Louis Guédet

Samedi 19 juin 1915 

280ème et 278ème jours de bataille et de bombardement

9h1/4 matin  Canonnade toute la nuit et bombardement assez loin de chez moi. Il va encore faire très chaud aujourd’hui. Bref situation toujours latente. Quelle vie ! Nos progrès (?) vers Arras ne semblent avoir donné aucun résultat, alors ? Serons-nous enfin dégagés ici ? Je n’y crois plus. Je vais tout à l’heure retirer les valeurs du lieutenant d’artillerie René Martin-Guelliot de la succursale du Comptoir d’Escompte de Paris et les confier à M. Alard, architecte à Reims qui les remettra demain au Docteur Guelliot, 95, boulevard Raspail, Paris, ou à M. Martin, Père, 7, rue de Villersexel, Paris. Ce n’a pas été sans mal !! Dieu que ces banques telles que Crédit Lyonnais, Comptoir d’Escompte de Paris, Société Générale, se sont montrées désagréables, difficultueuses, malhonnêtes, moins raides pour la remise des titres et valeurs en dépôt à leurs clients, même pour l’ouverture des coffres-forts loués !! Il n’y a pas de mesquines difficultés qu’ils n’aient soulevées, employées. La raison je l’ignore ! Mais je suppose cependant que c’est la crainte de ne plus revoir ces clients qui font des retards. En tout cas ce n’est pas en les embêtant comme ils le font qu’ils les conserveront. Chose assez curieuse c’est la Banque de France qui durant toute cette période tourmentée qui se sera montré la plus courtoise, la plus large !! Et Dieu sait cependant si la Banque de France est habituellement difficultueuse et tatillonne, au contraire elle a été d’une largesse, d’une amplitude qui m’a même étonné. Bref comme toujours il vaut mieux s’adresser à Dieu qu’aux saints !

9h soir  Rien de saillant. Journée (comme toutes) monotone, morne. L’herbe pousse partout dans les rues. Reims devient une Ville morte, bien morte.

Charles Heidsieck est venu me demander d’aller nous promener à Pargny ou à Ville-Dommange demain pour jouir de notre dimanche. Cette fois nous emporterons notre déjeuner !! Départ 9h, le temps de passer à la Kommandantur pour nos laissez-passer et filer. J’ai l’intention de grimper jusqu’à St lié où nous déjeunerons avec un panorama splendide, sous les ormes. Lui aussi trouve que c’est long et que cela ne va pas assez vite !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf bombardement sur quartiers lointains de 1 h 1/2 à 2 du matin. Bombes sifflent.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Renée Muller

Le 19 nous pouvons (sic) le champagne avec des madeleines sous la véranda avec le 58ème chasseur qui loge à Taissy

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Samedi 19 juin

Violent combat d’artillerie dans le secteur au nord d’Arras. Le front ne s’est pas modifié; nous gardons tout le terrain gagné. En Alsace, nous consolidons les positions conquises et nous continuons à progresser. Nos patrouilles ont atteint les lisières de Metzeral. Nous avons gagné du terrain sur les deux rives de la Fecht et nous tenons sous le feu de notre artillerie les communications entre Munster et Metzeral. Nous avons fait de nouveaux prisonniers et capturé des mitrailleuses. Les Russes ont repoussé des attaques allemandes sur le Niémen moyen et sur la Bzoura. Les combats violents continuent en Galicie, entre le San et Lubaczow. Sur le front du Dniester, l’ennemi a été rejeté en désordre entre la Tysmenica et le Stryj. Sur le Dniester, en amont de Jurawno, les Russes ont capturé, les 14 et 15 juin, 202 officiers et 8514 soldats. Les éléments austro-allemands qui avaient franchi le fleuve de Nizniow ont été anéantis. Dans la région de Chotin, entre Pruth et Dniester, des éléments ennemis ont été vigoureusement pressés. Les pertes totales des Austro-Allemands dans cette région sont évalués depuis le 29 mai, à 120.000 ou 150.000 hommes. Les Italiens ont consolidé leurs positions dans le Cadore et sur l’Isonzo. Ils ont démoli la gare de Goritz par le feu de leur artillerie. Une escadrille autrichienne a bombardé Pesaro et Rimini. Le kaiser a manifesté une grande colère au sujet du bombardement de Karlsruhe, qui a fait finalement 84 victimes.

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