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Reims 14-18… Si cela dure encore il y aura beaucoup de déserteurs !

Reims 14-18... Si cela dure encore il y aura beaucoup de déserteurs ! Reims, le 16 juillet 1915
Bien chers amis,

Je suis heureux de vous savoir tous en bonne santé.
Je vais bien pour l’instant et espère qu’elle continuera à être bonne.
Comme autres nouvelles, c’est toujours la même chose et certes la guerre n’est pas finie et l’avenir reste toujours sombre, mais vers novembre si cela dure encore il y aura beaucoup de déserteurs car un autre hiver est faisable seulement.
Ceux qui comme moi en passeraient deux sont certains qu’ils casseront leur pipe car ce n’est pas rien, manque de sommeil, couché sur la… (?) … Ah là la, puis à tous les temps.
Vivement la paix, que nous perdions ou gagnons. Voilà le cri de nous tous.
Bien le bonjour à tous les amis et sans oublier Mlle Fany, il me semble percevoir à travers l’espace son mignon sourire.
Et les pêcheurs, prennent-ils mes chères brèmes ? J’espère bien qu’il en restera quelques unes pour moi à mon retour.
Recevez mes bonnes salut
ations.
291e d’Infanterie – 23e Compagnie – Secteur 99

Hélas, cette carte était assez difficile à déchiffrer, le premier tiers n’est donc pas retranscrit ici car incompréhensible.

Il semble cependant évoquer des problèmes de permissions, qui seraient accordées à des sous-officiers et des soldats de l’active non mariés, et refusées à des mobilisés mariés et chargés de famille !

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Quant au recto de cette carte postale, il représente l’Usine Lelarge, incendiée et bombardée par les Allemands.
L’usine se trouvait au 11 boulevard Saint-Marceaux, les bureaux au 12 de la rue des Trois Raisinets (carte ci-dessous, datée de 1914).

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Et à titre anecdotique, voici une CPA stéréoscopique de l’usine Lelarge, avec un cadrage identique à la première carte, mais inversée horizontalement.

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Les Taubes ne viennent plus nous voir !

Les Taubes ne viennent plus nous voir ! Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’une carte rémoise, mais dont le visuel complète finalement assez bien les cartes de la semaine dernière…

Elle nous montre le poilu, et sa chère et tendre, éloignée, mais qui l’aime et pense à lui.
Une manière de se rappeler l’être aimé, de penser à sa mie… et de garder l’espoir et la force de vivement la revoir !

Elle a dit : Beaucoup ! l’humble pâquerette,
C’est avec plaisir que je le ré
pète.

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CPA – Coll. Jacki PINON

Quant au texte du verso, il nous apprend que cette carte est adressée à Léon Profit, 8e Régiment d’artillerie à pied, 30e Batterie à Verdun, par sa maman ou son papa, la signature étant incomplète.

Une carte simple, presqu’anodine serait-on tenté de croire. Et pourtant, il suffit d’y relever quelques informations pour reconstruire l’histoire, et aborder de riches développements possibles.

Longchamps, 13 juillet 1915
Cher fils
Nous avons reçu ta carte avec plaisir.
Je te dirais que nous avons fait du bon travail sur St Dié.
Nous avons fait 767 prisonniers allemands, 19 officiers, 2 médecins majors et 32 soldats blessés.
Depuis ici l’on voyait un ballon captif ainsi que des lueurs d’incendie.
Ici, les nouvelles sont toujours les mêmes. Les Taubes ne viennent plus nous voir, probablement qu’ils ont peur.
Plus grand chose à te dire.
Nous t’embras
sons bien tous de tous cœur.
(illisible)

Ce courrier fait certainement référence aux combats de Fontenelle, puisque le journal L’Illustration nous apprend qu’un défilé de 800 prisonniers à lieu à Saint-Dié le 13 juillet 1915, jour où a été expédiée cette carte.

Cette information est confirmée par la carte ci-dessous :

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Robache (St-Dié), 13 juillet 1915.
Le Général Joffre remet la Croix de guerre
au Drapeau du 133e Régiment d’Infanterie.
Extrait de l’Ordre général n°37, du 12 Juillet 1915, du Général commandant la VIIe Armée.
Est cité à l’Ordre de l’Armée, le 133e Régiment d’Infanterie sous les ordres du Lieut.-Colonel BAUDRAND.
« Ce Régiment, dont 2 Bataillons, trois semaines auparavant, avaient été cités à l’Ordre de l’Armée pour avoir enlevé une position puissamment fortifiée sur une autre partie du front, à renouvelé cet exploit à La Fontenelle.
Entraîné par son ardeur, il est parti avant la fin de la préparation d’artillerie, est arrivé sur les premières tranchées ennemies avec les derniers obus français, a enlevé une position comprenant plusieurs lignes de tranchées et de casemattes, a fait prisonnier près de 900 allemands dont 21 officiers et s’est emparé d’un butin considérable (canon, mitrailleuses, lance-bombes, fusils, etc.), s’est installé sur la position et y a défié tous l
es assauts. »

Comme vous pouvez le constater, le nombre de prisonniers allemands diverge. Le courrier parle de 767, L’Illustration de 800, Joffre de 900, le Journal Officiel de 881… j’ai aussi lu 600 (la Guerre dans les Vosges) !
Qui a raison ???

