saintsaulieu, qui m’a servi la messe ce matin, prend un instantané du départ. Et alors, superbement, au galop de deux pur-sang attelés à la guimbarde – nous sommes serrés comme oncques le furent les grands pots de lait – nous enfilons la rue Colbert, Place Royale- un virage magnifique – puis la rue Carnot. Rue de Vesle, tout en haut, avant la Porte Paris, collision ; un de nos coursiers glisse, se relève, et va escalader un sapin, landau découvert… On continue ; la diligence enfile la route vers Montchenot, fait escale aux postes nombreux qui exigent les laissez-passer, entre dans le beurre qui emplit les bas-côtés de la route pour faire place aux convois.

Ah ! les convois interminables qui défilent au pas sans sourciller… A peine un écart quand arrivent en trombe les voitures militaires, les grands autobus « garde-manger ». Le Cadran ; des émigrés occupent toutes les maisons. Champillon ; Épernay.

Je déjeune au buffet avec le commandant Magnain, commissaire de gare. Nous partons à 1 heure 37 ; il n’y a pas une foule excessive… Nous précédait un train porteur de jolis « 75 » avec les chevaux et les munitions.

Le voyage avec des gens de Montmirail et de la région. On parle du passage des Prussiens de la grande bataille, des ponts sautés que nous franchissons sur des échafaudages d’occasion très curieusement établis. Avant Meaux, sur la Marne, sur des péniches ; un pont de planches pour voitures et piétons…

9  heures ; Hôtel Terminus. Je prendrai l’express pour Lyon demain soir à 8 heures 05. Le train arrive à 5 heures du matin à Lyon et aussitôt, il y a un train pour Evian. C’est le seul express de la journée. Deo gratias.

Paris n’est pas très animée, mais comme on voit, comme on sent que ces gens sont loin des opérations ! Ils vivent des dire de la Presse ! et des conclusions de leur jugeote !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Lundi 19 octobre 1914

38ème et 36ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Contrairement à ce que je craignais la nuit a été tranquille. Reçu ce matin une lettre de Madeleine qui restera à Granville jusqu’à la fin de ce mois et qui me dit que Jean trouve son cours un peu fort. Cela m’inquiète. Je n’ai pourtant pas besoin de ce souci. Ma pauvre femme me dit qu’elle va écrire à Mativet (le directeur de Ste Geneviève à Versailles) pour voir à cela ! Mon Dieu je n’ai pourtant pas besoin de cela ! Je n’en sortirai donc jamais de mes misères. Je n’ai cependant plus la force d’y résister. A sa liste était jointe une lettre fort gentille d’André. Aurais-je la force, le courage d’y répondre, ainsi qu’à Marie-Louise !! Je ne sais. Cela me fera trop de peine, je souffrirai trop. Oh ! non ! je n’y résisterai pas. Reverrai-je mes aimés ? Je crois bien que non ! Je suis à bout de forces.

5h soir  Ai eu à déjeuner l’abbé Andrieux et Maurice Mareschal. Idées peu gaies. Attendu tout ce que nous avons souffert et que nous souffrons, sans parler de ce qui peut nous attendre. Reçu à 2 heures lettre de ma pauvre femme, qui ne m’égaie pas, loin de là. Je ne cesserai d’avoir des inquiétudes à droite et à gauche que quand je serai mort. Oh mon Dieu ! Je n’en suis pas loin peut-être, car tout à l’heure, en allant porter des lettres à la Poste, j’ai eu comme des étourdissements et mes jambes flageolaient. (Rayé) … ne doit pas compter… Le passage suivant a été rayé entièrement.

Je me sens la tête vide ! J’ai peur de perdre la raison !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dans le Courrier de la Champagne, nous lisons aujourd’hui un article reproduit de l’Écho de Paris, dont voici le texte :

Dupes ou Dupeurs

Nous lisons dans l’Écho de Paris :

Il n’est sans doute pas éloigné, le jour où Reims, sur notre centre, comme Lille sur notre gauche, sera dégagé, si l’on tient compte de nos progrès dans la direction de Craonne et au nord de Prunay.

