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Samedi 2 mars 1918

Louis Guédet

Samedi 2 mars 1918

1268ème et 1266ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Hier comme je terminais ma note le Procureur est arrivé pour les coffres de la Nancéienne et de Chapuis. Tout a été fait l’après-midi. J’étais exténué et à 4h1/2 et le Procureur m’a forcé à aller me reposer. A partir de 3h la canonnade a été formidable devant nous, avec des nuages artificiels qui sont venus jusqu’à la rue des Capucins, on ne voyait pas dans le jardin, des gaz asphyxiants, 150 intoxiqués, quelques morts.

Toute la nuit bombardement. Ce matin neiges terribles jusqu’à midi. Couru dans cette neige pour trouver un voiturier qui veuille bien condescendre à enlever les 15 colis que j’ai encore ici pour Épernay. J’ai trouvé de braves gens à l’Hôtel de la Couronne qui m’ont promis de les faire enlever ce soir ou demain par le voiturier de Rondeau qui doit enlever le reste de leur mobilier à eux. Il y a de la place, me disent-ils… Je reviens exténué. Après-midi à l’Hôtel de Ville où c’est toujours le calme et la pagaye. Dépêche du Procureur qui me conseille d’aller me reposer quelques jours. C’est ce que je ferai lundi, pour quelques jours, j’en ai besoin.

Demain je dois déjeuner avec Houlon. J’ai appris par lui seulement l’incendie d’un corps de bâtiment de l’Hôpital Général. Beaucoup de dégâts.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

2 mars 1918 – Le bombardement de la nuit du 28 février au 1er mars, a at­teint une très grande violence.

L’Éclaireur de l’Est d’aujourd’hui le mentionne ainsi :

Plus de 5 000 obus, dont un grand nombre à gaz, dans la journée du 28 février et la nuit suivante : 55, entre 10 et 13 h — environ 5 000 obus entre 23 h et 5 h du matin.

Les effets des obus à gaz ont été ressentis jusqu’en ville et les victimes sont nombreuses, paraît-il, qui se présentent à l’hôpital, atteintes à la figure, aux yeux, ou avec des brûlures sur le corps.

Deux personnes y sont mortes et beaucoup de malades ou blessés sont obligés d’attendre leur tour pour se faire soigner, des centaines de ces projectiles étant tombés sur le quartier Dieu-Lumière et vers les établissements Pommery, où la plupart des ouvriers et ouvrières ont été pris. A l’usine des eaux, également, le personnel a été atteint.

Nous apprenons encore que M. Monbrun, employé auxiliaire dans les bureaux de la mairie, intoxiqué par un obus tombé chez lui, rue des Capucins 227, a dû être transporté ainsi que sa femme, atteinte aussi, à l’hospice Roederer-Boisseaux.

Bombardement encore très serré, surtout au cours de l’après-midi. Il est, à plusieurs reprises, dirigé sur le faubourg de Laon. 2 500 à 3 000 obus pour la journée.

Nous avons quelques nouvelles de l’attaque d’hier ; elle aurait été déclenchée par les Boches, sur Courcy, principalement.

L’Éclaireur d’aujourd’hui, ajoute ceci, après l’indication des boucheries ouvertes, dans sa communication relative au ravi­taillement déjà insérée :

Charcuteries : Maisons Dor et Foureur,
Lait : le lait sera mis en vente dans les cinq maisons qui vendent l’épicerie et le pain.

On pourra prendre les adresses de ces établissements au commissariat central ou à L’Éclaireur de l’Est.

Le journal dit encore :

Attention aux Gaz.
Il est instamment recommandé de ne pas sortir sans être muni de son masque contre les gaz.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 2 – 0°. Neige sur la terre ; nouvelle chute dans la matinée. Dîné à midi chez le Général Petit, Commandant la 134e Division. Visite de M. Abelé ; discussion de ses projets. Visite de M. Loriquet, Archiviste. Journée relativement tranquille. Matinée calme. Plus d’offices à la Chapelle du Couchant ! De 2 h. à…, canon français, très sec, tire un coup toutes les 3 ou 4 minutes. A 3 h. 3 0,10 coups par minute. Visite à 6 h. soir de M. Sainsaulieu, annonçant sa décoration et la venue du Ministre.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 2 mars

La lutte d’artillerie a pris un caractère d’assez grande intensité dans la région au nord et au nord-ouest de Reims, ainsi qu’en Champagne, principalement dans la région des Monts, vers Tahure et de part et d’autre de la Suippe.
Au sud-ouest de la Butte du Mesnil, les Allemands, qui avaient pris des tranchées avancées et qui en avaient été ensuite chassés, sont revenus à l’assaut. Après plusieurs tentatives infructueuses, qui leur ont valu de lourdes pertes, ils sont parvenus à prendre pied dans une partie des positions que nous avions conquises le 13 février.
Sur la rive droite de la Meuse et en Woëvre, l’ennemi a bombardé violemment nos premières lignes sur le front Beaumont-bois Le Chaume, ainsi que dans la région de Seichepray, où un fort coup de main a été repoussé.
Sur deux des points qu’ils ont attaqués, les Allemands se sont heurtés à des éléments d’infanterie américaine. Nos alliés ont partout maintenu leur ligne intacte.
Sur le front britannique, activité de l’artillerie ennemie entre Ribécourt et la Scarpe.
Les aviateurs anglais ont bombardé un important champ d’aviation entre tournai et Mons.
Sur le front italien, canonnade et combats d’artillerie. Des patrouilles ont enlevé un important matériel sur le plateau d’Asiago. Un avion autrichien a été abattu.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 30 septembre 1917

Louis Guédet

Dimanche 30 septembre 1917

1115ème et 1113ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 matin  Nuit assez calme. Vers 5h bombardement vers Cérès, qui m’a tenu éveillé jusque vers 6h, et à peine rendormi qu’il me faut me lever pour la messe de 7h, dite par l’abbé Divoir. Peu de monde, pas d’autres prêtres. Pas de sermon, le Salut final.

