• Tag Archives: Clairmarais

Vendredi 21 décembre 1917

Louis Guédet

Vendredi 21 décembre 1917

1197ème et 1195ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps magnifique, froid. Journée fatigante à cause des allées et venues que j’ai été obligé de faire pour l’ouverture de mes coffres-forts de demain, avenue de Laon. Lepage, cette brute, est parti. Je suis donc sans séquestre. Je cours à la Place pour lancer une dépêche au Procureur. Ce dernier m’envoie aussi une dépêche qui se croise avec la mienne. Bref, je cours de là à la Ville où je demande à Minet de remplacer Lepage, il accepte. Je télégraphie au Procureur de le désigner comme séquestre et je prends Monbrun à qui je fais prêter serment dans mon cabinet. Tout cela m’a pris mon après-midi. Courrier peu important heureusement. Vu Beauvais qui ne m’a rien appris. Vu Dor pour le contrat de mariage de sa fille, cela va encore retarder mon départ pour St Martin. Vu le Maire et Raïssac, causé un instant. Voilà ma journée et je suis très fatigué. Demain ce sera de même hélas. Rentré chez moi avec Houlon qui m’a dit que vers le 8 décembre nous avions failli avoir les allemands dans Reims. Il y avait des masses de troupes rassemblées devant la Ville.

Bonnes nouvelles des miens. Maurice a tiré son premier pierrot avec Jean. Il en était très fier. Pauvre petit ! Pauvre grand ! Voilà mes 2 grands au front, au péril, que Dieu les protège.

Reçu la visite de l’abbé Debout, curé de Champfleury, qui m’a apporté le reste du trésor de ses paysans, soit 10 000 F en or (pièces de 20 f) à employer en Bons de la Défense nationale. J’ai écrit immédiatement à M. Gilbrin pour le lui annoncer et le prier de m’envoyer les bons. Durant ce mois j’aurais ramené pour près de 26 000 F d’or.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

21 décembre 1917 – Beau temps. Tir sur avions.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 21 – – 3°. Nuit tranquille, froid, temps couvert. Via Crucis in Cathedrali, hora 9a. Visite au quartier de Clairmarais et aux Trois-Fontaines. (vu Madame Mayer – qui s’occupe des malheureux) pour le projet de Fourneau économique. Canonnade le soir de 7 à 9 h. ou 10 h. Nuit assez bruyante (du 21-22) aux tranchées, surtout entre 2 h. 1/2 et 4 h. du matin. Coups de fusils fréquents et de mitrailleuses.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Vendredi 21 décembre

Activité moyenne des deux artilleries sur l’ensemble du front, plus vive dans la région des Caurières.
En Lorraine, une forte attaque allemande, précédée d’un violent bombardement, sur nos tranchées au nord de Reillon, a complètement échoué. L’adversaire a laissé de nombreux cadavres sur le terrain.
En Haute-Alsace, nous avons repoussé un important coup de main ennemi tenté sur nos positions de Gluckerveld (sud-est d’Altkirch).
Des avions allemands ont lancé des bombes dans la région de Dunkerque et de Calais : 4 tués, 10 blessés.
Dans la région du lac Doiran, activité d’artillerie assez vive. Les troupes britanniques ont exécuté un coup de main au cours duquel elles ont capturé quelques prisonniers.
Dans la région des lacs, les troupes russes ont dispersé des reconnaissances ennemies.
Sur le front italien, les Austro-Allemands ont attaqué sur le front Tasson-col dell’Orso. Ils ont été rejetés avec des pertes très graves. Un autre détachement a été repoussé au mont Solarolo.
Au sud de Sasso-Rosso (val Frenzola), nos alliés ont fait des prisonniers.
Sur la Vieille-Piave, activité locale de combat. Toutes les tentatives ennemies pour passer le fleuve ont été déjouées. Les marins italiens ont fait 35 prisonniers.
Deux avions ennemis ont été abattus.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

Share Button

Samedi 8 décembre 1917

Paul Hess

Nuit du 8 au 9 décembre 1917 – Bombardement ininterrompu.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 8 – + 6°. Nuit tranquille sauf quelques obus qui sifflent, et s’en vont tomber au loin. Item pendant la messe. Mgr Neveux va à Villedommange avec M. Camu. Visite à l’Asile des Petites Sœurs des Pauvres avec M. Compant ; maison dévastée. Visite de M. Charles et de M. Mailfait pour Fourneau à installer, si utile et possible, à Clairmarais.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Share Button

Lundi 25 juin 1917

Louis Guédet

Lundi 25 juin 1917

1017ème et 1015ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 matin  La nuit a été calme. J’ai pu dormir. Ce matin canonnade habituelle. C’est bien fatiguant. Le temps est nuageux, mais la journée s’annonce belle. Les journaux ne disent rien. Je ne sais même plus pourquoi on s’obstine à les lire, pour ce qu’ils nous disent. Des bêtises, des mensonges pour nous leurrer, nous tromper et nous endormir.

Hier soir après dîné j’avais été porter une lettre à la Poste, et en sortant je me suis heurté à M. Jean Bondelle, propriétaire du Café Jean. Jean qui se trouve au coin de la rue Clovis et de la rue Hincmar 41 – 43. Le papa Jean, comme d’ordinaire nous taillons une « bavette », et dans la conversation, comme on causait des décorations dernières, il m’apprend que tous les soirs vers 5h/6h Beauvais, Dor le charcutier, Hapillon, un original, et Joliat (à vérifier) du Grand Bazar, un suisse, venaient pour une heure là à jouer à la Manille et surtout bavarder. C’est là, parait-il, que s’ébauchent les fameuses listes à rubans pour être soumises ensuite au comité…  d’Appel, composé de Dramas, Beauvais, Guichard qui tient alors ses assises dans la salle à manger de Dor, charcutier place Drouet d’Erlon, au coin de la rue St Jacques, impasse St Jacques 2, sous la présidence de la belle ?? et opulente Madame Louis Dor. Voilà comment sous la 3ème République et sous les bombes les décorations sont distribuées. On n’oublie pas les copains, croyez m’en, et encore bien moins ses rancunes politiques et personnelles.

En veine de confidence, le Père Jean me confiait tout cela d’un air convaincu et surtout important. Bref son café est devenu une succursale du Palais de la Légion d’Honneur, excusez du peu. On en aura vu de drôles durant cette Guerre !…  mais surtout des tristes et des navrantes.

Tout à l’heure en allant chercher mes lettres à l’École Professionnelle transformée en Hôtel des Postes, Hôtel de la sous-préfecture, Caserne des Pompiers de Paris, etc…  etc…  et centre du Gouvernement municipal « d’à côté » représenté par l’unique, le seul Beauvais. Je vais tâcher de voir ce dernier pour connaître son sentiment sur l’article du Petit Rémois qui l’a pas mal éreinté, lui et son aréopage politicien. Je suis curieux de voir l’impression qu’il en a, ce sera une étude de psychologie…  politique qui me permettra de l’analyser de plus près. C’est intéressant pour l’avenir de ces notes…

Le Maire de Reims, le Docteur Langlet, né le 7 septembre 1841, 76 ans, champenois de race dont il a la longue et haute stature, posture largement développée, belle tête toute blanche fine, surtout le nez très fin, grande barbe blanche émaciant l’ensemble de cette physionomie de médaille, yeux bleus très perçants et parfois pétillants de malice rusée.

En dehors de son héroïsme durant cette guerre et connue de tous, héroïsme entêté en bon champenois, le caractère du Maire est surtout dominé par cet entêtement contre lequel on ne peut rien. On s’y heurte comme contre un roc. C’est là la seule difficulté qu’on rencontre dans ses rapports avec lui, aussi s’agit-il de le tourner pour arriver avec lui à ce que l’on veut. Il y a un moyen notamment qui réussit assez souvent, c’est avec de la patience de lui insinuer une première fois son idée, mais d’une façon très vague, très superficielle et attendre, pour revenir à la charge quelques temps après pour laisser germer dans son esprit de façon qu’il la croit sienne, alors si vous arrivez à cela, votre idée triomphera et vous aurez réussi. Il est droit, quelque fois brutal, mais rarement. Sa vie est d’une simplicité patriarcale comme ses mœurs. Dans le fond il est particulièrement bon, seule la politique le durcit, et alors il devient 1848 ; vieille barbe à tous crins par principe, et périsse tout plutôt que cela.

