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Samedi 25 mars 1916

Rue de Cernay

Louis Guédet

Samedi 25 mars 1916

560ème et 558ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Toujours le même silence, sauf quelques coups des nôtres (la batterie du chemin de Cormontreuil) depuis 1 heure. Temps et soleil magnifique. Peu d’avions. Ce silence m’inquiète. Est-ce de l’impressionnabilité ? est-ce de la lassitude ? Je ne sais mais je suis bien inquiet et bien triste. Encore un courrier qui m’arrive. Ma Bonne, Adèle, mon chien Fidèle !! va me quitter. Elle est toute marrie, mais elle ne peut faire autrement. Elle est obligée de se charger des 4 enfants de sa sœur de Billy qui vient de mourir à Épernay, le Père est au front. Son père et sa mère sont trop vieux pour s’en occuper, alors c’est elle qui doit se dévouer ! quand elle m’avait prévenu il y a quelques jours je lui avais dit que malgré l’ennui et la gêne que cela me causerait, je ne pouvais la retenir, car les siens avant tout. Voila donc le seul témoin de mes misères, mes épreuves, mes souffrances et mes tortures depuis le 1er septembre 1914 qui me quitte. Elle m’était fort attachée et je le lui rendais car c’était une bonne fille, un vrai chien fidèle !! Rien ne m’aura été épargné. Il faut que je sois abandonné de tous, tout seul, tout seul !!!…  J’ai bien ici pour la remplacer Lise et Jacques, mais ils sont au service de Mme Mareschal et ce n’est plus la même chose. Et puis quand Reims sera délivré ma pauvre femme n’aura personne pour la seconder, l’aider dans le triage de tous nos débris !!… C’est dur, bien dur !! Non, rien ne m’aura été épargné. Et si c’était encore la fin et qu’ensuite j’ai enfin la tranquillité, la prospérité, le bonheur…  mais je n’espère plus cela. Ce n’est pas fait pour moi. Je suis un maudit, un paria !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 25 – Nuit tranquille ; température : 6 ; gelée blanche, beau soleil. Visite à S. J. B. de la Salle : rue de Metz, rue de Cernay, rue de Grandval et rue de Betheniville. Visite au Dr Armand, malade. Salut du Triduum, Chapelle du Couchant. Aéroplane ; quelques coups de canon et quelques grosses bombes sur les tranchées. 11 h. combat à la grenade.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Rue de Cernay

Rue de Cernay


Alfred Wolff

Minuit ! semblables à de gros bonbons, les grosses pièces de canons résonnent semblant appeler à un office funèbre, en effet ils sèment la mort aux moyens de gaz asphyxiants qu’ils contiennent et partent de la Pompelle, but ancien processionnel de la paroisse St Remi, ce ne sont plus le même temps.

Du 3 septembre 1914 au 20 décembre 1916, Alfred Wolff, maître-tailleur spécialisé dans l'habillement militaire, raconte son parcours et ses journées en tant qu'agent auxiliaire de la police municipale. Affecté au commissariat du 2ème arrondissement (Cérès), il se retrouve planton-cycliste et auxiliaire au secrétariat. Il quitte Reims le 25 octobre 1914 pour Chatelaudren (Côtes du Nord), mais reprend son service à Reims le 6 novembre 1915.

Source : Archives Municipales et Communautaires de la Ville de Reims


Samedi 25 mars

En Argonne, à la suite de l’explosion d’une de nos mines à Vauquois, l’ennemi a attaqué et a réussi à prendre pied un moment dans notre tranchée de première ligne. Mais une contre-attaque l’en a chassé aussitôt; au cours de cette contre-attaque, nous avons fait une trentaine de prisonniers. Activité de notre artillerie sur les voies de communications ennemies en Argonne orientale et sur le bois de Malancourt-Avocourt. Au nord de Verdun, pas d’évènement. Bombardement intermittent de nos deuxièmes lignes à l’ouest et à l’est de la Meuse, avec riposte énergique de nos batteries. Au nord-est de Saint-Mihiel, nos pièces à longue portée tirent sur la gare de Vigneulles, démolissent un hangar, provoquent l’explosion d’un train qui se trouvait en gare. Le débat budgétaire a commencé au Reichstag;la plupart des orateurs critiquent les nouveaux impôts. La presse allemande avoue que le quatrième emprunt a été un demi-échec. Certains journaux d’outre-Rhin préconisent la substitution de la guerre aérienne à la guerre sous-marine. Les Turcs se disposent à résister à Trébizonde. De nouvelles émeutes ont en lieu à Constantinople.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 9 février 1916

