Louis Guédet

Vendredi 17 novembre 1916

797ème et 796ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Très beau temps, très froid. Calme le matin, canons, obus et avions le soir et l’après-midi. Ce matin audience civile, injures, diffamations, joli spécimens de femmes se traitant de tous les noms possibles qui font l’ornement de la langue dite « verte ». Femmes de soldats du front, qui hélas se consolent trop facilement de la séparation conjugale.

Après-midi vu le Procureur de la République, causé longuement avec lui justement de cette dépravation de mœurs dont souffre notre pauvre ville, et cela grâce à tous ces officiers de l’arrière ! Colas, Girardot, Lallier, etc…  en tête. Vu le Dr Simon qui m’a parlé justement d commandant de place Colas. Triste Monsieur, marié à Sedan comme capitaine de Dragons à une femme de bas étage et de basses mœurs. Obligé de donner sa démission, entre comme Directeur d’un haras d’omnibus. Et la Guerre le couvre de gloire à l’arrière. Voilà le sire.

Sur le journal vu la condamnation en conseil de Guerre d’Auguste Goulden, de la Maison Heidsieck-Monopole pour commerce avec des austro-allemands. Maison Heidsieck 5 ans de prison, 20 000 F d’amendes et 10 ans d’interdiction de droits civiques. C’est dur. Mais c’est mérité et cela fera du bien à certains négociants en vins de Champagne qui se croient au-dessus de toutes lois. Ce sera un exemple qui certainement profitera à tous ces milords du haut commerce rémois, fils à Papa, qui sont aussi bêtes qu’ils sont riches. Dans cette affaire Auguste Goulden, sa bêtise entre pour 90%, garçon très gentil, mais inintelligent parce que millionnaire, il s’est vu adulé et a cru que tout lui était permis.

Je suis décidé à aller voir Jean qui est à St Martin jusqu’au 22 demain pour la journée du dimanche, et repartir lundi matin pour rentrer ici à 3h. J’ai écrit à André pour qu’il me prenne à Châlons s’il veut venir pour voir son frère.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 17 – Nuit tranquille. – 3° froid ; temps superbe. Via Crucis in cathedrali. Aéroplanes français ; tir contre eux. Vers 3 h, quelques bombes sifflent sur ?

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 17 novembre

Sur le front de la Somme, quelques fractions ennemies qui avaient réussi à prendre pied dans un pâté de maisons au nord-est de Saillisel, en ont été chassées par une vive contre-attaque de nos troupes. La lutte d’artillerie continue, violente, dans la région d’Ablaincourt. Un de nos pilotes a descendu un avion ennemi dans la région de Chaulnes. Les Anglais ont subi un bombardement sur leur nouveau front au nord de l’Ancre, surtout dans la zone de Beaucourt. Leur artillerie, en y répondant, a provoqué plusieurs explosions. Ils ont fait 303 prisonniers dont 6 officiers. Au sud de l’Ancre, activité de l’artillerie allemande contre les tranchées britanniques entre le Sars et Gueudecourt. Nos alliés ont bombardé les lignes ennemies de Souchez et d’Armentières. Succès franco-serbe important en avant de Monastir; nous ne sommes plus qu’à 5 kilomètres de la ville, les Bulgares ayant évacué la position fortement retranchée de Kenali. Recul roumain en Valachie, avance en Dobroudja. Les Italiens s’attendent à une diversion autrichienne dans le Trentin.

Source : La guerre au jour le jour

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