Ses débuts dans la vie ont été très durs. D’une famille modeste il est arrivé assez difficilement au doctorat en médecine puis à l’École de Médecine. Très critiqué, très discuté comme capacités professionnelles par ses collègues de l’École surtout, il s’est relié en lui-même, et n’ayant que peu de satisfactions de ce côté, il s’est alors jeté à corps perdu dans la politique avancée. C’est un lutteur, et surtout un tenace, et il est arrivé ainsi à la force du poignet. Et arrivé Maire de Reims, c’est la Guerre qui l’a révélé et a fait de lui ce qu’il est. Une physionomie rémoise pour l’Histoire de notre ville et de la France… Il est foncièrement bon et il a continué à exercer sa profession de médecin et surtout en faveur des pauvres, des petits, des humbles et des malheureux. Au point de vue religieux (sans croyance je crois) à mon avis il n’est et n’a été sectaire que par principe, sans plus, en raison intellectuelle il reviendra à mon avis à des idées plus marquées en matière religieuse, sinon d’une conversion. C’est un humanitaire faisant le bien et agissant par pur sentiment du devoir et par dédain de toute récompense. On dirait qu’il l’accomplit simplement par orgueil de le faire. Pour le principe à ce point de vue c’est un idéologue. Il agit par dédain de tout. Il agit en apôtre, pour l’Idéal qu’il s’est créé. Il est intelligent, subtil, écrivant bien quand il le veut. Mais cette rigidité de mœurs, de caractère, d’idées mêlées à son entêtement inné, parait quelque fois être de l’apathie. Durant l’occupation allemande, et je crois déjà je l’avoir dit dans ces notes, quand il luttait contre les von Zimmer et consorts prussiens, parfois je me suis demandé s’il se rendait bien compte du danger que sa ténacité, sa résistance entêtée lui faisaient courir. Je ne crois pas, et là il y avait certainement dans son esprit et sa conduite une lacune qui pouvait amener les pires catastrophes. En tout cas c’est une belle physionomie digne de passer à la postérité et malgré ses défauts (qui n’en n’a pas) et les critiques dont il a été et il est encore en but. C’est un héroïque Civique, que j’admire sincèrement.

1h1/2 soir  On reparle de l’Évacuation de Reims. (Rayé) eux qui ont tout (rayé) maintenant qu’au lieu (rayé) français (rayé).

5h1/2 soir  Les allemands ont bombardé de midi à 3h du soir sans discontinuer vers le Barbâtre et le Faubourg Cérès, sans qu’un seul canon des nôtres ne répondit !! Tout le monde croit et ne s’en cache pas que nos états-majors le font exprès pour nous forcer à partir. C’est honteux. Ces jours-là on ne voit pas un officier courir les rues soyez-en certain.

Les trois-quarts de la page suivante ont été découpés.

…tirer de sous, et allez donc.

6h1/4 soir  Canon et bombardement toute la journée, on en est assommé. Ils ont tiré surtout sur St Nicaise où nous avons des batteries, sur Ste Anne, et un peu partout. C’est bien fatiguant et surtout déprimant, on est continuellement en éveil, et tout en travaillant on est en alerte. Reçu lettre du Procureur de la République qui me demande de lui signaler les confrères de l’arrondissement cités et décorés. Sur 39 notaires de l’arrondissement il y avait 16 mobilisés…

Les trois-quarts de la page suivante ont été découpés.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

25 juin 1917 – L’ennemi redouble d’acharnement vis-à-vis de nous. Bombar­dement des plus serrés sur les batteries de la rue Hennequin et le quartier Neufchâtel, qui est massacré de la place Luton à la rue Blondel.

Reprise du bombardement vers le Barbâtre.
Le communiqué annonce aujourd’hui 1 200 obus pour la journée du 24.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi 25 – + 15°. Aéroplanes, tir contre eux. Visite à Clairmarais avec M. Abelé (le Curé). De 1 h. à 6 h. Bombardement acharné. De 12 h. à 6 h. des éclats tombent chez nous. Visite de M. Pierre Abelé.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 25 juin

A l’est de Vauxaillon, une vive contre-attaque nous a rendu la majeure partie du saillant encore tenu par l’ennemi au nord-est de la ferme Moisy.

Assez grande activité des deux artilleries dans la région Hurtebise-Craonne. Au sud de Juvincourt, nos contre-batteries ont enrayé un violent bombardement de nos lignes. Une contre-attaque allemande, qui se préparait dans cette région, n’a pu sortir de ses tranchées sous la violence de nos feux.

En Champagne, nous avons aisément repoussé une attaque ennemie au nord-est du Cornillet.

Vers Auberive, nous avons effectué un coup de main et ramené des prisonniers.

Canonnade sur la rive gauche de la Meuse.

Sur le front belge, les Allemands bombardent la région de Dixmude et de Steenstraete-Hetsas. Lutte de bombes à la Maison-du-Passeur. Les Anglais ont fait des prisonniers au sud de la Scarpe, au cours d’engagements de patrouilles. Canonnade vers Croisilles et Messines.

En Macédoine, rencontre de patrouilles dans la région du lac Doiran. A l’est du lac Presba, l’ennemi a exécuté de violents tirs d’artillerie et de mitrailleuses sur nos tranchées : il n’a tenté aucune action d’infanterie.

Le nouveau cabinet von Seidler, composé de fonctionnaires, est constitué à Vienne.

Un complot allemand, sur lequel le Storthing délibère en secret, a été découvert en Norvège.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Samedi 5 mai 1917

Louis Guédet

Samedi 5 mai 1917

966ème et 964ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Beau temps, mais orageux et lourd, du reste le soir il y a eu des orages dans la région. Nuit bombardement. Journée calme. Ce soir à 8h canonnade furieuse vers Brimont, cela m’indiffère. Car pour les résultats…?!…  si demain sans doute encore des arrosages et des incendies !! (Rayé)…  Journée lourde à passer come le temps. Je suis incapable de faire quoique ce soit. Je vais, je viens, je somnole tout éveillé. A la Poste ce matin vu Beauvais, causé. A 2h retourné à la…

Le bas de la page a été découpé.

…qui me propose de faire de suite un inventaire du mobilier, de vendre, etc…  mais d’où sort-il aussi celui-là…  Je vais lui proposer de venir le faire son inventaire…  Cela le…  refroidira.

En quittant la Poste, je rencontre Vénot qui part à Paris. Je lui donne une lettre pour Madeleine à St Martin, et je rentre chez moi en passant par les Tilleuls. Je suis exténué de chaleur. Il est 4h1/2. Je me jette sur mon lit dans la chambre et somnole, rêve. Bompas m’a apporté le linge et l’argenterie de la Chambre des notaires. Le brave garçon en a assez et part mercredi dans son village natal. Je ne puis le retenir, il n’a plus rien à garder, notre malheureux Hôtel de la Compagnie étant anéanti. A 8h1/4 je descends écrire dans ma cave.

Honoré, le pompier que je vois à la Poste, me confie qu’il a trouvé dans un appartement qu’il est chargé de surveiller une veste d’uniforme d’un lieutenant du 76ème de ligne. Il l’a déposé à la Place comme pièce à conviction. C’est la continuation des pillages, mais comme ce sont des galonnés, l’affaire sera enterrée.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Bombardement toujours intense, aujourd’hui vers Clairmarais.

– Après un déblaiement sommaire de l’escalier de descente, le personnel de la « comptabilité » reprend possession ce jour, pour le repas de midi de sa popote, maintenant sous les ruines, encore toutes chaudes, de l’hôtel de ville. Les portes d’accès au sous-sol ont été brûlées, mais tous les ustensiles ayant été retrouvés intacts, à leurs places, ont resservi séance tenante.

M. Luchesse, secrétaire du commissaire central, fait à la « comptabilité », les honneurs de la cagna qu’il partage avec M. Gesbert, commissaire du 4e et M. Noiret, secrétaire – dans laquelle ils viennent également se réinstaller.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

ob_e7d2e9_langlet

L’Illustration


Cardinal Luçon

Samedi 5 – +15°. Nuit moins troublée en ville. Autour, vers Brimont, ombat d’artillerie, vers 3 h à 5 h du matin, bombes continuellement lancées sur la ville. Après-midi, visite aux Trois-Fontaines. 5 h canons français. Orage à 8 h 30. Pluie

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Samedi 5 mai

Une opération brillamment conduite, nous a rendus maîtres du village de Craonne et de plusieurs points d’appui à l’est et au nord de cette localité. Le chiffre des prisonniers faits par nous et jusqu’à présent dénombré est de 150.
Au nord-ouest de Reims, après une vive préparation d’artillerie, nous avons déclenché une attaque au cours de laquelle nos troupes ont enlevé les premières lignes allemandes sur un front de 4 kilomètres et ont fait 600 prisonniers, dont 8 officiers. En Champagne, lutte d’artillerie violente au sud et au sud-ouest de Moronvilliers.
Sur la rive gauche de la Meuse, deux coups de main sur les lignes adverses, l’un au Mort-Homme, l’autre au bois d’Avocourt, nous ont permis de ramener des prisonniers. A l’ouest du Mort-Homme, nous avons arrêté net une tentative ennemie.
Violent combat sur le front britannique, à l’ouest de Quéant et au nord de Fresnoy. De nombreuses réserves ennemies sont entrées en ligne. Les Anglais ont pénétré dans un secteur de la ligne Hindenburg et s’y sont maintenus, malgré d’incessantes contre-attaques. Ils ont enlevé le village de Fresnoy et un front de 3 kilomètres et capturé 900 Allemands.
M. Nilo Pecanha est nommé ministre des Affaires étrangères du Brésil.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

Share Button

Jeudi 5 avril 1917

Louis Guédet

Jeudi 5 avril 1917

…pauvres petits. Que faire ? Que dire ? Que décider ?

Vu M. et Mme Becker qui m’ont dit grand bien de mon grand Jean, son capitaine en dit beaucoup de bien, et son collègue le capitaine Cornet. Il est très bien noté par ses chefs.

Ce soir audience de réquisitions militaires, à 2h1/2.

