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Lundi 9 avril 1917

Louis Guédet

Lundi 9 avril 1917  Lundi de Pâques

940ème et 938ème jours de bataille et de bombardement

2h  Temps gris, maussade, du grésil, neige fondue. Toute la nuit bataille, bombardement, incendies. On affiche que tout le monde, tous ceux qui ne sont pas retenus par leurs fonctions doivent partir avant demain 10 courant midi, des trains C.B.R. et des voitures sont organisés pour cela. Devant le 1er Canton (Commissariat) de longs troupeaux d’hommes, femmes, enfants stationnent, attendant les autocars militaires et autres qui doivent les évacuer. C’est triste, lugubre, sinistre.

Un document est joint, c’est une feuille imprimée, avec en tête la mention manuscrite à droite :

Affiché le 9 avril 1917 au matin

AVIS

La Ville se trouvant, par suite des circonstances, dans l’impossibilité d’assurer le ravitaillement de la population, l’évacuation décidée par le Gouvernement et dont les habitants ont été prévenus DOIT S’EFFECTUER IMMEDIATEMENT.

NE POURRONT RESTER A REIMS, à partir du 10 avril, que les personnes qui y sont contraintes par leurs fonctions.

Des trains seront assurés à PARGNY, à partir de 6 heures du matin.

Les voitures pour EPERNAY continueront à fonctionner les 9 et 10 avril.

REIMS, le 8 avril 1917

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Je vais à l’Hôtel de Ville où je trouve Raïssac  et Houlon, Charlier, Honoré. C’est encore le désarroi. J’apprends que des incendies ont été allumés rue du Marc, faubourg Cérès, Mumm, Werlé, etc…  et pas d’eau !!!  Raïssac dit aux employés groupés autour de nous qu’ils les laissent libres de rester ou de partir. Alors un petit maigriot s’avance, disant qu’il préfèrent rester et qu’ils comptent sur la Municipalité pour les garder et les empêcher d’être compris dans l’évacuation, étant considérés comme étant obligés de rester de par leurs fonctions, selon les indications de la circulaire préfectorale et municipale dont j’ai parlé plus haut. A ce propos Houlon me confie que le sous-préfet Jacques Régnier est envoyé en disgrâce comme secrétaire Général de Marseille. Hier encore il était ivre à se tenir aux murs.

Restent à la Municipalité : le Maire Dr Langlet, les 2 adjoints Charbonneaux et de Bruignac, les conseillers municipaux Houlon, Albert Benoist, Pierre Lelarge, Guichard des Hospices, Raïssac secrétaire général de la Mairie, laquelle va s’installer, a été installée dans les celliers de Werlé, rue du Marc. Et moi, pour la Justice !!!! Tous les commissaires (central et cantonaux) restent aussi. La Caisse d’Épargne est partie ce matin. La Poste n’a pas fait de distribution, du reste le service de ses bureaux est déplorable au possible, c’est la peur dans toute sa laideur, ces ronds-de-cuirs si arrogants d’ordinaire ne songent qu’à fiche le camp. Il n’y a eu de réellement courageux que les facteurs, et on a cité à l’ordre ces lâches, mais pas les petits piétons qui seuls méritent cette citation.

En rentrant chez moi, tout le monde nous raccroche, Houlon, qui va aux Hospices et moi, pour nous demander s’il faut partir ou si l’on y est obligé. Ceux qui ne sont pas intéressants on leur dit de partir, aux autres on laisse entendre qu’ils peuvent rester, à leurs risques et périls. Rencontré Guichard rue Chanzy, devant le Musée. On cause. Nous poussons à la roue son auto qui ne veut plus repartir…  Elle démarre et il file.

Houlon me dit que l’entraide militaire nous assurera le pain – et les biscuits – Je réclame pour mon voisinage bien réduit : Melle Payart et Melle Colin, 40, rue des Capucins. Morlet et sa femme gardiens de la maison Houbart, rue Boulard, et mes 3 compagnes d’infortune Lise, Adèle et Melle Marie, qui est une commensale (personne qui mange habituellement à la même table qu’une ou plusieurs autres) de la maison Mareschal, c’est elle qui nous a donné les lits sur lesquels nous couchons à la cave. Je les rassure, elles ne veulent pas me quitter et se reposent sur moi. Rentré à midi, on mange vite, car la bataille qui grondait vers Berry-au-Bac s’étend vers nous. Bombardement. On s’organise et notre refuge peut aller, avec la Grâce de Dieu et sa protection.

Ce matin j’ai demandé à l’Hôtel de Ville et au Commissariat central la copie d’une affiche. Tous ces braves agents de police sont heureux de me voir et de savoir que je reste avec eux. De tous ceux-là c’est encore mon commissaire du 1er canton M. Carret et son secrétaire, qui me parait le plus calme.

1h après-midi  Neige, grésil, sale temps. J’esquisse une sortie, mais comme je causais avec le papa Carret au milieu de la foule qui attend les autos, des obus sifflent. Flottement, courses vers les couloirs pour s’abriter. Je reviens sur mes pas et rentre, c’est plus prudent. Çà siffle, çà se rapproche, shrapnells, bombes, etc…  Nous sommes tous en cave, groupés l’un près de l’autre. J’écris ces notes pour tuer le temps et me changer les idées qui sont loin d’être couleur rose !!

Ci-après une Note manuscrite rédigée dans les caves de l’Hôtel de Ville sur une feuille de 8,5 cm x 11 cm au crayon de papier.

9 avril 1917  11h

Sous-préfet nommé en disgrâce comme secrétaire général de Marseille. Incendies partout, impossible de distinguer ou dénombrer. Marc – Cérès – Werlé – Moissons –

C’est la panique du haut en bas. Restent le Maire, 2 adjoints, Houlon, Guichard et moi, la police, Raïssac, beaucoup s’en vont.

La Caisse d’Épargne part, et la Poste ne promet plus rien.

12h Bataille et bombardement

12h20 La Bataille cesse. Nous déjeunons en vitesse, car gare le choc en retour.

