• Daily Archives: 10 février 2017

Jeudi 8 février 1917

Louis Guédet

Dimanche 11 février 1917

883ème et 881ème jours de bataille et de bombardement

10h1/2 matin  Toujours le même temps, peut-être plus froid qu’hier. Pas encore sorti, traîné pour me lever et m’habiller, cela pour le temps, que faire ? J’attends la messe de 11h1/4 à St Jacques. Il n’y fera pas chaud, elle est à tous vents. Dehors 4° au-dessous et dans ma chambre 4° au-dessus…  par ce soleil et avec du feu. J’ai froid. J’ai froid. J’ai froid au cœur et à l’âme. Misérable vie, triste vie, souffrir toujours…  toujours, c’est trop !

5h soir  Vers deux heures le temps magnifique m’incite à sortir porter mes lettres rue de Vesle, puis désœuvré je vaque, j’erre par la Ville, avenue de Paris, chemin Passe-Demoiselles, rue de Courlancy, rue du Pont-Neuf (rue Léo Lagrange depuis 1946), les allées des Tilleuls en revenant sur le Pont de Vesle. Je pousse jusqu’au pont de bois militaire de l’avenue Brébant pour retomber à la Brasserie du XXème siècle (lieu de détente détruit quelques temps après et reconstruit à l’identique en 1920, actuellement locaux d’une entreprise de transports), où dans un terrain vague jouent au football des enfants de 12 à 15 ans. Des obus se mettent à siffler, ces gamins continuent à jouer et l’un d’eux de dire au 1er obus : « T’en fait pas, on les aura !!! » puis de courir après leur ballon sans plus. Je reprends le canal, passe boulevard Louis Roederer, Drouet d’Erlon et chez Michaud pour un journal. Au débouché de la rue du Clou dans le Fer, face au théâtre, je me heurte à Pierre Lelarge et mon Auguste Goulden !! Ils s’arrêtent et nous causons un instant comme si de rien n’était. Nulle allusion à son affaire ! Je demande des nouvelles des siens, etc…  Nous nous quittons et je rentre chez moi. Auguste Goulden reste ici maintenant. Singulière aventure. L’avenir dira peut-être la vérité sur tout cela, et sur les pressions qu’on aura faites pour obtenir presque son acquittement. Néanmoins, pour moi, il restera coupable. Ceci ne me regarde pas. Je n’ai qu’à être correct tout en restant fort réservé avec lui. J’en sais trop sur cette affaire.

Vu quelques patineurs sur la patinoire St Charles…  Cela m’a rappelé les temps heureux où je patinais avec passion à Châlons. Tout cela est passé, fini pour moi. Aurais-je jamais d’heureux jours ?! Je ne le crois pas. Tout est fini pour moi. J’ai trop souffert, je souffre trop. Je n’ai plus qu’à mourir…

Absence du feuillet 429.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 8 – 29ème anniversaire de ma Consécration. – 9°. Nuit tranquille ; visite d’un Capitaine attaché au Service du Prince de Monaco(1). Duel entre artilleries. Bombes sur batteries et tranchées. Aéroplanes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le futur prince Louis II de Monaco qui montera sur le trône en 1922, fit ses études à St Cyr et servit comme général de brigade dans l’Armée française.

Jeudi 8 février

Rencontre de patrouilles au sud de la Somme, dans la région de Deniécourt, et à l’est de Soissons, près de Vailly.

En Argonne, un coup de main allemand sur une de nos tranchées vers Bourémelles n’a rapporté que des pertes à l’ennemi.

En Lorraine, après un vif bombardement de la région d’Emberménil-Voho, les Allemands ont attaqué en fin de journée, un saillant de nos lignes vers Emberménil. Contre-attaqué aussitôt, l’ennemi a été chassé des éléments avancés où il avait pris pied. Notre ligne est intégralement rétablie; nous avons fait des prisonniers.

En Haute-Alsace, une tentative de l’ennemi dans la région de Seppois a été arrêtée net par nos feux.

Sur le front belge, canonnade autour de Dixmude et de Steenstraete.

Combats sur le front russe, le long de la Bérézina et sur le front roumain, le long du Sereth.

L’armée anglaise a occupé le village de Grandcourt qu’elle a forcé les Allemands à évacuer.

La Suisse a accepté de représenter les intérêts allemands à Paris, en remplacement de l’Amérique.