Paul Hess

Bombardement sur le quartier Cernay

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mercredi 9 – Nuit tranquille ; + 3 ; 10 h. 1/2 neige. Aéroplane vers 4 h. 1/2.  Violente canonnade et bombes de 4 a 5 h. ; bombes sifflantes. Violent éclatement pas loin de nous. A 4,45, :31 10 h. gros coups de canon, bombes (allemandes ?). M. Lecomte est nommé Vicaire Général le 8.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 9 février

En Artois, duel d’artillerie assez intense au nord-est et au sud-est de Neuville-Saint-Vaast.
Au sud de l’Oise, nous avons dispersé une colonne d’infanterie près de Lassigny.
Au nord de l’Aisne, un tir de nos batteries a causé d’importants dégâts aux ouvrages ennemis, dans la région au nord de Troyon et sur le plateau de Vauclerc. Au nord de Berry-au-Bac, nous avons pris sous notre feu des troupes en mouvement.
En Argonne, lutte de mines à notre avantage.
Aux Courtes-Chausses, nous avons bouleversé les travaux de l’adversaire, et nous avons fait exploser une mine à la Fille-Morte.
Dans les Vosges, nous avons bombardé les cantonnements de Stossvihr et d’Hirtzbach.
Une pièce allemande à longue portée a lancé trois obus sur Belfort et ses environs. Nous avons tiré sur les établissements militaires de Donach (Haute-Alsace).
Dans l’Adriatique, un croiseur anglais et un torpilleur français ont mis en fuite quatre destroyers ennemis.
On a découvert aux Etats-Unis un grand complot contre le Canada.
M. René Besnard, sous-secrétaire d’Etat à l’aéronautique, a démissionné.
M. Aristide Briand est parti avec MM. Léon Bourgeois, Albert Thomas, les généraux Pellé et Dumézil, et de Margerie pour l’Italie où il conférera avec MM. Salandra et Sonnino.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 27 décembre 1915

Vue aérienne de la ville

Paul Hess

27 décembre 1915 – Bombardement vers le boulevard de Saint-Marceaux. Des sol­dats ont été victimes, paraît-il.

II y a deux tués, un homme et un enfant et une douzaine de blessés grièvement dans la population civile.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

 Lundi 27 – Visite du Général Bizot qui bougre et qui sacre pour la gloire de Dieu. 9 h. 1/4, deux bombes sifflent longuement (mais je n’ai pas en­tendu l’explosion. Une 3e éclate plus fort et assez près de nous, puis 3, 4, 5, 6) et toute une série… Toute une série de bombes, mais tirées contre les batteries. Visite de M. l’abbé Goubernard, curé de Saint-Thierry. Il m’apprend que le bombardement de ce matin a fait 7 victimes, dont 1 artilleur qu’il a pu absoudre, rue de Cernay et faubourg Cérès, je crois.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vue aérienne de la ville

Vue aérienne de la ville


 Juliette Breyer

Lundi 27 Décembre 1915. Ce matin je m’en allais à neuf heures pour aller au lait et mener les deux cocos à la crèche, quand, arrivée à la porte, j’entendis un sifflement. Bon, c’était les boches qui recommençaient leur folie. Je fais demi-tour, je reconduis les enfants et je repartis chercher mon lait. Ils continuaient de bombarder mais ça avait l’air de tomber à mon idée entre Walbaum et Saint André. Je pouvais m’en aller sans crainte puisque la crèche se trouve boulevard Victor Hugo. Ils n’arrêtèrent que vers midi et là on me dit que tout était tombé du côté de la rue de Beine.