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Ballon captif dans les Vosges.

Dans la suite de la correspondance, il est également fait référence à un ballon captif, et aux fameux Taubes (colombe), le premier avion militaire allemand de série, mis en service en 1910

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Prise de guerre, un Taube exposé dans la Cour d’Honneur des Invalides, à Paris.

Et s’il n’est plus tellement visible au-dessus des champs de bataille, c’est peut-être parce qu’il s’agit d’un appareil vieillissant, qui doit être remplacé par des avions plus modernes… à moins, que ce soit vraiment la peur du français !!!

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Une vision quelque peu fantasmée d’une victoire aérienne française sur un Taube allemand.

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Carte allemande montrant un Taube survolant les lignes françaises.

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14-18… Nous n’en menons pas large en faction

 14-18... Nous n'en menons pas large en faction5 juin 1916
Les tranchées, 3ème ligne.
Chers frères et sœurs
Ma santé est toujours bonne et je vous souhaite ardemment que vous soyez de même.
Me voilà en tranchée dans le village qui est sur la carte.
Le tout se passe assez bien mais nous sommes bombardés de temps en temps.
On voit des poutres, des pierres ou des tuiles en l’air, et nous n’en menons pas large en faction.
Nous sommes bien abrutis à ce métier, on n’y fait pas t
ant attention.
Je vous embrasse.
Roger

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Coll. M. Thibault

Toujours rassurer, le mot d’ordre ! C’est par ça que Roger commence sa carte, il essaie de minimiser les risques auprès de sa famille.

Il n’empêche qu’ils ne sont pas épargnés par des bombardement réguliers, et que le pire est à craindre à chaque instant.
Pas étonnant que les familles attendent chaque jour le facteur avec beaucoup d’apréhension !

Roger le dit, il est à Sillery près de Reims, un village qui n’a pas non plus été épargné par la guerre… et les cartes postales y montrant les destructions sont nombreuses.
La photo est prise vraisemblablement depuis la route de la gare, qui va de l’actuelle D944 (Reims – Chalons-en-Champagne) jusqu’à Sillery.
Aujourd’hui, en dehors des habitants de Sillery, peu connaissent ce Petit Sillery, et pour cause, le château et ses dépendances ont disparu sous le feu de l’ennemi pendant cette première guerre mondiale.
Pour se repérer, le Château et cette tour de Jackson se trouvaient au niveau du pont sur la Vesle, presqu’en face de l’actuel restaurant « Le Relais de Sillery ».
Ci-dessous, quelques cartes postales du Château de Sillery, avant… et après.

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D’Euville à Arras… en passant par Epernay… Georges, à sa Maman

D'Euville à Arras... en passant par Epernay... Georges, à sa Maman n39 – Mardi 27 avril 1915
Bien chère Maman,
comment allez-vous ?
Maintenant, nos pièces sont en batterie et moi ainsi que les chevaux, nous sommes en arrière, comme à Euville.
Je suis à l’abri des balles et des intempéries.
Je suis en bonne santé et pense qu’il en est de même pour vous.
Nous sommes aux environs d’Arras dans le Pas-de-Calais.
Ici, le vent du Nord souffle très fort, et je ne sais pas comment les maisons tiennent debout car elles sont toutes faites de terre et de paille.
Pour l’eau, il faut aller la chercher à la source à 50 ou 60 mètres de profondeurs.
M’avez-vous écris au secteur n96 qui était le dernier que je vous ai donné sur ma carte n38 ?
Avez-vous reçu toutes mes lettres et cartes ?
Numérotez les vôtres, faite comme Mélanie avait commencé à faire.
Nous sommes sans nouvelles et je crois que la correspondance a été suspendue pendant quelques jours à cause des mouvements de troupes.
Je vous embrasse bien fort,
votre fils qui vous aime.
Georges

Ro :
Voici le numéro de mon nouveau secteur n135.
Il faut toujours m’écrire au numéro du dernier secteur que je vous donne.
En venant ici, je suis passé par Épernay et dans

une autre ville située à 8 km de Paris, de là, j’ai envoyé une carte à Fauque,
un gros baiser.
Georges

