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Mercredi 12 juillet 1916

Louis Guédet

Mercredi 12 juillet 1916

669ème et 667ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Nuit pénible, hier soir comme je lisais tranquillement dans mon lit à 9h55, un hurlement, un sifflement de sirène, un obus éclate, débris, plâtras, pierres, etc…  retombant sur le toit. Paré encore un ! Heureusement rien dans la maison. Habillement Loty (à vérifier). Descente à la cave. Cela siffle et éclate un peu partout. Ce sont de vrais morceaux de 150 pour le moins. Incendie rue Chanzy au 98 chez les Sœurs de l’Espérance. Bref nous restons en cave jusqu’à minuit. Notre canon a tonné formidablement. Je me couche à moitié habillé, brisé. Je dors mal et me réveille le matin brisé.

Il y a de nombreuses victimes aux alentours. Aux Longuaux (Parisiens (cantonnement de soldats)) 7 ou 8 tués, 3/4 blessés, chez Dorigny, chaussée du Port (boulevard Paul-Doumer depuis 1932) 1 tué, 3 blessés et tout à l’avenant dans toute la Ville. Tir rectiligne comme un barrage, de la rue Jeanne d’Arc à la rue de Venise en passant rue Clovis. Toutes les bombes sont tombées entre ces rues et la rue des Capucins et la rue Chanzy. Rue St Symphorien une pauvre fille Melle Gobinet assise sur le lit de sa mère âgée de 95 ans est tuée avec la bombe et la bonne vieille n’a rien !!

Journée de fatigue et un peu « d’hébétitude » suite au bombardement. Il parait que nous avons pris un petit poste vers Linguet Cernay. Je…

Le bas de la page a été découpé.

Couru toute l’après-midi pour des courses. Vu aux hospices civils Camille Lenoir notre député qui m’a dit qu’il avait fait mon éloge dernièrement à Paris dans une réunion de…  Marnais…  En tout cas je lui ai répondu que j’étais heureux d’avoir été utile ici si on le croyait.

Vu Marcel Heidsieck, et rentré à 8h1/2 du soir éreinté. Demain ouverture du 50ème et quelque coffre-fort, et après-demain 14 juillet on fait le pont !! du vendredi au samedi ! Voilà donc 3 jours bien longs à passer ! Pourvu que les allemands nous laissent tranquille ! Que je suis las !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 12 – Journée assez tranquille. Projet de voyage à Paris. Le médecin déclare qu’il ne peut me guérir. Il conseille l’électricité qu’on ne peut m’appliquer à Reims, et veut m’envoyer à Paris. Tout le monde de la maison se joint à lui pour m’amener à consentir : par déférence je finis par céder. Gros sacrifice.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 12 juillet

Notre front, sur les deux rives de la Somme, a été calme. Le chiffre de nos prisonniers, au cours des deux derniers jours, est monté à 1300.
Activité d’artillerie sur la rive gauche de la Meuse.
Sur la rive droite, les Allemands, après avoir encore intensifié leur bombardement, ont donné une série d’assauts à nos lignes. Plusieurs fois repoussés et décimés, ils ont pris pied finalement dans la batterie de Damloup et dans le bois Fumin.
Un coup de main ennemi a échoué à l’ouest de Pont-à-Mousson.
En Lorraine, à l’est de Reillon, les Allemands ont pénétré sur 200 mètres dans notre première ligne. Une autre de leurs tentatives a échoué au nord-est de Vého.
Dans les Vosges, ils ont été arrêtés au sud de Lusse tandis que nous faisions une opération heureuse au nord de la Fontenelle.
Les Anglais ont attaqué et pris Contalmaison, où ils ont capturé 189 Allemands. Ils y ont aussitôt repoussé une contre-attaque. Ils ont ensuite occupé la plus grande partie du bois Mametz, où ils ont enlevé un gros obusier, 3 canons et 296 hommes.
Ils ont repris la presque totalité du bois des Trônes, en sorte que sur un front de 13 kilomètres, les positions ennemies sont tombées en leur possession. Le chiffre total des prisonniers qu’ils accusent est de 7500.
Les Autrichiens ont fait revenir des renforts dans le Trentin.
Nos escadrilles de bombardement ont jeté 220 obus sur diverses gares, notamment Ham, la Fère et Chauny.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


boisfumin

 