Hier M. Houlon nous contait dans le cabinet du Maire que des soldats du 3ème Génie commandés par un sergent étaient venus lui demander des plaques de fonte, et comme il avait à peu près ce qu’ils désiraient, il leur demanda de venir avec lui au Port-sec pour les prendre. Têtes des susdits, et le sergent de dire : « Mais c’est dangereux là-bas, çà bombarde ! » Houlon de leur répondre : « Oui, mais si vous voulez prendre ces plaques, il faut venir les chercher avec moi ! » Palabre, hésitations !! Bref le gradé de tirer presque au sort pour…  y envoyer 2 de ses hommes, tandis que lui…  resterait là à attendre !!… C’est bien sous-off !! Cela. Triste peuple…  et combien d’exemples comme celui-ci. Bref Houlon partit avec les 2…  sacrifiés quérir ces fameuses plaques de fonte !… Ils revinrent sains et saufs !

5h soir  A la Poste à 10h on me signale un entrefilet du Petit Rémois au sujet de la décoration de Jean et sur moi : « Tel père, tel fils ». Rien à dire. Rien à faire. Carte de M. Bossu, heureux de sa traversée, et de sa nouvelle résidence. Il me dit avoir écrit le jour même à Herbaux, toujours pour mon affaire, avec des articles de journaux. Il est temps que cela finisse, c’est ce que je lui écris et dis. Qu’on se hâte ! Et qu’on ne parle plus de moi. Répondu à toutes ces lettres, et portées à 2h. Acheté « Écho » chez Michaud. Causé un instant avec l’abbé Camu 6, rue du Clou dans le Fer, qui était à sa fenêtre, des événements, de toutes sortes de choses, affaires Monier (Ferdinand Monier, Président du Tribunal de 1ère Instance de la Seine, lié avec Bolo), Turmel, Bolo et autres jouisseurs semblables, en en concluant que nous ne sommes pas encore prêts à être délivrés, victorieux et avoir la Paix. Toutes nos pensées ne sont pas gaies, loin de là !!

Rentré chez moi pour mettre la dernière main à ma valise, et souffrir en silence, seul, isolé, sans encouragement, avec la mort dans l’âme et à chaque instant suspendue au-dessus de ma tête !! Quelle vie ! Quelle obsession lancinante, mortelle !

8h soir  Je relis l’entrefilet « Tel père, tel fils » du Petit Rémois d’aujourd’hui. Il y a du cœur de sa part, et mon Dieu, je lui en serai reconnaissant car il a fait vibrer la corde sensible !…  non pas les coups d’encensoir sur mon nez ! loin de là, mais celle que tout Père a pour son fils quand il a de l’Honneur, qu’il est Brave et qu’il fait son Devoir, (comme son 2nd frère Robert qui est aussi décrochera un jour sa Croix de Guerre) et le Petit Rémois dit avec juste raison dans la finale cette phrase : « Le jeune Jean Guédet a le droit d’être fier de son père comme son père est fier de lui ». Oui, je suis fier de mon Jean, de mon Robert, de mes 2 braves sous Verdun ! « Foin de Moi » (Racine, Plaideurs, II, 5) çà n’a pas d’importance, mais nos petits tiennent de la race des Guédet et des Guériot (ancêtres paternels à St Martin-aux-Champs).

Quant au paragraphe précédent cette finale, hum ?! Comme je l’écrivais sur une carte de visite à Guiot : « Merci pour mon Jean, mais tudieu ! vous allez me faire fusiller !… »

Voilà le texte : « M. Guédet est encore un de ces vaillant Rémois dont « les officiels » semblent peu se soucier mais qui dédaignent les stupides hochets et qui se contentent de l’estime et de l’admiration de leurs concitoyens ».

L’estime ? soit ! J’en suis fier et heureux si c’est exact, mais l’admiration !!!! Non, j’aime mieux un 420 que ce coup…  d’encensoir ! Qui m’incite à l’orgueil !!! Bienvenu, mon ami, tu exagères !!

Néanmoins…  merci ! de tout cœur pour mon Jean !!…  Mais que vont penser et dire Dramas ? Beauvais, Guichard et Cie ?? Je ne puis qu’être fusillé…  dans toute cette histoire… !?  après tout, les Boches ont bien failli m’envoyer 12 balles dans la peau (rayé). Alors…  le 3ème coup fait…  feu !! Dit-on !…

Le Petit rémois où a été publié cet article figure en pièce jointe de ces Mémoires, il est daté du dimanche 30 septembre 1917.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Dimanche 30 septembre 1917 – Très beau temps.

Promenade, l’après-midi, pour la première fois hors des limi­tes de Reims, en compagnie de MM. Vigogne et Pouleteaud, par Saint-Brice, Tinqueux, le Mont Saint-Pierre et la route de Paris.

