Louis Guédet

Mercredi 13 octobre 1915

396ème et 394ème jours de bataille et de bombardement

6h du soir  Temps lourd et orageux toute la journée. Pas un bruit. Prêté serment comme suppléant de la Justice de Paix du 3ème canton de Reims à titre définitif, à La Haubette 23 ter route de Paris, devant Bouvier vice-président, Creté et Texier juges, Bossu Procureur de la République, Jonval greffier.

Est noté en marge au crayon du passage suivant : « A voir ».

Le Président Hù m’accroche et nous nous promenons pendant plus d’une heure de la Poste à sa maison 79 avenue de Paris. Il est toujours charmant avec moi. Entre autres potins il me conte les mésaventures de ce pauvre M. Bossu, Procureur de la République, dont la femme lui fait des scènes de jalousies terribles, parait-il. Il serait arrivé un jour au tribunal les joues en sang, tailladées par les griffes de sa…  tendre moitié. C’est une malade ! car le brave Procureur est exempt de tous soupçons de ce côté. Ainsi est la vie ! Mais n’empêche que tous ces juges ont une haine de liguée contre lui !! Au point d’acquitter des gens coupables pour lui faire échec ! Tout cela est fort triste quand on songe que ces luttes intestines ont lieu sur le front, sous le canon de l’Ennemi.

Rentré vers 5h…  et je finis mon après-midi monotone.

Ce matin allocations militaires à l’Hôtel de Ville. J’ai fait radier nos 3 femmes de Taissy qui avaient eu l’audace de demander des secours comme indigentes, quand il y a quelques jours celles-ci avaient pris des Bons de la Défense Nationale, l’une entre autres pour 3000 Fr !!! C’est honteux ! quand tant d’autres femmes malheureuses meurent de faim et n’ont rien demandé. En ce qui concerne les événements, tous sont d’avis que nous allons passer l’hiver ainsi !! En aura-t-on la force et le courage !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille pour la ville. Journée tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 13 octobre

L’ennemi bombarde des tranchées que nous lui avons prises au nord-est de Souchez. Pendant cette action, nous avons capturé 164 hommes et 3 officiers.
Canonnade au sud de la Somme (Tilloloy et Piennes), et sur l’Aisne (Nouvron).
L’ennemi lance des obus sur Soissons : nous effectuons un tir de répression efficace.
Nous accentuons notre progression en Champagne vers le ravin de la Goutte que nous dominons sur un large front.
Nous repoussons une attaque près de Manhoué en Lorraine, et une autre beaucoup plus considérable dans les Vosges, au Linge et au Schratzmaennele.
Les Russes refoulent l’ennemi aux alentours de Dwinsk; ils ont accompli des progrès marqués sur le Styr, et sur la Strypa, en Galicie. Ils ont franchi ce fleuve, pris 2000 Autrichiens, 4 canons et 10 mitrailleuses.
Les Bulgares ont attaqué les Serbes avec deux divisions sur le Timok; ils ont échoué.
Les autorités turques de Beyrouth ont violé notre consulat malgré la résistance du consul américain chargé de la défense de nos intérêts.
M.Delcassé a donné sa démission de ministre des Affaires étrangères. M. Viviani, président du Conseil, sans portefeuille, remplace M. Delcassé à la direction des affair
es extérieures.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

Mercredi 13 octobre 1915. Nuit tranquille pour la ville. Journée tranquille.
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