Il est vrai que Reims continue à recevoir ses obus quotidiens, surtout dirigés contre la cathédrale.Quand on s’est engagé ans une voie sacrilège, on y persiste, comme c’est le cas de l’armée de Bulow. L’univers civilisé ayant protesté contre ce procédé que ne justifie aucun besoin stratégique, le communiqué allemand du 14 courant, en disant « qu’il n’y a rien à signaler sur le reste du front du côté français (sauf la prise de Lille) », ajoute textuellement :

« Les Français ont installé deux batteries d’artillerie lourde tout près de la cathédrale de Reims. On a constaté en outre que sur une des tours de cet édifice on faisait des signaux lumineux. Il est bien entendu que nos troupes devront prendre les mesures nécessaires pour assurer leur défense sans se préoccuper de la cathédrale. Les Français seront donc responsables, aujourd’hui comme avant, d’un nouveau bombardement de la cathédrale. »

Et allez donc !… On sait en quels termes énergiques, le Général Joffre a déjà, lors du premier bombardement, fait justice de ces puériles insinuations de l’état-major allemand. Il persiste.

Attendons l’heure – elle n’est pas éloignée – où la cathédrale sera loin de la portée de leurs obusiers (1). »

Nous n’ajouterons qu’un mot à la note de notre confrère.

Pour nous, qui savons où sont installés nos pièces d’artillerie, pour nous qui ne cessons de jeter des regards désolés sur les tours de notre cathédrale, notre impression ne peut être que cette-ci :

Ou les Allemands se font duper et voler par leurs espions.

Ou ce qui est plus vraisemblable, ils continuent à vouloir duper le monde civilisé.

Les mensonges, chez eux, sont devenus un moyen de guerre que forgent leurs états-majors comme Krupp leur fabrique des canons.

Après la réoccupation de la ville par nos troupes, le Rémois auraient pu supposer que l’installation faite aussitôt par les soldats du génie, sur la tour nord de la cathédrale, était destinée à l’observation ou à la signalisation, mais, lorsque le 15 septembre, ils virent enlever les fils qui descendaient sur la place du Parvis par les mêmes soldats et disparaître tout le matériel amené, il leur apparut que l’on avait seulement procédé à un essai.

Les signaux lumineux dont le prétexte est invoqué par les Allemands, n’existaient certainement pas le 19 septembre, ni le trois ou quatre jours précédents, pas plus d’ailleurs qu’il n’existaient le 4 et, pour notre part nous croyons que l’on peut avoir pour conviction personnelle que ce jour de bombardement d’intimidation, la cathédrale, si elle ne fut pas atteinte, avait déjà été visée.

A propos de ces explications tendancieuses de l’ennemi, Le Courrier de la Champagne du 1er octobre avait déjà publié l’entrefilet suivant :

Le témoignage du Général Joffre, Bordeaux, 27 septembre

Le gouvernement allemand ayant déclaré officiellement à divers gouvernements que le bombardement de la cathédrale de Reims n’avait eu lieu qu’en raison de l’établissement d’un poste d’observation sur la basilique, le gouvernement français en a informé le général commandant en chef des armées d’opérations.

Le Général Joffre a immédiatement répondu au Ministre de la guerre dans les termes les plus nets. Le commandant militaire à Reims n’a fait placer, en aucun moment, un poste d’observation dans la cathédrale. Le bombardement systématique commença le 19 septembre à 3 heures de l’après-midi.

Quant aux batteries d’artillerie signalées dans le voisinage immédiat de la cathédrale – suivant le communiqué allemand – elles n’existaient pas non plus, ou alors, peut-on supposer qu’il vise celles que nous avions vues le 15 septembre, depuis le terminus de la rue Eugène Desteuque, sur les boulevards de la Paix, Gerbert et Victor Hugo. Mais, à ces emplacements, elles se trouvaient à une distance, à vol d’oiseau de 4 à 500 mètres au moins de la cathédrale.