L’après-midi j’étais occupée à coudre quand j’entendis dans le couloir longeant notre campement M. Douline fils qui disait à Mme Passins : « Pensez, on compte du bombardement de ce matin plusieurs tués et une trentaine de blessés. M. Couronne a un parent qui habite par là ; sa maison s’est effondrée, il n’a plus rien et il a été obligé de se réfugier chez M. Couronne ». Un parent, dis-je à maman, ça ne peut être que le papa Breyer. Je veux en avoir le cœur net.

Justement Marguerite arrive goûter et elle me dit : « Il paraît qu’il y a un contremaître des Anglais qui serait tué ». Je ne fis qu’un bond. Tout cela était pour me faire peur et je courus au bureau questionner ton parrain. Il me dit que chez ton papa rue de Metz il y avait eu une bombe mais que ta maman et Juliette venaient de descendre à la cave. Elles n’ont rien eu ; sans cela elles auraient été tuées. C’est le 1er étage et le grenier qui ont été abîmés. Du moment qu’il n’y a pas de victimes, c’est une bonne chose. Demain matin j’irai voir.

Mon bon tit Lou, tu vois que nous n’avons pas été épargnés mais le jour où tu reviendras on oubliera tout. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Lundi 27 décembre

Grande activité de notre artillerie au sud de Bailleul et dans la région de Blaireville, au sud d’Arras.
Dans la région de la ferme Navarin, en Champagne, nous avons effectué des tirs heureux sur des travailleurs ennemis.
En Woëwre, nous avons fait sauter un dépôt de munitions de l’ennemi au nord-est de Regniéville.
Dans les Vosges, nous avons pris sous notre feu un train de munitions arrêté en gare de Hachimette (sud-est du Bonhomme). Nos observateurs ont constaté une forte explosion.
Sur le front belge, l’activité a été faible. L’artillerie de nos alliés a contrebattu quelques batteries allemandes.
Le général de Castelnau a été reçu à Athènes par le roi Constantin.
Le gouvernement grec a démobilisé partiellement son armée qui montrait des dispositions hostiles aux Bulgares.
Le marquis de Muni a été nommé ambassadeur à Paris, en remplacement du marquis de Valtierra.
L’ancien ministre de Bulgarie à Paris, M.Stanciof, a été mis à la retraite : ses sentiments francophiles étaient connus.
On signale des émeutes à Cologne et à Munster, en Wesphalie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 5 août 1915

Louise Dény Pierson

5 août 1915 ·

Au début du mois d’août, ma sœur est avisée que son mari va bénéficier d’une permission de 6 jours, ce sont les premières que les poilus du front vont avoir depuis le début de la guerre ! Mais par une bizarrerie du règlement, les permissionnaires ne peuvent la passer dans la zone des combats.
Heureusement les beaux-parents de ma sœur ont des parents à Saint Mard-les-Rouffy qui s’offrent à nous recevoir tous. J’y vais avec toute la famille, 8 personnes, mais la permission est retardée… Je reviens à Reims avec mon père et ma mère, sans avoir vu mon beau-frère.
Ma sœur, ses filles et ses beaux parents restent à Saint Mard jusqu’à l’arrivée tant attendue du permissionnaire, après cette rencontre, personne ne le reverra…. jamais plus !
>> Sur cette photo (prise à l’occasion de cette permission), on voit ma sœur Émilienne, son mari et leurs deux filles

L’image contient peut-être : 4 personnes, personnes debout et enfant
Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Jeudi 5 août 1915

327ème et 325ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Aujourd’hui calme, temps orageux lourd. Travaillé à mettre tout mon retard et mon courrier à jour. Vu le Procureur qui est bien las ! au point de vue espoir, mais qui fait toujours face à l’Ennemi, nous sommes d’ailleurs d’accord sur ce point ! Tenir quand même ! C’est le Devoir.

