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Jeudi 11 mai 1916

Louis Guédet

Jeudi 11 mai 1916

607ème et 605ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Temps couvert mais beau. Réglé la situation de la pauvre Lise qui ne veut toujours pas comprendre qu’elle est Lorraine annexée et non allemande, elle répond invariablement : « Je suis Prusse ! » On ne peut la sortir de là. En tout cas je l’ai sortie du guêpier où elle s’était mise par son ignorance, son entêtement et sa…  bêtise. La voilà en règle comme étrangère. Cet après-midi levée de scellés et descriptions de mobiliers de pensionnaires décédés à la Maison de Retraite. J’en ai saisi 6 avec inventaire du mobilier, moi, mes 2 greffiers et Jonval, tout ce monde-là a travaillé ferme. Il ne me reste plus que 3 descriptions et une levée de scellés. J’espère en avoir fini avant quinze jours. Voilà ma journée. Je suis très fatigué. Vu au Commissariat central ce matin notre député Camille Lenoir. Il était venu à cause de la visite de Malvy, ministre de l’Intérieur (Louis Malvy, 1875-1949) qui venait s’entendre avec notre…

Absence du feuillet 321, le feuillet 322 se résume en un morceau de feuillet d’une dizaine de lignes recopiées ci-après par Madeleine Guédet.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

11 mai 1916 – Le Courrier de la Champagne donne le compte-rendu d’une importante réunion du Conseil municipal qui a eu lieu avant-hier mardi, sous la présidence du Dr Langlet, maire.

Jamais, dit-il, nos conseillers ne furent si nombreux depuis les hostilités. Assistaient à la séance : MM. Bataille, Em. Charbonneaux, Chezel, Chevrier, de Bruignac, Demaison, Drancourt, Gougelet, Guernier, Ch. Heidsieck, Gustave Houlon, Jallade, Lapchin, P. Lelarge, Mennesson-Dupont, Rohart et Tixier.

Et pour la première fois, depuis 21 mois, le public a pu s’in­téresser aux débats.

Après avoir mentionné quelques dons à la ville annoncés par M. le maire et donné l’énumération des pensions de retraite liqui­dées par le Conseil, le journal dit :

Enfin, arrive le clou de la séance.

M. le maire ayant exposé la situation déficitaire des budgets de 1914, 1915 et 1916 de la ville, qui se traduisent par six millions pour les deux premiers et quatre millions pré­vus pour celui actuel, informe ses collègues que de ses démar­ches auprès du ministère, il résulte que le gouvernement ac­cepte de participer pour moitié dans le déficit de l’année pré­sente, mais que pour les pertes passées, il ne peut intervenir davantage qu’il ne l’a fait par ses diverses subventions, se montant à 2 196 000 F jusqu’ici.

Et une lettre qui arrive, comme par hasard, à ce mo­ment, annonce qu’une dernière subvention de 500 000 F sera accordée pour solde, si une délibération municipale accepte cette solution.

Comme la ville a besoin d’un fonds de roulement et comme certaines dettes deviennent impérieuses, M. le maire propose au Conseil d’émettre un emprunt de deux millions, au taux de 5,73 %, que la Société des prévoyants de l’avenir s’en­gage à souscrire sous certaines conditions.

M. Rohart s’élève, avec sa vigueur accoutumée, contre l’abandon par l’Etat de ses devoirs dans la circonstance : il n’accepte pour le moment aucun emprunt municipal et de­mande que ce refus soit notifié à l’Etat pour lui rappeler son rôle impartial. Il ne faut pas, dit-il, qu’il y ait deux France, l’une qui souffre, qui pleure et qui brûle, l’autre qui travaille au ravitaillement, aux munitions et qui s’enrichit.

MM. Mennesson-Dupont, G. Houlon et Jallade appuient énergiquement la thèse de M. Rohart.

Le vote de l’emprunt proposé serait une acceptation de la décharge de l’Etat et créerait un grave précédent de son irres­ponsabilité pour les dommages financiers et autres préjudices causés par la guerre. Si une pareille soumission était acceptée, Reims, qui a tenu tête depuis vingt et un mois au bombarde­ment quotidien en maintenant sa vie municipale ne serait plus la plus courageuse des villes martyres, ce serait la plus grande des villes sacrifiées.

MM. Drancourt et de Bruignac essaient d’adoucir la dis­cussion en arguant que le trésor municipal a besoin d’argent, que des réserves peuvent être faites, qui seront transmises au gouvernement pour lui exposer l’état d’esprit du conseil. Celui- ci estime qu’une fois l’opération faite, les discussions n’auront pas de point d’appui, et M. le maire propose une suspension de séance pendant laquelle les idées sont échangées.