Nous rencontrons sans qu’ils aient cessé de se faire entendre une forte canonnade devant Reims et le bruit des mitrailleuses vers Courcy.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Dimanche 30 – + 9°. Nuit tranquille sauf coups fréquents de mitrailleu­ses, fusils ou grenades. Journée assez tranquille. Visite de M. le Curé de S. J.B. de la Salle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 30 septembre

Aucune action d’infanterie.
La lutte d’artillerie a pris une assez grande intensité sur le front de l’Aisne, notamment dans les secteurs du Panthéon et d’Hurtebise.
Sur la rive droite de la Meuse, le bombardement continue, violent de part et d’autre, dans la région au nord du bois le Chaume. Deux avions allemands ont été abattus par nos pilotes.
Des escadrilles ont bombardé les terrains d’aviation de Staden, Roulers, Cortemark et les cantonnements de la région.
Sur le front belge, activité d’artillerie normale. De nombreuses patrouilles allemandes ont tenté de faire des incursions dans les lignes de nos alliés. Leurs tentatives ont été vaines sauf sur un point, d’où l’agresseur a été, d’ailleurs, aussitôt chassé.
En Macédoine (Strouma et Vardar), activité d’artillerie assez sérieuse de part et d’autre. Rencontres de patrouilles sur la Strouma et dans la vallée de Devoli.
Les Russes ont perdu un contre-torpilleur qui a coulé sur une mine.
Les troupes italiennes, par un coup de main bien réussi, ont rectifié leur ligne entre la Serra di Dol et les pentes nord du San Gabriele. Elles ont capturé 8 officiers et 216 hommes. Malgré les retours offensifs de l’adversaire, elles ont maintenu leurs positions. Les avions italiens ont bombardé la zone de Voichazza (Carso) et la place de Pola.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

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Mardi 10 juillet 1917

Paul Hess

10 juillet 1917 – Attaque allemande, au cours de la nuit, vers les tranchées de Courcy. Pendant une heure et demie, nos pièces font un vacarme assourdissant.

Mauvaise nuit… passée après beaucoup d’autres.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 10 – De 3 h. à 5 h. Combat très près de Reims, à La Neuvillette. Visite du nouveau Major qui remplace le Colonel Frontil, que des blessures obligent à quitter Reims. Visite à MM. Gaube, Houlon, Hamel. A 8 h. soir, quelques obus sifflent et tombent vers Sainte-Clotilde.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Samedi 30 juin 1917

Louis Guédet

Samedi 30 juin 1917

1022ème et 1020ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Nuit relativement calme, bataille vers Moronvilliers. A 10h1/2 la pièce habituelle bombarde vers Courlancy une 15aine (quinzaine) d’obus, et puis je n’ai plus rien entendu que de loin en loin. Du reste il a plu presque toute la nuit. Ce matin temps couvert à la pluie, lourd. Je vais pousser jusqu’à la place d’Erlon pour tâcher de voir Charles Heidsieck, puis je rentrerai pour une donation entre époux. Encore une journée bien triste qui se prépare pour une fin de mois. Du reste ce mois de juin aura été bien triste et douloureux pour moi.

Les quatre feuillets suivants ont disparus.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

30 juin 1917 – Bombardement.

Vers 13 h 1/2, quatre ou cinq obus font explosion soudaine­ment, dans le quartier, pendant que nous prenons le café, entre collègues, rue Courmeaux, derrière les Halles (café Néchal). Un passant, M. Liégeois est tué par le deuxième projectile, à l’angle des rues Legendre et Cérès ; les autres éclatent rue Courmeaux, rue Saint-Crépin et rue de l’Avant-Garde, au coin de la rue Bonhomme.

Ce jour, notre cuistot de la « comptabilité », l’ami Guérin, nous quitte pour aller rejoindre sa famille.

Guérin habitait encore il n’y a pas longtemps, 240, rue du faubourg Cérès, aux confins de la zone militaire évacuée et inter­dite. A quelques pas du cimetière de l’Est, il était demeuré toujours à ce point de la ville, où commençaient des boyaux par lesquels les Poilus, avec qui il vivait en somme après sa rentrée du bureau, allaient en ligne. Son beau-père, resté avec lui, avait été intoxiqué par les gaz en cet endroit avancé.

Par là, il n’y avait plus guère de civils et un jour qu’au bureau nous avions eu lieu de nous inquiéter vivement de ne l’avoir pas vu arriver comme d’habitude, après un bombardement sérieux, j’étais allé chez lui, conduit aussi vite que possible, en auto, par Honoré, le vaguemestre de la mairie qui, en arrivant à hauteur de la rue des Gobelins, s’y était dirigé brusquement et s’était arrêté aussitôt, en me disant :

« Je ne peux pas aller plus loin avec ma voiture, les Fritz nous taperaient dedans ; je vais la garer, à l’abri et vous atten­drai ici. »

Je n’avais donc qu’à continuer pour trouver la maison, en longeant une longue série de ruines, d’immeubles brûlés les uns à la suite des autres, à droite du faubourg, dont le côté gauche était dans le même état — mais le 240 était encore debout.