Affiche conseillant l’évacuation avant le 10. Tout le monde s’affole. Les autos militaires se succèdent. Devant le Commissariat du 1er canton ou le peuple se groupe pour partir, le service se fait bien grâce à M. Carret qui lui ne perd pas le nord ni son secrétaire.

1h la bataille recommence. Du grésil, de la neige, tout s’acharne contre nous, j’ai froid, il fait froid.

Les laitières font leur service.

Reprise du journal

Pas de courrier à midi. Nous voilà coupés du reste du monde et demain à midi le tombeau sera refermé sur nous !

9h  La bataille continue toujours et sans cesse. Avec Houlon nous nous sommes bien amusés avec le Père Blaise, rue des Telliers, qui nous arrête pour nous demander s’il est obligé de partir. Il gémit, et dans ses lamentations il nous dit qu’il a des provisions pour un mois et qu’il veut rester, nous lui répondons que cela le regarde, mais qu’il vaudrait peut-être mieux qu’il parte. Il ne veut rien entendre, puis il ajoute : « Pouvez-vous me dire si çà durera longtemps ??!!!… !! » Nous lui éclatons de rire au nez, comme si nous le savions !!!!

Le curé de St Jacques et ses vicaires partent, parait-il, cela m’étonne !! L’abbé Camu et les vicaires généraux, Mgr Neveux, restent avec son Éminence le cardinal Luçon. Je m’en assurerai dès que je pourrais.

Écris à ma femme, ce qu’elle doit être inquiète… !! J’écris aussi à mon Robert qui est vers Berry-au-Bac. Pauvre petit, chaque coup de canon que j’entends de ce côté et combien me résonne au cœur. Je crois que nous allons ravoir de l’eau, un souci de moins, cela m’inquiétait. Elle recommence à couler un peu.

8h1/2 soir  A 5h je n’y tiens plus, du reste la bataille cesse à 5h1/2. Je vais au Palais et je visite l’organisation des Postes, dans la salle du Tribunal (audiences civiles). Dans la crypte dortoir des facteurs et des employés, rien ne leur est refusé. Je trouve Touyard, le concierge, qui fait sa cuisine auprès du bureau du Directeur des Postes !! Ce qu’il y a dans cette crypte c’est effrayant !! Dossiers, mobiliers, cuisines, bureaux, dortoirs, etc…  etc…  l’Arche de Noé. Je me renseigne sur Villain dont j’ai trouvé le greffe fermé, il paraitrait qu’il partirait demain, cela m’étonne ! Je veux mon courrier non distribué aujourd’hui. Impossible de la trouver. Je laisse 2 lettres à la Poste. Je quitte le Palais, vais aux journaux, on n’en distribue plus chez Michaud. C’est le désert dans tout Reims ! Je me suis renseigné sur le service des Postes. Il faut que les lettres soient remises au Palais avant 9h, et il faut aller y chercher soi-même son courrier à partir de 10h. Les facteurs ne distribuent plus les lettres à domicile. Mais aurons-nous encore une Poste ces jours-ci.

Je vais pour voir l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, et je rencontre M. Camuset, nous causons un moment et il me confirme ce que je savais par la Municipalité, le Général Lanquetot qui est son ami lui a déclaré ce matin qu’il ne pouvait obliger qui que ce soit à partir de Reims. La question est donc réglée. Je vois un instant l’abbé Camu qui me dit que le Cardinal a donné l’ordre à son clergé de rester, sans exception. Donc ce qu’on m’avait dit du curé de St Jacques et ce qui m’avait étonné était faux. J’en suis heureux. Je rencontre Melle Payard et son Antigone Melle Colin, navrée la première, furieuse la 2ème de ce que leur curé veut qu’elles partent. Elles me proposent leurs provisions, j’accepte. Elles doivent me les apporter ce soir si elles partent définitivement. Je rentre à la maison par le calme, les avions et les quelques rares coups de canon n’ayant pas d’intérêt. C’est la même monnaie courante.

Restent encore comme conseillers municipaux Albert Benoist, Pierre Lelarge.

Après le grésil, une vraie tempête, de 3h1/2. Le temps est splendide, mais froid. A ce moment-là tout s’emmêlait, la tempête des éléments et celle des hommes.

Rentré chez moi, je trouve Adèle dans le marasme, le cafard, la peur je crois. Nous causons avec ses 2 compagnes. On met la table et nous dînons rapidement, on ne sait jamais !! Mon monde devient moins triste et moins lugubre. Après dîner je fais un tour dans le jardin, je vois la brèche du mur et je décide d’aller m’entendre avec Champenois, le menuisier, rue Brûlée. C’est entendu, il clôturera cette brèche d’ici 2 ou 3 jours. Je repasse par la rue du Jard remplie de décombres ou sont les Déchets (usine de traitement des déchets de laine). C’est lamentable. Je cause avec Mme Moreau la fleuriste et lui demande si son mari pourra venir replanter 2 ou 3 thuyas et arbustes déplantés par l’obus qui est tombé dans la fosse à fumier près de la serre, et qui a fait une brèche dans le mur mitoyen qui nous sépare de la société de Vichy. Mais ils partent demain. Je ferai ces plantations avec un aide quelconque, le Père Morlet, brave concierge des Houbart, et Champenois au besoin.

Rentré à 8h. A 8h1/4 nous descendons nous coucher. Ordinairement on monte se coucher, mais hélas c’est le contraire aujourd’hui et pour combien de temps ??

Voilà ma journée. Je vais aussi me coucher, nos voisins dorment déjà, il est 9h. Le calme, puisse-t-il durer, durer toujours !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

9 avril 1917 – A la mairie, dans la matinée, suite du déménagement des ar­chives du bureau de la comptabilité, dans les pénibles conditions de la veille.

Des collègues, Cachot et Deseau de l’Etat-civil, Montbmn, du Bureau militaire, s’inquiètent également et trouvent prudent, à leur tour, de ne pas laisser en place, au rez-de-chaussée de l’hôtel de ville, les plus importants documents de leurs services. Ils les des­cendent aussi pour les déposer dans un endroit du sous-sol.

