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Jeudi 20 août 1914

Louis Guédet

 Jeudi 20 août 1914

9h soir  Toujours le vide, le silence, sur ce qui se passe à la frontière et en Belgique !

On dit ce soir que : 1) les Prussiens (les sauvages) ont passés la Meuse entre Liège et Namur (c’est possible)  2) qu’ils ont pris Bruxelles !! (c’est moins possible) etc…  etc…

3) que Pie X est mort, çà ? cela se pourrait. Attendons à demain ! les uns ne considèrent cela que comme un évènement…  secondaire, tout en s’écriant : à cette fois si cette vielle ganache de François-Joseph veut mettre son veto ! J’espère bien que nos cardinaux le mettront dans leurs poches et s’assiéront dessus en disant : « Assez F…tez nous la paix, vieille canaille !! »

Les autres et de nos amis (Heidsieck, Mareschal) trouvent que c’est un trait de la Providence qui permettra, l’Italie restant neutre, pour le moment, aux cardinaux de se réunir facilement pour le Conclave et nommer un Pape ! soit !! mais, ma foi ! J’aimerais plutôt mieux que l’Italie déclarât de suite la Guerre à l’Autriche et se mette avec nous. Foin du Pape ! (Dieu me pardonne !) mais : « Un bon tient vaut mieux que deux tu l’auras ! » et une bonne frottée aux Autrichiens par les Italiens ! me plairait bien mieux tout de suite que dans un mois et puis après nos vénérés cardinaux auraient toujours le temps de nommer un successeur à Jésus-Christ qui peut très bien lui se passer d’un Vicaire en ce bas Monde pendant quelques temps, tout en nous donnant la Victoire. La Fille aînée de l’Église (la France !) a besoin de Dieu et peut, à mon humble avis, se passer de son Représentant sur terre pendant quelques mois pour faire éclater la Justice contre la Force et la Fourberie et nous permettre de battre à plates coutures les Germains et le Protestantisme !!

Déjeunant ce matin chez mon bon ami Maurice Mareschal avec le curé de la Cathédrale M. l’abbé Landrieux nous sommes venus à parler, dans la conversation, des fêtes de Nuit du Parc Pommery (parc des sports) qui ont été données  au commencement de juillet 1914, et ce dernier faisait un rapprochement de ces fêtes, réminiscence des Grecs et de la décadence avec les évènements qui nous troublent et inquiètent actuellement. Lui comme moi disait : Que ces fêtes ou des femmes du monde (la haute bourgeoisie de Reims) n’avaient pas craint de se montrer à peine vêtues au public, à la masse du peuple, étaient à son point de vue, le dernier défi donné à Dieu et presque une provocation au châtiment qui, quelques jours, quelques heures plutôt, après devait fondre sur nous. « La Guerre ! avec ses suites ! et ses conséquences !! »

Oui ! J’ai, moi aussi, à ce moment-là réprouvé ces saturnales ! (oh ! le mot paraitrait dur à tous nos petits snobs d’alors !!) mais je répondrais : Ne distinguons pas !! Saturnales ? Mot trop dur ? Soit ! Traduisez-le en grec et vous serez satisfaits, car le mot n’aura changé que de costume ou de fard et il n’y aura que la différence qui existait jadis entre les Romains et les Grecs !! Plus délicats, ceux-ci que ceux-là ! plus raffinés ! plus fins ! soit ! mais tout aussi Pervers ! par suite, plus coupables devant le Monde ! devant l’Histoire ! A cela, il fallait le châtiment ! La Rafale ! qui courbât tous ces fronts étroits de nos snobs efféminés ! Allons ! Mesdames ! Faites des Grâces ! Dansez ! Faites des effets de jambes ! de torses ! Minaudez ! Livrez-vous aux regards de la populace ! Vos mâles (maris) sont à la Frontière !!


Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Les journaux de ce matin parlent d’une seconde bataille, à Dinant, où les Allemands auraient encore été repoussés sans avoir pu franchir la Meuse. Au bureau, où naturellement le personnel commente les communiqués, on espère qu’ils n’y parviendront pas, malgré leurs efforts.

Nous n’avons cependant pas tous la même confiance, ou la même manière de voir les choses, un collègue ne nous apprenait-il pas hier, en revenant à 13 h 1/4 reprendre son service, que les Allemands étaient à Mézières : ses propos nous ont paru inconsidérés – nous le connaissons pessimiste – mais, malgré tout il faut reconnaître qu’ils ont produit, sur l’ensemble, l’effet d’une douche glaciale.

Après déjeuner, accompagné de mon fils Jean, je vais lire les dépêches à la sous-préfecture. Nous sommes avides de nouvelles, à Reims, car elles ne nous sont pas prodiguées depuis quelques jours. Celles d’aujourd’hui ne me semblent pas de bon augure. Il est annoncé uniquement ceci : « On apprend que les Allemands, en forces imposantes, auraient réussi à passe la Meuse, entre Liège et Namur », sans autres détails pour un événement aussi considérable ; je pense que c’est bien peu et quant à la nouvelle elle-même, beaucoup trop, malheureusement. Ce ne doit pas être sans une sérieuse résistance qu’ils sont parvenus enfin à franchir la Meuse que, sitôt l’entrée en campagne, ils ont cherché à traverser à Visé et deux fois depuis, à Dinant sans réussir. Il nous faut forcément attendre pour savoir autre chose, et il me paraît évident qu l’on ne nous dira plus dorénavant, que ce qu l’on ne pourra pas cacher.

 Source : Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918 - Notes et impressions d'un bombardé

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Jeudi 20 août

Les Allemands ont atteint, en Belgique, à l’est de la Meuse, la ligne Dinant-Neufchâteau.

Des masses ennemis ont franchi la Meuse, près de Huy, et sont arrivées sur la Dyle,entre Bruxelles et Anvers.
Enfin, une avant-garde de cavalerie allemande a occupé Bruxelles.
Dans la Haute-Alsace, brillant succès français. Combat à notre avantage entre Altkirch et Mulhouse, reprise de cette ville; capture de nombreux prisonniers et de 24 canons. Occupation de Guebwiller. En Lorraine annexée, nos avant-gardes rétrogradent jusqu’à la Seille et au canal de la Marne au Rhin. Mais le gros de nos troupes est là solidement établi.
Succès des Russes qui, après avoir culbuté les Allemands à Eydtkuhnen, ont pris la ville importante de Gumbinnen en Prusse. En Galicie, ils poursuivent leur marche vers Lemberg.
Échange de télégrammes cordiaux entre M.Poincaré et Georges V.

 

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Mercredi 19 août 2014

Louis Guédet

Mercredi 19 août 1914

10h1/2 matin  Je suis parti pour St Martin vendredi 14 courant à 3h comme d’ordinaire. Trajet insipide comme d’habitude, lenteur, arrêt de 1h1/2 à Châlons. On nous expulse de la gare. Il faut attendre notre train dehors. Arrivée à St Martin vers 8h1/2. Tout mon monde va bien. Le 15 se passe sans nouvelles. Du reste Saint Martin est d’un calme ! On ne se douterait pas qu’on est en guerre. Quelle différence avec Reims ! où il y a toujours du bruit, cohue sans désordre, mais fébrilité.

Je conte à mes enfants et à Madeleine que l’officier que je loge m’a dit avoir vu la nuit du 13/14 août un chasseur à pied, blessé et mutilé par les prussiens qui lui avaient coupé les 2 oreilles !

Les sauvages !! il vit aussi un gamin de 15 ans avec une balle dans le poignet reçue dans les rues de Liège qui n’avait dû son salut qu’en faisant le mort, les prussiens achevant tout blessé qui avait le malheur de remuer !

Le 16 août je décide d’aller à Vitry-le-François pour tâcher de voir Fernand Laval gendre de M. Lorin des Galeries Rémoises, dont la famille est sans nouvelle.

Anna Laval (Lorin) femme de Fernand Laval, restée avec ses enfants à Carteret est affolée de n’en pas recevoir. Je prends avec moi Marie-Louise et André.

Nous partons à pied pour Songy où nous prenons le train à midi 50, arrivée à Vitry-le-François vers 1h3/4. Entrée rigoureusement gardée, on voit qu’on est au siège du Grand État-major : on le garde bien. Vitry est bondé de troupes : cavaliers surtout, même aspect que Reims comme autobus automobiles etc…  qui garnissent toute la Place d’Armes. Je me renseigne et on me dit que le 6ème bataillon territorial du Génie, 47ème Compagnie dont fait partie Fernand Laval comme maréchal des logis est caserné à la caserne Lefol près des Halles. J’y arrive et voit Fernand qui me montre la flottille de péniches (40) amarrées à quelques mètres de là sur le canal et dont il commande une des unités. Il doit au premier ordre partir avec son peloton et 4 chevaux, à vide, vers une ambulance du front pour prendre un chargement de blessés qui sera fait et organisé par les infirmiers de la Croix-Rouge de l’hôpital évacué, et revenir à un point intérieur qu’on doit lui indiquer à ce moment-là seulement. Je vois M. Maurice Gosset 24, rue des Templiers. Tous deux me donnent des lettres pour les leurs.