L’absence de Guérin n’avait été occasionnée par rien de fâ­cheux, heureusement. Pour me dédommager du voyage qu’il m’avait causé inutilement, il m’avait dit :

  • « Tiens ! tandis que tu es ici, veux-tu voir les Boches ?
  • Je veux bien, où ça ?
  • Eh bien, m’avait-il ajouté, viens au grenier ; seulement, ne te montres pas à la lucarne, tu pourrais recevoir un coup de fusil.
  •  Ah, merci ! tu as raison de prévenir, lui avais-je-répondu, mais, je me doutais bien tout de même qu’il ne doit pas faire bon regarder à toutes les fenêtres, chez toi. »

La lucarne exposée au nord-est, était ouverte — elle l’était probablement toujours. M’indiquant alors une place, en face, con­tre le mur, que je gagnai en me baissant, il me passait une jumelle, et, si je ne voyais pas de Boches, je distinguais parfaitement tout ce que l’ouverture me laissait voir des lignes blanches de leurs tran­chées, sur le bas de la pente, entre les routes de Witry et de Cernay.

— Il n’est pas rare, m’avait-il expliqué, que des balles de fusil ou de mitrailleuse viennent claquer dans les tuiles de la toiture.

Je comprenais ; en effet, si près des lignes.

Une malheureuse nouvelle, celle de la mort de son fils aîné, tué sur le front, lui était parvenue récemment. Nous avions remar­qué combien il en était resté affecté et nous prenions part à sa peine, d’où était venue, en grande partie, la décision qu’il avait prise de partir de Reims. Nous admettions trop bien ses raisons.

Au soir de cette journée, où notre camarade quitte définitive­ment le bureau de la « comptabilité », il nous souhaite « bonne chance ». Nous remercions Guérin et en lui serrant la main, nous lui exprimons sincèrement le même souhait.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 30 – + 16°. Nuit tranquille. Pluie. Matinée tranquille. Visite de deux Aumôniers de la nouvelle Division 167e. Le Père Doncœur et M. Du­bois (?) ami de Mgr Labauche. Visite de MM. Lenoir, député de Reims et de M. Forgeot, aussi député de la Meuse, ensemble. Nuit agitée. Combat du côté de Courcy, attaque allemande. Il me semblait au Crapouillaud(1) et à la grenade. Un homme a la jambe coupée par un obus.

(1) Le nom de crapouillot figure assez bien l’aspect trapu d’un crapaud que présentaient les mortiers de tranchée.
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 30 juin

Grande activité de combat sur le front de l’Aisne et au nord-ouest de Reims.

Près du village de Cerny, l’ennemi qui avait réussi d’abord à prendre pied dans notre première ligne en a été rejeté par une contre-attaque énergique de nos troupes. Puis il a renouvelé sa tentative et a pénétré une seconde fois dans nos tranchées.

Au sud-est de Corbeny, l’attaque déclenchée par les Allemands a été particulièrement violente. L’ennemi a engagé des troupes spéciales d’assaut qui ont essayé d’enlever un saillant de notre ligne de part et d’autre de la route de Laon à Reims. Ses contingents ont dû refluer avec de fortes pertes.

Sur la rive gauche de la Meuse, dans la région bois d’Avocourt-cote 304, un violent bombardement a été suivi d’une puissante attaque allemande sur un front de 2 kilomètres. La puissance de nos feux a réussi à désorganiser l’attaque qui a pu prendre pied en quelques points de notre première ligne. Une autre tentative des Allemands a été complètement repoussée.

Sur le front d’Orient, canonnade à la droite du Vardar et vers la Cervena-Stena. Une attaque bulgare a été repoussée dans la région de Moglenica.

La Grèce a rompu avec l’Allemagne, l’Autriche, la Bulgarie et la Turquie.

Le croiseur-cuirassé Kléber a coulé sur une mine au large de la pointe Saint-Mathieu. Il y a 38 victimes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 27 juin 1917

Paul Hess

27 juin 1917 – L’Éclaireur de l’Est annonce 2 500 obus pour le 25 et le com­muniqué dit que Reims a été violemment bombardé. Il n’exagère pas, le communiqué, car depuis plus de huit jours et sans disconti­nuer, le pilonnage de notre ville est absolument effrayant.

— Un obus, ce jour, dans la maison de mon beau-frère, sur la partie que j’habite seul, 10, rue du Cloître.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 27 – + 15°. Nuit tranquille, bombardement de 8 h. à…. 1 obus ; puis un autre, découronnent une de nos cheminées ; et mutilent l’autre, dont l’état est dangereux. M. Trilhart, Père du Saint-Esprit, aumônier mi­litaire, m’invite à aller bénir le cimetière militaire de la Neuvillette28 (400 tombes), 410e régiment infanterie. Un obus tombe sur la maison, pendant qu’une sœur reconduit un visiteur au portail. Le 1er obus a lancé un gros morceau de son ogive dans le parloir ou petit bureau des Sœurs. Bombar­dement violent toute la matinée. Visite du Général de Vallières, 191e Divi­sion, qui s’en va et avec lui du Général Schmidt (protestant) de la 167e division qui remplace celui qui nous quitte. M. Schmidt me fait les offres les plus bienveillantes de services. Visite à Rœderer, à l’Orphelinat Rœderer, au Général Cadou, non trouvé, qui s’en va à Epemay.