Finalement, à la reprise de la séance, la motion suivante est votée, dans laquelle il n’est plus question d’emprunt :

Le Conseil municipal de Reims,

Considérant que les déficits constatés dans les budgets de communes victimes de leur situation sur la ligne de feu doi­vent être supportés par l’ensemble de la nation, au même titre que toutes les autres dépenses inhérentes à la guerre, ne peut accepter les sommes proposées par l’Etat que comme à-compte sur le paiement complet de ces déficits.

Passe à l’ordre du jour…

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Jeudi 11 mai – Obsèques du Cardinal Sevin. Discours à table. Visite de Ch. Givelet (de Courcy) et de M. Veith et de M. le Curé de Cernay lès Reims, réfugié à Lyon

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 11 mai

Entre Oise et Aisne, un coup de main sur une de nos tranchées de Moulin-sous-Touvent a complètement échoué.
Sur la rive gauche de la Meuse, à la suite d’un violent bombardement, les Allemands ont lancé une forte attaque sur nos positions aux abords de la cote 287. L’attaque a été complètement repoussée, nous avons fait des prisonniers. Une action offensive menée par nos troupes sur les pentes ouest du Mort-Homme nous a permis d’occuper quelques éléments d’une tranchée allemande. Nous avons fait 62 prisonniers et pris des mitrailleuses.
En Haute-Alsace, une reconnaissance ennemi qui tentait d’enlever un de nos petits postes près de Hirzbach, au sud d’Altlkirch, a été repoussée avec des pertes.
Lutte d’artillerie sur le front belge.
Un sous-marin français a coulé dans l’Adriatique un transport autrichien chargé de matériel.
L’Allemagne a reconnu que le Sussex avait été torpillé par un sous-marin. Le capitaine du sous-marin a été puni.
On annonce qu’à la suite des troubles de ces derniers jours, causé par la cherté des vivres, le ministre de l’Intérieur, M. Delbruck a démissionné à Berlin. Certains journaux disent tout simplement que M. Delbruck se retire pour raison de santé.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 10 septembre 1915

Louis Guedet

Vendredi 10 septembre 1915

363ème et 361ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Je suis rentré le 8 à 18h du soir ici, 52, rue des Capucins, me voilà installé, réfugié. Pour combien de temps ? Y serais-je moins exposé et plus heureux que rue de Talleyrand 37 ?? J’ai visité hier nos ruines. Tout est vidé, il n’y a plus que des ruines, des bois brûlés, des ferrailles brisées, tordues, sans nom !!… Ici je suis comme désorienté ! Je suis enfin de cet après-midi à peu près installé. J’ai pu m’atteler à la besogne. Et Dieu sait si cela manque, seul sans aide passer à la correspondance, aux visites, démarches nécessitées par mes doubles fonctions de notaire et de juge de Paix, plutôt celui-ci que celui-là, car les actes sont nués ! Hier j’ai tenu une audience de conciliation avec l’intendant Racine pour des réquisitions militaires, nous avons commencé à 1h de l’après-midi et fini à 7h3/4 du soir !!! Cet intendant (3 galons) est fort intelligent et assez arrangeant. Entre-temps nous avons bavardés et il paraissait aussi écœuré que moi des faits et gestes de la gendarmerie, entre autres il me contait qu’un jour il avait été arrêté par un gendarme qui ne voulait pas le laisser continuer sa route et retourner à Châlons, sous prétexte que son sauf-conduit n’avait pas 72 lignes d’écriture ou d’imprimé comme tous les autres passeports de ce genre qu’il avait vérifié jusqu’à ce jour !! Le Pandore ne voulait pas en démordre ! Et il a fallu à ce brave intendant parlementer pendant une heure et discuter !! pour enfin pouvoir continuer son chemin !! Je savais les gendarmes bêtes, mais pas à ce point là !!!

