Louis Guédet

Samedi 23 mars 1918                                                   

1289ème et 1287ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Brouillard épais le matin et ensuite journée radieuse de printemps. Les journaux paraissent annoncer enfin la grande offensive allemande sur le front Anglais (sur 80 kilomètres de front). Que ce soit vrai et que ce soit enfin chose décidée et finie. Au moins on sera fixé ! Châlons a encore été extrêmement bombardé cette nuit, le centre, rue Grande Étape et vers la Gare et Ste Pudentienne.

Notre 44e Bataillon de Chasseurs à pied nous quitte demain matin. Ils ne paraissent pas gais les pauvres Chasseurs, ils vont sans doute au front. Pas de nouvelles de Reims. Labitte notaire à Verzy m’écrit pour me prévenir, comme Président intérimaire, qu’il a évacué ses archives et minutes à Aÿ chez M. Vigot (Charles Henri Vigot (1854-1923)) et M. Aubriet (Charles Maurice Aubriet (1873-)), et me prie d’en avertir le Procureur de la République. C’est fait. Il m’annonce que son fils a quitté Fontainebleau et rentre au 61e où il va retrouver mes enfants. J’en suis heureux pour les Grands.

Un incendie à Songy. J’ignore chez qui. Fait mon courrier, rien de bien saillant.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

23 mars 1918 –  A 9 h, les sirènes font entendre, de tous côtés, leurs hurle­ments sinistres. C’est une alerte, car on est prévenu, à Paris, de l’éventualité d’un bombardement.

Les Zeppelins ayant fait des victimes, des mesures ont été pri­ses et les pompiers, lors d’une nouvelle approche des dirigeables ennemis, donneraient l’alerte appelée n° 1 ; l’autre, n° 2, que nous entendons, est spéciale en cas d’incursion possible des aéros bo­ches, — désignés tous sous le nom de Gothas — quand leur pas­sage, en direction de la capitale a été signalé. L’arrivée de ces vi­lains oiseaux est à juste titre particulièrement redoutée, les Gotbas ayant également semé la mort à diverses reprises.

Hier soir, à 20 h 1/2, il y a eu déjà alerte n° 2… mais pour rien.

Ce matin, cependant, on a aperçu de temps en temps des détonations et c’est curieux, dès la première entendue, une pensée m’est venue instinctivement : « Tiens ! un obus1‘. Le même bruit éloigné s’étant répété, il me semblait reconnaître encore des écla­tements d’obus. Nous avons eu l’oreille suffisamment exercée, à Reims, pour distinguer l’arrivée d’un projectile et ne pas confondre son explosion avec celle d’une bombe d’avion.

Mon fils aîné, Jean, était depuis quelques jours auprès de moi. Bon pour le service armé et susceptible d’être appelé sous peu, avec la classe 19, il était venu à Paris pour me faire ses adieux. Je l’accompagnais aujourd’hui à la gare d’Austerlitz, où il se proposait de prendre le train à 10 h 13, pour rejoindre ma famille et nous avions la surprise de trouver la gare fermée à tout trafic : celle d’Orsay l’était aussi, — un avis nous apprenait que des trains pré­cédents n’étaient pas partis.

Il nous fallait donc attendre, sur les quais, la fin d’un état de choses que nous ne nous expliquions pas, tandis que l’écho de fortes détonations, très espacées, nous prenait toujours. Des aéros évoluaient bien, mais à une hauteur ne permettant pas de voir, à distance, si réellement ils bombardaient ; ils étaient d’ailleurs diffi­cilement identifiables.

A vrai dire, nous ne savions que penser.

Enfin, les grilles de la gare ayant été rouvertes, Jean pouvait prendre le train pour Châteauroux à 13 h et je devais regagner à pied l’avenue de l’Opéra, le métro, dont la circulation avait été arrêtée, s’étant seulement remis en marche à 16 h 45, après la fin de l’alerte, annoncée par la berloque à 16 h 1/4.

A 20 h 45, nouvelle alerte, par les sirènes.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 23 – + 5°. Nuit assez tranquille au centre de la ville. De 4 h. à 5 h. vrai (?) très violent combat, surtout du côté allemand. Visite à Rœderer. Violente canonnade allemande par intervalles pendant environ 3 heures. 3 h. Visite du Capitaine qui s’occupe des soldats qui ont travaillé à la cave, à nous faire une issue. Visite de M. Pierre Abelé. Trouvé une fusée – bouchon – non explosée, disent les soldats, et charge fulminate.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 23 mars

Nous avons repoussé de forts coups de main ennemis au sud de Juvincourt, dans le secteur du Godat, au nord de Courcy et au nord de l’Aisne. Sur ces deux derniers points, les détachements ennemis ont été rejetés de nos éléments avancés, après un vif combat qui leur a coûté des pertes sensibles.
En Champagne, une tentative ennemie, à l’ouest du mont Cornillet, a également échoué.
Les Allemands ont jeté des bombes sur Compiègne. Une escadrille qui venait sur Paris, où l’alerte était donnée, a rebroussé chemin.
Les Allemands ayant attaqué les secteurs britanniques sur un front de 80 kilomètres, la bataille s’est développée avec violence. Nos alliés ont maintenu l’ennemi sur ses positions de combat.
Ces pertes allemandes ont été d’autant plus graves que l’adversaire se présentait en rangs plus serrés.
En Mésopotamie, les Anglais ont pris, à Hit, des magasins turcs qui renfermaient une grande quantité d’armes et de munitions.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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