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Dimanche 1er avril 1917

Louis Guédet

Dimanche 1er avril 1917  Rameaux

932ème et 930ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 matin  A 4h20 des bombes, cela se rapproche, je m’habille, à peine étais-je vêtu qu’une bombe tombe dans notre rue, vers le 97-99 (exactement au n°99, clinique Lambert, à 50 mètres de la maison). Il faut descendre à la cave, cela se rapproche, une autre, je n’ai le temps de rien prendre ni sauver, cela dure jusqu’à 5h…  mais cela s’éloigne. Nos canons tapent dur vers le Faubourg de Laon et aussi vers Pommery, mais moins. A 5h1/4 nous nous décidons à remonter, nous sommes grelottants. Lise comme toujours est descendue très tard, la dernière, je renonce à la gronder. Quant à Adèle, à moitié habillée, elle a voulu sauver quelque chose, c’était son réveille-matin, son peigne et sa brosse à cheveux !! Jacques est toujours aussi calme. Un voisin vient nous demander asile, notre voisine habituelle, Mademoiselle Marie…  n’est pas venue. Cela m’étonne.

Je suis glacé, j’allume un peu de feu. Tout abattus, nous ne sommes plus forts, et puis à vrai dire on est rompu d’émotion, fatigué de privation de sommeil. Notre martyr ne finira donc jamais. Triste début de la Fête des Rameaux. Triste Rameaux. Il est vrai que c’est la fête des Morts, des tombes, des cimetières ! Vais-je me recoucher ? Oui, je tombe de sommeil, et puis je suis brisé, tâchons de prendre un peu de repos ! Encore bien heureux de retrouver mon lit, ma chambre intacte ! Quelle vie misérable que la mienne ! Et voilà le 31ème mois de cette vie qui commence. Et le 32ème mois de cette Guerre !!

8h1/2 soir  Dieu ! Quelle journée ! Bombardement sans discontinuer, de 4h20 à ce soir, partout. Donc j’ai vaqué à mes affaires et à mes courses sous les bombes. Je suis fourbu et demain il me faut recommencer, mais c’est pour voir mon pauvre Robert qui est à Nanteuil-la-Fosse, ou y était le 28 mars…  (Nanteuil-le-Forêt depuis le 8 février 1974) mais procédons par ordre.

M’étant recouché ce matin, j’ai sommeillé, mais mal. Levé avec difficultés à 8h habituel. Messe des Rameaux à 8h1/2. Tristes Rameaux. Distribution des Rameaux dans la chapelle de la rue du Couchant. Procession avec le Cardinal Luçon et comme assesseurs l’abbé Camu et le chanoine Brincourt. Les enfants ont leurs masques en sautoir, du reste nous sommes obligés de les porter, tous. Ce matin il y a encore eu 2 victimes rue Montlaurent. La messe paroissiale est dite par l’abbé Camu, curé intérimaire. Évangile de la Passion chanté à 3 voix, 2 vicaires et l’abbé Camu comme officiant. Rentré à 10h1/4 glacé. L’arrosage continue lentement, systématiquement pour toute la journée. Temps glacial avec grands nevus, giboulées, etc…  vent, bise…  Parti à midi, n’ayant pas mon courrier, pour le Cercle sous les bombes qui sifflent à plaisir. Nous sommes à la noce, cela nous rappelle les journées de 1914-1915. Au Cercle Charles Heidsieck, Camuset, (rayé). Dans les automobilistes militaires (rayé) toute cette (rayé) jusque la gré… (rayé) Charbonneaux, Albert Benoist, Pierre Lelarge (rayé) qui a fermé 5/6 (rayé) et les coudes sur la table…  digne réplique (rayé)?!

Et le Docteur Simon, arrivé en retard à cause des victimes de ce matin à opérer. Les 2 rue Montlaurent, le père fracture du crâne et gaz, le fils une égratignure au talon, mais asphyxié. Deux femmes faubourg de Laon, une l’éclat d’obus n’a fait qu’érafler le ventre, la jeune fille un boyau crevé. Causés tous très longuement et d’une façon très intéressante avec Charbonneaux. Je suis loin des engueulades de Nauroy pour une poule faisane tirée malencontreusement par Lucien Masson (père de Geneviève, qui épousera le 7 mai 1925 Jean Guédet (1874-1948)). Je m’entendrai avec lui, à moins que ce ne soit lui qui veuille s’entendre avec moi ????? (Rayé) et femme (rayé) et fromage de (rayé). Çà siffle toujours. Charles Heidsieck me cause de diverses affaires, puis nous filons sous l’acier chacun chez nous, chacun de son côté. En rentrant je trouve une lettre de Robert qui me dit être à Nanteuil-la-Fosse et m’attendre. (Rayé). Je combine, je cours chercher une voiture pour demain car après ce serait remis à vendredi à cause de mes audiences en rendez-vous. Enfin par le commissariat central j’arrive presque à réquisitionner une voiture qui me prendra à 5h1/2 pour arriver tôt à Nanteuil, si j’y trouve mon petit ! Mon but est tout indiqué, je viens comme Président de la commission d’appel des allocations militaires faire une enquête. Quand je serai sur place ce serait bien le Diable que je ne trouve pas le moyen d’embrasser mon brave et fier garçon, et déjeuner avec lui et passer une partie de la journée…

Je prie Dondaine de venir à 6h du soir recevoir la signature de mon lieutenant de vaisseau de Voguë, et je lui laisse une lettre d’excuses. Bref il est bon quelque fois d’être Président d’une commission d’appel. Tout s’aplanit et la Police marche. Dieu me pardonne. J’apporte à tout hasard chocolat, biscuit, saucisson et Villers-Marmery pour ce pauvre Roby. J’arrête, il faut se coucher. Tâcher de dormir, si les allemands ne continuent pas leur sarabande et me lever tôt demain matin. Je suis fourbu. Comme me le disait Raïssac et Houlon tout à l’heure nous ne sommes plus fort et nous n’offrons plus la même résistance après des bourrasques comme celles d’aujourd’hui, qui nous rappellent les jours sombres de novembre et décembre 1914…  février et mars 1915…  Quand donc serons-nous délivrés… ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 1er avril 1917 – A 4 h, nous sommes brusquement réveillés par un arrosage sérieux, avec obus asphyxiants. Au bout d’une demi-heure, des 75 du voisinage se mettent à riposter ferme, et, le bruit des coups de canon se mêlant à celui des explosions d’obus, il devient impossi­ble, pendant une heure environ, de percevoir les sifflements ; à 5 h 1/2, les arrivées qui, jusque-là se suivaient de très près, com­mencent à s’espacer puis, insensiblement, le calme revient.

Vers 10 h 45, tandis que je regagne la place Amélie-Doublié — après être allé à la mairie où je tenais, par précaution, à descen­dre au sous-sol, à côté des registres qui s’y trouvent installés depuis le 8 septembre 1915, ce qui me reste d’autres documents concer­nant le mont-de-piété — la séance de bombardement recommence et au moment où j’arrive sur le pont de l’avenue de Laon, un obus éclate à ma droite, sur le troisième hangar de la Petite Vitesse.

Jugeant qu’il me faut éviter de m’engager dans la rue Lesage, comme d’habitude, je continue droit devant moi, pour rentrer par la rue Docteur-Thomas ; avant que je n’y sois parvenu, une rafale de trois autres obus éclate, coup sur coup, sur le ballast, coupant trois voies du chemin de fer, à hauteur du n° 15 de la rue Lesage.

