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Samedi 16 juin 1917

Louis Guédet

Samedi 16 juin 1917

1008ème et 1006ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 matin  Bataille toute la nuit, obus sifflant vers Courlancy. Nuit agitée, mal reposé. Chaleur toujours torride. Vu à la Poste M. Beauvais qui, la bouche en cœur, m’a annoncé que demain à 1h1/2 Léon Bourgeois, avec d’autres sénateurs ou députés, venait pour le décorer avec Charbonneaux, de Bruignac, Dramas et le Cardinal Luçon ! Je l’ai félicité…  mais je n’ai pu m’empêcher de lui faire la remarque qu’on faisait une crasse au Dr Harman, qui comme Geoffroy ont vu leurs noms mis en vedette dans les journaux bien maladroitement ! Il me disait qu’il était question de faire bientôt une nouvelle liste de citations et ensuite de décorations. Je lui ai répondu qu’on ferait bien de le faire vite, et exécuter encore plus vite, car c’était ridicule de faire traîner ces décorations à l’infini. On l’a mérité sous les obus, qu’on la donne donc vite sous les bombes. Puis j’ai glissé, car je ne voulais pas qu’il me fit une allusion quelconque à ce sujet.

Car comme je le disais au Père Desbuquois avec qui je viens de passer 2h à causer, je préfèrerais avoir ma citation et ma décoration du Ministère de la Justice, comme seul juge de Reims décoré, ce serait très clair et en même temps une révérence ironique à nos politiciens, à qui je pourrais faire sentir que je ne leur doit rien, tout en ayant rendu service à leurs électeurs. Le R.P. Desbuquois sent bien les rancunes et les haines que j’accumule, et il me disait que cette décoration s’imposait pour moi, bien que ne l’ayant pas cherchée ni sollicitée. J’en aurais certainement besoin pour survoler tous les aboyeurs qui hurleront après moi après la Guerre… Je suis de cet avis maintenant, autant ce ruban m’était indifférent il y a quelques mois, autant je sens maintenant qu’il m’est nécessaire. Le Bon Père Desbuquois rayonnait à la pensée que je sois le seul proposé par le Ministère de la Justice pour la Ville de Reims. Il disait : « Ce serait parfait, élégant, délicat !!… » Ses yeux pétillaient en disant cela. Enfin je n’ai qu’à attendre. Et puis, avec ma guigne habituelle, cela viendra-t-il jamais ?… !…

Reçu lettre de Robert qui pense avoir sa permission dans 2 ou 3 jours. Je me tiens donc prêt à toute éventualité… Je serais heureux de revoir cet enfant, mais ce sera aussi bien triste pour moi, je serais si heureux pour ces petits et pour ma femme de leur apporter un jour ce ruban…  largement et durement gagné. Ce serait un honneur pour eux, et une belle réponse à tous ceux qui m’ont fait du mal.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

16 juin 1917 – Nuit très mouvementée. Bombardement sans arrêt, qui dure encore toute la matinée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 16 – + 18°. Nuit agitée à l’est de Reims et aux environs immé­diats ou dans la périphérie. Visite de MM. Charbonneaux et de Bruignac, au sujet de leur Décoration fixée au 17 : entente sur le rôle de chacun. Matinée, bombes loin de nous. De 1 h. à 2 h. item. A 10 h. matin, béni l’étendard du 8e de Cuirassiers, 3e bataillon 26, présenté par le Lieutenant de France et le Père Pfliger. Nuit assez agitée autour de Reims. Trois incen­dies rue Croix Saint-Marc.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 16 juin

La journée a été calme sur notre front, sauf dans le secteur Hurtebise-Craonne où les deux artilleries continuent à se montrer actives.

Sur le front belge, lutte d’artillerie assez intense vers Schilderbrug et Steenstraete-Hetsas. Les aviateurs belges ont abattu deux appareils ennemis qui sont tombés dans les lignes adverses. Ce matin, un troisième avion allemand a été descendu en flammes vers Keyem. Les troupes britanniques ont attaqué au sud et à l’est de Messines et sur les deux rives du canal Ypres-Commines. La résistance de l’ennemi a été rapidement brisée et nos alliés ont atteint tous leurs objectifs sur ces deux points. Plus de 150 prisonniers, un obusier et 7 mitrailleuses sont restés entre leurs mains.