6h1/4 soir  Vu ce matin à l’Hôtel de Ville M. Charlier, le chef de bureau des allocations militaires, commission cantonale, qui m’apprend que sa maison rue de Courcy, 52, (rue Roger-Salengro depuis 1946) a été broyée hier par le bombardement, 3 ou 4 obus. Vu Camuzet qui me dit les ruines des terribles bombardements, rue St André (rue Raymond Guyot depuis 1946), rue Jacquart, place de Bétheny (place du Docteur Knoëri depuis 1927) qui n’est plus qu’une ruine, rue Coquebert, rue de Savoye, clinique Lardenois, clinique Lardenois, rue Werlé, maison Girardin fort abîmée (rayé). Enfin de tout cela des ruines, toujours des ruines. Beau champ d’expériences militaires, comme le disait avec tant…  d’humour nos galonnards. C’est tout ce que trouvent à dire ces soudards à qui il ne manque plus que l’uniforme allemand pour être complets.

Les Postes Muire et Vesle sont installées au Palais de Justice dans la Chambre civile. Là j’y rencontrais hier l’un des Directeurs (rayé) qui hier, blanc de peur  me dit : « oh ! mais si çà bombarde…

La demi-page suivante a été découpée.

Audience de réquisition militaire, 2 affaires, dont l’affaire Janin, entrepreneur de bois de construction. Son frère, clerc de notaire est venu pour lui. J’ai saisi l’occasion de dire à celui-ci que je n’admettais pas que son frère qui ne jugeait pas à propos de se présenter, accusant Payen d’avoir voulu se dérober au danger il y a un mois lorsqu’il avait été convoqué la première fois !! Payen n’était pas venu à cause du verglas, et parce que l’autorité militaire ne lui avait pas permis de venir à Reims… Non ces gens-là sont inconscients. Ce sont eux qui se défilent depuis 1914 et accusant les autres de se dérober !! C’est un comble !!! Janin a senti la leçon ! Il pourra la répéter à son pleutre de frère.

Je ne pars pas demain. Je n’ai pas de voiture. Dois-je partir samedi ou dimanche ??? Je ne sais !! Cette incertitude me fait réellement souffrir. Je suis pris entre le Devoir civique et le Devoir paternel, l’affection paternelle ! Celui-ci, celle-ci, il est vrai doit passer après celle-là ! C’est dur ! Mon Dieu, éclairez-moi. Et faites que je puisse aller à St Martin embrasser mon père et ma femme et mes Petits. Il n’y aura que mon Robert qui me manquera. Pauvre Petit. Aucune épreuve ne m’aura été épargnée, aucun sacrifice !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Le communiqué en date de Paris, 4 avril, 7 h, que nous lisons ce matin dans les journaux, annonce notamment ceci :

L’ennemi a violemment bombardé la ville de Reims, qui a reçu plus de 2 000 obus ; plusieurs personnes de la population civile ont été tuées.

— Aujourd’hui, au cours de l’après-midi, des obus tombent à proximité des voies du chemin de fer, impasse Paulin-Paris, rue Duquenelle et, la nuit, les sifflements se font entendre de nouveau

à plusieurs reprises, tandis que les projectiles éclatent vers la porte de Paris, l’avenue de Laon, les Promenades, la rue de Cormicy,

— Le Courrier donne les différentes communications ou formations suivantes :

Nouvel avis à la population.

En raison de la fréquence et de l’intensité des bon dements, le sous-préfet de Reims, au nom du gouvement par son ordre, engage les habitants de Reims qu’une obligation impérieuse ne retient pas, à quitter la ville pour quelques temps. Il insiste principalement sur le devoir absolu des chefs de famille de mettre sans retard en sécurité leur femme et leurs enfants.

Ainsi qu’il a été dit, toutes facilités seront donnée: le retour des personnes qui se trouvent actuellement à Reims, dès que les circonstances le permettront.

Le sous-préfet de Reims : Jacques Regnier

Ville de Reims.

Le service du ravitaillement dispose de deux mille de cassoulet (viande et haricots) qui peuvent être cédées immédiatement à la population aux prix de :

– 0,85 F la boite de 500gr.
– 1,55 F la boîte de 1 kg.
et d’une petite quantité de morue.

S’adresser à l’abattoir municipal et aux soupes populaires de Melle Foubiaux et de Mme Perottin.

Départs.

Les autos militaires qui conduisent à Epemay nos concitoyens n’étant pas toutes remplies par les vieillards et les jeunes enfants, les places restantes seront mises à la disposition des autres personnes désirant quitter Reims.

On devra s’inscrire, à partir de 5 h du soir au commissariat central.

Contre les gaz asphyxiants. Conseils.

Des personnes ayant été incommodées en portant secours à d’autres personnes victimes d’accident, il est rappelé que le premier soin à prendre est de revêtir son propre masque, et, si possible, d’appliquer celui du blessé.

Revêtir également son masque lorsqu’on pénètre dans une maison qui a reçu des obus asphyxiants.

L’adieu aux partants.

M. le maire de Reims était présent au premier convoi automobile emmenant des vieillards et des enfants.

Il les a salués en termes pleins d’émotion et avec un at­tendrissement visible.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi-Saint – Jeudi 5 – + 3°. Nuit assez agitée ; bombardement violent jusqu’à 10 h. soir. Ronflement lointain de la canonnade toute la nuit, Berry- au-Bac et la Neuvillette, attaque allemande. Le matin, silence jusqu’à l’heure de la messe à 8 h. Visite à Clairmarais ; autel et abside anéantis. Retrouvé sept hosties sur 10. Les personnes pieuses ont demandé d’être communiées avec ces 7 hosties retrouvées. Ciboire écrasé sous le piédestal de la statue du Sacré-Cœur. Bombardement à partir de 2 h. Visite à Saint-Remi : un obus est entré par une fenêtre du chœur (Nord-Est à peu près) ; est tombé près du tombeau de Saint Remi, y a projeté des débris de maçon­nerie d’une arcature du triforium, sans faire aucun mal au tombeau. Bom­bes toute la soirée. Canons français de 10 h. à minuit. Bombes allemandes jusqu’à 4 h., sur l’abattoir où elles font une brèche à la maison du con­cierge ; le Café du XXe siècle a sa devanture brisée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 5 avril

Nos troupes ont continué à refouler l’ennemi sur le front de la Somme à l’Oise et l’ont rejeté au delà d’une position dominante très importante, jalonnée par les villages de Grugies, Urvillers, Moy, qui ont été enlevés brillamment par nos troupes.

Au nord de la ferme de la Folie, les Allemands, bousculés par une attaque irrésistible de nos soldats, ont lâché précipitamment trois lignes de tranchées précédées de réseaux de fils de fer en abandonnant des blessés, et un important matériel; trois obusiers de 150 et plusieurs camions d’escadrille sont tombés en notre possession.

Au sud de l’Ailette, aucun changement dans la situation.

Violente lutte d’artillerie dans la région de Margival et de Laffaux.

En Woëvre, nos pièces à longue portée ont pris sous leurs feux des détachements signalés en gare de Vigneulles.

Dans les Vosges, un avion allemand a été abattu par le tir de nos canons spéciaux.

Les Anglais ont infligé un échec aux Allemands à 1’ouest de Saint-Quentin.

Les Russes ont été refoulés sur le Stokhod par les Austro-Allemands.

Jusserand, ambassadeur de France, a été longuement acclamé par la foule à New-York.

Goremvkine, ancien premier ministre russe, qui avait été emprisonné, est devenu fou.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

Share Button

Mercredi 4 avril 1917

Louis Guédet

Mercredi 4 avril 1917

935ème et 933ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Temps de pluie, froid, maussade, du vent. Nuit à peu près tranquille, mais il est tombé quelques obus tout proche, que j’ai entendus dans mon demi-sommeil. Écrit ce matin au Procureur de la République pour lui dire mon intention d’aller à St Martin ces jours-ci, et lui demander de me faire obtenir un ordre de rentrer à Reims en cas d’urgence, même durant la Bataille. Je lui réclame cela avec insistances, comme un Droit, et un Devoir.

Écrit à Madeleine pour lui dire que j’arriverais peut-être vendredi ou samedi, mais qu’elle ne compte pas absolument sur moi, car mon départ peut être retardé et faire l’objet de bien des aléas. Du reste ce soir je suis bien embarrassé et indécis pour savoir ce que je dois faire, partir maintenant, ou attendre, que faire ?

Été rue Souyn (rue Guillaume depuis 1935), voir M. Millet, lui porter des coupons à toucher. Il a reçu une bombe bien près. En sortant rencontré M. Frey (Théodore Albert Frey (1862-1940)), de la Banque Chapuis qui m’apprend que celle-ci est fermée d’aujourd’hui, c’est charmant !! A la place de Chapuis, tant qu’à faire, j’aurais eu à cœur de laisser ma Banque ouverte, ou même entrouverte.

La Place déménage de la rue Dallier, 1, pour s’installer rue Jeanne d’Arc, au n° chez Mme Georges Goulet ! Pensez donc, la bombe du Papa Millet leur a fait faire dans leurs culottes à tous ces embusqués. Quels lâches. Tout le monde a les nerfs tendus, on trépide et trépigne, il serait grand temps que cela cesse, on est à bout de forces.

Été Hôtel de Ville, rien appris. A 4h1/2, comme j’y étais, bombardement et bataille jusqu’à maintenant 7h du soir. Je suis rentré en zigzaguant, sous les bombes.