Au surplus, elles n’étaient nullement en action – l’endroit ne le permettait pas. Elles étaient là au repos, paraissant avoir été mises sous les arbres, à l’abri des Tauben, en attendant des ordres. Leurs cuisines roulantes étaient groupées place Belle-Tour. Enfin, le vendredi 18 septembre, elles avaient été si effroyablement pilonnées par les obus, que le lendemain il ne restait, sur les lieux qu’elles avaient occupés, que de nombreux chevaux tués.

Il est donc évident que l’ennemi veut se disculper aux yeux de l’étranger, en nous faisant de tous côtés la guerre d’une autre manière, à coups de nouvelles fausses ou tout au moins inexactes – ce qui n’est peut-être pas le moins dangereux – lorsqu’elles sont propagées sur le ton d’affirmation qu’il emploie en pareil cas.

– La journée a été assez calme.

L’après-midi et le soir, nos grosses pièces ont fait entendre leurs détonations.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

(1) Le communiqué allemand du 13 octobre 1914 – comme plus tard – après avoir annoncé l’occupation de Lille, disait exactement ceci : « Deux batteries lourdes françaises étaient signalées dans le voisinage immédiat de la cathédrale de Reims. d’autre part, on a observé des signaux lumineux partant d’une des tours du monument. Il va sans dire que toutes les mesures militaires prises par l’ennemi pour nuire à nos troupes seront réprimées sans égard à la conservation de la cathédrale. Les Français sont donc eux-mêmes coupables et, aujourd’hui encore, l’admirable monument est de nouveau victime de la guerre. »


Paul Dupuy

Lundi 19

Paix. Visite à l’Ambulance de Courlancy, toutes les salles. Fusillade pendant la nuit (du 18 au 19)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

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De Limoges 16 8bre on m’accuse réception de mes lettres des 8, 9 et 10.

Henri ne s’étend pas sur la désolation qu’elles ont causée ; je la sens, je la partage et c’est pourquoi mes larmes coulent à flots dans un double sentiment de douleur qui m’associe à sa pensée, et d’admiration pour le sublime courage dont il fait preuve.

Que personne ne se laisse abattre, dit-il ; face à l’adversité, et haut les cœurs !

– Rien à signaler dans notre triste vu rémoise, si ce n’est l’inquiétude qui la mine
quand nous songeons à Marcel, dont aucune nouvelle n’est parvenue depuis le 4 8bre.

Paul Dupuy. Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Et pendant ce temps là…

Lundi 19 octobre

Armentières a été réoccupée par nous dans le Nord, tandis que tout notre front avançait dans cette région. Il avançait également au nord d’Arras, en sorte que nous acquérions de ce côté une position de plus en plus forte. Vainement, les Allemands tentaient un peu plus loin de rompre le cordon de soldats belges, assez serré par ailleurs, qui défendait le cours de la rivière Yser. Ils étaient chaque fois refoulés avec une extrême vigueur.
Les échecs qu’ils n’avaient cessé de subir depuis le début des opérations à Saint-Dié (Vosges), sur la haute-Meurthe, ne les avaient pas encore découragés. Ils ont encore renouvelé leurs agressions, et par deux points différents sur cette ville, mais ils ont cruellement expié leur audace.
Dans les pays neutres, et en Suisse en particulier, la presse commente ironiquement les communiqués allemands qui ne célèbrent plus la progression des troupes impériales en France.
Aucune nouvelle n’est venue encore de Petrograd sur les phases de la longue bataille qui se développe en Pologne. Mais on sait que les Autrichiens ont été rejetés sur le fleuve San, en Galicie, et que les Russes ont capturé de nombreux ennemis au sud de Przemysl.
Le chancelier de Bethmann-Hollweg qui vient de parcourir la partie de la Belgique occupée par l’invasion teutonne, et Anvers en particulier, est allé faire un rapport a Guillaume II sur la situation.
Plusieurs États neutres, la Suède et la Norvège spécialement, viennent de renforcer leurs prescriptions contre toute contrebande de guerre éventuelle. Ils veulent que leur impartialité ne puisse être, à aucun moment, mise en cause.

Source : La grande guerre au jour le jour

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