Le soir vers 7 h., visite aux tombes (à la Neuvillette) du 410e, en compa­gnie du Général de Vallières. Rendez-vous dans les ruines de l’église dé­vastée. Comme c’est dangereux, le Général de Vallières a voulu venir. Il nous fait marcher 2 à 2 seulement, à assez longs intervalles, pour ne pas provoquer les obus des allemands qui nous voient de la vallée de Courcy. Arrivé au cimetière je bénis les tombes, sans convocation des soldats à cause de la proximité de l’ennemi. Après cela le Général nous quitte (je crois) et nous allons le long du canal, à travers les soldats qui s’y installent et par les boyaux… avec les officiers dans une tranchée. C’est le lieutenant Colonel Voiriot qui nous conduit et nous reçoit à sa table – il commande le 410e régiment décoré de la Croix de Guerre et cela à l’Ordre de l’Armée (Écho de Paris, du 18 juillet). Il nous quitte dans la nuit. Au sortir du dîner, je rencontre une planche sur laquelle on avait écrit : « Boyau Cardinal Luçon29 ». Nous rentrons sans encombre à 9 h. et demie. Le Général de Vallières, reparti avant dîner, nous envoya son automobile pour revenir à Reims.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 27 juin

En fin de journée, après une courte préparation d’artillerie, nos troupes ont prononcé une brillante attaque au nord-ouest d’Hurtebise, sur un éperon solidement organisé par l’ennemi. Tous nos objectifs ont été atteints en quelques instants. La première ligne allemande est tombée en notre pouvoir. Des contre-attaques ennemies, lancées aux deux extrémités de la position enlevée et appuyées par un violent bombardement, ont été brisées par nos feux. L’ennemi, surpris de la rapidité de l’attaque, a subi des pertes élevées et a laissé plus de 300 prisonniers, dont 10 officiers entre nos mains.

Divers coups de main ennemis sur nos petits postes, dans le secteur d’Ailles, dans la région de Tahure et en Argonne, ont échoué sous nos feux.

Les Anglais ont poursuivi sur les deux rives de la Souchez leurs succès de la nuit précédente, au sud-ouest de Lens. Ils ont réalisé des progrès sur un front de 2500 mètres. Ils ont fait des prisonniers au cours d’une opération de détail au nord-ouest de Croisilles. Ils ont repoussé un coup de main à l’ouest de la Bassée.

Canonnade réciproque dans la région du Vardar et dans la boucle de la Cerna, où une forte reconnaissance bulgare a été dispersée à coups de fusil et de grenades.

Ador, député de Genève, a été nommé conseiller fédéral helvétique à la place de M. Hoffmann.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 13 juin 1917

Louis Guédet

Mercredi 13 juin 1917

1005ème et 1003ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Temps lourd, orageux, mais beau. Nuit assez calme. Rien de saillant. De la lassitude, et même de l’affaissement. Courrier assez volumineux, répondu. Vu Albert Benoist, causé, lui aussi en a assez. Il m’a causé de Paris et de son indifférence. Cependant les Parisiens sont assez déconfits de l’échec du mois dernier, mais cela ne les empêche pas de s’amuser.

Reçu ce matin visite de Triquenot (restaurateur 5, rue Pluche) qui a été prévenu indirectement que demain l’autorité militaire avait l’intention de l’enlever demain, lui et sa femme, à Branscourt (près de Jonchery-sur-Vesle). Il ne sait toujours pas pourquoi. Il est assez inquiet et il y a de quoi. Encore un coup de force et de brutalité. Ils risquent peut-être de tomber cette fois sur un… « bec de gaz » qui se nomme Lenoir ! Alors je ne réponds pas de la casse !

Rentré rompu, annihilé. Je suis comme une loque. Tout me brise, tout me rompt le cœur. Je n’en puis plus. Mon Dieu ! Mon Dieu ! Quelle agonie !… Mon vieil expéditionnaire, M. Millet, me racontait qu’un porteur de journaux, M. (en blanc, non cité) passant devant les bureaux de la Division installés en face de la Brasserie de Courlancy, au n°135, et où demeure le Général de Division, un officier d’État-major fait monter ce porteur, lui demanda un journal qu’il porta au général en le priant d’attendre, et quelques instants après l’officier revint et rendit au porteur son journal en le priant de déguerpir ! On ne peut être plus goujat !… Il y a ce cela 2 ou 3 jours…  le papa Millet doit me donner les noms et date.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

13 juin 1907 – A 22 h, attaque allemande, vers Courcy.

Bombardement la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 13 – + 17°. Nuit tranquille sauf gros coups de canon et quel­ques bombes sifflantes au loin. Visite du Père Pfliger et du P. Griesbach, et du Père qui a desservi Clairmarais. Visite du Capitaine du Temple, qui a été à l’Orphelinat de Bethléem pendant les grands bombardements, à Cormontreuil, à…, ami de Charles Desormeaux, de Pierrefitte. Visite du Général de Bouyer à Villers-Allerand, et du Général des Vallières, et d’un Capitaine.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Mercredi 13 juin

Activité moyenne des deux artilleries sur la plus grande partie du front. Au cours d’incursions dans les tranchées allemandes, vers la butte du Mesnil et dans la région de la Haute-Chevauchée, nous avons effectué des destructions nombreuses et ramené une dizaine de prisonniers.

Un avion allemand a été abattu en Lorraine par nos canons spéciaux; les deux aviateurs ont été faits prisonniers.

Les Anglais ont avancé sur un front de 3 kilomètres et capturé un nouveau village.

Les Belges ont repoussé un parti ennemi qui les attaquait près de Dixmude. Action d’artillerie sur ce front, dans le secteur de Steenstraete-Hetsas.

Un des avions de chasse belge a abattu un appareil allemand qui est tombé près de Boerst.

Au front d’Orient, nous avons repoussé plusieurs coups de main de l’ennemi sur la rive droite du Vardar. Dans la boucle de la Cerna, lutte d’artillerie au cours de laquelle nous avons incendié une batterie ennemie. Les avions britanniques ont bombardé Patuo.