Des opérations qui font suite à la pression continue exercée par leurs troupes depuis le 7 juin leur assurent la possession des tranchées de première ligne allemande entre la Lys et la Warnave et avancent la ligne anglaise de 500 à 1000 mètres sur tout le front d’environ 11 kilomètres entre la Warnave et Klein-Zillebeke.

Un coup de main a été exécuté avec succès près de Lens.

Trois raids des Bulgares sur les positions anglaises, dans la région du lac Doiran, en Macédoine, ont été repoussés.

Canonnade sur la rive droite du Vardar et dans la boucle de la Cerna.

Les aviateurs britanniques ont bombardé la gare de Porna.

En Thessalie, nous avons occupé la voie Volo-Trikala.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 7 juin 1917

Louis Guédet

Jeudi 7 juin 1917

999ème et 997ème jours de bataille et de bombardement

1h soir  Pluie d’orage hier soir. Nuit à peu près calme, chaleur torride qui tournera nécessairement à l’orage. Vu à l’École Professionnelle (Poste, sous-préfecture, etc…) Beauvais et Houlon qui jugeaient les allocations militaires en commission cantonale. Nous avons causé. Du Dr Simon, de son départ que n’approuve pas Houlon ni Beauvais. Il a eu tort de claquer les portes, car on lui resservira à satiété que s’il était resté à Reims jusque là, ce n’était nullement par devoir, pour la Ville de Reims ses concitoyens, mais uniquement…  pour la décoration. A cela il ne pourra rien répondre. Je le regrette pour lui bien sincèrement, car il s’est réellement dévoué ! sacrifié et exposé ! A sa place, j’aurais eu le « Sourire », j’aurais tenu jusqu’au bout, sauf à la fin de la Guerre d’avoir dit et dire leur fait à nos radins socialistes à Valeurs (rayé) rouges !…  qui eux font fleurir à foison leurs boutonnières. Ils m’ont appris que nos troupes d’infanterie avaient été relevées par la 12ème Division de cavalerie, c’est indiquer que notre secteur de Reims va retomber dans le marasme d’antan. C’est l’ensevelissement définitif de Reims !

Hélas !… Comme conséquence nos galonnards de la Place relèvent la tête, leurs « hannetons » recommencent à s’agiter pour embêter et molester le civil. Maintenant que les allemands ne (rayé). Ce matin a paru dans l’Éclaireur une décision de la Place (tiens, elle se réveille et sort de son abri blindé ou de sa cave de toute sûreté) qui enjoint, à partir du 31 mai 1917, aux Hippomobiles de marcher au pas dans les rues de Reims, aux motos et automobiles une allure de 15 kilomètres à l’heure, et « Ne pas entrer dans le jardin ni laisser stationner le véhicule dans le susdit jardin ! » – « Ne pas sortir quand des avions survolent la ville », etc…  etc… (Rayé). Il devrait également afficher : « Quand çà bombarde, les personnes qui se trouvent dans le bureau de la Place sont priées de ne pas faire dans leurs culottes (rayé), le (rayé) Commandant de place s’en charge pour tout le monde ». (Rayé). Quand donc serons-nous débarrassés de cette (rayé)!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

7 juin 1917

La remise du service du mont-de-piété m’est faite, dans la matinée, par M. Fréville, receveur des Finances, dans ses bureaux, avenue de Paris, 60.

En temps normal, pareille formalité comporte une vérification des écritures et des valeurs, en présence du receveur sortant. Comme en fait, il ne m’est remis que des ruines, sans aucune en­caisse, le tout se borne à la signature d’un procès-verbal en date de ce jour, reproduisant uniquement la balance des écritures arrêtée au dernier jour du fonctionnement des services (3 septembre 1914) sans qu’il ait pu être tenu compte, jusqu’alors, du bouleversement complet apporté dans cette situation par l’incendie du 19 même mois. Et c’est seulement maintenant, après avoir été nommé par arrêté préfectoral du 31 août 1916, que je suis autorisé à faire des opérations, quand le conseil d’administration aura pris les déci­sions qui s’imposent. Mais, dans la situation actuelle de Reims, quand sera-t-il regroupé ?

