• Tag Archives: M. de Tassigny

Lundi 14 août 1916

Louis Guédet

Lundi 14 août 1916

702ème et 700ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Très beau temps après l’averse d’hier soir qui a sauvé une partie de ce pauvre Hôtel-Dieu qui a flambé toute la nuit et St Remy. Je suis allé voir cela ce matin. Toute la partie historique de l’Hôtel-Dieu, le cloître et le grand bâtiment d’honneur ont tous leurs étages brûlés, en cendres. En plus de cela la chapelle (l’ancienne bibliothèque des Jésuites) ainsi que le dortoir au-dessus n’existent plus. C’est une vraie perte pour l’histoire de Reims. La table de Godart avec sa légende a été sauvée, cette table de 4 à 5 mètres de longueur sur 1 mètre 50 de large est une planche d’une seule pièce de 10 centimètres d’épaisseur qui a été prise dans une branche du chêne de Saint-Basle, près de Verzy. Que devait être le chêne lui-même ! Cette table porte, coulée en plomb : les armes de Godart, le donateur « D’azur au chevron d’or accolé de 3 roues du même, 2 et 1 », l’anagramme de Godart (Go→) Go et un dard. Godart et les 2 inscriptions suivantes : « D’une branche de chesne de Sainct Basle, l’an MVXXX »

En pièce jointe le dessin de cette table, intitulé : Table de Jean Godart. Incendie de l’Hôtel -Dieu

Go suivi d’une flèche, avec en perpendiculaire « d’une branche du chêne St Basle 1510, et suivi du texte suivant : Du don Faict par M. Ian Godart datigné chantre de Reims. Maistre et proviseur de céans Ma donné l’an XVcXXX – Priez pour luy.

Tout le rez-de-chaussée du cloître est intact pour ce qui est vouté. L’escalier monumental et sa rampe du XVIIIème siècle devant la chapelle avec la colonne du vestibule unique qui soutient tout le poids de cet escalier sont sauvés, mais résisteront-ils à l’eau dont ils ont été imprégnés ? Les 2 salles de réception du bâtiment sur la Cour d’Honneur, avec leurs belles boiseries du XVIIIème siècle sont intactes, ainsi que le grand portrait en pied du Cardinal de Lorraine, mais gare à l’humidité et les intempéries !!

Le musée lapidaire autour du cloître n’a rien et c’est compréhensible. J’ai revu le tombeau de Jovin et la sainte face de St Nicaise, si curieuse et si obsédante avec son regard qui vous suit de quelques façons que vous le regardiez.

Tout çà a flambé toute la nuit. Ce matin cela brûlait encore et fumait. J’ai erré dans tant et à travers, tout cela pendant 3h. Saint Remy a été sauvé grâce à la présence d’esprit et à l’initiative de Lesage, l’aide de Ravaud, mon pharmacien de la rue du Cadran St Pierre, qui fait fonction de chef pharmacien de l’Hôtel-Dieu justement, qui avec Speneux, le commissaire de Police du 3ème canton, qui en fait rempli les fonctions de ministère public à mes audiences de simple police a paré au danger.

Les flammes du bâtiment qui touche l’aile nord du transept de St Remy, ou se trouve la sacristie et la statue de Jean-Baptiste de la Salle traversaient la rose centrale et celle-ci, les flammes aspirées par le regard rond à la clef de voûte pour livrer passage aux matériaux et aux cloches, léchèrent ce regard bouché par un tampon en planche et menaçaient ainsi d’atteindre la forêt de bois qui soutient toute la toiture du monument. Voyant cela Lesage et Speneux, uniquement éclairés par une lampe de poche, grimpèrent aux combles et se précipitèrent vers ce regard et démolirent ce tampon et en précipitèrent les débris fumants et charbonnants sur le pavé du transept. Il était temps, une poutrelle de la toiture était déjà léchée par les flammes et noircie…

1/4 d’heure plus tard Saint-Remy n’existait plus. Lesage m’a conduit voir cela, et m’a donné sur place ces explications. Pauvre St Remy, pourvu que les allemands, furieux de le voir encore debout et intact, ne recommencent pas encore de lui jeter de nouvelles bombes. C’est un avion qui, survolant la basilique, voulant certainement l’incendier, qui lâcha 3 bombes incendiaires énormes qui, au lieu de tomber sur la nef, tombèrent sur la lingerie de l’Hôtel-Dieu qui se trouvait sur le bâtiment de l’Est du cloître, touchant le transept nord, à 10 mètres près c’était St Remy qui était touché.

En 20 minutes de temps tout à flambé, il n’y a plus eu que la ressource de faire la part du feu et de sauver les 82 ou 84 malades qui restaient. Pas de mort, pas de blessé. Et cependant les allemands ont tiré sur les flammes. J’ai entendu des obus siffler venant de Brimont, mais ils n’arrivèrent pas jusque là.