A la suite d’une communication qui fut faite au cabinet d’Athènes par le haut commissaire des puissances protectrices, Constantin 1er a abdiqué en faveur de son second fils Alexandre.

La France et l’Angleterre ont répondu au sujet de leurs buts de guerre à la récente proclamation du gouvernement russe.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 16 avril 1917

Louise Dény Pierson

L’image contient peut-être : plein air

16 avril 1917

L’autorité militaire donnait beaucoup de facilités aux personnes désirant quitter la ville, notamment en assurant l’enlèvement des meubles.
C’est ainsi que nos amis Mavet purent rapidement déménager, ayant trouvé un logement à Malakoff : quatre grandes pièces, plus cuisine, pouvant convenir à deux ménages. Sitôt installés, ils insistèrent pour qu’Émilienne vienne les rejoindre avec les enfants, ce qui fut fait très peu après. Nous perdîmes momentanément nos amis, ma sœur et mes nièces qui, de Malakoff, nous conseillaient vivement d’en faire autant… Mais mes parents ne voulaient pas s’éloigner et laisser vide notre petite maison de Sainte-Anne.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Lundi 16 avril 1917

947ème et 945ème jours de bataille et de bombardement

7h matin  Hier soir il tombait une pluie fine. Ce matin, temps nuageux avec brise assez forte, de la neige sur le gazon. A 6h1/2 Nuit calme, pas entendu d’obus siffler, mais nos canons n’ont cessé de tirer. Il y a une batterie toute proche de la maison qui la fait trembler, et n’est pas sans m’inquiéter à cause des ripostes allemandes qui nécessairement nous éclabousseraient. Quand donc n’entendrai-je plus ces pièces aboyer comme des monstres. A 6h1/2 il faut se lever, la bataille fait rage et on ne s’entend pas. Les avions nous survolent et montent la garde.

7h  Les petites laitières sortent de leur dépôt de la rue des Capucins. Voilà des femmes qui ont été courageuses, héroïques, par tous les temps, au propre et au figuré, sous la mitraille elles ont toujours fait leur service. Bien des fois quand je les entendais rester tout en caquetant entre elles sous les obus, je pensais que je ne voudrais pas que mes bonnes sortissent sous une telle mitraille. Ce sont des humbles qui méritent l’admiration.

J’oubliais hier de conter que j’avais encore trouvé 2 russes ivres, comme des polonais quoique russes, à la sortie d’une autre maison place d’Erlon. Je fis le geste de mettre la main au revolver. Alors tous deux de lever les bras et de me crier : « Kamarad !! Niet ! Niet !! » Gesticulant, faisant des signes de croix (ils y tiennent) pour prouver l’innocence (!!?) de leurs intentions !! Bref ils se mirent à se sauver tout en titubant, c’était tordant ! Si je me souviens de cette scène, je crois qu’eux aussi en conserveront un…  mauvais souvenir de ce terrible…  « Fransouski » qui joue du revolver sur des pauvres soldats russes qui visitent des caves pour…  se désaltérer à nos frais !!

9h1/2 matin  La bataille continue toujours.

11h matin  Le combat semble se calmer, il dure depuis 6h du matin !! Un soldat aurait dit à ma bonne que cela allait bien ?

On m’a apporté le coffre-fort de la famille Valicourt. Le Père, la mère, la fille (morte la dernière) asphyxiés par les bombes asphyxiantes, hier 15 avril vers 1h du matin. J’en fais l’ouverture et la description : des valeurs dont je trouve la liste : une obligation Crédit Foncier qui est chargée de numéros, il manquerait une obligation Varsovie, mais elle semble avoir été remplacée par une Pennsylvanie. Du reste cette liste date de 1905, une pièce de 100 F or, 400 F en or et 290 F en billets de banque… On me laisse tout cela avec une caisse en carton Lartilleux (carton de la pharmacie de la place St Thimothée). Si cela continue je pourrais m’établir marchand de bric-à-brac !!

5h1/4 du soir  Reçu à midi encore des valeurs d’une dame Veuve Giot, asphyxiée, 59, rue Victor Rogelet. Je finis de déjeuner, prépare le pli Valicourt, et vais à la Poste du Palais prendre mon courrier. Lettre désolée de ma pauvre femme. Je la remonte comme je puis. Comme je descendais de mon cabinet du Palais, j’entends une altercation dans la salle des pas-perdus. Le R.P. Griesbach, rue Nanteuil, 6, à Reims et Pierlot, impasse St Pierre, discutaient avec un nommé Paul Alexis, employé de bureau aux Docks Rémois à Reims, mobilisé à la 6ème section, secrétaire d’État-major, planton cycliste à la Place de Reims, matricule 2247, qui avec un de ses collègues également attaché à la Place, le nommé Fernand Baillet, qui s’est lui défilé, aurait crié : « Couac ! Couac ! » (jeu douteux qui consistait, pour de jeunes anticléricaux, à imiter le cri du corbeau lorsqu’ils croisaient un religieux en soutane noire) en passant devant le R.P. Griesbach qui causait avec l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, vicaire Général, et l’abbé Haro, vicaire de la Cathédrale. Dupont se démène parce qu’un médecin major, capitaine à 3 galons, décoré de la Croix de Guerre étoile d’argent, lui a demandé son livret pour prendre son nom et le signaler à la Place. Je m’approche et comme je m’informe le Docteur me dit : « Vous êtes le commissaire de Police ? » Je lui réponds que non, mais juge de Paix de Reims. Alors il m’explique l’affaire et me remet le livret pour prendre les renseignements. Je fais monter mon homme avec le R.P. et Pierlot. (Robinet dentiste, témoin se défile !!) Il n’a pas le courage de son opinion celui-là. Comme je leur dis de me suivre un soldat de l’état-major à libellule vient se mêler de l’affaire et m’interpelle. Alors je le plaque en lui demandant de quoi il se mêle, et que cela ne le regarde pas, et qu’il me laisse la paix. Il rentre dans sa…  libellule aussi celui-là !!