Parmi toutes les lettres reçues, Dagonet mon vieux camarade de classe et ami de 40 ans m’annonce que je fais partie d’une liste de futurs décorés civils après la Guerre avec la certitude d’être parmi les élus. « Quelle sera la couleur ? me dit-il ? » – « Attend !! » Peu m’importe car le Devoir accompli n’a pas de couleur. Toutefois je préfèrerais la Croix de Guerre pour que l’on sache bien que le ruban que je porterai aura été cueilli sous le feu, sur le front. La Légion d’Honneur serait certes, plus belle mais je craindrais que l’on croit que civil je l’ai gagnée pour services…  politiques…  par…  platitudes ! Non, j’aimerais mieux n’en jamais porter ! plutôt qu’on crût cela. Bref la Croix de Guerre ! serait de mon choix parce que…  non achetée ! Tout plutôt que cela et plutôt ne jamais à avoir à découdre ma boutonnière gauche pour y mettre un ruban…  douteux, c’est-à-dire qu’on pourrait croire que je l’aurai reçu avant ou après la Guerre ! Je la veux pour Faits de Guerre sinon…  rien ! J’aurai le Devoir accompli pour moi.

Une décoration ne doit pas être mendiée, elle doit être donnée pure, loyale et sous le feu, sur le front, de façon que mes enfants ne puissent jamais en rougir. Et qu’ils sachent que le vieux sang de leur Père qui eut tant aimé avoir comme vos aïeux toujours une épée au côté, tenue claire et fière, tranchante et souple, brillante comme un éclair, mais qui veut tout au moins que sa plume ait la même noblesse, puisque ce sera par ma plume et ma prose que j’aurai gagné cette décoration devant l’Ennemi sous le feu quotidien, sur le front.

A Dieu Vat !  Momo !

Pour mes aimés chéris, mon vieux noble Père et ma tendre aimée Madeleine. Quoiqu’elle en dise !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf trois ou quatre bordées de gros canons ou bombes. Visite à S. J.B. de la Salle avec M. Camu : rue d’Alsace-Lorraine, de Cernay, de Jean de La Fontaine (50 enfants sont préparés à la lère Com­munion par M. Dardenne).

Visite aux enfants du catéchisme en retraite de lère Communion. Vers 9 h. du matin, aéroplane français, sur lequel tirent les Allemands. Vu à 17 h. des éclats des obus tirés contre les aéros ce matin même ; départ des hirondelles dans les premiers jours d’août, comme en 1914.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 5 août

Combats à la grenade, en Artois, près du château de Carleul. Lutte assez vive en Argonne. Les Allemands ont prononcé deux attaques : l’une entre la cote 213 et la Fontaine-au Charmes, l’autre à Marie-Thérèse. Ils ont été partout repoussés. Fusillade au Four-de-Paris et à la Haute-Chevauchée. Combats à coups de grenades et de pétards dans les Vosges, au Linge et au Schratzmaennele. Au Barrenkopf, nous repoussons une attaque ennemie.
Les Italiens ont refoulé, en Carnie, une nouvelle offensive contre le Monte Medatta. Dans le Carso, ils ont brisé également une offensive autrichienne au Monte Sei Busi. Ils ont fait environ 350 prisonniers dans cette affaire.
Les Russes ont remporté des avantages sur les Allemands dans la région de la Narew, mais dans l’ensemble, ils ont poursuivi, en infligeant de très lourdes pertes à l’ennemi, leur mouvement de repliement du saillant de Pologne. Leurs torpilleurs et contre-torpilleurs poursuivent la destruction systématique de la marine marchande turque, portant des renforts ou des munitions, dans la mer Noire.
La Roumanie accentue ses mesures de prohibition de transit de la contrebande de guerre à destination de l’empire ottoma
n.