Il m’est arrivé à cette audience une réflexion assez cocasse de la part d’une jeune femme qui avait assigné en conciliation un brave homme à qui elle avait loué il y a un an pour 4/5 jours une voiture. L’un et l’autre ne s’en étaient plus inquiétés et la voiture était toujours restée en location !! à 1Fr par jour !! = 369 Fr !! après une assez âpre discussion, on arriva à trouver que pour 200 Fr, c’était assez coquet vu à mon avis le peu de bonne foi de la fine mouche ! Enfin elle accepta tout en rechignant et en partant je lui dis : « Vous avez eu raison d’écouter votre juge de Paix, cela vaut mieux qu’un procès ! » – « Vous n’êtes pas un juge de Paix, oh non ! » me réplique-t-elle en riant, mi-figue, mi-raisin, « Alors, que suis-je donc ? » – « Oh ! vous n’êtes que la moitié d’un juge de Paix ! » – « Et pourquoi cela ? » – « Parce que vous n’êtes pas assez raide !! »

Et voilà !!

A St Martin trouvé mon monde assez bien portant, mais ma pauvre femme n’en peut plus !! Elle est d’une tristesse !! Il est temps que cette vie cesse pour elle… Nous avons eu sur la fin troupes sur troupes à cantonner. Vu le Général de Division Gramat (Antoine Gramat 1866 – 1924), ancien colonel du 132ème qui m’a dit qu’il y avait encore 400 survivants présents au régiment de la première partie du 132ème lors de la mobilisation ! et non 17 comme on me l’avait dit, n’empêche que cela fait 2600 tués !! Vu M. Maurice Walbaum (1886 – 1956), enchanté de causer de sa ville qu’il a quitté depuis plus d’un an. Il venait de recevoir sa nomination comme élève aviateur, il paraissait enchanté de quitter son automobile. Le lendemain, logé le général Brigaud (à vérifier), avec des chasseurs à pied, presque tous décorés de la Croix de Guerre, homme charmant. Rencontré M. Grignon, substitut du procureur de la Seine, ancien substitut au Parquet de Reims. Il logeait sous un hangar, nous lui avons offert la chambre de ma fille Marie-Louise, il était enchanté et s’extasiait sur les draps blancs. Nous avons causé longuement et il disait qu’on avait fait l’impossible pour faire du tort à M. Bossu, mon Procureur ! Il l’estime beaucoup, il a raison ! Tous s’attendent d’ici la fin du mois à une offensive générale. Réussira-t-elle ?…   Dieu le veuille !!

Vu tout à l’heure le Procureur, toujours charmant avec moi qui me faisait remarquer que nous étions les 2 seuls officiers publics restés à leur Poste, et il ajoutait même que j’avais la prédominance et l’avantage sur lui puisque j’étais resté durant l’occupation prussienne ! Il en a profité pour me dire qu’il demandait au Procureur Général que je sois nommé premier suppléant titulaire des 1er canton de Reims et 3ème, à la place de Chappe. Voulant me donner le pas sur les autres plus anciens qui avaient fuis. « Ce sera un titre honorifique de plus pour vous en attendant d’autres » me dit-il avec son fin sourire ! « Mais je tiens à ce que vous soyez nommé devant l’ennemi ». Je l’ai remercié.

Tout ici se prépare formidablement, pourvu que nous ne recevions pas trop d’éclaboussures ! Le Procureur nous a donné ordre de mettre toutes nos archives en sûreté : J’ai donné les ordres nécessaires à Landréat, mon greffier, pour mettre en sûreté les archives des deux greffes des 1er et 3ème cantons de Reims, dont les titulaires sont mobilisés. Celles des 2ème et 4ème cantons sont aux abris de justice. Me voilà donc en règle et paré. A la Grâce de Dieu.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

10 septembre – Nous entendons siffler un seul obus à 9 h 3/4 ; peu de temps après, nous apprenons qu’il est  tombé près du pont de l’avenue de Laon, à l’entrée de la rue Lesage.

Un boucher, M. Welfringer, qui s’engageait sur le pont en voiture attelée, un petit marchand de journaux se tenant d’habitude dans ces parages et un passant ont été tués, ainsi que deux che­vaux. Trois autres personnes ont été blessées.

A midi, en m’en revenant du bureau, je remarque tout de suite le point de chute et les traces des éclats de ce projectile sur les maisons voisines.

  • Le Courrier donne le compte-rendu d’une séance du con­seil municipal tenue avant-hier, sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire, à laquelle étaient présents : MM. Bataille, de Bruignac, Em. Charbonneaux, Chezel, Demaison, Drancourt, Guernier, Gustave Houlon, Pierre Lelarge et Rohart.

