Louis Guédet

Jeudi 13 septembre 1917

1098ème et 1096ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Nuit calme, mais j’ai mal dormi. J’ai des cauchemars terribles, et réveillé je suis pris de frayeurs. Je suis brisé. J’ai peur de tomber malade. L’Éclaireur de l’Est de ce matin, en rappelant qu’à cette date il y a 3 ans les premiers bombardements ont commencé, mais que l’heure était proche que nous soyons bientôt à l’abri des canons ennemis ! Que Dieu l’entende et le fasse dire vrai, car je n’en puis plus ! Après une secousse comme celle de lundi, je ne puis guère résister, et puis je n’ai plus de confiance, plus de force. De plus je suis bien inquiet de mes 2 chers petits qui sont à Verdun. Je me sens au bout du rouleau. Je n’ai plus de courage, plus de force. Mon Dieu voulez-vous donc que je succombe, et que tout ce que j’ai souffert, passé depuis 3 ans ne servit à rien, et que j’ai perdu mon temps, ma santé, ma fortune, tout ce que je laisse, ma chère femme adorée et mes chers enfants sans ressources, sans secours, abandonnés de tout et de tous !… C’est dur, mais il est grand temps que cette vie pénible cesse pour moi. Je ne puis plus, je ne peux plus. Je me meurs. Vous n’avez donc pas pitié de moi mon Dieu, de ma détresse, de mes malheurs, de mes souffrances, et cela je l’ai fait par pur devoir, non pour moi, mais pour les autres, mes concitoyens et notre cité martyre ! (Rayé).

1h1/2 soir  Dans mon courrier je trouve une lettre d’un nommé Angrand (Achille), caporal fourrier 64ème Territorial, D. Infce, Cie H.R. secteur postal 205 (Achille Angrand, menuisier (1876-1961)), me couvrant d’injures parce que j’avais conseillé à Mme Wagener d’exiger de celui-ci et de sa femme, employée aux P.T.T. à Nevers, ses locataires, au moins un versement partiel des loyers en retard en échange qu’on lui laisserait enlever son mobilier qui est la garantie de la propriétaire. Quelle singulière mentalité. Il regrette même de ne pas être près de Reims, sans quoi il serait venu me parler et sans doute me régler mon compte !! Tout cela est fort triste et ne nous dit rien de bon pour l’avenir et l’après-guerre.

5h soir  Le ministère Painlevé est constitué sans socialiste, tant mieux. Ministre de la Justice Raoul Péret, ancien magistrat (Ancien avocat, député, sénateur, Homme d’État (1870-1942)). Sorti pour acheter le journal, rencontré Lelarge, causé en marchant jusque chez Michaud où nous nous sommes quittés, il a été fort aimable avec moi.

Rentré chez moi. Je suis bien fatigué et puis le moindre bruit m’impressionne. J’ai besoin de repos, et j’ai peur de tomber. Mon Dieu délivrez-nous ! Je n’en puis plus. J’ai peur de ma solitude. Je n’ai plus le courage, mon Dieu verrai-je des jours meilleurs ? Et puis nos 2 chers grands m’inquiètent beaucoup. Les revoir sains et saufs avec les autres petits, et ma chère femme, et…  ne plus jamais se quitter !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 13 – + 11°. Nuit tranquille à Reims. Visite du Père Decortes. Vi­site du Lieutenant de Jouvenel, venu de la 5′ Armée, annonçant la visite de 2 prêtres du Québec. Journée tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 13 septembre

Aucune action d’infanterie. Activité moyenne de l’artillerie sur la plus grande partie du front, plus marquée en Belgique et sur la rive droite de la Meuse.
Quatre avions allemands ont été abattus par nos pilotes. Dix autres appareils ennemis sont tombés dans leur ligne gravement endommagés. Nos avions de bombardement ont lancé de nombreux projectiles sur les gares de Roulers, Cortemark, Staden, le terrain d’aviation de Colmar, les gares de Conflans-Jarny, les usines militaires au sud-est de Sarrebourg.
Les Anglais ont développé leurs succès de détail près de Villeret et conquis 400 mètres de tranchées allemandes. Ils ont fait, en outre, des prisonniers. Ils ont ensuite repoussé successivement trois attaques. Ils ont réussi des coups de main au nord-est de Gueudecourt et au sud de Lombaertzyde.
Actions d’artillerie sur le front italien. Les Autrichiens ont subi un échec près du lac de Ledro et un autre sur le San Gabriele. Aux bouches du Timavo, leurs détachements d’assaut ont été mis en fuite.
En Albanie, succès franco-italien au sud-est de Berat.
En Macédoine, les Italiens rejettent un détachement ennemi. Canonnade dans la région de Monastir. Dans la région des lacs, nos troupes ont enlevé le village de Pogradec, et repoussé les Bulgares à 4 kilomètres de là.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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