Juste retour des choses les infirmières laïques et combien ! il faut voir les inscriptions sur les murs, qui s’étaient installés dans les cellules du dortoir des anciennes Religieuse de St Remy, les Augustines chanoinesses, dont quelques unes sont à l’Hospice Roederer, les infirmières, dis-je, n’ont eu que le temps de se sauver. Elles ont tout perdu, elles n’ont que leurs chemises sur leur dos ! Bien volé, bien spolié, bien violé, bien souillé…  purifié par le feu…

J’étais éreinté et de fatigue et d’émotion. Quelle vie. Quelle nuit ! Quelle journée et ce n’est pas fini.

On est découragé malgré soi.

Pour compléter ce récit est joint un petit livret de 12 pages résumant et complétant cette tragique journée, et diffusé par l’Académie de Reims en 1917.

Rapport à l’Académie de Reims

Incendie de l’Hôpital Civil de Reims (Ancien Hôtel-Dieu)

Le Dimanche 13 août 1916, à 7h1/2 du soir, par M. Louis Guédet, membre titulaire.
Reims  Léon Michaud, libraire de l’Académie
Monce et Cie, Imprimeurs de l’Académie  1917

Extrait des Travaux de l’Académie de Reims, Annexe Année 1915-1916 (Séance tenue à Paris, le 8 décembre 1916).
Tirage à 50 exemplaires

Préambule : Plan approximatif de l’incendie de l’Hôpital civil de Reims (13 août 1916)
Ce document figure en pièce jointe.

Incendie de l’Hôpital Civil (Ancien Hôtel-Dieu) de Reims
Le Dimanche 13 août 1916, à 7h1/2 du soir, heure centrale.

Extrait de « Note et impressions de Guerre »
Communication de M. Louis Guédet, membre titulaire.

Depuis près de trois heures, une demi-douzaine d’avions allemands survolent la ville. Leur bourdonnement est vraiment énervant et pas un des nôtres ne vient donner la chasse à ces oiseaux de malheur ! Que peuvent bien méditer encore les Vandales ?

8 heures – J’entends le sifflement caractéristique de deux ou trois bombes d’aéroplanes dans la direction de Saint-Remi.

8h.10. – Les pompiers de Paris, casernés à l’École Professionnelle de la rue Libergier, passent avec leur automobile sous mes fenêtres, se dirigeant vers Saint-Remi.

8h.30 – Un passant me crie que c’est l’Hospice civil qui brûle, rue Pasteur, et qu’il n’y a rien à faire : « Tout flambe ! » ajoute-t-il en s’éloignant au pas de course.

Je monte aussitôt sur une terrasse du toit de mon refuge. Spectacle inoubliable de destruction et d’horreur ! L’ancien Hôtel-Dieu de Reims n’est plus qu’une mer de flammes. C’est effrayant ! Je n’ai rien vu de semblable depuis l’incendie de la Cathédrale. Pourvu que Saint-Remi ne brûle pas !

A la lorgnette, je vois cependant les flammes lécher la rosace du transept nord de la vieille basilique, puis gagner au-dessus du cloître, vers l’ouest, les bâtiments adossés le long des cet édifice.

Je me hâte vers le lieu du sinistre. Les Allemands envoient des obus dans cette direction.

Je pénètre dans la cour d’honneur : le fléau paraît circonscrit, mais le cloître, la chapelle, le bâtiment central ne forment plus qu’un immense brasier. On évacue les quatre-vingt-deux malades restant encore dans l’Hospice. Le service se fait parfaitement et avec beaucoup de sang-froid, sous la direction de M. Guichard, vice-président de la Commission des Hospices, M. Houlon, membre, M. le Dr Simon (le Dr Hoel venant d’être blessé lui-même par une autre bombe, porte de Paris), M. le Maire de Reims, Dr Langlet, M. Régnier, sous-préfet, M. le Général commandant de place, etc…  etc…

Le personnel hospitalier, ainsi que les troupes accourues à l’aide, se multiplient avec un calme et un courage admirables.

On procède ensuite au sauvetage du mobilier, mais difficilement. Les pompiers de Reims luttent de dévouement avec les pompiers de Paris.

8h.55. – Une pluie diluvienne s’abat à ce moment sur nous. Il n’y a plus rien à faire qu’à protéger les bâtiments qui ne sont pas encore atteints. On est maître de l’incendie vers 11h.1/2 du soir. Je rentre donc chez moi à la lueur de cet immense brasier, tout consterné du spectacle que je viens de contempler.

Lundi 14 août, 7h – L’incendie a duré toute la nuit. Ce matin, je ne vois plus qu’une grande fumée cachant à demi Saint-Remi. Je retourne sur le théâtre de la catastrophe.

