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Reims en ruines – Photos du blog « 14-18 en Images »

Nous avons été contacté il y a quelque temps par Daneck Mirbelle, collectionneur de photographies de la Grande Guerre qu’il publie dans son blog « 14-18 en Images, le blog de Daneck ». Voir ici => Photos14-18.blogspot.com

Il avait fait l’acquisition d’une série de photos de Reims faites entre 1916 et début 1917 pour certaines et fin 1918 – début 1919 pour d’autres, et ne savait pas où re-situer les vues. Nous avons pu en retrouver quelques unes mais il en reste que nous identifierons certainement par la suite, au gré de nos pérégrinations dans les cartes postales. Par contre, certains endroits ne seront jamais retrouvés suite aux bouleversements de la Reconstruction.

Rue Rockfeller (ancienne rue Libergier) et la cathédrale.

 

Place du Cardinal Luçon (communément appelée place du Parvis)

 

Rue de la Grosse-Ecritoire (voir ici sur Reims Avant)

 

Le Mont de Piété rue Eugène Desteuque, vu depuis la rue Saint-Symphorien. (Voir ici sur Reims Avant )

 

Rue de Vesle depuis la rue Saint-Jacques, actuelle rue Marx Dormoy. (Voir ici sur la Documentation de Reims Avant)

 

Maison natale de Colbert (Voir ici sur la Documentation de Reims Avant)

 

Rue de Courmeaux (Voir ici sur Reims Avant)

 

Rue du Carrouge ?

 

Rue Pol Neveux (ancienne rue de l’Ecole-de-Médecine) Voir ici sur Reims Avant

 

Rue Pol Neveux (ancienne rue de l’Ecole-de-Médecine)

 

Place Royale (Voir ici sur Reims Avant)

 

 

 

 

 

 

Rue Clovis, maison du notaire VILLET (Voir ici sur Reims Avant)

 

 

 

 

Les alentours de la ville, mais où ?

 

 

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Vendredi 7 décembre 1917

Paul Hess

7 décembre 1917 – Bombardement au cours de la nuit, vers Saint-Remi et après-midi sur le faubourg de Laon.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 7 – + 4°. Nuit assez agitée de 2 h. à 5 h. Bombes sifflent assez fréquemment : où vont-elles ? Visite du Lieutenant-Colonel du 108e(1) (rue Jeanne d’Arc, maison G… ) et d’un Commandant, avec le Sous-Lieutenant Monnier de Belley. Visite du Colonel des Services téléphonistes de l’État-Major du Général Fayolle, de Châlons, avec un Capitaine et un Sous-Lieu­tenant, neveu de M. Convert, d’Ars. Visite d’une Mission de Médecins Canadiens (de Troyes ou Waren ?). Via Crucis in Cathedrali à 3 h. 30. Un obus contre avions tombe sur la Place du Parvis, sans faire mal à personne. Quelques obus sifflent et tombent au loin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le 108′ R I. est le régiment de Bergerac.

Place du Parvis


 

 

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Mercredi 25 avril 1917

Louis Guédet

Mercredi 25 avril 1917

956ème et 954ème jours de bataille et de bombardement

10h3/4 matin  Temps gris nuageux, froid. Nuit assez calme. Je me lève vers 7h et monte me raser et me nettoyer un peu plus complètement. Vers 9h1/2 je me dispose à aller à l’Hôtel de Ville, mais arrivé sous les Loges rue de Talleyrand il faut rétrograder. Cela commence à bombarder vers où je vais. Rentré, lu les journaux : toujours même battage !! La Grande offensive etc…  etc…  Oh ! là ! là !…  On voit bien que tous ces phraseurs ne sont pas ici. L’opinion sur nos Grands ! Généraux !! changerait !!

4h1/2 soir  Toujours le canon et le bombardement, mais nullement vers nous : Port-sec, Cérès…  Après déjeuner, étant sur le pas de la porte, je vois déboucher de la rue de Venise des Chasseurs Alpins, du 7ème, chantant, faisant des folies en tenant toute la rue des Capucins pour la remonter. Arrivé devant moi, l’un d’eux me demande si le quartier est habité. Je lui demande pourquoi : « C’est à titre documentaire !! » Je lui répondis que je n’avais pas à le renseigner pour cela et qu’il passe son chemin. Il le prend de haut : « Je ne vois pas pourquoi vous me refusez de me dire cela, moi qui vais demain me faire crever la peau pour vous !! etc… » Je lui répondis encore : « Eh bien ! moi qui suis resté ici 30 mois et je ne compte pas les services que j’ai rendu à vos camarades et je suis aussi exposé que vous. Passez votre chemin !! » Comme il devenait plus agressif, je fermais ma porte. Quelle lie que ces pillards…  En ce moment c’est comme du temps du 410ème …  et des marocains…  Quand donc serons-nous débarrasses de ces pillards.

Je sors pour tâcher de voir à l’Hôtel de Ville aux nouvelles. Je cause en passant devant le commissaire encore assez rompu et assez émotionné. Je lui conte la scène de tout à l’heure. Il n’en n’est nullement surpris, et il me disait qu’un général avec un nombreux état-major et une grosse escorte était venu hier à Reims. Et qu’on faisait déblayer certaines grandes artères pour livrer passage à la cavalerie sans doute. Bref je crois qu’on prépare une nouvelle attaque sur Reims. Puisse-t-elle réussir celle-là !!…  et que nous voyions enfin la fin de nos misères. Il me contait aussi qu’on avait arrêté des sous-officiers qui pillaient et qui répondirent pour leurs excuses : « Ce sont nos officiers qui nous ont demandé de la faire pour eux !! » Cela ne m’étonne nullement.

Arrivé aux caves Werlé où sont installés les bureaux de l’hôtel de Ville j’y rencontre Raïssac, qui me propose de donner mes lettres à Jallade pour être mises à la Poste à Paris. J’accepte et j’écris séance tenante une lettre à la chère femme que je joins à celle écrite hier à Marie-Louise.

Survient Goulden. Que vient-il faire là. Il ferait bien mieux de rester chez lui. Enfin. Le Maire arrive et nous causons un moment. Tous nous sommes d’avis que l’attaque de Brimont a raté. Attendons le 2ème acte qu’on prépare et que ce soit le dernier. Je dis ce que je fais pour les valeurs trouvées sur les victimes et les testaments reçus en dictée aux gens. Tous m’approuvent. Et Charbonneaux de dire : « Vous voyez que vous êtes utile. C’est un à côté de la vie de notre ville que vous tenez et qui rend service… !! » Le Maire insiste pour me remercier…

Je prends l’auto municipale et Honoré me conduit à la nouvelle Poste (École Professionnelle rue Libergier), salle de physique à droite en entrant, aussitôt passé devant le bureau de M. Beauvais (Joseph). J’y trouve mon courrier et des journaux, l’Illustration (3 numéros), le Journal des Notaires de Defrénois, et une marquise envoyée par Mme Thomas. La pauvre dame est bien bonne. Du reste Thomas m’avait prévenu, je les remercierai. Lettre de ma chère femme, de Labitte au sujet de son fils et de Robert qui sera soutenu par le jeune Labitte. Très aimable à lui. Lettre de Jean qui me dit être arrivé à St Brieuc à son dépôt, où il est affecté à la 64ème batterie du 61ème d’Artillerie, J’envoie de suite ces 2 lettres à ma chère femme. Jean pense partir pour le front dès le 1er mai. Que Dieu le garde, ainsi que son frère. Ceci fait je rentre à la maison écrire, lire et tirer ma triste journée…  Cela bombarde toujours.

8h3/4 soir  le calme, toujours le calme, et la même vie de misère. On se demande parfois si on en verra la fin, avec tout ce que l’on voit, le désordre et l’indifférence. On n’est guère incité à l’espoir et à la croyance d’une Victoire quelconque.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

25 avril 1917- La semaine passée, alors que faisant un tour matinal, j’étais ar­rêté et occupé à chercher les traces d’un obus que j’avais entends tomber au cours de la nuit, sur la cathédrale, Son Éminence le Cardinal et Mgr Neveux sont venus à passer, rue Robert-de-Coucy.

C’était la deuxième fois que je les rencontrais ainsi, à la suite de semblable circonstance, faisant leur promenade d’investigation en sens inverse de la mienne, et, pendant un instant, nous avons échangé nos impressions, simplement, en bombardés.

Mgr Luçon, après avoir regardé, après s’être rendu compte at­tentivement, me faisant part de ses constatations de sa manière si affable, paraissait solliciter mon avis. Je le lui donnai, tout en re­connaissant vite que lui-même et Mgr Neveux savaient discerner les nouvelles blessures des anciennes plus sûrement que moi, voisin novice, revenu depuis une huitaine de jours seulement dans la rue du Cloître, après avoir dû quitter le quartier en septembre 1914.