M. Jallade faisait fonction de secrétaire.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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 Cardinal Luçon

Vendredi 10 – Nuit tranquille, sauf – comme dans les précédentes – de violents coups de canons de temps en temps, vers 9 h. 1/2, 1 h. 1/2, 2 h., 3 ou 4 h. Cette nuit à 3 h. Dans la matinée, canonnade active. Via Crucis in Cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

Vendredi 10 septembre

Lutte de grenades et fusillade en Artois (Neuville et Roclincourt). Canonnade autour d’Arras et de Roye. En Argonne (la Fontaine-aux-Charmes), les Allemands, après avoir vainement renouvelé leurs attaques acharnées ont cessé toute offensive d’infanterie. Ils se sont bornés à faire tonner leurs batteries. Nous avons fait des prisonniers.
Quelques engagements à notre avantage dans la forêt de Parroy (Lorraine).
Dans les Vosges, combat à la grenade près de Metzeral.
Canonnade en Woëvre, au bois d’Apremont et au bois Mortmare.
Sur le front russe, la situation reste stationnaire dans le secteur nord (régions de Dwinsk-Vilna et Riga). Dans la région de Grodno, l’offensive allemande a été arrêtée. En Galicie, nos alliés ont remporté plusieurs brillants succès près de Tarnopol. Ils ont pris en tout 12.000 officiers et soldats ainsi qu’un certain nombre de canons.
M. Bark, ministre des Finances de Russie, est parti pour Londres.
Les Anglais ont eu à subir encore un raid de zeppelins (comtés de l’Est, district de Londres), qui a fait vingt morts et quatre-vingt-six blessés.
L’Allemagne, à la suite d’incidents de piraterie navale, a dû exprimer ses regrets à la Hollande et au Danemark.
Le canon tonne violemment dans la presqu’île de Gallipoli
.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 5 juin 1915

Paul Hess

5-6 juin – Sifflements et explosions le soir du 5, à 19 h 1/2 et le matin du 6, à 9 h.

– Dans le courrier du 6 juin, nous lisons le compte-rendu d’une réunion du Conseil municipal qui a eu lieu le vendredi 4 à 15 heures.

M. le Dr Langlet, maire, présidait la séance à laquelle assistaient : MM. Bataille, de Bruignac, Em. Charbonneaux, Chezel, Demaison, Ch. Heidsieck, Drancourt, Gougelent, Guernier, Gustave Houlon, Jallade, P. Lelarge et Rohart.

A propos de l’inscription au budget d’un 3e crédit de 500 000 F, pour l’achat de denrées de ravitaillement, M. Jallade demande au maire d’exposer le système de ravitaillement de la population civile et de rassurer le public contre toute éventualité de crise, soit en viande, soit en farine.

M. Em. Charbonneaux, adjoint chargé du ravitaillement, détaille la façon d’opérer de la ville, à l’aide des crédits ouverts, et la facilité de transport d’accord avec les commissions de réseau qui accordent toute latitude.

Le manque de farine qui a failli se produire et a été conjuré le soir même, ne vient pas de sa rareté mai du défaut de parole d’un ou deux fournisseurs auxquels il a fallu suppléer sans délai…

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 5 – Nuit tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
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Vendredi 23 avril 1915

Paul Hess

Le Courrier d’aujourd’hui donne le compte-rendu d’une réunion du conseil municipal qui a eu lieu hier, sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire et à laquelle étaient présents : MM. Jallade, Drancourt, Bataille, Guernier, Demaison, de Bruignac, Gustave Houlon, P. Lelarge, Rohart, Em. Charbonneaux, Chezel, Gougelet.

M. Regnier, le nouveau sous-préfet de Reims, assistait également à la séance.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 23 – Du 22-23, nuit tranquille pour la ville. Journée assez paisible. Réponse à Rome pour l’Évêché de Beauvais.

Visite de M. Telllier pour messe aux Caves Chauvet.

Visite de M. Debeauvais, aumônier militaire.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hortense Juliette Breyer

Vendredi 23 Avril 1915.

Sept mois mon Charles que l’on t’a dit tué. Je ne peux m’y faire et je deviens de plus en plus triste. Il y a des moments où le courage m’abandonne. Hier j’ai encore reçu une lettre d’un de tes camarades à qui j’avais écrit. C’est un dénommé Ternet, de Crugny, et comme les autres il me dit que tu as été blessé et pas ramassé par eux. Il me dit de reprendre espoir. Que veux-tu, après chaque lettre que je reçois, je suis encore plus découragée, mais je veux savoir.

Hier je suis sortie faire quelques courses. Cela bombardait violemment ; on ne rencontrait personne. J’en étais à souhaiter d’être frappée à mon tour car ce n’est pas une vie que je mène. Mais mes pauvres petits, les tiens mon Charles, je n’ai pas le droit de les laisser. Pauvres cadets, ils sont si beaux.