Dans la grande cour, au pied de l’escalier de pierre à double évolution du bâtiment principal, face à la rue Simon, la pompe à vapeur, avec son teuf-teuf régulier, lance des torrents d’eau sur les décombres fumants de ce qui a été l’Abbaye de Saint-Remi. Au milieu de la cour, infirmiers et infirmières entassent produits pharmaceutiques, appareils, brancards, matelas, linges, etc…  dans des voitures. M. Guichard avec son automobile, à l’avant duquel flotte un drapeau de la Croix-Rouge, transporte les infirmières au gracieux bonnet blanc à Saint-Marcoul, (Hospice Noël-Caqué), où ont été évacués les quatre-vingt-deux malades qui restaient à l’Hôpital civil.

Je rencontre le dévoué pharmacien de l’Hospice, M. André Lesage, qui m’aide à faire mon enquête sur la genèse et la progression du sinistre, tout en parcourant les locaux incendiés.

Le feu a été mis vers 8 heures du soir, par un ou plusieurs bombes incendiaires, tombées d’un avion allemand dans le grenier qui s’étendait au-dessus de la salle Museux et de l’ancienne lingerie.

On ne sait s’il est tombé une ou plusieurs projectiles. L’interne en médecine de garde, M. Louis Brodiez, a entendu distinctement trois explosions, mais elles ont pu être produites par le même engin ; ces bombes incendiaires étant très compliquées et parfois à éclatements multiples.

L’incendie a pris tout de suite de grandes proportions. M. Brodiez et son collègue en médecine, M. Marcel Jénot (1889-1956), arrivés aussitôt qu’ils l’ont pu avec des extincteurs dans le grenier qui brûlait, c’est-à-dire au plus tard deux ou trois minutes après la chute du ou des projectiles, disent que ce grenier paraissait alors entièrement en flammes et que des poutres étaient déjà calcinées au point de tomber et de les obliger à se retirer vivement.

L’alarme fut immédiatement donnée au commissariat de police du troisième canton, place Suzanne, et la première voiture des pompiers arrivait à 8h.10. Elle devait être suivie bientôt de tout le matériel des pompiers de Paris, puis de celui des pompiers de Reims ; mais d’autres incendies ayant été allumés ailleurs par les autres aéroplanes ennemis, on ne put envoyer à l’Hôpital civil qu’une partie du matériel de secours de la Ville.

Les troupes cantonnées dans le voisinage furent alertées et vinrent également à l’aide ; car il s’agissait non seulement d’éteindre l’incendie, mais surtout de sauver les malades qui occupaient encore plusieurs salles. Il y en avait dans les salles Henrot et Bienfait, salles situées directement sous les greniers qui flambaient et dans les différentes salles du rez-de-chaussée. Il n’y avait pas de malades dans la salle Museux au-dessus de laquelle commença l’incendie.

Aussitôt l’alarme donnée, les malades, qui n’étaient déjà tous couchés, furent priés de se lever s’ils le pouvaient et de descendre sans précipitation au rez-de-chaussée. Ceux qui ne pouvaient marcher furent enlevés avec leurs matelas par les soldats, sous la surveillance des internes et des infirmières. Mais le feu prenant de plus grandes proportions, on fit sortir tous les malades de l’Hôpital et on les conduisit dans les locaux de la Maison de Retraite, qui avait été abandonnée tout récemment par les vieillards. Cet exode se fit alors qu’il faisait encore jour, ce qui le facilita. Il s’effectua sans encombre, sans heurts, avec la discipline la plus parfaite malgré le bombardement.

Entre 10 heures et minuit, avec l’aide des Sauveteurs de Reims, qu’on trouve toujours au danger, et au moyen de leur voiture de sauvetage et des automobiles de la Maison Pommery, ces malades furent définitivement  transportés à l’Hôpital Noël-Caqué où ils trouvèrent des lits.

Pendant ce temps et malgré les premiers secours, le feu prenait de plus en plus d’extension. Il gagnait dans les greniers qui s’étendent au-dessus de la chapelle et du dortoir des infirmières, (ancien dortoir des religieuses Augustines de l’Hôtel-Dieu de Reims), d’une part, et au-dessus des salles Henrot et Landouzy.

Au-dessus du dortoir des infirmières, l’incendie se propageait avec une rapidité extraordinaire, le grenier s’effondrait bientôt sur le dortoir qui, dès 9 heures, était déjà écroulé lui-même sur la chapelle. De cette partie, il ne reste absolument rien, sauf la petite sacristie, élevée sur le côté nord de la chapelle, et la grande sacristie située au fond de la dite chapelle et qui, étant voûtée, a pu résister. Les infirmières n’ont pu rien sauver de leurs effets et mobilier personnels.

Les admirables boiseries de la chapelle, ancienne bibliothèque des Bénédictins, œuvre de l’artiste rémois Blondel, qui en recommença, dit-on, à ses frais et jusqu’à quatre fois les sculptures qui ne lui semblaient pas parfaites, ainsi que les tableaux qu’elle renfermait, tout est brûlé.

