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Vendredi 20 avril 1917

L'intérieur de la cathédrale

Louis Guédet

Vendredi 20 avril 1917

951ème et 949ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Pluie hier soir, beau temps ce matin, moins froid qu’hier, matinée couverte mais claire. Le beau temps semble vouloir se stabiliser. Bombardement la nuit, de petits obus, des 77. Mal dormi, on est toujours sur le qui-vive dans la crainte des gaz asphyxiants. Ce matin été au Palais (qu’on me disait à moitié détruit, il n’en n’est rien) porter mes lettres à la Poste. Place du Parvis je rencontre Émile Charbonneaux et nous regardons ensemble le trou énorme fait par un 240 ou un 305 hier soir vers 5h au 2ème bombardement de la Cathédrale qu’ils visent avec acharnement et rage, devant la maison du marchand de tableaux et de cartes postales, près de chez Boncourt le pharmacien, juste devant l’angle de la place et de la rue Tronsson-Ducoudray, saillant sud du mur de l’ancienne prison. Ce trou a 6 mètres de diamètre et autant de profondeur !! Toute la rue est coupée à cet endroit, il faut longer le trottoir du Palais de Justice pour pouvoir passer.

Devant le Palais de Justice, dans le petit parterre de face à gauche en entrant, en face de la chambre du concierge (et non de sa loge cuisine) un autre trou de 7/8 mètres de diamètre et autant de profondeur. Il est tombé en pleine terre végétale, et cela explique sa plus grande profondeur que le 1er place du Parvis. On marche dans toutes sortes de débris, gravats, terre éclaboussée, et…

Je pousse à l’Hôtel de Ville où Raïssac me dit n’avoir pu donner mes valeurs à consigner à Charles. Je les lui laisse pour qu’il profite de la 1ère occasion pour Épernay. Là j’écris un mot à Madeleine et Robert que Raïssac m’a proposé obligeamment de donner à M. Jallade qui va à Paris.

10h matin  2 bombes, allons-nous être obligés de descendre à la cave ? Je lis dans le Petit Parisien d’aujourd’hui que M. Jacques Régnier, notre sous-préfet, vient d’être nommé secrétaire Général des Bouches-du-Rhône à Marseille. C’est la suite de son aventure avec Lenoir, à l’Hospice Noël-Caqué, où il ne pouvait se tenir debout tant il était ivre. Il est remplacé par M. Bailliez, sous-préfet d’Abbeville (Charles-François Louis Bailliez, décédé en 1922 dans l’exercice de ses fonctions).

10h20  Il faut descendre, les obus se rapprochent. Quand donc aurons-nous fini de mener cette vie épouvantable d’angoisses renouvelées à chaque instant, et sans cesse.

10h3/4  Nous remontons au soleil.

3h1/2  Déjeuner mouvementé, on mange 3 bouchées et on se lève pour descendre à la cave, assiette en main. Après 5/6 exercices variés de ce genre : Zut ! on s’assied ! et arrive qui pourra, on mange…  plutôt mal ! l’oreille au guet !! pour entendre où çà tombe et si çà rapproche.

A peine fini de déjeuner à 12h1/2 Dondaine m’arrive pour faire un inventaire chez Vassart, avenue de Paris. Je suis émotionné au point de lui faire presque un reproche de venir ici dans des moments pareils. Il avoue lui-même : « Qu’il n’a plus le pied marin pour cela ! » Nous causons et j’ai hâte qu’il parte avenue de Paris. Je lui signe l’inventaire Vassart d’avance à tout hasard si je ne puis aller avenue de Paris. Je prends l’inventaire Mareschal pour le faire signer à Bompas à la Chambre des notaires, je lui signe en blanc les requêtes d’ordonnances pour les 6 dépôts de valeurs à la Caisse des dépôts et Consignations à Fréville, lui donne une lettre pour le Vice-président, et lui dit que si je ne puis les lui remettre je lui ferai remettre par un agent cycliste les valeurs Giot et Valicourt. Nous nous quittons, lui pour l’avenue de Paris, moi pour l’Hôtel de Ville, rue du Cadran St Pierre, place d’Erlon, du Carrouge, Thiers devant la Chambre des notaires des bombes, pas de grosses.

A l’Hôtel de Ville je trouve heureusement Raïssac qui me remet mes plis. Je fais appeler Bompas qui me signe sur un coin de table l’inventaire Mareschal. Émile Charbonneaux  apprenant que j’ai un lien pour Épernay, me dit que l’abbé Camu cherche quelqu’un pour remettre un rapport et une protestation du Cardinal Luçon au Pape contre les derniers bombardements de la Cathédrale. Je saute chez l’abbé Camu qui me dit que le sous-préfet a bien voulu s’en charger pour faire porter ce pli à Paris ; on gagnera ainsi 3/4 jours. Il n’y a pas de temps à perdre, sans cela la pauvre Cathédrale sera démolie…  de là je prends mon courrier, insignifiant. 2 lettres. Une de ma femme, toujours aussi affolée. Je file enfin avenue de Paris chez Vassart au delà de la Porte en fer Louis XVI (depuis 1960 elle se trouve rue de Bir-Hakeim, en face du Cirque), en face de l’auberge du Soleil d’Or. J’y trouve Dondaine faisant son inventaire. Je trouve là Alfred, ancien cocher de M. de Vroïl, de Courcy, château de Rocquincourt, la veuve Vassart et un autre cocher…  avec M. Lavergne, chef de bureau, secrétaire du conseil Municipal qui lâche et s’en va (Chef du 1er bureau du secrétariat à la Mairie). Que de départs, surtout  de défections au…

Le tiers central de la page a été découpé.

Je rentre à la maison. Rue de Vesle, vers la rue de Soissons (rue de la Magdeleine depuis 1947), je rencontre 4 prisonniers allemands, Croix Rouge. Je ne puis m’empêcher de leur jeter : « Assassins ! assassins !! » Ils baissent la tête. Plus loin chez le marchand de bicyclettes, un peu avant Jean-Bart café rue des Capucins, j’aperçois un petit soldat avec la fourragère du 61ème d’artillerie, je lui demande où il est en ce moment, et s’il est de la batterie de mon pauvre Robert. Il me répond qu’il fait partie des batteries de crapouillots devant Brimont, et par conséquent n’est pas avec mon petit. Alors je lui demande où nous en sommes devant Brimont, et si çà va bien là-haut !!…  Il m’affirme que cela va très bien, et comme il m’ajoute que nous sommes à Brimont, je lui dis : « au château de Brimont, pas à Brimont ! » Lui de répondre : « Nous sommes à Brimont et sur la route à la redoute du cran de Brimont, près de cette route. Nous les encerclons !! J’insiste et en effet, nous avons bien le village de Brimont, il n’y a que le massif boisé qui reste à réduire. Il parait que les allemands ont creusé dans ce pic des souterrains formidables. Ils sont encerclés ou à peu près, et il faudrait qu’ils s’en aillent comme à Douaumont, ou qu’ils meurent de faim là-dedans ». Je le remercie, lui donne le nom de Robert à tout hasard, et suis un peu réconforté en sachant Brimont à merci.

5h20 soir  Le bombardement…

Le tiers central de la page a été découpé.

…cave. Je vais me coucher, n’ayant rien de mieux à faire. On ne peut entreprendre aucun travail suivi, on a toujours l’esprit en éveil, aux aguets. On mène une vie purement animale. Vie de bête sans défense traquée à chaque minute de la journée et de la nuit. Les bombes sont tombées jusqu’à 8h1/2, les coups se succédaient régulièrement par volées de 4, quand un obus éclatait on entendait le suivant siffler. Le tout vers la Gare et l’Hôtel de Ville, rue de Tambour fort abîmée et rue Colbert face Banque de France. Malheureusement là des blessés. Le capitaine des pompiers de Reims Geoffroy et Cogniaux, employé à la Ville, très légèrement blessés. Enfin Colnart (Eugène) qui s’occupait des laissez-passer, fort blessé. C’était un charmant garçon, espérons qu’il s’en tirera.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

20 avril 1917 – Bombardement toute la nuit, dans le centre.

— A 11 h, du bureau, nous entendons le sifflement et l’explosion d’un 150 sur la place de l’hôtel de ville, devant la rue de la Prison ; c’est le premier obus de la matinée, mais il est encore suivi aussitôt de beaucoup d’autres.

Toujours même vie pénible. Descente à la cave ; impossible d’en sortir.

Il nous a fallu, ces jours-ci, nous organiser au point de vue du ravitaillement. Guérin, notre cuistot de la « comptabilité », passe régulièrement chaque matin, à la boucherie ou aux halles, puis à la boulangerie d’Hesse, rue de Tambour, où il peut devenir très diffi­cile, sinon impossible, de courir plus tard. Nous avons dû faire, tous, une nouvelle provision de conserves diverses et l’administra­tion municipale a fait réserver à l’hôtel de ville, pour le personnel,  des boules de pain et des pommes de terre, au cas où il ne pour­rait pas faire d’achats au dehors.