Mais depuis le 16 courant, il n’est pas nécessaire d’être ac­coutumé ou de procéder à un long examen pour s’apercevoir des horribles et épouvantables meurtrissures des 305. D’énormes brè­ches sont malheureusement trop apparentes à l’abside, aux gale­ries, aux clochetons des contreforts. Elles en laissent même deviner d’autres ailleurs, à la suite des affreuses séances de bombardement avec projectiles de très gros calibre, pendant lesquelles le tir était si bien localisé. On peut en juger par la dizaine d’entonnoirs énor­mes qui encerclent la cathédrale, place du Parvis, rue du Cloître et rue Robert-de-Coucy.

— Aujourd’hui, bombardement dans la matinée, qui a repris violemment, de 13 h à 14 h 1/2.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 25 – + 6° Nuit tranquille en ville. A 7 h. 1/2 matin, Qq. obus. Visite à l’hôpital général (militaires et civils). Visité la maison, très intéres­sante : ancienne maison des Jésuites, qui ont bâti Saint Maurice, les cha­pelles ; Bibliothèque (meuble et appartement), chapelle intérieure, caves où sont installées en passant les blessés qu’on apporte là en attendant qu’on puisse les transporter hors de la ville. M. Huart dit qu’il y a un 305 enfoncé non-explosé près du petit orgue. C’est vrai. Visite d’un Commandant et d’un Capitaine Mitchelle de l’armée des Etats-Unis19 présentés par le R. Père Dansette. Après-midi, bombes sur la ville mais sans acharnement, sur Saint-André. A 11 h. 1/2, bombes sur la ville pendant une 1/2 heure ou 3/4 d’heure. Moitié de la nuit tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 25 avril

Actions d’artillerie sur l’ensemble du front.

Nous avons continué nos tirs de destruction sur les batteries et les organisations ennemies dans les régions de Saint-Quentin, de l’Oise, de Corbeny-Juvincourt et en Champagne; des explosions ont été constatées dans un certain nombre de batteries.

Nous avons ramené 4 obusiers allemands de 105, capturés au cours de réçents combats sur le plateau du chemin des Dames.

Près de Moronvilliers, nos éléments léger ont pénétré, après une courte préparation d’artillerie dans les tranchées allemandes, qu’ils ont trouvées remplies de cadavres.

Canonnade intense sur le front belge.

Les Anglais ont repoussé de fortes contre-attaques avec des pertes énormes sur le front de Croisilles, au nord de Gavrelle. Ils ont maintenu toutes leurs positions. Nos alliés ont progressé à l’est de Monchy et aux abords de Roeux. Ils ont avancé également â nouveau à l’est d’Epehy sur un large front et atteint le canal de Saint-Quentin au nord de Vendhuille. Ils ont occupé les deux villages de Villers-Plouich et de Beaucamp. Le chiffre de leurs prisonniers depuis la veille atteint 2000. Ils ont détruit 15 avions allemands et forcé 24 autres appareils ennemis à atterrir, désemparés.

Le Reichstag est rentré en session.

La mission officielle, composée du maréchal Joffre, de M. Viviani et de leurs collaborateurs, est arrivée aux Etats-Unis et y a reçu un accueil chaleureux.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Lundi 16 avril 1917

Louise Dény Pierson

L’image contient peut-être : plein air

16 avril 1917

L’autorité militaire donnait beaucoup de facilités aux personnes désirant quitter la ville, notamment en assurant l’enlèvement des meubles.
C’est ainsi que nos amis Mavet purent rapidement déménager, ayant trouvé un logement à Malakoff : quatre grandes pièces, plus cuisine, pouvant convenir à deux ménages. Sitôt installés, ils insistèrent pour qu’Émilienne vienne les rejoindre avec les enfants, ce qui fut fait très peu après. Nous perdîmes momentanément nos amis, ma sœur et mes nièces qui, de Malakoff, nous conseillaient vivement d’en faire autant… Mais mes parents ne voulaient pas s’éloigner et laisser vide notre petite maison de Sainte-Anne.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Lundi 16 avril 1917

947ème et 945ème jours de bataille et de bombardement

7h matin  Hier soir il tombait une pluie fine. Ce matin, temps nuageux avec brise assez forte, de la neige sur le gazon. A 6h1/2 Nuit calme, pas entendu d’obus siffler, mais nos canons n’ont cessé de tirer. Il y a une batterie toute proche de la maison qui la fait trembler, et n’est pas sans m’inquiéter à cause des ripostes allemandes qui nécessairement nous éclabousseraient. Quand donc n’entendrai-je plus ces pièces aboyer comme des monstres. A 6h1/2 il faut se lever, la bataille fait rage et on ne s’entend pas. Les avions nous survolent et montent la garde.

7h  Les petites laitières sortent de leur dépôt de la rue des Capucins. Voilà des femmes qui ont été courageuses, héroïques, par tous les temps, au propre et au figuré, sous la mitraille elles ont toujours fait leur service. Bien des fois quand je les entendais rester tout en caquetant entre elles sous les obus, je pensais que je ne voudrais pas que mes bonnes sortissent sous une telle mitraille. Ce sont des humbles qui méritent l’admiration.

J’oubliais hier de conter que j’avais encore trouvé 2 russes ivres, comme des polonais quoique russes, à la sortie d’une autre maison place d’Erlon. Je fis le geste de mettre la main au revolver. Alors tous deux de lever les bras et de me crier : « Kamarad !! Niet ! Niet !! » Gesticulant, faisant des signes de croix (ils y tiennent) pour prouver l’innocence (!!?) de leurs intentions !! Bref ils se mirent à se sauver tout en titubant, c’était tordant ! Si je me souviens de cette scène, je crois qu’eux aussi en conserveront un…  mauvais souvenir de ce terrible…  « Fransouski » qui joue du revolver sur des pauvres soldats russes qui visitent des caves pour…  se désaltérer à nos frais !!

9h1/2 matin  La bataille continue toujours.

11h matin  Le combat semble se calmer, il dure depuis 6h du matin !! Un soldat aurait dit à ma bonne que cela allait bien ?

On m’a apporté le coffre-fort de la famille Valicourt. Le Père, la mère, la fille (morte la dernière) asphyxiés par les bombes asphyxiantes, hier 15 avril vers 1h du matin. J’en fais l’ouverture et la description : des valeurs dont je trouve la liste : une obligation Crédit Foncier qui est chargée de numéros, il manquerait une obligation Varsovie, mais elle semble avoir été remplacée par une Pennsylvanie. Du reste cette liste date de 1905, une pièce de 100 F or, 400 F en or et 290 F en billets de banque… On me laisse tout cela avec une caisse en carton Lartilleux (carton de la pharmacie de la place St Thimothée). Si cela continue je pourrais m’établir marchand de bric-à-brac !!

5h1/4 du soir  Reçu à midi encore des valeurs d’une dame Veuve Giot, asphyxiée, 59, rue Victor Rogelet. Je finis de déjeuner, prépare le pli Valicourt, et vais à la Poste du Palais prendre mon courrier. Lettre désolée de ma pauvre femme. Je la remonte comme je puis. Comme je descendais de mon cabinet du Palais, j’entends une altercation dans la salle des pas-perdus. Le R.P. Griesbach, rue Nanteuil, 6, à Reims et Pierlot, impasse St Pierre, discutaient avec un nommé Paul Alexis, employé de bureau aux Docks Rémois à Reims, mobilisé à la 6ème section, secrétaire d’État-major, planton cycliste à la Place de Reims, matricule 2247, qui avec un de ses collègues également attaché à la Place, le nommé Fernand Baillet, qui s’est lui défilé, aurait crié : « Couac ! Couac ! » (jeu douteux qui consistait, pour de jeunes anticléricaux, à imiter le cri du corbeau lorsqu’ils croisaient un religieux en soutane noire) en passant devant le R.P. Griesbach qui causait avec l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, vicaire Général, et l’abbé Haro, vicaire de la Cathédrale. Dupont se démène parce qu’un médecin major, capitaine à 3 galons, décoré de la Croix de Guerre étoile d’argent, lui a demandé son livret pour prendre son nom et le signaler à la Place. Je m’approche et comme je m’informe le Docteur me dit : « Vous êtes le commissaire de Police ? » Je lui réponds que non, mais juge de Paix de Reims. Alors il m’explique l’affaire et me remet le livret pour prendre les renseignements. Je fais monter mon homme avec le R.P. et Pierlot. (Robinet dentiste, témoin se défile !!) Il n’a pas le courage de son opinion celui-là. Comme je leur dis de me suivre un soldat de l’état-major à libellule vient se mêler de l’affaire et m’interpelle. Alors je le plaque en lui demandant de quoi il se mêle, et que cela ne le regarde pas, et qu’il me laisse la paix. Il rentre dans sa…  libellule aussi celui-là !!

