Pendant la nuit, même tir furieux qu’hier.

Le soir, avant de m’endormir, j’entends siffler les obus.

– Dans le long communiqué en date de Paris, 28 janvier, 15 h, reproduit par les journaux, aujourd’hui, nous lisons ceci :

Le 27 janvier était la date de l’anniversaire de l’empereur d’Allemagne. Nos adversaires avaient annoncé à cette occasion un gros effort. Il s’est produit ; il n’a pas tourné à leur avantage………..

Dans le secteur de Reims et de Reims à l’Argonne, duel d’artillerie où notre artillerie lourde a maîtrisé les batteries ennemies.

C’est tout, pour tant de détonations entendues.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Samedi 30 – Nuit tranquille. Toute la journée canonnade des deux côtés. Quelques bombes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

30 Samedi – Temps gris. La neige tombe un peu. La journée s’est passée avec peu de canonnade et de bombardements. Assez calme la nuit.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy

Samedi 30 janvier 1915.

Aujourd’hui, mon tit Lou, je suis descendue et j’ai mangé à table. J’avais rêvé de toi toute la nuit et j’avais dans l’idée que j’aurai des nouvelles. Quand ton parrain est rentré à midi il ne m’a rien dit, mais dès que j’eus fini de dîner il me présenta une lettre qu’il avait reçue. C’était la réponse du lieutenant. Je n’osais pas la lire, mais dès les premières lignes j’étais rassurée. Il s’excusait de ce qu’il avait écrit la première fois et racontait exactement ce que Rominger et Langlet avaient dit. Je sens, moi, qu’ils disent la vérité, mais pourvu que tu aies bien été soigné par les boches ! Maintenant on me dit que tu es peut-être dans une ambulance allemande en France. De cette façon tu me reviendras peut-être plus vite.

Mais ils n’ont pas l’air de vouloir partir car ils bombardent toujours la ville. Ce n’est pas une vie, mon Charles. Quand on pense que ce sont des centaines d’obus par jour qu’ils envoient, et toujours des victimes. Quand je repense qu’avant d’avoir la soeurette, une fois nous étions allés chez Mignot nous deux Charlotte : en passant près de la gare quatre qui tombent dans le square Colbert ; en arrivant chez Mignot deux qui tombent sur le cellier aux vins, tout coulait ; en repartant par le canal, car ça ne tombait jamais par là, en voici cinq rue de Venise et tout le long de notre parcours les maisons étaient fermées. Rues MontLaurent, Brulart, Coquillard, Créneaux et jusqu’aux quatre routes, on aurait dit qu’ils nous suivent, ces boches. Je ne dirais pas que je n’ai jamais eu peur, ce serait mentir, mais je ne me suis jamais laissée impressionner.

Je te laisse encore une fois. Bons baisers de loin.

prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

Samedi 30 janvier

Actions locales sur toute la ligne; nous prenons pied sur la Grande Dune, dans la région de Nieuport; nous refoulons des attaques d’infanterie autour d’Ypres, Lens et Arras; deux tentatives de passage des ennemis sont repoussées à l’est de Soissons, à Venizel et au moulin des Roches; combat d’artillerie dans les Vosges; rien de saillant en Alsace. Entre Russes et Allemands, l’action continue en Prusse orientale (régions de Pilkalen et de Gumbinnen). En Pologne, les Allemands ont subi de nouveau de grosses pertes, leur offensive étant comme toujours repoussée; en Galicie, sur le front des cols des Carpates, l’avance des troupes du tsar est à peu près générale : elles ont fait prisonniers, en trois jours, 2400 soldats et 60 officiers. C’est, au surplus, dans les Carpates que se concentre maintenant la grande action austro-allemande. ~ Le baron Burian, ministre des Affaires étrangères d’Autriche-Hongrie, a invité le gouvernement roumain à ne pas favoriser les appels à la révolte qui ont été lancés en Transylvanie. M. Augagneur, ministre de la Marine, qui revient de Londres et de Portsmouth, a échangé des télégrammes cordiaux avec M. Winston Churchill, premier lord de l’amirauté britannique.
Légionnaires dans les monts Carpates 1915 dessin

Légionnaires dans les monts Carpates 1915 dessin

 

 

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