Les fontaines ne coulent plus. Une arroseuse de la voirie mu­nicipale, conduite par Jacquet, cantonnier, dont nous guettons le retour dans la cour de la mairie, nous approvisionne d’un seau d’eau chaque matin, après la tournée régulière chez les boulangers qui n’ayant pas de puits, ont demandé à être servis de cette ma­nière.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 20 – + 6°. Via Crucis in Cathedrali pervastata. Voûtes tom­bées au transept et devant la chaire. Amas de décombres obstruant l’édi­fice ; Fonts Baptismaux écrasés, écrasés. « La France est punie par où elle a péché : elle a renié son baptême, en déclarant ne reconnaître aucun culte ; elle a rompu l’alliance avec le Christ dont la Cathédrale est le monu­ment ; elle est frappée dans sa Cathédrale et ses fontaines baptismales » ai- je dit au Cicerone (M. Huart) en contemplant cette dévastation. Fréquentes bombes sur les batteries, sur la ville. Expédié lettres au Pape, relatant les événements.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

L'intérieur de la cathédrale

L’intérieur de la cathédrale


Vendredi 20 avril

Au sud et au sud-ouest de Saint-Quentin, grande activité des deux artilleries. Rencontres de patrouilles aux lisières de la haute forêt de Coucy.

Entre l’Aisne et le chemin des Dames, nous avons continué à progresser au nord de Vailly et d’Ostel. Une attaque ennemie sur la légion de Courtecon a été arrêtée par nos mitrailleurs. Une autre attaque a été fauchée pas nos feux sur le plateau de Vauclerc. Nous avons occupé les villages d’Aizy, de Jouy, de Laffaux et le fort de Condé, ainsi qu’un point d’appui au nord de la ferme de Hurtebise. Nous avons fait 500 prisonniers et capturé 2 canons de 105. A l’ouest de Berméricourt, nous avons fait 50 prisonniers.

En Champagne, lutte violente dans le massif de Moronvilliers. Nous avons élargi nos positions au nord du Mont-Haut. Au nord-ouest d’Auberive, nous avons enlevé un système de tranchées et capturé 150 Allemands.

Echec d’une tentative ennemie à Bolante, dans l’Argonne.

Progrès anglais près de Loos. Le butin de nos alliés est maintenant de 228 canons.

Le cabinet Romanonès a donné sa démission à Madrid. Il a été remplacé par un cabinet Garcia Prieto.

Le général von Bissing, gouverneur général de Belgique, est mort.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 1er avril 1917

Louis Guédet

Dimanche 1er avril 1917  Rameaux

932ème et 930ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 matin  A 4h20 des bombes, cela se rapproche, je m’habille, à peine étais-je vêtu qu’une bombe tombe dans notre rue, vers le 97-99 (exactement au n°99, clinique Lambert, à 50 mètres de la maison). Il faut descendre à la cave, cela se rapproche, une autre, je n’ai le temps de rien prendre ni sauver, cela dure jusqu’à 5h…  mais cela s’éloigne. Nos canons tapent dur vers le Faubourg de Laon et aussi vers Pommery, mais moins. A 5h1/4 nous nous décidons à remonter, nous sommes grelottants. Lise comme toujours est descendue très tard, la dernière, je renonce à la gronder. Quant à Adèle, à moitié habillée, elle a voulu sauver quelque chose, c’était son réveille-matin, son peigne et sa brosse à cheveux !! Jacques est toujours aussi calme. Un voisin vient nous demander asile, notre voisine habituelle, Mademoiselle Marie…  n’est pas venue. Cela m’étonne.

Je suis glacé, j’allume un peu de feu. Tout abattus, nous ne sommes plus forts, et puis à vrai dire on est rompu d’émotion, fatigué de privation de sommeil. Notre martyr ne finira donc jamais. Triste début de la Fête des Rameaux. Triste Rameaux. Il est vrai que c’est la fête des Morts, des tombes, des cimetières ! Vais-je me recoucher ? Oui, je tombe de sommeil, et puis je suis brisé, tâchons de prendre un peu de repos ! Encore bien heureux de retrouver mon lit, ma chambre intacte ! Quelle vie misérable que la mienne ! Et voilà le 31ème mois de cette vie qui commence. Et le 32ème mois de cette Guerre !!

8h1/2 soir  Dieu ! Quelle journée ! Bombardement sans discontinuer, de 4h20 à ce soir, partout. Donc j’ai vaqué à mes affaires et à mes courses sous les bombes. Je suis fourbu et demain il me faut recommencer, mais c’est pour voir mon pauvre Robert qui est à Nanteuil-la-Fosse, ou y était le 28 mars…  (Nanteuil-le-Forêt depuis le 8 février 1974) mais procédons par ordre.

M’étant recouché ce matin, j’ai sommeillé, mais mal. Levé avec difficultés à 8h habituel. Messe des Rameaux à 8h1/2. Tristes Rameaux. Distribution des Rameaux dans la chapelle de la rue du Couchant. Procession avec le Cardinal Luçon et comme assesseurs l’abbé Camu et le chanoine Brincourt. Les enfants ont leurs masques en sautoir, du reste nous sommes obligés de les porter, tous. Ce matin il y a encore eu 2 victimes rue Montlaurent. La messe paroissiale est dite par l’abbé Camu, curé intérimaire. Évangile de la Passion chanté à 3 voix, 2 vicaires et l’abbé Camu comme officiant. Rentré à 10h1/4 glacé. L’arrosage continue lentement, systématiquement pour toute la journée. Temps glacial avec grands nevus, giboulées, etc…  vent, bise…  Parti à midi, n’ayant pas mon courrier, pour le Cercle sous les bombes qui sifflent à plaisir. Nous sommes à la noce, cela nous rappelle les journées de 1914-1915. Au Cercle Charles Heidsieck, Camuset, (rayé). Dans les automobilistes militaires (rayé) toute cette (rayé) jusque la gré… (rayé) Charbonneaux, Albert Benoist, Pierre Lelarge (rayé) qui a fermé 5/6 (rayé) et les coudes sur la table…  digne réplique (rayé)?!

Et le Docteur Simon, arrivé en retard à cause des victimes de ce matin à opérer. Les 2 rue Montlaurent, le père fracture du crâne et gaz, le fils une égratignure au talon, mais asphyxié. Deux femmes faubourg de Laon, une l’éclat d’obus n’a fait qu’érafler le ventre, la jeune fille un boyau crevé. Causés tous très longuement et d’une façon très intéressante avec Charbonneaux. Je suis loin des engueulades de Nauroy pour une poule faisane tirée malencontreusement par Lucien Masson (père de Geneviève, qui épousera le 7 mai 1925 Jean Guédet (1874-1948)). Je m’entendrai avec lui, à moins que ce ne soit lui qui veuille s’entendre avec moi ????? (Rayé) et femme (rayé) et fromage de (rayé). Çà siffle toujours. Charles Heidsieck me cause de diverses affaires, puis nous filons sous l’acier chacun chez nous, chacun de son côté. En rentrant je trouve une lettre de Robert qui me dit être à Nanteuil-la-Fosse et m’attendre. (Rayé). Je combine, je cours chercher une voiture pour demain car après ce serait remis à vendredi à cause de mes audiences en rendez-vous. Enfin par le commissariat central j’arrive presque à réquisitionner une voiture qui me prendra à 5h1/2 pour arriver tôt à Nanteuil, si j’y trouve mon petit ! Mon but est tout indiqué, je viens comme Président de la commission d’appel des allocations militaires faire une enquête. Quand je serai sur place ce serait bien le Diable que je ne trouve pas le moyen d’embrasser mon brave et fier garçon, et déjeuner avec lui et passer une partie de la journée…

Je prie Dondaine de venir à 6h du soir recevoir la signature de mon lieutenant de vaisseau de Voguë, et je lui laisse une lettre d’excuses. Bref il est bon quelque fois d’être Président d’une commission d’appel. Tout s’aplanit et la Police marche. Dieu me pardonne. J’apporte à tout hasard chocolat, biscuit, saucisson et Villers-Marmery pour ce pauvre Roby. J’arrête, il faut se coucher. Tâcher de dormir, si les allemands ne continuent pas leur sarabande et me lever tôt demain matin. Je suis fourbu. Comme me le disait Raïssac et Houlon tout à l’heure nous ne sommes plus fort et nous n’offrons plus la même résistance après des bourrasques comme celles d’aujourd’hui, qui nous rappellent les jours sombres de novembre et décembre 1914…  février et mars 1915…  Quand donc serons-nous délivrés… ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 1er avril 1917 – A 4 h, nous sommes brusquement réveillés par un arrosage sérieux, avec obus asphyxiants. Au bout d’une demi-heure, des 75 du voisinage se mettent à riposter ferme, et, le bruit des coups de canon se mêlant à celui des explosions d’obus, il devient impossi­ble, pendant une heure environ, de percevoir les sifflements ; à 5 h 1/2, les arrivées qui, jusque-là se suivaient de très près, com­mencent à s’espacer puis, insensiblement, le calme revient.

Vers 10 h 45, tandis que je regagne la place Amélie-Doublié — après être allé à la mairie où je tenais, par précaution, à descen­dre au sous-sol, à côté des registres qui s’y trouvent installés depuis le 8 septembre 1915, ce qui me reste d’autres documents concer­nant le mont-de-piété — la séance de bombardement recommence et au moment où j’arrive sur le pont de l’avenue de Laon, un obus éclate à ma droite, sur le troisième hangar de la Petite Vitesse.