Pendant midi, les sifflements s’entendent encore et après une courte accalmie, les rafales de projectiles recommencent à tomber de tous côtés, sans arrêt, jusqu’à 19 heures.

Deux hommes, le père et le fils, ont été asphyxiés rue Monlaurent, par les gaz ; leurs dangereux effets ont atteint, en outre, d’autres personnes. Il y a d’assez nombreux blessés et les dégâts, dans certains quartiers, ont encore lieu de surprendre par leur grande importance.

Reims a reçu, ce jour, de 2 800 à 3 000 obus et, sauf le matin, nos pièces n’ont pas tiré. On ne peut, sans colère et mépris, songer aux déclarations si manifestement contraires à la vérité, faites maintes fois par les journaux de l’ennemi, pour justifier, soi-disant, sa manière féroce de faire la guerre ; au cours de cette pénible et triste journée, sa mauvaise foi a été trop évidente.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Avenue de Laon

Avenue de Laon


Cardinal Luçon

Dimanche 1″ – + 4°. De 4 h. 1/2 à 5 h. 1/2, formidable bombardement, rue du Barbâtre, du Jard, de Venise, de l’Equerre (où elles ont tué les deux chevaux des femmes qui conduisaient une voiture publique. Un homme a été atteint par des gaz asphyxiants dans son lit, on dit qu’il ne s’en relè­vera pas. Bombes sifflantes encore au moment de la grand’messe. D’autres ont sifflé encore à 10 h. 1/2, au retour, (sur batteries ?). Bombardement toute la journée : ai couché à la cave. 29 obus au Petit Séminaire devenu inhabitable. Curé de Saint-André n’a plus ni fenêtres, ni portes, ni toiture. Chapelle rue d’Ormesson dévastée : un obus y tombe entre la messe qui était à 10 h. et les vêpres qui se chantèrent à 3 h. Mur de Saint Vincent-de- Paul renversé. 2048 obus. Chapelle détruite, monceau de décombres disent les journaux ; lncipit Passio Urbis Remorum.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 1er avril

Au nord et au sud de l’Oise, faible activité.

Au sud de l’Ailette, nous avons attaqué avec succès les positions ennemies en plusieurs points du front Neuville-sur-Margival-Vrégny. Nos troupes ont réalisé de sérieux progrès à l’est de cette ligne et enlevé brillamment plusieurs points d’appui importants malgré l’énergique défense des Allemands.

Plusieurs contre-attaques ennemies ont été refoulées.

En Champagne, les Allemands ont multiplié les tentatives sur les positions reconquises par nous à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Ils ont dirigé successivement cinq contre-attaques violentes qui ont été brisées par nos feux de mitrailleuses et nos tirs de barrage. L’ennemi a subi des pertes très sérieuses. Le chiffre des prisonniers atteint 80 dont 2 officiers.

Échec d’un coup de main ennemi à Ammerstwiller, en Alsace. Nous dispersons des patrouilles près du Pfetterhausen.

Les Anglais ont pris les villages de Ruyaulcourt, de Sorel-le-Grand et de Fins et progressé vers Heudicourt où un certain nombre de prisonniers sont restés entre leurs mains. Ils ont rejeté une attaque au sud de Neuville-Bourgonval.

Le gouvernement provisoire russe a lancé une proclamation pour appeler à la vie une Pologne indépendante et unifiée.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Jeudi 7 septembre 1916

Cardinal Luçon

Jeudi 7 – Nuit tranquille ; beau temps ; + 11°. Visite à Saint Jean-Baptiste de la Salle, rue d’Alsace-Lorraine, et Jean La Fontaine, à l’église et aux Sœurs. Visite à l’ambulance du Petit Séminaire.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

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Jeudi 7 septembre

Notre offensive s’est continuée avec succès au sud de la Somme. Nous avons enlevé plusieurs tranchées allemandes au sud-est de Belloy-en-Santerre. Au cours d’une vive attaque lancée sur le village de Berny-en-Santerre, nous avons pris la plus grande partie du village et avancé nos éléments jusqu’à la corne sud du parc.
Entre Vermandovillers et Chilly, lutte particulièrement acharnée. Nous avons conquis la partie nord de Vermandovillers jusqu’à la route d’Estrées. Plus au sud, entre Chaulnes et Chilly, nous nous sommes emparés de nouvelles tranchées et nous avons poussé notre première ligne jusqu’aux abords de Chaulnes et le long de la voie ferrée de Chaulnes à Roye.
Canonnade intense sur la rive droite de la Meuse. Nous avons fait 40 prisonniers à l’est de Fleury.

Les Anglais ont pris la totalité du bois de Leuze. La lutte se poursuit vers Combles et autour de Ginchy.
Les Russes ont fait 4500 prisonniers sur le Dniester, dans la région d’Halicz.

Les Roumains annoncent la prise d’Orsova. Un violent combat se livre devant Turtukaï, en Dobroudja.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 5 février 1916

Cardinal Luçon

Samedi 5 – Retour à Reims. Bombardement ; ancien petit séminaire atteint.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 5 février

La journée a été plutôt calme sur notre front.
Notre artillerie lourde a exécuté des tirs sur une colonne d’infanterie, et sur des convois qui entraient dans Roye.
Nous avons bombardé les organisations allemandes en Champagne (région de Tahure et du mont Têtu), en Argonne (secteur de la Harazée) et en Lorraine (front Nomény-Morville).
L’activité a repris sur le front russe, aussi bien dans le nord qu’en Galicie, bien qu’aucun événement notable ne soit à signaler.
La tension est extrême entre l’Amérique et l’Allemagne, les négociations à propos du Lusitania étant à nouveau interrompues.
Le Parlement fédéral canadien à Ottawa a été la proie des flammes. Il s’agirait d’un crime allemand. Il y a six victimes.
Un zeppelin s’est perdu en mer du Nord.
Les régiments allemands remplacent les régiments bulgares à la frontière grecque.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Jeudi 2 décembre 1915

Palais du Tau avant la guerre

Louis Guédet

Jeudi 2 décembre 1915

446ème et 444ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  journée calme. Tempête terrible la nuit, on aurait pu nous bombarder qu’on n’aurait pas entendu les obus nous arriver dessus. Pluie battante toute la journée. Cette nuit en écourtant cette tempête, j’étais surpris que les allemands ne profitent pas de cela pour lancer des obus incendiaires, il ne resterait rien de la Ville. Heureusement qu’il ne leur vient pas cette idée. Par contre pluie battante. Galopé ou plutôt pataugé dans les rues pour faire mes courses, je n’en sors pas et on perd un temps !! Achevé mon courrier, je prépare mon voyage à Paris pour le 8 !…  Pourvu qu’il ne me pleuve pas trop de lettres durant mon absence du 8 au douze. Rien de saillant ! Vu M. et Mme Léon de Tassigny ce matin qui voulaient me garder à déjeuner pour manger un civet de lièvre ! Qu’ils avaient eu…  par l’opération du St Esprit sans doute !! Quelle mentalité. Je ne pouvais accepter et j’ai promis pour dimanche ou lundi. Reçu lettre de Jean et de Maurice à la place de leur mère trop occupée. Pauvre femme !  là-bas seule ! sans domestique et mon Père malade…  Quelle souffrance pour moi, de les sentir tous pas heureux, et tout juste abrités contre le froid et les intempéries. Quand donc toutes ces misères finiront-elles pour eux ?