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Vendredi 3 mars 1916

Rue Cazin

Louis Guédet

Vendredi 3 mars 1916

538ème et 536ème jours de bataille et de bombardement

8h1/4 matin  Je me suis couché à 11h du soir au bruit de la bataille et me suis endormi vers minuit. A 5h réveillé par la batterie qui se trouve dans les marais derrière l’usine Haenklé (à vérifier). Sommeillé jusqu’à 6h1/2. Je suis fatigué. En me levant et ouvrant mes persiennes je vois à 15 mètres de là un gros trou au pied du mur qui sépare le jardin de mon ami Mareschal où je suis réfugié d’avec celui de M. Ducancel : un homme pourrait y passer. De gros quartiers de la maçonnerie des fondations sont parsemés sur la pelouse. C’est comme si l’obus avait fusé en arrière, le mur est fendu légèrement, mais pas démoli. Victime un fusain coupé. Je verrai tout à l’heure ce que cela a fait chez Ducancel. J’avais très bien entendu le coup sourd qu’il avait fait en tombant, j’en avais déjà entendu chez moi rue de Talleyrand. J’avais encore le bruit dans les oreilles.

Le Brigadier Camboulive vient d’entrer pour voir si nous avions des dégâts comme la police le fait dans chaque maison après leur bombardement. Il me dit en avoir compté 6 obus dans le quartier jusqu’à présent, un ici, 2 chez Houbart à 25 mètres d’ici, un Porte de Paris chez Moreau pharmacien, un vers la rue Clovis et le dernier connu dans le canal, qui a fait de nombreuses victimes et qui a fait la joie des passants qui n’ont eu que la peine de les réveiller pour faire une friture…  Il avait tué une 15aine (quinzaine) de livres de poissons. Bref nous étions en plein dans la rafale. Espérons que ce sera la dernière pour nous.

Ce matin calme absolu.

8h soir  Le bombardement a recommencé tout à l’heure à 7h pendant 1/2 (heure), mais plutôt vers le centre, l’Hôtel de Ville. Je suis descendu à la cave après avoir un peu mangé, mais je n’avais pas faim. Je suis très fatigué et je suis encore ébranlé des secousses d’hier soir. Je ne suis plus fort ! Je suis d’une nervosité aujourd’hui extraordinaire. J’ai beau vouloir me maîtriser, mais je ne le puis…  Je suis affaissé, ébranlé…  et en même temps comme fébrile…  C’est trop et c’est trop long, il me faudrait bien peu de chose pour que je tombe.

Ce matin j’ai eu mon audience civile, 6 affaires, peu de choses. J’arrive petit à petit à mâter et museler nos agents d’affaires véreux qui sentent maintenant que ce que je veux je le veux bien et qu’ensuite je ne les laisserai pas faire et arriverai à nos fins. Je vois que je les domine, eux qui pensaient se jouer de moi dans le maquis de la procédure ! En tout cas je suis la volonté et heureusement j’ai Landréat pour me seconder pour la procédure, il m’éclaire très bien et ce n’est plus pour moi qu’une question de jugement et de décision nette. J’y réussis. Cet après-midi fait des courses rue Lesage, chez Ravaud, qui est un garçon intelligent et cultivé. Je cause agréablement avec lui, et on y a plaisir. Ravaud est toujours à Châlons et est entré enfin (travailler dans) un hôpital avec Somsour, Bouchette et un de ses parents. Malgré tout je ne désespère pas de le faire revenir ici. Rentré à la maison, fait mon courrier mais sans cœur et sans volonté. J’ai encore bien souffert et été encore bien angoissé à la chute du jour. J’ai pleuré, comme tous les jours. Quand donc ce martyr finira-t-il pour moi et qu’enfin je serai réuni à tous mes chers aimés, père, femme, enfants, et qu’enfin je pourrais voir à tâcher à travailler pour gagner le pain de nos chers aimés, puisque je ne puis songer à leur acquérir une fortune. Ce qui m’est défendu, n’ayant pas la chance, ni l’insolence de pouvoir gagner de l’or à la pelle…

C’est plus fort que moi ! Riche en honneur, pauvre en richesses. Deus honorant pauper divitorum (Dieu honore le pauvre homme). Telle est malgré moi ma devise. Et cependant j’aurais aimé à sentir ma chère femme et mes chers petits à l’abri du besoin et de ce souci…  Je ne suis pas assez commerçant ni égoïste pour cela ! Tant pis. J’aime après tout mieux l’Honneur.