Monté je prends note de toute l’affaire, le pauvre Couaceur Dupont fait dans ses culottes, et excuses sur excuses. Le R.P. tient bon…  et on s’en va. A peine Dupont est-il parti que le Brave Père Griesbach me prie de n’en rien faire et de ne rien signaler à l’armée, au G.Q.G. de la Vème Armée, trouvant que la leçon avait été suffisante. Je suis de cet avis, mais j’ai le citoyen sous la main. Gare s’il bronche !! Il était 2h1/2. Je file à la Mairie pour avoir des nouvelles, qui sont très bonnes parait-il ! Devant les Galeries Rémoises rue de Pouilly j’entre m’excuser de n’être pas allé déjeuner hier comme je l’avais à demi-promis sans m’attendre. Au moment de repartir, des bombes. A la cave, où je reste jusqu’à 4h1/2. Je rentre à la maison vers 5h où l’on était inquiet. Par ailleurs on a des nouvelles bonnes, Courcy, Brimont seraient pris. On serait à Auménancourt-le-Grand. On dit les troupes massées pour l’assaut de Cernay ce soir.

Curt me dit que les 2 petits meubles de Marie-Louise et de ma pauvre femme, fort abîmés par notre incendie et confiés aux Galeries pour être réparés sont réduits en miettes. Cela me serre le cœur. Nos ruines ne cesseront donc pas. J’ai dit qu’on mette tous ces débris en caisse. En rentrant on me dit que le Papa Morlet de chez Houbart s’est foulé le pied en tombant d’une échelle. Je vais aller le voir. Ce n’est qu’un effort. Ce ne sera rien.

8h35  En cave pour se recoucher. 10ème nuit couché sans se déshabiller. Je n’aurais jamais cru qu’on s’y faisait aussi facilement.

A 7h je finis de clore et sceller mes plis consignations Valicourt et Giot. A 7h1/2 je les porte à mon commissaire Cannet, qui est vraiment brave !! Je ne me suis pas trompé, cet homme-là est un homme de valeur…  Intelligent, de sang-froid et ne reculant pas devant les responsabilités. A signaler, c’est à mon avis un futur commissaire central dans une grande ville, ou commissaire à Paris. Il les remettra (mes plis) à la première voiture d’évacués demain à 8h… En allant je suis passé rue Clovis voir l’École Professionnelle. Atterré par les décombres, c’est épouvantable, c’est une crevaison de maison mise à jour. Je remonte rue Libergier. La maison Lamy, une dentelle, un autre 210 dans la rue, de quoi enterrer un cheval. Je continue toujours, rue Libergier, en face de la porte particulière de Boncourt, 2 trous d’obus côte à côte ont formé une cave de 10 mètres de diamètre au moins au milieu de la chaussée, perpendiculairement à la rue Tronsson-Ducoudray et à la statue de Jeanne d’Arc (en tirant 2 perpendiculaires) un trou de 5 mètres de profondeur !! On me dit que la Cathédrale a reçu 14 bombes semblables !! Jeanne d’Arc toujours glorieuse et triomphante n’a rien et dans la pénombre du ciel gris surveille la place et lève toujours son glaive vengeur.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

16 avril 1917 – Canonnade très sérieuse vers Brimont. C’est le déclenche­ment de la grande offensive de notre part, annoncée comme de­vant donner les résultats décisifs.

Nous avons dû encore abandonner le bureau et rester tout l’après-midi à la cave. Ainsi que les jours précédents, nous y res­sentons les fortes secousses des arrivées et des explosions lors­qu’elles se produisent au-dessus de nous, c’est-à-dire sur l’hôtel de ville et son voisinage immédiat.

Nous sommes groupés, à quelques-uns, du côté du calori­fère, qui n’a pas fonctionné depuis la guerre, et assis sur des lits, nous causons doucement. La situation considérée dans sa plus triste réalité, tandis que ne cessent de tomber les projectiles, par rafales, est jugée par tous comme véritablement tragique. On ne voudrait cependant pas s’avouer qu’il est de plus en plus clair que les chances d’en sortir sont moindres que les risques d’y rester tout à fait. On essaie tout de même de blaguer un peu, parfois, tout en bourrant une pipe, pour tuer le temps, mais la conviction n’y est pas. Guérin, lui-même, n’a jamais fumé sa petite « acoufflair » avec autant de gravité. Nous nous trouvons l’un en face l’autre, et, à certain moment, nos regards se croisent ; il me demande :

« Eh bien ! crois-tu que nous remonterons aujourd’hui ? »

Ma réponse est simplement

« Mon vieux, je ne sais pas. »

Nous avons eu certainement la même pensée : pourvu qu’un 210 ou qu’un percutant à retardement, comme les Boches nous en envoient maintenant, ne vienne pas nous trouver jusque là, dans ce pilonnage frénétique de gros calibres !