Je suis bien perplexe. Dois-je ou ne dois-je pas partir vendredi ? Mon Dieu éclairez-moi, protégez mon Robert, ma femme, mon Jean, mes enfants.

9h soir  La bataille se rallume, le canon roule formidablement vers Cormontreuil, Taissy, La Pompelle, que ponctuent les obus allemands d’un son clair et sonore, avec l’écho que je connais trop, hélas !! claquant, métallique ! et qui arrive méthodiquement, mathématiquement, à la Prussienne. Si j’étais mon Roby, je chronomètrerais presque comme lui. Le pauvre petit est peut-être dans cette tourmente !!…  hélas !

Je viens de lire l’analyse du message de Wilson, sans Lansing j’espère, car celui-là il m’a rudement « Lanciné ! » Mercant !! va…  Y compris Wilson…  l’hésitant…   Toujours la « bédite gommerce ». Ils arrivent pour la curée ! Ils vont nous envoyer 10 ou 20 000 hommes, et nous réclameront en échange des milliards. Calicots va !…

L’honneur de la Guerre n’existe plus !! on fait la Guerre pour la galette

Aurons-nous tout de même un ressaut d’Honneur ? qui permettra aux gens de cœur qui ont soufferts, qui ont été opprimés, de dire à tous ces mercantiles, ces calicots, ces repus, ces satisfaits, ces lâches, ces embusqués que l’Honneur prime l’argent, et çà, leur faire comprendre, sinon le leur bourrer dans le crâne, même à coups de revolver !! ou de browning !…  Cela arrivera, la révolte gronde, la révolte rugit et elle éclatera malgré la victoire. Oui. A bas la Bourgeoisie ploutocrate, repue, satisfaite, qui a fait tuer nos enfants tandis qu’elle s’embusquait et renonçait à l’Honneur !!  pour jouir, nocer, se galvauder, se rouler dans toutes les fanges !! J’attends le châtiment inéluctable !! Il le faut pour le salut de la France. (Rayé). Honneur passe avant Argent.

La demi-page suivante a été découpée.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

4 avril 1917 – Bombardement, dans la matinée.

A 15 h 1/2, il reprend violemment et dure jusqu’à 19 h. Vers 19 h 1/4, nos pièces se font enfin entendre dans une riposte très vive, puisque durant trois quarts d’heure, les 75 du 4e canton qui se trouvent dans la direction ouest par rapport à la place Amélie-Doublié, c’est-à-dire du côté du chemin des Trois-Fontaines, tirent à là moyenne de quatre-vingts coups à la minute.

Nous jugeons prudent, ma sœur et moi, de quitter pour la nuit, le deuxième étage du 8 de la place Amélie-Doublié et de nous réinstaller au rez-de-chaussée du n° 2, dont nous étions partis après le décès de notre excellente voisine, Mme Mathieu.

  • Dans Le Courrier de la Champagne, nous lisons aujour­d’hui le compte-rendu d’une réunion du conseil municipal qui a eu lieu lundi dernier, 2 avril.

A cette séance, présidée par le maire, M. le Dr Langlet, étaient présents : MM. Emile Charbonneaux, de Bruignac, Gustave Houlon, Ch. Heidsieck, Chezel, Guemier, Drancourt et Pierre Lelarge.

Entre autres choses, le conseil décide de prendre à la charge de la ville, les frais des funérailles de deux agents de police tués par le bombardement, dans l’exercice de leurs fonctions.

  • Le journal publie également les avis suivants :

Avis de la Municipalité.

Les personnes qui désirent actuellement partir en raison des bombardements et que la crainte de ne pouvoir rentrer fait hésiter, peuvent se rassurer entièrement : la municipalité pos­sède en effet, par le répertoire des cartes de sucre, la liste com­plète des personnes résidant à Reims actuellement, et dès que les circonstances le permettront, elle interviendra, avec ces renseignements, auprès de l’autorité militaire, quelle qu’elle soit alors, pour faciliter leur retour.

Puis, à propos de la distribution d’eau :

De nombreux accidents survenant constamment dans la distribution d’eau, les habitants sont invités :

  • à faire provision d’eau, tant pour boire que pour pa­rer au besoin à un commencement d’incendie ;
  • à réduire autant que possible la quantité d’eau con­sommée.

Enfin, au sujet du ravitaillement :

En raison des difficultés plus grandes qui peuvent se produire dans le ravitaillement de détail, fabrication et distri­bution, il est prudent de faire, dans chaque famille, une ré­serve de vivres pour quelques jours.

S’il se produisait une période prolongée de danger grave, on assurerait au moins l’arrivage de pain en un certain nom­bre de points.

(Une quinzaine de lignes, qui suivaient encore ces utiles in­dications, ont été supprimées par la censure).

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 4 – Il y a des bombardements sur la ville de 10 h. soir à minuit. Chapelle Clairmarais touchée. Autel majeur dévasté, détruit ; statue du Sa­cré-Cœur renversée, Saintes Espèces et ciboire non retrouvés, ensevelis dans les décombres, depuis 2 h. 1/2 jusqu’à 10 h. soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mercredi 4 avril

A l’est et à l’ouest de la Somme après une violente préparation d’artillerie, nos troupes se sont portées à l’attaque de la position ennemie qui s’étend du nord de la ligne Castres-Essigny-Benay, depuis l’Épine de Dallon jusqu’à l’Oise. Malgré la résistance acharnée de l’ennemi, nos soldats ont atteint partout leurs objectifs et enlevé sur un front de 13 kilomètres environ, une série de points d’appui solidement organisés et tenus par des forces importantes. L’Épine de Dallon, les villages de Dallon, Giffecourt et Cerisy, plusieurs hauteurs au sud d’Urvillers sont en notre pouvoir.

Au sud de l’Ailette, nous avons continué à progresser dans la région de Laffaux, dont nous tenons les lisières. Nos troupes se sont également emparées de Vauveny et ont pris pied sur la croupe au nord de ce hameau.

L’ennemi a bombardé violemment la ville de Reims qui a reçu plus de 2000 obus. Plusieurs civils ont été tués.

Les Anglais ont pris Hemm-sur-Cojeul, après un dur combat. Une contre-attaque ennemie a été brisée. Nos alliés ont aussi occupé le bois de Ronssoy.

Le président Wilson a lu au Congrès américain un message constatant l’état de guerre et déclarant que les États-Unis coopéreront avec l’Entente.

Mme Sturmer, la femme de l’ancien premier ministre de Russie, s’est suicidée en se coupant la gorge à l’aide d’un rasoir.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

Share Button

Mardi 3 avril 1917

Louis Guédet

Mardi 3 avril 1917

934ème et 932ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Tempête de vent et de pluie toute la nuit qui m’a réveillé vers 3h du matin, mais je n’ai pas entendu à 1h du matin les bombes qui seraient tombées à proximité. Je ne sais encore où. Il faut. J’étais exténué de fatigue et de manque de sommeil. Il parait que dimanche il serait tombé 2048 obus ! Hier avant midi on en comptait plus de 600. Finiront-ils ? Tout le monde part. C’est la panique habituelle conséquence de tels bombardements. Mais je crois qu’en 1914, nous n’en n’avions jamais reçus autant en une seule journée, si c’était leurs P.P.C. on oublierait bien volontiers…  mais !…

6h1/2 soir  Voici exactement le nombre d’obus lancés sur la ville hier. 3ème canton 1200, 2ème canton 623, 4ème canton 438 environ, soit environ 2200 à 2500 obus ? Aujourd’hui même sérénade, si cela continue ils ne laisseront rien de la ville. Des victimes. Vu Dondaine qui évacue sa femme et son fils à Épernay demain. 2 obus sont tombés dans une maison voisine de la leur, portant le n°97, rue Ste Geneviève, leur cassant tous leurs carreaux.

A 1h1/2 j’avais simple police, 7 nouvelles affaires, 5 anciennes. Speneux mon ministère public, commissaire de police du 3ème canton, est arrivé avec 1h de retard, nous avons donc ouvert la séance à 2h1/2  / 3h. 3 personnes sont venues (un gendarme comme témoin et une femme et son gamin, jet de pierre). La séance a été vite enlevée, d’autant que çà tapait dur et que Speneux était encore émotionné des 210 qui tombaient dans son quartier en venant. Il n’a pas voulu fixer de séance pour le 1er mai 1917 !!!

Ce qu’ils sont froussards !!!

J’apprends au Palais que la Grande Poste qui était au Pont de Muire et qui bombardée s’était réfugiée il y a 8 jours rue Martin Peller, aux Écoles, rebombardée, se réinstalle au Palais dans la salle de correctionnelle près du cabinet où se tenait M. Bossu, Procureur de la République. Le sous-préfet, lui, s’installe dans la crypte !! J’ai vu un des chefs de service de la Poste, il tremblait et était vert. Il a osé me dire : « Oh ! mais c’est la dernière fois que nous déménageons, et si nous sommes bombardés nous quitterons Reims ».