J’arrête car je crois que j’arroserais le cahier. Je sens les larmes qui coulent. Je t’aime mon Lou, plus que tout.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


le 23 le colon des territoriaux arrivent, c’est encore un vrai tremblement

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog : Activités de Francette: 1915 : janvier à juillet : 2e carnet de guerre de Renée MULLER


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Vendredi 12 février 1915

Abbé Rémi Thinot

12 FEVRIER – vendredi –

Toute la nuit, les troupes ont circulé, sont montées… Mon Dieu, ayez pitié de tous ceux qui tomberont aujourd’hui !

5 heures soir ;

Il n’y a pas eu d’attaque ; la neige s’est mise 4 tomber, très dense, vers 8 heures. Contre ordre est arrivé. Regrets amers des commandants, des hommes qui étaient décidés, bien en train, mais vraiment l’artillerie ne pouvait pas donner. Il paraît que sur un front assez restreint, il y avait 1600 bouches à feu, prêtes à donner. Quel carnage c’aurait été, mon Dieu !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Paul Hess

La journée d’hier s’est passée en canonnades de notre part. Aujourd’hui, les détonations de l’artillerie m’ont éveillé brusquement à 7 h, après une bonne nuit, ce qui devient rare.

Le Courrier donne le compte-rendu succinct d’une réunion du Conseil municipal qui a eu lieu avant-hier, sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire et à laquelle assistaient : MM. Em. Charbonneaux, de Bruignac, Bataille, Drancout, Perot, Guernier, Gve Houlon, Jallade, Chezel, Gougelent, P. Lelarge, Mennesson-Dupont, Rohart et Demaison.

Entre autres choses, le Conseil a décidé, sur le rapport de M. Mennesson-Dupont, que les veuves et orphelins des employés et travailleurs municipaux, toucheront la moitié des traitement ou salaire de ces employés et travailleurs tués au feu ou par suite du bombardement ; et sur la proposition de M. Guernier, il est ajouté au rapport que les veuves ou orphelins des ouvrier s, même employés temporairement, jouiront de la même faveur.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 12 – Nuit tranquille, sauf coups de canons de temps en temps.

Le matin, 7 h 1/2, coups de canons de gros calibre. Envoyé réponse à Cantorbéry. Écrit à Mgr Touchet, Évêque d’Orléans (Recueil, p. 31)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

12/2 – vendredi.

Il neige très fort et dès 7 h du matin une très violente canonnade se fait entendre de notre part à Reims et ses abords. A 8 h, un peu de repos. Une centaine de bombes sur les 2e et 4e cantons. Dégâts matériels, pas de victimes. Nuit assez calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Vendredi 12 Février 1915.

Ton parrain est revenu. Je suis allée le voir à son bureau et sa première parole a été de me dire : « Vous ne resterez pas ici. Vous reviendrez à la maison. Vous prendrez André avec vous, et voilà tout ».

Il est bon ton parrain, un vrai cœur d’or. Mais je ne sais ; de savoir que je prendrai André, j’ai peur.

Tout mon cœur à toi.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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vendredi 12 février

Les Allemands bombardent Nieuport, sans grand résultat, tandis que notre artillerie leur répond efficacement. L’ennemi, dans le Nord, fait sortir des avions qui opèrent sans effet aucun au-dessus de nos lignes. Il attaque vainement, en Champagne, nos positions près de Mesnil-les-Hurlus: il envoie une brigade contre l’ouvrage Marie-Thérèse dans l’Argonne, mais cette brigade est décimée par le feu de notre artillerie et de notre infanterie et laisse de très nombreux cadavres sur le terrain.
L’affaire qui s’était engagée au Ban-de-Sapt(Vosges) s’est terminée à notre avantage, nos troupes ayant finalement repris ce qu’elles avaient d’abord perdu. Au nord du col de Sainte-Marie-aux-Mines, nous avons enlevé une tranchée.
Le conclave des jésuites a élu général le père Ledochowski, Polonais germanisant, dont le frère est un général autrichien. Il remplace un Allemand, le père Wernz.
Les États-Unis ont envoyé une note à l’Angleterre pour faire des observations sur l’emploi par la marine marchande britannique, du pavillon neutre. Ils ont envoyé une autre note à l’Allemagne en disant que l’attaque d’un navire américain par un sous-marin allemand pourrait entrainer de graves complications.
M. Asquith, Premier Ministre du Royaume-Uni, déclare aux Communes qu’il étudie l’application de mesures plus sévères contre le commerce allemand, l’ennemi violent systématiquement toutes les lois de la guerre.
Le ministre de Bulgarie à Rome, M.Risof, prétend que le cabinet de Sofia, en contractant un emprunt à Berlin et à Vienne, n’a nullement aliéné sa liberté politique.