— Nouveau bombardement très serré, au cours de l’après- midi, dans le quartier de la place Amélie-Doublié. Pendant les préparatifs de départ de ma sœur, vers 17 h 1/2, les obus se rap­prochent et, un aéro venant à se faire entendre alors que nous sommes fort occupés dans la maison n° 8, nous descendons rapi­dement, par instinct de méfiance, avec l’intention de gagner direc­tement la cave, sans courir ainsi que les jours précédents jusqu’à celle du n° 2. Bien nous a pris de ne pas sortir au dehors, car nous sommes arrivés à peine au bas de l’escalier que cette maison n° 2 reçoit un nouvel obus, qui éclate dans le grenier, déjà mis à jour par celui d’hier, et projette au loin les pierres de taille de son cou­ronnement.

Aussi, après être retournés bâcler prestement quelques pa­quets, nous quittons définitivement, ma sœur et moi, la place Amélie-Doublié vers 18 heures. Pour mieux dire, nous nous sau­vons de l’appartement qu’elle y occupait au n° 8, en abandonnant son mobilier. Elle a pu retenir une voiture qui viendra la chercher demain matin, aux caves Abelé, où nous nous rendons, mais elle désirerait emporter de Reims tout le possible en fait de linge ; cela ne facilite pas les choses, en ce sens que notre course qui devrait être très rapide en est considérablement ralentie. Le trajet que nous voudrions beaucoup plus court et que nous devons effectuer en vitesse, sous le bombardement, par l’impasse Paulin-Paris, le talus du chemin de fer à descendre et les voies à franchir est bien retar­dé par l’encombrement et le poids des colis à porter. Celui que j’ai sur les épaules me gêne terriblement, car les obus tombent tout près et il m’empêche d’accélérer l’allure ; j’ai des velléités de l’en­voyer promener sur les rails, dont la traversée ne finit pas. Enfin, nous parvenons au but vers lequel nous nous dirigions, le 48 de la rue de la Justice, où grâce à l’obligeance d’un excellent voisin qui nous attendait là, en cas de danger imminent, nous pouvons nous reposer dans une installation confortable offrant, en outre, des garanties de sécurité que nous sommes à même d’apprécier.

Nous dînons aux caves Abelé, puis nous y passons la nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi de Pâques, 9 – Faubourg Cérès incendié totalement, Maison des Sœurs du S. Sauveur y compris. Tout le monde fuit. M. Dardenne dit qu’il est bien tombé 10 000 obus ; 30 au Petit Séminaire. A 2 h. reprise du bom­bardement ; canonnade française. Continuation du bombardement un peu loin de nous. Je n’entends pas siffler les obus. A 2 h. nuée de grêle ; à 3 h. 1/2, nuée de neige. Nos gros canons commencent à se faire entendre. Ils ton­nent depuis trois heures jusqu’à 7 h. et reprennent encore après. Presque toute la nuit ils parlent de temps en temps. Les Allemands envoient quel­ques bombes, mais beaucoup moins que les jours précédents. Un ou deux incendies. Évacuation prescrite.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 9 avril….début de la bataille d’Arras

En Belgique, nos troupes ont pénétré sur deux points dans les positions ennemies de la région de Lombaertzyde. De nombreux cadavres allemands ont été trouvés dans les tranchées bouleversées par notre tir. Une tentative ennemie sur un de nos petits postes, au sud du canal de Paschendaele, a été repoussée à coups de grenades.

De la Somme à l’Aisne, actions d’artillerie intermittentes et rencontres de patrouilles en divers points du front.

Les Allemands ont lancé 1200 obus sur Reims : un habitant civil a été tué, trois blessés.

Dans les Vosges, coup de main sur une de nos tranchées de la région de Celles a été aisément repoussé. Une autre tentative ennemie sur Largitzen a coûté des pertes aux assaillants sans aucun résultat.

Des avions allemands ont lancé des bombes sur Belfort : ni dégâts ni pertes.

Les Anglais ont progressé vers Saint-Quentin, entre Selency et Jeancourt, et atteint les abords de Fresnoy-le-Petit. Canonnade très vive vers Arras et Ypres.

Guillaume II, par un rescrit, annonce qu’il opérera des réformes après la guerre dans la constitution prussienne, en révisant la loi électorale et en réorganisant la Chambre des Seigneurs sur une base nouvelle.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 1er avril 1917

Louis Guédet

Dimanche 1er avril 1917  Rameaux

932ème et 930ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 matin  A 4h20 des bombes, cela se rapproche, je m’habille, à peine étais-je vêtu qu’une bombe tombe dans notre rue, vers le 97-99 (exactement au n°99, clinique Lambert, à 50 mètres de la maison). Il faut descendre à la cave, cela se rapproche, une autre, je n’ai le temps de rien prendre ni sauver, cela dure jusqu’à 5h…  mais cela s’éloigne. Nos canons tapent dur vers le Faubourg de Laon et aussi vers Pommery, mais moins. A 5h1/4 nous nous décidons à remonter, nous sommes grelottants. Lise comme toujours est descendue très tard, la dernière, je renonce à la gronder. Quant à Adèle, à moitié habillée, elle a voulu sauver quelque chose, c’était son réveille-matin, son peigne et sa brosse à cheveux !! Jacques est toujours aussi calme. Un voisin vient nous demander asile, notre voisine habituelle, Mademoiselle Marie…  n’est pas venue. Cela m’étonne.

Je suis glacé, j’allume un peu de feu. Tout abattus, nous ne sommes plus forts, et puis à vrai dire on est rompu d’émotion, fatigué de privation de sommeil. Notre martyr ne finira donc jamais. Triste début de la Fête des Rameaux. Triste Rameaux. Il est vrai que c’est la fête des Morts, des tombes, des cimetières ! Vais-je me recoucher ? Oui, je tombe de sommeil, et puis je suis brisé, tâchons de prendre un peu de repos ! Encore bien heureux de retrouver mon lit, ma chambre intacte ! Quelle vie misérable que la mienne ! Et voilà le 31ème mois de cette vie qui commence. Et le 32ème mois de cette Guerre !!