J’apprends que le drapeau du 132ème allemand a été apporté par le chasseur à pied qui l’a pris en automobile du front pour le remettre au Général Joffre. Celui-ci est installé avec son état-major au Collège de Vitry, place Royer Collard ; cette place au pied de l’église Notre Dame de Vitry est gardée militairement et encombrée d’automobiles de luxe pour le service du Général et de son État-major qui a aussi près de lui des officiers du Grand État-major Belge, Anglais et Russe. Mes deux enfants ont été enchantés de rencontrer dans les rues des ordonnances et des officiers anglais et russes ainsi que des Cosaques. La T.S.F. est installée sur les tours de l’Église et reliée par téléphone au Collège. Le Général Joffre sort peu et ne se transporte qu’en auto. Il se promène quelques fois sur les routes de Vitry vers les Indes, route de Châlons (vers Loisy et St Martin) il est précédé de deux gendarmes, révolver au poing, et suivi de 2 autres gendarmes également au garde à vous, accompagné de deux ou trois de ses officiers armés et de 2 ou 3 agents de la sûreté armés d’un révolver.

Nous revenons vers 4h sans encombre.

Je reviens ici le mardi 18 après avoir remis la barque à flot pour mes enfants qui en étaient bien privés, il suffisait seulement qu’elle fut cadenassée et dissimulée dans les herbes ou sous des (arbres) saules et non rentrée dans les habitations.

En rentrant ici même aspect de la ville, mon payeur est toujours là ! Je vois les Lorin, Laval, donne des nouvelles. Vu hier soir Mareschal et sa femme, on cause toujours sur le même sujet, la Guerre. Maurice Mareschal me dit qu’il y a à l’Hôpital Mencière rue de Courlancy où il est affecté comme officier intendant des blessés français, la plupart aux jambes. Un sergent lui disait que les Allemands tiraient trop bas et que leurs balles plus petites que la notre faisaient des blessures rarement graves, par contre la notre cause dans l’organisme des désordres terribles et les blessures sont toutes très graves. Une supériorité de plus sur ces sauvages avec notre artillerie de 75. Gare à eux. Je crois qu’ils s’en rendent très bien compte car ils se sauvent aussitôt, et nous aussi nous nous en rendons compte de notre supériorité. Les rôles sont changés depuis 1870.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Ce jour, visité rapidement l’hôpital temporaire de la clinique Lardennois. La moitié de la salle est déjà occupée par des blessés ou des malades.

 Source : Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918 - Notes et impressions d'un bombardé

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Mercredi 19 août

Les troupes françaises continuent à progresser dans la Haute-Alsace, mais les Allemands ont repris Villé, dans une vallée latérale à l’Ill. En Lorraine annexée, nos soldats occupent la ligne de la Seille, Château-Salins, Dieuze, Delme et Morhange, localité importante, puisqu’elle commande la ligne de Sarrebourg à Metz.
En Belgique, Les Allemands ont bombardé Tirlemont, entre liège et Bruxelles. Ils ont ensuite poussé au delà vers le nord-est. Les populations effrayées s’enfuient, devant eux, dans la direction de Bruxelles et d’Anvers.
Les forts de Liège tiennent toujours. Les forces germaniques, ont décidément tourné la place par l’est, s’approchant même des premiers forts d’Anvers.
Entre Liège et Namur, des masses allemandes ont franchi la Meuse – vraisemblablement à Huy.
Notre cavalerie a eu un succès sur la cavalerie ennemie à Florenville, dans le Luxembourg belge.
Une note officielle dit que, désormais, et d’après des documents sérieux, la responsabilité du haut commandement allemand dans les atrocités de Belgique et de la Lorraine française est absolument démontrée.

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Mardi 18 août 1914

Louise Dény Pierson

18 août 1914 ·

Dans le courant du mois d’août une tragique méprise se produit lorsqu’un dirigeable français vient survoler la ville de Reims : des soldats de garde à la gare, non avertis de son passage, tirent dessus et l’abattent.
Deux officiers qui étaient à bord sont tués. Le lendemain mon père m’emmène avec lui assister à leurs obsèques au cimetière du Nord. Il y avait beaucoup de monde.

L’image contient peut-être : une personne ou plus, arbre, plein air et nature
Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

Paul Hess

Le mouvement provoqué par la mobilisation se ralentit ; nous en sommes au 17e jour. Des réservistes de certaines classes n’ont cependant pas encore reçu leurs ordres d’appel individuels. Aujourd’hui, séjournent en ville, les soldats du 19e territorial d’artillerie.

 Source : Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918 - Notes et impressions d'un bombardé

 

Hôtel des Postes, Paris - 1914 Domaine public Agence Rol — Gallica (Bibliothèque nationale de France)

Hôtel des Postes, Paris – 1914 Domaine public Agence Rol — Gallica (Bibliothèque nationale de France)


Mardi 18 août

Rapport concis et éloquent du général Joffre, daté de Vitry-le-François. Nous tenons les vallées des Vosges : les Allemands ont battu en retraite au sud de Sarrebourg. Nous occupons une bonne partie de la Lorraine annexée, nous sommes les maîtres de la vallée de la Seille et dominons celle de la Sarre; Château-Salins est à nous. Partout notre artillerie a produit un effet démoralisant sur l’adversaire.
Des nouvelles de Hollande confirment le bruit que le Kronprinz a été blessé. Le Kaiser serait auprès de son fils à Aix-la -Chapelle.
Les Allemands ont évacué Landen, en Belgique, sur la ligne de Liège à Bruxelles. Ils ont tenté vainement de passer la Meuse, au dessus de Houx, car nos batteries ont fait, dans leurs rangs, d’effroyables ravages. Les Belges attendent avec sang-froid la grande bataille dont on parle depuis tant de jours.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 17 août 1914

Paul Hess

P. Simon-Concé, mon beau-frère, que je n’ai pas rencontré la veille à son hôpital, passe le soir à la maison et nous dit avoir été réveillé, au cours de la nuit précédente, pour recevoir 16 blessés de l’affaire de Dinant ; ce sont des hommes des 33e et 148e d’infanterie.

Source : Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918, notes et impressions d'un bombardé 
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Lundi 17 août

Continuation de nos succès dans la vallée des Vosges. Les Allemands se replient en grand désordre vers Strasbourg, laissant entre nos mains une quantité énorme de matériel.

En Lorraine et en Alsace nos troupes ont dépassé en moyenne de 10 à 20 km la ligne frontière.
Dans l’adriatique, la flotte franco-anglaise par l’amiral Boué de Lapeyrère, a coulé un croiseur austro-hongrois devant Antivari.
Les Serbes ont repoussé victorieusement les Autrichiens, à Chabatz, sur la Save. Ils ont pris quatorze canons.

On confirme la nouvelle que le Kronprinz a été grièvement blessé. Est-ce à la suite d’un attentat ? Est-ce sur le champ de bataille ?
La Turquie désarme les croiseurs allemands.

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Dimanche 16 août 1914

Paul Hess

…La curiosité me pousse à profiter de la liberté de ce dimanche pour connaître l’aménagement de l’Hôpital militaire installé à la clinique du Dr Lardennois (angle de la rue Coquebert et de la rue de Savoye) où mon beau-frère, P. Simon-Concé, est gestionnaire. Dans cet établissement sont soignés actuellement 17 malades ; il ne s’y trouve pas encore de blessés quoique Reims, où il existe plusieurs hôpitaux temporaires de territoire et de nombreux hôpitaux auxiliaires, en reçoive journellement.

A ce propos, il est à noter que le drapeau de la Croix-Rouge flotte à l’École ménagère, place Belle-Tour, à la Bourse du Travail, boulevard de la Paix, au Lycée de garçons, rue de l’Université, à l’École des Arts, rue du Barbâtre et à la Communauté de l’Enfant-Jésus un peu plus loin ; on le voit encore à l’ancien lycée de jeunes-filles, également rue de l’Université, sur les différentes cliniques et sur nombre d’autres établissements divers ou maisons particulières. (Albert Duchenoy est planton – civil en raison de son jeune âge – à la clinique Lardennois ; de même, mon fils Lucien est de service continuellement à l’Hôpital auxiliaire installé à l’angle de la rue des Trois-Raisinets et de la rue de Mâcon, dans l’immeuble à la disposition des religieux franciscains).