Je vais préparer mon procès-verbal de la Chambre de Discipline représenté par moi seul !! pour délibérer et octroyer un certificat de capacité et de moralité en vertu de l’article 40 §3 de la loi du 25 ventôse an XI, modifié par la loi du 12 août 1902. J’en aurais vu de toutes les couleurs ! Je suis d’accord pour cela avec le Procureur de la République à qui je soumettrai mon projet.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Jeudi 2 – Nuit tranquille, tempête et pluie. Pluie toute la matinée. Expé­dié réponse à Mgr de Rennes. Écrit à M. Carrol de Carrolton. Visite de M. Demaison. Don de M. Poultier ou Porcher. Écrit à Mgr de Cabrières pour Lettre collective. Écrit à la famille Harmel. Pluie tout le jour. Un enfant de 10 ans tué par les obus lancés sur la ville. Mgr Neveux va à Meaux visiter les élèves du Petit Séminaire.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 2 décembre

Activité d’artillerie sur divers points du front.
Nos batteries et les batteries anglaises ont occasionné de gros dommages aux organisations ennemies en Belgique à l’est de Boesinghe. Une brèche de trente mètres a été ouverte dans une redoute.
Canonnade en Artois (Bois en Hache, chemin creux d’Angres, route de Béthune).
Bombardement réciproque à notre avantage entre Somme et Aisne, et particulièrement près de Roye.
Notre artillerie a attaqué un train blindé sur la route Chaulnes-Roye, et l’a forcé à rétrograder.
Nos batteries ont dispersé une colonne ennemie au nord-est de Soissons, sur la route de Bressy à Vregny.
Les Russes ont progressé près de Dwinsk et sur le Styr.
Les Austro-Allemands ont occupé Prizrend, à la frontière albanaise. Il y a accalmie dans le secteur français de Macédoine.
Le Reichstag a ouvert sa session eu entendant un discours de son président, plein d’un optimisme de commande.
Le Parlement italien s’est réuni. M.Sonnino, ministre des Affaires étrangères, a annoncé l’adhésion de son pays au pacte du 5 septembre 1914.
MM. Asquith, premier ministre, et Mac-Kenna, chancelier de l’Echiqier, ont harangué les représentants des Trade-Unions et leur ont recommandé la modération.

 

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Mercredi 1er décembre 1915

Saint-Thierry en 1907

Louis Guédet

Mercredi 1er décembre 1915

4454ème et 443ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Pluie, tempête, froid et…  bombardement surtout vers le Champ de Grève et la gare de marchandises. Ce matin allocations militaires, cet après-midi révision des valeurs des enfants de Boullenois que je dois leur transporter le 8 décembre à Paris. Et voila ma journée avec les mêmes petits incidents parfois drôles mais trop longs à conter. Vu M. Bouvier vice-président de tribunal et Texier juge à l‘Hôtel de Ville, toujours fort cordiaux.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Ier, 2 et 3 décembre 1915 – Bombardements sur les batteries, aux mêmes endroits que le 30 novembre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 1er – Nuit tranquille : beau soleil ; Mgr Neveux part pour Meaux. Visiter le Petit Séminaire, et pour Paris. Visite au Bain-de-pieds de Saint-Thierry ; à l’ouvroir, 14 rue Cazin, chez Mademoiselle Mahieu ; au Fourneau économique, Moulins-brûlés, où l’on sert 180 à 200 rations par jour. De 9 à 11 h., bombes sur la ville. A 11 h. 1/2, bombes sifflantes sur les batteries, je pense ; gros coups de canons français. Visite à M. Andrieu. Il a entendu dire qu’un sous-marin allemand a coulé un vaisseau français qui transportait des troupes 43 : 700 soldats auraient été noyés. Écrit à Mgr de Rennes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Saint-Thierry en 1917

Saint-Thierry en 1917


Mercredi 1er décembre

Journée de brouillard et pluie:dégel en Champagne. Canonnade sur l’ensemble du front; combats à la grenade en Artois (région de Loos). En Alsace, notre artillerie bouleverse les tranchées ennemies de la vallée de la Fecht, au nord de Muhlbach.
Canonnade sur le front belge.
La flotte britannique bombarde les positions allemandes du littoral de Belgique, du côté d’Ostende.
Les Italiens ont repoussé plusieurs contre-attaques et fait plusieurs centaines de prisonniers sur l’Isonzo.
Les Russes ont remporté un sérieux succès à Illuxt, à l’ouest de Dwinsk. Le général von Below a fait évacuer Tukkum que l’armée allemande occupait depuis plusieurs mois. Il a ordre de tenir jusqu’au bout avec ses troupes de ce côté.
Un avion anglais a coupé un sous-marin allemand près de Middelkerke.
L’Allemagne a interdit la sortie de ses journaux par les frontières suisse et néerlandaise. Cette prohibition coïncide avec la rentrée du Reichstag où le chancelier doit être fortement attaqué.
Le sultan d’Egypte annonce qu’il lèvera s’il le faut 500.000 hommes, pour résister à l’attaque turque.
De nouvelles manifestations de femmes ont eu lieu à Berlin, contre la cherté de la vie.
La Chambre a voté l’incorporation de la classe 1917.
Guillaume II
a passé une journée à Vienne.

Source la Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 4 novembre 1915

Louis Guédet

Jeudi 4 novembre 1915

418ème et 416ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Nuit de canon. Journée fort occupée. Je ne sais comment l’organiser et la rappeler en ma tête.

Hier j’ai quitté mes aimés, qui souffrent là-bas.

Hier soir en arrivant à Pargny un embarras avec la voiture qui m’attendait. Le cocher, à moitié ivre, en voulant traverser la voie a fourré sa voiture de guingois entre un entrelacs de rails et s’était bloqué de telle façon que ni cheval ni voiture ni homme ne pouvait avancer. Heureusement que deux artilleurs, de l’artillerie lourde s’il vous plait, comme l’un d’entre eux me le fit remarquer conquièrement (de façon conquérante…), s’attelèrent à l’attelage qu’ils enlevèrent comme une plume. Bref, cahin-caha je rentrais à Reims après un voyage de 1h1/2 pour faire 7 kilomètres !!

Aujourd’hui travail d’arrache-pied, mis correspondance, dossiers, notes au courrier. Vu M. Langlet, Maire, pour le transfert des valeurs du Docteur Lévêque, de Tony-aux-Bœufs, son beau-frère à Épernay. Ce sera pour la semaine prochaine. Vu de Bruignac pour une question de réquisition, dommage ou cantonnement, question fort délicate. J’ai bien peur qu’il ne se trompe sur l’interprétation de l’article 1er du §2 du décret du 4 février 1915, qui dit : dommages, réquisitions quant il s’agit de cantonnement et pillage de guerre : dommages réglés comme indemnité. Je crois qu’il tombe sous le coup de la seconde interprétation (pillage) et non (dégâts). Je vais voir le Président du Tribunal pour lui demander s’il interprète comme moi ce texte, et le cas de M. de Bruignac. D’autre part je vais tâcher de rapprocher ce dernier avec le sous-intendant militaire pour causer et pouvoir s’organiser à arriver à une entente.

Journée fort remplie. Le canon a tonné formidablement au loin vers l’Est. Massiges, Tahure. Dormirai-je tranquille ??