8h1/2 soir  Dieu ! Quelle journée ! Bombardement sans discontinuer, de 4h20 à ce soir, partout. Donc j’ai vaqué à mes affaires et à mes courses sous les bombes. Je suis fourbu et demain il me faut recommencer, mais c’est pour voir mon pauvre Robert qui est à Nanteuil-la-Fosse, ou y était le 28 mars…  (Nanteuil-le-Forêt depuis le 8 février 1974) mais procédons par ordre.

M’étant recouché ce matin, j’ai sommeillé, mais mal. Levé avec difficultés à 8h habituel. Messe des Rameaux à 8h1/2. Tristes Rameaux. Distribution des Rameaux dans la chapelle de la rue du Couchant. Procession avec le Cardinal Luçon et comme assesseurs l’abbé Camu et le chanoine Brincourt. Les enfants ont leurs masques en sautoir, du reste nous sommes obligés de les porter, tous. Ce matin il y a encore eu 2 victimes rue Montlaurent. La messe paroissiale est dite par l’abbé Camu, curé intérimaire. Évangile de la Passion chanté à 3 voix, 2 vicaires et l’abbé Camu comme officiant. Rentré à 10h1/4 glacé. L’arrosage continue lentement, systématiquement pour toute la journée. Temps glacial avec grands nevus, giboulées, etc…  vent, bise…  Parti à midi, n’ayant pas mon courrier, pour le Cercle sous les bombes qui sifflent à plaisir. Nous sommes à la noce, cela nous rappelle les journées de 1914-1915. Au Cercle Charles Heidsieck, Camuset, (rayé). Dans les automobilistes militaires (rayé) toute cette (rayé) jusque la gré… (rayé) Charbonneaux, Albert Benoist, Pierre Lelarge (rayé) qui a fermé 5/6 (rayé) et les coudes sur la table…  digne réplique (rayé)?!

Et le Docteur Simon, arrivé en retard à cause des victimes de ce matin à opérer. Les 2 rue Montlaurent, le père fracture du crâne et gaz, le fils une égratignure au talon, mais asphyxié. Deux femmes faubourg de Laon, une l’éclat d’obus n’a fait qu’érafler le ventre, la jeune fille un boyau crevé. Causés tous très longuement et d’une façon très intéressante avec Charbonneaux. Je suis loin des engueulades de Nauroy pour une poule faisane tirée malencontreusement par Lucien Masson (père de Geneviève, qui épousera le 7 mai 1925 Jean Guédet (1874-1948)). Je m’entendrai avec lui, à moins que ce ne soit lui qui veuille s’entendre avec moi ????? (Rayé) et femme (rayé) et fromage de (rayé). Çà siffle toujours. Charles Heidsieck me cause de diverses affaires, puis nous filons sous l’acier chacun chez nous, chacun de son côté. En rentrant je trouve une lettre de Robert qui me dit être à Nanteuil-la-Fosse et m’attendre. (Rayé). Je combine, je cours chercher une voiture pour demain car après ce serait remis à vendredi à cause de mes audiences en rendez-vous. Enfin par le commissariat central j’arrive presque à réquisitionner une voiture qui me prendra à 5h1/2 pour arriver tôt à Nanteuil, si j’y trouve mon petit ! Mon but est tout indiqué, je viens comme Président de la commission d’appel des allocations militaires faire une enquête. Quand je serai sur place ce serait bien le Diable que je ne trouve pas le moyen d’embrasser mon brave et fier garçon, et déjeuner avec lui et passer une partie de la journée…

Je prie Dondaine de venir à 6h du soir recevoir la signature de mon lieutenant de vaisseau de Voguë, et je lui laisse une lettre d’excuses. Bref il est bon quelque fois d’être Président d’une commission d’appel. Tout s’aplanit et la Police marche. Dieu me pardonne. J’apporte à tout hasard chocolat, biscuit, saucisson et Villers-Marmery pour ce pauvre Roby. J’arrête, il faut se coucher. Tâcher de dormir, si les allemands ne continuent pas leur sarabande et me lever tôt demain matin. Je suis fourbu. Comme me le disait Raïssac et Houlon tout à l’heure nous ne sommes plus fort et nous n’offrons plus la même résistance après des bourrasques comme celles d’aujourd’hui, qui nous rappellent les jours sombres de novembre et décembre 1914…  février et mars 1915…  Quand donc serons-nous délivrés… ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 1er avril 1917 – A 4 h, nous sommes brusquement réveillés par un arrosage sérieux, avec obus asphyxiants. Au bout d’une demi-heure, des 75 du voisinage se mettent à riposter ferme, et, le bruit des coups de canon se mêlant à celui des explosions d’obus, il devient impossi­ble, pendant une heure environ, de percevoir les sifflements ; à 5 h 1/2, les arrivées qui, jusque-là se suivaient de très près, com­mencent à s’espacer puis, insensiblement, le calme revient.

Vers 10 h 45, tandis que je regagne la place Amélie-Doublié — après être allé à la mairie où je tenais, par précaution, à descen­dre au sous-sol, à côté des registres qui s’y trouvent installés depuis le 8 septembre 1915, ce qui me reste d’autres documents concer­nant le mont-de-piété — la séance de bombardement recommence et au moment où j’arrive sur le pont de l’avenue de Laon, un obus éclate à ma droite, sur le troisième hangar de la Petite Vitesse.

Jugeant qu’il me faut éviter de m’engager dans la rue Lesage, comme d’habitude, je continue droit devant moi, pour rentrer par la rue Docteur-Thomas ; avant que je n’y sois parvenu, une rafale de trois autres obus éclate, coup sur coup, sur le ballast, coupant trois voies du chemin de fer, à hauteur du n° 15 de la rue Lesage.