Au soir, passant par la gare, je vois transporter quelques blessés sur des brancards, à la descente d’un train et, en m’en revenant, je m’arrête sur la place de l’hôtel de ville, pour essayer de lire le communiqué; l’affluence est telle, devant la dépêche, que les gens qui se pressent ne peuvent pas en prendre connaissance. La teneur de ce communiqué est donnée par un concitoyen placé au premier rang, qui a la bonne idée de le lire à haute et intelligible voix, pour tous. Il y est dit que l’on envisage l’imminence d’une action considérable, susceptible de se développer sur un front de 400 kilomètres, de Bâle à Maëstrich. Cette dépêche recommande la confiance ; cependant, elle me semble préparer en quelque sorte l’opinion, pour le cas où, sur un point ou un autre, il surviendrait un revers. Mon impression, en retournant à la maison, sans avoir écouté les conversations animées, est que la grande bataille dont on parle comme pouvant durer une huitaine de jours est déjà commencée – et je rentre tout rêveur.

Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918, notes et impressions d'un bombardé 

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Juliette Breyer

Encore une semaine de passée. J’ai reçu une lettre de toi. Tu penses si je me suis pressée d’acheter le journal tous les jours. On nous y annonce des victoires, tant mieux.

A Reims la troupe commence à arriver. A la ferme Demaison, il y en a beaucoup. Ils se fournissent chez nous pour le vin et la bière. Mme Millet, rue de Nogent, avait été leur faire ses offres mais elle leur a vendu trop cher et le chef leur a défendu d’y aller.

Il y a aussi des soldats avec les autos qui sont sur le boulevard depuis chez maman jusque route de Cernay. Ils viennent beaucoup chez nous. Il y a entre autre un gros épicier de Paris avec un camarade qui m’a demandé si je voulais leur faire le café matin et soir. Il  m’a donné quelques renseignements sur le commerce. D’abord sur les pâtes Rivoire il y a un bon tiers à gagner et il m’a dit qu’il avait commencé sans un sou et qu’aujourd’hui il avait « amassé ». Aussitôt la guerre, il se mettra en correspondance avec toi.  Et tu sais, de tous ceux qui viennent, jamais un soldat ne m’a manqué de respect. L’inspecteur comme je t’ai dit sur les lettres vient tous les deux jours. Il s’intéresse à tout et il est très gentil.

Tiens, M. Sauviron est venu, croyant te voir encore pour te faire ses adieux. Il ne va pas au feu. Il a de la chance. Il s’est marié la semaine dernière avec Mlle Bocquillon.

Enfin, encore une semaine … Bons baisers mon Charles et à bientôt.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Dimanche 16 août

Le ministère de la Guerre communique d’intéressants détails sur nos succès de la veille. Nos forces de Lorraine ont battu le corps d’armée bavarois en plaine d’abord, sur les hauteurs ensuite et les pertes de l’ennemi sont déclarées très sérieuses. Nos blessés se sont montrés admirables.
Nouvelle avance de ce côté : nous poussons jusqu’à Lorquin, à quelques kilomètres de Sarrebourg.
Dans le massif du Donon, qui vient d’être occupé et qui est la dernière sommité des Vosges vers le nord, très importante par sa situation. Plus bas, nous occupons encore Sainte-Marie-aux-Mines et St-Blaise, dans la vallée de la Bruche.
On annonce un grand combat à Dinant, sur la Meuse, entre Namur et Givet, nos troupes y ont eu l’avantage sur les Allemands. Notre cavalerie a fait merveille et a rejeté l’ennemi avec grosses pertes sur la rive droite de la Meuse.
On confirme des succès des croiseurs anglais sur la côte de l’Afrique orientale allemande.
Le généralissime britannique French, qui était venu passer quelques heures à Paris, où il s’est entretenu avec le Président de la République et avec les ministres, est repartie au début de la matinée. On n’indique pas la direction qu’il a prise.
Le Japon a lancé un ultimatum à l’Allemagne. C’est la guerre immédiate dans les mers de Chine.

 

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Samedi 15 août 1914

Paul Hess

Ce jour de l’Assomption, à la grand’messe de la cathédrale, presque toutes les stalles du chœur sont occupées par des soldats ; ce sont, pour la plupart, des prêtres des diocèses de Vannes et de Quimper. L’assistance aux offices solennels de la journée, présidés par le vénéré cardinal Luçon, est très nombreuse et des plus recueillie.

La procession, à la suite des vêpres, est suivie par quantité de militaires ; le sérieux de leurs physionomies frappe, émeut et donne à la cérémonie un caractère de gravité inaccoutumée.

Sur la fin de l’après-midi, en nous rendant au cimetière du sud, mes fils, Jean, Lucien et moi, nous amusons un instant, en passant boulevard de la Paix, à regarder un conducteur algérien de voiture automobile qui divertit ses camarades en mimant la danse du ventre et en chantant à l’imitation des tunisiens que nous avons vus si nombreux aux foires, à certaine époque. Il est monté sur une sorte de petite estrade, installées derrière un ligne de poids lourds, et les autres tringlots-chauffeurs – une vingtaine – assis sur l’herbe autour, l’accompagnent en mesure, suivant le rythme, en choquant leurs cuillers et leurs fourchettes. Ces réservistes se désennuient aussi gaiement que des enfants ; ils rient bien tous et le tableau laisse une belle impression d’insouciance.

Plus loin, boulevard Victor Hugo, nous remarquons une quarantaine d’autobus au repos. Au retour de notre promenade, par le canal, nous voyons encore des véhicules automobiles près du cirque et à d’autres endroits qui servant de garages Au Boulingrin, il s’en trouve plus d’un cent. Nous en avons compté ainsi au-delà de cinq cents cet après-midi et ce n’est qu’une partie de ce qui passe en ville, car, pour le service de ravitaillement de l’armée, une autre partie du matériel est en route pour revenir à Reims, centre de réception. Toutes ces voitures font ainsi le va-et-vient par convois et à tour de rôle, depuis le début de la mobilisation.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Le cardinal Luçon

Le cardinal Luçon


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Juliette Breyer

Mon Charles,

En rentrant hier soir avec papa, Ô bonheur ! Il y a avait une lettre sous la porte. Tu penses, quelle joie !

Aussi moi qui n’avais pas pleuré quant tu es parti et qui n’avais pas pleuré depuis, la joie m’a fait couler des larmes et je me suis sentie soulagée.

Tu me dis que tu es dirigé sur Longeville et que cela va très bien. Tant mieux  mon pauvre Lou. Je souhaite pour toi que cela aille ainsi jusqu’à la fin de la guerre. La chaleur est un peu forte aussi. Il vaut encore mieux cela que les froids rigoureux.

Paul part aujourd’hui pour Berry au Bac.

Enfin je te quitte. Bons bécots de loin.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

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Vendredi 14 août 1914

Paul Hess

Comme but de promenade matinale, le 14, je choisis la rue Lesage et je remarque des trains, transportant avec un lourd matériel, des artilleurs du 4e à pied. Il y a là, sur les trucks des pièces de 155, des caissons, une grande échelle sur roues, etc.

Le lait nous fait défaut ce jour, car les vaches de toutes les communes des environs ont été réquisitionnées pour être parquées au Port-sec.

Jusqu’à présent, nous ne constatons pas d’augmentation sensible sur le prix des denrées. Hier soir, à la criée, où les commissaires priseurs sont remplacés par Elie, leur crieur, j’ai payé le bœuf 1.20 F le kilo, prix plutôt exceptionnel en temps ordinaire.

Depuis le début de la guerre, le temps s’est mis au beau ; il fait une chaleur accablante.

Le soir, on fait savoir aux volontaires délivrant des « laissez-passer » qu’ils pourront se rendre libres le 15 et le lendemain dimanche.

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

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Vendredi 14 août

Nous continuons à progresser à la frontière des Vosges. Après le col de Saâles, nous avons occupé la ville de ce nom et, sans pertes sérieuses, nous avons infligés à l’adversaire un échec signalé. Beaucoup de soldats se sont enfuis en abandonnant leurs uniformes.

Prés de Château-Salins, en Lorraine annexée, à Chambrey, nous avons surpris et décimé deux compagnies bavaroises.
On apprend que les flottes anglaise et française, ayant terminé la mission spéciale qui leur avait été dévolue, pendant les transports de troupes – dans le Pas de Calais, la Manche et la Méditerranée- vont prendre l’offensive.
La concentration des troupes alliées doit être assez avancée en Belgique, car le général French, le généralissime anglais, est attendu à Paris, d’où il ira rejoindre le front.
Nouveaux succès des Belges : 200 de leurs cyclistes militaires mettent en fuite 400 soldats allemands après leur avoir tué et blessé beaucoup de monde.
Nos aviateurs ont remporté de brillants avantages sur les aviateurs allemands, qui se dérobent autant qu’ils le peuvent au combat.
Le gouvernement a décidé de faire paraître un bulletin des armées de la République, afin de porter à la connaissance des soldats tous les événements qui se produisent sur la frontière. Il ajourne le paiement de certains loyers.
La Turquie n’a pas, comme on l’avait dit, débarqué les équipages allemands du Breslau et du Goeben : elle les a laissés à bord. C’est une véritable provocation.
  D’après des informations sérieuses, le Japon va déclarer la guerre à l’Allemagne. Il s’efforcera alors, et ce lui sera facile, de prendre les possessions germaniques de Chine et détruire l’arsenal de Kiao-Tcheou, sur lequel le cabinet de Berlin fondait des espérances illimitées.