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Cette fois-ci, nous avons droit à une vue d’Épernay… et postée d’Arras, comme on l’apprend dans le texte.
Il semblerait que le pauvre Georges effectue un périple un peu contraignant, au rythme des déplacements et des changements de secteur.
On sait que ces cartes et cette correspondance sont les liens privilégiés entre ceux qui sont au front et les familles restées à l’arrière, et on l’espère, à l’abri des horreurs.
Mais ces liens paraissent bien difficiles à maintenir avec ces incessants déplacements, sans compter les éventuelles suspensions de distribution… c’est la guerre !
Écrire et recevoir du courrier rassure et occupe l’esprit…. mais les périodes de silence, doivent mettre le cerveau à l’envers, à ressasser les possibles raisons, et imaginer le pire.
Et pour éviter les « coupures », Georges donne des conseils, toujours bien envoyer au dernier secteur mentionné, et numéroter chaque carte.
Ils sont nombreux à le faire, on retrouve une telle numérotation sur un grand nombre de ces cartes-témoignages.

Le bâtiment sur la carte postale, vue générale d’Épernay, est l’École de Viticulture Moët et Chandon (route de Mardeuil).
En 1899, deux frères, Raoul et Gaston Chandon de Briailles, décident de créer à Hypernova la première École Pratique de Viticulture (qu’ils nommèrent « Fort Chabrol »).

Les buts premiers étaient de développer la recherche scientifique sur le greffage pour combattre les dégêts du phylloxera et transmettre cette nouvelle technique aux vignerons champenois.

Aujourd’hui, l’école devenu musée :

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Quelques cartes de l’Ecole de Viticulture en activité, avant guerre :

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Reims 14-18… la popote des sous-officiers.

Reims 14-18... la popote des sous-officiers.23 avril 1915
Étant au repos pour deux ou trois jours, je viens vous donner de mes nouvelles qui sont toujours très bonnes.
Je fais toujours la popote des sous-officiers.
J’ai un peu de travail, mais d’un autre côté, je ne suis pas malheureux. L’ordinaire est assez bon en ce moment.
Les camarades passent leur temps à réparer les chemins, enlever les fumiers et embellir le pays.
Avez-vous des nouvelles de Sophie ? Elle est placée à Versailles et me dit qu’elle est très bien.
Marguerite va très bien aussi, mais est fatiguée. Elle a rudement de travail en ce moment, et on compte toujours sur la fin de cette guerre qui ne vient pas vite.
On a toujours pas de nouvelles de l’allocation.
Je pense que vous
allez tous bien et je vous embrasse tous.
Emile.

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Effectivement, Émile ne doit pas être le moins bien loti de sa compagnie.
Être à la « popote » lui assure certainement un travail dans de meilleurs conditions que ses camarades…

au chaud et à l’abri, avec, on peut l’imaginer, moins de risque de ce prendre une « marmite » sur la tête !
Hélas, on ne saura pas où se trouve exactement l’auteur de cette correspondance… à Reims… ou ailleurs ?
Même si le visuel de la carte représente bien la Place Royale de Reims, c’est une carte parisienne, qui a pu être achetée n’importe où.
Il s’agit d’une carte « très légèrement » colorisée… et si le bleu du ciel est un peu visible, les autres couleurs ne font que se deviner…
Les bombes allemandes ont déjà fait leur œuvre sur cette vue de la Place Royale en direction de la Rue Colbert et la Place des Marchés.

Ci-dessous, une autre vue de la Place Royale, prise cette fois-ci à la fin de la guerre (carte écrite en 1919)… une photo au cadrage presque artistique, mais ô combien tragique, et le reflet de cette infâme guerre et des tragédies subies pendant toute cette période.

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Ambulance Automobile Russe – Secteur 27

Ambulance Automobile Russe - Secteur 27 Correspondance Militaire
Épernay, le 21 mars 1915
Chère Madame,
nous voici à la première station de notre voyage.
Nous sommes à Épernay depuis 2 jours et ne savons pas quand nous repartirons, ni pour où.
En attendant, voici mon adresse provisoirement : « Ambulance Automobile Russe – Secteur 27 »
Ecrivez-moi une longue lettre je vous prie, ça me fera l
e plaisir que vous savez.
Votre René.

Courrier adressé à Mme. V. Roche
Infirmière de la Croix-Rouge
Hôpital de la Visitation
Cours
St-Médard
Bordeaux.

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Même si le visuel de la carte représente la Place Saint-Rémy à Reims, rien ne permet d’affirmer que son auteur, René, soit bien passé à Reims.

En revanche, ce qui est sûr, c’est qu’elle a bien été écrite à Épernay.
Comme précisé dans le texte, et comme l’atteste le coup de tampon, elle émane bien du corps d’Ambulance Automobile Russe.

Dès le début d’août 1914, sous l’impulsion de la colonie russe de Paris, voient le jour de nombreuses initiatives visant à aider et soutenir le Service de Santé Militaire français, et notamment la mise à disposition d’une Ambulance, en 1915, sous le patronage de SM l’impératrice douairière de Russie, Alexandra Féodorovna.