Jugeant qu’il me faut éviter de m’engager dans la rue Lesage, comme d’habitude, je continue droit devant moi, pour rentrer par la rue Docteur-Thomas ; avant que je n’y sois parvenu, une rafale de trois autres obus éclate, coup sur coup, sur le ballast, coupant trois voies du chemin de fer, à hauteur du n° 15 de la rue Lesage.

Pendant midi, les sifflements s’entendent encore et après une courte accalmie, les rafales de projectiles recommencent à tomber de tous côtés, sans arrêt, jusqu’à 19 heures.

Deux hommes, le père et le fils, ont été asphyxiés rue Monlaurent, par les gaz ; leurs dangereux effets ont atteint, en outre, d’autres personnes. Il y a d’assez nombreux blessés et les dégâts, dans certains quartiers, ont encore lieu de surprendre par leur grande importance.

Reims a reçu, ce jour, de 2 800 à 3 000 obus et, sauf le matin, nos pièces n’ont pas tiré. On ne peut, sans colère et mépris, songer aux déclarations si manifestement contraires à la vérité, faites maintes fois par les journaux de l’ennemi, pour justifier, soi-disant, sa manière féroce de faire la guerre ; au cours de cette pénible et triste journée, sa mauvaise foi a été trop évidente.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Avenue de Laon

Avenue de Laon


Cardinal Luçon

Dimanche 1″ – + 4°. De 4 h. 1/2 à 5 h. 1/2, formidable bombardement, rue du Barbâtre, du Jard, de Venise, de l’Equerre (où elles ont tué les deux chevaux des femmes qui conduisaient une voiture publique. Un homme a été atteint par des gaz asphyxiants dans son lit, on dit qu’il ne s’en relè­vera pas. Bombes sifflantes encore au moment de la grand’messe. D’autres ont sifflé encore à 10 h. 1/2, au retour, (sur batteries ?). Bombardement toute la journée : ai couché à la cave. 29 obus au Petit Séminaire devenu inhabitable. Curé de Saint-André n’a plus ni fenêtres, ni portes, ni toiture. Chapelle rue d’Ormesson dévastée : un obus y tombe entre la messe qui était à 10 h. et les vêpres qui se chantèrent à 3 h. Mur de Saint Vincent-de- Paul renversé. 2048 obus. Chapelle détruite, monceau de décombres disent les journaux ; lncipit Passio Urbis Remorum.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 1er avril

Au nord et au sud de l’Oise, faible activité.

Au sud de l’Ailette, nous avons attaqué avec succès les positions ennemies en plusieurs points du front Neuville-sur-Margival-Vrégny. Nos troupes ont réalisé de sérieux progrès à l’est de cette ligne et enlevé brillamment plusieurs points d’appui importants malgré l’énergique défense des Allemands.

Plusieurs contre-attaques ennemies ont été refoulées.

En Champagne, les Allemands ont multiplié les tentatives sur les positions reconquises par nous à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Ils ont dirigé successivement cinq contre-attaques violentes qui ont été brisées par nos feux de mitrailleuses et nos tirs de barrage. L’ennemi a subi des pertes très sérieuses. Le chiffre des prisonniers atteint 80 dont 2 officiers.

Échec d’un coup de main ennemi à Ammerstwiller, en Alsace. Nous dispersons des patrouilles près du Pfetterhausen.

Les Anglais ont pris les villages de Ruyaulcourt, de Sorel-le-Grand et de Fins et progressé vers Heudicourt où un certain nombre de prisonniers sont restés entre leurs mains. Ils ont rejeté une attaque au sud de Neuville-Bourgonval.

Le gouvernement provisoire russe a lancé une proclamation pour appeler à la vie une Pologne indépendante et unifiée.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Vendredi 30 mars 1917

Louis Guedet

Vendredi 30 mars 1917

930ème et 928ème jours de bataille et de bombardement

8h3/4 soir  Temps froid, glacial, humide, giboulées, sale temps, nuit insupportable de bataille. Des obus toute la journée. A 9h1/2 audience civile, 2 affaires !! cela devient comme la simple police, dans le marasme ! Occupé toute la journée à un tas de choses, fait courses sur courses. Vu Mgr Neveux et l’abbé Lecomte à l’archevêché, remis 2 000 F pour pension de 2 Grands séminaristes de la part de Mme Mareschal. Causé (rayé) de nos Procureurs de la République, l’ancien et le nouveau, et Monseigneur Neveux me disait que l’ancien Procureur de la République M. Louis Bossu avait « mis beaucoup d’eau dans son vin ». Il me disait que celui-ci avait écrit à la Supérieure du Bon Pasteur pour la remercier de ses félicitations à l’occasion de sa nomination comme Procureur Général de Bastia, et lui ajoutait : « de ne pas l’oublier dans ses prières ! » Est-ce que mon cher Procureur aurait trouvé son chemin de Damas ? Fini ma journée avec 2 clôtures d’inventaires, avec Poquet et Dondaine règlements de comptes, etc…  J’en avais par-dessus la tête. Reçu lettre de Madeleine. Marie-Louise et Maurice ont mal à la gorge. Elle craint que la domestique ne veuille pas rester. Verra-t-elle aussi la fin de ses misères la malheureuse !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 30 – + 5°. Pluie. Nuit tranquille sauf bombardement de minuit

à………. et quelques coups de canon. Via Crucis in Cathedrali, pluviis inundata et lapidibus a fornica lapsis constrata – inondée de pluie et en­combrée des pierres des voûtes écroulées. A 9 h. quelques bombes sifflent. Visite à l’Espérance, à l’Enfant-Jésus, où j’ai porté les Prix de Vertu que j’ai reçus pour les 2 maisons, de l’Institut. Visite à Saint-Remi.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Vendredi 30 mars

De la Somme à l’Oise, la journée a été relativement calme, artillerie active dans le secteur de Margival.

Violente canonnade vers Maisons-de-Champagne, à la cote 304, et en Lorraine dans la région d’Émberménil.

Un avion allemand a été abattu en combat par un de nos pilotes.

Sur le front belge, grande activité d’artillerie, dans la région de Steenstraete.

Les troupes britanniques ont enlevé, après un vif engagement, et en infligeant de fortes pertes à l’ennemi, le village de Neuville-Bourgonval. Nos alliés ont capturé un certain nombre d’Allemands. Ils ont pénétré par coup de main dans les lignes ennemies à l’est d’Arras, vers Neuville-Saint-Vaast et Neuve-Chapelle. Plusieurs abris ont été détruits.

Les troupes anglo-égyptiennes qui montaient de la frontière d’Egypte en Palestine, ont vaincu 20.000 Turcs près de Gaza. Elles ont fait 900 prisonniers.

Les Italiens ont repoussé une attaque autrichienne dans la vallée de l’Adige.

Le Comité des ouvriers et soldats russes a déclaré qu’il repousserait l’agression allemande et il a exhorté les Allemands à détrôner le kaiser.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 6 mars 1917

Louis Guédet

Mardi 6 mars 1917

906ème et 904ème jours de bataille et de bombardement

5h3/4 soir  Beau temps, du soleil, la neige finit de fondre. Ce matin inventaire 22, rue des Murs. La femme qui a les clefs nous fait attendre pendant 1h, elle en prend pour son rhume. Je fais la prisée dictée à Dondaine que je laisse au dépouillement des papiers, car c’est pour l’Étude Jolivet. Dans les susdits papiers je trouve une lettre du greffier de Paix d’Épernay qui, au lieu de me prier d’apposer les scellés ici, écrit à cette femme de chercher s’il y a des valeurs ou autres papiers intéressants ! C’est assez piquant ! Si les héritiers savaient cela je crois que le susdit greffier passerait un vilain quart d’heure. Je rentre chez moi puis cours chez Landréat pour me faire un procès-verbal de prestation de serment d’Harel, notaire à Reims comme suppléant. Je déjeune en coup de vent, répond à quelques lettres et je file à mon audience de simple police à 1h1/2. Prestation de serment de Harel, puis l’audience habituelle. Je fais citer pour notre prochaine audience du 3 avril 1917 un capitaine de gendarmerie Bocquet, 151ème Division à Pargny, qui comme un imbécile qu’il est a fait dresser procès-verbal à un garçon boucher qui frappait les jambes (le sabot disent les témoins) d’un taureau qu’on menait à l’abattoir par un maréchal des logis de gendarmerie, par application de la loi de Grammont. Tous les témoignages disent qu’il n’a pas brutalisé l’animal. Nous allons voir ce que dira ce galonné digne acolyte de cette brute de Girardot.

Fin d’audience, je dresse et fais signer une réquisition de notification à mariage pour un aspirant qui est dans les tranchées en ce moment, vers le Linguet.