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Mercredi 12 août 1914

Louis Guédet

Mercredi 12 août 1914

8h3/4 matin  Je viens de recevoir la visite de mon sous-lieutenant trésorier-payeur, qui est de Paris dans l’administration des Postes, son Père aussi, il se nomme Brizard : 27 ans. Il pense être dirigé bientôt vers la Belgique. Il m’a dit qu’il avait vu hier un gamin de 14 ans revenant de Liège, blessé au poignet gauche, qui lui racontait que les allemands achevaient les blessés et que dans les rues de Liège où il avait été blessé il n’avait  dû le salut qu’en faisant le mort et que près de lui 2 ou 3 blessés qui avaient remués avaient été aussitôt achevés à coup de révolver. Sauvages ! Et on prend des ménagements envers les prisonniers allemands qui nous arrivent. C’est honteux on ne devrait leur donner que de la bouillie de farine d’orge ou d’avoine comme ils en donnaient à nos prisonniers en 1870, juste de quoi pour qu’ils ne meurent pas de faim. On me rapportait qu’un de ces prisonniers, officier de Uhlan, avait eu le toupet d’inviter à la chasse l’année prochaine le lieutenant français qui l’escortait. Celui-ci lui a répondu qu’il espérait bien qu’il chasserait chez lui avant sans son invitation.

8h1/2 soir  Toujours peu ou pas de nouvelles. Rencontré Fréville (notre receveur particulier des finances) au coin de la rue de l’Étape et de la rue de Talleyrand en face du Petit Paris, à qui je demandais des nouvelles de son fils qui est dans l’aviation (mais aucune nouvelle)…  et en causant de choses et d’autres ayant trait à la Guerre il me disait s’être trouvé quelques instants auparavant avec un Monsieur très chic (rayé) qui convoie en auto des officiers généraux et qui contait qu’ami intime de notre ministre de la Guerre qu’il tutoie, M. Messimy, venant avec un Corps d’Armée de l’Ouest il avait séjourné quelques heures à Paris et en avait profité pour aller serrer la main de son ami Messimy, mais aussi pour tâcher de savoir où se trouvaient ses 2 fils partis sur le front et comme tous les autres dont il ignorait la région ou zone où ils étaient, puisqu’ici nous ne savons même pas où sont nos régiments de garnison.

Or ce Monsieur demandait au ministre de la Guerre de lui dire tout au moins où étaient approximativement ses 2 enfants. Messimy lui répondit : « Mon cher, impossible de vous le dire, mais si je vous disais par contre que d’ici 3 jours vous apprendrez une nouvelle qui vous ferait bondir de joie, vous ne songeriez pas à vous inquiéter de vos enfants car il s’agit du succès de nos armes. » Qu’est-ce que cela veut-il bien dire ? Nous le saurons dans 2 ou 3 jours.

Porté lettres à la Poste de la gare. 2 tentes sont plantées dans la cour près et en face de la salle des 3èmes classes (entre le buffet et l’entrée du grand Hall des billets). En revenant par la place Drouet d’Erlon j’ai vu 40 ou 42 autobus massés par 4 de la fontaine Subé à la rue St Jacques côté St Jacques (est) prêts à partir vers la gare.

Appris par dépêche mort d’Edmond Cosson un mien cousin (il ne reste plus que Charles) décédé en son village de Perthes (Hte Marne) près de St Dizier. Je l’aimais bien et puis…  que de souvenirs d’enfance et de jeunesse disparaissent avec lui. C’était le bon temps où tout était soleil. Que de parties (1872-1880) de chasses, de pêches à St Martin avec Charles Cosson, Edmond Cosson, Henri Cosson. Albert Oudinot, Narcisse Thomas avoué à Paris, docteur Aluison d’Eurville etc…!! Edmond conduisait sa « Blonde », son cheval préféré boire au gué du moulin de St Martin et défiant au retour les 2 ou 3 autres qui l’accompagnaient avec leurs chevaux dans le même but. Partant au galop, arrivant  comme le vent dans la cour de la maison et « la Blonde » emballée s’engouffrant avec son cavalier dans l’écurie qui, ne pensant pas à se baisser pour franchir la porte est abattu net les 4 fers en l’air dans la cour. Pas grand mal ! une bosse à la tête qui aurait du le laisser mort…  Mais il était arrivé bon premier ! C’est sans doute cela qui l’avait ressuscité !!

Heureux jours ! Sans soucis ! Sans tristesses !! En verrai-je jamais de semblables ?!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Les dépêches annoncent quelques succès d’avants-postes et disent que les allemands ont sommé Longwy de se rendre.

Au cours d’une sortie, j’ai l’occasion d’échanger quelques impression avec M. Prévost, un ancien, rencontré souvent en temps de paix, au stand de la Société de tir. nous parlons de la reconnaissance que nous devons au Belges, après leur résistance si glorieuse et si héroïque à Liège, où ils ont dû, les premiers jours du mois, subir le choc d’une armée allemande de 120000 hommes voulant traverser la Belgique en rafale pour envahir la France par le Nord. Les journaux ont dit que les pertes – 15 à 20000 hommes – devant les forts de cette ville, ont obligé les Allemands à demander une armistice de vingt-quatre heures pour enterrer leurs morts. A défaut d’autres nouvelles, nous formulons l’espoir que ce laps de temps a pu permettre à nos troupes d’avancer en Belgique et à l’Angleterre qui a pris, elle aussi, ses responsabilités dans la guerre en se rangeant à nos côtés, de débarquer les siennes.

Nous n’avons pas de communiqué à lire le 13. Depuis deux jours, des groupes de prisonniers allemands passent en gare. Les premiers blessés arrivent également ; ceux qui sont transportables sont évacués beaucoup plus loin, à Rennes, paraît-il.

Vu le soir, après la sortie de l’hôtel de ville, une auto de la Croix-Rouge quitter la cour de la Grande Vitesse, emmenant sans doute dans un hôpital, deux lieutenants, l’un de chasseurs à pied, l’autre de hussards, paraissant blessés aux bras et causant tranquillement entre eux.

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918
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Mercredi 12 août