L’Espagne publie le texte de la protestation très digne qu’elle a remise au gouvernement de Berlin et qui mentionne en même temps son désir de coopérer à la paix future.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Deniécourt

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Samedi 10 février 1917

Cerny-les-Bucy

Louis Guédet

Samedi 10 février 1917

882ème et 880ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Toujours grand froid avec un beau soleil. On souffre tout de même et on voudrait bien que ce fut fini. Caisse d’Épargne ce matin, peu de monde. Après-midi sorti pour aller jusqu’aux caves Charles Heidsieck, 46, rue de la Justice, vu Braudel (à vérifier), toujours aussi convaincu de son importance, cet homme n’a jamais pu changer sa manière Boche !! Fondé de pouvoir, dans les caves où les bureaux sont parfaitement organisés. Rentré par un soleil splendide. Le cœur serré, comme toujours, et puis je n’ai goût à rien. Je me suis forcé à écrire mon courrier mais sans goût et avec lassitude.

Il y a 17 500 habitants, peut-être un peu plus à Reims. Je croyais qu’il n’y en avait que 15 000, mais il a été demandé plus de 17 500 cartes de sucre…  et…  Voilà ma journée et tout ce que j’ai appris…  Peu ou pas de canon.

J’ai été gelé hier dans mon cabinet au Palais de Justice, à tous vents. J’ai demandé à Touyard le concierge du Palais de me faire mettre du papier aux fenêtres afin qu’on gèle moins, juges, greffiers et justiciables. Je tiens mes séances dans mon cabinet, portes ouvertes sur la pièce donnant sur la rue Tronsson-Ducoudray. De même pour les audiences de simple police, la grande salle étant glaciale…  Bref on gèle, et je lis dans l’Écho de Paris que les juges se plaignent d’avoir froid dans leurs salles chauffées, je voudrais bien les voir ici dans mon Palais !! sans carreau ni fenêtre. Comme la maison de Cadet Rousselle (d’après les paroles d’une chanson populaire datant de 1792).

9h soir  J’ai froid. Je n’ai pas sommeil et ne peut me décider à me coucher. Je rêve, somnole près de mon poêle, mon esprit erre à un tas de souvenirs qui me font souffrir. Cet état est bien pénible. Je suis comme extériorisé. Je vais, je viens, j’écris plus comme si je n’existais pas, sans savoir bien, c’est comme un engourdissement. Après trente mois de ma vie, cela se conçoit un peu, je n’ai plus de vie humaine. C’est une vie de paria, de bête traquée, de machine. Une vie de veilleuse qui s’éteint. Mon Dieu ! c’est peut-être là la mort la plus douce !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 10 – Nuit tranquille. – 8°. Visite de trois officiers : Colonel M, Colonel Nieger, un Lieutenant-Colonel qui était à La Neuvillette quand les Parlementaires allemands s’y sont présentés (3 Septembre 1914), 1 Capitaine.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 10 février

Dans la région à l’est de Reims, nous avons réussi un coup de main et ramené des prisonniers.

Nos batteries ont exécuté des tirs efficaces sur les organisations ennemies du secteur de la cote 304. Un dépôt de munitions a explosé. Canonnade intermittente sur le reste du front.

Un de nos pilotes a abattu un avion allemand près de Cerny-les-Bucy (Aisne). Nos avions de bombardement ont lancé des projectiles sur les usines militaires et la gare de Bernsdorf, ainsi que sur la gare de Fribourg-en-Brisgau (grand-duché de Bade).

Canonnade sur le front belge, spécialement au sud de Nieuport.

Les Anglais ont exécuté des coups de main heureux à l’est de Vermelles et au sud-est d’Ypres. Un grand nombre d’abris ont été détruits et des prisonniers ont été faits.

Les Allemands, après un violent bombardement, ont tenté d’aborder les lignes britanniques, au sud d’Armentières. Ils ont été décimés et rejetés. 37 prisonniers ont été faits, dont 2 officiers. Nos tirs de contre-batteries ont provoqué deux explosions dans les lignes allemandes. Un groupe de travailleurs a été dispersé par le feu britannique, vers la butte de Warlencourt.

La Republique Argentine a remis à l’Allemagne une note de protestation énergique contre le blocus.

La Suède a décliné la proposition de M. Wilson tendant à instituer une action collective des neutres contre la guerre sous-marine.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Cerny-les-Bucy

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