Couru faire quelques courses et rentré fourbu faire ma valise. Pourvu que je n’ai pas de retard demain. Je verrai tout mon Tribunal à Épernay, aussi je coucherai forcément. Je tâcherai de partir à 5h du matin jeudi pour St Martin. Je suis heureux de voir mon ancien Procureur Bossu et aussi les miens. Je suis fourbu et très énervé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

6 mars 1917 – Beau temps. Nombreuses visites d’aéros boches toute la jour­née et tir en l’air, de l’artillerie, presque continuel.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Mardi 6 – Vers 5 h. très violent combat. Nuit tranquille. 0°. Neige cou­vre encore la terre. Aéroplane, tir contre lui. A 11 h. 1/2, un de nos obus éclate si près d’un avion allemand que j’ai cru qu’il l’avait atteint ; et en effet à partir de ce moment, il a décrit une courbe descendante pour retour­ner vers les lignes allemandes, comme pour atterrir. Visite à l’hospice Rœderer. De 7 h. à 9 h., canonnade lourde, lointaine au Sud-Est. Toute la nuit, violente canonnade à l’Est et au Sud-Est de Reims.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

roederer


Mardi 6 mars

Nos reconnaissances ont réussi plusieurs coups de main, notamment au nord-ouest de Tracy-le-Val et au bois d’Avocourt. Vers Troyon, dans la région de Reims et à la cote 304, nous avons arrêté des tentatives de coups de main ennemies.

Sur la rive droite de la Meuse, le bombardement dirigé par l’ennemi sur la région du bois des Caurières a redoublé d’intensité et a été suivi d’une violente attaque sur un front de 3 kilomètres, entre la ferme des Chambrettes et Bezonvaux. Entre le bois des Caurières et Bezonvaux, les efforts répétés des Allemands ont échoué sous nos tirs de barrage et de mitrailleuses. L’ennemi avait pu prendre pied dans nos éléments avancés au nord du bois des Caurières, mais il a été rejeté ensuite d’une partie de ces éléments.

A l’ouest de Pont-à-Mousson, une tentative allemande sur une de nos tranchées au nord de Flirey a complètement échoué sous nos feux. Nos tirs de destruction ont bouleversé les travaux de l’adversaire dans le secteur de la forêt de Bezanges.

Nous avons abattu deux avions allemands, l’un près d’Autrecourt (Meuse), l’autre vers Mampeel (Oise); Un troisième a été descendu en Alsace.

Succès italien dans le Haut-Tyrol.

Echec turc en Perse.

La session du Sénat américain s’est close sans que la loi de neutralité armée ait été votée. C’est le résultat de l’obstruction de quelques sénateurs. 83 membres de l’assemblée sur 96 ont exprimé à M. Wilson leur volonté de s’associer au projet.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 2 mars 1917

Louis Guédet

Vendredi 2 mars 1917

902ème et 900ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Je suis éreinté. Temps de giboulées de mars, neige fondue, etc… Bombardement la nuit. Conseil de famille au Palais ce matin. Déjeuné au Cercle rue Noël, invité par Charles Heidsieck. Il y avait Charles Demaison, Lelarge, docteur Simon, Robinet, Farré, de Bruignac et moi. Causé d’un tas de choses, affaire Goulden, de Mumm, Langlet, etc…  potinages de Cercles, ce n’est pas cela qui me convertira à cette vie de Cercles !! En rentrant lettre désolée de ma pauvre femme pour Robert qui va bientôt partir au front. J’écris à Labitte pour lui demander conseil. Lettre de Madame Gambart m’annonçant que René Mareschal (fils de Maurice Mareschal, industriel (1898-1967)) va partir au front, il y a 2 mois 1/2 qu’il s’est engagé, cela ne me parait guère possible ! Nous verrons. Travaillé en rentrant à mes dossiers d’appels d’allocations militaires. Causé avec Jacques sur nos départs et absences, et d’Adèle qui est une grosse patraque quia le cafard. Je suis de cet avis, bref je vais demain déclencher mon voyage, après avoir vu Dondaine au sujet du Président et de mes Procureurs Bossu et Osmont de Courtisigny (Charles-Alfred (1861-1930)). Impossible d’avoir de l’essence minérale, j’ai pu arracher à Raïssac 5 litres pour ma pauvre femme. Avec tous mes travaux, ennuis, soucis, embêtements…  je suis absolument assommé de fatigue et d’abrutissement. Quelle vie de misère et puis les forces s’en vont.

10h  Je reprends mes notes pour donner le menu de Guerre du Cercle, rue Noël, en l’an du Seigneur sous les Boches 1917, 2ème du mois de Mars, le Dieu de la Guerre : Bouchées à la Reine, ______, Filet purée de marrons haricots verts, salade chicorée, fromage, mandarines, biscuits de Reims Tarpin (de l’ancienne biscuiterie de Reims Ch. Tarpin), café, liqueurs (Chartreuse, Bénédictine, Cognac), Champagne Charles Heidsieck, etc…

Bref, sans le manque de pétrole, essence minérale de houille, etc…  la vie Rémoise sous les bombes est encore…  supportable, mais malgré tout, ce confortable me froisse quand je songe à ceux qui souffrent, et à ma chère femme qui aurait été si heureuse d’avoir pareil menu, et à mes petits et mes pauvres 2 grands aussi qui vont aller au front !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 mars 1917 – Hier, à 20 h, certaines de nos pièces du 4e canton ont commencé à tirer, ainsi que chaque soir. La riposte est venue, comme depuis plusieurs jours, où les pièces allemandes avaient l’air de chercher les batteries en action.

Le quartier du haut de l’avenue de Laon a dû être fortement éprouvé ces jours-ci.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Vendredi 2 – Nuit tranquille sauf quelques coups de canon et mitrailleu­ses. 0°. Temps couvert. Prières à la Cathédrale. N’ai pu faire le Via Crucis parce que accès impossible. Sol jonché de débris des voûtes, enduits et pierres. Visite de M. Schmidt vicaire de Mézières, croix de guerre et fourragère. Visite d’un lieutenant envoyé par Colonel Nieger. Reçu photo­graphies et images. A 4 h. flocons de neige. Visite de M. Heidsieck et de M. Demaison de la visite de Courcelles {supra).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 2 mars

En Champagne, un coup de main effectué par nous sur une tranchée allemande, dans la région de Tahure, nous a permis de ramener des prisonniers. Action d’artillerie assez violente sur le front les Chambrettes-Bezonvaux.
Sur le front belge, violente lutte d’artillerie dans la région de Ramscapelle, Dixmude, Steenstraete, Hetsas. Le chiffre des prisonniers faits par les Anglais s’élève à 2133 pour février, dont 36 officiers.
Les Allemands ont continué à se retirer sur l’Ancre. Nos alliés ont encore progressé au nord de Miraumont de 540 mètres sur un front de 2400 mètres.
Un raid exécuté à la suite d’une émission de gaz, au sud de Souchez, leur a permis de faire un certain nombre de prisonniers. Un de leurs détachements a également pénétré dans les tranchées allemandes, au nord-est de Givenchy et la Bassée et ramené 9 prisonniers. Des détachements ennemis étaient parvenus, à la faveur d’un violent bombardement, à atteindre les positions britanniques vers Ablaincourt et Haucourt. I1s en ont été rejetés par des contre-attaques.
Les Russes ont repris une partie des positions qu’ils avaient perdues sur la chaussée Jacobeni-Kampolung.
L’Associated Press américaine publie un document prouvant que l’Allemagne voulait pousser le Mexique contre les Etats-Unis.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Tahure

Tahure

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Dimanche 25 février 1917

Louis Guédet

Dimanche 25 février 1917

897ème et 895ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Beau temps, gare la gelée de nouveau pour un mois, en tout cas pas de neige. Bataille et canonnade toute la nuit ! mal dormi. Messe paroissiale de 8h1/2 quoique levé à 6h1/2. Répondu à mes lettres et vu Charles Heidsieck qui est venu s’excuser d’avoir oublié de m’offrir l’autre jour du café dont la cafetière était près de lui, je suis parti laissant ma tasse vierge de tout café. Il en a d’autant plus ri que ni l’un ni l’autre ne nous sommes aperçu de cet oubli. Notre entretien était certainement intéressant pour en oublier et cafetière et café etc…  etc…

Reçu nombre de lettres, ma chère femme est inquiète de Jean qui est fatigué et saigne du nez. Je lui confirme ce que demande Mme Becker, le nom de son capitaine et lui conseille d’écrire ses recommandations pour Jean à Madame Becker elle-même. Robert pense partir bientôt au front. Ma chère aimée me parait très désemparée…  et moi…  aussi. Sorti à 2h, porté mon courrier à la Poste, une 15aine (quinzaine) de lettres. Vu Porte de Paris aux trains pour Châlons, pas commodes du tout : il me faut coucher à Épernay si je veux voir mes Juges et Procureur. Poussé jusqu’à la Gare de la Haubette et redescendu, bavardé de droite et de gauche avec de braves gens qui aiment bien leur juge de Paix.