Source : La guerre au jour le jour


 

ADN-ZB I. Weltkrieg 1914-1918 - Entrée de la cavalerie allemande le 5 août 1915 à Varsovie. (Wikipedia) Osteuropäischer Kriegsschauplatz: Deutsche Truppen besetzen am 5. August 1915 Warschau. 14639-15

Entrée de la cavalerie allemande le 5 août 1915 à Varsovie. (Wikipedia)

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Jeudi 8 octobre 1914

Abbé Rémi Thinot

8 OCTOBRE – jeudi

Journée plate ; quelques bombes cet après-midi pendant que je photographiais le cloître de l’usine Lainé – près le Tiers Ordre.

Départ de Mme Midoc demain, et Watrigant pour après-demain. Bien sûr, la situation est si énervante et la solution tellement reculée… je favorise tous les départs.

Mais quelle foule faubourg de Paris et d’Epernay ! Et quel gâchis et quelle horreur si jamais un projectile va jusque-là.. !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Jeudi 8 octobre 1914

27ème et 25ème jours de bataille et de bombardement

3h soir  Nuit tranquille. Je reçois à 8h une longue lettre de ma chère femme, datée du 4 octobre 1914. Je lui réponds au sujet de Jean et de Robert, et de son projet de revenir à Paris. Je vais mettre à la Poste ma lettre avec une pour le R.P. de Genouillac pour la rentrée de Jean au Collège Ste Geneviève à Versailles. Je suis de plus en plus d’avis qu’il continue, car après la guerre il y aura certainement pénurie d’ingénieurs et Jean pourra trouver sa place au soleil. Je pousse jusqu’au Collège St Joseph pour donner à M. Gindre, supérieur, des nouvelles de sa femme dont ma chère femme m’a chargé. Il est tout ému, car il était fort inquiet du sort de sa femme, étant sans nouvelles.

Je repasse rue Brûlée, voir l’abbé Dage pour faire le point au sujet des bidons de pétrole abandonnés sur la plateforme de la tour Nord de la Cathédrale, et trouvés par nous le 13 septembre au matin. Il y avait trois bidons d’essence, un gros et 2 plus petits. Il insiste sur ce point. C’est que si un obus était tombé sur ces bidons, comme ils étaient placés, en s’enflammant l’essence devait s’écouler par le trou qui se trouve au centre de la clef de voute, se répandre sur la première plateforme au-dessous qui est en partie planchéiée et de là venir enflammer l’échafaudage et la toiture. C’est ce qui est arrivé d’une autre manière. N’empêche que la préméditation des Allemands parait de plus en plus évidente. Ils voulaient détruire la Cathédrale, c’est clair !!…  Net !

En allant voir mon Beau-père pour lui donner des nouvelles de sa fille, je rencontre Mme Léon de Tassigny avec M. Robert Lewthwaite qui m’apprend qu’elle a reçu des nouvelles de son mari qui est interné en Allemagne.

Reçu à l’instant 2 lettres de Madeleine. J’y répondrai en son temps, du reste ma réponse est partie ce matin, et une lettre de la pauvre Madame Jolivet qui me demande des détails sur l’incendie de sa maison. Je tâcherai de lui répondre pour demain.

6h soir  Que les journées sont longues et tristes à passer. On est désemparé. On ne vit pas sous la menace incessante des obus envoyés de temps à autre. On est comme un moment entre la vie et la mort. Quelle existence ! Pourvu que quand on se battra ils ne rentrent pas en Ville et qu’ils n’achèvent pas de ruiner, brûler, détruire la Ville ! Mon Dieu ! protégez moi, sauvez moi, sauvez ma pauvre maison !! Faites que je résiste à ces souffrances et qu’elles cessent bientôt !!

Je me dis parfois : à quoi bon prendre ces notes si elles doivent être détruites et si je ne survis pas à notre malheureuse situation ??