Monté je prends note de toute l’affaire, le pauvre Couaceur Dupont fait dans ses culottes, et excuses sur excuses. Le R.P. tient bon…  et on s’en va. A peine Dupont est-il parti que le Brave Père Griesbach me prie de n’en rien faire et de ne rien signaler à l’armée, au G.Q.G. de la Vème Armée, trouvant que la leçon avait été suffisante. Je suis de cet avis, mais j’ai le citoyen sous la main. Gare s’il bronche !! Il était 2h1/2. Je file à la Mairie pour avoir des nouvelles, qui sont très bonnes parait-il ! Devant les Galeries Rémoises rue de Pouilly j’entre m’excuser de n’être pas allé déjeuner hier comme je l’avais à demi-promis sans m’attendre. Au moment de repartir, des bombes. A la cave, où je reste jusqu’à 4h1/2. Je rentre à la maison vers 5h où l’on était inquiet. Par ailleurs on a des nouvelles bonnes, Courcy, Brimont seraient pris. On serait à Auménancourt-le-Grand. On dit les troupes massées pour l’assaut de Cernay ce soir.

Curt me dit que les 2 petits meubles de Marie-Louise et de ma pauvre femme, fort abîmés par notre incendie et confiés aux Galeries pour être réparés sont réduits en miettes. Cela me serre le cœur. Nos ruines ne cesseront donc pas. J’ai dit qu’on mette tous ces débris en caisse. En rentrant on me dit que le Papa Morlet de chez Houbart s’est foulé le pied en tombant d’une échelle. Je vais aller le voir. Ce n’est qu’un effort. Ce ne sera rien.

8h35  En cave pour se recoucher. 10ème nuit couché sans se déshabiller. Je n’aurais jamais cru qu’on s’y faisait aussi facilement.

A 7h je finis de clore et sceller mes plis consignations Valicourt et Giot. A 7h1/2 je les porte à mon commissaire Cannet, qui est vraiment brave !! Je ne me suis pas trompé, cet homme-là est un homme de valeur…  Intelligent, de sang-froid et ne reculant pas devant les responsabilités. A signaler, c’est à mon avis un futur commissaire central dans une grande ville, ou commissaire à Paris. Il les remettra (mes plis) à la première voiture d’évacués demain à 8h… En allant je suis passé rue Clovis voir l’École Professionnelle. Atterré par les décombres, c’est épouvantable, c’est une crevaison de maison mise à jour. Je remonte rue Libergier. La maison Lamy, une dentelle, un autre 210 dans la rue, de quoi enterrer un cheval. Je continue toujours, rue Libergier, en face de la porte particulière de Boncourt, 2 trous d’obus côte à côte ont formé une cave de 10 mètres de diamètre au moins au milieu de la chaussée, perpendiculairement à la rue Tronsson-Ducoudray et à la statue de Jeanne d’Arc (en tirant 2 perpendiculaires) un trou de 5 mètres de profondeur !! On me dit que la Cathédrale a reçu 14 bombes semblables !! Jeanne d’Arc toujours glorieuse et triomphante n’a rien et dans la pénombre du ciel gris surveille la place et lève toujours son glaive vengeur.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

16 avril 1917 – Canonnade très sérieuse vers Brimont. C’est le déclenche­ment de la grande offensive de notre part, annoncée comme de­vant donner les résultats décisifs.

Nous avons dû encore abandonner le bureau et rester tout l’après-midi à la cave. Ainsi que les jours précédents, nous y res­sentons les fortes secousses des arrivées et des explosions lors­qu’elles se produisent au-dessus de nous, c’est-à-dire sur l’hôtel de ville et son voisinage immédiat.

Nous sommes groupés, à quelques-uns, du côté du calori­fère, qui n’a pas fonctionné depuis la guerre, et assis sur des lits, nous causons doucement. La situation considérée dans sa plus triste réalité, tandis que ne cessent de tomber les projectiles, par rafales, est jugée par tous comme véritablement tragique. On ne voudrait cependant pas s’avouer qu’il est de plus en plus clair que les chances d’en sortir sont moindres que les risques d’y rester tout à fait. On essaie tout de même de blaguer un peu, parfois, tout en bourrant une pipe, pour tuer le temps, mais la conviction n’y est pas. Guérin, lui-même, n’a jamais fumé sa petite « acoufflair » avec autant de gravité. Nous nous trouvons l’un en face l’autre, et, à certain moment, nos regards se croisent ; il me demande :

« Eh bien ! crois-tu que nous remonterons aujourd’hui ? »

Ma réponse est simplement

« Mon vieux, je ne sais pas. »

Nous avons eu certainement la même pensée : pourvu qu’un 210 ou qu’un percutant à retardement, comme les Boches nous en envoient maintenant, ne vienne pas nous trouver jusque là, dans ce pilonnage frénétique de gros calibres !

— Le soir, après avoir lestement dîné à la popote et appris, avec plaisir notre avance sur Courcy, Loivre, etc. je puis, malgré tout, retourner coucher dans la cave du 10 de la rue du Cloître ; ses occupants sont navrés du décès de Mlle Lépargneur, voisine, de l’immeuble mitoyen avec celui de mon beau-frère — qu’ils m’ap­prennent dès mon arrivée.

Cette malheureuse personne avait été intoxiquée hier matin dimanche, atteinte par les voies respiratoires, alors qu’elle gravis­sait sans méfiance les dernières marches de sa cave, où elle s’était abritée pendant le violent bombardement ; celui-ci prenait fin en effet, mais un obus à gaz avait éclaté quelques instants auparavant, dans la cour de la maison.

L’Éclaireur de l’Est, indique le chiffre de quinze mille obus, tirés sur Reims, au cours de l’effroyable avant-dernière nuit et de la matinée d’hier.

Pendant l’après-midi, aujourd’hui, le bombardement a été particulièrement dur sur le centre et la cathédrale, qui a été atteinte par une quinzaine d’obus de gros calibre, dont quatre sur la voûte. Son voisinage a été massacré. La cour du Chapitre, la place du Parvis, certaines maisons de la rue du Cloître sont méconnaissa­bles, dans cette dernière rue, derrière l’abside, M. Faux a été bles­sé mortellement, alors qu’il se trouvait dans l’escalier de la deuxième cave de la maison Gomont.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Place du Parvis


Cardinal Luçon

Lundi 16 – + 2°. Neige presque fondante sur la pelouse. Nuit extrême­ment agitée, mais entre batteries. Pas d’obus autour de nous, si ce n’est en petit nombre. A 6 h., activité d’artillerie qui nous a fait croire au déclenche­ment de l’offensive annoncée pour le printemps(1). Des bombes sifflent. A 9 h. 45, visite de M. le Curé de Saint-Benoît. Il m’apprend qu’hier, 15, trois personnes de sa paroisse, réfugiées dans son presbytère, y sont mor­tes des gaz asphyxiants. Son clocher est criblé par des obus et son église aussi ; la toiture est trouée ; le plafond écroulé, les murs percés de brè­ches. On dit que nous avons attaqué les tranchées ennemies et fait 200 pri­sonniers. Visite de M. le Curé de Saint-André : son clocher est démoli ; église incendiée, église en ruines. De 3 h. à 4 h. 1/2, Bombardement de la Cathédrale pendant 1 heure 1/2 avec des obus de gros calibre. Un ving­taine d’obus ont été lancés sur elle. Le 1er tomba à moitié chemin du canal ; le second se rapprocha de 200 mètres ; le 3ed’autant ; le 4e et les suivants tombèrent sur la Cathédrale ou dans les rues adjacentes, sur le parvis. Les canons allemands lancèrent un obus par chaque cinq minutes environ ; le temps de remplacer l’obus lancé par un autre obus. Un homme a la jambe coupée par un obus dans sa cave, rue du Cloître. L’abside de la Cathédrale est massacrée. 13 obus au moins l’ont touchée. Les rues sont jonchées de pierres, de branches d’arbres commençant à avoir des feuilles, de lames de zinc ou de blocs de plomb fondu projetés par les obus tombés sur les voû­tes. Tout le monde se terre dans les caves. En nous apercevant, M. Sainsaulieu vient à nous ; la terreur règne dans la ville : on dirait la fin du monde. Sept à neuf grands cratères sont creusés dans les rues et sur la place du parvis creusés par la chute des projectiles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Début de l’offensive Nivelle sur le Chemin des Dames et au Nord de Reims (premier engagement des chars de combat français à Juvincourt). En dépit de la discrétion du Cardinal, on perçoit  bien que cette action a fait l’objet d’innombrables bavardages avec son  déclenchement et qu’elle était donc attendue de pied ferme par l’adversaire sur un terrain particulièrement favorable à la défensive

Lundi 16 avril Deuxième bataille de l’Aisne

Activité d’artillerie au nord et au sud de l’Oise. Nos reconnaissances ont trouvé partout les tranchées ennemies fortement occupées.

En Champagne, violente canonnade. Escarmouches à 1a grenade à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Nos reconnaissances ont pénétré en plusieurs points dans les tranchées allemandes complètement bouleversées par notre tir.

Sur la rive droite de la Meuse, l’ennemi a lancé deux attaques : l’une sur la corne nord-est du bois des Caurières, l’autre vers les Chambrettes. Ces deux tentatives ont été brisées par nos feux.