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf quelques gros coups de canons. Bombes sur Saint-Benoît. Visite rue Saint-Thierry, aux Sœurs de l’Espérance et aux soldats du Bain-de-pieds. Visite aux Sœurs du Saint-Sauveur, 163 rue du Faubourg Cérès. Vers 6 h. violente canonnade à l’Est. Visite au Petit Séminaire avec M. Dardenne. Reçu télégramme par la poste comme une lettre le 4 novembre.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

ob_bed1d9_thomasJeudi 4 novembre

Nous avons bouleversé sur la somme, près de Frise, d’importants travaux de mines ennemies. Lutte d’artillerie et d’engins de tranchées dans le secteur de Beuvraignes.
En Champagne, les Allemands, après un bombardement d’obus suffocants, ont tenté d’aborder nos positions du Sud de la ferme Chausson (près de Massiges). Ils ont été partout repoussés, hormis de quelques éléments de tranchées avancées à la cote 199. Leurs pertes ont été lourdes.
Dans les Vosges, notre artillerie a tiré efficacement sur les tranchées et ouvrages ennemis de la région du Violu.
Les Bulgares marchent de Velès sur Perlepe, mais ils ont été arrêtés par les Serbes dans les défilés du massif montagneux.
Le cabinet Briand s’est présenté devant le Parlement. Il a lu sa déclaration et a obtenu un vote de confiance à l’unanimité.
Les manœuvres pacifistes que l’Allemagne tente dans différentes capitales neutres ont piteusement avorté.
Les journaux allemands continuent à dénoncer le manque de vivres et reprochent au gouvernement l’insuffisance des mesures
adoptées par lui.

Source : la Grande Guerre au jour le jour


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Vendredi 18 décembre 1914

Abbé Rémi Thinot

18 DECEMBRE – vendredi –

Soir ; je rentre de Bétheny où j’ai passé une délicieuse journée avec les chasseurs… J’ai failli tirer sur les Boches du haut d’un observatoire, avec des balles et un fusil boche… J’ai reculé au dernier moment ; je n’ai pas le droit de tirer sur un homme.

Il y avait 8 ou 10 morts sur un champ vert, à droite de la petite station du C.B.R. Les allemands n’osent pas venir les relever…

Belle et reposante journée malgré les balles dans le clocher.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Bombardement encore, une partie de la matinée.

Le Courrier n’a pas de chance ! Hier, il protestait de nouveau contre la censure qui lui avait mutilé un article et, immédiatement derrière sa protestation, dans la même colonne, un texte d’une quarantaine de lignes était caviardé. Il devait suivre ce titre, laissé seul :

« Le Gouverneur de Verdun »

Aujourd’hui, tout un article lui a été supprimé, même avec le titre et dans le blanc existant à son emplacement, il a imprimé ceci, composé avec des grands espacements :

ici
a été violé par la censure
la loi du 5 août 1914

—-

Lecteurs rémois traités en paris,
Protestons ensemble contre cette iniquité !

On pourrait parier que cela ne servira à rien. Mais alors, que valent les tartines que nous servent les journaux de Paris ? Si nous en jugeons par ce qu’ils disent d’exact sur Reims !

Le Courrier de la Champagne fait preuve d’une belle opiniâtreté ; cela n’empêche qu’en la circonstance, il est le pot de terre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 18 – Toute la nuit, bombes sur la ville, 200 obus, dit « Le Courrier de la Champagne » du 19 ; vers les 4e, 3e et 2e cantons. Après-midi, visite aux Réfugiés rémois, à Tinqueux, Petit Séminaire et route de Bezannes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

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Eugène Chausson

18 – Vendredi – Même temps que la veille, temps gris avec quelques éclaircies.

Nuit assez calme

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Vendredi 18 Décembre 1914.

Oh mon Charles, quel parrain tu as ! Nous pourrons le bénir jusqu’à la fin de nos jours. Il est venu me voir cet après-midi et sais-tu ce qu’il m’a dit ? Après m’avoir embrassée « Pour quand attendez-vous la naissance de ce petit là ? me demanda-t-il. Vers fin janvier, donc le mois prochain. Et où comptez-vous aller ? »

« Pour commencer, lui répondis-je, j’avais pensé aller à l’hôpital, mais mes deux parents n’ont pas voulu. La maman Breyer m’a offert sa maison, mais je sais que ce n’est pas facile car Gaston est là. Malgré cela je suis allée voir Mme Louis et elle m’a dit qu’elle voulait bien venir rue de Metz, pas rue de Beine. Rue de Beine, je ne pourrais déjà pas y aller puisque ma maison est à tous les vents. Ce qu’il y a aussi, c’est que Mme Louis est peureuse et ne sort pas quand cela bombarde. Je ne peux pas dire que j’irai en chercher une autre, elles sont toutes parties ».

« Eh bien ! me dit ton parrain, Je viens vous offrir ma maison puisque Maria est chez vous ; elle vous soignera. D’abord Juliette doit vous écrire pour vous en parler. Acceptez-vous ? ».

« Je crois bien que j’accepte et c’est du plus profond de mon cœur que je vous remercie ».

J’en avais les larmes aux yeux et je t’assure que quand je l’ai embrassé à son départ, ça a été d’un bon cœur. Tu vois, mon Lou, dans mon malheur j’ai encore des amis. Reviens vite et nous serons deux pour le remercier. C’est la bonté même.

Je t’aime toujours. Ta Juliette.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Vendredi 18 décembre

Nos soldats ont enlevé des tranchées à la baïonnette entre Nieuport et Ostende et consolidé leurs positions à l’est d’Ypres, progressé à Vermelles, atteint Saint-Laurent-Blangy sur la route d’Arras à Douai, réalisé de sérieuses avances à Ovillers, Mametz et Maricourt, dans la région de Péronne-Bapaume, tandis que notre artillerie lourde affirmait sa supériorité sur l’Aisne, dans l’Argonne et sur les Hauts-de-Meuse.
On apprend que nos aviateurs, au cours de leur raid à Fribourg-en-Brisgau, ont déterminé des dégâts énormes.
Le raid des croiseurs allemands, qui n’a d’ailleurs nullement ému l’Angleterre a fait de nombreux morts et plus de 400 blessés.
M Sonnino a déclaré au Parlement italien que la Turquie donnait complète satisfaction au cabinet de Rome au sujet de l’incident d’Hodeidah (Arabie).
Des désordres éclatent dans les grandes villes de l’Autriche et de la Hongrie, Vienne, Prague, Budapest; la population est lasse de la guerre : elle souffre du manque et du renchérissement des vivres et se plaint aussi de l’incapacité des généraux qui laissent envahir le pays au nord-est et au sud-est.
La Serbie publie un Livre Bleu d’où il résulte qu’après le meurtre de l’archiduc François-Ferdinand elle avait fait une démarche spontanée à Vienne pour dégager sa responsabilité.
M. de Bulow est arrivé à Rome.
L’armée monténégrine a progressé au delà de Visegrad en Bosnie.

Source : La grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 20 novembre 1914

Paul Hess

Nuit assez calme, Canonnade au loin. Fortes détonations de nos pièces, dans la journée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 20 – Nuit tranquille ; quelques coups de canon.

Toute la journée, canonnade et bombes, mais non sur la ville.

Après-midi, visite à l’Ambulance des Trois-Fontaines – Bombes à 10 h et 4 h sur la ville. Gros canons.