Jusqu’ici, la guerre commence bien et tous les engagements nous sont favorables.
Diplomatiquement, politiquement, nous n’avons qu’à nous louer des circonstances.
L’Allemagne à l’heure où elle entamait les opérations, a multiplié les fautes.
Son intérêt était d’avoir l’Italie avec elle pour attaquer notre frontière des Alpes et nous immobiliser quelques centaines de milliers d’hommes. Il était aussi de ménager l’Angleterre. Elle avait si bien compris ce dernier point que, brutalement, grossièrement, elle avait proposé au cabinet de Londres un marché : le Royaume-Uni eût assisté impassible aux événements, à l’invasion de la France que rêvait le Kaiser, et Guillaume II se fût borné à prendre nos colonies.
 » Vous me proposez la honte « , a dit Edward Grey au prince Lichnowski.
La diplomatie allemande a si bien manœuvré que l’Italie est resté neutre, en attendant sans doute qu’elle fonce sur les provinces autrichiennes devenues vides de soldats et qu’elle réalise le vœu national : la reconquête de Trente et de Trieste.
Voilà 400.000 ou 500.000 hommes perdus pour l’Allemagne et qui opéreront à un moment donné contre son alliée l’Autriche.
L’Angleterre, qui certes n’eût pas abandonné la France, mais dont les mouvements eussent pu être plus lents , a été avertie des prétentions allemandes par les déclarations naïves et brutales à la fois de l’ambassadeur allemand à Londres. Elle préparait son armée et sa flotte pour se trouver en ligne dès l’ouverture de la guerre.
Dans l’ordre politique, l’Allemagne s’est lourdement trompée. Ses indicateurs de 1870 valaient mieux que ceux de 1914 . Elle nous croyait divisés, irrémédiablement, déchirés par les partis politiques, incapables d’entente. Or, son agression a immédiatement réalisé l’accord. Une solidarité, une fraternité se sont accusées telles parmi nous que, de mémoire d’hommes, on n’en trouverait pas de comparables. Ceux qui niaient jusqu’à l’utilité des armées ont marqué un enthousiasme admirable pour la défense nationale.
Le chancelier de Bethmann-Hollweg avait supposé qu’il réduirait notre pays à la faveur de ses disputes. Il s’est heurté à un front continu de bons Français, qui n’avaient plus d’autre pensée que de sauvegarder, avec l’intégrité du sol national, la civilisation et le droit.
Enfin, l’on s’était imaginé, bien à tort, que l’état-major allemand était impeccable. IL y a bien un de Möltke à sa tête, mais il n’est que le neveu de l’autre : il ne paraît pas avoir hérité de ses talents. Il a commis la faute initiale d’attaquer la Belgique. Il avait pensé, sur la foi de n’importe quels éclaireurs diplomatiques, que les Belges ne résisteraient pas à l’armée allemande, qu’ils seraient trop heureux de coopérer à l’agression contre la France et de faciliter la marche des soldats germaniques. Ce de Möltke était si bien persuadé de leur lâcheté et de leur félonie qu’il avait essayé de négocier avec le cabinet de Bruxelles. Il a été bien reçu; ses troupes ont été encore mieux reçues devant Liège. Il a trouvé la bravoure à la place de la lâcheté, la loyauté indéracinable à la place de la félonie.
L’attaque de la neutralité belge a d’abord porté à l’Allemagne un préjudice moral énorme. Tous les petits peuples sont en armes, prêts à briser l’assaut qu’elle pourra tenter de donner à l’un ou à l’autre. L’Angleterre a été entrainée à agir immédiatement, à la nouvelle de l’acte monstrueux des Allemands. Dans le monde entier, la réprobation a éclaté contre le procédé honteux de la Germanie barbare.
Mais il il y plus. Comme les Belges ont écrasé à Liège un corps d’armée allemand, comme 120.000 Allemands au total ont été arrêtés devant la ville, l’état-major français, l’état-major belge, l’état-major anglais ont eu le temps de prendre toutes leurs précautions.
Il est grave de subir au début d’une campagne une défaite aussi caractérisée. Les conséquences de cette défaite se marquent déjà.
Le Kaiser comptait être le 11 à Paris. Or, nos troupes débordent la frontière, nos deux ailes sont en Belgique et en Alsace, notre concentration a pu s’achever, et les Russes sont entrés en Prusse.
La Belgique continue à faire merveille.
Des masses importantes de cavalerie allemande -plus de 10000 hommes-ont franchi la Meuse, prés de Liège et prés de Huy , et ont débouché en Hesbaye, à proximité du front de l’armée belge.
Il est évident que leur but était de pousser un raid, si possible, vers Bruxelles, et de terroriser la capitale. On les a vus à Tirlemont, à St Trond, dans divers cantons du Limbourg, mais les belges se sont bravement défendus. Ils ont repris Landen, nœud de chemins de fer important, que l’ennemi avait occupé, et ont repoussé ses avant-postes sur toute le ligne. Le général von Emmich, le vaincu de Liège, qui est le généralissime de l’ armée allemande dans l’est de la Belgique, tient sa situation pour si périlleuse et si compromise, qu’il se fortifie dans la ville. Il tient la ville, mais les forts sont toujours aux mains de l’héroïque armée du général Leman. Les contingents français, belges et anglais sont désormais en contact étroit, dans une partie de la Belgique qu’il n’y a point lieu de préciser, et les états-majors se consultent en vue des opérations futures.
On Continue à arrêter quantité d’espions à Namur, à Bruxelles, à Anvers. Ces sujets de Guillaume II se considéraient comme chez eux. Ils s’imaginaient qu’en quelques heures, ils pourraient se rendre maîtres de la Belgique. Ils doivent apprécier désormais la gravité de leurs erreur.
Les deux croiseurs rapides allemands, le Breslau et le Goeben, qui avait bombardé Bône et Philippeville le 4 août, et qui s’étaient ensuite enfuis à toute vitesse pour se soustraire aux escadres française et anglaise, sont arrivés à l’entrée des Dardanelles.
Que feront les Turcs? D’après les règles du droit des gens, ils doivent les désarmer ou les renvoyer dans les 48 heures, mais il est douteux qu’ils se conforment à ces prescriptions d’ordre international. Nul n’ignore que l’influence allemande reste prépondérante à Constantinople et que le général allemand Liman von Sanders est chargé d’y réorganiser l’armée.

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Mardi 11 août 1914

Louis Guédet

Mardi 11 août 1914

9h1/2 matin  Je suis parti le 7 courant vendredi à 3h de Reims pour retrouver les miens à St Martin. Route longue en chemin de fer, je suis arrivé à Vitry-la-Ville vers 7h et de là à pied pour St Martin…  Je suis arrêté dans Cheppes devant un barrage de voitures, il faut montrer mon sauf-conduit. A la sortie de Cheppes, au petit passage du sémaphore, vieille route, même cérémonie ainsi qu’à la barrière de St Martin. Je trouve tous les miens en bonne santé, mais sans grande nouvelle.

Les journées des 8 et 9 se passent, on pêche un peu mais le 10 au matin on nous averti qu’il faudra retirer de la Rivière la barque et la rentrer chez mon Père. Cela m’ennuie, car c’était une distraction pour mes enfants qui en sont un peu marris.

J’ai quitté St Martin à 3h pour prendre le train à Vitry-la-Ville à 4h.

Nous apprenons les combats de Liège et d’Altkirch et l’entrée des Français à Mulhouse. J’arrive à Châlons à  4h1/2 et là on m’apprend que je n’aurai pas de train avant 7h13. Je fais les 100 pas sur le quai et là je rencontre M. de Quatrebarbes, de Reims qui file à St Mihiel. Lapique m’accoste et là je bavarde avec lui, M. Raynald (ancien clerc de Duval) avocat à Paris et un avoué de Bar-le-Duc, M. (en blanc, non cité), tous trois membres du Conseil de Guerre à Châlons. Ils m’apprennent qu’ils ont vu une dizaine de Uhlans prisonniers qui paraissaient assez ahuris, tous parlent parfaitement le français, sauf un vieux territorial (landwehr sans doute), qui devait être un magistrat allemand car il ne cessait de réclamer : « Un interrogeoir !! » sans doute il demandait qu’on l’interroge et qu’on le relâche ensuite. Comptes-y : Assassin !! Vandale !

En rentrant on m’apprend que je loge un officier trésorier payeur. Je ne sais pas combien de temps je l’aurai. Je ne l’ai pas encore vu.

Tout le boulevard de la République est bondé, côté des trottoirs d’automobiles (camions) de toutes marques de tous genres depuis hier soir. Les camions automobiles sont toujours là, alignés comme pour une revue face au centre de la voie, adossés (callés) contre le trottoir depuis la Porte Mars jusqu’au Cirque.

4h35 soir  Je rentre de Bazancourt où j’étais appelé par Mt Loeillot mon confrère de Boult-sur-Suippes pour une levée de scellés à l’effet de représenter des absents. Le juge de Paix de Witry-les-Reims n’étant pas arrivé, je n’ai pas quitté la gare de Bazancourt et j’ai fait les cent pas avec Loeillot en attendant mon train de retour de 3h29 (j’avais quitté Reims à 2h1/4) Là je fis connaissance d’un avoué de Paris, Mt Chain, 4, avenue de l’Opéra, qui comme capitaine, assure le service des étapes (Henri Chain, avocat à la Cour d’Appel de Paris (1865-1923)). Il s’embête à mourir en attendant impatiemment l’heure où il partira pour faire son service d’étapes du côté de Coblentz, Cologne, Mayence ou autre bonne Ville de la…  noble ! de la douce !! Allemagne !! Nous avons causé de Narcisse Thomas son ex-collègue, de Parmantier gendre et successeur d’y celui.

En revenant notre train a croisé 3 ou 4 trains de troupes avec des canons : 155 long, genre grosses pièces, tous neufs.

En descendant sur le quai de la gare de Reims, comme cela m’avait intrigué, j’aborde M. Desplas notre commissaire de surveillance traction qui m’a avoué qu’on livrait une grande bataille sur la frontière. Que Dieu protège nos soldats et leur donne la victoire sans coup férir. Nous avons tous confiance, espoir. J’ai confiance !! en la Victoire !

Demain nous le dira !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

La mobilisation se poursuit très régulièrement. Chacun se plaît à reconnaître que le mécanisme compliqué de ce formidable brande-bas a été merveilleusement prévu, d’après ce qu’on peut en juger à Reims, où il ne cesse de passer des troupes de toutes catégories. L’ensemble continue à marcher sans arrêt, comme un machine bien réglée dont le déclenchement opéré le 1er août, aurait provoqué la mise en action automatiquement. Nous en sommes au 10e jour et il ne s’est produit aucun à-coup. Tout roule à souhait. Des camions, chariots, voitures automobiles, poids lourds de toute formes, dont beaucoup d’autobus parisiens, sillonnent notre ville et se rangent pour la nuit aux endroits où se trouvent d’assez grands emplacements : place d’Erlon, rue Buirette, boulevard de la République, boulevard Pommery, etc. Les chauffeurs de ces véhicules portent l’uniforme du train.

