ob_dd8317_amicarte51-100Le 25 mai 1916
Ma Chérie
Pas grand chose à te dire depuis ma dernière lettre.
Je suis toujours en bonne santé, sauf un peu enrhumé car nous avons quelques journées froides avec la pluie.
Heureusement que nous sommes à la belle saison, car l’autre jour, lorsque j’avais changé de position, j’ai brûlé mon tricot et mes deux couvertures.
Le feu s’est mis à la paille qui fermait la porte d’un escalier de la maison où nous logeons.
Heureusement qu’on l’a eu vite éteint, et je me suis servi des couvertures et mon tricot qui y était à travers y’a passé.
C’est un petit malheur et j’en apporterai un en revenant de permission, ainsi que des chaussettes de coton.
Ici toujours pareil et assez tranquille.
Mes amitiés à toute la famille.
Embrasse bien le petit Raymond pour moi.
Mille baisers de ton mari qui ne t’oublie pas
.
(signature illisible)

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Dès les premières lignes, l’auteur annonce la couleur… il n’a pas grand chose à dire !
Mais ne peut passer sous silence son aventure, qui lui aura coûté son tricot et les couvertures.
Il ne s’attarde pas sur l’origine du sinistre. S’il ne dit mot, c’est peut-être parce qu’il en est la cause, se serait-il endormi en fumant ?
nous ne le saurons jamais…
Il va donc falloir qu’il attende la prochaine permission, pour récupérer un nouveau tricot !

Quant aux faits de guerre, il faut tourner la carte et s’intéresser au visuel.
Encore une carte de la cathédrale… et comme c’est indiqué, « Reims dans sa deuxième année de bombardement 1914-15-16 ».
La photo nous propose une vue rapprochée des pilastres de la Tour Nord et du Petit Porche, mutilés lors des bombardements et de l’incendie du 19 septembre 1914.

La carte postale a été écrite le 25 mai 1916…
Ce jour-là, la ville de Reims est bombardée pendant l’après-midi.
On note la mort du Docteur Ernest Luton, décédé à Paris à l’âge de 47 ans.
Ancien interne des hôpitaux de Paris, chef des travaux anatomiques et histologiques à l’École de médecine de Reims et médecin des hôpitaux, il publia des travaux remarqués sur la tuberculose et les maladies des enfants.
Il était le fils du savant docteur Alfred Luton, ancien directeur de l’École de Médecine de Reims, qui a laissé son nom à la place Luton, lors de son inauguration en 1899.

Et puisque de la Cathédrale nous sommes passés sans nous en rendre compte à la Place Luton, profitons-en, avec cette carte postale de la place, à l’angle de la rue Danton et de la rue Roger Salengro (à l’époque Rue de Courcy), la guerre y a également laissé son empreinte :

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Et un petit montage… avec une photo d’aujourd’hui, le lieu est bien le même, mais les maisons ont été reconstruites :

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