Recogné dans M. Heidsieck qui trotte comme un cerf maintenant et voulait m’entrainer à St Charles voir le Chef de gare. J’ai refusé énergiquement, ayant encore à finir mes lettres et à travailler. Il m’invite à déjeuner au Cercle mardi avec d’autres amis. J’ai accepté. Passé par les Tilleuls (rue Bazin depuis 1925) après l’avoir quitté au Pont de Vesle et rentré chez moi. En chemin rencontré Braudel (à vérifier), fondé de pouvoir de Charles Heidsieck. Causé un instant, il a perdu 2 fils tués : « Surtout ne conseillez pas à vos fils d’entrer dans l’artillerie de tranchées, où on est sacrifié !! » me dit-il, et surtout on expose les aspirants !… J’en ferai mon profit. Entretemps, canonnade sur des avions allemands, et en route on m’apprit qu’un de ceux-ci est tombé vers St Brice. C’est M. Floquet, mon voisin d’ici (au n°61) qui me dit cela au moment de rentrer, et il était accompagné de son dernier fils qui est actuellement devant Vailly (Vailly-sur-Aisne), pays natal de ma belle-mère. Il est au sud du canal et l’Aisne seule sépare français et allemands du village de Vailly. Comme je lui demandais si l’usine de caoutchouterie (usine de pneus de bicyclette Wolber depuis 1904) était encore là, il me répondit affirmativement, me disant qu’il était justement en face, et il me disait que les bâtiments de cette usine et ceux adjacents ne paraissaient pas avoir beaucoup souffert. C’est la demeure des grands-parents maternels de ma chère Madeleine, les Dopsent. (Rayé) environ (rayé), quelle brute que cet (rayé) là !! Rentré enfin travailler, fini mes lettres et étudié pour mon brave Dondaine une dévolution de succession entre neveux et petits-neveux germain et consanguins. Ces questions de dévolutions en matières collatérales sont toujours difficiles à bien saisir. Enfin j’ai mis l’affaire au point.

8h3/4  Il est temps de se coucher. Calme absolu, il fera encore froid cette nuit. Je suis fatigué, mais dormirai-je, ou bien mes insomnies persisteront-elles ??…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 25 – Violente canonnade jusqu’à minuit. Reste de la nuit tranquille. 0° ; beau soleil. Un officier qui commandait à la Pompelle, hier jusqu’à minuit, me dit qu’un Polonais(1) avait réussi à passer dans nos lignes. Il indique aux chefs qu’une relève de division devait avoir lieu et fait connaitre l’heure exacte et le lieu précis avec tous les détails : c’est pour contrarier la relève de cette division qu’a eu lieu la canonnade de samedi à dimanche.

Mgr Neveux va à ma place à la messe des soldats aux Caves Pommery.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Les malheureux Polonais, privés de patrie, servaient malgré eux dans l’Armée russe, l’Armée allemande et l’Armée austro-hongroise. Ils désertaient lorsqu’ils en avait l’occasion et les différents adversaires tentèrent de créer des unités avec les réfugiés politiques. Les travailleurs émigrés, les prisonniers de guerre et les déserteurs. Toutes ce fractions disparates qui, comme les Tchèques, changèrent parfois de camp sans préavis, finirent cependant, après 1918 par former les bases d’une Armée polonaise qui connût pas mal de soubresauts.

Ets Pommery-P-Freville


Dimanche 25 février

Dans les Vosges, un de nos détachements a pénétré dans les lignes ennemies, au nord de Senones. Après un bombardement violent, les Allemands ont tenté sans succès un coup de main sur nos tranchées de Wissembach. Ils ont fait deux autres tentatives infructueuses sur nos tranchées du Nolu (Alsace).

Activité d’artillerie soutenue sur tout le front belge. Violente lutte de bombes dans la région Steenstraete-Hetsas.

Un de nos dirigeables a bombardé les usines en activité dans la région de Briey et est rentré sans incident à son port d’attache. Quatre cents kilos de projectiles ont été lancés par nos avions sur les bivouacs allemands dans la forêt de Spincourt.

Engagement sur tout le front roumain.

Les Anglais ont réalisé une forte avance dans la région de l’Ancre et se sont rendus maîtres du Petit-Miraumont. Ils ont progressé également, et sur un front de 2400 mètres, dans la région de Serre.

Ils ont accentué leur cheminement dans les alentours de Kut-el-Amara, en Mésopotamie.

Deux navires brésiliens sont arrivés, malgré le blocus des sous-marins, au Havre.

Le gouvernement anglais publie une liste de marchandises dont l’importation sera provisoirement interdite. Il veut réserver sa marine de commerce aux besoins immédiats de la guerre.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 21 février 1917

Louis Guédet

Mercredi 21 février 1917

893ème et 891ème jours de bataille et de bombardement

8h10 soir  Ce matin brouillard intense, le silence. Je m’éveille à 6h, il faut se hâter la voiture vient à 7h. On charge la couronne de la Chambre des notaires pour ce pauvre Lefebvre et je prends Mt Dondaine notaire à Beine en passant, et nous courons sur Aÿ par Montchenot, Champillon, Dizy. 3h de voiture avec ces routes défoncées par les camions et voitures militaires. Cela me ramène à l’époque napoléonienne avec notre coupé à 2 chevaux. Arrivés chez Lefebvre je vois la famille, son maitre clerc, et on me renseigne sur le suppléant désigné par le Président, en vertu du Décret du 17 août 1912, qui permet de nommer suppléants le clerc même pour un notaire décédé. Je tiens un coin du drap (honneur de marcher à côté du cercueil), et je dois débiter mon laïus au cimetière. On porte ma couronne sur la tombe, car on ne veut pas de fleurs sur le char funèbre. Comme notaires nous étions peu !! Dondaine, Lepetit notaire à Avenay, Dufour à Châtillon et moi.

C’était plutôt maigre pour un Président. Les confrères de Paris et ceux des cantons limitrophes ou leurs suppléants auraient pu faire un…  léger effort. Ce sont des mufles. Je ne parle pas de Thiénot, lui qui vient tous les  jours à Épernay, il n’est pas venu celui-là, j’en arrive à l’ignorer !!

Obsèques très solennelles, beaucoup de monde. Je vois là de Ayala qui donne son caveau de famille à mon confrère en attendant qu’on puisse le transporter à St Léger des Aubées (Eure et Loir) son pays natal, Bollinger, et ce brave Blondeau, beau-frère d’Émile Charbonneaux, qui n’était pas encore remis de ses émotions de la mort de notre pauvre ami qui causait avec lui dans l’étude de la succession de son Père quand il est tombé dans ses bras. Embolie ou angine de Poitrine. Lefebvre avait eu déjà une légère syncope 15 jours avant.

Après l’enterrement, au sortir du cimetière je cause avec mon brave et charmant Président Hù (toujours le même) et Vice-Président Bouvier qui m’a dit que Lépinois lui avait communiqué la lettre du Procureur de la République M. Bossu au Procureur Général à mon sujet (il n’a pas prononcé le mot de ruban) ou il faisait mon éloge et disait qu’il tenait à dire ce que j’étais et ce que j’avais fait depuis 30 mois avant de partir à Bastia et de se résigner à ses fonctions. Bouvier, qui est droit, à mon sens, me dit comme préambule : « Mon cher M. Guédet, je tiens à vous dire, et ceci à l’éloge de Bossu que Lépinois m’a communiqué, à l’insu de celui-ci, sa lettre à votre sujet, etc… » Pour qui connait la rancœur de M. Bouvier envers M. Bossu, cela prouve une réelle droiture de sentiments, qui malgré tout rend justice à quelqu’un qu’il considère comme son ennemi mortel… Quant au Président, l’un le traite de timoré comme toujours, et que je n’avais rien à foutre de tous les galonnés de France et de Navarre, toujours aussi bon, et il m’a ordonné d’attendre qu’il m’écrivit pour me présenter au nouveau procureur qui n’arrivera que vers le 2 ou 3 mars. J’en profiterai pour aller à St Martin.

Je m’étais mis en habit chez le clerc d’Harel, qui est là avec les minutes du confrère dans une maison en communauté avec le juge de Paix de Bourgogne.

Après la cérémonie, déjeuner chez Lefebvre avec la famille, les 2 charmantes et vraiment gracieuses filles de Lefebvre, son fils ainé en Tunisie, lieutenant d’artillerie n’a pas pu venir, son 2ème fils était là, ayant déjà eu dans les tranchées une congestion pulmonaire, fort délicat. Le Général Gallet son beau-frère, Mt Lefebvre notaire à Chartres son frère, avec son gendre et successeur et Mt Bigard commissaire-priseur à Paris son beau-frère. Déjeuner d’enterrement, tout intime malgré tout. Vu après Mme Lefebvre, très courageuse et très résignée, nous causons, je fais mes condoléances au nom de la Compagnie, et je lui dis que je suis à son entière disposition pour quoi que ce soit. Elle a paru très touchée de mes paroles et m’a réclamé les quelques mots que j’avais dit sur la tombe de son mari.

A 4h nous partons et rentrons à Reims à 7h du soir. Je suis éreinté et fort émotionné de cette journée qui me montre de plus en plus les vides qui se font autour de moi des amis sur lesquels je pouvais espérer compter après la Guerre. Je resterais donc toujours seul ?!!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

21 février 1917 – L’inscription qui avait été ordonnée, pour la préparation des cartes de sucre, indique une population actuelle de 17 100 habitants à Reims.

De nouvelles mesures sont prises au sujet du ravitaillement.

Il y a seulement quinze jours, on pouvait obtenir facilement 500 k de charbon au dépôt, sur le canal, en payant comptant. Depuis que l' »office départemental » est chargé de la répartition des stocks, les demandes autorisées ont d’abord été limitées à 100 kilos ; actuellement, elles ne peuvent excéder 50 kilos, qui sont accordés sur production de pièces d’identité.

L’essence fait défaut, pour la population civile, depuis un mois environ et le pétrole est délivré avec un commencement de restriction, à la mairie.