A côté de la chapelle s’élève le remarquable grand escalier de pierre ; vers la même heure, tout le grenier qui se trouvait au-dessus et que dominait un petit clocheton contenant une cloche s’effondrait et les poutres continuèrent à brûler sur les marches, détériorant les dalles et les rampes en fer forgé si riches d’ornements. Les pierres des marches sont toutes calcinées et cassées : il est à craindre que ce magnifique escalier ne soit irréparable, s’il n’est pas pourvu au plus tôt à sa protection contre les intempéries du temps, qui achèveront ce que les flammes et l’eau ont commencé.

Au-dessus de la salle Henrot, on avait heureusement pu installer une lance d’eau qui empêcha un peu le feu de progresser ; mais son effet fut faible et tout le grenier de ce bâtiment ne formait plus qu’un brasier pour 9h.1/2.

De là, bien qu’il n’y eut aucune communication entre ce grenier et celui du pavillon Buirette, le fléau avait atteint la toiture de ce pavillon ; par bonheur les pompiers de Reims, entrés avec leurs pompes par la rue Pasteur, attaquèrent ce commencement d’incendie et s’en rendirent maîtres.

A ce moment une pluie torrentielle tomba. Le feu était beaucoup trop violent et trop étendu pour que cette pluie pût diminuer l’incendie, mais je suis convaincu qu’elle eut pour effet de protéger Saint-Remi contre la très forte chaleur irradiée par l’énorme brasier de l’Hôpital.

A Saint-Remi on se précautionnait contre le développement de l’incendie. Mme Mercier, femme du sacristain mobilisé, avait déjà pris ses dispositions pour qu’en cas de nécessité on pût sauver les objets précieux et le Trésor.

Comme on le sait, Saint-Remi touche l’Hôpital par toute la partie septentrionale de l’église. Le transept nord de la basilique pénètre même dans les bâtiments du cloître et la grande rosace de ce transept donne directement sur les toits de l’Hospice. Cette rosace avait eu ses vitraux brisés en partie par une bombe qui, en septembre 1914, avait déjà démoli la salle Museux, et, pour éviter le froid et les intempéries, on l’avait bouchée avec des planches.

Au contact des flammes qui dévoraient les toitures de la salle Museux et de la lingerie, ces planches prirent feu et les flammes produites par leur embrasement pénétrèrent à l’intérieur du monument, assez haut pour gagner la voûte et lécher les planches entourées de bâches qui fermaient l’oculus de la clef de voûte du transept : le danger était imminent.

Les personnes qui se trouvaient à l’intérieur de l’église voyaient cela avec angoisse ; mais, ignorant la superstructure de l’édifice et le moyen d’arriver aux combles, elles se trouvaient impuissantes à conjurer ce nouveau péril. Heureusement le commissaire de police du troisième canton, M. Speneux et M. Lesage, pharmacien de l’Hôpital, accompagnés d’un employé de Mme Mercier, furent prévenus de cet incident. Ils montèrent dans les combles et, grâce à la connaissance parfaite qu’ils en avaient, arrivèrent assez vite à l’oculus menacé. Ils jetèrent à l’intérieur de la basilique, par ce regard, les planches, bâches et autres débris qui charbonnaient déjà. Il était grand temps, car les planches embrasées touchaient une grosse poutre de la charpente qui noircissait déjà, et était assez chaude pour qu’on n’y pût que difficilement porter la main.

Saint-Remi était sauvé, grâce à ces courageux citoyens.

Entre temps, l’incendie s’étendait toujours, mais assez lentement, vers la salle Bienfait dont l’extrémité sud est contigüe à la tour nord de Saint-Remi. On put amener les gros tuyaux des Pompiers de Paris qui, par une embouchure de deux centimètres de diamètre, lancèrent un jet d’eau sous une pression de deux atmosphères. On arrêta net l’incendie de ce côté ; il n’y eut que la toiture détruite.

Dès que les malades furent mis à l’abri, on sauva tout ce que l’on put : literie, matériel, objets d’art, tableaux des deux grandes salles du bâtiment d’honneur, (anciens appartements des Supérieurs bénédictins, actuellement appartements de la Directrice), les tableaux du réfectoire des infirmières dans le cloître, la table de Jean Godart, le beau cartel Louis XV et son socle, etc…  etc…

Le Musée lapidaire n’a subi aucun dégât, ainsi que le cloître proprement dit.

On sauva la comptabilité de l’Administration de cet Hospice dès le début.

A 11h.1/2 du soir, l’incendie était maîtrisé.

En définitive, sont totalement anéantis les combles et greniers qui s’étendaient au-dessus de la lingerie, de la salle Museux, du dortoir des infirmières, du grand escalier, des salles Henrot et Landouzy et des salles Bienfait et Luton, ainsi que ces différentes salles et la chapelle ; le grand escalier monumental est brisé et calciné.

Le feu a épargné, au premier étage, la salle Doyen, adossée à Saint-Remi, et toutes les salles des malades du rez-de-chaussée, y compris les cuisines et le réfectoire du cloître. De même les deux pavillons des deux côtés de la cour d’honneur, qui renferment l’infirmerie et la salle Mansuy.