 

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Jeudi 31 décembre 1914

Abbé Rémi Thinot

31 DECEMBRE – jeudi –

11 heures 3/4 soir ; Toute la soirée avait été calme. Voici qu’un gros coup de Canon retentit… C’est pour finir 1914.

L’aiguille tourne ; je ne sais pas que j’achève une année ! Année de deuil et de tristesse… La guerre.. ! et quelle guerre… ! Au moins, est-ce l’aube des nécessaires résurrections ?

Mais il me semble bien qu’il faudra d’autres catastrophes que celle-là… pour que la France, pourrie d’anticléricalisme, ressuscite et revive dans l’auréole de la vertu et de la fidélité à Dieu… ou bien, c’est que nos gouvernants actuels feront amende honorable, feront l’acte de foi désiré.

Ils ne le feront pas. Mon Dieu ! ayez pitié de nous selon votre grande miséricorde.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Jeudi 31 décembre 1914

110ème et 108ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Rien de saillant, journée de pluie, froid maussade. Vu M. Renaudat, officier automobiliste comme lieutenant près le général Franchet d’Espèrey, commandant la 1ère Armée ! qui venait presque me faire ses adieux, attendu qu’ils allaient partir tous pour une destination…  inconnue. Il paraissait avoir bon espoir et me disait que cela allait très bien pour nous et pour Reims, et que s’il n’était pas revenu dans 2 jours, je veuille bien m’occuper du courrier de M. Legrand, rue Thiers. Il m’a paru très sûr de lui ! Dieu l’entende et Dieu le protège ainsi que moi ! et que l’Aurore de 1915 éclaire notre Délivrance et soit pour moi joie, bonheur, tranquillité, sécurité et conservation de tous les miens, de mon Jean. Surtout qu’il ne soit pas pris et ne parte pas avant que la Paix soit faite !! Que Dieu m’exauce !! je l’ai bien mérité ! J’ai tant souffert !! mais j’offre ces souffrances à Dieu pour m’exaucer et me conserver sains et saufs tous mes chers aimés. Femme, enfants petits et grands, et mon Vénéré Père. Dieu protégez-nous ! Délivrez-nous ! Donnez-nous une année 1915 plus qu’heureuse !!! Et de plus que la France soit victorieuse, vite et bien ! Pour que mes chers aimés jouissent tout le reste de leur Vie, de la Paix et de toutes les joies qu’elle entraîne ! J’offre pour cela tout ce que j’ai souffert et que j’ai enfin une vieillesse heureuse !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit calme. Bombardement qui a fait des victimes, dans la matinée, rue Jacquart.

Le Courrier de la Champagne de ce jour, donne le compte-rendu d’une séance du conseil municipal qui, dit-il, a eu lieu hier, sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire, à laquelle étaient présents : MM. Gougelet, Chezel, Lecat, Perot, Guernier, Bataille, Jallade, Demaison, Ch. Heidsieck, Gustave Houlon, de Bruigac, Rohart, Emile Charbonneaux, Pierre Lelarge et Mennesson-Dupont*.

Les délibérations prises, portaient sur l’adoption de divers crédits et du compte administratif du maire pour l’exercice 1913, ainsi que sur le vote du budget communal de 1915.

– Des bruits pour le moins singuliers et, naturellement, diversement commentés se sont fait jour en ville, aujourd’hui, au sujet de faits qui se seraient passés dans la nuit du 24 au 25 décembre. Je les ai entendus en confidence et j’ai lieu d’hésiter à les noter, en raison de leur caractère de gravité et de leur nature trop exclusivement militaire ; on a déjà colporté tant de bobards, dans Reims… Et quoique la source puisse fort bien être unique, c’est de différentes parts cependant que j’aurais pu les recueillir, à propos de réveillons fêtés sur le front, entre soldats français et allemands.

On précise qu’en un endroit peu éloigné, après être entrés en communication de tranchées à tranchées, certains d’entre eux en seraient arrivés à danser ensemble autour d’un arbre de Noël.

Comme suite à ces événements – est-ce leur triste confirmation – des coupables auraient été traduits devant le conseil de guerre, et il paraît que huit chasseurs à pied ou fantassins auraient payé ces instants d’égarement devant le peloton d’exécution.