Pendant midi, les sifflements s’entendent encore et après une courte accalmie, les rafales de projectiles recommencent à tomber de tous côtés, sans arrêt, jusqu’à 19 heures.

Deux hommes, le père et le fils, ont été asphyxiés rue Monlaurent, par les gaz ; leurs dangereux effets ont atteint, en outre, d’autres personnes. Il y a d’assez nombreux blessés et les dégâts, dans certains quartiers, ont encore lieu de surprendre par leur grande importance.

Reims a reçu, ce jour, de 2 800 à 3 000 obus et, sauf le matin, nos pièces n’ont pas tiré. On ne peut, sans colère et mépris, songer aux déclarations si manifestement contraires à la vérité, faites maintes fois par les journaux de l’ennemi, pour justifier, soi-disant, sa manière féroce de faire la guerre ; au cours de cette pénible et triste journée, sa mauvaise foi a été trop évidente.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Avenue de Laon

Avenue de Laon


Cardinal Luçon

Dimanche 1″ – + 4°. De 4 h. 1/2 à 5 h. 1/2, formidable bombardement, rue du Barbâtre, du Jard, de Venise, de l’Equerre (où elles ont tué les deux chevaux des femmes qui conduisaient une voiture publique. Un homme a été atteint par des gaz asphyxiants dans son lit, on dit qu’il ne s’en relè­vera pas. Bombes sifflantes encore au moment de la grand’messe. D’autres ont sifflé encore à 10 h. 1/2, au retour, (sur batteries ?). Bombardement toute la journée : ai couché à la cave. 29 obus au Petit Séminaire devenu inhabitable. Curé de Saint-André n’a plus ni fenêtres, ni portes, ni toiture. Chapelle rue d’Ormesson dévastée : un obus y tombe entre la messe qui était à 10 h. et les vêpres qui se chantèrent à 3 h. Mur de Saint Vincent-de- Paul renversé. 2048 obus. Chapelle détruite, monceau de décombres disent les journaux ; lncipit Passio Urbis Remorum.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 1er avril

Au nord et au sud de l’Oise, faible activité.

Au sud de l’Ailette, nous avons attaqué avec succès les positions ennemies en plusieurs points du front Neuville-sur-Margival-Vrégny. Nos troupes ont réalisé de sérieux progrès à l’est de cette ligne et enlevé brillamment plusieurs points d’appui importants malgré l’énergique défense des Allemands.

Plusieurs contre-attaques ennemies ont été refoulées.

En Champagne, les Allemands ont multiplié les tentatives sur les positions reconquises par nous à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Ils ont dirigé successivement cinq contre-attaques violentes qui ont été brisées par nos feux de mitrailleuses et nos tirs de barrage. L’ennemi a subi des pertes très sérieuses. Le chiffre des prisonniers atteint 80 dont 2 officiers.

Échec d’un coup de main ennemi à Ammerstwiller, en Alsace. Nous dispersons des patrouilles près du Pfetterhausen.

Les Anglais ont pris les villages de Ruyaulcourt, de Sorel-le-Grand et de Fins et progressé vers Heudicourt où un certain nombre de prisonniers sont restés entre leurs mains. Ils ont rejeté une attaque au sud de Neuville-Bourgonval.

Le gouvernement provisoire russe a lancé une proclamation pour appeler à la vie une Pologne indépendante et unifiée.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mardi 20 mars 1917

Louis Guédet

Mardi 20 mars 1917

920ème et 918ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Temps froid glacial, bataille et pluie toute la nuit, mal dormi. Travaillé d’arrache-pied. (Rayé). Le pauvre petit était à Laval en attendant de continuer sa route pour rejoindre. Pauvre enfant. Reçu lettre de Madame Minelle m’annonçant la mort de son Père, une glissade sur le quai de la gare de Bellerive, et sous la locomotive. Elle me demande d’aller à Paris pour dépouiller les papiers, je lui réponds (bien qu’elle ne m’ait pas donné l’adresse à Bellerive (Seine et Oise), près de Meudon), que je suis libre que de samedi à lundi prochain, ou de vendredi d’en 8 jours à lundi, à cause de mon audience de simple police. J’attends sa réponse, je me serais bien passé de ce voyage !! Enfin je ne puis refuser cela à la femme de mon ami et de l’ami de Maurice Mareschal.

terminé mon courrier en hâte, puis été Hôtel de Ville pour voir le Maire, lui rendre visite de condoléances pour la mort de son gendre le Capitaine Morlière (Lucien Morlière, capitaine au 245ème RI, tué le 3 mars 1917 au Hartmannvillerskopf (Haut-Rhin)), qui laisse un bébé d’un an sans père ni mère (Suzanne Morlière était décédée à Paris le 2 octobre 1916) !! De là rendu visite au Cardinal Luçon, causé longuement des événements actuels, Russes, Ministère Ribot, retraite des allemands dans la Somme, etc… Je lui ai causé du livre de Pol Neveux « La douce enfance de Thierry Seneuse ». Je le lui envoie pour qu’il le lise en ayant exprimé le désir. Rentré travaillé à 5h, acte à signer, Dondaine pour affaires de greffe et Étude Jolivet, et voilà ma journée passée à n’avoir rien fait il me semble. Encore une lettre à écrire à Narcisse Thomas et ma journée sera finie.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 20 – Nuit tranquille, – 5°. Visite de M. Klesse. Quelques bombes sifflent. Prise de Charny et de Ham(1). Vers 8 h. 1/4, bombes sifflantes au loin. De 2 h. à 5 h., 41 obus ; de 7 h. soir à 6 h. matin, pendant la nuit, 120 obus. Tergnier est pris.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Ces « prises » n’ont aucun caractère de victoire. Nous occupons le terrain volontairement abandonné par la Allemands pour raccourcir leur front et faire d’importantes économies de personnel. Tout ce terrain « reconquis » a été sauvagement détruit, miné, défiguré par l’ennemi qui a coupé tous les arbres, fait sauter les habitations, empoisonné les puits, etc.