8h soir  Pas un bruit. Un silence extraordinaire quand on songe qu’à quelques mille mètres d’ici des masses de troupes sont en présence, se surveillent et que des canons sont là, mèches allumées !! C’est à rendre fou ! Vraiment ! nos nerfs, ma tête, sont mis à une rude épreuve !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Depuis trois jours, le CBR, ayant repris son service sur Dormans (ce qui permet de prendre les directions d’Épernay ou de Paris) et sur Fismes, la population de Reims, déjà fortement réduite depuis le commencement du bombardement, diminue encore à vue d’œil. La ville présente un aspect de plus en plus triste, chaque commerce des laines et tissus, que les obus et les incendies allumés les 18 et 19 septembre ont ravagé, le feu, par endroits, n’est pas complètement éteint. La fumée des foyers latents existant dans ce vaste espace dégage toujours une odeur nauséabonde, que le vent disperse au loin aujourd’hui. Ce matin, à peine dehors, ce goût infect de matières animales brûlées m’a pris à la gorge, me faisant revivre les tristes moments pendant lesquels nous en avons été tant incommodés, les enfants et moi, dans la nuit tragique du 19 au 20 septembre.

– Les journaux de ce matin Courrier de la Champagne et Éclaireur, nous apprennent qu’hier soir, vers 17 h, trois espions se disant domestiques de culture, qui avaient été déférés au Conseil de guerre, ont été fusillés, entre Verzy et Verzenay.

A ce sujet, Le Courrier dit ceci :

Espions exécutés. C’est un soulagement pour la conscience publique de savoir que les individus traîtres à la Patrie sont l’objet d’une continuelle recherche de la part de notre service de police.

Nombre d’entre eux on été déjà passé par les armes.

Hier soir, vers cinq heures, trois autres ont été fusillés entre Verzy-Verzenay ; sur chacun des poteaux d’exécution est un écriteau portant ces mots : « Traîtres à la patrie ; fusillé comme espion ».

Ce sont les nommés Cornet Eugène 31 ans ; Chenu Henri, 31 ans ; Waltier Joseph, 42 ans journaliers. Ils renseignaient l’ennemi au moyen de signaux lumineux.

Et l’Éclaireur ajoute :

…Espérons que l’autorité militaire voudra bien, par la suite, nous signaler tous les traîtres dont les noms ne doivent point être ignorés des bons et courageux enfants de France.

– Dans Le Courrier, nous pouvons lire également une très longue lettre adressée au directeur du journal, à propos de la reconstruction des quartiers incendiés et démolis – reproduite in extenso et présentée comme fort intéressante.

Le « lecteur assidu » qui a signé cette lettre propose un certain nombre de modifications possibles qui lui paraissent à la fois simples et pratiques. En voici le résumé :

1. Élargissement de la rue de l’Université jusqu’à la place Godinot.

2. Création d’une rue oblique partant de l’extrémité de la rue de l’Université où se trouvait la maison Schnock (treillageur) et venant se raccorder à la place Belle-Tour.

3. Raccordement par un voie large (et oblique) de la place Godinot à la croisée des boulevards de Saint-Marceaux et Gerbert, près des baraquements Seignelay.

4. Établissement d’une voie large raccordant la rue Thiers à la rue de Cernay.

5. Création d’une voie large derrière la cathédrale, pour permettre de dégager la rue Carnot.

6. Faire un square contre la cathédrale (côté droit).

7. Place dans le massif Saint-Symphorien tous les édifices publics, notamment la poste qui se trouverait ainsi à proximité de le place Royale, sa sous-préfecture ainsi que les créations nouvelles qui pourraient êtres faites à Reims, devenu chef-lieu d’une province ou d’un département.

8. Élargissement de la rue Cérès.

La lecture de ce document à pour effet de provoquer le sourire chez beaucoup de ceux des Rémois qui sont restés dans notre ville et ne voient aucun changement dans sa situation, depuis le 14 septembre.

Ils estiment que l’on peut évidemment prévoir l’établissement de voies nouvelles, en remplacement des rues étroites et tortueuses qui existaient à travers le quartier complètement détruit, mais parler actuellement de reconstruction leur paraît tout à fait prématuré. Le « vieux Rémois » donne à penser qu’il a craint d’arriver en retard avec ses suggestions. Sait-il que notre belle cité, si affreusement martyrisée le mois dernier, continue à subir la démolition chaque jour et qu’il y aurait peut-être lieu d’attendre quelque peu, avant de parler du redressement du plan général de Reims.