En Lorraine, rencontres de patrouilles vers Pettoncourt et dans la forêt de Parroy. Nos escadrilles de bombardement ont opéré sur les gares et établissements du bassin de Briey et de la région Mézières-Sedan. Les casernes de Dieuze ont été également bombardées.

Les Anglais ont arrêté une forte attaque allemande sur un front de plus de 10 kilomètres de chaque côté de la route Bapaume-Cambrai. L’attaque a été repoussée sauf à Lagnicourt, où l’ennemi a pris pied, mais d’où il a été aussitôt chassé. Nos alliés ont enlevé la ville de Liévin et la cité Saint-Pierre. Sur tout le front de la Scarpe, ils se sont avancés à une distance de 3 à 5 kilomètres de la falaise de Vimy. I1s arrivent aux abords de Lens.

Les Belges ont pénétré dans les deuxièmes lignes ennemies qu’ils ont trouvées inoccupées, près de Dixmude.

Violente canonnade en Macédoine, entre le Vardar et le lac Prespa.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 13 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

13 SEPTEMBRE : Une tempête épouvantable la nuit…

Ce matin, de bon matin, du mouvement en ville. Je sors à 6 heures. Déjà, des bandes de garnements pillaient les pauvres restes de l’ennemi ; paille, boîtes etc… sur la Place du Parvis.

Un petit troupier vient d’arriver en courant place Royale et d’ajuster un Prussien – qui se sauve en vain avec quelques autres ; ils sont attendus plus loin par – toute une patrouille et faits prisonniers. Un certain nombre d’ennemis ont été ainsi ou bien fusillés, ou bien faits prisonniers.

La troupe envahit la ville ; ce sont des cris de joie. Des drapeaux surgissent aux fenêtres ; on embrasse les soldats.

En vérité, il y a encore du monde à Reims ; la rue de Vesle en est noire, la Place Royale également.

A la cathédrale, dans la partie réservée au culte, les messes sont dites comme d’habitude. Je dois, moi, dire celle de 10 heures.

Le canon tonne encore, mais au nord cette fois ; c’est l’artillerie française sur les derrières de l’armée allemande.

Nous sommes délivrés – mais pour combien de temps? Je suis angoissé au fond. J’ai dans l’idée que nous n’avons pas vu la fin de 1’invasion… et pas le pire encore. Je prie Dieu de tout cœur que je me trompe !

De vives acclamations arrivent jusqu’à moi. Les troupes entrent probablement. Le canon semble s’éloigner.

4 heures 1/2 ; après Vêpres ; Avant déjeuner, suis allé jusque chez G-H. Mumm avec le P.Paulot pour voir des officiers français blessés. C’était une fausse indication ; il n’y avait que des soldats et des officiers allemands.

A déjeuner, Poirier me raconte comment il a suivi la bataille ce matin, étant dans « sa tour » avec les officiers français, qui en avaient pris possession pour diriger leur tir. Quand il est descendu pour venir chez moi, le commandant venait de faire préparer le feu sur Cernay, où on savait qu’il y avait encore beaucoup de fantassins allemands On voulait les forcer à en sortir pour ensuite « arroser” les pentes par lesquelles ils devaient s’éloigner.

A l’heure qu’il est, je ne sais ce qu’il en est de Cernay ; rien n’y paraissait anormal tout à l’heure avant Vêpres, alors qu’un grand incendie était allumé du côté de Courcy.

J’entends le canon bien plus éloigné en ce moment. Les batteries établies près de Pommery, puis au champ de grève ont fait le « saut » en avant, un grand saut ! Les officiers se plaignaient qu’on perdît du temps et que la poursuite fut trop molle… Les allemands, établis derrière les hauteurs boisées de Berru-Nogent-Cernay étaient très difficiles à repérer. Heureusement, l’éclatement de leurs projectiles se faisant toujours très haut, leur canonnade n’est pas très redoutable.

C’est déjà la foire aux casques à pointe, fusils, baïonnettes, ceinturons etc… Du faubourg de Paris et d’Epernay, ils se sont précipités pour explorer le champ de bataille. Poirier a eu d’un gamin un casque pour vingt sous !

Je suis ce soir tout mélancolique, triste.

La principale cause en est à ce que ces jours comportent d’anormal et d’angoissant, mais encore à tout ce qu’il faut côtoyer – même en des temps aussi austères – d’ambitions et de vaniteuses préoccupations. Chacun veut s’assurer un petit morceau de gloire… et fait rectifier sur le journal si le morceau à lui départi n’est pas aussi glorieux qu’il l’a rêvé. Plus d’un s’occupe de ce qui ne le regarde pas… ainsi ceux qui sont allés ce matin remplacer le drapeau blanc et celui de la Croix Rouge sur la cathédrale, par le drapeau tricolore, ce qui n’était peut-être pas indiqué encore pour passer à la postérité !

Mais, ai-je le droit d’être sévère pour juger de ces choses ? Que suis-je moi-même pour juger?

6  heures ; On vient de mitrailler un avion allemand qui survolait Reims ; il a échappé. Deux autres français, passent en ce moment au-dessus de la cathédrale.

Le soleil couchant est magnifique !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Dimanche 13 septembre 1914

4h matin  Je viens d’interpeller l’employé du gaz qui éteint les becs pour lui demander s’il connaissait du nouveau. Celui-ci me dit que dans sa tournée il n’a pas vu un Prussien. Que le parc à fourrage a été brûlé par eux. Que les Français seraient à Reims au Pont de Vesle.

Serions-nous débarrassés à jamais de ces bandits qui nous aurons tenus sous l’étreinte de la terreur pendant 10 jours ! du 3 septembre au soir au dimanche matin 13 septembre 1914. Mon Dieu que ce soit bien vrai !

5h20  Une vraie tempête toute la nuit, en ce moment le vent souffle en tempête, la pluie gicle presque horizontalement. Il fait froid.

5h25  Un chasseur à pied français se défile le long de la rue de l’Étape et traverse la rue de Talleyrand vers la rue du Cadran St Pierre !! Vive la France.

« Adèle, mon drapeau !! »

Je cours aux nouvelles à 5h30.

10h matin  Je suis le premier de la rue de Talleyrand qui ait vu le premier soldat français, un chasseur à pied, et qui ait arboré mon drapeau. En criant « Vive la France ! » au risque d’ameuter tout le quartier, ce qui a eu lieu. Je ne me connaissais pas une aussi forte voix !

Je pars du côté de la Cathédrale, rencontre Degermann qui me dit que les otages sont partis du côté de Rethel. Je continue au Poste de Pompiers, un pompier, le gardien qui me connait me dit qu’au contraire les otages ont été relâchés hier soir. Je reviens sur mes pas en jetant un coup d’œil sur la place du Parvis où l’on pille une voiture de fourniment de soldats. Je cours chez M. Bataille que je vois à sa fenêtre causant avec M. Demoulin, l’homme de confiance de Léon de Tassigny, je cause un instant avec mon Beau-père qui en somme a été emmené avec tous les otages jusqu’au Linguet, route de Rethel vers Witry-lès-Reims où là on les relâche vers 6 heures. A 7h il était rentré chez lui.

Je pousse jusqu’à la Porte Mars où gisent un cheval et un cavalier tués sur le trottoir du petit square qui entoure la porte Romaine. Côté des Promenades, en face la maison de Madame Lochet 2, rue Désaubeau, à quelques pas plus loin, vers la place de la République sur le même trottoir, une charrette, un cheval tué et un soldat allemand mort. Tous tués par nos soldats il y a quelques minutes.

Je rentre chez moi. J’aperçois des prisonniers prussiens qui descendent vers la rue de Vesle. Je vais tâcher de les voir par St Jacques où j’entre après tout pour entendre la messe qui commence justement. Je remercie Dieu et je lui demande de me réunir bientôt, le plus tôt possible, aux miens et surtout d’avoir de leurs bonnes nouvelles et de savoir qu’ils sont sains et saufs.

En sortant de St Jacques je remonte la rue de Vesle, j’aperçois Guichard avec un mousqueton saxon poignard au canon, et un autre qui fonce dans le couloir du Cygne Rouge où, parait-il, sont des femmes qui ont couché avec des soldats allemands et les renseignaient…  si Guichard les trouve, je suis  sûr qu’elles ne feront pas long feu.

J’arrive à la Cathédrale. J’entre au Lion d’Or pour revoir ma chambre d’otage n°21 et bien la repérer. C’est fait, on peut voir le plan plus haut, puis j’entre à la Cathédrale. On dit la messe à la chapelle du cardinal. Je me faufile entre les toiles tendues qui masquent la nef où devaient être parqués les blessés allemands par ordre (ils n’ont que ce mot à la bouche avec ceux de fusillade et de pendaison)… Là des tas de paille formées en litière et en ligne le long des bas-côtés à droite et à gauche, et également deux longues litières à droite et à gauche de la grande allée de la nef.