En Champagne – Collection Patrick Nerisson


Mardi 20 mars

Nos troupes ont dépassé Ham, sur la Somme, et Chauny, sur l’Oise. Nous tenons un grand nombre de localités entre ces deux villes. Notre cavalerie rayonne à plusieurs kilomètres au nord de Ham et a capturé un convoi qui se retirait dans la direction de Saint-Quentin. Notre avance atteint sur ce point 35 kilomètres en profondeur. Au sud de Chauny, nos détachements ont atteint la ligne générale d’Aillette.

Soissons est entièrement dégagé. Au nord-est de Crouy, nos éléments avancés ont progressé le long de la route de Maubeuge.

Une vingtaine de villages et de bourgs nouveaux ont été délivrés. L’ennemi a dévasté le pays, coupant et arrachant les arbres fruitiers. De nombreuses localités ont été complètement incendiées. Les habitants, sans abris et sans vivres, sont nourris par nos troupes. Tous les ponts sont détruits.

Violente lutte d’artillerie en Champagne vers la Butte-du-Mesnil et Auberive.

Combat sur la rive gauche de la Meuse vers le Mort-Homme.

Les Anglais ont occupé Chaulnes, Nesle et Péronne. Ils ont progressé de plusieurs kilomètres et au total ont gagné jusqu’à 16 kilomètres en profondeur sur un front de 72. Plus de 60 villages sont tombés entre leurs mains.

Les Chinois ont occupé les concessions allemandes de Tientsin et de Hang-Keou.

M. Ribot a constitué le nouveau cabinet.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 3 mars 1917

Louis Guédet

Samedi 3 mars 1917

903ème et 901ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Brouillard intense le matin, assez beau l’après-midi. Temps froid. Travaillé toute ma matinée à examiner (et noter mes rapports) tous mes dossiers d’appel de la Commission d’allocations militaires, il y en avait 65. J’étais abruti après cette séance. Dans le nombre, je crois qu’il n’y en a pas 4 qui obtiendront gain de cause. Ce sera presque tous des rejets. On ne se figure pas l’audace de ces gens-là. On leurs doit l’allocation militaire, riches ou pauvres sans distinction, avec cet état d’esprit cela fera du joli après la Guerre.

Après-midi vu à mon courrier, été à l’Hôtel de Ville pour un renseignement de Police. Porté des testaments au clerc de Montaudon que je lui abandonne quoique la légataire universelle soit ma cliente, par délicatesse et correction, étant l’administrateur de cette Étude, rue Ste Geneviève 19, et rentré chez moi pour signer une centaine d’extraits pour Jolivet, succession Marguet. Je me mets à mes notes, et après dîner je verrai mon dossier de simple police, 6 anciennes affaires et 24 nouvelles. Où sont les beaux jours d’antan quand j’en avais 280 à juger en une séance. Girardot, sombre brute doublée d’un gendarme : Pends-toi ! Et ma journée sera finie !! bien employée !

Le Président m’attend cette semaine pour me présenter au Procureur. J’irai donc déjeuner avec lui mercredi et puis je pousserai à St Martin voir mes chers aimés que je n’ai pas vu depuis 2 longs mois. Ma domestique va mieux. Je l’ai secouée et çà a réussi, c’est ma « moularde ».

Hier de Bruignac nous en comptait de bien bonnes comme nous parlions de la bêtise et des énormités commises par les Gendarmes officiers ou simples pandores et des galonnards.

Un jour le Cardinal Luçon allait à Ville-Dommange. A la sortie de Reims, Pont de Muire, un gendarme examine son passeport et celui de son vicaire Général. Il tourne et retourne celui de Son Éminence, et d’un ton doctoral en lui rendant : « C’est bien, passez, mais une autre fois vous ferez mettre votre profession !! » dit-il au Cardinal !!

Une autre fois, avec de Bruignac, l’abbé Camu et Madame de Bruignac allaient à Fismes. En toute vers Jonchery, c’est un douanier monumental qui les arrête et examine les passeports, prenant celui de Mgr Luçon, il lit attentivement le signalement, et se tournant vers de Bruignac : « C’est vous qui êtes le Cardinal Luçon ?! » Tête des voyageurs et Son Éminence en a bien ri.

Au moment on empêchait de rentrer à Reims les voyageurs venant de Dormans. A  cette station le gendarme qui visait le passeport de de Bruignac le prévient qu’il y a des chances qu’on ne lui permette pas de passer à Pargny, de Bruignac de répondre : « Nous verrons bien ! » Il était accompagné de sa femme et d’une autre dame. Arrivé à Pargny en effet on lui signifie qu’il n’ira pas plus loin. Après un tas d’allées et venues et de pourparlers il demande à voir le Commandant de Place de Pargny qui était une vielle baderne de colonel de chasseurs à cheval. On cherche à l’en dissuader, lui disant qu’il allait être bien arrangé par cet original. Il insiste et se présente au Cerbère. Refus péremptoire, cris, tempête, enfin la brute égosillée laisse causer de Bruignac, l’écoute et lui répète : « Vous ne pouvez pas, c’est l’ordre, c’est la consigne. Personne ne peut rentrer à Reims avec un laissez-passer !! Mais si je ne puis vous permettre de rentrer à Reims, je puis, du moins, vous donner l’ordre de vous y rendre !! » Ce colonel était un comique ! de Bruignac lui répondit que peu lui importe la façon dont on le laissera rentrer à Reims, pourvu qu’il y rentre avec sa femme et l’autre dame. Le colonel de lever les bras. « Çà, c’est impossible !! Pas de femmes !! » On palabre, bref : le galonné se met à écrire tout en disant : « Ces dames, je ne les connais pas, je ne veux pas les connaître !! » Et voici ce qu’il tendit d’un air grand seigneur et triomphant à de Bruignac :

« Le Colonel x donne l’ordre à M. de Bruignac, adjoint au Maire de la Ville de Reims, de se rendre immédiatement à l’Hôtel de Ville de Reims accompagné de 2 femmes !! »

Et voilà comment de Bruignac rentre à Reims avec sa femme et son amie, par ordre !! Je n’aurais pas trouvé cela !! Je propose d’élever une statue à cette bourrique galonnée, très forte en casuistique sur la Place de la Gare de Pargny-lès-Reims, sur le socle de laquelle on gravera cet ordre mémorable !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 3 – Nuit tranquille, sauf quelques gros coups de canon ou de mitrailleuses.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 3 mars

Notre artillerie a bombardé avec succès 1es organisations ennemies au nord de l’Aisne et sur la rive gauche de la Meuse.