En sortant du Palais, je vais à l’Hôtel de Ville où je vois entrer derrière moi M. Chapron, le Préfet de la Marne (André Chapron est resté Préfet de la Marne de 1907 à 1919). Il y a réunion dans le cabinet du Maire avec le Maire, Charbonneaux, de Bruignac, le Général Lanquetot, Régnier sous-préfet de Reims et Chapron. C’et pour s’entendre sur l’évacuation de la population inutile. J’irai demain à la Ville, et je saurai de quoi il retourne. Rentré sous le canon, il était temps que je quitte l’Hôtel de Ville, car il est tombé des obus tout proche quelques instants après que j’étais parti, rue Henri IV notamment, des victimes.

En rentrant, j’avais cette impression assez singulière…

Le bas de la page a été découpé.

Je suis à bout de nerfs. Je me sens bien délabré. Des avions français nous survolent en ce moment. Il y a au moins 15 jours/ 3 semaines que nous n’en avions vu un seul. Depuis ces 3/4 derniers jours de bombardement intensif nos canons n’ont pas répondu. Enfin les voilà qui tonnent, cela me réconforte un peu. Des obus allemands sifflent très haut…  en réponse. Mais que c’est triste d’être bombardé, de recevoir une pluie de mitraille sans entendre les nôtres répondre !!

Reçu lettre fort triste de ma pauvre femme et affolée aussi, elle me dit que des employés de la Préfecture de la Marne vont dans nos pays et environs de St Martin demander aux Maires des locaux pour loger 30 000 réfugiés !!…  Rémois !!!  et nous sommes ici 17 000 !!! Je lui réponds pour la tranquilliser. Robert a quitté le 29 ou le 30 mars Nanteuil-la-Fosse, en sorte que toute ma déconvenue d’hier est consolée un peu puisque je ne l’aurais plus trouvé là. Il serait remonté vers Berry-au-Bac. Pauvre Petit !! que Dieu le protège !! Jean pense quitter Fontainebleau le 6 ou 7 courant. Je vais donc partir ou samedi ou lundi à St Martin. Je vais écrire à mon Procureur de la République pour lui demander de me donner une réquisition me permettant de rentrer à Reims quand je voudrai, coûte que coûte. Je tiens à être là au moment de l’attaque, des dangers, au milieu de mes justiciables. C’est mon Devoir et mon Droit.

Le bas de la page a été découpé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

3 avril 1917 – Nouveau bombardement furieux toute la journée.

Dans l’après-midi, à 16 h 1/4, nous devons interrompre le travail et quitter le bureau de la « comptabilité », des obus éclatant derrière l’hôtel de ville.

Lorsque les camarades se sont levés, pour aller s’abriter ailleurs, je les ai suivis jusqu’à la porte, puis, me ravisant je suis revenu à ma place, avec l’idée de les rejoindre tout à l’heure, la pensée m’étant venue que je pourrais essayer de profiter du mo­ment libre, pour mettre mes notes au point. Je les ai quelque peu négligées par les bombardements répétés et assez déprimants de ces jours derniers ; je ne voudrais pas rattraper mon retard en ins­crivant simplement à la fin de la semaine « Bombardements très violents », ce qui serait exact, certes, mais ne me donnerait satisfac­tion que s’il s’agissait d’en terminer, en mettant vite le point final au récit de nos misères. S’il m’est donné plus tard de revoir mes car­nets, je tiens à y retrouver les particularités des journées tragiques qu’il nous aura fallu traverser, car lorsqu’il m’arrive de jeter un coup d’œil sur leur contenu, je suis surpris moi-même, de revivre bien des instants de notre existence à Reims, qui seraient oubliés si je ne les y avais notés. Un obus chasse l’autre, et avec les distribu­tions qui nous sont prodiguées…

Je suis donc encore très absorbé quand j’entends, dans le couloir, la conversation de quelques employés qui réintègrent le secrétariat, maintenant que c’est fini. Je reconnais ensuite le pas de Guérin, revenant, lui aussi, d’une station de trois quarts d’heure ou une heure peut-être au sous-sol, car la séance, comme beaucoup d’autres déjà, a été sérieuse. Les Boches sont redevenus calmes encore une fois et je suis parvenu tout de même à faire ce que je voulais.

Pourquoi la présence, de l’autre côté de la cloison, du bon type qui ne se presse pas pour rentrer dans notre bureau de la « comptabilité » me reporte-t-elle, d’un saut, à une trentaine d’années en arrière, à l’époque où nous étions condisciples ? Les réminiscen­ces qui me traversent rapidement l’esprit me font me ressouvenir de la fin des récréations, quand chacun regagnait la classe ! Diver­tissement et âge à part, j’ai saisi sans doute, dans un rapproche­ment inconscient et assez bizarre, qu’il y a encore un peu de cela, à cette minute.

Notre camarade ouvre la porte et m’apostrophe aussitôt en disant :

« Ah, te voilà ! mais nous cherchions après toi »,

puis, fixé sur mes occupations, il se tourne vers MM. Cullier et Vigogne qui s’approchent, en leur annonçant :

« Il est là »,

ajoutant, du ton qu’il a le talent de rendre si parfaitement ironi­que :

« Il est en train de prendre ses notes ! »

Il faut entendre l’air de pitié, de commisération qu’il prend, l’animal, pour dire cela aux collègues, mais Guérin, avec son ca­ractère finement spirituel, sa philosophie, sa rondeur joviale est si serviable pour tous, que l’on ne saurait se formaliser de ses sorties. Je me contente de sourire. Arrivé auprès de ma table, il s’arrête pour me tancer, car il est mon aîné, en me disant de la manière pseudo paternelle qu’il croit devoir prendre de temps en temps vis- à-vis de moi :

« Mais, mon Paul, tu te feras tuer, avec tes notes. »

Il a déjà eu l’occasion de me rappeler que je lui dois le res­pect, cependant, comme je le sens disposé de plus à me sermon­ner, maintenant que chacun est retourné à son pupitre, je ne lui en laisse pas le temps et, à brûle-pourpoint, j’aiguille ses idées ailleurs en lui demandant :

« Alors ! tu n’es pas tout à fait mort ? »

Un peu suffoqué, il me répond en souriant :

« Euh, euh ! non, tu vois. »

« Eh bien » lui dis-je, « tu ne ferais pas mal de nous offrir quelque chose pour nous remettre de nos émotions. »

Alors, il s’exclame :

« Oh ! tu as rudement raison. »

Nous avons en effet à la cave commune qui se trouve dans la fausse cheminée de l’annexe du bureau, une variété de bouteilles dont Guérin assume la garde en sa qualité de cuistot, qu’il cumule avec celle d’employé auxiliaire — de même que nous avons dans pupitres ou nos tiroirs, des vivres en réserve (corned-beef, thon, sardines) au cas où nous nous trouverions dans l’impossibilité de quitter l’hôtel de ville pour nous ravitailler.

L’inspiration lui a paru excellente : elle a reçu tout de suite l’approbation qu’il a sollicitée et pendant dix minutes à peu près — temps de fumer une pipe à la caisse des incendiés — nous 20ns nos impressions sur la séance de bombardement qui a* de s’ajouter à toutes celles qui l’ont précédée.

Notre vive irritation, notre indignation croissante à propos des procédés sauvages, de la barbarie cruelle de l’ennemi vis-à-vis de notre pauvre cité et de ses habitants, se traduisent par quelques ¡¡•»pressions énergiques à l’adresse des Boches, que l’un de nous résume simplement, en disant :

« Ah ! les cochons. »

L’ami Guérin, occupé à remplir les verres, a dû trouver le mot insuffisamment adéquat ; il voudrait certainement en accentuer le sens à moins qu’il ne le désire mieux approprié, puisqu’il se re­tourne, la bouteille à la main, pour déclarer :

« Moi, je dis que ce sont des vaches ! »

A la nuance près, nous reconnaissons en riant qu’il y a una­nimité de sentiments.

Oui, Guérin a été compris, dans sa manière d’exhaler son mépris pour ceux qui font la guerre en s’en prenant si facilement aux civils avec leur artillerie. Son qualificatif contient la somme de nos révoltes platoniques, de nos rancœurs de Rémois à l’égard de tortionnaires férocement haineux et dépourvus de toute humanité.

Après avoir constaté que les Allemands deviennent de plus en plus furieux, nous regagnons nos places pour reprendre nos écritures ou nous replonger dans les chiffres jusqu’à 18 heures.

— Le bombardement redouble de violence, avec gros cali­bres, le soir, de 18 h 1/2 à 20 h, particulièrement vers le Port-Sec et ses environs.

Sorti de la mairie comme d’habitude, à la fermeture des bu­reaux, je suis à peine en route, que je dois revenir en arrière et me réfugier au poste des brancardiers-volontaires de l’hôtel de ville, rue de la Grosse-Ecritoire. M. Guichard, vice-président de la Com­mission des hospices, qui vient à passer, avec son auto, s’y arrête un instant, et sachant que j’habite le même quartier que lui, m’offre de m’emmener.

Nous partons alors à toute vitesse, tandis que les obus tom­bent ; nous en voyons les explosions à droite et à gauche, au cours de notre trajet qui se termine dans la cour de la maison rue Lesage 21, où M. Guichard s’empresse de rentrer sa voiture. Là, il nous faut descendre à la cave avec les gardiens de l’immeuble et une heure après, seulement, il m’est possible de quitter cet endroit, peu éloigné de mon but cependant, pour rentrer place Amélie-Doublié.

La rue Lesage est couverte d’éclats de toutes tailles.