Néanmoins, il est bon de constater que l’avenir préoccupe déjà certains de nos concitoyens.

L’existence qui nous est imposée par les événements, nous contraint à une passivité affligeante ; elle pourrait devenir funeste, si nous n’y prenions garde. Nous ne nous soucions guère, pour l’instant de ces questions de reconstruction, mais nous devons reconnaître et espérer surtout qu’elles se poseront, avec la nécessité la plus urgente, en un moment favorable qu’il nous fait désirer proche.

Malgré la proximité des allemands et le danger qui nous menace toujours, avec les arrivées journalières d’obus, nous suivrons donc attentivement les objections qui seront faites au « vieux Rémois » par la voie du journal, ainsi qu’il le désire.

– Nous voyons encore autre chose, dans le journal du 8. D’abord cette note, de la mairie :

Avis aux Sinistrés. Il a été présenté à la mairie un certain nombre de demandes de secours ou d’indemnités à l’occasion des dégâts causés par le bombardement. Il est absolument impossible de prévoir, dès maintenant, comment et à quelle époque on pourra résoudre la question des indemnités. Mais, il existe des personnes qui se trouvent par le fait, réduites au dénuement le plus complet. Elles sont priées de donner des renseignements sur leur situation à la mairie, 1er bureau du secrétariat.

Puis, dans la colonne précédente, on peut lire ceci :

Le principe et le quantum des indemnités. Dans la note collective publiée dernièrement, sous la signature de nos sénateurs, de M. Lenoir, député, et du Dr Langlet, il se trouve un passage que nous nous permettons de juger regrettable.

C’est celui où il est dit que « Nul ne pose dès aujourd’hui la question de savoir si l’État prendra à sa charge, en tout ou en partie, les indemnités nécessaires à la réparation des dommages. »

L’affirmation contraire serait seul exacte. Cette question, en effet, tous les Rémoise et particulièrement tous les sinistrés se la posent anxieusement.

L’expression a certainement trahi la pensée de nos représentants.

Dès aujourd’hui, il doit être bien entendu que Reims et toutes les communes sinistrées – surtout celles qui ont souffert par ailleurs pour le salut commun – seront indemnisées et indemnisées intégralement du montant des pertes subies.

La solidarité nationale ne doit pas être un vain mot et il serait d’une criante injustice que, par suite de notre situation géographique, nous portions seuls tout le poids de la guerre.

Oui, bien des Rémois se posent plus anxieusement cette question inquiétante que celle de savoir, dès maintenant, comment leur ville sera reconstruite par les urbanistes.

Le Courrier, en publiant cet article, revient sur l’insertion qu’il a faite, le samedi 3 octobre, sous le titre « Réparation des dommages », de ce qui semblait être une lettre adressée à un ministre (lequel ?), signée par MM. Léon Bourgeois, Vallé, Monfeuillard, sénateurs, Lenoir, député et Langlet, maire de Reims.

Avec le journal, nous pouvons trouver, en effet, que nos représentants n’ont pas été heureux dans l’expression de leur pensée.

Peut-être ont-ils voulu exposer à « l’Excellence », et faire comprendre en même temps au public, qu’ils ne prétendaient pas anticiper sur les événements ni sur les décisions qu’il faudra bien prendre ultérieurement, en haut lieu.

Il n’empêche que l’on trouve généralement que Le Courrier n’a pas été assez énergique pour leur souligner l’impair commis dans leur intervention qui, cependant, peut avoir son utilité.

Laisser supposer, par une phrase ambigüe, que les sinistrées pourraient se trouve dans l’obligation de supporter, même partiellement des dégâts qu’ils ont dû subir du fait des bombardements et des incendies, apparaît inadmissible à ces derniers et provoquerait déjà, chez certains, des éclats de colère ; mais l’application du principe serait, par tous, considéré comme une véritable iniquité.

L’indignation les soulèverait facilement, contre les privilégiés ne connaissant pas les horreurs et la dévastation amenées seulement dans les contrées sur lesquelles s’abat cet épouvantable fléau qu’est la guerre.