Un avion ennemi a jeté aux abords de Compiègne quelques bombes qui n’ont causé que des dégâts matériels sans importance. Deux autres avions ennemis ont bombardé Montdidier : Un mort et trois blessés. Une de nos escadrilles, composée de onze appareils, a opéré sur les baraquements de Guiscard, la gare d’Appilly et celle de Baboeuf (Oise), où un incendie s’est déclaré.

Les Anglais ont effectué une nouvelle progression au nord de Warlencourt-Eaucourt et au nord-ouest de Puisieux-au-Mont. Ils ont rejeté des contre-attaques dirigées contre leurs positions au nord-est de et au nord-ouest de Ligny-Thilloy. Sur l’Ancre, ils ont fait 128 prisonniers et ont capturé du matériel. Ils ont réussi des coups de main vers Angres et Calonne et au nord-est de Loos.

Canonnade près de Gorizia sur le front italien.

Les Roumano-Russes ont reperdu quelque terrain près de Jacobeni.

La Chambre des représentants de Washington a voté par 403 voix contre 13 l’élargissement des pouvoirs du président.

Le Japon a confirmé aux Etats-Unis ses intentions amicales

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Gueudecourt

Gueudecourt

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Mardi 9 janvier 1917

Louis Guédet

Mardi 9 janvier 1917

850ème et 848ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Tempête de neige fondue, sale temps triste et sombre comme tout ce qui nous entoure. Fait quelques courses ce matin. Rendu visite au Cardinal Luçon après-midi. Causé longuement. Ayant affleuré la conversation sur un article de journal disant que le Pape avait demandé au Kaiser de laisser réparer la Cathédrale et de prendre l’engagement de ne pas tirer sur les travailleurs, son Éminence m’a déclaré qu’il était obligé de garder le secret sur cela…  mais qu’il y avait du vrai…  Il n’y avait pas à insister, mais il m’a dit qu’il avait déjà songé depuis longtemps et que par un intermédiaire il en avait fait parler à Paris, mais que le Gouvernement n’avait pas voulu, parce qu’il ne voulait pas demander quoique ce soit à l’Allemagne qui put donner à celle-ci prétexte de dire qu’on tentait de causer indirectement avec Elle. C’est juste. Demain matin allocations militaires. Service à la Caisse d’Épargne comme administrateur, et après-midi réunion du Conseil de Fabrique à 2h à l’archevêché…  la première depuis la Guerre !!

J’ai trouvé le Cardinal moins confiant que naguère, il croirait presque à une paix boiteuse, cela m’a surpris. Comme je lui disais que ce serait regrettable et dangereux, il m’approuvait mais il répliquait qu’en raison de l’épuisement de tous les belligérants, il craignait qu’on ne traitât trop tôt, et comme moi malgré tout il affirmait qu’il fallait que l’Allemagne fût abattue sans rémission, mais il craignait qu’on ne le puit…  à moins d’un miracle. C’est ce que je crois qui arrivera bientôt. Il le faut ou alors tout espoir serait perdu et adieu l’Existence de la France. Qui vivra verra ! mais il faut que ce soit bientôt…  tout de suite !!…

Vu aussi la Supérieure du Bon Pasteur, qui (comme je lui déclarais que devant partir pour Paris samedi je devais absolument être rentré à Reims pour le 17 janvier,) se mit à sourire et me dit : « Ah ! vous voulez être rentré pour l’anniversaire de Pontmain (apparition de la Vierge le 17 janvier 1871 à Pontmain en Mayenne), et voir si ce qu’on dit arrivera, c’est-à-dire la fin de la Guerre comme en 1871… !… »  Je lui ai répondu que je ne croyais pas cela possible, attendu qu’il fallait que nous soyons Victorieux et en Allemagne, et nous ne sommes ni l’un ni l’autre, et ce n’est pas en 8 jours que semblable chose précise arrivera. Rentré chez moi travailler.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 9 – Nuit tranquille, + 2°. Neige. A 3 h. canon français, riposte allemande entre batteries. Visite de M. Guédet, et de M. Thulié. 4 h. bombes sifflantes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 9 janvier

Rencontres de patrouilles dans la région de Bouchavesnes et dans la forêt de Parroy.
Sur la rive droite de la Meuse, lutte d’artillerie assez active au pied des Côtes de Meuse. Nos batteries ont exécuté des tirs de destruction sur les organisations allemandes de la Woëvre et du bois des Chevaliers.
Journée relativement calme sur le reste du front.
En Belgique, sur tout le front de l’Yser, grande activité d’artillerie réciproque, particulièrement à Dixmude et Steenstraete.
La canonnade a beaucoup augmenté d’intensité sur le Carso. Des avions italiens ont opéré dans la région entre Nabresina et Trieste.
Les Russes ont pris 16 canons et 800 prisonniers allemands dans la partie nord de leur front occidental. Leurs avions ont bombardé Kovel. Les Allemands pensent que la reprise d’offensive de Broussilof se produira en Volhynie.
Les communiqués de l’état-major allemand annoncent la prise de Focsani, en Valachie, où 3900 hommes auraient été capturés.
Les ministres français et anglais sont revenus de la conférence de Rome; les ministres anglais ont continué leur route vers Londres.
Le Kaiser annonce la
guerre sous-marine sans restriction.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Bouchavesnes