M. Compant nous quitte pour aller demeurer au Séminaire ; où la cuisinière sera utile.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

A sa visite du matin, Félicie, se faisant l’écho des canons de ses voisins, exprime sa crainte que pour des raisons d’ordre militaire l’évacuation du quartier soit prescrite à
brève échéance.

En prévision et pour laisser le moins de butin possible aux pillards qui ne manqueraient pas, dans cette éventualité, de pénétrer dans les immeubles déserts, j’envoie Hénin qui avec sa brouette, et en deux voyages, rapporte conserves, fruits et vins.

Il continuera demain.

Et s’il lui faut s’en aller, je dis à Félicie de venir se réfugier rue de Talleyrand.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Collection Pierre Fréville

Collection Pierre Fréville


Eugène Chausson

20/11 – Vendredi – Temps superbe, gelée. Violente canonnade toute la journée et la nuit. Les grosses pièces font rage car elles font trembler les maisons. La nuit, quelques bombes en ville dont une à 4 h du matin sur le théâtre parait-il.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Merci à Marie-Lise Rochoy, sa petite-fille pour avoir mis en ligne ce beau carnet visible sur ce lien

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Mercredi 28 octobre 1914

Abbé Rémi Thinot

28 OCTOBRE ; Dormans

Dormans ; hôtel de la Croix de Fer… Si j’avais jamais pensé venir loger ici ! La porte de mon local est toute de fortune. « Les boches  ont tout dévasté » me disent les braves gens qui dirigent l’établissement ; ils ont défoncé les cloisons, saccagé à plaisir. Oh ! la haine qui se développe contre tous ces gaillards en ce moment ! Gare les revanches !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Mercredi 28 octobre 1914

46ème et 44ème jours de bataille et de bombardement

7h matin  Canon dans la soirée. La nuit est calme, mais pluie diluvienne. Ce matin temps gris, maussade, journée de novembre.

8h1/2 soir  Journée occupée. Je redeviens notaire. 2h1/2, Procuration pour un pauvre soldat de l’infanterie territoriale du 102ème à Thil, à sa femme. A 3h1/4, un autre client de Jolivet m’annonçant la mort de sa femme  et il y aurait un testament chez mon malheureux confrère. Je le rassure, et avec raison puisque son coffre-fort où il y avait les testaments est, à mon sens intact et est dans sa cave maintenant. 3h1/2, testament d’une vieille femme qui est à la Maison de Retraite, qui m’a chargé de distribuer authentiquement les draps, plumards, lampes, pendules en marbre (toc) avec sujet en bronze, à mon avis c’est du zinc d’art, et même des serviettes.

Absence du feuillet 148 qui a été découpé, la première moitié du feuillet 149 est rayée, illisible.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Les nouvelles de la bataille du nord, disputée depuis une vingtaine de jours, sont bonnes aujourd’hui. Peut-on espérer enfin voir s’engager bientôt les opérations en vue de repousser les Allemands de Brimont, Witry, Berru, etc. d’où ils ne cessent de bombarder Reims ?

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Nuit tranquille pour la ville. Coups de canon dans la matinée.

Visite au Petit Séminaire, à M. le Curé de S. André, à son École de Filles, très endommagée, à l’École Ch. Rogelet et le rez-de-chaussée sont seuls utilisables : le reste détruit, à l’église paroissiale, dont les vitraux sont très endommagés, plusieurs fenêtres crevées, voûtes percées en plusieurs endroits. Inhabitable pour le moment.

Visite à la Chapelle provisoire, chapelle du Cercle (rue d’Ormesson) où s’exerce le culte, et peut contenir 200 personnes.

Canonnade violente et bombes à 9 h du soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

École Rogelet

École Rogelet


Paul Dupuy

Dès 8h1/4, une affectueuse lettre de Marcel (du 24) vient éclairer d’un rayon de soleil les si sombres heures que nous traversons.

Il a participé aux engagements du Nord, peinant tant et plus et de toutes façons, supportant vaillamment la fatigue des jours de bataille avec la crânerie du vrai soldat français ; mais ce qui l’abat, notre cher fils, c’est de savoir la mort d’André, que j’ai cru ne pas devoir lui cacher, de crainte qu’il ne l’apprenne indirectement.

Sa douleur égale la nôtre, et plein de fraternelle commisération pour Marie-Thérèse, il s’unit à nos prières pour lui obtenir la résignation et le courage qui lui sont si nécessaires.

Et d’Épernay (22 8bre) c’est Marie qui se fait l’interprète de tous pour dire l’ennui d’un exil aussi prolongé, et l’inquiétude que provoque la rareté des nouvelles.

(Réclamer à ce sujet au Ministre des Postes, car la faute n’en doit être imputée à aucun de nous, je crois ; en ce qui me concerne, j’ai lancé à ce jour à Épernay des lettres en date des 14-15-16-20-21-23-25-26 et 28 8bre, et on ne m’a encore accusé réception que des trois premières).

On est heureux d’apprendre que son paresseux de Jean vient enfin de faire ses premiers pas.

Dans l’après-midi, M. René Varin rentre à la maison dont il était parti depuis le 31août. Son retour s’est effectué de Bourges à Paris en auto, de Paris à Dormans par l’Est, et de Dormans à Reims par le C.B.R.

Pour se mettre au courant de notre vie « en état de siège » il ne saurait mieux arriver, car un calme relatif nous permet de respirer ; mais si au Reims lugubre qu’il ne soupçonnait pas ainsi, venait s’ajouter une séance de canonnade un peu vive ou de bombardement même intense, je crois bien qu’il ne tarderait pas à me fausser à nouveau compagnie.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Hortense Juliette Breyer

Mercredi 28 Octobre 1914. – J’avais oublié de te dire que l’on avait été à la ville aussi pour avoir des renseignements sur toi, il y a de cela quinze jours. On s’adresse un peu partout et on en fait autant pour Paul car, de lui, on n’en a pas plus.

Je suis encore allée au magasin ce matin. Je ne vois plus grands clients, juste ceux qui viennent faire un tour le matin dans leur maison. Schnock est resté ouvert jusqu’ici et comme il est seul, il vend le plus cher possible. En voilà un que l’on ne devrait pas garder à Reims. Mais si cela continue, je n’ai pas à me plaindre. Je fais ma bonne petite journée et avec cela je vais toucher les sous de l’Etat.

Je m’ennuie de plus en plus, mais je ne perds pas patience. Je continue à t’envoyer lettre sur lettre et encore un petit paquet. Ton papa me dit que j’ai tort. Je ne le comprends pas, surtout si tu es dans un hôpital et que tu n’aies rien de chaud à mettre. Rien que d’y penser, j’étouffe. Toi qu’on avait l’habitude de gâter, que tu dois te trouver esseulé loin des tiens. Si tu as la fièvre, même pas une main aimée pour te caresser le front. Je n’ose y penser. Si tu savais quelle place tu tiens dans ma vie. Je suis comme un corps sans âme.