J’aperçois l’abbé Camu, je le félicite de son rescapage d’hier soir, il était dans les 80 à 100 otages qu’on devait pendre. Puis en remontant vers le grand portail, je vois l’abbé Dage avec le sauveteur Ronné, 87 rue de Merfy, qui, tenant un drapeau tricolore, se dirigent vers la porte de l’escalier de la Tour. Je m’informe auprès de l’abbé Dage qui me dit que ce que je suppose est juste et qu’il va accompagner M. Ronné, délégué par le Maire, pour hisser le drapeau en haut de la tour Nord. C’est lui qui du reste à déjà arboré, au risque de se faire tuer avec l’abbé Andrieux, le premier drapeau blanc hissé sur cette tour le 4 septembre 1914 vers 10h du matin pendant le bombardement. Cet honneur de placer (à la place du drapeau blanc) nos couleurs lui revenait bien.

« Allons », dis-je à l’abbé ! « Je vais avec vous ! »

« Oui, venez ! » Nous voilà grimpant le colimaçon qui n’en finit pas. Ronné le 1er avec son drapeau roulé (il vient des Galeries Rémoises), l’abbé Dage le 2ème et moi le dernier. J’ai moins l’habitude qu’eux. Enfin nous arrivons à la sortie de la première plateforme sous les cloches. Mais impossible de passer le satané drapeau qui est trop grand par le petit couloir qui débouche sur la plateforme près des cloches déposées là (en attendant qu’on les reposent) près de la porte qui conduit sous la toiture au carillon. Nous essayons de toutes les manières mais pas moyen. Il est toujours trop grand !

Bref, je dis ou plutôt je crie à Ronné : « Passez donc dehors, nous vous le passerons, le tendrons par une meurtrière ». Aussitôt dit, aussitôt fait. Il grimpe comme un chat derrière un des Grands rois, passe, repasse, regrimpe. De notre meurtrière avec l’abbé Dage nous passons le drapeau et nous le déroulons un peu en criant à Ronné : « Le voyez-vous ? » – « Oui, j’arrive !! » Il le saisit. Et revient près de nous sur la plateforme le tenant à la main. « Sauvés mon Dieu ! »

Pendant que l’abbé attendait le sauveteur, n’ayant rien de mieux à faire, je grimpe l’escalier à jour de la fameuse tour Nord et j’arrive bon premier en haut de la plateforme. Encore une échelle à grimper pour arriver enfin sur la plateforme en bois qui a été édifiée pour un poste de télégraphie sans fil. Au pied de cette plateforme je vois un plateau à hauteur d’homme auquel les allemands avaient accroché un téléphone et un appareil de signaux à réflecteurs, le fil monte ensuite sur la plateforme en bois, au bout duquel se trouve une lampe électrique. Je prends la lampe et laisse la douille sur la plateforme en pierre derrière l’échelle, et au pied je vois 3 bidons de pétrole oubliés là par les allemands. En attendant mes deux compagnons j’inspecte les environs. Quel joli panorama, le ciel est pur. Quel dommage que je n’ai pas ma lorgnette ! Vois Cernay, Nogent et la Pompelle, on tire le canon. Je vois très bien les éclairs des canons et les fumées des obus qui éclatent. Nos troupes progressent et refoulent les allemands, qui, à mon avis, se défendent mollement.

Mes deux compagnons arrivent. Nous nous attaquons aux deux drapeaux arborés, un blanc et un de la Croix-Rouge. Le drapeau blanc avait été mis il y a quelques jours par les allemands eux-mêmes en remplacement du premier mis pendant le bombardement et fait avec la moitié d’un drap de lit d’un des officiers parlementaires allemands qui avaient couchés à l’Hôtel de Ville. Ce 2ème drapeau blanc était beaucoup plus grand et d’une toile plus fine. Je l’ai presque en entier, j’ai aussi un morceau du premier qui est d’une toile fort grossière. Le drapeau de la Croix-Rouge est de belle flanelle, arboré hier seulement quand les allemands avaient ordonné de mettre leurs blessés dans la Grande nef de la Cathédrale. Nous sommes obligés de déchirer ces drapeaux, de les couper, de couper les cordes, c’est un vrai travail. Enfin c’est fait, nous avons la hampe, le mat, la perche auxquels ils tenaient. Nous enlevons la tête de loup qui avait servie de hampe de fortune au 1er drapeau blanc. Je lui fais piquer une tête en bas de notre plateforme, sur la plateforme en pierre.

Nous ficelons et reficelons notre drapeau tricolore que j’avais au préalable déployé et montre aux curieux qui nous regardaient de la rue de Vesle près du Théâtre et près de chez Jules Matot au coin de la rue des 2 Anges (cette rue a disparue en 1924 avec la création du Cours Langlet). Je l’agite. On applaudit, j’entends très nettement les battements des mains malgré le vent qui souffle en tempête. Enfin voilà notre drapeau est ficelé. Il s’agit maintenant de le dresser et de le ligoter et l’ancrer contre la balustrade en bois de la plateforme. Ce n’est pas un petit travail, car le drapeau flottant, claquant est dur à tenir pendant que Ronné le ficèle avec une grosse corde. Je mets toutes mes forces à le maintenir droit pendant qu’il enroule la corde. Çà y est ! Mais comme le vent qui vient de l’ouest le fait pencher, je dis à Ronné d’attacher encore une seconde grosse corde que je trouve là, abandonnée au milieu de la hampe contre l’étoffe et d’arquebouter cette corde à la rambarde en planche qui forme balustrade. La hampe se tient maintenant bien droite et ne fatigue plus. Il faudrait un autre vent pour casser notre drapeau, et Dieu sait s’il soufflait, nous pouvions à peine nous tenir debout là-haut. Et ça cornait dans les planches des meurtrières !

Flotte !!! Plus loin ! Reste !! ô mon Drapeau !! là-haut toujours !! Il est 8h1/4 juste

Ici j’ouvre une parenthèse en revoyant cette plateforme : hier durant toute la bataille les allemands au nombre d’une dizaine  s’y sont tenus, faisant des signaux avec de petits drapeaux. Ce n’est que vers 5h qu’il n’en n’est plus resté qu’un ou deux sur cet observatoire. Toujours avec leurs drapeaux signaux. Pour eux la bataille était perdue.

Avant de descendre j’écris sur une feuille ci-jointe de mon carnet au crayon ces mots :

« A 8h1/4 dimanche 13 septembre 1914, le drapeau français a été arboré sur la tour Nord de la Cathédrale par : M. Ronné, de la Cie des sauveteurs, rue de Merfy 87 ; M. l’abbé Dage, Directeur de la Jeunesse Catholique et M. Guédet, notaire à Reims ».

En foi de quoi nous avons signé :

(signé)  L. Ronné,

  1. Dage,
  2. Guédet

J’ai un petit morceau rouge de ce drapeau.

Il est 8h1/4 juste.

Flotte ! Claque ! Frisonne ! ô mon cher drapeau ! reste et demeure là-haut ! Toujours !!

Nous redescendons, moi avec mon ballot de drapeaux et une chaise que les allemands avaient abandonnée sur la plateforme en bois. Ronné lui s’empare des 3 bidons pleins, deux gros et un petit, pour les déposer à la mairie. Il prend les 2 gros et l’abbé le petit.

4h10  La bataille continue au nord et à l’est de Reims, mais la canonnade et la fusillade est beaucoup moins nourrie qu’hier. J’écris et ma pensée est ailleurs. Je souffre moralement à ne pas croire. Je crois que je n’y résisterai pas si d’ici peu je ne suis pas fixé sur les miens et si je ne sais pas bientôt qu’ils sont sains et saufs. Je crois que je n’ai pas encore autant souffert et d’une façon aussi angoissante. Mon Dieu auriez-vous pitié de moi ! J’ai déjà tant souffert, je n’ai plus de courage, je suis comme une loque.

8h35 soir  Alerte ! Je devais loger un officier de ravitaillement, et pendant que je dinais l’ordonnance dit à ma domestique qu’il allait revenir chercher les bagages, car son officier devait se tenir prêt à toutes éventualités ! Je cours chez mon Beau-père, rencontre en route l’ordonnance qui vient chercher les bagages de mon officier d’administrat… ion, et me dit qu’à partir de 8h on ne doit plus sortir. Je me risque, bien entendu, M. Bataille ne sait rien et me montre une affiche plus jolie que celle de Messieurs les Prussiens, disant qu’on ne voulait pas de rassemblement et qu’on rentre chez soi. C’est parfait.

En revenant je me cogne sortant de chez Bayle-Dor à un commandant d’artillerie. Je l’accoste et lui demande quelques renseignements. Alors il me tranquillise, et me dit : « Vous êtes comme le volant entre 2 raquettes, nous nous tenons prêts à toutes éventualités, avant ou arrière. Je comprends et nous causons, je le reconduis jusqu’à chez M. Delahaye mon client. Les allemands sont allés jusqu’à Vitry-le-François (mes pauvres chéris, femme et enfants !!) et il me dit sur une réflexion de moi : « Alors Commandant, la campagne de 1814 ? » – « Oui, absolument et fort intéressante !! mais en plus, le succès au bout, ce sera dur. »

(Voir l’article de M. de Mun dans l’Écho de Paris du 2 octobre 1914)

Et du dehors ? Lemberg est pris, les autrichiens battus, et les Russes vont faire le rabat sur Berlin. En Prusse orientale stationnement. Les serbes ont repris Belgrade. Une auto nous arrête devant chez M. Delahaye. Adieu, au revoir ! et je rentre chez moi.