8h1/2  C’est le calme, l’aurons-nous pour toute la nuit, pourrais-je enfin me reposer et prendre un peu de forces. Je suis si las si faible. Oh ! Mon Dieu faites donc que mon Martyr, notre martyr cesse bientôt…  tout de suite… !!! Et que mes derniers jours de vie soient un peu des jours de bonheur, de tranquillité et d’espoir…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

3 mars 1916 – Des obus sont tombés hier, rue Clovis, rue du Jard 75, chez M. Humbeit, directeur de la voirie, etc. Il y aurait un tué rue de Vesle, à proximité de la porte de Paris.

— Ce soir, à 19 h 3/4, plusieurs projectiles éclatent autour de l’hôtel de ville, rue des Ecrevées, rue Thiers, rue du Marc, impasse du Carrouge et rue de Tambour. M. Lorquinet, commis des PTT, qui sortait de diner au restaurant Triquenot, à l’entrée de la rue Pluche, est tué par des éclats. Il y a des blesses.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 3 – Nuit tranquille à partir de 9 h. du soir, et sauf quelques gros coups de canon de temps à autre. Température + 4. Via Crucis in cathedrali. Midi longue canonnade française, 4 ou 5 coups par minute. Dans l’après-midi, surtout de 6 à 9 h. bruyante conversation entre artilleries adverses. Bombes sifflantes allemandes vers 7 h. A partir de 9 h. silence. A 7 h. un obus tua le neveu de M. Compant qui était venu de la rue Cazin à la porte, pour rendre service.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Rue Cazin


 Juliette Breyer

Vendredi 3 Mars 1916. Des victimes, des bombes ! Deux frères, les contremaîtres Duchêne, aux Vieux Anglais ont été tués par la même. Je tremble pour ton papa. Si tu savais comme je l’aime lui aussi. Je lui ai dit que j’avais reçu la note officielle. Il a aussi de l’espoir. Il est heureux quand il voit ses deux petits enfants. Ta fillette le connaît bien. Elle l’appelle Pépère et elle lui tire sa moustache et tout cela nous attriste car tu n’es pas là pour le voir.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Vendredi 3 mars

Tirs de destruction par notre artillerie à l’est de Steenstraete. Nous détruisons un ouvrage ennemi près de Beuvraignes, entre Somme et Oise. Nous abattons un avion à Suippes. Nous concentrons nos feux en Argonne au nord de la Harazée et sur le bois de Cheppy. Au nord de Verdun et en Woëvre, l’activité de l’ennemi s’est de nouveau accrue, spécialement sur le Mort-Homme, la côte du Poivre et la région de Douaumont. Ici, les Allemands ont procédé à des attaques d’infanterie d’une extrême violence que nos feux ont brisées en infligeant à l’ennemi de grosses pertes. Au nord-est de Saint-Mihiel, nous avons bombardé la gare de Vigneulles. Nos avions ont jeté 44 obus sur Chambley, sur la gare de Bensdorf et 9 autres sur les établissements ennemis d’Avricourt. Le président Wilson a demandé au congrès américain de se prononcer sur la politique à suivre vis-à-vis de l’Allemagne. Les colonels suisses Egli et de Wattenwyl ont été mis en disponibilité.

 

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Jeudi 2 mars 1916

Rue Lesage

Louis Guédet

Jeudi 2 mars 1916

537ème et 535ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Je remonte de la cave où je suis descendu à 7h50. Une bombe était venue tomber à 20 mètres d’ici rue Boulard chez Houbart Frères (à vérifier), n°18. Dégâts, commencement d’incendie, peu de chose heureusement. Comme je descendais à la cave il en est tombé une 2ème encore tout près, mais je ne sais où. La canonnade toujours depuis 6h1/2 du reste. Ils en ont envoyé un peu partout. Est-ce que les mauvais jours reviendraient ? Mon Dieu ! Je ne pourrais y résister. Je n’en n’ai plus la force. A 11h ils avaient déjà arrosé un peu partout et il en était tombé déjà une (bombe) rue Brûlée, en face de la chapelle de la rue du Couchant. Vont-ils nous laisser tranquille cette nuit ? Une bataille a lieu devant Cernay, on l’entend.