A partir du 25 février, les boulangers ne pourront plus vendre que du pain rassis.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Mercredi 21 – Nuit tranquille ; brouillard ; + 4° ; malade.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 21 février

Actions d’artillerie assez vives entre l’Oise et l’Aisne et dans le secteur d’Avocourt.

Sous la protection d’un violent bombardement qui détruisit entièrement une tranchée, de forts détachements ennemis, soutenus par des lance-flammes, se sont précipités à l’assaut d’un petit poste anglais au sud du Transloy.

Nos alliés ont pénétré dans les lignes allemandes à l’est d’Armentières et à l’est d’Ypres, occasionnant de graves dégâts.

Échec allemand sur le front russe près de Porgaitze.

Échec autrichien sur le plateau d’Asiago. Les Italiens bombardent la gare de Tarvis.

L’Amérique somme l’Autriche de préciser ses vues sur la conduite de la guerre sous-marine.

Nouvelles démarches des alliés à Athènes : l’exécution du dernier ultimatum étant incomplète.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

avocourt

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Lundi 19 février1917

Louis Guédet

Lundi 19 février 1917

891ème et 889ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 soir  Temps brumeux de dégel, mais avec déjà des velléités printanières. Pas un coup de canon, un coup de fusil. C’est étrange. Je me croirais à St Martin…  Occupé dès la première heure de ma voiture pour l’enterrement de ce pauvre et cher ami Lefebvre, d’une couronne et de ma valise. Recherché dans la cave de la Chambre des notaires les registres des déclarations pour une documentation pour les quelques mots à dire sur la tombe au nom de la Chambre et de la Cie. Topo que je prépare à tout hasard. Préparé ledit laïus cet après-midi et mis au point…  Je suis éreinté de fatigue et d’émotion de cette mort. Je n’ai peu ou pas dormi de la nuit… Dondaine m’accompagnera et nous partirons en voiture d’ici à 6h1/2 du matin pour arriver à 10h. J’aurai le temps de me restaurer et de savoir ce qui est décidé pour les obsèques. J’espère pouvoir rentrer le soir, à tout hasard je prendrai de quoi coucher… Ce sera une diversion pour moi et une certaine poésie de revoir les lieux et paysages que je n’ai pas revus depuis bientôt 2 ans. A que je serai heureux de prendre des notes et de chanter ma joie amoureuse de la plaine et la campagne champenoises, si languissante et si prenante, crispante même comme lorsqu’on chatoie la robe de soie de la femme aimée ! adorée !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 19 – Nuit tranquille, + 3°. Journée paisible ; rendu visite au Général Duplessy à Courlancy, à Sainte-Clotilde, au dispensaire. Reçu visite du Capitaine Saclier et de 2 ou 3 aumôniers.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Sainte-genevieve


Lundi 19 février

Rencontres de patrouilles sur plusieurs points du front, notamment dans les secteurs de Troyon, des Chambrettes et au nord-ouest de Badonviller.

Au bois Le Prêtre, un de nos détachements a pénétré dans la tranchée ennemie et détruit les ouvrages et les abris de l’adversaire. Un coup de main ennemi a échoué sur une de nos tranchées, au nord de Saint-Mihiel.

Les Anglais, grâce à des opérations heureuses, ont réalisé une nouvelle et importante progression sur les deux rives de l’Ancre. Au sud de la rivière, ils ont enlevé les positions allemandes en face de Miraumont et de Petit-Miraumont, sur un front de 2400 mètres. Ils ont pénétré jusqu’à plus de 1000 mètres en profondeur dans les organisations adverses.

Au nord de la rivière, ils ont conquis une importante position sur les pentes supérieures de l’éperon, au nord de la ferme de Baillescourt. Une contre-attaque a été rejetée. Les prisonniers recensés chiffrent par 268, dont 6 officiers.

Nos alliés ont atteint les deuxièmes lignes allemandes au sud de Neuve-Chapelle et au nord-est de Ploospeerte, faisant à l’ennemi un grand nombre de morts, détruisant de nombreux abris et une mitrailleuse.

Succès russe en Roumanie; échec allemand près de Dwinsk.

Le Brésil a avisé l’Allemagne qu’il la rendrait responsable si l’un de ses trois navires, partis pour l’Europe, était torpillé.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 21 janvier 1917

Rue Lesage

Louis Guédet

Dimanche 21 janvier 1917

862ème et 860ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Toujours le même temps, froid mais paraissant fléchir, la neige fond un peu. Il fait froid quand même. Ciel gris, vole la neige, vole toujours au-dessus de nos têtes ! Silence sur toute la ligne, c’est vraiment impressionnant ! Que se prépare-t-il ? Ce n’est pas sans m’inquiéter ! On jase, ragote, rapporte un tas de nouvelles plus ou moins vraies ! à force on n’y prête plus attention, on annonçait la prise de Soissons ! Des troupes formidables se rassemblent autour de Reims, on va évacuer…  tout cela est énervant, quoique je n’y crois pas je ne suis pas sans être impressionné. Dans la rue je suis arrêté 20 fois pour me demander ce qui peut être exact sur ces faux bruits. Je rassurer le mieux que je puis…  mais beaucoup restent incrédules. Les faux bruits sont toujours plus crus que les vraies nouvelles.

On cause toujours beaucoup de l’affaire Goulden ! En général on dit qu’il a de la chance de s’en être tiré avec la seule amende ! En tout cas tout a été bien préparé, machiné et de Truchsess a servit de « tête de turc ». Il en sera quitte pour émarger d’un x % sur les bénéfices de la Maison Heidsieck-Monopole et tout le monde sera content.

Non. Auguste Goulden n’a pas ignoré la loi du 4 avril 1915 ! A telle enseigne qu’à ce moment-là il m’a causé de sa société et de Brinck (à vérifier) son associé allemand, me demandant s’il y avait un moyen de le supprimer, et je le vois encore sur le péristyle de l’escalier de l’Hôtel de Ville causant avec moi. Et comme ma réponse était négative, et que je lui conseillais d’aller voir le Procureur de la République pour lui exposer son affaire en toute simplicité, il me répondit avec sa morgue habituelle de riche négociant : « Je ne vais pas voir ces gens-là !! » Je lui répondis : « Vous avez tort, réfléchissez ! » Et quand Dondaine, nommé séquestre est allé au siège de la société rue de Sedan pour prendre les renseignements avec le Commissaire de Police du 2ème canton, j’étais encore là : « Réponse négative ! Refus ! » – « Nous n’avons pas d’ordres !! » Toujours la porte fermée…

Tout cela ne pouvait qu’indisposer le Parquet !! auprès duquel j’ai défendu de mon mieux Auguste Goulden qui ne le saura jamais, et si le rapport de M. Bossu a été moins violent et moins dur, c’est grâce à cela, et à mes instances. Le Procureur me l’a avoué après. J’avais tout de même ébranlé sa conviction que Goulden était un pro-Boches. Mais il était très remonté contre lui au début : Je le vois encore brandissant son ordre de saisie des vins achetés par Guillaume II à la Maison Heidsieck-Monopole, et me disant : « Je saisis Guillaume en attendant la torpille que je prépare à Goulden, qui, vous avez beau dire M. Guédet, est un allemand ! » Je protestais…  je défendais ce pauvre Auguste Goulden, j’allais même jusqu’à plaider du manque d’intelligence de sa part : « Soit de la bêtise si vous voulez, M. le Procureur, mais allemand non ! » Enfin l’avenir nous dira le reste. Tout le monde complote en Champagne. (Rayé) …intéressante.

Que voulez-vous donc aussi, que le Dr Langlet, Émile Charbonneaux, Raoul de Bary, Georget disent et déposent au sujet de Goulden !! Ils ne pouvaient pas le charger et mon Dieu dire le fond de leur vraie pensée !!…

Enfin l’affaire est jugée. Il échappe à la prison, tant mieux pour lui, et surtout pour sa charmante jeune femme et son enfant. Mais l’opinion restera toujours fort incrédule sur son innocence !…  et le premier verdict sera toujours pour beaucoup le seul reconnu juste, le vrai.

Une bien bonne que Croquet mon greffier militaire pour les réquisitions me comptait hier. Il me disait qu’il n’était pas sûr que le sous-Intendant Payen viendrait à l’audience de jeudi prochain, parce qu’on avait défendu aux automobiles militaires de circuler à cause de la neige, et donc la crainte d’accidents !! Alors Payen cherchait un civil ayant automobile qui pourrait l’amener ici jeudi !! C’est le comble !!…  et bien militaire.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 21 janvier 1917 – Par un beau temps sec et un calme relatif assez engageant, l’idée me vient de tenter une promenade matinale en direction du Petit-Bétheny, sans savoir quel pourra en être le terminus, puisque c’est la première fois que j’essaierai de me rendre compte jusqu’où les habitants de Reims sont autorisés à circuler de ce côté. Je m’aperçois, en suivant la rue de Bétheny que la limite de circulation est fixée à hauteur de l’établissement des Petites Sœurs des Pauvres, la zone militaire commençant à cet endroit.

Ne pouvant aller au-delà, j’effectue mon retour par la rue de Sébastopol, le faubourg Cérès et la rue Jacquart que je n’ai qu’à longer jusqu’au bout pour rentrer place Amélie-Doublié par la rue Lesage.