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Dimanche 3 décembre 1916

Louis Guédet

Dimanche 3 décembre 1916

813ème et 811ème jours de bataille et de bombardement

6h du soir  Brouillard le matin, gelée, il fait fort froid. Beau soleil dans la journée. Le brouillard s’élève à la chute du jour. Été messe de 8h1/2 (grand-messe) à la Chapelle Cathédrale de la rue du Couchant. Le Cardinal Luçon y assistait. Rentré ensuite à la maison pour travailler, ranger, etc…  Après-midi porté mes lettres à la Poste rue de Vesle avant 3h. Passé au Petit rémois (le journal) et causé des événements, donné une consultation sur un cas d’allocation de réfugié. Bienvenu me dit que Goulden est allé en révision, et qu’il lui a dit et fait dire que ce sera l’acquittement sur toute la ligne ! Attendons. Écoutons. Passé à l’Hôtel de Ville, causé avec le secrétaire de la sous-préfecture M. Martin, qui me donne des affiches de l’Emprunt, causé et rentré chez moi après avoir acheté des journaux qui, hélas, n’annoncent rien de bon du côté de Buchavo (Bukovo, actuellement Bitola en Macédoine), non plus que du côté de la Grèce où on a tiré sur nos troupes à Athènes ! Qu’on l’arrête, qu’on destitue donc cet allemand de roi Constantin (qui avait épousé Sophie de Prusse, fille de l’Empereur Frédéric III d’Allemagne), et qu’on ait la paix avec toute la clique.

Le bas de page a été découpé, les trois derniers mots ont été recopiés par Madeleine.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 3 – – 2°. Nuit tranquille. A 10 h. un aéroplane malgré le froid. Journée paisible.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 3 décembre

L’activité de l’artillerie a été faible sur tout le front sauf sur la rive droite de la Meuse, où l’ennemi a bombardé violemment la région de Vaux.

Une pièce allemande à longue portée a tiré plusieurs coups dans la direction de Nancy.

Lutte d’artillerie dans la région de Dixmude. Un violent combat à l’aide de lance-bombes s’est déroulé au nord de cette ville.

Sur le front britannique, bombardement intermittent de part et d’autre de l’Ancre. Un petit détachement ennemi qui avait réussi à pénétrer dans les tranchées anglaises au nord de le Sars, en a été rejeté aussitôt.

Activité réciproque de mortiers de tranchées vers Ypres, Armentières et la redoute Hohenzollern.

Canonnade sur le front italien.

Les Russes poursuivent une âpre offensive dans les Carpates boisées.

Les Roumains ont reculé au sud de Potesti, sur l’Argès et sur la Dambovitza, qui est la rivière de Bucarest. Au sud de cette ville, ils ont repris Comana et Gostinari. Les Russes se sont emparés de la partie est du pont de Cernavoda.

Les troupes régulières grecques, aidées de démobilisés, ont attaqué nos marins dans Athènes. Nous demandons réparation.

Source : La guerre au jour le jour

diksmuide stadhuis

 

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Vendredi 20 octobre 1916

Louis Guédet

Vendredi 20 octobre 1916

769ème et 767ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Très beau temps. Activité de nos canons ce matin. Après-midi c’était le tour des allemands, vers St Charles. Audience civile ce matin, 2 conseils de famille, une conciliation, et ce soir à 5h autre conseil de famille chez moi. Vu cet après-midi le Cardinal Luçon, avec lequel j’ai causé près de deux heures pendant que les allemands bombardaient et qu’un de leurs avions volait très bas, canons et mitrailleuses ont crépité. Quelques lettres à répondre, mais je n’en n’ai pas le courage. Je suis fatigué et n’ai nullement l’idée à faire quoi que ce soit. Voilà toute ma journée. J’ai la tête bien vide.

Hier soir j’ai écrit la genèse de mon affaire des procès de simple police au Procureur de la République qui m’a écrit une si gentille lettre hier. J’en avais 10 pages. Il sera renseigné.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

20 octobre 1916 – Bombardement vers le Port-sec dans la matinée. L’après-midi, plusieurs obus tombent du côté de l’abattoir.

— Un avion allemand passe au-dessus de la ville, à faible hauteur, à peine trois cents mètres.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 20 – + 3°. Nuit tranquille. Projections toute la seconde moitié de la nuit. De 3 h. à 6 h. nombreux coups de fusil. Beau soleil. Via Crucis in cathedrali. Photographe de l’armée vient nous voir et nous photographier. Avions allemands dans la matinée et l’après-midi ; tir contre eux. Vers 11 h. coups de gros canons français jusqu’à midi. A partir de 2 h. 1/2 riposte des Allemands. Vers 3 h. 1/2 bombes sifflantes sur port sec et chemin de fer. Un obus français tiré contre les aéroplanes tombe en éclats devant le café Saint-Denis. Mis à l’impression une lettre prescrivant des prières pour la Saint Martin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Vendredi 20 octobre

Les Allemands ont tenté toute une série d’attaques au nord de la Somme, dans la région de Sailly-Saillisel. Nos tirs d’artillerie ont disloqué au départ les vagues d’assaut et infligé des pertes sensibles à l’ennemi.
Au sud de la Somme, nous avons accompli de nouveaux progrès entre Biaches et la Maisonnette. Le chiffre total des prisonniers faits pendant les actions de la veille dépasse 350 dont une dizaine d’officiers.
Les Anglais, par d’heureux coups de main, ont réussi à pénétrer dans les tranchées ennemies vers Loos et au sud d’Arras. Ils ont légèrement progressé à la butte de Warlescourt où ils ont arrêté une contre-attaque par leurs tirs de barrage.
Les Russes ont repoussé une offensive dans la région du Stockod.
Brillant succès des Italiens au Pasubio.
Les Roumains ont surpris un détachement ennemi dans la vallée du Trotus, et ont fait 600 prisonniers. Un autre corps roumain a fait 300 prisonniers dans la vallée de Trous. Nos alliés ont brisé une attaque dans la vallée de l’Uzul.
Les Serbes ont pris le village de Brod, où ils ont capturé 3 canons et plusieurs mitrailleuses.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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