Louis Guédet

Mardi 20 juin 1916

647ème et 645ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Beau temps. Du canon la nuit, le calme de jour, le temps se couvre cette fin d’après-midi, sorti un peu, écrit, répondu à mes lettres et voilà encore une journée de passée dans la monotonie et la tristesse. Demain allocations militaires et Caisse d’Épargne…

Le bas de la page a été découpé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

20 juin 1916 – La moyenne de consommation de farine pour la ville de Reims, en mai, établie aujourd’hui, donne 89 quintaux par jour.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 20 – + 8°. Nuit tranquille ; temps superbe. Service pour les prê­tres soldats tués à l’Armée. Allocution. Visite à l’Orphelinat St-Joseph et aux Sœurs de la rue St-Thierry. Aéroplane vers 6 h ; tir contre eux. Visite de Madame Baudet ; des officiers ont dit que les Allemands ne tirent que quand les Français tirent les premiers. Ceux-ci tirent peu parce qu’ils ne croient pas pouvoir obtenir de grands résultats (1). Dernièrement, samedi dernier 17 juin, on a essayé à Germaine un canon de 580 (2). On s’attendait à une riposte qui n’a pas eu lieu… Opération chirurgicale de Sœur St-Tiburce.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Il est exact que les batteries allemandes tirant sur Reims étaient hors d’observation terrestre et que l’observation aérienne était rendue très difficile par la supériorité aérienne ennemie à cette époque
(2) Le plus gros calibre français fut un canon de 520 mm dont la mise au point n’intervint d’ailleurs qu’après la fin des hostilités. Il peut s’agir d’un canon de marine de 370 mm, monté sur un affût spécial surbaissé, adapté aux voies ferrées et susceptibles de passer sous les tunnels (Germaine) qui servaient par ailleurs d’abri entre les tirs. Germaine n’es qu’à 16 km de Nogent-l’Abesse, ce qui correspond à des portées de canons de marine.
(3) Il n’existe aucun canon, obusier ou mortier du calibre 580 dans l’Armée française. Le plus gros calibre est l’obusier de 520 dont les deux exemplaires ne sont achevés qu’en 1918 et ne seront jamais employés au front pendant la Grande Guerre. En juin 1916, les nouveaux obusiers de 400 et canons de 340 modèle 1912 vont être employés sur la Somme et ne sont pas en Champagne. Il n’y a encore aucun canon de 370 sur voie ferrée opérationnel. Par contre, une batterie de nouveaux canons de 32 cm modèle 1870-84 sur voie ferrée a fait une courte apparition en Champagne avant de gagner le front de la Somme. Il y a d’autres canons ALVF de calibre moindre à cette période en Champagne (305, 274 mm).

Les notes 1 et 2 sont du Colonel Marc Neuville, comme toutes les autres notes (sauf avis contraire)
La note 3 est de Guy François, grand spécialiste de cette guerre, intervenant sur le forum pages14-18-mesdiscutions


Mardi 20 juin

Entre Avre et Oise, deux détachements ennemis, après un vif bombardement, ont tenté d’aborder nos lignes. Ils ont été repoussés à coups de grenades.
Sur la rive gauche de la Meuse, lutte d’artillerie intermittente (région de la cote 304) ; Et sur la rive droite, le bombardement a été violent au nord de l’ouvrage de Thiaumont et dans les secteurs de Vaux-Chapitre et de Souville.
Une escadrille ennemie a lancé de nombreux projectiles sur un village au sud de Verdun, où se trouvait un camp de prisonniers allemands. Plusieurs de ceux-ci ont été tués ou blessés.
Lutte de mines en Argonne (Bolante, Vauquois, Fille-Morte).
La ville de Kolomea, en Galicie, est menacée par les Russes.
La presse pangermaniste elle-même avoue sa déception et son désarroi en présence de l’offensive foudroyante du général Broussiloff.
Le feld-maréchal de Moltke est mort subitement à Berlin.
La démobilisation grecque apparaît partielle.
Les Anglais ont opéré deux raids heureux, sur la Lys et près de Givenchy.
Pour faire face aux menaces mexicaines, le président Wilson a appelé 135.000 miliciens aux armes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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