Suite du 2 mars 1916

Mon Dieu, pourvu que nous n’ayons plus rien. Je me croyais plus fort que cela.

10h soir  Nous sommes revenus aux mauvais jours. J’avais à peine terminé ces lignes que vers 8h1/4, au moment où je commençais à dîner, un obus m’arrive. Je baisse le dos instinctivement, puis avec un bruit formidable il éclate chez M. Benoist (usine des Capucins) un tas de gravas et de vitres brisées retombent un peu partout. Le temps de prendre quelques papiers (minutes, dossiers), ma pelisse et mon chapeau, je descends, à moitié de l’escalier encore un plus près. « Je crois que çà y est ! » non rien.

Je descends dans la cave où nous nous retrouvons tous les 4 réunis, Jacques, Lise, Adèle et moi, plus 9 voisins ou voisines que je ne connais pas qui étaient arrivés à la première heure et qui étaient restés en cave pendant que nous étions remontés pour dîner…  Çà tape fort autour de nous. Enfin à 9h1/2 nous remontons tous les voisins s’en vont chez eux et nous mangeons… (Je mourrai de faim) tout en ayant l’oreille au guet (aux aguets). J’ai fini mon maigre dîner, des choux, pommes de terre carottes et un bout de porc gras et maigre, un peu de fromage et 2 cuillères de confiture de fraises. Pauvres fraises ! Elles ont été cueillies et cuites en juillet 1914 !! Que c’est loin déjà !!…  Nous sommes tous un peu bouleversés. La vie de fous recommence ! C’est extraordinaire ce qu’on pense, ce qui nous passe par la tête durant ces moments-là ! On est rompu après de ces secousses, c’est comme si j’avais charrié toute la journée ! Il pleut à torrent. Je vais tâcher de dormir, pourvu que nous ne soyons pas réveillés encore cette nuit. Que Dieu nous protège et nous laisse prendre un peu de repos…  Triste anniversaire ! Il y a 1 an c’était le jour de mon incendie. J’avais déjà souffert beaucoup plus. Et cependant on ne s’y fait pas.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 mars 1916 – Sifflements nombreux dans la matinée.

A partir de 11 heures, nos pièces ripostent très vigoureusement ; elles tirent jusqu’à 14 h et l’après-midi redevient calme ; mais à 18 h les sifflements recommencent. Notre artillerie entre à nouveau en action, à tel point que venant de quitter l’hôtel de ville, je suis éclairé, le long de mon chemin par les lueurs ininterrompues des départs, aussi bien que par les fusées qui se succèdent en l’air et les projecteurs.

Alors que je me trouve place de la République, les détonations sont devenues assourdissantes ; s’il pleuvait, cela donnerait l’illusion complète d’un orage (165 plus violents. En ce passage toujours très dangereux, un lourd attelage de trois chevaux, que son conducteur presse tant qu’il peut, me gêne considérablement, pour essayer de discerner les arrivées au milieu de l’infernal tapage, auquel se mêle, là, tout près, avec les forts craquements du chariot sous son chargement, le bruit des fers frappant alternativement le pavé. Fallait-il que j’arrive juste à ce moment. Dois-je essayer de dépasser les chevaux attelés en flèche ? Non, car si j’y parviens, le véhicule me suivra a trop faible distance. A regret, je ralentis quand il faudrait au contraire presser le pas, préférant malgré tout le laisser prendre de l’avance et s’éloigner dans l’avenue de Laon et… je gagne enfin la rue Lesage. Peu de temps après que j’y suis engagé, deux obus viennent éclater de l’autre côté des voies du chemin de fer, rues de la Justice et du Champ-de-Mars ; j’entends retomber des matériaux après leurs explosions. D’autres projectiles tombent sans arrêt sur le Port-Sec et ses environs.