D’ailleurs, la première colonne automobile d’Ambulance Russe aux Armées françaises sera présentée le samedi 13 mars 1915 aux Invalides, au Ministre de la Guerre, Alexandre Millerand… soit 17 automobiles, 4 pour le service médical et 13 pour le transport des blessés.

Ces véhicules sont destinés au Général de Langle de Cary, dont l’armée est envoyée en offensive en mars 1915 sur le front de la Champagne.
Cette offensive est suspendue sous l’ordre de Joffre le 17 mars 1915, suite à des conditions climatiques difficiles, qui ralentissent l’avancée des troupes… nous sommes donc quelques jours après cet ordre, René étant arrivé sur Épernay le 19 mars !

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1. 14 mars 1915, Mr Millerand reçoit les ambulances, en présence d’un officier russe.

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2. 14 mars 1915, Mr Millerand devant les autos ambulances russes aux Invalides.

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3. Épernay, Auto-ambulance russe offerte par la tsarine.

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4. Épernay, une fête à l’ambulance russe en l’honneur de la tsarine.

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5. Épernay, une fête à l’ambulance russe en l’honneur de la tsarine.

Quant à la personne à qui s’adresse ce courrier, est-ce une connaissance ? est-ce sa bonne amie ? nous ne le saurons jamais, mais elle aussi fait partie du corps médical, en tant qu’infirmière de la Croix-Rouge, postée à l’Hôpital Auxiliaire n° 26 de Bordeaux, Hôpital de la Visitation, 47 cours Saint-Médard, SSBM (Société de Secours aux Blessés Militaires).
Cet hôpital de 40 lits a été mis en service à partir du 15 septembre 1914.

Pour terminer, intéressons-nous rapidement au recto de la carte, et cet angle de prise de vue assez rare de la Place Saint-Rémy, puisque la basilique n’est pour une fois, pas visible.
D’ailleurs, ce cadrage est plutôt difficile à situer, il semble que la basilique soit dans le dos du photographe, qui lui, regarde en direction de la Rue de Féry et de la Rue de l’Ecaille… mais la topologie des lieux a beaucoup changée.

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La Rue de l’Ecaille, en direction de la basilique Saint-Rémi.

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Reims 14-18 – Rien ne sortira de votre petit poilu

Reims 14-18 - Rien ne sortira de votre petit poilu Chère petite amie,
vous pouvez me confier tout ce que vous voudrez, rien ne sortira de votre petit poilu.
Je voulais vous demander, avez-vous reçu une photo ?
J’espère que dans quelques jours j’aurais une réponse me disant l’arrivée de ma petite photo.
Il me semble maintenant que bientôt je vais recevoir la vôtre, que vous m’avez promis.
Comme je languis.
Bien des choses à votre bonne Maman.
Votre petit Poilu qui vous embrasse de t
out cœur.
Paul

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Cette fois-ci, c’est un courrier du cœur, ou presque.
Idylle consommée ou amour naissant, toujours est-il que le vouvoiement est toujours de rigueur.
Est-ce la guerre qui a freiné le démarrage de cette amourette, ou une heureuse rencontre lors d’une permission ?
Je vous laisse imaginer la réponse et vous délecter de cette charmante lettre.

Un ton heureux et léger, qui contraste fort avec la photo de la carte. Encore une fois, il s’agit de la cathédrale incendiée suite aux bombardements allemands du 19 septembre 1914 (carte éditée en 1915, Reims dans sa deuxième année de Bombardement 1914-15).
On ne peut pas dire que ce soit le visuel le plus adapté pour conter fleurette !
C’est assurément le tragique résultat d’une guerre qui devient le quotidien. On ne s’habitue pas vraiment, mais on fait avec, avec fatalité, il faut continuer à vivre… et à aimer !

Laurent ANTOINE LeMog – AMICARTE 51

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Reims 14-18 – Aller au casse-pipe ! ou pas ?

ob_dd8317_amicarte51-10012 mars 1915
Étant de repos, je viens de passer toute la journée avec Marcel.
Il est rempli de courage, mais je crains bien pour lui,
étant chef de section, il doit marcher le 1er et craint que ses hommes ne le suivent pas dans l’as
saut.
Son régiment est au repos pour 6 jours. Je le reverrais demain à la gare.

Bon souvenir à nos amis.
Les meilleurs baisers
.
Vincent

Déjà 7 mois de guerre, le courage et la détermination sont toujours là pour certains, comme Marcel, le Chef de Section…
…mais pour beaucoup d’autres, aucune envie de partir à l’abattoir, on peut aisément le comprendre.