Pourquoi donc se passerait-elle toujours chez nous, la guerre ? Est-ce que nous l’avons demandée plutôt que les habitants d’autres régions ? entend-on dire par des gens qui ne sont nullement des grincheux. Ceux qui raisonnent ainsi n’ont malheureusement pas tort.

Mais, il en est qui plaisanteraient au milieu des situations les plus critiques ou les plus graves ; ils se contentent d’ajouter avec un haussement d’épaules :

« Nos honorables devraient bien plutôt s’employer à faire transporter à Paris, à Bordeaux ou ailleurs, le théâtre des opérations ; si les Boche allaient jouer leur pièce par-là, ça ne nous priverait pas, nous l’avons assez vue ici, après avoir été obligé, malgré nous, d’occuper les premières loges. »

Espérons que l’union sacrée, si solennellement et si magnifiquement proclamée par le chef de l’État continuera ses heureux effets lorsqu’il s’agira de trancher cette question délicate et si importante, des réparations dues.

– Enfin, dans le journal du 8, on voit encore un avis de la mairie, concernant le ravitaillement. En voici le texte :

Le Ravitaillement de Reims. La ville de Reims a pu traiter, ces derniers temps, des achats réguliers de viande de bœuf et de porc à des conditions normales. L’alimentation se trouve donc assurée et nos concitoyens pourront se procurer la viande presque aux conditions habituelles. Un marché va ailleurs être établi aux abattoirs et les prix traités seront régulièrement publiés.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 

La gare du CBR

La gare du CBR

Cardinal Luçon

Canon le matin. 11 h bombes ; visite du Capitaine Compant et de son lieutenant Bourbes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Lettres à Marcel et à Hélène leur faisant part de notre deuil.

À 7H j’accompagne Marie rue Warnier pour l’aider à descendre au sous-sol ce qu’elle a de plus précieux ou de plus utile, et nous nous hâtons, car des obus sifflent dans les environs.

Peu après notre rentrée rue de Talleyrand arrive de Limoges un télégramme donnant l’Hôtel de Bordeaux comme adresse provisoire des familles Perardel, et c’est là qu’aussitôt je lance à Marie-Thérèse une première lettre préparant l’annonce de la triste et fatale nouvelle.

Je m’y fais l’écho de bruits de ville présentant le 132’ Régt d’Infie comme ayant été particulièrement éprouvé dans divers combats ; j’y manifeste mon inquiétude au sujet d’André et y relate la demande de renseignements à son sujet que j’ai déposée à la Mairie il y quelques jours déjà.

Elles ont bien du mal à jaillir de ma plume, ces quelques lignes, et je me souviendrai toujours des larmes qu’elles m’ont fait verser !

À 9 heures Marie reprend le chemin de Sacy à pieds, Hénin l’accompagnant jusque Bezannes, alors qu’Agnès et Suzanne l’attendront là pour l’aider dans le transport de ses colis ; c’est donc à elle qu’échoit la pénible mission d’apprendre là-bas notre grand malheur.

Paul Dupuy. Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Jeudi 8 octobre

Toutes les attaques allemandes ont été repoussées à l’aile gauche et en Woëvre ; la cavalerie allemande a été maintenue au nord de Lille où elle avait été refoulée. Nous avons repris du terrain entre Chaulnes et Roye; nous avons également progressé au centre.
Le Président de la République a adressé un hommage éloquent à nos armées et échangé des télégrammes cordiaux avec Georges V.
Les Allemands essaient vainement de résister à la poussée russe, dans la Prusse orientale.
Guillaume II a exigé que son état-major général se substituât à l’état-major austro-hongrois en Autriche. Le général Conrad de Hotzendorf, chef d’état-major général austro-hongrois, se retirerait, et François-Joseph serait très mortifié d’avoir à céder aux instances très pressantes de Guillaume II.
Un contre-torpilleur allemand a été coulé par un sous-marin anglais près de l’embouchure de l’Ems.
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