Paul Hess

Les deux dernières nuits ont été calmes et au cours de la journée du 1er, on n’a entendu que la canonnade.

– Aujourd’hui, paraît dans le Courrier, un tarif des différentes denrées, fixé par arrêté préfectoral en date du 25 janvier 1915, aux prix suivants, dans l’arrondissement de Reims :

Sucre cristallisé, le kilo : 1.10 F
Camembert, la pièce : 0.80 F
Pétrole, le litre : 0.40 F
Sucre cassé, rangé, le kilo : 1.20 F
Vinaigre, le litre : 0.50 F
Sel de cuisine, le kilo : 0.25 F
Huile comestible, le kilo : 1.60 F
Chocolat Meunier, d° : 3.60 F
Fromage de gruyère, d° : 3.20 F
Beurre, le 1/2 kilo : 1.75 F

Le sous-préfet : L. Dhommée

Précédemment déjà, l’administration principale est intervenue pour limiter le prix de vente des pommes de terre à 0.20 F le kilo, ainsi que le tarif de la viande qui, actuellement n’est pas sensiblement plus élevé qu’avant-guerre. La vente à la criée se pratique tous les matins, place des Marchés, sous la responsabilité de Elie Gaissier crieur, en l’absence des commissaires-priseurs, car il a accepté pour son compte les conditions de la municipalité. La population trouve, en outre, chaque jour aux halles, des approvisionnements de marchandises très fraiches, le ravitaillement sans doute difficile, étant cependant toujours parfaitement assuré.

Depuis le 25 janvier, il est vendu par les soins de la ville, du charbon au prix de 2.60 F les 50 kg. Il n’en est livré que 500 kg au plus, pour chaque famille et les acheteurs doivent aller prendre livraison à l’un des dépôts, le long du canal. Aussi voit-on, par-là, le défilé continuel de gens conduisant des brouettes, voitures, etc. se diriger vers le chantier et le baraquement où est installé M. Robiolle, directeur de Bains et lavoir détruits, qui a été chargé de la vente et des perceptions sur place.

– Vers le commencement de l’après-midi, nous avons perçu, du bureau, un seul sifflement d’obus mais dans la soirée, le bombardement reprend sur le faubourg Cérès.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
Place des Marchés

Place des Marchés


Cardinal Luçon

Mercredi 3 : Nuit tranquille. Canonnade réciproque dans la journée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

3 Mercredi – Assez beau temps. Canonnade toujours violente et léger bombardement.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Octave Forsant

3 février. — Quels douloureux spectacles dans ces rues bombardées depuis six mois ! Les glaces des beaux magasins du centre, presque toutes brisées par les explosions, ont été remplacées ici par une devanture aux trois quarts en bois, le reste en verre ; là par des fermetures entièrement en bois, si bien qu’il faut tenir la porte ouverte pour éclairer l’intérieur, ailleurs par des planches à peine rabotées ou par des tôles. — Rue de Talleyrand, de grandes glaces fortement étoilées ont été consolidées avec du papier de toutes les couleurs; rue des Deux- Anges, la maison d’un luthier est fermée par des couvercles de caisses portant encore cette inscription, qui par hasard se trouve juste à l’emplacement de l’ancienne porte : « Côté à ouvrir. » Non loin une maison de tailleur, jadis très impor­tante, est indiquée par cette simple mention écrite à l’encre avec un bout de bois : «Auberge, tailleur — civil et militaire. » Le marchand de cycles de la rue de l’Étape s’est mis encore moins en frais et, dans sa hâte, a tout simplement, sur les pan­neaux de son magasin, griffonné à la craie, en gros carac­tères : « Pour les articles cyclistes, s’adresser au bistro voisin. » A l’angle de la même rue, un cabaretier a fermé son débit avec les rallonges de sa table. Et sur les monuments publics, aux carrefours des rues, un peu partout, imprimée sur papier vert tirant l’œil, mais à moitié déchirée ou maculée, se lit l’odieuse « Proclamation » allemande informant les Rémois que l’armée ennemie ayant pris possession de la « Ville et Forteresse » (?) de Reims, ils n’ont qu’à se bien tenir s’ils ne veulent encourir une des nombreuses peines qui les menacent, notamment la pendaison. Suit une longue et interminable liste d’otages.