Avant de quitter ces lieux désolés, je parcourus une dernière fois les ruines fumantes et ruisselantes de l’eau déversée par les pompes à incendie.

Voici les deux salles, vides de leurs meubles, du grand bâtiment en façade, occupées naguère par les Abbés du monastère de Saint-Remi, les belles boiseries du XVIIIe siècle sont indemnes, ainsi que le grand trumeau qui surmonte la cheminée du salon de réception, représentant le Cardinal de Lorraine. Dans le réfectoire des infirmières, l’une des tables n’est pas encore desservie ; au milieu de celle-ci, se trouve encore une jardinière ornée de fleurs.

La table de Jean Godart, faite d’une branche du chêne de saint Basle portée à force de bras dans le musée lapidaire, voisine avec le tombeau de Jovin et la Sainte Face du Christ, de Saint-Nicaise, si curieuse, dont le regard obsédant vous suit de quelque côté que vous le contempliez.

De la chapelle, plus rien que des cendres et poutres fumantes. La lingerie et la salle Museux semblent immenses à ciel ouvert. Dans les autres salles, ce ne sont que fers de lit tordus, brisés, linges et matelas à demi consumés, amas de bois finissant de brûler.

C’en est fait de l’ancien Hôtel-Dieu de Reims.

Singulières vicissitudes par lesquelles aura passé cette antique abbaye de Saint-Remi qui, à travers les temps, semble avoir été condamnée à être la proie des flammes.

C’est d’abord en 1098, époque à laquelle elle est aussitôt reconstruite par Guy de la Trémoille, retour de Terre-Sainte, où il était allé secourir Godefroy de Bouillon ; puis en 1551, du fait des gens de Henri II qui y logeaient. Le roi, qui était à Reims, crut devoir réparer le dommage et donna 24 000 livres pour y remédier.

Ce couvent est ensuite rebâti vers 1657, peu de temps après l’arrivée de la Congrégation de Saint-Maur qui y fit revivre la réforme et où la nouvelle règle fut observée jusqu’à la Révolution. Cependant, toutes ces constructions ne devaient pas avoir une longue existence. Dans la nuit du 15 au 16 janvier 1774, le feu s’y déclara. Tandis que les uns luttent contre le fléau ou sauvent de l’église proche, dont l’aile septentrionale est déjà attaquée, la sainte ampoule, la châsse et le bâton de saint Remi, les autres pillent, volent et jettent par les fenêtres de la bibliothèque les manuscrits qu’ils disputent à la flamme, les milliers de volumes que les Bénédictins avaient réunis à grand frais. Sur 800 à 900 manuscrits et 25.000 volumes, dit Tarbé, on ne retrouva que 11.898 volumes et 245 manuscrits.

Duroche, architecte du roi, réédifia les bâtiments du monastère ; on venait de les achever quand la Révolution éclata. Ceux-ci, abandonnés par les moines, devinrent magasin militaire, caserne, ambulance. Ce ne fut qu’en janvier 1827, que l’Hôtel-Dieu, de la place du Parvis, y fut transféré et y demeura jusqu’à nos jours. Mais, fatale destinée ! l’œuvre de Duroche et celle de Blondel, qui avaient échappé à la tourmente révolutionnaire, devaient être, hélas ! incendiées et détruites par les Huns du XXe siècle.

Sic transeunt res mundi ! Ainsi passent les choses de ce monde !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Cardinal Luçon

Lundi 14 août – Après le bombardement d’hier soir, nuit tranquille. Nous voyons les lueurs et la fumée de l’incendie de l’Hôtel-Dieu. Il se continue toute la nuit. Un tué, un blessé. Visite au Fourneau rue Féry, à l’Hôtel-Dieu, à l’Économe qui nous fait voir les débris et les dégâts de l’incendie. M. Dage dîne avec nous. Visite à S. Marcou où l’on amène les malades de l’Hôtel-Dieu (les soldats ont aidé à combattre le feu et au sauvetage des malades). Je suis accompagné de M. Maitrehut ; reçu par Madame… Rencontre là Monsieur et Madame de Tassigny de La Neuvillette qui me disent toute sorte de bien de M. Nicol, leur Curé.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Neuvilette


