Louis Guédet

Mercredi 27 janvier 1915

137ème et 135ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Nuit fort agitée en bataille. Journée du même temps que au début et s’éclaircissant. Ce soir nuit de pleine lune absolument rayonnante. Dans la journée en l’honneur sans doute de l’anniversaire de la naissance de ce déchet, de ce résidu, de ce pourri de Guillaume II bombardement de première classe, sifflements, mais pas de gros dégâts il me semble. La camelote allemande devient de plus en plus camelote.

Jean ‘est ajourné. Dieu soit loué, il n’aurait pu supporter les fatigues de la vie militaire. Il parait qu’il est furieux ! Il a tord car à quoi bon aller mourir dans un hôpital. Il a mieux à faire.

Déjeuné chez les Henri Abelé avec Charles Heidsieck, abbé Landrieux, Lartilleux (Représentant en laines, 1877-1941), les 2 abbés Pierre et Jean Abelé. Causé des événements et de l’avenir qui au point de vue social et religieux est plutôt sombre et peu encourageant. Le qui verra et la F.M. (Franc-maçonnerie) gagnent de plus en plus. Alors !! ??

Rendu ensuite visite au Procureur de la République pour sa lettre d’hier. Accueil fort cordial. Il m’a lu son texte de proposition à citation à l’ordre du jour civil, très élogieux mais vrai et juste pour moi et sur moi, il s’appuie en dehors de ma bravoure sur ce fait que non seulement je suis le seul des notaires de Reims resté à son Poste mais aussi et encore le seul des officiers ministériels (avocats, avoués, huissiers, commissaires-priseurs, greffiers, etc…) bref toute la garde de robe. Le Tabellion a fait honneur à nos panonceaux quoi !! Il espère que le Garde des Sceaux m’accordera cette citation à l’ordre du jour, mais on ne sait jamais !! par le temps qui court !! Ce que cela m’indiffère !! Et cependant (le passage suivant à été rayé, illisible) mériterait bien ce soufflet ! à la Grâce de Dieu cela ne m’empêche pas de dormir. Dieu peut faire plus, alors qu’il en arrive ce qu’il voudra…  …J’ai ma conscience.

J’ai fait mon devoir, plus que mon devoir, largement. Alors foin ! de la gloire et de la renommée ! Je l’aurai mérité, cela me suffit, même le ruban rouge !! Certes si cela suivait je n’en serai pas fier, mais je le reçois pour ma chère femme et mes enfants. J’en serais heureux. Oh ! fort heureux pour eux. Car cela aura été gagné sous le feu, les bombes et la bataille pendant 5 mois 1/2.

Les feuillets 194 à 196 ont disparus, le feuillet 197 se résume à une demi-page resto-verso.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Hier, le bombardement a commencé le matin, vers 4 heures.

Cette nuit, il y a eu canonnade de notre part et ce matin le canon gronde encore de tous côtés devant Reims. Une action très vive a lieu certainement en direction de la Pompelle, car la fusillade et les mitrailleuses se font entendre également une partie de la journée. Cela nous paraît sortir de l’ordinaire ; peut-être verrons-nous, demain dans le communiqué de quoi il s’agissait.

– Au cours d’une promenade, vers 8 h 1/2, tandis que je montais le bout de la rue Lagrive conduisant de la rue Ponsardin au boulevard de la Pais, je vous tirer, juste dans l’axe de la rue et tout près de son extrémité, l’une des pièces que je soupçonnais, avant-hier, être cachées là dans les abris du champ de Grève. La flamme du départ, aperçue en même temps que ce premier coup se faisait subitement entendre, m’a révélé sa présence.

Quand on ne s’y attend pas et à si courte distance, le 75 claque bien.

Tout le reste de la batterie se mettant aussitôt de la partie, je dois m’éloigner, car la riposte pourrait fort bien ne pas se faire attendre de ce côté ; d’ailleurs le moment vient de rentrer à la mairie, pour le travail.

– L’après-midi, le centre de la ville reçoit les obus d’un violent bombardement et le soir, à 21 h 1/2, par une nuit claire et très froide, les mitrailleuses partent soudainement, au nord de Reims, en même temps qu’une sérieuse fusillade ses déclenche.

Pendant une demi-heures environ, le bruit apporté par le vent, donnant précisément de cette direction, donne l’illusion d’un violent combat tout proche. Le canon s’en mêlant encore, bien des gens effrayés se précipitent dans leurs caves, croyant qu’on se bat en ville.

C’est jour anniversaire du Kaiser. Entre Bétheny et Witry, des Allemands sortis de leurs tranchées pour crier : « Vive l’Empereur », ont été tout de suite abattus, paraît-il et il s’en est suivi un engagement dont les échos, par ce beau temps de forte gelée, ont fait craindre à nombre de Rémois, un retour offensif de l’ennemi.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 27 – Nuit tranquille pour notre quartier. Canons français lourds de temps en temps toute la nuit. Vers 1 h à 2 h, fusillade intense toute la matinée. Bombardement de 3 h à 4 h. A 4 h aéroplane. Forte canonnade de 9 h à 10 h. Bombes chez M. Charles Abelé.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

27/1 – Mercredi, jour de l’année de la naissance du Kaiser

Même temps. Canonnade très violente de notre part dans la matinée. Nos grosses pièces auraient parait-il tiré avec des obus à la (?) sur un corps allemand en déplacement. L’après-midi, canonnade moins violente. A 9 h 10 du soir, il parait que les allemands sortirent tous des tranchées de Bétheny à Cernay, dansant et criant : « Vive l’Empereur » mais de notre coté, on ne l’entendit point de la sorte, car au même instant, fusillade, mitrailleuses, canon petits et gros, tout marchait ensemble, obligeant ainsi ceux qui restaient à rejoindre leur tranchée au plus vite, non sans avoir subi des pertes énormes, attaque qui dura 3/4 d’heure. le reste de la nuit fut assez calme malgré de nombreux coups de canon de nos grosses pièces.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Mercredi 27 Janvier 1915.

Gaston est venu cet après-midi et comme ton papa l’avait fait, il a causé tout bas au parrain. Mais il ne s’en retournera pas sans que je sache à quoi m’en tenir. Il monte donc me dire bonjour, me demande comment ça va et me dit de reprendre espoir. « C’est vrai, dis-je, papa m’a dit que vous aviez reçu une lettre de Georges Langlet et c’est vrai que Charles ne serait pas tué ? ».

Il a l’air embarrassé. J’en profite pour ajouter : « Si vous avez la lettre sur vous, je voudrais bien la voir ». Avec regret et n’osant me refuser, il me la donna. Ma ruse avait réussi. C’est en tremblant que je la dépliai. Il y était expliqué que tu étais bien tombé, frappé d’une balle au front. La blessure paraissait légère mais la commotion étant forte, tu avais perdu connaissance et au moment où tes camarades allaient t’enlever, une contre-attaque allemande les en avait empêché et tu étais resté entre les mains de l’ennemi. D’où il résultait que tu devais être soigné dans une ambulance allemande et c’est pourquoi tu ne pouvais donner de tes nouvelles. G. Langlet ajoutait qu’il avait écrit à Rominger qui lui avait dit la même chose et il suppliait Gaston de ne m’en rien dire.

Mais moi j’étais contente au contraire de l’avoir lue ; cela me rendait encore un peu d’espoir et si je pleurais après le départ de Gaston, ce fut de soulagement. Mon dieu, quel jour aurai-je la certitude que tu es encore vivant ? Ce sera un jour béni.

Que je t’aime mon Charles, et que je voudrais te le dire comme autrefois. Mais j’ai toujours l’espérance.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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