Pauvre chipette, les jours passent et même pas la consolation d’avoir une bonne lettre. J’arrête, vois-tu, je vais pleurer. Je n’en puis plus.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Octave Forsant

Mercredi 28.— Je suis allé ce matin, pendant une accalmie, voir ma maison sur laquelle deux obus sont tombés lors du bombardement du 4 septembre. Les quartiers au nord de la place Royale sont lugubres. Personne dans les rues ou à peu près; ce ne sont que maisons éventrées ou brûlées, poutres de fer tordues, pans de murs branlants. La circulation, même par « temps calme, » y est périlleuse : à l’angle de la rue de Bétheny et de l’ancien marché Saint-André, un homme qui passait hier devant une maison récemment incendiée a été tué par une grosse pierre qui s’est subitement détachée de la façade. Ma pauvre maison est dans un triste état : les obus l’atteignent maintenant par derrière depuis le recul des Roches. Un projec­tile a traversé l’immeuble du haut en bas, faisant à tous les étages des dégâts considérables.

Source 1 : Wikisource.org


Mercredi 28 octobre

Fin de la campagne du Congo.

Notre ligne est très solidement établie entre l’Yser et Lens. Non seulement nous n’avons pas subi le moindre recul, mais encore nous avons réalisé quelques progrès entre Ypres et Roulers.
Sur l’Aisne, plusieurs batteries ont été détruites par les nôtres.
Enfin, à la frontière de la Lorraine annexée, nous avons pris une offensive victorieuse.
Guillaume II a pris le commandement suprême des forces austro-allemandes. Les officiers austro-hongrois commencent à protester contre 1e traitement subordonné qu’on leur assigne – et ils estiment que les officiers allemands prennent trop de place dans leur pays.
Les troupes autrichiennes continuent d’ailleurs à être battues sur toute la ligne par les Russes. Une de leurs divisions a été complètement détruite à Sambor.
On annonce que le maréchal von der Goltz, gouverneur général de la Belgique, depuis la prise de Bruxelles, serait rappelé.
La Grèce a décidé d’occuper l’Empire septentrionale. Ce Pays, habité par des populations de langue et de souche helléniques, était depuis la guerre des Balkans aux mains d’un gouvernement insurrectionnel. Or il vient d’être assailli par les bandes albanaises, en sorte que l’action du gouvernement d’Athènes aurait un caractère de protection.
Les Allemands ont attaqué l’Angola. La plus grande des colonies portugaises, qui est située sur la côte occidentale d’Afrique, et qui est peuplée de 4 millions et demi d’habitants.
Un paquebot français qui portait des réfugiés du Nord et du Pas-de-Calais a sauté sur une mine, près de Boulogne. ll y a trente victimes.

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Mardi 27 octobre 1914

Paul Hess

Journée assez tranquille mais le soir, vers 20 h des obus arrivent tout-à-coup qui sont dirigés principalement vers de quartier de Courlancy, semble-t-il.

Nous sommes déjà bien habitués aux divers sifflements des projectiles de tous calibres, du 77 au 210, que nous reconnaissons sans erreur les uns des autres, mais aujourd’hui, certains de ceux qui passent doivent être de taille, à en juger par le ronflement très accentué qu’ils produisent en traversant l’espace ; il est ni plus ni moins comparable, pour l’intensité du bruit, au roulement d’un express sur ses rails et c’est absolument effrayant. Ceci a été remarqué à une ou deux séances précédentes de bombardement et on se demande s’il s’agirait du fameux 305 autrichien, puisqu’il a déjà été parlé d’obusiers sur tracteurs automobiles vendant tirer sur notre ville.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Un canon autrichien de 305 : [photographie de presse] / Agence Meurisse - source Gallica-BNF

Un canon autrichien de 305 : [photographie de presse] / Agence Meurisse – source Gallica-BNF


Cardinal Luçon

Nuit du 26-27 tranquille. Coups de canon sourds et lointains. On apprend que l’Abbé Rome, a été blessé, le 1er septembre, en entraînant les hommes, au combat ; puis fait prisonnier et interné à Mersburg.

Hier des forces allemandes ont réussi à passer l’Yser.

Quelques coups de canon lointains et lourds. Quelques bombes le soir dans le quartier de Saint-André, à Courlancy, disent ces messieurs du Petit Séminaire. Bombes ce soir à 8 heures.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Lettre du 25 de M. Legros qui a quitté l’hôtel pour aller chez son cousin, M. Georges Debonnaire, 32 boulevard de la Villette.

Avec Madame, il ne se rendrait à Limoges qu’autant que les évènements forceraient Henri à y prolonger son séjour ; il attend donc à Paris l’indication directrice de ses mouvements.

Journée ni plus, ni moins agitée que les précédentes.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Hortense Juliette Breyer

Mardi 27 Octobre 1914.

Ah mon Charles ! Quelle journée ! Figure-toi, ce matin comme je l’avais promis chez vous, j’ai pris André avec moi en allant au magasin pour le conduire chez vous. Marguerite nous accompagnait. Il était heureux, vois-tu, de se retrouver chez nous, de revoir Black et de retoucher ses petites affaires. Même les 75 qui tapaient durs près de chez nous le laissaient indifférent.

A 11 heures ton papa est venu le chercher pour aller dîner chez vous et à 2 heures il me le ramenait, tout content. Tout s’était bien passé et les boches n’avaient pas tiré. Nous nous apprêtons à partir. Bon, un sifflement. Marguerite referme vivement la porte. « Descends vite à la cave avec André, dit-elle, ça tombe par ici ». En effet ça avait l’air de continuer et cela dura jusqu’à 5 heures. Te dire par quelles transes nous avons passé, et avec cela la nuit venait et pas de lumière. Profitant d’une accalmie, nous nous sommes décidées à nous mettre en route et en un quart d’heure nous étions rentrées aux caves.

Te dire quel soupir de soulagement ! Mais maintenant tant que les Prussiens seront là, je ne le sortirai plus. Je veux qu’en revenant, pauvre Lou, ta joie soit complète.

Je vais essayer de dormir car je ne dors plus. Toujours avec toi. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mardi 27 octobre

Les Allemands qui avaient franchi la ligne de l’Yser (en Flandre belge), entre Nieuport et Dixmude n’ont pu profiter de cet avantage. Ils ont été sévèrement contenus par nos troupes et ont subi des pertes colossales. Partout, d’ailleurs, où ils ont attaqué, ils ont été repoussés.
La victoire russe se manifeste de plus en plus entre la Vistule et la frontière prussienne. Sur tous les fronts qu’ils avaient occupés, les corps de von Hindenburg ont été rejetés avec violence. Les troupes du grand-duc Nicolas ont usé de la baïonnette avec succès en plusieurs localités.
Le général de Moltke, chef d’état-major général de l’armée allemande, qui est très malade, et qui, du reste, avait mal réussi dans ses combinaisons, a été remplacé par le général de Falkenhayn, ancien ministre de la Guerre.
Le général Douglas, chef d’état-major de l’armée britannique est mort à Londres.
Le prince Oscar de Prusse, cinquième fils de Guillaume II, a été frappé de paralysie.
Des émeutes sérieuses ont éclaté sur plusieurs points de l’empire allemand, et spécialement à Brunswick, en raison de la cherté des vivres.
La disette se fait aussi sentir en Autriche, où l’on ne trouve plus de charbon.
Le Breslau et le Goeben, les deux croiseurs allemands soi-disant achetés par la Turquie, auraient reçu l’ordre de rentrer dans le Bosphore après avoir quitté la mer Noire. Les ambassadeurs de Russie et d’Angleterre avaient vivement protesté auprès de la Porte contre leur sortie du détroit.
Une crise ministérielle semble imminente en Italie, le ministre des Finances, M. Rubini, se déclarant incapable de faire face, avec les ressources actuelles, aux suppléments de crédits demandés pour la défense nationale.
Un monitor autrichien a coulé sur une mine dans le Danube.