Lundi 14 août

Après une série de combats préparatoires, au nord de la Somme, nos troupes sont passées à l’attaque de la troisième position allemande, qui s’étendait depuis l’est d’Hardécourt jusqu’à la Somme, à hauteur de Buscourt. Sur ce front de 6 kilomètres et demi, notre infanterie a enlevé toutes les tranchées et les ouvrages fortement organisés par l’ennemi sur une profondeur de 600 à 1000 mètres.
Nous avons pénétré dans le village de Maurepas, dont la partie sud et le cimetière sont en notre pouvoir. Nous avons porté nos lignes sur les pentes sud de la cote 109 et sur la croupe à l’ouest de Cléry. Dès à présent 1000 prisonniers valides sont dénombrés: nous avons, en outre, capturé 50 mitrailleuses.
Toutes les contre-attaques ennemies ont été brisées.
Sur le Carso, les Italiens ont dépassé le Vallone et occupé Oppachiasella. Ils ont pris 270 hommes et 3 canons.
Autour de Goritz, les Autrichiens, renforcés, résistent à l’est de la ville en se servant de leur grosse artillerie. Les alpins italiens ont conquis une nouvelle position sur la Tofana, dans les Dolomites.
Les aviateurs anglais ont bombardé les hangars de zeppelins de Bruxelles, les voies ferrées de Mons et de Namur, les gares de Busigny et de Courtray.
Les Russes sont entrés dans Stanislau et ont progressé sur le Sereth. Du 5 au 10, ils ont fait 13000 prisonniers dans ce secteur, la seule journée du 10 en ayant donné 5000. Près de Monasteritza, leur butin a été de 2500 hommes; il a été de 1000 sur la Zlota-Lipa.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Jeudi 10 août 1916

Louis Guédet

Jeudi 10 août 1916

698ème et 696ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Pluie le matin et temps lourd et orageux ensuite. Calme. Déjeuné chez le Président Hù, 79, avenue de Paris. Il y avait Payen, sous-intendant militaire, Mathieu, substitut du Procureur de la République, Dupont-Nouvion avocat, Robert Lewthwaite et Léon de Tassigny. Conversation quelconque, émaillée d’histoires plus ou moins graves.

A 2h, Audience de conciliations de réquisitions militaires, nous marchons. Je vais avoir un soldat affecté spécialement à ce service, au courant des réquisitions. Été à la Ville pour faire passer une note dans les journaux pour prévenir les prestataires de se pointer exactement sinon le dossier sera classé pour après la Guerre. Causé avec le Maire, de Bruignac et Raïssac, secrétaire en chef. Rentré chez moi fort fatigué. Demain audience civile le matin.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 10 – Nuit et journée tranquilles. Écrit au Cardinal Gasparri : Prisonniers transférés.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

100

Photo : Louis Corré, Collection Gérard Corré


Jeudi 10 août

Nous avons réalisé quelques gains au nord de la Somme où nous nous sommes emparés d’un petit bois et d’une tranchée fortement organisée par l’ennemi au nord du bois de Hem. Nous avons conquis, dans cette région, depuis le 7, toute une ligne de tranchées sur un front de 5 kilomètres.
Des détachements ennemis ont été dispersés par notre feu en Champagne.
Violent combat sur la rive droite de la Meuse dans le secteur Fleury-Thiaumont. L’ennemi avait pris pied dans quelques tranchées et dans l’ouvrage de Thiaumont. Nos contre-attaques nous ont permis de reprendre les tranchées et de rentrer dans l’ouvrage.
De même, nous avons enlevé des tranchées allemandes dans le secteur le Chapitre-le-Chenois, faisant 200 prisonniers.
Un taube a bombardé Nancy : 5 blessés.
Les Russes, avançant sur le Sereth, ont porté à 8500 le nombre de leurs prisonniers.
Au sud du Dniester, ils ont progressé sur un large front, enlevant la ville de Thonacz. De ce côté, ils ont capturé 2000 Allemands et plusieurs canons lourds.
Les Italiens, qui ont pris l’offensive dans le Carso, près de Monfalcone, ont remporté un brillant succès. Ils ont capturé la tête de pont de Goritz dans la même région, faisant 8000 prisonniers, dont 200 officiers : 11 canons sont tombés entre leurs mains.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


goritz

Share Button

Mardi 4 avril 1916

Louis Guédet

Mardi 4 avril 1916

570ème et 568ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Le calme. Journée nuageuse qui a fini en pluie battante. Assez occupé surtout l’après-midi. Été à l’Enregistrement pour différentes successions, séquestres, etc…  On n’arrive à rien et l’administration se garde bien d’aplanir les difficultés !! Enfin c’est le Fisc !! Reçu à 2h1/2 la visite en trombe de Léon de Tassigny et de sa femme qui m’apportaient les papiers, valeurs, or et argenterie d’un nommé Lefèvre-Chemin, qui vient de mourir à La Neuvillette, un des rares qui soit resté dans les ruines de ce village, on l’a enterré la nuit à cause de la proximité de l’ennemi. Puis de Tassigny, comme maire, le Curé et le garde-champêtre se sont emparés du magot enfoui dans les ruines de la maison de Lefebvre, et emmené sa veuve qui est folle et internée à l’Hôtel-Dieu de Reims, en attendant son transfert à Châlons. Bref il me jette cela dans les bras et me dit : « Juge de Paix ou notaire, débrouillez-vous ! » C’est bien du de Tassigny. Nous causons ensuite et j’accepte à aller déjeuner avec eux jeudi. Je mobilise aussitôt Landréat mon greffier pour faire un procès-verbal de description du tout. Je garde les titres de propriété. Les valeurs sont emportées par Landréat qui va toucher les coupons (il y a 6 ans de retard !! ces gens étaient bien négligents) puis consignés le tout à la Caisse des Dépôts et Consignations. Quant à l’or je le convertis en Bons de la Défense nationale. En attendant…