 Source : Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918 - Notes et impressions d'un bombardé
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Dimanche 9 août 1914

Paul Hess

Le lendemain, 9 août, les journaux annoncent la victoire d’Altkirch et l’entrée des nôtres à Mulhouse mais sans détails et sans parler de pertes, de part ou d’autre ; ce n’est que les 10 qu’ils déclarent que nos pertes à l’affaire d’Altkirch n’ont pas été de plus de 100 tués ou blessés.

Dans la matinée du dimanche 9 août, tandis que Lucien et moi nous nous promenons autour du square Colbert, notre attention est attirée, à l’arrivé d’un tain par la descente d’une quinzaine de civils escortés d’au moins autant de réservistes, baïonnette au canon. où conduit-on ces individus et qui sont-ils ? Nous remarquions, en outre, que l’on installe un poste de soldats à la gare, sur la partie en terrasse de la toiture du bâtiment principal.

L’exode de la population a pris à Reims une certaine ampleur, augmentée du mouvement occasionné parles arrivées continuelles d’évacués qui ont dû quitter, précipitamment la Belgique ou les Ardennes. un service des « Laissez-passer » a été mis sur pied à la mairie, dans le but d’assurer la surveillance et d’opérer le criblage nécessaires. Ce service fonctionnant sous la direction de la police, est assuré, en grande partie, par des habitants de la ville bien connus, qui se sont mis bénévolement à la disposition du secrétaire en cher, M. Raïssac. C’est ainsi qu’à partir de 17 h, chaque soir, mon travail au mont-de-piété étant terminé, je vais prendre place à une table de la salle des mariages de l’hôtel de ville, où se trouvent MM. Grandadam, inspecteur-chef de police en retraite, Brévannes (Dreyfus), administrateur artistique du Kursaal et Cophignon, appréciateur au mont-de-piété, afin de délivrer avec eux les pièces autorisant les départs. Le commissariat central a authentiqué ce rôle provisoire, en me remettant un brassard vert, portant sur fond blanc l’inscription R.R. avec son cachet.

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre 1914-1918

Juliette Breyer

C’est aujourd’hui dimanche. Le commerce va toujours bien. La vente a été très forte, aussi j’ai fermé le magasin à midi. On m’a amené André à 11 heures et demie. Je vais donc pouvoir aller dîner chez ton papa et ta maman, mon Charles, et ce soir j’irai chez mes parents car c’est plus facile que si c’est papa qui vient coucher chez nous.

Je vais te raconter ma semaine. D’abord mercredi Gaston est parti ; il était venu la veille me dire au revoir. C’est triste tu sais de voir partir tous les siens : toi, mon frère, le tien. Quelle chose que la guerre ! Enfin je te dirai, et tu dois t’en douter, que chaque jour je guette le facteur, mais jusqu’ici rien. Mais je sais bien que c’est un mauvais fonctionnement de la Poste car ta première idée aura été de m’écrire.

Ton coco a un peu de diarrhée mais ce ne sera rien. Pauvre titi, le lendemain de ton départ, en rentrant chez nous il a fait le tour du magasin en criant papa. Mais tu étais loin et tu sais, ce n’est pas encore passé car il te cherche encore.

Le commerce va toujours. C’est la bataille au sucre. On cherche à m’intimider mais je tiens bon. Depuis que tu es parti, vois-tu, elles sentent qu’elles ont affaire à une femme. Elles ont changé d’attitude. Dans beaucoup de magasins les marchandises commencent à manquer et justement pour cela je leur ai dit que si elles continuaient, je fermerai mon Comptoir. Cela a fait son effet et depuis elles ne disent plus rien.

On commence déjà à manquer de lait. Le laitier ne vient plus, les vaches ayant été réquisitionnées. Aussi je m’empresse de mettre du lait concentré de côté pour que mon petit cadet n’en manque pas.

Paul est revenu à Reims en attendant qu’il soit dirigé autre part. Ton parrain aussi, mais toi, je me demande où tu es et ce que tu fais. Je m’inquiète déjà. Que sera la suite ? Enfin demain je t’écrirai encore une lettre car je me suis promise de t’écrire tous les jours tant que tu seras loin de moi.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Samedi 8 août 1914

Paul Hess

Le samedi 8 août, le bruit court en ville, de l’entrée du Général d’Armade à Muhouse, après un violent combat où il aurait eu 15000 Français et 33000 allemands hors de combat. on donne des précisions ; 135 mitrailleuses prises par le 155e d’infanterie qui aurait fait prisonnier le 156e Allemand, presque sans tirer un coup de fusil.

La dépêche annonçant cette nouvelle d’importance, que d’aucuns affirmaient avoir lue à la sous-préfecture, dont d’autres disaient avoir eu connaissance à la gare où elle avait été transmise, ajoutait en outre, paraît-il qu’un de nos bataillons de chasseurs – le 10e – avait subi 80% de pertes, tués et blessés.

J’ai hâte, naturellement, en apprenant cela au bureau de voir terminer le travail et aussitôt libre, je me dirige vivement vers la sous-préfecture ; cette dépêche n’y est pas. Il n’en existe nulle trace non plus à la Mairie. Le concierge en avait cependant pris copie ! Il me semble bizarre, étrange, de ne pouvoir trouver confirmation de semblable action en Alsace – et je reste sceptique.

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

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8 août : le Monténégro déclare la guerre à l’Allemagne
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Vendredi 7 août 1914

Paul Hess

Nous allons en promenade de ce coté (1), mon fils Lucien et moi, le 7 août et nous remarquons, vers 18 h, entre autres convois, celui qui transport l’état-major de la 21e Division, (11e Corps – Nantes).

Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre 1914-1918

(1) La gare


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Mercredi 5 août 1914

Louis Guédet

Mercredi 5 août 1914

11h matin  En venant de faire une course rue Chanzy je viens d’être arrêté au Théâtre par une colonne de 20 à 30 autobus de Paris et de voitures du Bon Marché de Paris qui vont sur le front. Un chauffeur et un soldat guident chacune des voitures et dans la dernière 10 mécaniciens ou soldats. M. Hurault, de la Haubette, notre conseiller général me dit ces autobus et voitures passent ainsi depuis minuit. Chaque colonne s’arrête sur la route devant chez lui pour se ravitailler en essence et pour manger. Il est étonné du calme, du sang-froid et de la joie de ces hommes qui vont là-bas !

J’ai rencontré aussi la femme de Ensch, le photographe, qui m’a appris que son mari avait été arrêté dimanche dans la journée comme espion. Il était luxembourgeois. Est-il bien réellement bien coupable ? C’est à voir. L’avenir nous le dira.

8h soir  Ce matin vers 11h comme je revenais de la rue Chanzy je suis arrêté au Théâtre par une colonne d’autobus de voitures du Louvre, du Bon Marché, etc…  qui remontaient la rue de Vesle et marchaient à la frontière. Il parait que depuis minuit ces autobus n’ont pas cessé de passer ainsi. Ils s’arrêtent à la Haubette en face de M. Hurault, font leur plein d’essence, les hommes mangent et repartent. J’ai remarqué et je me suis laissé dire que ces voitures devaient servir à transporter les viandes sur le front (en effet il y a des crochets de bouchers accrochés aux coursives) et ramener les blessés.

A 4h comme j’étais à la gare, je suis interpellé par un chef de train que je connais qui me crie : « Ah ! M. Guédet si vous saviez comme çà tape à Givet !! » Il venait de cette ville d’où on entendait ce matin une canonnade épouvantable dans la direction de Namur et Liège. Voilà donc le plan de campagne de l’Allemagne bien défini et bien dessiné.

Comme j’étais sur le quai, je vois un curé, bon gros gaillard de 40 ans qui causait avec des aviateurs et des employés de chemin de fer, je m’approchais et celui-ci racontait qu’il était curé à quelques kilomètres de Moineville et qu’il connaissait très bien le curé qui venait d’être assassiné par les sauvages (des Prussiens) voici comment cela se serait passé : Une troupe d’allemands arrivent dans le village, un officier aperçoit le curé sur sa porte, il l’aborde et lui demande son livret de soldat. Le curé lui répond « Pourquoi faire ? » Le prussien lui dit « Vous êtes mobilisable ? » Le curé « Cela ne vous regarde pas ! » Pan ! une balle dans la tête et…  l’assassin s’en va !! Ce sont les mœurs gracieuses et…  élégantes de cette race-là ! Vandales ! Sauvages ! Brutes !