Tandis que je m’approche du pont Huet et que les sifflements se font entendre maintenant et de mieux en mieux, je vois parfaitement les explosions des obus se succédant les uns aux autres, rue de Brimontel, à droite, vers le dépôt des machines de la Cie de l’Est. C’est là, que « ça » tombe aujourd’hui sans arrêt.

La pensée me vient seulement, en apercevant nos pièces en batterie à la gare du CBR, puisqu’elles se sont mises à claquer au moment de mon passage devant elles — ce qui m’a fait comprendre une fois de plus, qu’à si peu de distance et lorsqu’on ne s’y attend pas, il faut bien se tenir au départ d’un 75 — que je me trouve peut-être par ici, dans une zone interdite. Je l’ignore totalement, n’ayant vu personne depuis le faubourg Cérès, et, d’ailleurs, je suis trop près du but maintenant ; je continue donc en traversant les voies du chemin de fer sur le pont Huet, pour regagner mon domicile provisoire, dans le quartier, par la partie haute de la rue Lesage, où il n’y a plus guère que des cantonnements.

Et tout en terminant ma tournée, je pense que les canonniers qui m’ont révélé leur présence doivent s’amuser, de temps en temps, quand ils voient venir quelque passant à qui ils ne peuvent faire une surprise ; il est vrai que l’occasion doit être très rare dans ces parages.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Lesage


Cardinal Luçon

Dimanche 21 – – 2°. Nuit tranquille ; journée tranquille en ville ; au loin canonnade.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 21 janvier

Dans la région du sud de Lassigny, la lutte d’artillerie a continué avec une certaine violence. Un coup de main ennemi, dirigé sur une de nos tranchées, a échoué.
Au nord-ouest de Soissons, une incursion dans les lignes adverses du secteur de Vingré, nous a permis de ramener des prisonniers.
En Alsace, rencontre de patrouilles dans le secteur de Burnhaupt. Une forte reconnaissance allemande qui tentait d’aborder nos lignes dans la région au sud-ouest d’Altkirch a été repoussée par nos feux. Canonnade intermittente sur le reste du front.
Sur le front belge, bombardement réciproque dans le secteur de Ramscapelle. Les pièces belges ont contre-battu les batteries allemandes dans la région de Dixmude, où de violents duels d’artillerie out eu lieu au cours de la journée. Vives actions d’artillerie de campagne et de tranchée vers Steenstraete et Hetsas.
Sur le front d’Orient, canonnade dans la région de Magarevo-Tirnova, sur le Vardar et vers Djoran.
Les Russes ont exécuté un raid heureux dans la zone de Sparavina. Rencontres de patrouilles au sud de Vetrenik et sur la Strouma, vers Hornoudos.
Les Russo-Roumains ont cédé du terrain aux Austro-Allemands à l’un des passages du Sereth.
Canonnade sur le front italien.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 19 janvier 1917

Louis Guédet

Vendredi 19 janvier 1917

Le froid persiste et la neige aussi, avec verglas. Je suis assez grippé. Pas sorti ce matin, travaillé. Après-midi, été assister à l’ouverture d’un coffre-fort, le 55ème !!!

Depuis le retour de Paris, le texte a été recopié par Madeleine. Il manque le feuillet 408.

La ville parait être un tombeau.

Au sujet d’Heidsieck-Monopole 4 journaux parlent du jugement du conseil de Guerre d’Orléans, devant lequel le procès en révision d’Auguste Goulden avait été renvoyé. L’Écho de Paris résume les griefs et les dépositions, etc…  résultat condamnation sur le 3ème et dernier chef, seulement pour défaut de déclaration de créances et conventions existant avec l’Ennemi, à 20 000 F le maximum. On ajoute que le défaut de déclaration vient de ce que le fondé de pouvoir M. de Truchsess n’aurait pas fait le nécessaire comme c’était son devoir, etc…  Oui ! mais c’est tout le contraire qui a eu lieu, chaque fois que le Procureur de la République a envoyé quelqu’un pour faire prendre des renseignements, on a toujours répondu par ces mots : « Impossible, nous n’avons pas reçu d’ordres ! » Réponse faite par Ballon de Truchsess lui-même, le fondé de Pouvoir. Bref je reviendrai sur cette histoire scandaleuse après que j’en aurai causé à Dondaine, qui comme moi a été au courant de ce qui s’est passé.

En tout cas l’Écho de Paris ne parait pas très convaincu de l’innocence d’Auguste Goulden, et de la justesse du verdict !!!  et moi aussi. Tout cela, mystères, compromissions, combinaisons (Charbonneaux, Langlet, Raoul de Bary, Georget, appelés à la rescousse, et tous assez embêtés de cela du reste)… (rayé)

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 19 – – 3°. Nuit tranquille à Reims. Neige et gelée, temps couvert. Je n’ai pas pu ouvrir la porte de la palissade de la Cathédrale, à cause sans doute que la serrure était collée par la glace au chambranle. Via Crucis in Cathedrali à 2 h. Étrennes. Forte canonnade réciproque entre batteries adverses dans la matinée. Canons allemands faisant un bruit énorme.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 19 janvier

Duels d’artillerie assez sérieux dans les Vosges, en Lorraine, et dans la région de Soissons. Calme sur le reste du front.
Sur le front belge, canonnade dans les secteurs de , de Dixmude et d’Hetsas. Lutte à coups de bombes vers Steenstraete. Les Anglais ont réalisé de nouveaux progrès au nord de Beaucourt-sur-Ancre, à la suite de l’opération qu’ils avaient exécutée dans ce secteur. Ils ont bombardé les positions ennemies à l’est du bois Grenier et de Ploeghteert. L’artillerie allemande a montré de l’activité au sud de Sailly-Saillisel et à l’est de Béthune.
Les Russes, au sud de Smorgon, ont pénétré dans les retranchements allemands; en même temps, ils faisaient jouer trois galeries-mines. Dans la région à l’ouest de Semerinka, leur artillerie a détruit les abris ennemis. Sur la Bistrytsa, les éclaireurs ennemis ont été repoussés et ont abandonné des armes et des munitions.
Dans les Carpathes boisées, les Austro-Allemands ont subi un échec au sud du mont Puévi.
Sur le front roumain, échec de l’ennemi au sud de l’Oltuz et au sud de Monastirka. Succès roumain au sud-ouest de Proléa : nos alliés ont capturé de nombreux prisonniers et 7 mitrailleuses.
Le général Chouvaïef, ministre de la Guerre russe a démissionné; il est remplacé par le général Bielaef.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

ramscapelle

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Vendredi 27 octobre 1916

Louis Guédet

Vendredi 27 octobre 1916

776ème et 774ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Temps gris, de gros nuages, pluie, brouillard, brume, temps sombre, mais quelle journée. J’en ai bras et jambes rompus.

Ce matin à 7h1/4 des bombes sifflent, je finis ma toilette en hâte, çà tape surtout du côté Hôtel de Ville. Je me mets à mon travail pour mettre tout en règle avant mon départ de demain. Vers 8h3/4, voilà ma bonne qui m’arrive toute bouleversée : « M’sieur la femme de Bompas (notre appariteur de la Chambre des Notaires), est blessée grièvement, une bombe est tombée près de l’Hôtel de Ville et a tué et blessé 6 à 7 personnes ». Je la calme et me dispose à partir pour le Palais où j’ai audience civile à 9h. Je passe au Palais. Personne. J’attends et enfin Landréat mon greffier me dit que ses gens ne sont pas venus. Je me dispose à pousser jusqu’à la Chambre des Notaires pour voir Bompas et me renseigner. En route, rue des 2 anges (ancienne rue disparue en 1924 lors de la création du Cours Langlet), je rencontre Dondaine qui me dit de venir de quitter Bompas qui est fou de douleur, sa femme est à St Marcoul (Noël-Caqué) (l’Hospice St Marcoul a pris le nom de Noël-Caqué en 1902, il était situé entre la rue Brûlée et la rue Chanzy) et Dondaine ne parait pas se faire d’illusions sur son état alarmant. Je passe à la Chambre place de l’Hôtel de Ville, 2. Je trouve le Bompas dans un état de désespoir navrant. Je tâche de le remonter quand des bombes se remettent à tomber. J’emmène ce malheureux avec une voisine à l’Hôtel de Ville dans la cave. Çà tombe dru tout autour. Je remonte et cause  quelques instants avec le Maire dans son cabinet et Raïssac. Vers 9h3/4 je quitte l’Hôtel de Ville, à peine arrivé rue de Pouilly, en face des Galeries Rémoises, çà retape fort. J’entre et descend dans la cave où je trouve tout le personnel du magasin réfugié là, avec des soldats et des officiers. Vers 10h1/4 je repars, mais rue des Capucins çà recommence. J’entre chez Brunot le chaudronnier (Jules Brunot, chauffeur des chaudières des Teintureries Censier-Renaud (1886-1954)), en face du Commissariat de police du 1er canton, enfin je refile chez moi non sans entendre siffler et éclater tout autour de moi. Je trouve tout mon monde dans la cave, il est 11h. Nous y restons jusqu’à 12h1/2. Mon brave papa Millet se risque à partir chez lui. Cela n’est pas sans m’ennuyer, quoique cela ne tombe pas dans son quartier rue Souyn (rue Guillaume depuis 1935). Nous déjeunons vers 1h, mais à 1h3/4 il faut redescendre en cave, pour m’occuper je fais un dépôt de publication de mariage pour Béliard, apporté ce matin sans le registre de la Chambre. On remonte, on redescend, bref cela continue jusqu’à 5h. Je fais ma valise en hâte. J’écris quelques lettres et je termine par ces notes.