Dans cette journée, Reims a reçu plus de deux mille obus. Il y a eu peu de riposte de notre part.

Les conduites d’eau ont été rompues en quatorze endroits, par les gros projectiles ; il est impossible de les réparer, sous le tir effrayant de l’ennemi.

La semaine passée, la mairie avait demandé que la déclara­tion des puits existant en ville fût faite au Bureau d’Hygiène, par leurs propriétaires ; ceci peut déjà servir d’indication, car au man­que d’eau actuel dans les quartiers hauts, succédera fatalement la disette totale, quand les conduites seront vidées. Si l’on peut s’ali­menter à peu près en eau potable par des moyens de fortune, il est assez inquiétant de penser qu’en cas d’incendies considérables, nous en serions réduits à la terrible situation de septembre 1914.

— La municipalité fait inviter, par les journaux, les habitants (vieillards, femmes, enfants) ou ceux n’ayant aucune obligation de rester à Reims, de quitter la ville. L’autorité militaire autorise le départ sur Epernay par la route, sans laissez-passer, avec la seule carte d’identité.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 3 – + 2°. Nuit tranquille ; non couché à la cave. Vers 1 h. du matin, bombes. A 2 h. 50, bombes sifflent ; bombardements intermittents dans la matinée. A 2 h. il reprend avec acharnement sur batteries (?). Les obus sifflent et tombent sans aucune interruption pendant une heure, et toute l’après-midi. De 10 h. soir à minuit (je crois) bombardement violent sur Clairmarais, la chapelle a été touchée. De 5 h. à 8h., bombardement violent sur paroisse Saint-André. Les quatre Sœurs de Saint-Vincent (de la rue de Betheny), M. le Curé de Saint-André, M. Grandjean son vicaire, rentraient du Salut. Ils se jetèrent dans la cave de la maison des Sœurs. Plusieurs obus, 10, 25 peut-être dont quelques-uns au moins de 310(1) ont dévasté la maison et l’orphelinat est détruit. C’est épouvantable ! quel vacarme ! Elles entendaient les obus pleuvoir ; les éclairs pénétraient dans la cave. A 7 h. M. le Curé, inquiet de rester seul à la maison, veut sortir. Un obus tombe dans la rue. Il se jette le long du mur pour l’éviter. Il se frôle contre le mur qui l’écorche un peu ; un éclat le blesse au petit doigt. Il en est quitte pour cette blessure. La rue Saint-André est jonchée de débris. Le Petit Séminaire est affreusement ravagé ; les toitures sont criblées.

Les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul de Sainte Geneviève, voyant le quartier battu par les obus, se réfugient avec leurs orphelines dans les ca­ves de M. Walfard. On aménage un caveau où je leur ai permis d’avoir le Saint-Sacrement et la Messe.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) 210 mm allemand ou 305 mm autrichien…


Mardi 3 avril

Dans la région de Saint-Quentin, nos patrouilles ont poussé au nord-est de Dallon et au nord de Castres jusqu’aux lignes ennemies qu’elles ont trouvées fortement occupées.

Dans le secteur au sud de l’Oise, fusillade assez vive aux avant-postes.

Au nord de l’Ailette, nous avons progressé dans la région de Landricourt. Au sud de l’Ailette, nos troupes, poursuivant leurs succès, ont rejeté les Allemands au delà de Vauxaillon. Des patrouilles ennemies ont été prises sous notre feu et dispersées. Le chiffre de nos prisonniers atteint 120.

En Champagne, plusieurs contre-attaques ennemies sur les positions que nous avons reconquises à l’ouest de Maisons-de-Champagne ont été arrêtées par nos feux. Des tentatives contre nos petits postes à l’est d’Auberive et à l’ouest de la ferme Navarin, ont complètement échoué.

En Alsace, nous avons réussi un coup de main au bois de Carspach et ramené des prisonniers.

Les Anglais ont pris Francilly, Selency, Holnon, le bois de Saint-Quentin, Villecholles, Bihecourt et les positions avancées de l’ennemi entre la route Bapaume-Cambrai et Arras.

On signale de nouveaux désordres à Berlin, à Dusseldorf et à Cologne.

Le Congrès américain s’est réuni en session extraordinaire de guerre pour entendre les propositions du président Wilson.

Un navire armé américain a été coulé par un submersible allemand.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

Share Button

Mardi 26 septembre 1916

Cardinal Luçon

Mardi 26 – Nuit tranquille, sauf quelques gros coups de canon, rares. A 6 h. deux aéroplanes allemands volent : tir contre eux. Visite à Clairmarais. Salut, allocution. A 5 h. 1/2 gros canon. 4 h. Aéroplane français : tir contre eux. A 5 h. 45, gros canon français ; bombes allemandes sifflantes. Reçu la carte de sept Députés venus visiter la Cathédrale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

photo : Louis Corré, collection Gérard Corré

photo : Louis Corré, collection Gérard Corré


Mardi 26 septembre

Au nord de la Somme, la bataille a repris avec violence sur le front franco-britannique. Notre infanterie a attaqué simultanément les positions allemandes entre Combles et Rancourt et les défenses accumulées par l’ennemi depuis ce dernier village jusqu’à la Somme.
Au nord-est de Combles, nous avons porté nos lignes jusqu’aux lisières sud de Frégicourt et conquis tout le terrain puissamment organisé compris entre ce hameau et la cote 140. Le village de Rancourt est également tombé en notre pouvoir.
A l’est de la route de Béthune, nous avons élargi nos positions sur une profondeur d’un kilomètre, depuis le chemin de Combles jusqu’à Bouchavesnes, pris d’assaut la hauteur au nord-est de ce village et atteint, au sud-est, la cote 130. Plus au sud, nous nous sommes emparés de plusieurs systèmes de tranchées aux abords du canal du Nord. Le chiffre des prisonniers valides déjà dénombrés dépasse 400.
Nos avions ont bombardé les gares de Ham, Hombleux, Manancourt et le terrain d’aviation de Vraignes.
Les Anglais ont progressé sur la rive gauche de la Strouma, au nord du lac Tahinos. Activité de notre artillerie du lac Doiran au Vardar. Dans la région du Brod, les troupes serbes ont abordé la crête frontière au nord de Kruzegrad. Au nord-est de Florina, nous avons enlevé les premières maisons de Petorak. A l’ouest de Florina, les Russes se sont emparés de la cote 916. Puis une contre-attaque bulgare a été repoussée.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Bouchavesnes

Share Button

Samedi 23 septembre 1916

Louis Guédet

Samedi 23 septembre 1916

742ème et 739ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Temps splendide d’automne. Vu pas mal de monde le matin et l’après-midi réunion des directeurs de la Caisse d’Épargne de Reims, nous étions 5 : M.M. Bataille, Allais (Émile Allais, notaire (1858-1931)), Payer (Alfred Payer, commissaire priseur (1847-1940)), Millet et moi. Rozey, notre Président nous écrivait pour nous demander si nous acceptions le projet d’attribution des remises (bonifications, primes) faites aux employés pour le dernier emprunt  5% 1915. Comme toujours les fuyards de Paris s’attribueraient la forte part. Nous avons protesté et demandé qu’aux trois employés restés ici sous les bombes on accorde une plus forte prime qu’à ceux de Paris, en raison des services exceptionnels rendus par ceux-ci, Beaudoin, Grandsart et Bonnet, et nous proposons que cette majoration soit prélevée sur les plus forts bénéficiaires de Paris.

Rentré ici, il m’a fallu repartir pour des donations entre époux urgentes rue du Mont d’Arène 7, en rentrant tenu jusqu’à 7h par la mère Fortelle (à vérifier) dont le mari vient de mourir, qui me revient comme cliente après l’avoir perdu par la faute de mon ancien principal clerc.

Reçu lettre de Barot pour Jean, il va comme commandant d’État-major du 6ème Corps, tâcher de faire verser ce pauvre grand au 61ème d’artillerie avec son frère Robert, ils seront enfin réunis les pauvres frères.

Écris à Rayer, mon confrère de Tours-sur-Marne qui était justement examinateur à Reims pour le concours d’aspirance que viennent de subir nos deux artilleurs. S’ils pouvaient avoir réussi et être ensemble à Fontainebleau, ce serait parfait. Je suis éreinté. Des bombes par salves de 3 d’un coup vers 11h. Des victimes vers Ste Clotilde et dégâts vers la rue de la Tirelire. A midi 1/4, au moment où je déjeunais, un 75 est venu tomber sans éclater dans le jardin de M. Floquet contigüe à celui d’ici. J’ai cru qu’il nous tombait sur le dos. Ce n’est plus le même sifflement que celui du 77 allemand et autres. Les nouvelles en général paraissent bonnes. Verrons-nous enfin notre délivrance avant fin octobre ? Que Dieu le veuille. Car je suis bien las.

Notes manuscrites annexes joints, au verso de 2 bulletins imprimés au recto de la liste suivante :

Élections à la Commission Supérieure des Caisses d’Épargne du mercredi 25 juin 1913

le Baron CERISE, Vice-Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Paris ;

PERRIN, Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Lyon ;

DERIVAUD, Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Bordeaux ;

Paul ROZEY, Vice-Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Reims ;

Rambert COUPRIE, Vice-Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Villefranche-sur-Saône ;

BOMMART, Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Douai ;

Lucien CORNET, Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Sens ;

Joseph FABRE, Vice-Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Toulouse.