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Quant à la carte postale, encore une vue de la désolation, et des ravages dans notre belle ville de Reims.
Nous sommes Rue du Cardinal-de-Lorraine. Un cliché « à chaud », on remarque la rue encore jonchée de décombres non évacués.
La légende nous dit « Vue extérieure de l’Archevêché après le bombardement ». Difficile de situer précisément le lieu, si la rue existe toujours, son tracé à cet endroit est aujourd’hui un peu différent.
La photo a dû être prise de l’angle de la Rue du Cloître, et le jardin que l’on identifie à droite est celui de l’Archevêché.
Sur la gauche, ce sont les ruines de l’immeuble de la Maison Prieur et Cie. On trouve donc un peu plus loin, l’angle de la Rue de l’École de Médecine, dont nous avons pu voir une carte la semaine dernière.

La vue ci-dessous nous offre une vue avec un peu plus de recul, l’Archevêché, du moins ce qu’il en reste, bien visible à droite, derrière les arbres.

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Reims 14-18 – Trop heureux pour que cela dure – Mars 1915

Reims 14-18 - Trop heureux pour que cela dure - Mars 1915 11 mars 1915
Bien chère Hortense,
comme je te l’annonçais sur mes cartes d’hier, je pensais recevoir aujourd’hui de tes nouvelles, mais malheureusement, je n’ai rien reçu, mais je serai plus favorisé demain je l’espère.
Chère chérie, en ce moment, je suis bien tranquille au coin du poêle chez des braves gens qui nous logent et qui jouent de bonté jusqu’à nous mettre une brique dans notre lit.
Tu vois que nous sommes à nouveau trop heureux pour que cela dure.
Enfin, tant pis, ce sera toujours tant de pris sur les mauvais jours. Nous allons manger dans quelques instants le reblochon que m’a envoyé l’oncle Honoré.
Voilà à peu près tout ce que j’avais à te dire ma petite chérie.
J’attends de tes nouvelles avec impatience et t’embrasse ainsi que Mimi Riri de toutes mes forces comme je vous
aime.
Louis
Bons baisers pour ma nièce et pour tes parents.

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Comme on peut encore le constater, une carte qui se veut rassurante, dans laquelle on échange finalement que des banalités… en dehors d’un « trop heureux pour que cela dure », non dénué de sens !
A la lecture du texte, il semble que Louis ne soit pas soldat, mais plutôt resté seul à Reims, sa famille mise à l’abri quelque part.
Il est, comme il le note, « hébergé chez des braves gens » qui poussent la gentillesse jusqu’à réchauffer les draps du lit avant d’aller coucher.
Il faut dire qu’il ne doit pas faire chaud, si on regarde dans l’Almanach Matot-Braine de l’époque, il est écrit que 3 jours avant, la neige tombait en flocons serrés… c’est vraiment l’hiver.

Si l’on consulte les événements rémois des jours précédents, il semble que la tranquillité que décrit Louis ne soit évoquée que pour rassurer la famille…
En effet, le Matot-Braine note chaque jour des canonnades ou des bombardements presque sans répits, des blessés et des morts. La dernière nuit vraiment calme remonte au 23 février 1915. Pas de quoi vivre en toute quiétude !

Petit clin d’œil au recto de la carte. En dehors du fait que le visuel nous montre les destructions de la cathédrale de Reims, Louis a ajouté une petite phrase assez amusante, qui sera certainement appréciée par nos amis cartophiles :
« Je t’envoie ces deux vues que j’avais depuis longtemps, elles seront rares après la guerre. »
Il est vrai que ne sommes qu’en mars 1915, moins d’un an s’est écoulé depuis le début du conflit, il est encore loin d’imaginer que tout çà durera plus de 4 années ! Et des cartes… il y en aura d’édité, par millions !
Au final, en-dehors de quelques unes, ces cartes postales montrant les ravages de la guerre dans notre ville ne sont pas devenues si rares que semblait le penser Louis.

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Reims 14-18 – Des coiffeurs en jupons…

Reims 14-18 - Des coiffeurs en jupons... le 8 mars 1915
Cher Gaston,
j’ai reçu ce matin tes cartes et photos, vous ne savez que faire pour passer le temps.
Mais décidément, qu’as-tu donc à tourner la tête devant l’appareil, on ne te vois jamais de face.
Vous êtes bien avec les infirmières ?
Je suis contente que tu vas bien, j’aime mieux te voir près des coiffeurs en jupons comme tu dis, que près des bôches, tu es plus en sureté.
Petit Bernard va bien et est toujours amusant, ton papa ne va toujours pas, et de moins en moins.
Tu peux mettre ce que tu veux à son sujet sur tes lettres, car il ne les lit plus.
Je suis toujours à peu près en bonne santé tant bien que mal, c’est de l’ennui que j’ai, vivement que cette guerre finisse, car je suis rebutée complètement.
Écris-moi surtout, je prendrais bien du plaisir à te lire car je ne ces
se de penser à toi.
Toute la famille t’embrasse et reçois cher Gaston pour moi et Bernard nos meilleurs baisers.
Eva.