Je ne puis me résoudre à faire mention de pareils « on-dit » que sous toutes réserves

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

* M. L. Rousseau, adjoint au maire, a été appelé sous les drapeaux vers la mi-novembre 1914.


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Cardinal Luçon

Jeudi 31 – Nuit tranquille. Canons français dans la matinée.

Visite du Général Rouquerol et du Commandant de Place.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

31 – jeudi. Mauvais temps, pluie et vent. Toujours les grosses pièces et quelques bombes en ville. Nuit calme

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Jeudi 31 Décembre 1914.

Je ne veux pas finir l’année sans te dire que j’espère que l’autre qui va commencer me rendra celui qui est toute ma vie, et qu’elle ne se passera pas sans que nous soyons réunis.

Bons baisers et un adieu à 1914 qui m’a fait tant souffrir. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Jeudi 31 décembre 1914

Nous avons encore progressé le long de la côte de Flandre, enlevé un point d’appui près de Zonnebeke; marqué une avance en Champagne et aussi dans l’Argonne, près du Four-de-Paris, repoussé une attaque au col du Bonhomme, consolidé nos positions en Alsace.
Les communiqués russes indiquent non seulement que les allemands ont vu arrêter leur offensive sur les lignes de la Bzoura, de la Pilica, de la Nida, mais encore qu’ils sont réduits partout à la défensive. Des milliers de prisonniers leur ont été faits. De leur côté, les Autrichiens ont été contraints à fuir si vite vers les Carpates qu’ils ont laissé 50000 hommes aux mains des armées du tsar. En somme, le grand plan d’attaque élaboré par von Hindenburg a complètement échoué. Le contact a été rompu entre les forces autrichiennes et les forces allemandes. La Hongrie est ouverte une fois de plus à l’invasion.
Battus en Arménie par l’armée du vice-roi du Caucase, les Turcs se vengent en commettant d’odieuses atrocités.
Les États-Unis ont remis une note d’ailleurs conçue en termes très amicaux, au ministère anglais des Affaires étrangères. Ils y insistent sur les difficultés que la police des mers, telle qu’elle est exercée par le gouvernement britannique, crée au commerce des neutres.
Essad pacha a refusé de faire la guerre à la Serbie et d’acheter à ce prix la soumission des rebelles albanais.

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Samedi 17 octobre 1914

Abbé Rémi Thinot

17 OCTOBRE – samedi –

Rien de particulier. Journée calme – on nettoie les rues et on se prépare à faire circuler de nouveau les tramways ; on relève les fils, on approprie les rails… mais les lendemains ?…

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Le Courrier donne ainsi aujourd’hui, le compte-rendu d’une séance du Conseil municipal qui a eu lieu le mardi 13 octobre courant :

Conseil municipal de Reims

Le Conseil Municipal a tenu séance mardi après-midi, sous la présidence de M. Le Dr Langlet, maire.

Tous les conseillers municipaux non mobilisés étaient présents, sauf MM. Chappe, Lesourd, Tixier et Lecat, non excusés.

En ouvrant la séance, M. le Dr. Langlet a rappelé les circonstances dans lesquelles son collaborateur, M. le Dr Jacquin avait trouvé la mort, et fait son éloge.

Le Conseil décide que le discours prononcé par M. le Maire, sur la tombe du Dr Jacquin, sera inséré en tête du procès-verbal de la séance du jour.

M. Rohart, se faisant l’interprète de tous ses collègues, félicite M. le maire de sa courageuse attitude pendant les pénibles moments que nous traversons. Il dit que la cité tout entière est fière d’avoir un homme d’un courage si digne et si magnifique.

M. le Dr Langlet répond en ces termes :

« Tous ceux qui sont ici à mes côtés, dit-il, ont fait simplement leur devoir. La période la plus difficile n’est peut-être as encore passée. Nous resterons debout à notre poste. On a parlé d’évacuation de la ville. Nul ici ne nous fera l’injure de croire que nous y avons songé, ne fût-ce qu’un instant. C’est d’abord une opération impossible, ensuite, nous devons rester à la disposition de la population, celle indigente surtout, que nous devons aider et secourir. Nous ne faillirons pas à notre devoir » (Marques d’assentiments unanimes).