Je sais cependant que je puis déjà travailler très utilement de mon côté et je me propose de commencer sans tarder.

— Bombardement.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 7 – + 19°. Nuit tranquille sauf quelques coups de canons et mi­trailleuses au loin, vers l’est. Dès le matin, aéroplanes allemands, tir contre eux. M. Camu et Mgr Neveux vont à Villedommange. Visite avec M. Compant, rue d’Alsace-Lorraine. Nous descendons de voiture à la Biblio­thèque municipale ; nous allons à pieds par rue Croix Saint-Marc, nous traversons un terrain vague, désert, hérissé de fer barbelés. Rue d’Alsace, nous trouvons la maison où nous allions, inhabitée ; toute la place est cou­verte des vêtements arrachés des armoires par les pillards 25, rue de Metz (?) Un soldat nous indique une maison où il y a trois femmes, nous y allons. Il s’agissait de dire à une femme qui m’avait fait écrire à l’office du Vatican pour renseignements sur les disparus, que sa fille et son gendre habitaient Constantinople, telle rue, tel numéro. Cette pauvre femme avait quitté Reims lors des bombardements d’avril. Nous voulions avoir son adresse. Les fem­mes nous dirent que son frère habitait à la Haubette, et vinrent deux jours après nous apporter l’adresse de cette dame qui était réfugiée en Saône-et-Loire. Je lui écrivis, tout heureux de lui dire que son gendre et sa fille était vivants et de lui donner leur adresse avec la lettre de l’office du Vatican, portant les armes du Saint-Siège. Au retour dans la rue Robert de Coucy, pendant que nous réglons le cocher, un obus éclate au-dessus de nous et tombe sur la corniche de l’hôtel du Commerce ; il projette des pierres entre les jambes du cheval qui s’emballe, le chapeau du cocher est emporté par le vent. Comme nous revenions, un 2e obus tomba pendant que nous étions rue du Cloître (au grand effroi d’une dame pour nous, et qui pourtant cou­rait le même danger que nous) blottis le long du mur d’une maison ; le 3e comme nous entrons au secrétariat. Aéroplanes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims


Jeudi 7 Juin… début de la bataille de Messines

Durant la dernière nuit, lutte d’artillerie d’une grande intensité à l’est de Vauxaillon, au nord du moulin de Laffaux, et sur toute la région au nord-ouest de Braye-en-Laonnois.

Vers Hurtebise, après un vif bombardement, les Allemands lancèrent deux vagues d’assaut sur nos positions au nord-est du Monument. Les assaillants ont été rejetés dans leurs tranchées de départ, après un combat violent où nos soldats ont infligé de fortes pertes a l’ennemi. Notre ligne a été intégralement maintenue.

Dans la matinée, les Allemands ont prononcé d’autres attaques entre l’Ailette et la route de Laon et au nord-ouest de Braye-en-Laonnois. Deux tentatives sur le bois du Mortier, au nord de Vauxaillon, ont été brisées immédiatement.

Les Allemands ont concentré leurs efforts au nord du chemin des Dames où ils ont attaqué sur le front le Panthéon-ferme la Royère. L’attaque ennemie a été repoussée dans son ensemble et n’a pu aborder nos lignes qu’en un seul point, au sud de Filain, dans notre saillant des Bovettes.

Les Anglais ont effectué une légère avance au sud de la Souchez. Ils ont occupé l’usine électrique de cette région.

Ils ont fait 75 prisonniers près d’Ypres.

Au cours d’un combat naval, une de leurs flottilles, a coulé un destroyer allemand.

Un raid d’avions allemands a eu lieu à l’estuaire de la Tamise. Deux des appareils ont été abattus.

Des bâtiments de guerre américains ont mouillé sur nos côtes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 6 juin 1917

Angle rue de Cernay et rue Croix St-Marc

Louis Guédet

Mercredi 6 juin 1917

998ème et 996ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Journée de chaleur torride, néanmoins de la brise. Nuit calme, ou est-ce fatigue, j’ai dormi à peu près tranquillement jusqu’à 5h1/2 du matin. Quelques lettres au courrier, dont une de Melle Marie Monce (1889-1986) qui me dit que les troupes sont consignées à Paris. Armées en manque de munitions, son Père Étienne, qui vient de s’engager il y a 1 mois est dans ces conditions, il n’a jamais tenu un fusil ! Elle s’est trouvée dans plusieurs bagarres, et elle dit que ce n’était pas drôle.