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Le courrier est adressé à Gaston Martin, Caporal au 41e Bataillon de Chasseurs à Pied (1ère Compagnie) à l’Hôpital 110 – 2, rue de l’Oratoire à Lyon (ex. Pensionnat de l’Oratoire, voir carte).

Cet hôpital fait partie des 8 dont s’occupent les Formations Sanitaires de l’Union des Femmes de France (créée en 1881).

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On peut supposer que Gaston se trouve à Lyon, en convalescence… et effectivement, si son état n’est pas trop sévère, il est beaucoup mieux près des infirmières de l’hôpital 110 que sur le front !

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Au moins, cela rassure Eva et le petit Bernard, qui doit être assez jeune… peut-être un bébé ?
Hélas, les photos annoncées n’accompagnent pas cette carte postale, il ne nous sera pas possible de juger « sur pièce », quant à l’attrait des ces « coiffeurs en jupons ».
La CPA ci-dessous nous donne un aperçu de ces jeunes femmes au dispensaire lyonnais, leur allure sérieuse et sévère, ainsi que l’ambiance aseptisée des lieux, ne les rendent pas vraiment très « sexy » !

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Eva est-elle rémoise ? c’est fort possible vu la carte envoyée. Elle est donc beaucoup plus exposée à Reims que Gaston à Lyon.
Rien que la veille, le 7 mars 1915, des bombardements ont eu lieu toute la journée à Reims.

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Arrêtons-nous maintenant quelques instants sur le visuel de la carte postale qu’Eva envoie à Gaston. Il s’agit d’une carte photo, de la base de la cathédrale après le bombardement… du 19 septembre 1914.
Seule la lettre « D » est visible comme marque de l’éditeur, ou du photographe… ?

Laurent ANTOINE LeMog – AMICARTE 51

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Réfugiée à Epernay

ob_dd8317_amicarte51-100Épernay, le 26 février 1915
Mademoiselle,
le bombardement du 21 m’a forcé de quitter Reims.
Je suis réfugiée à Épernay avec ma famille depuis le 24.
Je vous écrirai une plus longue lettre ces jours-ci.
Mes respects à votre famille
.
(signature illisible)

Encore un courrier expédié d’Épernay… par une personne ayant fui Reims bombardée, et certainement hébergée dans de la famille.
Un courrier un peu court pour en dire plus, Épernay reste effectivement une ville relativement tranquille et préservée.

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En revanche, ces bombardements du 21 février sont restés tristement célèbres, comme on peut le lire dans le Matot-Braine de 1915-1917.
Reims. – La nuit du 21 au 22 février marquera dans les annales de notre cité et pourra s’appeler la Nuit terrible. De 9 heures du soir à 2 heures et demie du matin, ce fut une averse ininterrompue d’obus et de bombes incendiaires sur le 4e canton.
Nombre de maisons ne sont plus que des ruines. Incendies Esplanade Cérès, rue Pluche, rue Saint-Crépin, rue du Grenier-à-Sel, Place des Marchés, derrière les Halles; impasse Saint-Jacques.
Effondrements place Drouet-d’Erlon, rues Caqué, des Poissonnuers, Cérès, Clovis, Andrieux, rues de Vesles, Gambetta (en face de l’église Saint-Maurice), rues Pasteur et du Carrouge, etc.
La librairie catholique d’Armand Lefèvre, rue du Clou-dans-le-Fer, est aussi incendiée. La cathédrale a également souffert, sa voûte intérieure qui avait résisté jusqu’ici est crevée.
On compte une vingtaine de tués parmi la population civile et de n
ombreux blessés.

On ne peut que le constater, une bien triste hécatombe.

Quant à la carte envoyée, elle représente le Temple protestant, au 13 du boulevard Lundy (orthographié Lundi sur la carte) à Reims, qui lui non plus, n’a pas été épargné, et bombardé le 19 septembre 1914.
Un nouveau Temple protestant a été reconstruit en lieu et place, par l’architecte Ch. Letrosne à partir de 1921, et consacré le 24 juin 1923.

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Le Temple Protestant, avant 1914… et le Temple reconstruit en 1921.

Petite étrangeté cependant, une vignette de la Grande Semaine d’Aviation de la Champagne en juillet 1910 a été collée sur le recto de la carte postale… ??? pour décorer ?

Ci-dessous quelques cartes des destructions, suite aux bombardements de Reims du 21 février 1915.

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Reims 14-18… Dimanche, 8 incendies et lundi 3 !

Reims 14-18... Dimanche, 8 incendies et lundi 3 ! Voici un nouveau témoignage, un instant de vie, de cette vie si précieuse en ces jours sombres…
…on donne des nouvelles, et on s’enquiert de la santé des proches.