En rentrant place Amélie-Doublié, je trouve les voisines de ma sœur et elle-même, occupées à préparer tranquillement leur dîner, comme d’habitude, alors que je m’attendais à les voir sous le coup de l’émotion bien compréhensible des arrivées peu éloignées. Quoique fort surpris, j’aime mieux n’en rien laisser paraitre ; aussi, nous prenons notre repas ensemble et nous nous installons ensuite autour du feu, ainsi que chaque soir pendant que l’arrosage assez copieux continue, que les sifflements se font toujours entendre, mêlés du bruit d’explosions dans les parages.

Le calme ne se rétablit qu’à 21 heures, et, après cette sérieuse séance, nous faisons une excellente nuit.

En somme, journée et surtout soirée très mouvementées pour tout Reims.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Lesage

Rue Lesage


Cardinal Luçon

Jeudi 2 – Nuit tranquille ; + 4 ; soleil. Aéroplane à 8 h. allemand va observer les canons qui ont tiré hier soir. Pendant toute la matinée conversation à coup de canons entre les batteries. Bombes sifflantes à plusieurs reprises, mais sans doute sur les batteries : rue Clovis, rue du Jard, rue Brûlée, devant la porte de la Chapelle du Couchant, Faubourg de Laon. Visite à l’ambulance Cama (ou je ne fus pas reçu). Visite à l’ambulance russe, génie au Fourneau Économique. 5 h. Canons français en rafales; riposte allemande jusqu’à 9 h. soir. Bombardement sur la ville ; prière du soir interrompue par les bombes sifflantes tombant près de nous. Après, nuit tranquille, sauf quelques coups a longs intervalles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 2 mars

En Belgique, action d’artillerie au sud de Boesinghe. A l’est de Reims, un détachement allemand qui tentait d’aborder notre front, s’est enfui sous notre feu en laissant des morts. Près de Verdun, le bombardement ennemi a continué sur la rive gauche de la Meuse (de Malancourt à Forges), sur la rive droite, vers Vaux et Damloup, et en Woëvre (Fresnes). A l’ouest de Pont-à-Mousson, nous bouleversons les organisations allemandes du bois le Prêtre et bombardons vers Thiaucourt. En Alsace, notre artillerie est active sur la Fecht et la Doller. Les russes progressent près de Dvinsk. Les colonels Egli et de Wattenwyll ont été acquittés par le tribunal de guerre de Zurich.

 

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Mardi 25 mai 1915

Paul Hess

Dans la nuit du 23 au 24, les Allemands ont tenté une attaque et nous avons entendu des sifflements.

Hier 24, la journée a été calme.

Aujourd’hui, bombardement. A 21 h 1/2, par une nuit très claire, j’entends voler un aéroplane et à 22 h, il laisse tomber quelques bombes, du côté du canal, de la porte de Paris, de la place Clovis, etc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Place Clovis

Place Clovis


Cardinal Luçon

Mardi 25 – Nuit tranquille en ville, sauf d’énormes coups, canons ? bombes ? à différentes heures, notamment vers 3 h. A 10 h matin, canonnade française, bombes allemandes. Aéroplane à 6 h, canons français tirent contre lui.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mardi 25 Mai 1915. Je suis allée voir le colonel. Comme de bien entendu il n’était pas là mais son remplaçant m’a dit qu’il refuserait de me fournir un certificat. Du moment que ma maison était inscrite sur les registres de la ville comme étant dans une zone dangereuse, ça suffisait et que c’était Mignot qui devait s’occuper de cela. Je me suis rendue chez le commissaire et là ils m’ont dit que du moment que ma déclaration avait été faite le jour du vol, cela suffisait. Je suis donc revenue pas plus avancée. Seulement voilà ce que je vais faire : puisque je ne peux jamais voir l’inspecteur, je vais lui écrire et lui demander ce qu’il pense de cela.