Ne croyez pas cependant que la ville, quoique bombardée presque chaque jour, soit une ville morte. Dans la rue de Vesle, la circulation est assez active, de huit à dix heures du matin, et l’après-midi à partir de deux heures, car c’est généra­lement entre dix et quatorze heures que nos excellents voisins, toujours très méthodiques, nous arrosent. Nombre de maga­sins sont ouverts et même achalandés : les clients « civils, » contrairement à ce qu’on pourrait croire, y sont aussi nombreux que les militaires.

Les Rémois donc vont et viennent dans les rues, sans souci du danger qui les menace à chaque pas, circulant au milieu des ruines, tenant à se rendre compte des effets du bombarde­ment d’hier, regardant les cartes postales récentes qui répan­dront à travers le monde l’image des atrocités chaque jour renouvelées et chaque jour plus terribles de la « kultur alle­mande. » La ville, quoiqu’au tiers détruite, et où des tas de décombres soigneusement alignés devant les maisons atteintes, rappellent au promeneur les effets des obus de tous calibres, est toujours propre, et le visiteur n’est pas peu surpris de trouver les rues aussi bien entretenues qu’avant la guerre. — C’est qu’un avis de la municipalité, daté du 14 octobre 1914, ordonne de nettoyer les trottoirs et la chaussée « aussitôt la chute des obus, » et que le service de la voirie continue à être très bien fait. Ajoutez que le ravitaillement est assuré avec une régula­rité’ parfaite, grâce à la prévoyance de la municipalité qui fait emmagasiner chaque jour de grandes quantités de farine. La longue théorie des voitures chargées de sacs défile l’après- midi, à travers le faubourg de Paris, allant porter dans des écoles désaffectées toutes ces réserves qui suffiraient à soutenir un siège de plusieurs mois. Les mômes mesures sont prises pour le charbon et pour toutes les denrées de première nécessité

Au coin du pont de Vesle, un vieux bonhomme qu’aucun bombardement n’effraye, sans doute parce qu’il porte le ruban de chevalier de la Légion d’honneur, tient crânement sous le bras son carton à journaux, criant à tue-tête : « Demandez L’Éclaireur de l’Est, aujourd’hui quatre pages. » Les deux jour­naux locaux ne tirent d’ordinaire que sur deux pages, qui suf­fisent amplement pour enregistrer la chronique locale peu riche en évènements variés…

Source 1 : Wikisource.org


Mercredi 3 février

Redoublement de la lutte d’artillerie; attaques d’infanterie allemandes repoussées sur toute la ligne avec des pertes sérieuses. C’est le cas, par exemple à Guinchy, où les troupes anglaises ont non seulement rejeté un assaut, mais progressé entre Arras et la Bassée. Nous avons bombardé avec beaucoup d’efficacité la gare de Noyon, où avaient lieu des opérations de ravitaillement de l’ennemi.
A Saint-Paul, aux portes de Soissons, nous sommes demeurés à nouveau maîtres de la situation, après un vif combat. Progrès de nos troupes à Perthes-les-Hurlus: échec allemand en Argonne (près de Bagatelle) ; autre échec allemand en Woëvre (près de Troyon); avance française en Haute-Alsace, près de Burnhaupt-le-Bas.
Les Russes cheminent à leurs deux ailes en Prusse orientale et en Galicie, mais les combats les plus sanglants ont lieu en Pologne; les Allemands ont perdu plus de 6000 tués à Borgimoff où ils ont livré plusieurs assauts en masses serrées.
Le gouvernement allemand réquisitionne les métaux; la bière renchérit; le rationnement du pain inquiète les esprits outre-Rhin.
La Roumanie a demandé des explications au ministre d’Autriche, le comte Czernin, sur les concentrations de troupes qui ont opérées à sa frontière.
Le gouvernement italien déclare qu’il n’a pas songé à obtenir le Trentin par une négociation poursuivie durant la guerre.
Le gouvernement russe décide de traiter en criminels de droit commun les aviateurs allemands qui lancent des bombes sur les villes ouvertes.

 

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