Au verso, le texte manuscrit :

Le Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Reims, siégeant à Reims au siège central le 23 septembre 1916 à 2h après-midi.

Après avoir pris connaissance de la lettre de M. Rozey du 15 et le projet du tableau de répartition des remises faites aux employés de la Caisse d’Épargne de Reims pour l’emprunt 1915 5%.

Considérant qu’il n’a pas été pris suffisamment en considération les services exceptionnels rendus à Reims par les employés de la Caisse Centrale  dans des circonstances particulières connues de tous, et ainsi qu’il y a lieu d’accorder à ceux-ci une somme supérieure dont l’émolument pourrait être prélevé sur les parts des employés de la succursale de Paris les plus avantagés et qu’en outre il paraitrait ainsi plus équitable que chacun des employés de la Caisse Centrale à Reims touchent une somme égale sans qu’elle soit inférieure à celle déjà accordée à eux. Nous allons déjà en principe vers un quorum d’ensemble.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

23 septembre 1916 – Bombardement au cours de la matinée, alors que M. Doumer et quelques autres personnalités, de passage aujourd’hui, se trouvent avec le maire, M. Em. Charbonneaux et M. Raïssac, dans le cabinet de l’administration municipale.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 23 – Nuit tranquille. Beau temps. 9 h. bombes sifflent, sur les batteries probablement, mais non sur la ville. Avions français : tir contre eux. A 11 h. bombes sifflantes (sur quoi ?). Une d’elles démolit le dispensaire de la chapelle de Clairmarais, laquelle n’a pas de mal. La Croix publie prématurément la Lettre Collective du Vœu d’un Pèlerinage National à Lourdes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

clairmarais

2

Photographie de Louis Corré, collection Gérard Corré son petit-fils


Samedi 23 septembre

Au nord de la Somme, les Allemands ont lancé une forte attaque sur nos nouvelles positions, entre la ferme Le Priez et Rancourt. Elle a été arrêtée net par nos tirs de barrage. L’ennemi a subi des pertes sérieuses. Nous avons réalisé deux opérations de détail. Aux abords de Combles, une de nos compagnies s’est emparée, par un coup de main brillamment exécuté, d’une maison isolée organisée défensivement par l’ennemi et y a fait prisonniers une centaine d’Allemands dont 3 officiers. Plus à l’est, nous avons enlevé plusieurs éléments de tranchées et fait 40 prisonniers. Une tentative ennemie a été arrêtée dès l’origine, au sud de Rancourt.
Le chiffre total des prisonniers faits sur la Somme par les troupes franco-britanniques, depuis le 1er juillet jusqu’au 18 septembre, dépasse 55.800, dont 34.050 ont été pris par les troupes françaises.
Un de nos avions a bombardé les hangars d’aviation d’Habshem.
Un de nos pilotes a abattu un avion ennemi entre Combles et Morval.
Lutte d’artillerie sur le front de la Strouma.
Entre Vardar et Cerna, échec bulgare à Glovosk ; dans la région du Brod, les Serbes sont arrivés près de Verbeni, en faisant 100 prisonniers. Au nord de Florina, l’ennemi a été repoussé. Nos troupes ont progressé.
Les Roumains ont fait 140 prisonniers en Transylvanie. En Dobroudja, l’ennemi se fortifie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Lundi 21 août 1915

Louis Guédet

Lundi 21 août 1916

709ème et 707ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Beau temps, mais temps d’automne, voilà l’hiver !! Le calme. Assez occupé, pas sorti le matin. Ensuite pas mal de lettres. Nouvelles des deux artilleurs…  et de Jean par Henri Houbart  qui l’a rencontré à Avranches, et qui m’écrivait pour la mutation de son frère, c’est gentil à lui. Après-midi visite au Cardinal, qui allait sortir, causé quelques instants seulement. Causé longuement avec l’abbé Leconte et Mgr Neveux. Rencontré l’abbé Camu. Tous trouvent le temps long comme moi. Reçu lettre fort aimable de mon Procureur de la République. Je lui ai répondu. Et voilà ma journée. Quand donc cette vie monotone et solitaire finira-t-elle pour moi !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 21 – Nuit tranquille. Journée calme. Expédié épreuve de la lettre aux Cardinaux. Visite à Clairmarais aux sinistrés de la Cour Ste-Claire (baraque qui ne valait pas la peine qu’on en parlât).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

106_001


Lundi 21 août

Au nord de la Somme, violentes attaques ennemies. Les Allemands avaient réussi à prendre un élément de tranchée au nord de Maurepas; nous les en avons débusqués. 50 prisonniers ont été faits par nous. Lutte très vive d’artillerie au sud de la Somme (Belloy, Estrées).
Sur la rive gauche de la Meuse, les Allemands ont dirigé deux attaques à la grenade sur un saillant au nord-est du réduit d’Avocourt et sur nos tranchées de la cote 304. Ils ont été partout refoulés avec de grosses pertes.
Sur la rive droite, de vifs combats se sont poursuivis. Nos troupes ont conquis pied à pied l’îlot de maisons en ruines que l’ennemi occupait encore à la lisière de Fleury. Tout le village est en notre possession, en dépit de vives contre-attaques allemandes. Lutte à la grenade dans le secteur Vaux-Chapitre. Le chiffre de nos prisonniers dans la région excède 300.
Les Anglais ont poursuivi leur avance vers Guillemont et Guinchy.
Les Russes ont progressé dans la région du Stokhod, en faisant 600 prisonniers.
Le contact s’accentue sur le front de Salonique. Dans la région de Doiran, les Anglais ont pris une hauteur et nous avons capturé une série de villages.
Les Serbes ont contre-attaqué les Bulgares débouchant du village de Florina.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Dimanche 13 août 1916

Louis Guédet

Dimanche 13 août 1916

701ème et 699ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Pluie battante d’orage le matin, après-midi chaude, lourde et se rafraichissant en ce moment. Le calme. Rien de saillant. Journée fastidieuse comme tous les jours de dimanche. Été messe rue du Couchant à 7h, mis à mon courrier, parti à la Poste et remis mon courrier, que je quitte pour écrire ces quelques lignes. Je suis enfin à jour à 2 lettres près. Je vais tâcher de les écrire ce soir pour n’y plus penser. Reçu de bonnes nouvelles de Robert qui est avec son ami du collège Hanrot (Charles Hanrot 1896-1976) et un autre au 61ème. Jean est parait-il fatigué, pauvre enfant, pourvu qu’il ne tombe pas !! Tout cela n’est pas pour m’égayer dans ma solitude. Sans compter ma femme qui est toujours fort triste.

Vu uniquement 5 minutes l’abbé Camu, vicaire général, curé intérimaire de la Cathédrale et de la rue du Couchant, qui a insisté pour que j’aille voir souvent le cardinal Luçon. Je tâcherai de le faire, mais j’ai tant et tant à faire !! Voilà ma journée. Triste et monotone. Après-demain 15 août qui sera semblable !! J’aime mieux les jours ouvrables qui m’amènent forcément quelques distractions par occupations et visites d’affaires.

8h35 soir  Les Vandales recommencent !! Les Sauvages !! A 8h bombardement vers St Remy, à 8h10 les pompiers de Paris passent devant la maison, se dirigeant vers le quartier St Remy, à 8h30 on me dit que c’est l’Hôtel-Dieu vers la rue Pasteur (rue du Grand Cerf depuis 1924) qui flambe et qu’il n’y a rien à faire. Je monte au grenier sur le toit ! Spectacle inoubliable de destruction, d’horreur. Tout l’ancien Hôtel-Dieu flambe, c’est effrayant. Pourvu que St Remy ne brûle pas !! Mon Dieu ! après la Cathédrale, Saint Remy !! non ce n’est pas possible !! Vous n’écrasez donc pas ces Barbares ! Il n’y a pas de nom pour les qualifier. Du haut du Mont de Berru ou de Brimont, ils doivent exulter devant leur œuvre de destruction !! Pauvre Hôtel-Dieu ! Vieux vestige échappé des destructions de la Révolution, il te faut disparaître toi, et cela par la main des Barbares ! Sauvages. Ils ne seront donc pas châtiés ! Qu’on aille chez eux et qu’on les brûlent, les fusillent, les pendent comme des bandits de droit commun, non ce n’est plus de la Guerre !! Je ne sais ce que c’est ! Comment on appelle cela ??

8h3/4 soir  Jacques, Adèle, Lise descendent du toit et me disent que le fléau parait circonscrit, et que St Remy ne parait pas être atteint !! Ce sont donc des démons !!! Mon Dieu ! êtes-vous le Dieu de justice ! alors écrasez-les ces sauvages ! maudissez-les et que cette race disparaisse !! Vengeance, Vengeance, Justice où vous n’êtes pas le Dieu juste !!