Parant, l’un de nos gardes de Nauroy passant à Reims pour rejoindre à St Mihiel nous apprend la mort presque subite de Thuly, notre vieux garde collègue de Parant et Lallement. Pauvre Thuly ! ! que de parties nous avons fait ensemble. Il connaissait si bien son terrain de chasse ! avec son franc parler, ne se gênant pas pour vous dire : « Ah ! M. Guédet que vous tirez donc mal !! Eh bien quoi !! çà va pas ? V’n’avez donc pas de plomb dans vos cartouches !! » Mais quelle joie quand on tirait bien !! « Çà va…ça va bien !! »

« Tirez M. Guédet : Voyez-vous ce maquereau là (un lièvre) qui vient se faire casser la…  figure ! (on ne parlait pas encore de Mme Caillaux) Viens ! viens ! mon vieux ! là…  à vous M. Guédet !… » Puis, la bête tuée : « J’te l’avais bien dit !! Tiens v’là pour la peine (prononcer comme pain) » en lui donnant le coup de grâce !

Et quand il disait à ce brave Caillau (ne pas lire Caillaux avec un x) « Mais M’sieur, c’est un carnier de chasseur d’alouettes !! » en élevant le carnier minuscule de Caillau du bout de son petit doigt ! Puis une heure après quand Caillau avait manqué tout ce qu’il voulait, Thuly s’arrêtant digne et disant : « J’n’vous pas M’sieur, mais m’est d’avis qu’vous tirez comme une vache !! » et encore plus digne retirant le carnier minuscule de Caillau et le lui rendant d’un geste d’empereur « T’nez M’sieur Caillau, j’vous rends, car je n’chasse pas avec des chasseurs d’vot’ acabit qui manquent à tous coups ! on f..terait les perdreaux dans votre culotte qu’vous les manqu’riez encore ! Et puis vous n’avez pas besoin de Porteur ! » Et ma foi il lâcha mon Caillau !! qui en est resté tout baba !!

Et encore quand je l’ai laissé attendre son furet sur un terrier par une neige, une neige épouvantable pendant 1 heure alors que je furetais avec Henriet et d’autres furets je l’entendais sacrer ! tempêter ! jurer ! tous les Saints du Paradis…  Et enfin revenant le revoir sans savoir trop ce que je lui dirais pour causer « Eh bien Thuly, et votre furet ? » – « c’gaillard là ! y n’sort pas ! J’n’sais c’qui tripotte là dedans !! Bon sang ! d’bon sang !! » – « Mais Thuly, regardez donc si votre autre furet est dans la boite ou est-il avec l’autre dans le terrier ? » Mon Thuly ouvre sa boite à furets et…  stupeur ! les 2 furets dormaient  tranquillement en rond et au chaud dans leur paille !! Je verrai toujours la tête de ce pauvre Thuly !! Aussi il ne fallait pas trop lui parler de cette aventure, car tous les noms d’oiseaux de son répertoire défilaient la parade…

Pauvre et cher Thuly, il avait fait le siège de Paris dans les Mobiles, nous nous étions frôlés souvent quand j’allais voir les Mobiles de nos pays de la Vallée de St Martin, Cheppes, etc…  avec ma Mère…  leur Providence !! nous ne songions ni l’un ni l’autre que 25 ans plus tard nous chasserions ensemble !! Quelles bonnes causeries faisions-nous ! alors !! que sa mémoire survive, c’était un brave homme ! Je lui devais bien ce quelques lignes que mes Petits et Grands (enfants) liront avec plaisir je n’en doute pas avec émotion, l’ayant aussi connu lui qui leur a fait tuer avec Lallemant et Parant leurs premiers lapins, perdreaux, lièvres et faisans ! Je l’aimais et…  je n’ai qu’un regret c’est qu’il n’ait pas vécu encore quelques semaines de plus. Il aurait il est vrai revécu des heures douloureuses qu’il avait connues comme moi en 1870 l’angoisse de l’inconnu. Du silence, du vide, mais il aurait eu la consolation et la joie de connaître en plus les heures de la Victoire de la France et de son Triomphe sur les barbares !

Thuly, du moins, vous avez la consolation de savoir là-haut…  La grande nouvelle ! « La Bataille est gagnée ! Nous sommes vainqueurs !! » Cri que je ne connais pas encore ! mais que j’espère…  que j’attends de toutes les forces de mon âme !!

Thuly, priez Dieu pour nos enfants, pour ma femme, pour mon Père et pour moi : Que Dieu nous protège et surtout pour que Dieu sauve la France et lui donne la Victoire !! Et nous irons tuer ensuite des lapins en souvenir de vous à Nauroy.

10h soir  Je rentre de la gare porter une lettre pour ma pauvre Madeleine. Reçoit-elle mes lettres ? mes journaux ? Je l’espère, mais moi depuis dimanche que je les ai quittés, aucune nouvelle. Enfin prenons patience, courage ! J’irai vendredi soir ou samedi matin à St Martin pour les rassurer s’ils n’ont rien reçu de moi.

Ah ! ces coups de sifflets des trains de la mobilisation (c’est une obsession !!) qui mènent tous ces hommes à la Boucherie. Ils me frappent, arrivant du nord et de l’ouest, comme autant de coups de poignards au cœur et au cerveau !! Et le vent me les amène toujours…  Ces coups de sifflets stridents, aigus, lugubres dans la nuit, on croirait entendre la Mort sifflant dans des tibias son appel au carnage !! Quand donc le vent tournera-t-il pour que je ne les entende plus ! mais alors ? Venant de l’Est-ce serait le canon que j’entendrais !! comme en 1870 !…

Tout cela et le temps lourd, orageux et ces pluies chaudes que nous subissons me remémorent bien des pages tristes et lugubres si fortement burinées par Erckmann et Chatrian dans « L’Histoire d’un conscrit de 1813 ». Waterloo 1814-15 !! Oui mais elles seront à cent ans de distance…  les pages glorieuses, victorieuses !! Je vois mes pauvres amis courbant le dos sous la rafale chaude, humide comme Joseph Bertha !! Je vois Béliard humant l’air vivifiant des hêtres et des chênes le matin en marchant dans les bois de la vallée de la Woëvre comme Joseph Bertha avec son camarade de lit Buche qui lui trouvait que c’était bon de vivre dans les bois même avec un fusil de guerre dans les mains !!

Oui ! mais ensuite nous revivrons les poèmes des pages exquises de l’ami Fritz !!

Comme ce sera bon de se promener à travers les vallons, les bosquets et les prairies avec ceux qu’on aime, ou que l’on trouvera réuni sous la lampe familiale ou encore quand on entendra la tempête déferler au dehors et le poêle ronfler avec son ronronnement berceur !! ce sera la Paix ! ce sera bon vivre au calme…  au…  calme !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

La mobilisation se poursuit avec calme. Le 5 août, vers 21 h, nous entendons une colonne de plusieurs centaines d’Alsaciens passer en chantant rue Cérès ; cela nous fait ressentir une vive impression.

Des trains transportant de la troupe passent continuellement en gare. Les curieux se pressent rue Lesage, contre les grilles, le long des voies du chemin de fer, pour acclamer les soldats qui partent gaiement. Toutes les locomotives de ces trains sont ornées de drapeaux et de bouquets ; beaucoup de wagons sont garnis de feuillages et portent à la craie des inscriptions témoignant un grand enthousiasme.

Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre 1914-1918

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5 août : le Monténégro déclare la guerre à l’Autriche
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Mardi 4 août 1914

Louis Guédet

Mardi 4 août 1914

9h1/2  soir  Le sort en est jeté ! La Guerre est déclarée par l’Allemagne contre la France.

Vandales ! Sauvages !! Soyez maudits Allemands !! Prussiens !! Bavarois !! Et que les prophéties d’Hermann de Lehnin soient accomplies. Que les Hohenzollern soient anéantis !! A 44 ans de distance la prédiction de Mayence s’accomplit ! « L’Alsace et la Lorraine seront ravies pour un temps et un demi-temps » (30 ans + 15 ans = 45 = (1870 à 1914/1915) ?? singulière coïncidence !)

« Les Français ne reprendront courage que contre eux-mêmes » Oui ! les Français ne reprennent courage que malgré eux-mêmes ! Parce qu’ils ne voulaient pas la Guerre. Et c’est l’Allemagne, la Prusse qui nous met le couteau sous la gorge ! Qu’ils en gardent la responsabilité après le Faux d’Ems ! le guet-apens d’Autriche !! C’est complet ! Dieu nous protège et nous donne la Victoire et l’anéantissement jusqu’au dernier des officiers allemands, qui ne rêvaient que carnage et guerre, et que l’orgueil teuton soit à jamais écrasé !!! abaissé !! piétiné !!

A quand la Victoire complète du Bois des Bouleaux « Ce jour-là il commandera à 7 espèces de soldats contre 3 au quartier des Bouleaux, entre Harn, Warl et Padeborn. » Aura-t-elle lieu les 16 – 17 – 18 août 1914 ? Ce serait une belle revanche de nos victoires de Gravelotte, St Privat qu’on a appelées des défaites…  Si nous avions eu autre chose que Bazaine !!

