Louis Guédet

Dimanche 17 novembre 1918

1528ème et 1526ème jours

8h1/2 matin  Temps gris élevé, plus doux. Il n’a pas dû geler. Visite hier soir du commandant qui remplace le Lieutenant-colonel Artigue. C’est un charentais ! officier de carrière. Intelligence moyenne. Journée triste et lente à vivre…  sans espoir d’un rayon de soleil venant éclairer ma route !

Assez de courrier. Je vais sans doute de Paris aller à Chartres pour la signature d’un magasin de nouveautés, la « Main verte » que les Galeries Rémoises viennent d’acheter. Aussi voulant faire d’une pierre deux coups je demande qu’on signe l’acte mardi 26 à Chartres. Mes rendez-vous se toisent ! beaucoup, encore un voyage fatiguant !

Lettre de ce brave Gustave Houlon à qui je demande de venir déjeuner avec moi dimanche. Assez belle journée mais fort froide.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Dimanche 17 – Voyage à Charleville. Départ vers 7 h. de Ay. De Reims à Boulzicourt, vu ni hommes, ni chien, ni chat; désert, silence, mort. Champs labourés de tranchées crayeuses, hérissés de fils de fer et de chevaux de frise entre Reims et Vitry – désolation, stérilité les lers sur le pont entre Mezières et Charleville. Arrive pendant la Grand’Messe, à l’Alleluia. A la vue de la calotte rouge, toute l’assistance se lève. Après l’Évangile, je monte en chaire et les salue. A 3 h. Te Deum à l’église (Charleville, comme le matin).

A 4 h., visite, et même cérémonie à Mezières, à l’église dont les fenêtres ont été crevées par l’explosion qui fit sauter les ponts le lundi 11 au matin. Vent et froid terrible ; mais la joie de se retrouver fait mépriser le détail.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Dimanche 17 novembre

On annonce le rapatriement des internés en Suisse.
Les chemins de fer d’Alsace-Lorraine ont été rattachés à la Compagnie de l’Est.
Les conditions de l’armistice naval ont été réglées en mer du Nord par l’amiral anglais Beatty et l’amiral allemand Hipper.
Le général Pershing a adressé un ordre du jour éloquent à ses troupes.
On signale des désordres et des pillages commis en Belgique par les troupes allemandes. Une division volante allemande, dite de Brême, opère de même aux alentours de Berlin. Plusieurs des pillards ont été fusillés.
Les Alliés sont entrés dans Bucarest.
Le Comte Karolyi est nommé gouverneur de la république hongroise en attendant l’élection définitive du chef de l’Etat.
Une circulaire de M. Clemenceau, ministre de la Guerre, libère définitivement les classes 1887, 88 et 1889.
Le nouveau gouvernement allemand s’est complété en superposant un nouveau personnel au personnel ancien. Une cour martiale a été constituée à Berlin.
Une armée bolcheviste a envahi la Finlande. Les conseils d’Esthonie, de Livonie et de Courlande ont décidé de se doter d’un gouvernement unique; un Etat baltique engloberait ces diverses provinces.
La république Tchéco-slovaque a été proclamée solennellement. M. Dasaryk a été nommé président de la République.
C’est un socialiste galicien, M. Maszenski, qui est devenu Président du Conseil polonais. L’armée polonaise a enlevé Przemysl aux Ukrainiens.
De nouveaux bruits de crise circulent en Espagne. Les parlementaires catalans réclament l’autonomie de la Catalogne.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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