Épernay, le 24 février 1915
Cher frère et sœur
Il y a bien longtemps que nous avons reçu de vos nouvelles, est-ce que vous êtes toujours en bonne santé ?
Tant qu’à nous, ça va pour le moment.
Je vous dirais qu’en ce moment, il y a un rude mouvement de troupes ici, la gare est consignée, ce sont des troupes du Nord et du Pas-de-Calais qui arrivent, remplacées par des anglais.
Reims a été bombardée avec une intensité effroyable ces jours-ci.
Dimanche, il y a eu 8 incendies et lundi 3.
M. Terlin du tramway a été blessé grièvement par une bombe.
A bientôt de vos nouvelles, je vous embrasse bien fort pou
r papa et maman.
Marcel.

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Témoignage civil des horreurs de la guerre, et du pilonnage incessant dont la ville et ses habitants ont été les victimes durant la Grande Guerre.
La carte envoyée nous montre les décombres de la Maison Benoît et Boucher à l’angle des rues Courmeaux et du Petit-Arsenal.
Même si tout paraît calme et tranquille dans cette vue des ruines rémoises, il faut imaginer ces longues heures de bombardements, et les incendies qui s’en suivaient !
Comme on peut le constater sur une photo d’aujourd’hui, tout a été reconstruit, ou presque, on aperçoit à l’arrière-plan, dans la Rue du Petit-Arsenal, une maison dont la façade semble avoir été épargnée.

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Reims 14-18 – De Louis à Louisa

Reims 14-18 - De Louis à Louisa Mlle Louisa… chez Mme Bernard à Bléquin (62)
9 février 1915
Chère sœur,
je suis toujours en bonne santé, j’espère toi aussi.
Ne te fais pas de chagrin la guerre va bientôt finir.
Je finis en t’embrassant, ton frère qui
t’aime pour la vie.
Louis

Début 1915, on ne pensait pas s’enliser dans ce conflit… il avait déjà assez duré, nul doute que la fin était proche.
Le pauvre Louis a dû hélas vite déchanter !

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CPA – Thomas Geffrelot

La carte nous présente une vue assez connue, que l’on verra évoluer au fur et à mesure de la guerre.
Légendée « Campagne de 1914 », la Cathédrale a donc déjà vu sa toiture partir en fumée… à ses pieds, la Place Royale a encore peu souffert…
mais çà ne durera pas. Les stores sont baissés, les vitrines protégées par des planches… mais cela ne sera pas suffisant.
A l’issue de ces années de bombardement, il ne restera au mieux… que les façades… et encore !

Ci-dessous, une carte de cette même place Royale, colorisée, tel qu’elle était avant guerre, magnifique, et pleine de vie.

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Reims 14-18 – Bonne et Heureuse Année

Reims 14-18 - Bonne et Heureuse Année Le 24 décembre 1914…
Bonne et heureuse année
.
Camille

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Une carte adressée à Antrain, en Ile-et-Vilaine…
Là, vous allez me dire, c’est un peu court comme correspondance ! Je l’avoue, je ne peux pas dire le contraire.
En fait, c’est juste un prétexte pour parler de l’illustration de la Carte Postale, qui nous montre l’intérieur de la cathédrale, et le lustre au sol !
On peut déjà s’attacher au rapport un peu étrange entre les destructions de la guerre, de notre cathédrale de Reims, et ces vœux de bonne année ! Mais il ne faut certainement pas y voir un message caché, l’émetteur n’a peut être pas eu le choix, ne lui restant que celle-ci, ou alors, les autres étaient pire ! On ne reviendra plus là-dessus !

En revanche, nous sommes encore dans les premiers mois de la guerre, puisque cette carte a été écrite le 24 décembre 1914, la veille de noël… soit trois mois après le triste incendie consécutif au pilonnage de la cathédrale par les batteries allemandes disposées près de Nogent-l’Abesse, soit à plus de 10 kilomètres du centre de Reims.

D’ailleurs, on peut très bien dater cette photo, grâce à un témoignage dans la presse de l’époque, qui nous apprend que le 18 septembre 1914 (la veille de l’incendie de la cathédrale), la cathédrale a été atteinte par de nombreux tirs d’obus de 220, qui endommagèrent gravement les sculptures extérieures et les fenêtres inférieures du transept principal. Les verrières, datant des treizième et quatorzième siècles, volèrent en éclats. Un obus brisa une gargouille dont les débris, pénétrant par une fenêtre, tuèrent un gendarme français, en blessèrent un autre, et achevèrent deux des prisonniers blessés.
Le sol était couvert de débris informes; sur un tas de gravats, brillait un lustre dont la chaîne avait été coupée par un éclat d’obus.