Après-midi sorti pour mes lettres, et poussé jusque chez Camuset (Paul Camuset, banquier (1852-1946)) retirer (4h1/4 parenthèse, 1 bombe proche, je ferme un volet) 200 F pour payer une note de l’Académie. Causé avec M. Paul Camuset qui lui aussi est assez découragé. Il avait visité avec l’abbé Camu la Cathédrale qui est très endommagée. Il me disait qu’on ne pouvait se figurer la masse énorme de décombres qui se trouvaient dans la nef. Il y a là, derrière le petit orgue, un 305 non éclaté. Il est d’avis que le monument ne résisterait pas à un 4ème hiver. Eté de là acheter un journal chez Michaud, puis repassé par les loges, St Jacques, et en débouchant de la rue St Jacques (rue Marx Dormoy depuis 1946), à peu près au 1/4 de la rue de Vesle, je suis frôlé par un cycliste du 1er Génie, qui descend de sa machine et m’interpelle parce que je ne me suis pas dérangé (il avait les 3/4 de la rue à lui). Je l’envoie promener, mais il s’approchait menaçant. Je l’ai menacé de l’emmener à la Place. Tout en m’injuriant, il remonte sur sa machine et partit. Voilà où nous en sommes, sous le régime des soudards. Paisibles citadins, nous n’avons même plus le droit de sortir dans les rues, encore bien moins de traverser celles-ci !! Doux pays !! Je vais receinturer mon revolver car j’ai réellement craint des voies de faits de la part de cette brute. Rentré chez moi, il était 3h1/2.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 6 – + 19°. Nuit tranquille sauf coups de canons vers l’est. Bombardement et incendie rue Croix Saint-Marc (à Saint Jean-Baptiste de la Salle). Visite aux Halles et aux Caves Werlé, où M. le Curé de Saint- Benoît et les Sœurs du Saint-Sauveur de sa paroisse sont réfugiés. Visite de la Chapelle de la Mission, où je n’ai pas pu entrer. Bombes boulevard Lundy sur l’ancienne maison Bertrand de Mun, rue Croix Saint-Marc et quartier Saint-Benoît. 2 obus sur la maison des demoiselles institutrices libres. Bom­bes gros calibre à 4 h. 25 soir. Orage.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Angle rue de Cernay et rue Croix St-Marc

Angle rue de Cernay et rue Croix St-Marc


Mercredi 6 juin

Bombardement assez violent de part et d’autre, dans la région de Braye-en-Laonnois. Au cours de la nuit, une vive attaque de nos troupes nous a rendu des éléments de tranchées où l’ennemi avait pris pied au nord-ouest de la ferme Froidmont.

Lutte d’artillerie intermittente en Champagne, plus active vers le front Cornillet et sur le Casque. Divers coups de main ennemis sur nos postes, entre Tahure et Auberive, ont échoué.

En représailles des bombardements effectués par l’ennemi sur la ville ouverte de Bar-le-Duc, les 29 et 30 mai, 7 de nos avions ont survolé la ville de Trèves, sur laquelle ils ont jeté 1000 kilos de projectiles.

Nos escadrilles ont copieusement arrosé de projectiles les terrains d’aviation ennemis de Morhanges, de Habsheim, de Frescati et de Sissonnes; 16.500 kilos d’obus ont été jetés sur les baraquements, qui ont subi des dommages importants. D’autres escadrilles ont bombardé la gare de Lumes (Ardennes), les dépôts de munitions de Warmeriville, les gares et dépôts de la région de Laon. Il y a lieu de citer encore le bombardement de l’aérodrome de Colmar, des gares de Thionville et de Dun-sur-Meuse.

Les Anglais ont repoussé des raids au sud-est de Lens et au sud d’Armentières.

Le général Broussilof remplace le général Alexeief à la tête de l’armée russe.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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