 

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Lundi 28 septembre 1914

Abbé Rémi Thinot

28 SEPTEMBRE :

Bonnes nouvelles ce matin. Et de très officielles. Les allemands, qui avaient pris l’offensive générale ont été repoussés sur toute la ligne. On leur a même pris plusieurs canons et un drapeau.

10 heures 1/2 ; Vive fusillade avec mitrailleuses et canon du côté du faubourg de Laon ; les choses ont eu l’allure d’une alerte, d’une excursion teutonne allégrement repoussée par nos armes. Je saurai demain…

Je viens de mettre les pieds dehors ! Mon Dieu, les feuilles tombent ; déjà, elles choient dans la nuit avec un triste frifillis le long des branches et des feuilles encore solides sur leurs attaches.

Effectivement, c’est Octobre demain ; c’est l’automne. L’harmonie des choses est deux fois admirable dans le désordre fabuleux parmi lequel le vieux monde se débat en ce moment… L’Automne doit être grave à Abondance, ô ma chère montagne, mes rochers, les sapins, ma petite maison de bois… !

Encore cet après-midi, des obus sont tombés sur le faubourg Cérès, vers 4 heures. Il y a eu des morts et des blessés.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Lundi 28 septembre 1914

17ème et 15ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Près de Reims la nuit a été calme, mais vers 1h du matin on bataillait fort vers le nord, vers Berry-au-Bac m’a-t-il semblé. Ce matin vers les 6h quelques coups de canons jusqu’à maintenant sur notre front Est, mais des coups qui ne semblent pas très près. Que se passe-t-il ? On ne sait, on ne peut le savoir. C’est ce qui est le plus décourageant, le plus déprimant.

11h1/4  Comme je sortais et fermais ma porte pour aller aux nouvelles à l’Hôtel de Ville, M. Émile Charbonneaux passait à bicyclette devant ma porte, il me crie : « Les nouvelles sont très bonnes sur toute la ligne et nous avançons. Reims qui est toujours sur le pivot sera délivré d’ici 1 jour ou 2. » – « Merci ! » lui dis-je, il est exactement 9h1/4.

Je filai à la Mairie, personne, chez Charles Heidsieck, personne, chez le docteur Guelliot, où je voie que l’on nettoie et exécute mes ordres. Je pousse sur le boulevard Lundy, entre chez M. Lorin. Madame Lorin m’annonce que Marcel son fils est ici et qu’il est aux tranchées Holden (aux Nouveaux Anglais), et que Fernand Laval est de passage et qu’il se charge des lettres. Elle me donne du papier et j’écris un mot au crayon pour ma chère femme. Cette lettre sera remise à la Poste à Langres (Haute-Marne).

Je continue ma promenade à travers les ruines du quartier Cérès. M. Soullié, qui regarde les ruines de la Maison Lelarge et Cie me confirme ce que m’a dit M. Émile Charbonneaux. Je rentre pour consigner ces quelques lignes et toujours aussi impressionné des désastres que j’ai vus, et revus déjà 10 fois.

Si nous allions en Prusse, nous devrions non pas détruire leurs monuments, leurs musées, leurs œuvres d’Art comme ils savent si bien le faire, mais les leurs enlever, choisir celles qui nous conviendraient pour remplacer ce qu’ils ont brûlé, bombardé, et le reste le vendre aux enchères aux milliardaires américains et employer le produit à restaurer nos monuments et nos maisons.

Pour mon compte je réclamerais les vitraux de notre Cathédrale, enlevés et vendus sur l’ordre du chanoine Godinot, et qui ornent maintenant soit la Cathédrale de Mayence, de Cologne, d’Aix-la-Chapelle ou de Nuremberg, je ne sais au juste laquelle, et ces vitraux viendraient reprendre leur place d’origine qu’ils n’auraient jamais dû quitter.

5h soir  Journée calme. Toutefois le canon recommence à tonner un peu. Les nouvelles sont rassurantes, et je crois que l’on peut espérer voir bientôt la fin de nos misères, c’est-à-dire l’éloignement de l’ennemi. Quel soulagement ce sera.

Hier, je ne puis m’empêcher de noter cela, quand M. Charles Heidsieck et moi étions à causer avec Maurice Mareschal devant la clinique Mencière, ce dernier, chaque fois qu’il entendait un coup de canon rapproché ne pouvait s’empêcher de nous dire : « Mais vous n’entendez pas, on tire sur nous ! » Nous de sourire et de lui répondre : « Mais non ! mais non ! c’est loin cela !! » Il n’était qu’à moitié convaincu ! Cela m’a amusé il y a quelques jours de voir un officier s’inquiéter du canon quand nous, simples pékins, nous n’y prêtions aucune attention…  Tellement il est vrai qu’on s’habitue à tout ! C’était la première fois qu’il l’entendait, tandis que nous connaissions ce cantique et bien d’autres depuis 25 jours.

8h05 soir  Nous n’avons pas eu de bombardement de la journée, à moins que ce soir ?? !!

A 7h1/2 vient de commencer une canonnade et une fusillade intense, semblables aux plus fortes que j’ai entendues depuis 15 jours ! Remonté dans ma chambre. Je regarde, toutes lumières éteintes, vers le fracas de la lutte. Le combat a lieu dans le prolongement de la rue de Talleyrand, vers le nord. C’est donc vers le faubourg de Laon, La Neuvillette, la ferme Pierquin, le Champ d’aviation. Les éclairs de la canonnade fulgurent à l’horizon comme pendant un orage des plus violents. C’est un roulement continu.

8h12  Cela se ralentit. La fusillade continue, crépite mais semble s’éloigner, il y a 10 minutes elle paraissait si près !! Le canon tonne, mais ce n’est plus le roulement, le tonnerre, la grêle de tout à l’heure. A peine une demi-heure de combat mais quel affect les allemands ont du faire pour arriver à se faire fusiller, canonner de si près. Ils me paraissent lutter en désespérés, du reste cela me confirme ce que l’on m’avait dit hier d’un radiotélégramme intercepté qui ordonnait à toutes les forces allemandes de vaincre ou de mourir ! Attaque générale sur toute la ligne…

On se bat furieusement vers La Neuvillette, Bétheny, à Nogent et à Brimont. Les bruits des combats sont trop rapprochés de Reims…  Berru et Nogent se taisent.

Mais quelle journée calme aujourd’hui ! pas de bombardement, pas de sifflement d’obus au-dessus de nos têtes. On pouvait aller et venir sans entendre siffler ces fifres de la Mort. On vivait au calme. Et, faut-il l’avouer ?…  il me manquait quelque chose…  le bruit du canon !!

Pardonnez-moi ! mais je commençais à m’y habituer ! Il est vrai qu’en ce moment ils ont l’air de se rattraper, mais combien peu. Le canon se meurt en ce moment, par contre (il est 8h25), la mousqueterie fait rage. Ils veulent des corps à corps, mais nos troupes ne les craignent pas, et vraiment ils luttent en désespérés ! en fous !

Allons ! Messieurs les Prussiens ! Bon voyage et je vous donne rendez-vous à Berlin ! cette fois !!…  Le Dieu de la Justice, Saint Michel, l’archange de France, est devant vous avec son épée justicière…  Il est temps que vous expiez vos crimes, vos massacres, vos incendies, vos vandalismes. Finis Germanicae !! il le faut !! ou ce serait la Fin du Monde !!