8h55 soir  Pluie torrentielle. Saint Remy est indemne parait-il. Oui, mais cette pluie aurait dû commencer il y a 3/4 d’heures !! Pauvre Hôtel-Dieu, que de souvenirs cette catastrophe remue-t-elle en moi. Le vieux cloître. Les vieilles boiseries de la Bibliothèque des moines, l’ancienne chapelle aux boiseries XVIIIème siècle, les salles du bâtiment central de façade ! Tout cela en cendres en 20 minutes de temps !!!! Vengeance ! Vengeance ! Justice ! Châtiment. Mon Dieu ! ou bien ce serait à douter de tout. Justice, châtiment, il le faut, vous le devez !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 13 août – Nuit tranquille. Reçu réponse du Cardinal de Cabrières. Visite au soldat… du Rosaire vivant, du Tiers-Ordre, dont le père est fabricant de biscuits (je crois). Mgr Neveux va dire une messe aux soldats cantonnés à Mailly. 5 h. bombes sifflantes ; très violent bombardement par canons et peut-être par avion. Nos canons répondent maigrement un pour 20. 8 h. soir, cinq aéroplanes allemands survolent la ville. Ils allument plusieurs incendies (annoncés : 4) à l’Hôpital Civil dont le corps principal est détruit. Chapelle (ancienne Bibliothèque). Le cocher Rozière, bon chrétien, qui conduisait le Dr Médecin de l’Hôpital Civil a été tué avec son cheval par un obus. Nous étions, Mgr Neveux et moi, dans le jardin. Temps lourd et chaud ; sombre ; épais nuages. Nous entendons ronfler des aéros au-dessus du jardin, cachés dans les nuages. Ne soupçonnant pas le danger, nous ne bougeons pas. Ce sont eux qui ont lancé les bombes incendiaires ou qui ont donné aux canons allemands le signal et le repèrement. Les deux sont probables : bombes d’avion et bombes de canon. Incendie cour Ste-Claire à Clairmarais (cinq tués route de Paris ; six civils tués ; deux ou trois carbonisés à Clairmarais. La Basilique S. Remi étant menacée, M. le Doyen et M. Maitrehut aidés du sacristain emportent les reliques de saint Remi dans la cave de M. le Doyen (Lettres recueil, p. 61 ).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

clairmarais


Dimanche 13 août

Au nord de la Somme, une brillante attaque de notre infanterie a parfaitement réussi. Plusieurs tranchées allemandes ont été prises par nos troupes, qui ont établi leurs nouvelles lignes sur la croupe située au sud de Maurepas et le long de la route qui va de ce village à Hem.
Au nord du bois de Hem, une carrière puissamment fortifiée par l’ennemi et deux petits bois sont tombés en notre pouvoir. Nous avons fait 150 prisonniers et pris 10 mitrailleuses.
Sur le front de Verdun, bombardement de la région de Chattancourt et du secteur Thiaumont-Fleury.
Un avion ennemi a été abattu en flammes dans nos nos lignes au sud de Douaumont par un pilote de l’escadrille américaine.
Les Russes ont enfoncé l’armée du général von Bothmer. Sur la rive droite du Sereth, ils ont capturé 104 officiers et 4872 soldats; dans la partie sud de Monasteritza, ils ont pris 2500 hommes, dont un colonel; sur la Zlota-Lipa, leur butin a été de 1000 hommes.
L’armée italienne a progressé largement sur le Carso, à l’est de Monfalcone, sur le plateau de Doberdo et à l’est de Gorizia.
Les Anglais se sont avancés au nord de Bazentin-le-Petit ; ils ont ensuite rejeté toutes les contre-attaques ennemies; ils ont progressé également au nord-ouest de Pozières.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Jeudi 19 août 1915

Louis Guédet

Jeudi 19 août 1915

341ème et 339ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Nuit calme, le temps parait se remettre. Révision des allocations militaires pour les commerçants, où il y avait de graves abus. Au comité secret : Jallade, Beauvais et moi. Demain à la même heure 9h1/2, réunion de la Commission pour trancher les cas douteux et service délivrance des allocations. Après-midi vers 2h, comme j’allais à la Poste, bombardement pendant 1h, des victimes. J’ai continué mon chemin tandis que cela tombait de la rue de Vesle à l’Hôtel de Ville. En rentrant eu la visite de l’abbé Andrieux, aumônier de 2 régiments de fusiliers marins à Nieuport, très crâne. Hier il m’avait salué Porte de Paris en auto, je ne l’avais pas reconnu avec sa barbe et son calot avec ses 2 ancres. Il m’a conté quelques unes de ses aventures de sa vie dans les boues et les eaux de l’Yser ! C’est effrayant. Dimanche dernier il a faillit être tué pendant qu’il prenait le thé avec son colonel et son aide de camp, un éclat d’obus a brisé le sucrier qui était sur leur table dans le jardin du notaire de Nieuport où ils logent…  dans la cave. Auparavant il a vu un médecin tué à ses côtés dans une tranchée. Il attend d’un moment à l’autre la Croix de Guerre, et après, le ruban rouge, c’est très chic et mon petit abbé va bien, je l’avais deviné. Il a vu un jour faucher avec nos mitrailleuses et nos 75 2 régiments allemands criant : « Nach Calais ! » en sortant de leurs tranchées à 300m. Les nôtres ont attendu à 200 mètres, puis les allemands brisés, fauchés comme des blés, parait-il. Il suivait avec sa lorgnette les sillons que notre feu faisait de gauche à droite, c’était effrayant et en 20 minutes les 2 régiments n’existaient plus. A peine 100 allemands sont arrivés sur nos réseaux de fils de fer, où ils ont été tués à bout portant. Tout ce charnier là est resté et y est encore depuis 2 mois entre les 2 tranchées adverses. « Heureusement, m’ajoutait-il, que le vent ne porte pas de notre côté ! »

Pas un n’a réchappé, et pendant 3 jours et 2 nuits ils ont entendu agonir ces Prussiens !! Ils avaient demandé un armistice pour les enlever, on le leur a refusé, et mon doux abbé de dire : « On a bien fait, ce sont des bandits ! » Il a raison.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Vers 14 h 10, nous entendons, du bureau, un premier sifflement suivi d’autres, peu après. La mairie semble visée. Un obus ne tarde pas à faire explosion sur l’immeuble n° 1, rue des Consuls quelques minutes se passent et un autre projectile vient éclater sur le trottoir, devant la maison n° 1, rue Thiers, — enfin un nouveau sifflement annonce un obus qui, cette fois, fait explosion en touchant le bâtiment de l’hôtel de ville situé rue des Consuls.

Les 75 et les 120 ripostent, tandis que cela continue et c’est tout de suite un beau vacarme — puis le calme revient.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 19 – Nuit tranquille. Matinée, à 9 h., visite à Clairmarais avec le Père Fitzger. Bombes sur la ville et les batteries vers 10 h. Item de 2 h. à 3 h. 1/2. Bombes gros calibre sur la ville. Plusieurs personnes tuées rue de Vesle : un soldat et une bonne.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

VV-VV-5-24_redimensionner


jeudi 19 août

Combats d’artillerie en Artois, au nord d’Arras; entre Somme et Oise, dans la région de Roye et de Lassigny; en Champagne, dans la forêt d’Apremont et à la Louvière et à la Vaux-Féry; au bois Le Prêtre, dans la région de la Croix-des-Carmes et sur le front de la Seille.
Lutte de mines près de Roye; lutte de bombes et de pétards en Argonne (Haute-Chevauchée, Fontaine-aux-Charmes, bois de Cheppy).
Toutes les tentatives de l’ennemi à Marie-Thérèse ont échoué.
Dans les Vosges, nous avons repoussé plusieurs attaques sur la crête de Sondernach.
Les Russes ont brisé diverses offensives dans les régions de Riga et de Jacobstadt, comme dans celle de Dwinsk. Devant Kovno, l’ennemi a employé l’artillerie lourde, puis a essayé de prendre d’assaut les fortifications de la gauche du Niémen. Il a enlevé un fortin. Il attaque également avec violence les travaux défensifs de Novo-Georgiewsk.
Les Italiens ont avancé sérieusement dans le massif de l’Ortler, et dans la vallée de l’Isonzo. Ils ont infligé un échec à l’escadre autrichienne qui essayait de reprendre l’île de Pelagosa.
Un nouveau raid de zeppelins a eu lieu sur la côte est de l’Angleterre. Il y a dix morts. Un dirigeable aurait été atteint.
M. Venizélos a été chargé par le roi de Grèce de former le ca
binet,

Source : La guerre au jour le jour

Share Button

Lundi 10 mai 1915

Paul Hess

A 5 h 1/2, un aéroplane lance des bombes sur le quartier Clairmarais et des fléchettes, qui tombent vers la rue Géruzez.

A 7 h 1/2, bombardement, quartier Saint-Remi.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

ob_0d7e6f_clairmarais

Cardinal Luçon

Lundi 10 – Nuit tranquille pour la ville, sauf gros coups de canons ou bombes pendant la nuit. Matinée 8 h 30, bombes miaulantes. De temps en temps, violente canonnades. Bombes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Juliette Breyer

Lundi 10 Mai 1915.

Ton papa est venu aujourd’hui me voir. Il me demande que je leur conduise André. J’ai beau lui dire que je n’irais qu’en tremblant, il me répond qu’il arrivera ce qui doit arriver. Moi je ne pense pas comme cela ; je vois plus loin ; je pense que si tu revenais et que tu ne retrouves pas ton petit coco, tu serais en droit de me faire des reproches. Je veux que quand tu reviendras notre joie soit complète. Il est si gentil. Pauvre coco, il ne t’oublie pas.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Lundi 10 mai

Share Button