Alors ma femme et mes enfants ? Les sauvages sont allés jusqu’à Vitry-le-François, je n’ai pu savoir quand, quel point d’interrogation !

En tout cas, cet officier me disait : Cette mesure d’arrêt n’est pas surprenante, car depuis 6 jours nous les ramenons « tambours battants ». Alors vous comprendrez qu’on est un peu essoufflé de part et d’autre. C’est le résumé de ce que vous voyez, on se repose, on se tâte, pour combien de jours cette situation d’attente ? D’un autre côté l’état moral de nos troupes est parfait. Entrain, sang froid, endurance, souplesse !

A quelle sauce serons-nous mangés demain ? Française ou Prussienne ?

Cet officier m’a fait une impression de confiance que je ne connaissais pas encore… chez nous !

9h  Je regarde à ma fenêtre. En face du coiffeur et du bijoutier des cyclistes font un barrage de fortune avec des caisses ? Que diable cela veut-il bien vouloir dire. Du côté du boulevard de la République un bruit de cavalerie et d’artillerie. Franchement ce sera la vinaigrette qui nous assaisonnera.

Oh ! mon Dieu ! Sans nouvelles de mes chers aimés, femme ! enfants ! Père ! Je m’en moque, et si je savais que je ne dois plus les revoir, je ne penserais même pas à m’inquiéter, je m’en amuserais. Car si je n’avais pas à songer aux miens, ce serait fort intéressant de voir tout ce qui se manigance durant tous ces jours-ci. Ah si j’avais l’esprit libre de tous soucis, comme j’observerais comme je consignerais pour mes petits enfants ! mais je souffre et je n’ai pas le moyen de me mettre à l’affut de toutes ces petites péripéties journalières qui donnent bien l’impression de la mentalité d’une ville comme Reims pendant des journées aussi tragiques par lesquelles nous passons. Vivons !! Ce sera de la chronique vécue au point d’être un peu de l’Histoire.

Barrage complet de la rue de Talleyrand hors rues de l’Étape et Cadran St Pierre. Cogne et Le Roy forment la ligne de séparation.

Je suis donc dans la zone de l’État-major, nous serons bien gardés et nous pourrons dormir.

La garde française est plus agréable car tous les imbéciles curieux vont se terrer, tandis que devant les Prussiens on pouvait sortir même sans caleçon de bain. C’eut été si agréable de pouvoir avoir une bonne petite raison, occasion de fusiller « un cochon de Rémois » ! le mot passera à la postérité, comme les pendaisons !!

Franchement j’aime mieux la manière française, elle est plus saine, tandis que l’autre, elle est malpropre. Gaulois…  Germains…  la même initiale, mais pas la même terminaison. Je crois qu’une nuit agitée se prépare encore, à moins que…  J’aime mieux dormir tout de même sous les baïonnettes françaises que sous les bottes prussiennes, et puis enfin j’ouvre ma fenêtre et je respire, et je puis regarder.

11h  Je suis descendu dans la rue donner un cigare au poste qui barre la rue de Talleyrand. Je cause de choses et d’autres, et un officier des ambulances vient nous voir. C’est un jeune confrère ! Maurice Damien, notaire à Marchiennes (Nord) (carte de visite en pièce jointe). Nous causons, nous bavardons, je le quitte en lui disant au revoir.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nous sommes réveillés à 5 heures, par deux coups de fusil tirés dans le voisinage et entendus très nettement. Où en sommes-nous, que se passe-t-il et que nous réserve la journée de ce dimanche ?

A 6 heures, je suis dehors, me dirigeant vers la place royale ; dans le court trajet à effectuer pour y parvenir, je suis rejoint par M. luta, fondé de pouvoirs de la maison de champagne Maréchal & Cie et interprète volontaire à la Mairie, qui me dit en passant :

« Allons les voir. »

A son air joyeux, j’ai compris qu’il s’agit de nos soldats. Il va vite, court presque ; je le suis un instant et il m’annonce que les Français sont dans l’avenue de Paris, depuis hier soir, 20 h.

Quelques minutes après, j’ai en effet le plaisir de voir un de nos cyclistes militaires traverser la place, puis, en descendant la rue Carnot, de croiser deux ou trois fantassins isolés, formant sans doute l’extrême pointe d’avant-garde du corps d’armée qui s’apprête à reprendre possession de la ville de Reims, car ils avancent prudemment, tenant en mains leur fusil, baïonnette au canon et, à hauteur du palais de justice, j’aperçois un groupe de quelques officiers. Malgré l’heure matinale, il y a déjà une animation considérable le long de la rue de Vesle. Tous les visages sont radieux et les drapeaux sortent aux fenêtres, les uns après les autres.

Je me hâte de rentrer, suffisamment fixé, pour annoncer, sans tarder, à la maison la bonne nouvelle de notre libération, et je pense, chemin faisant : « Nous allons donc respirer à l’aise ». On ne peut, il est vrai, se défendre d’éprouver au moins de la gêne, même quand on n’aurait rien à se reprocher, lorsque des menaces sans cesse aggravées sont continuellement suspendues au-dessus d’une collectivité dont on fait partie. Espérons que le régime de l’occupation est bien fini. Il n’est plus question de sujétion. Nous avons retrouvé notre liberté.

En me voyant pavoiser, nos enfants eux-mêmes se réjouissent. Ils vont pouvoir enfin s’ébattre, car depuis plusieurs jours, nous leur avions expressément défendu de sortir en ville ; confinés à la maison, ils avaient dû se contenter de prendre un peu l’air dans la cour et le petit jardin de l’établissement.

C’est avec confiance et dans une grande tranquillité d’esprit que nous attendons nos troupes, qui certes, vont recevoir un accueil enthousiaste.

Dans le courant de la matinée, nous voyons arriver les premiers régiments de la 5e armée, commandée par le général Franchet d’Esperey.

Les 127e et 33e d’infanterie défilent dans la rue Cérès, montant vers le faubourg. Vient ensuite le 27e d’artillerie, qui fait halte tout le long du faubourg et de la rue Cérès, de la rue Carnot, de la rue de Vesle et laisse passer les 73e et 110e d’infanterie.

Nous ne nous lassons pas de regarder nos soldats. La foule s’est massée sur leur trajet. La ville est en fête ; le pavoisement est devenu général et sur la cathédrale ainsi qu’à la façade de l’hôtel de ville, le drapeau blanc a fait place aux couleurs nationales.

Les Rémois cherchent à manifester leur contentement en faisant plaisir aux troupiers.

A la maison Hennegrave (anciennement Petitjean) sur la place royale, on leur distribue en hâte, au fur et à mesure de leur passage, une quantité considérable de pain d’épice, de nonnettes, etc. L’un de nos voisins, plus loin, est occupé à verser dans les quarts qui lui sont tendus, du café chaud, et sans cesse, il retourne remplir sa cafetière dès qu’elle est vide. Le long de la rue Cérès, chacun tient à leur offrir soit du pain, du vin ou du chocolat, des cigares, des cigarettes, des allumettes, etc. Pour tout le monde, c’est un besoin d’expansion. Des bouquets sont remis à bon nombre d’officiers qui sont aussi heureux que leurs hommes de semblable réception. J’entends un capitaine d’infanterie, dont la selle est garnie de fleurs, dire en passant à un lieutenant du régiment d’artillerie au repos :

« C’est plus agréable que la retraite, hein ! »

et celui-ci sourit en répondant :

« Ah oui ».

Naturellement, l’espoir dans le succès définitif et rapide de nos armées, est plus vivace que jamais.

Tout à l’heure, j’ai causé avec quelques canonniers d’une pièce qui stationne à hauteur de notre rue de la Grue, particulièrement avec l’un d’eux, tout jeune, qui à son tour avait voulu faire plaisir à nos enfants, en leur donnant un biscuit de troupe, et, comme je m’étonnais que l’ordre d’avancer ne soit pas donné aux batteries que nous voyons immobilisées, depuis leur arrivée, tout le long des voies suivies par l’infanterie, il m’a répondu très simplement :

« Nous n’avons plus rien dans nos caissons ; que pourrions-nous faire, sans obus ? ».

Nous nous sommes mis réciproquement au courant des événements de la semaine et il m’a appris que la bataille dont nous avons eu les échos, avait commencé le 6, que son régiment, dès ce jour, prenait part aux opérations dans la région d’Esternay et qu’il n’avait cessé de donner jusqu’à hier, tout près de Reims.

A 13 heures, le général Franchet d’Esperey (ancien lieutenant-colonel du 132e d’infanterie, à Reims) vient à l’hôtel de ville, avec son escorte, pour saluer la municipalité, qui s’y tenait en permanence.