8h35  Voilà nos grosses pièces qui se mêlent à la…  conversation !! On distingue du reste très facilement les détonations de nos pièces d’avec celles des allemands, ainsi que le sifflement des obus, leur éclatement et leur fumée. Le coup de nos pièces est sec, net, franc ! Le leur est lourd, sourd. De même l’éclatement, le sifflement du nôtre est comme celui d’une pièce d’artifice plutôt aigu, celui des allemand plus frou-sourd, quant à la fumée, la nôtre est blanche, légère. La leur noire jaunâtre, on croirait la fumée d’une locomotive, d’une cheminée d’usine pendant qu’on la recharge. C’est sale ! noirâtre !! jaunâtre !!

8h50  La fusillade cesse, par contre notre artillerie a l’air d’y aller de bon cœur, c’est une large éolienne continue produite par nos obus qui chantent, qui chantent à plaisir.

Une colonne d’artillerie et leurs caissons arrive du Théâtre et tourne vers la rue de l’Étape et la place Drouet d’Erlon.

C’est une vraie bataille, mais plus un coup de fusil.

Le combat s’éloigne…  Attention à la contre-attaque, mais le canon allemand ne me parait pas très causeur, très fourni. C’est nous qui tenons…  le crachoir en ce moment, et j’espère bien que cela continuera…

Une auto. Vraiment, çà chauffe vers le faubourg de Laon.

Ces animaux-là (les Prussiens) vont-ils me laisser dormir tranquille ? si cela ne m’intéressait pas : oui ! Je me coucherais et dormirais sans plus m’inquiéter de leur tapage, mais j’aimerais voir !

9h10  Toujours rien du côté de Berru et de Nogent !! Cela parait se ralentir. Allons nous coucher.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nous sortons au cours de la matinée, mon fils Jean et moi et, tandis que nous sommes dehors, nous allons jusque dans le champ de Grève où nous voyons toujours en position, à gauche de l’avenue de la Suippe et un peu en contre-bas, deux batteries d’artillerie dont les pièces – des 75 – sont dissimulées avec des branchages. Pour le moment, elles ne tirent pas ; les hommes se divertissent entre eux

Notre attention est attirée, de loin, par une quantité d terrassiers, occupés à creuser des tranchées dans un champ longeant le haut de la rue de Sillery. A distance, nous voyons un grand nombre d’animaux étalés l’un auprès de l’autre, sur le talus limitant les propriétés où avait lieu, en juillet, le concours international de gymnastique. Nous nous approchons et nous pouvons compter soixante chevaux et un bœuf, dont on prépare l’enfouissement.

Ces animaux ont tous été tués par les obus, en ville, ces jours derniers.

Partout où l’ennemi avait repéré de la troupe, on avait eu, dans Reims, à côté des dégâts effrayants du bombardement et de l’incendie, de tristes visions de champ de bataille. C’est ainsi qu’en dehors des nombreux cadavres d’animaux restés sur les boulevards de la Paix et Gerbert, aperçus le 20, au petit jour, j’avais vu, le 21 en allant annoncer notre malheur chez mon beau-frère Montier, un groupe de sept à huit chevaux morts, rue Duquenelle, après en avoir vu déjà rue Lesage.

L’administration municipale avait dû aviser rapidement et un organisme, spécialement mis sur pied, fonctionnait pour l’enlèvement de ces cadavres d’animaux, sous la surveillance de M. Lepage Julien, inspecteur au Bureau d’Hygiène. Son important service provisoire était à l’œuvre, ce matin, en cet endroit.

– L’après-midi s’annonçant calme, nous croyons pouvoir profiter du beau temps, vers 16 h, pour faire une promenade en deux groupes devant se rejoindre chez ma belle-sœur, Mlle Simon-Concé, rue du Cloître. Toute la famille s’y est à peine rencontrée, que les obus recommencent à pleuvoir et nous obligent à renter précipitamment rue du Jard.

– Le soir, une violente canonnade, entendue de tout près, nous contraint à retarder l’heure du coucher.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
Un cheval mort, place Godinot

Un cheval mort, place Godinot


Cardinal Luçon

Canonnade peu fréquente et pas très rapprochée ; matinée assez tranquille. Après-midi, comme le matin. On parle de bombes lancées sur la ville, quartier Saint André, et Petit Séminaire. Visite aux Petites Sœurs de l’Assomption ; aux Pères Jésuites et aux Petites sœurs des Pauvres, au Collège St Joseph, visite aux Chanoines rue Libergier. Vive canonnade et à 8 heures mais pas très longue. Coucher au sous-sol. Nuit assez tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Gaston Dorigny

La journée a été assez calme bien que l’on ait entendu le canon sans arrêt. Vers le soir on met en batterie les grosses pièces vers Saint Brice. A sept heures ¾ du soir nos troupes se livrent à une attaque dans les parages de Courey à la Neuvillette. Les mitrailleuses et les fusils crépitent pendant environ une heure ½ dans les environs de chez mon père, puis s’éloignent soutenus par les canons. Le combat dure toute la nuit et au petit jour on entend encore les canons. Nos troupes on repris leur position.

Gaston Dorigny

Paul Dupuy

Je quitte Sacy à 7H du matin, après avoir fait mes adieux aux 2 familles Perardel qui vont partir dans l’inconnu, et à celles qui, sans homme, pour les guider, décident de rester encore dans les environs de Reims.

Au moment de la séparation, l’émotion me gagne, et c’est sans mot dire, mais le cœur saignant et les yeux pleins de larmes que s’échangent les dernières effusions.

A peine rentré, j’accueille le Capitaine de Marcel et son Maréchal des logis Chef venus en ravitaillement ; on me donne l’assurance qu’à la première sortie mon cher fils sera du voyage.

Dans la nuit du 28 au 29, la bataille s’engage avec une violence extrême, les Allemands s’obstinant à essayer de rentrer en ville. On ne dort pas, le bruit des mitrailleuses et des fusils se faisant entendre de trop près pour qu’il soit possible de reposer.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Mardi 28 septembre

La situation ne s’est guère modifiée, au nord d’Arras, où l’ennemi ne réagit que peu contre les positions nouvelles occupées par nos troupes. Nous avons fait 1500 prisonniers.
Le chiffre des prisonniers capturés par les Anglais dans le secteur au sud de la Bassée est de 2600.
En Champagne, la lutte continue. Nous sommes devant le front de seconde ligne allemand jalonné par la cote 185, à l’ouest de Navarrin, la butte de Souain, la cote 193, le village de Tahure.
Le nombre des canons de campagne et d’artillerie lourde pris à l’ennemi est de 80, dont 23 enlevés par l’armée britannique.
Une offensive allemande en Argonne, à la Fille-Morte, a été quatre fois enrayée. Nos adversaires ont subi de très lourdes pertes.
Des avions alliés ont bombardé Bruges.
Les Russes ont livré toute une série de combats au cours desquels ils ont fait de nombreux prisonniers. Leur offensive se poursuit en Galicie et dans la région de Pinsk. Ils ont reconquis depuis quinze jours environ 110 kilomètres.Le roi de Grèce s’est mis d’accord avec son premier ministre M. Venizelos, sur la politique à suivre vis-à-vis de la Bulgarie.
La Roumanie a pris des précautions sur sa frontière du sud.

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