Le bas de la page a été découpé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

4 avril 1916 – En faisant une tournée matinale pour avoir, si possible, un aperçu des nombreux dégâts, importants par endroits, causés par le violent bombardement d’avant-hier 2 avril, je croise, rue Gam­betta, l’enterrement de la jeune fille de 18 ans qui y a été tuée ce dimanche. Triste spectacle que ce convoi funèbre, en blanc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 4 – Nuit tranquille. 8 h. Aéro ; + 10° ; beau temps sans nuages ; dans l’après-midi, pluie.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 4 avril

Entre Soissons et Reims, nous exécutons des tirs de concentration sur les organisations allemandes au nord du bois des Buttes et du mont de Sapigneul.
En Argonne, nos batteries ont violemment canonné la corne ouest du bois d’Avocourt. Un blockhaus ennemi a été détruit et un dépôt de munitions a sauté.
A l’ouest de la Meuse, les Allemands ont lancé une vigoureuse attaque entre Haucourt et Béthincourt sur nos positions de la rive nord du ruisseau de Forges, que nous avions reportées sur la rive sud le 31 mars sans que l’ennemi s’en aperçût. Surprises par un feu violent, les troupes ennemies ont subi des pertes importantes sans avoir combattu.
Bombardement de la région des bois Bourrus.
A l’est de la Meuse, nos contre-attaques se sont développées au cours de la journée. Nous avons rejeté l’ennemi jusqu’à la lisière nord du bois de la Caillette et au nord de l’étang de Vaux. Une dernière contre-attaque nous a permis de réoccuper la partie ouest du village de Vaux.
Canonnade en Woëvre (Moulainville).
Dunkerque a reçu la visite d’un zeppelin. En représailles, trente et un avions alliés ont bombardé les cantonnements allemands en Belgique.
Nos escadrilles ont opéré sur la gare de Conflans. Quatre taubes ont été abattus près de Verdun.
Un troisième raid de zeppelins est signalé sur l’Angleterre.


306_001

Share Button

Jeudi 2 décembre 1915

Palais du Tau avant la guerre

Louis Guédet

Jeudi 2 décembre 1915

446ème et 444ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  journée calme. Tempête terrible la nuit, on aurait pu nous bombarder qu’on n’aurait pas entendu les obus nous arriver dessus. Pluie battante toute la journée. Cette nuit en écourtant cette tempête, j’étais surpris que les allemands ne profitent pas de cela pour lancer des obus incendiaires, il ne resterait rien de la Ville. Heureusement qu’il ne leur vient pas cette idée. Par contre pluie battante. Galopé ou plutôt pataugé dans les rues pour faire mes courses, je n’en sors pas et on perd un temps !! Achevé mon courrier, je prépare mon voyage à Paris pour le 8 !…  Pourvu qu’il ne me pleuve pas trop de lettres durant mon absence du 8 au douze. Rien de saillant ! Vu M. et Mme Léon de Tassigny ce matin qui voulaient me garder à déjeuner pour manger un civet de lièvre ! Qu’ils avaient eu…  par l’opération du St Esprit sans doute !! Quelle mentalité. Je ne pouvais accepter et j’ai promis pour dimanche ou lundi. Reçu lettre de Jean et de Maurice à la place de leur mère trop occupée. Pauvre femme !  là-bas seule ! sans domestique et mon Père malade…  Quelle souffrance pour moi, de les sentir tous pas heureux, et tout juste abrités contre le froid et les intempéries. Quand donc toutes ces misères finiront-elles pour eux ?

Je vais préparer mon procès-verbal de la Chambre de Discipline représenté par moi seul !! pour délibérer et octroyer un certificat de capacité et de moralité en vertu de l’article 40 §3 de la loi du 25 ventôse an XI, modifié par la loi du 12 août 1902. J’en aurais vu de toutes les couleurs ! Je suis d’accord pour cela avec le Procureur de la République à qui je soumettrai mon projet.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Jeudi 2 – Nuit tranquille, tempête et pluie. Pluie toute la matinée. Expé­dié réponse à Mgr de Rennes. Écrit à M. Carrol de Carrolton. Visite de M. Demaison. Don de M. Poultier ou Porcher. Écrit à Mgr de Cabrières pour Lettre collective. Écrit à la famille Harmel. Pluie tout le jour. Un enfant de 10 ans tué par les obus lancés sur la ville. Mgr Neveux va à Meaux visiter les élèves du Petit Séminaire.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 2 décembre