Vers 17 h 1/4, tandis qu’à la maison, nous nous entretenions avec mon beau-frère L. Montier et ma sœur de l’heureuse délivrance de notre ville, une vive fusillade assez proche, se fait entendre. Nous montons sur la terrasse et nous voyons un aéroplane – allemand, très probablement – filer vers l’est, poursuivi par des détonations de shrapnells ; il semble échapper ; puis d’autres aéros en reconnaissance apparaissent. C’est pour nous, un spectacle nouveau – nous ne pouvons rien en déduire.

Nous avons su que les coups de fusil entendus ce matin, avaient été tirés par un soldat, de la place royale, sur deux Allemands, l’un montant un cheval et l’autre conduisant une charrette, qui filaient par la rue Colbert. Ils n’avaient pas été atteints, mais arrivés près de la porte Mars, l’un d’eux ayant fait feu sur les premiers éclaireurs qui circulaient vers cet endroit, les nôtres ripostant, avaient tué les chevaux et les deux hommes.

Des prisonniers, traînards ou isolés, n’ayant pas été prévenus à temps d’avoir à déguerpir, ont été faits en ville, par-ci, par-là, en certains endroits par groupes. Ils se laissaient prendre lorsqu’ils étaient découverts. Les gamins, ce matin, indiquaient aux soldats où ils pouvaient trouver des Boches, disant :

« Venez par ici, j’en ai vu un« , ou bien : « il y en a encore là« .

Chez notre boulanger, rue Nanteuil, il s’est passé, hier, une scène amusante. Un Feldwebel était venu dans la matinée, pour réquisitionner le pain et, afin de s’assurer qu’il ne serait rien prélevé, pour la clientèle, sur la fournée en cours, il avait laissé sur place, un homme de faction. Lorsqu’il était devenu évident que la retraite se précipitait, quelques ménagères s’étaient risquées à venir voir s’il ne serait pas possible d’avoir tout de même de quoi manger. L’Allemand était toujours là, de surveillance et c’est alors qu’un client facétieux arrivant à son tour, lui dit brusquement :

« Mais, mon vieux Fritz, si tu ne veux pas rester ici tout le temps, c’est le moment de f… le camp ».

Aux éclats de rire qui suivirent cet avertissement, il comprit qu’il n’avait qu’à rejoindre au plus vite, ceux qui passaient encore rue Cérès. ‘

– Jusque 18 h 1/2, le canon a tonné fortement, mais on est en plein à la confiance ; cela paraît moins inquiétant que la veille et peut s’expliquer par ce fait que les troupes françaises ont repris position à peine hors de la ville, aussitôt après l’avoir traversée, afin de continuer le mouvement offensif déclenché par la bataille de la Marne, sur laquelle nous avons été très heureux de pouvoir obtenir aujourd’hui quelques détails, venus confirmer le peu que nous en avions appris, pendant l’occupation.

– Le Courrier de la Champagne, dans son numéro de ce jour, dit ceci, intitulé : « Du calme jusqu’au bout ».

« Ainsi que nous avons eu occasion de le dire déjà sous diverses formes, il faut que, pour le moment, nos concitoyens restent très réservés dans leurs appréciations sur les événements.

Nous sommes encore trop près des lignes de combat pour qu’il ne soit pas nécessaire d’être prudent et calme, afin d’éviter des représailles éventuelles.« 

Il publie également cette nouvelle :

 » Le prince Henri de Prusse à Reims

Le prince Henri de Prusse, cousin de l’empereur se trouvait hier de passage à Reims. Il a passé la nuit (du 11 au 12, évidemment) à l’hôtel du Lion d’Or, où il occupait les chambres 22 & 23. Quatre personnalités rémoises ayant été demandées comme otages, pour passer la nuit dans des chambres voisines, la municipalité avait désigné MM. Fréville, Guédet, Le Jeune et Rohart.

Puis, il donne les prix pratiqués le 12 sur le marché, disant :

Le grand marché du samedi était relativement bien approvisionné.

Les légumes et primeurs n’ont pas subi de hausse appréciable.

Des fruits avaient été amenés au début du marché, particulièrement un lot de raisins. Toute cette marchandise a été, en presque totalité réquisitionnée.

Le beurre fait toujours défaut. »

Enfin, sur les événements qui se sont passés hier, tout près de Reims, il s’exprime ainsi :

 » La bataille de Reims et les tirs de l’artillerie

C’est au bruit du canon et de la fusillade qu’a été rédigé et composé le présent numéro. Nous félicitons et remercions nos collaborateurs, d’avoir exécuté comme d’habitude leur labeur quotidien, sans souci de l’orage de balles et de mitraille qui faisait rage autour de nous.

Une bataille extrêmement vive a eu lieu, aux portes de notre ville, bataille qui portera sans doute dans l’Histoire le nom de bataille de Reims.

Commencée dans les premières heures de la matinée, elle a atteint son maximum d’intensité à partir de midi, pour ne se terminer qu’à la nuit.

Notre consigne nous empêche d’en dire plus long sur cette bataille. Mais nous voudrions, tout au moins, donner ici quelques indications sur les tirs de l’artillerie, sujet tout d’actualité qui intéressera certainement beaucoup de personnes. « 

A la suite de cette partie d’articles, le journal donne des explications d’ordre technique sur les bouches à feu utilisées actuellement par l’ennemi et par nos armées, leurs calibres, leurs portées, les différentes sortes de projectiles qu’elles envoient, afin de communiquer aux Rémois une idée aussi précise que possible du grandiose duel d’artillerie qu’ils ont si bien entendu.

– Après dîner, un bruit régulier et prolongé m’attire vers la rue Eugène Desteuque. J’y vois passer, l’arme à la bretelle, les hommes d’un des régiments d’infanterie dont j’ai retenu le numéro ce matin, tandis qu’ils étaient dirigés à l’extrémité de la ville par la rue et le faubourg Cérès, alors qu’ils en reviennent maintenant pour être conduits on ne sait où…

Quelques voisins seulement sont venus là, parmi lesquels le commis, d’une quinzaine d’années, de l’épicerie Jacquier, rue Cérès, qui bientôt, n’y tenant plus d’obtenir une explication du mouvement rétrograde qui s’effectue, demande à plusieurs reprises, à haute voix :

« Eh ben quoi, les gars ! ça ne va donc pas, par là »,

et il traduit ainsi exactement le sentiment de curiosité de tous.

Personne ne lui répond ; les soldats sont fatigués et, dans l’ensemble, paraissent assez sombres. Le jeune garçon épicier recommence sa question, du même ton gouailleur, au moment où arrive un sergent-major, à la droite de sa compagnie ; celui-ci tourne la tête en marchant, et répond seulement, comme importuné :

« Non, ça ne va pas ».

Le sérieux de cette courte réplique, contraste tellement avec l’air de plaisanterie que voulait avoir la question, que j’en ressens une vive impression.

D’un autre côté, des sapeurs du génie viennent de placer au travers de la rue Nanteuil, à son extrémité sur la rue Cérès, un camion de la maison Laurent & Carrée, resté dehors ; ils se disposent à passer la nuit auprès de cet obstacle bien précaire, s’il doit faire office de barrage.

Les pensées se heurtent ce soir dans ma cervelle.

Redouterait-on un retour offensif de l’ennemi ? Non, cela ne paraît pas possible. Nous avons vu partir ses dernières unités en pagaye, hier après-midi, et nous avons constaté que, dans la poursuite, elles étaient presque talonnées par les nôtres.

Rien ne nous dit cependant que le gros de l’armée allemande, qui a contourné notre ville, a effectué sa marche arrière dans le même désordre.

Nous ne savons pas et malgré le bel optimisme de la journée, je rentre soucieux, en désirant ardemment que la délivrance de Reims soit définitive.

Nous nous endormons au son du canon. Il ne gronde pas loin et ses détonations ne cesseront pas de la nuit.

Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918


La délivrance de Reims

La délivrance de Reims


 Gaston Dorigny

C’est le jour ou j’ai commencé à écrire ce récit.

Les soldats français sont entrés dans la ville.

Un grand poids semble parti du

Cependant, les allemands chassés de Reims ont réussi à s’emparer du fort de Brimont et de là-haut, apercevant nos troupes dans le terrain de Betheny, envoient sans cesse leur mitraille. C’est une canonnade encore plus effrayante que la veille parce que bien plus près.

A trois reprises différentes nous devons nous réfugier dans la cave, les obus allemands tombent jusque dans le dépôt du chemin de fer.

C’est une journée atroce la canonnade commencée le matin ne se termine qu’à sept heures du soir et encore une fois Reims s’endort à la lueur des incendies allumés dans les communes environnant la ville.

Gaston Dorigny

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Paul Dupuy

On s’était couché la veille demi-vêtue, tenant à sa proximité tout le nécessaire pour une fuite précipitée si les circonstances l’exigeaient ; aussi le sommeil avait-il été plus que léger, d’autant plus que vent et pluie faisaient rage.