C’est donc bien le 18 septembre que le Lustre de la Chapelle du Sacré-Coeur de Notre-Dame de Reims a été mis hors d’état de nuire par l’ennemi !!! l’intérieur de la cathédrale, n’ayant pas encore été la proie des flammes, comme l’atteste le visuel de la carte.

Laurent ANTOINE LeMog – AMICARTE 51

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Epernay, le paradis sur terre…

Epernay, le paradis sur terre... Épernay, le 5 février 1915
Mademoiselle,
pas de vues intéressantes non plus à Épernay, les boches ont tout respecté, jamais on ne dirait que tout fut envahit, du reste, ils ont été très convenables, personne n’a été évacué, vraiment, c’est une ville bien agréable, on ne se croirait jamais en guerre.
Les magasins de toute façon sont ravitaillés, c’est à ne pas croire, la vie est bien moins chère que par chez nous et on trouve absolument de tout.
J’ai bien regret de quitter, j’arriverais mardi à Revigny, dans l’après-dîner, je prends le train ici à 11h5et arrive à Revigny vers 2h1/2 à 3h, avec l’espoir de vous revoir bientôt.
Recevez mes amitiés ainsi que
M. et Mme Botollier.
(signature illisible)

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Une coquille s’est glissée dans la légende de la carte postale, indiquant l’incendie du 18 septembre ! La confusion vient sûrement du fait que le 18, au moins 5 obus sont tombés sur la cathédrale, causant la mort d’un gendarme et de 2 prisonniers allemands. Mais c’est le bien le lendemain, le 19 septembre 1914, qu’un obus atteint les échafaudages en bois de la tour nord de l’édifice et explose.
L’incendie qui s’ensuit et la chaleur provoquent l’explosion d’une partie de la grande rosace… par le trou béant, des flammèches tombent à l’intérieur de la cathédrale, sur les paillasses installées pour les blessés, qui s’embrasent avec la vitesse que l’on peut imaginer, puis c’est au tour des charpentes de la toiture de prendre feu !
La cathédrale a continué de se consumer toute la nuit du 19 au 20 septembre !

Une correspondance qui commence un peu étrangement.
La personne qui écrit semble désolée que la ville d’Épernay n’ait pas trop souffert des horreurs des premiers mois de conflit… elle n’a donc pas de cartes avec des vues intéressantes à envoyer, et se rabat sur une carte de la cathédrale de Reims, incendiée en septembre 1914 par les obus allemands.
On a droit à une sorte d’étonnement incrédule dans une ville épargnée où il fait bon vivre !
D’ailleurs, la personne va quitter Épernay avec beaucoup de regret… pour Revigny… mais quel Revigny ?
S’agit-il de Revigny dans le Jura, ou plus proche de nous, Revigny-sur-Ornain, dans la Meuse, où la bataille de la Marne du 6 au 12 septembre 1914 semble n’avoir laissé qu’un champ de ruines comme l’atteste les deux cartes postales ci-dessous, avec cet Hôtel de Ville complètement détruit et une rue de la gare qui reflète la désolation.

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Dans ce cas, on comprend aisément ses « regrets », de devoir quitter une si belle ville épargnée, pour un village meurtri !

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Reims 14-18 – Des occupations de guerriers !

Reims 14-18 - Des occupations de guerriers ! 16 janvier 1915
Cher Copain,
je profite d’un moment de liberté pour t’écrire, car tu dois bien penser que nous n’avons pas beaucoup d’arrêt dans nos occupations de guerriers.
Enfin, tu dois souvent avoir de mes nouvelles par Labourot, je me porte bien et j’espère que ta santé est toujours bonne ainsi que celles de M. et Mme Richter.
En attendant le plaisir d’avoir de vos nouvelles, je vous serres à tous très cordialement la main.
Ton copain tout à toi.
Londuc (?)
74ème d’Infanterie
9ème Compagnie
3ème Section
Secteur Postal n°155

Ces « occupations de guerriers » nous rappellent, comme s’il en était besoin, la rude vie quotidienne de ces poilus.
Une carte, écrite au cœur de l’hiver… les conditions climatiques n’arrangeant certainement pas les choses !
Heureusement, les nombreuses cartes postales permettent de garder le lien avec la famille et les amis, et d’entretenir le feu de l’espoir.
Au fil des courriers, c’est le mot « santé » qui revient le plus souvent, c’est bien l’intégrité physique de chacun qui importe le plus, aussi bien du côté du militaire que du civil, et qui permet de garder le moral !

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CPA Michel THIBAULT

Cette carte prise au coin de la Rue Eugène Desteuque et de la Rue des Trois-Raisinets nous montre les proches alentours de la cathédrale, après 6 mois de conflit, et déjà, les traces indélébiles des meurtrissures de la guerre.
La topologie des lieux est aujourd’hui bien différente. Les rues se sont élargies comme nous le montre la photo ci-dessous.

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