Encore une journée de passée et toujours pas de nouvelles. Bons baisers et bonne nuit.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Le 24 ou 25 semblant d’attaque

Le 25 le 412 arrive ça ne me sourit guère … mais quels soldats

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog


Sur le front, le même jour : Les carnets de guerre d’Albert Thierry : le 25 mai 1915

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Mardi 23 février 1915

Loiuis Guédet

Mardi 23 février 1915

164ème et 162ème jours de bataille et de bombardement

9h1/4 soir  Journée calme, quelques bombes, mais on n’y fait pas attention. Bonne journée, occupée. Je suis allé à la Ville (Mairie) pour fixer une séance d’allocation comme juge de Paix. Entendu pour le jeudi 29 à 9h, ce ne sera pas long m’a-t-on dit. Après-midi à 1h assisté jusqu’à 4h1/2 à l’audience de simple police du 3ème canton que je puis être appelé à présider le cas échéant, qui se trouvait dans les cryptes du Palais de Justice. On se serait cru au Moyen-âge, le canon en plus. Toute la bande de malheureux, les uns intéressants, les autres non, des tristes, des drôles, des brutes. Une affaire entre autres m’a amusé. Une femme, à bonne langue je vous prie de le croire, avait eu l’idée assez drôle en passant dans la rue de passer la main sur la pilosité d’un nommé Furet qui causait avec 2 militaires et de le traiter de : Lagardère ! D’où échange de propos aigres-doux qui du reste allaient jusqu’aux coups. Scène devant le juge assez drôle de tous ces gens, sous la coupole de cette crypte  moyenâgeuse, inculpés, prévenus, témoins, etc…   et le public se disputant, s’interpellant, s’injuriant. Bref, condamnation de la coupable qui avait voulu trop caresser l’épine dorsale tortueuse de Furet à 2 Fr d’amende. Alors, dans un mouvement de protestation, la condamnée de s’écrier : « Mais M’sieur le juge, il (le coupable) n’a qu’une bosse, ce n’est pas juste, ce ne devrait être que 20 sous !! Rire général et le canon tonnait comme il tonne en ce moment.

Notre martyre cessera-t-il enfin !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Sitôt levé, j’inspecte les décombres de la cour, rue Bonhomme, parmi lesquels je retrouve les quatre parties dispersées d’un petit fourneau à alcool, déjà remonté de ma cave effondrée rue de la Grue 7, après les incendies du 19 septembre 1914. Quoique sérieusement endommagés, ces débris assemblés reconstituent complètement l’ustensile, qui pourra resservir à faire chauffer, chaque matin, mon déjeuner, dans une casserole ramassée d’un autre côté, fortement bosselée, mais qui malgré cela reste encore également utilisable.

– Ce matin, la curiosité me poussant, je quitte la maison de bonne heure car je voudrais, tout en allant au bureau, avoir un aperçu des dégâts occasionnés en ville par l’épouvantable bombardement de la nuit du 21 au 22 février et, en faisant une assez longue promenade, je puis me rendre compte qu’ils sont véritablement effroyables, ce n’est pas trop dire.

Place d’Erlon, la maison n°39 d’abord, puis celles comprises avec le n° 59 dans la largeur de trois arcades, sont entièrement abattues, de toue leur hauteur – contenant et contenu ; elles ne présentent à la vue, du fait de l’explosion de « gros calibres », que l’horreur d’une salade indéfinissable, dans laquelle tout ce qu’elles pouvaient renfermer – mobiliers, ustensiles – a été brutalement mélangé aux ruines des constructions disloquées, aussi bien planchers des différents étages, que charpente et escaliers.

Rue des Poissonniers, l’immeuble n°6 est démoli en grande partie. Rue Jeanne-d’Arc, plusieurs maisons ouvertes par le haut, n’ont plus, au-dessus du premier étage qu’un amoncellement semblable à ce qui existe ailleurs.

Ici, dans une maison écroulée, au mur de la façade dégringolé, on voit un fourneau de cuisine resté seul intact, dans un angle du fond, comme suspendu sur un bout de plancher, à hauteur du 2e étage. Là, une cheminée supportant une pendule et quelques tableaux encore accrochés à un mur, sont tout ce qui est demeuré sur place, quand tout le reste, matériaux et mobilier est en tas.