— Le soir, après avoir lestement dîné à la popote et appris, avec plaisir notre avance sur Courcy, Loivre, etc. je puis, malgré tout, retourner coucher dans la cave du 10 de la rue du Cloître ; ses occupants sont navrés du décès de Mlle Lépargneur, voisine, de l’immeuble mitoyen avec celui de mon beau-frère — qu’ils m’ap­prennent dès mon arrivée.

Cette malheureuse personne avait été intoxiquée hier matin dimanche, atteinte par les voies respiratoires, alors qu’elle gravis­sait sans méfiance les dernières marches de sa cave, où elle s’était abritée pendant le violent bombardement ; celui-ci prenait fin en effet, mais un obus à gaz avait éclaté quelques instants auparavant, dans la cour de la maison.

L’Éclaireur de l’Est, indique le chiffre de quinze mille obus, tirés sur Reims, au cours de l’effroyable avant-dernière nuit et de la matinée d’hier.

Pendant l’après-midi, aujourd’hui, le bombardement a été particulièrement dur sur le centre et la cathédrale, qui a été atteinte par une quinzaine d’obus de gros calibre, dont quatre sur la voûte. Son voisinage a été massacré. La cour du Chapitre, la place du Parvis, certaines maisons de la rue du Cloître sont méconnaissa­bles, dans cette dernière rue, derrière l’abside, M. Faux a été bles­sé mortellement, alors qu’il se trouvait dans l’escalier de la deuxième cave de la maison Gomont.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Place du Parvis


Cardinal Luçon

Lundi 16 – + 2°. Neige presque fondante sur la pelouse. Nuit extrême­ment agitée, mais entre batteries. Pas d’obus autour de nous, si ce n’est en petit nombre. A 6 h., activité d’artillerie qui nous a fait croire au déclenche­ment de l’offensive annoncée pour le printemps(1). Des bombes sifflent. A 9 h. 45, visite de M. le Curé de Saint-Benoît. Il m’apprend qu’hier, 15, trois personnes de sa paroisse, réfugiées dans son presbytère, y sont mor­tes des gaz asphyxiants. Son clocher est criblé par des obus et son église aussi ; la toiture est trouée ; le plafond écroulé, les murs percés de brè­ches. On dit que nous avons attaqué les tranchées ennemies et fait 200 pri­sonniers. Visite de M. le Curé de Saint-André : son clocher est démoli ; église incendiée, église en ruines. De 3 h. à 4 h. 1/2, Bombardement de la Cathédrale pendant 1 heure 1/2 avec des obus de gros calibre. Un ving­taine d’obus ont été lancés sur elle. Le 1er tomba à moitié chemin du canal ; le second se rapprocha de 200 mètres ; le 3ed’autant ; le 4e et les suivants tombèrent sur la Cathédrale ou dans les rues adjacentes, sur le parvis. Les canons allemands lancèrent un obus par chaque cinq minutes environ ; le temps de remplacer l’obus lancé par un autre obus. Un homme a la jambe coupée par un obus dans sa cave, rue du Cloître. L’abside de la Cathédrale est massacrée. 13 obus au moins l’ont touchée. Les rues sont jonchées de pierres, de branches d’arbres commençant à avoir des feuilles, de lames de zinc ou de blocs de plomb fondu projetés par les obus tombés sur les voû­tes. Tout le monde se terre dans les caves. En nous apercevant, M. Sainsaulieu vient à nous ; la terreur règne dans la ville : on dirait la fin du monde. Sept à neuf grands cratères sont creusés dans les rues et sur la place du parvis creusés par la chute des projectiles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Début de l’offensive Nivelle sur le Chemin des Dames et au Nord de Reims (premier engagement des chars de combat français à Juvincourt). En dépit de la discrétion du Cardinal, on perçoit  bien que cette action a fait l’objet d’innombrables bavardages avec son  déclenchement et qu’elle était donc attendue de pied ferme par l’adversaire sur un terrain particulièrement favorable à la défensive

Lundi 16 avril Deuxième bataille de l’Aisne

Activité d’artillerie au nord et au sud de l’Oise. Nos reconnaissances ont trouvé partout les tranchées ennemies fortement occupées.

En Champagne, violente canonnade. Escarmouches à 1a grenade à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Nos reconnaissances ont pénétré en plusieurs points dans les tranchées allemandes complètement bouleversées par notre tir.

Sur la rive droite de la Meuse, l’ennemi a lancé deux attaques : l’une sur la corne nord-est du bois des Caurières, l’autre vers les Chambrettes. Ces deux tentatives ont été brisées par nos feux.

En Lorraine, rencontres de patrouilles vers Pettoncourt et dans la forêt de Parroy. Nos escadrilles de bombardement ont opéré sur les gares et établissements du bassin de Briey et de la région Mézières-Sedan. Les casernes de Dieuze ont été également bombardées.

Les Anglais ont arrêté une forte attaque allemande sur un front de plus de 10 kilomètres de chaque côté de la route Bapaume-Cambrai. L’attaque a été repoussée sauf à Lagnicourt, où l’ennemi a pris pied, mais d’où il a été aussitôt chassé. Nos alliés ont enlevé la ville de Liévin et la cité Saint-Pierre. Sur tout le front de la Scarpe, ils se sont avancés à une distance de 3 à 5 kilomètres de la falaise de Vimy. I1s arrivent aux abords de Lens.

Les Belges ont pénétré dans les deuxièmes lignes ennemies qu’ils ont trouvées inoccupées, près de Dixmude.

Violente canonnade en Macédoine, entre le Vardar et le lac Prespa.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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