On ne dormait donc que d’un œil quand à 5H20 un bruit d’armes et des cris retentissent dans la rue, vite, Mme P.D. s’élance à la fenêtre d’où un rapide coup d’œil lui permet de saisir la situation et de pousser un puissant « vive la France » qui met en une seconde la maisonnée sur pieds.

Oui, ce sont des pantalons rouges qu’on aperçoit, pourchassant les Allemands restés en ville !

Elle est inénarrable, la joie folle du moment et nul doute que s’il avait pu contempler un tel spectacle, et malgré la dignité de sa fonction, le nouveau pape Benoit XV n’eût lui-même dansé une gigue d’allégresse !

La toilette est tôt faite, et c’est avec une hâte fébrile qu’on vole vers le passage des troupes acclamant successivement le 2e Chasseurs à cheval, les 15e et 27e d’Artillerie, les 33e et 127e d’Infie en assistant aux effusions et aux distributions de toutes sortes dont on les gratifie.

La journée s’écoule au milieu d’une saine et patriotique émotion qui ferait oublier les longues et si tristes heures vécues la veille si le canon, qui reprend de 11 à 19H15, ne nous ramenait à des préoccupations moins riantes.

Nos troupes nous couvrent, en effet, mais les forts et les hauteurs environnants n’en sont pas moins occupés par l’ennemi qu’il faut en déloger.

Vers 18H les mitrailleuses tonnent aussi, mais sans succès nous semble-t-il ; elles visent un aéroplane allemand qui survole effrontément la ville.

À 18H45, Sohier accourt, annonçant la visite en bombe, reçue à l’instant, d’André Ragot demandant à embrasser sa mère.

Ne disposant que de 5 minutes, il refuse de pousser jusqu’au 23, et file, sans dire quoi que ce soit qui permette de suivre sa trace.

P.D. part aussitôt communiquer la nouvelle à Couturier, et ensemble nous regrettons de n’avoir pas d’indication suffisante pour le découvrir, d’autant plus que, par arrêté municipal de ce jour, la circulation est interdite à partir de 20 heures.

C’est à ce moment que se posent à nos coins de rues des sentinelles chargées de surveiller le mouvement des automobilistes, car on craint que des patrouilles allemandes, ainsi faites, ne viennent, en vitesse, se rendre compte de nos dispositions.

Des barricades mobiles sont en plus établies avec tous moyens de fortune : caisses, gradins, échelles, etc.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


 Juliette Breyer

C’est aujourd’hui dimanche. Il est six heures du matin. Nous sortons de chez Pommery et que voit-on sur le boulevard ? Trois têtes carrées, deux en voiture et un en vélo. Ils sont poursuivis par les hussards, mais ils ont de l’avance. Ils n’ont plus le sourire et ne disent plus comme quand ils venaient chez nous : « On est bien à Reims, Châlons pas si bien, mais Pariss, oh Pariss ! Heureux tout à fait ». Eh bien mes pauvres vieux, vous leur tournez le dos.

Nous arrivons chez maman. Elle se recouche tout de suite car elle n’est pas encore rétablie. Nous nous faisons un bon café mais tout d’un coup un cri : Voilà les Français ! Et en effet ce sont nos soldats. Papa veut mettre son drapeau et Marguerite court pour donner un bouquet au premier soldat quand Mlle Tassaut la bousculant, l’offre la première. Mais elle ne s’attendait pas sans doute à ce que Marguerite allait lui dire devant tous : « Comment, Mademoiselle, vous osez offrir une fleur à un Français avec la même main qui a serré celle des Prussiens pas plus tard qu’hier et que vous vous êtes fait promettre le mariage par un des leurs ? ». « Tout ce que j’ai fait, a-t-elle répondu, c’était pour qu’ils respectent le quartier ».

Je m’en retourne chez nous car sans doute que je vais avoir de l’ouvrage. En effet, à peine la porte ouverte, le monde arrive en foule. On vient chercher du café, du sucre, du chocolat, des sardines… Enfin en une heure mon magasin est presque vide, et tout cela pour porter aux soldats qui font halte contre la caserne. Ce sont des hussards et moi aussi, je veux aussi porter quelque chose. Je fais un bon punch plein une casserole et prenant mon coco qui tient le verre, tu penses que j’ai été la bienvenue. « Madame, m’ont-ils dit, c’est une gâterie et nous avons si froid que c’est plaisir à nous de l’accepter. Comme remerciement, nous permettez-vous d’embrasser votre bébé car presque tous, nous en avons et nous en sommes privés ? ». Ton petit cadet s’est laissé faire et il n’a pas dit « Méchants ».

Pauvres garçons ! Je les interroge pour savoir si ton régiment vient sur Reims. Ils ne savent pas mais j’ai espoir que tu y viendras. Je t’ai préparé un petit paquet de bonnes choses et de chauds habits. Oh si cela était, quel bon bec je te ferais. Mon espoir ne sera peut-être pas vain.

Tiens, voilà papa. Maman et Charlotte arrivent. Qu’y a-t-il encore ? « Veux-tu nous recevoir ? me dit maman. Nous avons apporté notre dîner. On ne te gênera pas. Figure toi que l’artillerie vient de poser des canons en face de nos maisons et ils ont commencé à tirer. Les artilleurs ne nous ont même pas laissé le temps d’emporter quoi que ce soit. Nous n’avons que nos papiers. Laissez-nous, ont-ils dit, et partez tout de suite. Il faut que personne ne reste, cela nous gênerait car les Prussiens pourraient répondre. Mais nous allons les déménager et ce soir ce sera fini. Vous pourrez revenir ».

« Eh bien, dis-je à maman, restez là, il serait malheureux que je vous repousse. La maison est grande et vous coucherez là ; comme ça je ne serai pas seule ».

Nous dînons tranquillement et tout d’un coup le bruit que nous commençons à connaître se fait entendre : ce sont nos canons qui tirent. Mais quel est ce sifflement ? Ce sont eux qui répondent car ils se sont installés au fort de Berru puisque ces forts étaient libres. Ah maudits Prussiens. Pendant une heure sans interruption l’un et l’autre continuent et à un moment un coup plus formidable, des cris et des plaintes arrivent jusqu’à nous. Tant pis, je vais voir ce qu’il y a. Nous sortons rue de Beine :  rien ; rue Croix St Marc : cette fois-ci j’en ai encore froid. La maison de Mme Soriaux, Albert et Marcel, ses fils, tous morts ; Charlotte Soriaux, les jambes coupées, est morte le long du trajet ; par contre Mme Walter n’était que légèrement blessée.

Je n’en reviens pas qu’un obus puisse faire tant de choses. Je frémis en pensant à M. Soriaux quand il saura la nouvelle. Mais n’ai crainte, mon Charles, je ferai tout ce que je pourrai pour garantir ton coco. C’est sans doute fini car on n’entend plus rien. Ils ont mis un drapeau blanc au fort, dit-on. Mais les Français n’y prennent garde, ils connaissent leur ruse.

Voici la nuit, on va pouvoir dormir tranquille. Avant de m’endormir, je pense beaucoup à toi. Sans nouvelles, où peux-tu être ? Mon pauvre coco, je lui fais croiser ses petites mains « Petit Jésus, garde la vie à mon petit papa Charles, qu’il n’ait ni faim ni froid ». Pauvre tit cadet. Si tu le voyez, mon Lou, comme il devient grand et il ne veut plus me quitter. Il te reconnaîtra, vois-tu, quand tu reviendras.

Je t’aime toujours et je t’attends. Ta Juliette.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Les Allemands sont délogés de Reims.

Combats incessants d’artillerie en Artois, autour de Neuville spécialement, au sud de la Scarpe, dans la région de Roye, au nord de l’Aisne, sur les plateaux entre Paissy et Craonnelle. Sur ce dernier secteur, l’artillerie allemande a tonné avec violence, en usant de ses canons de tous calibres et nous avons répondu par des tirs efficaces sur les tranchées et les batteries ennemies.
Des rencontres de patrouilles ont eu lieu près de Roye, à Andéchy. Une tentative ennemie contre notre poste avancé de Sapigneul a été, comme les précédentes, repoussée.
Canonnade en Champagne (Auberive,Saint-Hilaire); entre Meuse et Moselle, dans le bois de Mortmare; sur le front de Lorraine, près de Nomény et de Xousse, ainsi que dans la région du Ban-de-Sapt.
Le calme règne aux Dardanelles. Les Turcs ont ouvert des feux violents d’artillerie et d’infanterie, mais sans sortir de leurs tranchées dans la zone nord. Dans la zone sud, nos mortiers de tranchées ont infligé des pertes sensibles à l’ennemi.
Les Russes semblent dominer la situation dans la plupart des secteurs du front et ils ont continué à faire des prisonniers en grand nombre.
Le gouvernement allemand dément officiellement que Tirpitz soit en disgrâce.
Un nouveau raid de zeppelins a eu lieu sur la côte orientale de l’Angleterre, mais il n’a causé ni pertes de vies, ni dommages matériels.

 

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