Mais le n°31 de la rue Clovis offre, sans conteste, l’aspect le plus bizarre, dans ce qu’il m’est permis de voir au cours de cette tournée. La maison s’est effondrée complètement sur elle-même, avec toute sa structure et l’ameublement des appartements. L’ensemble est recouvert, à un mètre cinquante à peine du sol, par la toiture demeurée entière, à laquelle sont restées attachées la plupart des ardoises. Je m’arrête un instant parce que j’aperçois derrière le pan de mur encore debout, sur rue, un piano dont c’était sans doute la place, au rez-de-chaussée. Comment n’a-t-il pas été écrasé ? Il paraît intact dans ce chaos ; sa partie haute dépasse ce qui subsiste de la maçonnerie et je pourrais la toucher en passant mon bras sous le toit. Curieux et terribles effets d’un 210, là aussi.

Les incendies allumés sur bien des ponts, en cette nuit tragique, ne semblent pas s’être propagés comme le 19 septembre 1914 et les jours suivants. Cette fois, ils ont dû être localisés. Il est à remarquer que bon nombre d’incendiaires dont les traces ont été reconnues, parmi la grande quantité d’obus tirés sur Reims, n’ont pas ajouté les ravages du feu aux dégâts du projectile.

La cathédrale, pendant cet accès de rage de l’ennemi, qui a duré près de six longues heures, a été de nouveau gravement mutilée. Sa voûte est crevée, la tour nord a été attente à mi-hauteur et l’abside encore abîmée ainsi que différentes parties du pourtour.

Les Rémois s’accordent à dire que les Allemands ont procédé à leur œuvre de destruction par un tir convergent, en bombardant de diverses directions.

Lorsque les projectiles sillonnaient l’espace, j’ai eu la sensation, par leurs sifflements provenant de sens très différents, souvent opposés, que des pièces de tous calibres devaient tirer – ainsi que nous les avions entendues déjà bien souvent – du côté de Brimont, de Fresne, comme de Witry, Berru ou Nogent et encore d’endroits éloignés situés plus au sud-est de notre ville et, c’est en somme l’avis général, sur cette triste séance, pendant laquelle notre artillerie ne s’est guère fait entendre.

– Le bombardement a continué encore aujourd’hui.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 23 – J’assiste, sur l’invitation – par envoi – d’un aumônier du Général Rouquerol – à l’enterrement d’un Lieutenant-Colonel d’artillerie, d’un Lieutenant d’artillerie, d’un gendarme, à la Haubette.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

 La Haubette - Collection : Pierre Fréville

La Haubette – Collection : Pierre Fréville


Eugène Chausson

23/2 Mardi – Temps gris, toute la journée et la nuit, bombes de temps à autre.

 Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Mardi 23 février

Un zeppelin a bombardé Calais. Il a lancé dix bombes et tué cinq civils. Nos batteries ont démoli une pièce lourde installée à Lombaertzyde; nous dispersons des rassemblements entre Lys et Aisne. Les Allemands ont jeté de nouveau des obus sur Reims, qui a souffert. Sur le front Souain-Beauséjour, nous réalisons des progrès, enlevons des tranchées et des bois, et repoussons des contre-attaques. Nous avons fait à l’ennemi de nombreux prisonniers et lui avons infligé de grosses pertes. Notre infanterie et notre artillerie ont pris l’avantage en divers points dans l’Argonne. Nous consolidons nos progrès aux bois de Cheppy, entre Argonne et Meuse, comme aux Eparges (sud de Verdun), où nous avons enlevé la majeure partie des positions ennemies.
En Alsace, où des colonnes allemandes remontant les deux rives de la Fecht (près de Munster) avaient repoussé nos avant-postes, nous avons repris l’offensive et infligé a l’ennemi des pertes considérables.
Un vapeur américain a été coulé par une mine, à proximité de la côte allemande. Le gouvernement des États-Unis a prescrit une enquête.
Le bulletin de l’état-major russe explique la retraite des corps qui opéraient en Prusse orientale et qui maintenant sont à leur poste le long de la ligne fortifiée de Pologne.
Un conflit a éclaté à Constantinople, entre Enver bey et Talaat bey.
Le journal Giolittien de Turin, la Stampa, envisage la possibilité de moyens extrêmes pour réaliser les aspirations nationales de l’Italie.

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