Activité d’artillerie sur divers points du front.
Nos batteries et les batteries anglaises ont occasionné de gros dommages aux organisations ennemies en Belgique à l’est de Boesinghe. Une brèche de trente mètres a été ouverte dans une redoute.
Canonnade en Artois (Bois en Hache, chemin creux d’Angres, route de Béthune).
Bombardement réciproque à notre avantage entre Somme et Aisne, et particulièrement près de Roye.
Notre artillerie a attaqué un train blindé sur la route Chaulnes-Roye, et l’a forcé à rétrograder.
Nos batteries ont dispersé une colonne ennemie au nord-est de Soissons, sur la route de Bressy à Vregny.
Les Russes ont progressé près de Dwinsk et sur le Styr.
Les Austro-Allemands ont occupé Prizrend, à la frontière albanaise. Il y a accalmie dans le secteur français de Macédoine.
Le Reichstag a ouvert sa session eu entendant un discours de son président, plein d’un optimisme de commande.
Le Parlement italien s’est réuni. M.Sonnino, ministre des Affaires étrangères, a annoncé l’adhésion de son pays au pacte du 5 septembre 1914.
MM. Asquith, premier ministre, et Mac-Kenna, chancelier de l’Echiqier, ont harangué les représentants des Trade-Unions et leur ont recommandé la modération.

 

Share Button

Jeudi 19 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

19 NOVEMBRE – jeudi –

7 heures soir ; Je l’ai échappé belle tout à 1’heure paraît-il ! On voulait me tirer dessus depuis les rues voisines de la cathédrale ! J’étais un espion en train de photographier ; de fait, je n’ai pas été prudent. Voyant une brume épaisse du côté de Brimont, je me suis avancé sur le mur de la galerie, au niveau des voûtes. Et comme les gens sont très excités, très énervés, d’en bas, on m’a maudit, dénoncé à la police. Un commissaire est arrivé chez M. le Curé, qui m’a couvert. Le général commandant la Place va transmettre une observation demain très probablement.

Autre chose… J’ai découvert un obus de « 150 » non éclaté sur les voûtes. Ce sont des oiseaux à n’approcher qu’avec respect et à ne toucher que de loin ; de tragiques leçons ont été données ces jours-ci à des imprudents.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Nuit très calme.

– Ce jour, à 7 h, mon beau-père, M. Simon-Gardan, fatigué par plus de deux mois de bombardements ininterrompus, quitte Reims à regret, pour se rendre à Paris.

– A partir d’aujourd’hui, les voyageurs doivent aller prendre le CBR à Bezannes.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

ob_90e37e_bezanne-gare

Cardinal Luçon

Jeudi 19 – Matinée tranquille. Visite à la Maison de Retraite et à l’église Saint-Remi, où la chapelle absidiale, du S. Sacrement et de la Sainte Vierge a eu sa voûte enfoncée par une bombe. nuit tranquille en ville.

Lettre de l’Archevêque anglican de Capetown (Cap de Bo

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

19- Pas de trouble-sommeil pendant la nuit écoulée.

8H Lettre d’Henri (16 9bre) signalant l’humidité et le froid qui règnent à Limoges, et carte de Marcel (12 9bre) accusant réception de mes pages des 22 et 28 8bre, et de l’envoi chocolat du 3 9bre ; sa santé est bonne.

12H La journée d’hier, notée ci-dessus comme calme, a été au dire de Mme Jacquesson, angoissante à l’excès pour l’extrémité du faubourg Cérès, qui a reçu quantité d’obus de bataille. Ils étaient destinés, sans doute, à nos batteries établies en avant, mais beaucoup s’égaraient en ville, ce qui a forcé notre amie à passer en cave une grande partie de la journée.

Elle nous apporte des œufs que Mme Legros lui a dit d’enlever de chez elle, et nous les partageons fraternellement, mais l’usage qu’on essaie d’en faire dès le soir révèle qu’ils ne sont plus bons.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Eugène Chausson

19 – Forte gelée, temps gris. Le canon se repose dans doute un peu car jusqu’à 2 h 1/2, heure à laquelle j’écris ces lignes, on n’entend que rarement le canon.

Les jours se suivent et se ressemblent car c’est toujours à peu près la même chose, plus ou moins fort.

Enfin la fin viendra peut-être un jour, oui, pas encore cependant comme on a pu le constater par la suite. MM. Hiennet (illisible) et de Tassigny qui avaient été pris comme otages par suite de la disparition des deux officiers allemands disparus le 4 septembre (voir à cette date) sont de retour à Reims.(l’Éclaireur du 19 septembre 1914).

Comme toujours, la nuit, canonnade et obus. Un obus français tombe sur un magasin de munitions allemand aux abords de Reims et l’ayant fait sauter, leur fureur (illisible) donc que la ville qui immédiatement reçut quelques bombes. (Courrier de la Champagne du 20 novembre)

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Merci à Marie-Lise Rochoy, sa petite-fille pour avoir mis en ligne ce beau carnet visible sur ce lien

Lien :  12 septembre 1914: Les Allemands désignent 81 otages rémois « qui seront pendus à la moindre tentative de désordre »


Share Button