Le Conseil vote ensuite plusieurs crédits :

  1. 500000 F en surplus de celui de 300000 F déjà voté, pour secours aux familles des soldats sous les drapeaux ;

  2. 600000 F pour les dépenses d’approvisionnement de la ville ;

  3. 20000 F pour dépenses diverses occasionnées par la guerre

  4. 30000 F pour réparation des vitres aux établissements communaux.

Le Conseil nomme ensuite une commission pour la répartition d’une somme de 500000 F allouée par l’État pour secours immédiats aux victimes et sinistrés du bombardement.?

Font partie de cette commission : MM. Langlet, Chezel, Jallade, Rohart, Drancourt, Lelarge, Ch. Heidsieck, Bataille et Mennesson-Dupont.

M. Ch. Jallade dépose une motion tendant à l’envoi d’une adresse de respectueuses condoléances à la famille de M. le Comte Albert de Mun, pour la perte douloureuse qu’elle vient d’éprouver en la personne du grand orateur, défenseur passionné de laPatrie.

M. le maire répond qu’il a renvoyé à M. Bertrand de Mun, dès qu’il eut appris la mort de son vénéré père, les regrets attristés de la municipalité et des membres du conseil. (approation unanimes).

La séance a pris fin à 4 heures.

– Le pillage sévit couramment dans Reims ; il y a des plaintes tous les jours. Voici ce que dit le journal :

Le pillage. Des plaintes continuent à être portées contre des individus inconnus, qui dévalisent les maisons momentanément abandonnées, à la suite des derniers bombardements.

La police et la gendarmerie font d’actives recherches pour découvrir les coupables, qui seront punis très rigoureusement.

– Nous voyons, aujourd’hui encore, un long article du « lecteur assidu » du Courrier, à propose de la reconstruction des quartiers incendiés et démolis.

– La journée a été calme ; on a entendu la fusillade, au cours de la nuit.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Canonnade peu fréquente, peu violente.

Cérémonie de réparation en union avec Montmartre et prédication à S. Geneviève, pour la fête de la B. Marguerite Marie. Des hommes peu accoutumés à venir à l’église y assistent, même un (ou plusieurs) du conseil municipal qui après la cérémonie s’approche de moi et me dit ses impressions sur les événements.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

17 et 18 : Se passent dans l’habituel branle-bas, mais sans incident notable.

Paul Dupuy. Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

 

Samedi 17 octobre

Les forces franco-anglo-belges, pour déjouer le mouvement d’enveloppement que von Kluck avait esquissé dans le nord de la France et à la frontière belge, du côté de Dunkerque et de Furnes, ont occupé tout le territoire compris entre Ypres et la mer.
Plus bas, refoulant l’ennemi avec vigueur, nous avons occupé Laventie, à l’est d’Estaires (région de la Lys), dans la direction de Lille.
Enfin, les attaques des Allemands sur les Hauts-de-Meuse ont été une fois de plus brisées. Leur échec a été surtout significatif à Malancourt.
Les Russes ont infligé une première défaite aux troupes allemandes, d’ailleurs très nombreuses qui se sont avancées sur la Vistule, vers Varsovie et Ivangorod. Quant au bombardement de Przemysl, il n’a pas cessé un seul instant, en dépit des nouvelles fausses que les T. S. F. Marconi lancés chaque soir des stations allemandes ont essayé d’accréditer dans le monde.
Les Serbo-Monténégrins annoncent qu’ils ont mis en déroute 150.000 Autrichiens aux approches de Sarajevo.
Le croiseur anglais Hawke, de 7.300 tonnes et de 420 hommes d’équipage – une unité lancée en 1889 – a été coulé par le sous-marin allemand 49, dans la mer du Nord.
M. di San Giuliano, ministre des Affaires étrangères d’Italie, est mort des suites de la crise cardiaque qui l’étreignait depuis plusieurs jours. M.Salandra, président du Conseil, a gardé l’intérim de ce ministère qu’il avait déjà pris depuis plusieurs jours. On parle d’un remaniement dans le cabinet italien.
Le Goeben et le Breslau, les croiseurs allemands qui s’étaient réfugiés à Constantinople au début des hostilités, ont réellement pénétré dans la mer Noire. La flotte russe s’est portée à leur rencontre. Il est possible que de ce côté des événements se produisent à bref délai.
Le nombre des réfugiés belges en Angleterre est de plus en plus considérable. Il ne serait pas inférieur à 200.000.
M. de Jagow, ministre des Affaires étrangères d’Allemagne, a donné une interview au Giornale d’Italia. Il essaie de faire peser sur la Russie les responsabilités de la guerre. Mais la presse italienne réfute ces arguments avec vigueur.
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