Je suis rompu. Quelle journée ! Pourvu qu’ils nous laissent tranquilles la nuit. Nous sommes comme des condamnés à mort. Je pars quand même demain matin, quitte à revenir pour les obsèques de cette malheureuse femme de Bompas si elle succombe. Pour ce pauvre garçon je souhaite de tout mon cœur qu’elle survive. C’était un ménage fort uni. Je suis tout bouleversé de son désespoir. Pas de nouvelles depuis et je ne puis réellement me résigner à sortir. Ce ne serait vraiment pas prudent.

Je ne sais pas si je pourrais résister plus longtemps à de telles secousses. Non ! c’est trop, et puis on n’est plus aussi fort après une vie pareille sui dure depuis 25 mois.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

27 octobre 1916 – A 7 h 1/4, de nombreux sifflements se font subitement entendre pendant quelques instants ; les obus arrivent sur la ville par rafales. Nos pièces ouvrent alors le feu et ne tardent pas à faire cesser le tir ennemi.
Vers 8 heures, en me rendant au bureau par le haut du boulevard Lundy, tout en me promenant, je m’aperçois qu’un projectile est entré tout à l’heure dans la façade de l’hôtel Olry-Roederer, sis au n° 15 de ce boulevard ; passé la rue Coquebert, je vois qu’un entonnoir a été creusé aussi ce matin, par un obus, devant le grand immeuble portant le n° 13, où sont les bureaux de la même maison de vins de Champagne. Dans la rue Courmeaux, un trou d’entrée existe dans le mur de la maison faisant angle sur la me Legendre et ayant le n° 11 de cette dernière. Rue Colbert, devant la Banque de France, un obus a fait explosion, tuant un homme et blessant MM. Marcelot, chef-fontainier et Fossier, du Service des eaux de la ville ; des traces de sang vont jusqu’à la boulangerie Leroy, rue  de Tambour, au coin de la rue Cotta, où tous deux sont parvenus à se réfugier. Un obus encore, est tombé contre le mur de l’hôtel de ville, à l’entrée de la rue de Mars, blessant très grièvement la femme du concierge de la Chambre des notaires. D’autres, enfin, ont également éclaté dans les environs.
Dans la matinée, le bombardement continue ; il est mené violemment. A plusieurs reprises, au bureau, nous devons suspendre le travail pour gagner les couloirs.
Autour de midi, le calme étant revenu, je puis aller déjeuner place Amélie-Doublié. J’en repars à midi 45, dans le but de faire, si possible, une nouvelle tournée en curieux, à la suite des séances sérieuses de la matinée et je me dirige vers la rue Bonhomme et alentours, afin de me tenir à proximité de l’hôtel de ville en cas de nouveau danger.
Après avoir circulé dans le quartier des ruines, rue des Marmousets, Eugène-Desteuque, etc., le moment vient de penser à me rapprocher de la Mairie pour reprendre mon travail à 14 heures, et, alors que je débouche tout doucement de la rue de l’Université, sur la place Royale, le bombardement recommence brusquement, furieux.
Il est 13 h 40 ; des rafales de huit à dix obus à la fois s’abattent très rapidement en plein centre. Il ne me faut plus songer à traverser la place pour l’instant. Ma première pensée est de me réfugier dans la maison toute proche de mon beau-frère, rue du Cloître 10, mais je ne vois même pas la possibilité de me risquer jusque là, en essayant de longer le mur de l’ancien hôtel de la douane sans m’exposer davantage. Le mieux est certainement pour moi de ne pas bouger, ou le moins possible ; je me glisse donc seulement, sur une longueur de quelques mètres, contre la maison Genot & Chômer, pour atteindre l’embrasure de la porte.
Un seul homme est là aussi, dans les ruines de la place ; je n’ai pas vu comment il y est arrivé. Blotti contre le dernier pilier des maisons brûlées, à l’angle de la rue Cérès, il se garde bien de remuer non plus, les obus continuant à tomber trop près. Nos regards se croisent et je crois que nous nous comprenons ; nous nous rendons compte que nous sommes très mal pris et tout aussi piteusement abrités l’un que l’autre, qu’il nous faut être uniquement attentifs aux sifflements pour nous aplatir à temps.
Une rafale arrive vers la place des Marchés. J’entends des fracas de vitres brisées, des cris, des appels… J’écoute, plus rien… Une pluie d’éclats… L’un d’eux, de taille, me passe devant la figure, frappe le pavé en faisant un « paf’ sonore et après avoir ressauté, s’arrête contre ma chaussure. C’est une moitié de culot. Sans avoir à faire un pas, je me baisse instinctivement pour la ramasser et je me brûle les doigts ; j’ai oublié que ces morceaux sont toujours servis chauds.
Le tir, sans s’allonger beaucoup me paraissant s’éloigner suffisamment, j’en profite, quelques instants après pour traverser enfin la place et filer rapidement à l’hôtel de ville, tandis que le bombardement continue toujours très violent.
J’apprends, en arrivant, qu’il y a eu malheureusement encore des victimes. Un enfant de 14 ans tué et une douzaine de blessés sous les halles, par un obus tombé au-dessus de la porte d’entrée se trouvant en face de la maison Boucart et par un autre, sur la place, devant l’entrée principale. Deux projectiles sont encore arrivés, en même temps, de l’autre côté de la place des Marchés, vers les maisons historiques, et, par là, un employé auxiliaire de la police, M. Daugny, qui regagnait la mairie, vient d’être tué.
Les petites rues, de la rue Legendre à l’hôtel de ville, ont été fortement éprouvées. Des obus sont tombés dans d’autres voies, autour de l’édifice, où il y a aussi des victimes.
Le tir des pièces ennemies continue pour ne prendre fin qu’à 16 h 1/2. On estime à 1 200, le nombre de projectiles envoyés pendant cette terrible journée.
Il y a cinq morts et une trentaine de blessés dans la population civile et d’assez nombreuses victimes aussi parmi la troupe.
Nous faisons la remarque, au bureau, que pendant un moment, le bombardement a dû être dirigé sur l’hôtel de ville et exécuté un peu court, bon nombre d’obus étant tombés vers les rues de l’Avant-Garde, de l’Echauderie, etc.
En quittant la place royale, j’ai ramassé lestement, à la droite de la statue de Louis XV, un gros éclat que j’avais vu retomber, en même temps que celui qui était venu assez brutalement s’offrir à moi. C’était la seconde partie, complétant parfaitement l’autre, pour former le culot entier d’un 120.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Vendredi 27 – + 5°. Violent bombardement à 7 h. 15 au Pater de ma messe, rue Colbert, place de l’Hôtel de Ville, rue de Mars… Il y aurait 8 tués, nombreux blessés. Nouveau bombardement de 10 h. à 12 h. 1/4, très violent pendant le Conseil. Descente à la cave. Il a porté sur les batteries et sur la ville. De 1 h. à 5 h. 1/2 terrible séance sur la ville. 2 obus sont tombés dans le chantier de la Cathédrale : 1 au pied du 2e contrefort du mur latéral sud, grosse meurtrissure ; l’autre entre le 4e et le 5′ contrefort du même côté, à environ 2 ou 3 mètres du contrefort. On dit qu’il y en a eu sur les voûtes. Un ouvrier me dit qu’il y a 14 ou 16 tués, et 46 blessés. 1 obus à la Maîtrise ; 1 chez Mme Lefort ; 1 dans les ruines de l’Adoration Réparatrice.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 27 octobre

Au nord de la Somme, une attaque ennemie a été repoussée au sud de Bouchavesnes. Lutte d’artillerie dans la région de Sailly-Saillisel et dans le secteur Vermandovillers-Chaulnes.

Sur le front de Verdun, violentes réactions de l’ennemi. Quatre fois les Allemands ont attaqué les positions que nous leur avons enlevées dans le secteur de Douaumont. Deux assauts dirigés sur le fort et sur notre front à l’est, ont été brisés par nos tirs d’artillerie et d’infanterie, malgré le bombardement intense qui les accompagnait. Une troisième et puissante attaque a débouché des bois d’Hardaumont. Les vagues allemandes ont dû refluer en désordre, subissant des pertes importantes. Une quatrième tentative a essuyé également un échec complet. Le front a été intégralement maintenu. Le nombre total des prisonniers décomptés dépasse 5000; de plus, nous avons recueilli plusieurs centaines de blessés.

Les Roumains ont fait reculer 1es troupes de Mackensen dans les cols septentrionaux des Alpes transylvaines. Ils tiennent bons à Predeal; ils ont reculé à l’ouest de la vallée de l’Olt, qui descend de la Tour-Rouge.

On annonce que M. de Koerber, avant d’accepter à Vienne la succession du comte Sturgh, aurait posé des conditions très strictes visant la Hongrie.

Les Serbes ont progressé dans la boucle de la Cerna. Notre cavalerie a occupé plusieurs villages à l’ouest du lac de Prespa.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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