Abbé Rémi Thinot

23 JANVIER – samedi –

Déménagement de toute la formation ; nous allons à Nantivet, le château près de Suippes. Alors, c’est un branle-bas général.

Razzia par tous les soldats de tout ce qu’ils ont pu réunir pour leur installation ; en gens pratiques ils se demandent s’ils retrouveront l’équivalent ailleurs ; alors, autant emporter… 0n n’a rien pillé ! rien démoli, rien volé ! on a … réquisitionné. C’est le mot ; on en use et abuse au-delà de l’expression.

Les aumôniers vont loger à Suippes.

Le sang gêne des officiers est colossal. C’est triste à souligner, mais combien de gens qui auront souffert davantage, bien davantage des Français que des Allemands… ! quand on voit que nos soldats démolissent les toitures, les cloisons, sciant tout ce qui est bois après les instruments agricoles pour faire du feu. Que d’exactions, que d’abus de pouvoir. C’est partout une désolation indescriptible.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Samedi 23 janvier 1915

133ème et 131ème jours de bataille et de bombardement

… Reçu pas mal de félicitations au sujet d’un article du « Temps » qui dit que je suis resté le seul notaire à Reims.

Heureusement que je ne suis pas du Midi, car à en juger les XVème et XVème Corps surtout – c’est lâche – c’est honteux – Ils refusent de marcher !! Un général de cette clique là répondant au général chef d’armée de notre secteur sur un ordre de prendre et emporter telle position : « Nous ferons notre possible !! » – « Rien de plus !! » malgré les injonctions du général chef d’armée !! Je lui aurais brûlé la cervelle séance tenante. Nous avons toutes les chances à Reims !! On nous soigne comme une Marquise, mais à la condition qu’en guide de poudre nous recevions des bombes à la place des combattants des XVème et XVIIème Corps ? Tas de Gascons ! En ce moment cela bombarde et siffle pas mal ! Que va être la nuit ? Je ne sais. En tout cas, couchons-nous et à la Grâce de Dieu !! après avoir lu les fadaises du « Matin ».

9h10  Cela bombarde plus fort, très fort…  couchons-nous quand même. Pourvu que je ne sois pas obligé de descendre coucher à la cave !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul hess

23 janvier – Le canon s’est fait entendre la nuit e nos grosses pièces tonnent encore ce matin.

En me promenant, avant de rentrer au bureau, j’entends la fusillade dans la direction de Cernay.

– Nous avons un camarade de la « comptabilité » Joly, qui réformé temporairement par suite de maladie, est venu reprendre sa place au bureau.

Le Courrier voulait publier aujourd’hui un article intitulé « Dans Reims ». Anastasie, comme il l’appelle, n’en a laissé que le titre : elle lui a caviardé, en outre, en différents endroits une autre information sur Soissons, d’après la lettre d’une lectrice du journal.

Il paraît s’être fatigué, Le Courrier, de ses protestations véhémentes contre la censure ; il laisse faire maintenant, sans rien dire, ces suppressions qui l’irritaient tant. S’il a été très courageux, il a reconnu sans doute qu’il doit aussi se montrer prudent. Nous n’en serons pas mieux renseignés pour cela.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 23 – Nuit tranquille pour la ville. Canons français. Toute la journée canonnade Française, de même toute la nuit avec fusillades et riposte allemande.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

23/1 Samedi – Dès le matin, le soleil est des plus radieux, aussi, une très forte canonnade continue, toujours de notre part. Le soleil ne pouvait durer longtemps car pour midi, la neige, commençait à tomber mais cela n’empêchait pas notre et canonnade et à 8 h du soir, quand j’écris ces lignes, ça tonne toujours très fort. Nuit terrible comme bombardement.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Samedi 23 Janvier 1915.

Ton papa est venu me voir. J’étais en haut dans la chambre quand il est arrivé. Il a causé à mémère, mais contrairement à son habitude il parlait tout bas. J’ai prêté l’oreille mais j’ai juste entendu qu’il disait ‘ambulance’.

Gaston et puis Georges Langlet et mémère répondaient « C’est donc qu’il ne serait pas tué ». Ensuite ton papa est monté sans avoir l’air de rien. Je lui demandais s’il n’y avait toujours pas de nouvelles. « Non, ma pauvre fille » me répondit-il. Mais il baissait la tête. Ainsi on me cachait encore quelque chose. Si c’est du bon, pourquoi ne pas me le dire ?

Je me creuse la tête et je me fais encore plus de mal, mai j’agirai par ruse et je le saurai. Je ne souffrirai pas plus que je n’ai déjà souffert.

Je t’aime tant mon Charles, plus que tout.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Samedi 23 janvier

Les Allemands bombardent Nieuport, ce qui ne nous empêche pas de progresser. Entre Ypres et l’Oise, notre artillerie disperse des rassemblements ennemis. Nous reprenons une tranchée près de Berry-au-Bac et repoussons une attaque près de Perthes. Violents combats dans L’Argonne, à Fontaine-Madame; près de Saint-Mihiel et aussi près de Pont-à-Mousson. Dans le bois Le Prêtre, les Allemands regagnent quelques mètres de tranchée; ils lancent de gros projectiles sur Saint-Dié et multiplient vainement leurs assauts dans la région d’Hartmannswillerkopf. Du reste notre artillerie a le dessus sur toute la ligne des Vosges.
Des groupes d’avions survolent Dunkerque et y font tomber quatre-vingts bombes qui tuent sept personnes et en blessent treize. Mais l’un d’eux est abattu à Bray-Dunes.
Le général de Falkenhayn a pour successeur, au ministère de la Guerre d’Allemagne, le lieutenant général Wild de Hohenhorn.
Les Russes mettent à exécution un nouveau plan sur le front de Pologne, de Galicie et de Hongrie. On croit que ce nouveau plan entrainera des résultats plus rapides et forcera Hindenhurg à abandonner la guerre de tranchées.
Les aviateurs alliés ont survolé Essen et d’autres ont paru au-dessus d’Étaples.
Les Allemands et les Austro-hongrois habitant l’Italie partent en grandes quantités.
Le pape Benoit XV a prononcé un discours sur la guerre, dans un grand consistoire qu’il a tenu pour procéder à des nominations d’évêques. Il a exprimé sa sympathie aux Belges, mais en même temps les a engagés à ne pas aggraver leur position en troublant l’ordre public.
L’ancien président des États-Unis, M.Roosevelt, répondant aux déclarations mensongères d’un professeur allemand, propagandiste officieux du pangermanisme, a formulé une fois de plus sa réprobation des procédés teutons.

 

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