Mais cette fois-ci il n’y aura pas de Bazaine !! A bientôt les journées du « Bois des Bouleaux ! » qui existent bien à l’endroit indiqué dans la prophétie de Mayence !! et d’Hermann !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

On a appris, avec indifférence, l’acquittement de Mme Cailleux qui avait tué Gaston Calmette, rédacteur au Figaro, après plaidoirie de Me Labori un Rémois. On apprend encore l’assassinat de Jean Jaurès, le 31 juillet, par un jeune exalté, Raoul Villain, originaire de Reims, où sa famille est très connue, et cette nouvelle suscite une intense émotion mais on ne peut plus prêter à des informations, même aussi sensationnelles, l’attention qu’on leur eût accordée en d’autres temps ; on est absorbé malgré soi par les événements sur lesquels, précisément, on désirerait être mieux au courant.

Nous ne savons pas ce qui se passe, concernant les opérations ; il est vrai que nous ne sommes qu’aux quatre ou cinq premiers jours d’août. Cependant le laconisme ou la mutisme des journaux contraste vraiment trop, en raison de la gravité des circonstances et l’importance des faits à relater, avec leurs habitudes antérieures, alors qu’ils s’ingéniaient souvent à remplir leurs colonnes avec le peu de substance qu’ils avaient à délayer. il y a quelque chose de changé dans la manière d’être de la Presse.

Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

Juliette Breyer

Triste jour et jour mémorable qui pourra compter pour un des plus angoissants de ma vie. Je me demande si c’est un cauchemar car c’est une chose invraisemblable qui arrive. La guerre depuis deux jours est déclarée entre la France et l’Allemagne. Guerre cruelle sans doute car nous avons notre revanche à prendre.

C’est aujourd’hui mardi. Dés cinq heures du matin nous étions levés, mon Charles et moi car c’est aujourd’hui qu’il part, qu’il doit rejoindre son corps qui est là bas à Bar-Le-Duc au 354e Infanterie. Le fait-il pour ne pas m’attrister, mais il paraît gai, enthousiasmé même.

« Ne pleure pas, me dit-il, nous allons leur donner une bonne correction et dans six semaines je serai de retour».

Le voilà prêt. Encore une fois je veux dire au revoir à mon coco. Nous voici près de son lit. Il dort, pauvre ange, ne pensant pas que son papa qu’il idolâtre va sans doute nous quitter pour longtemps. Pauvre Charles ; devant son petit il ne peut se contenir. Les larmes coulent.

Enfin l’heure s’avance, il faut se séparer. Prends courage pauvre grand et pense surtout que tu as une femme dont le cœur te suivra partout et toujours. Je t’attendrai et tu retrouveras ton foyer meilleur qu’auparavant. Encore un baiser, il est parti.

Je voudrais tant pleurer et je ne le puis. Enfin c’est la première journée. Mettons-nous bravement au travail afin d’occuper les longues journées et pour qu’elles me semblent plus courtes. J’envoie mes meilleurs baisers à l’absent.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Infos générales : la Grande-Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne

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Dimanche 2 août 1914

Paul Hess

La mobilisation a apporté immédiatement une brusque perturbation dans la vie paisible de la population civile, à Reims comme ailleurs. un bouleversement complet en est résulté dans l’industrie, le commerce, les établissements, bureaux et ateliers divers, où les vides nombreux ont rendu le travail beaucoup plus difficile, quand ils ne l’ont pas entièrement interrompu

Le départ précipité des réservistes appelés à rejoindre leurs corps de troupes, a laissé toutes les affaires en suspens, quelquefois même dans un véritable désarroi et ce n’est que peu à peu que des conditions nouvelles d’existence pourront peut-être s’organiser

L’aspect de la ville, dans une agitation exceptionnelle de départs, d’arrivées, est sans doute celui de tous les grands centres de la région. Nous avons l’impression que sa situation géographique pourrait nous mêler directement aux événements ; mais quels seront-ils ? Personne n’en sait rein. En famille, nous évoquons le souvenir de nos parents habitant Pont-à-Mousson, nous demandant ce qu’ils sont devenus, eux, si près de la frontière.

Les gens aimant la discussion se groupent devant les affiches. il en est qui affirment déjà que la campagne ne sera pas longue ; ils expliquent qu’elle durera quelques mois au plus et à l’appui de leurs dires, ils citent des militaires de carrière, des hommes des réserves qui sont partis en leur faisant part de cette belle conviction. D’autres plus posés, plus réfléchis ou mieux renseignés ne prévoient pas une issue aussi rapide à la guerre. De ces conversations dans le vague, il reste peu à retenir, sinon que certains paraissent s’illusionner eux-mêmes.

Un « Appel à la Population Rémoise », signé par le Maire a été placardé sur les murs. En voici le texte :

« Mes chers Concitoyens,

Les événements actuels ont provoqué dans la population rémoise une émotion facile à comprendre.

Dans une pareille situation, le devoir des Pouvoirs publics est de n’épargner aucun effort pour assurer le maintien de l’ordre.

Aussi, la Municipalité fait-elle appel au sang-froid de tous les citoyens pour éviter tout incident susceptible de créer des difficultés ou de compromettre la sécurité publique.

C’est ainsi que notre ville reçoit chaque jour un grand nombre d’étrangers appartenant, pour la plupart, à des pays neutres, auxquels nous devons l’hospitalité la plus large, une correction et l’attitude dignes de notre bon renom.

C’est donc un devoir certain, de la part d’une grande population comme la nôtre, d’éviter toute mauvaise action de nature à compromettre la cause de la paix.

Votre municipalité fait donc un pressant appel à vous tous, mes chers Concitoyens, pour assurer l’ordre public, en vous garantissant que rien ne sera négligé pour vous protéger et vous aider.« 

Reims, le 2 août 1914,
Le Maire de Reims, Dr J.-B. Langlet

Source : Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918 - Notes et impressions d'un bombardé

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Affiche dont le texte est recopié de la main de Paul Hess


 Gaston Dorigny

Dimanche 2 et jours suivants. La mobilisation continue. Une grande quantité de trains bondés de troupes animées du plus beau courage et chantant la Marseillaise et le chant du départ passent à Reims sans arrêt, il y en a de toutes les régions, de l’ouest et du centre. On attend les grands combats…

Source : Gaston Dorigny

 

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Samedi 1 août 1914

Louis Guédet

Samedi 1 août 1914

1h soir   Matinée lugubre ou en attendant d’autres, on mobilise bien qu’on s’en défende. Les 16ème et 22ème dragons et 132ème de ligne sont partis cette nuit. Ce matin 3 classes sont convoquées. La plupart des grosses autos mobilisées comme les chevaux hier. On ne rencontre que femmes et enfants les yeux rouges.

Mennesson-Champagne (Louis Mennesson-Champagne, avocat, bâtonnier de l’ordre (1846-1933)) m’a dit tout à l’heure que la guerre était inévitable et que l’on y allait. Michaud m’a téléphoné tout à l’heure que Guillaume le bandit ! l’assassin ! aurait donné 18 heures à Nicolas II et à Poincaré pour s’incliner et promettre de ne pas mobiliser !! Est-ce exact ? et que la mobilisation générale était décidée et l’ordre donné cette nuit à minuit. Tout est sens dessus dessous soit, mais on est calme et on est…  comme un homme qui va se jeter à l’eau !! On devient fataliste ! On sent que l’heure est venue et qu’il n’y a rien qui puisse arrêter « la Boucherie » !

Je pars à 3h16 pour revoir les miens chez mon Père. Je ne sais quand je pourrai revenir. Je projette d’être là lundi soir ou mardi midi mais ??!! Et comment reviendrai-je, en chemin de fer ou à pied, après tout ce n’est que 40 km…  à avaler !!

Dieu protège la France !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Le 1 août, l’Allemagne déclare la guerre à la Russie. La France étant liée, en vertu des traités, décrète la mobilisation générale de son armée le même jour ; la veille, 31 juillet, le Ministre de la Guerre (Messimy) avait lancé l’ordre de mise en place des troupes de couverture qui ne devaient, sous aucun prétexte, s’approcher à plus de 10 kilomètres de la frontière allemande.

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

Gaston Dorigny

En allant au travail j’apprends que diverses personnes ont reçu leur ordre de mobilisation. Je refuse de le croire. Mais arrivé au bureau je suis obligé de me rendre à l’évidence car tous mes collègues, l’un après l’autre, reçoivent leur convocation.

La journée se passe dans l’angoisse, enfin à 6 heures du soir on affiche l’ordre de mobilisation générale.

Source : Gaston Dorigny

Cartes postales montrant le départ pour la guerre au lendemain de l'ordre de mobilisation, respectivement vu du côté Français et du côté Allemand.

Cartes postales montrant le départ pour la guerre au lendemain de l’ordre de mobilisation, respectivement vu du côté Français et du côté Allemand.

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 1er août : l’Allemagne déclare la guerre à la Russie

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