Paul Hess

Me conformant aux avis publiés par affiches et dans les journaux, je fais aujourd’hui au Bureau militaire de la mairie, la déclaration de ma situation au point de vue du recrutement.

Le bombardement continue.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Nuit du 6 au 7 assez tranquille, mais avec des bombes de temps en temps. Matinée : bombes, canon. Après-midi : bombes. Nuit du 7 au 8 assez tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Gaston Dorigny

A 8 heures du matin nous nous rendons à la gare du C.B.R. pour prendre le train pour Dormans. Plusieurs trains passent complets devant nous sans s’arrêter. Nous sommes obligés d’embarquer rue Jacquart.

L’affluence des partants est telle qu’on doit former des trains avec des wagons à charbon dans lesquels nous prenons place debout.

A peine à quelques kilomètres de Reims, nous apercevons un incendie à droite de la cathédrale. A Romigny (Marne) où le ravitaillement est campé un aéroplane allemand a jeté des bombes.

Tout au long des chemins on rencontre des tranchées qui on servi à la bataille de la Marne.

A midi ¼ nous arrivons à Dormans exténués. Là une foule énorme attend le départ du train pour Paris. A 2 heures ½ du soir nous montons dans le train où faute de place nous devons nous installer dans le fourgon jusqu’à Château Thierry où nous pouvons enfin trouver une place assise.

Nous arrivons à Paris à 8 heures du soir après un voyage mouvementé de 12 heures.

Nous sommes maintenant en sécurité après avoir supporté pendant 24 jours un bombardement continuel. Mais qui maintenant nous donnera des nouvelles de notre pauvre Reims et de ceux que nous y avons laissés ?

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Les jours suivants nous apprenons par des évacués de Reims que le bombardement continue. Pour la première fois les journaux de Paris, sans donner de détails rétrospectifs, disent que le bombardement de Reims continue.

Fin du journal de Gaston Dorigny

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Claude Balais

Et c’est ainsi que prit fin la vie rémoise de ma mère, alors âgée de 5 ans, et de ses parents. Dès lors les familles Noll, Dorigny, Thierry & Truxler, qui s’entendaient pourtant si bien selon ce que j’ai appris par la suite, se trouvèrent disloquées.

A Paris, mon grand-père pu faire une belle carrière dans la banque.

Seul le frère de ma grand-mère le célèbre sculpteur Alexandre Noll s’installa en Ile de France, mais les liaisons entre banlieues à l’époque n’étaient aisées.

Enfin les nouveaux désastres de la guerre mondiale qui éclata en 1939 achevèrent d’éloigner les alsaciens de leurs familles françaises.

Mon grand-père décédait en 1944, j’avais alors 8 ans.

J’aimais mon grand-père Gaston, peut-être était il mon seul refuge lorsque j’étais en détresse. Cela m’arrivait souvent (comme je serai amené à en parler plus tard), notamment lors d’une violente altercation entre mon propre père et son beau-père dont j’ai été malheureusement le témoin, enfant de 8 ans, terrorisé.

Je me souviens d’un homme méticuleux et posé. Il m’apprenait à tailler les crayons avec soin. Par ailleurs, vraisemblablement marqué par la mise en évidence à cette époque des travaux de Louis Pasteur (1822-1895) consacrés aux maladies infectieuses il insistait pour que je me lave les mains comme lui : Long savonnage remontant jusqu’à mi-coude. Pourquoi aucun souvenir de tels conseils, d’éducation tout simplement, de nature semblable venant de mes propres parents n’ont jamais existés dans ma mémoire ?

Il semblait aimer que je l’accompagne lorsqu’il allait, seul, au cinéma du centre ville de Clamart. Ma grande joie était le passage au café où il commandait « Une absinthe et une grenadine pour le petit »

Personne n’a jamais su ma tristesse lorsqu’il est mort.

Claude Balais, petit-fils de Gaston Dorigny

 Paul Dupuy

7 8bre : Date de l’annonce pour nous d’un deuil de toujours, car c’est à 10H1/2 que M. le Curé de Saint-André, avec des précautions oratoires et un tact dont je lui sais gré, mais qui ne laissaient que trop deviner sa conclusion, vient me faire part de la mort de notre cher André.

Prostration d’abord et sanglots ensuite ne me permettent pas d’entendre ses paroles de consolation, et c’est bien péniblement que, sous sa dictée, je parviens à copier le communiqué officiel de la Mairie, ainsi conçu :

« Avis de décès du Sous-lieutenant Perardel André, du 132’ Régt d’Infanterie, survenu le 7 7bre 1914 à 2H du matin à l’Hôpital de l’École supérieure des filles, à Bar-le-Duc (N°309).
Il avait été blessé le 5 7bre »

A père qui survient et à qui la présence de M. Bacquillon et ma désolation ne font que trop pressentir la triste vérité, un mot dit tout, et c’est dans un accablement sans nom que nous reconduisons notre sinistre messager.

Maudite soit la guerre qui fauche brutalement de si chères existences, et enlève à l’affection des leurs des êtres tendrement aimés !

Pleurons et prions, et que Dieu nous aide.

C’est la veille à 17H qu’un brigadier de police s’était présenté 8 rue Jacquard, porteur du pli fatal, et Mme Jacquesson, surmontant son anéantissement, avait dû en donner reçu.
Une pensée de commisération pour nous, approuvée par M. le Curé de St-André, lui en fit retarder la communication et c’est ainsi que s’écoula pour nous, dans l’ignorance de notre malheur, une nuit qu’elle passa en prières et dans les larmes.

Peu après nous, et par le même organe, Mr et Mme Legros apprirent la terrible nouvelle ; ces amis nous arrivent à 14H, profondément émus et décidés à profiter pour la dernière fois de l’hospitalité de nuit que nous leur offrons depuis quelque temps. Par le C.B.R. ils partent, en effet, le lendemain matin à Dormans pour de là gagner Paris et y séjourner.

À 14H1/2, c’est Marie Lallement qui vient nous surprendre après avoir déjeuné à la clinique Mencière où elle s’était rendue tout d’abord, espérant y trouver Félicien qui, par extraordinaire, est venu rendre son repas rue de Talleyrand.
Après avoir mêlé ses pleurs aux nôtres, elle expose le but de son déplacement qui est de nous communiquer la résolution prise par nos exilés des Mesneux et de Sacy de partir. Le surlendemain, les uns en voiture, les autres à pieds, pour gagner Épernay, et aller plus loin s’il le faut.

Elle a, en outre, consigne d’abriter en cave certains objets spécialement désignés et de remporter vivres et vêtements divers.

Paul Dupuy. Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

 Juliette Breyer

Mercredi 7 Octobre 1914.

Ah mon Charles. J’ai une lettre, mais datée du 14 septembre. Je suis heureuse et je tremble en même temps car je vois que tu as couru un grand danger. Je vois, pauvre Lou, que tu es exposé tous les jours et je suis fière de toi.

Je m’empresse de courir chez vous pour leur lire. Ils sont contents. Je te dirai qu’ils ne sont plus à Sainte-Anne, on n’est pas libre chez les autres. Et que je te raconte : je n’ai plus besoin d’aller à la Poste pour avoir tes lettres. M. Dreyer est soldat à Reims, ambulancier, et tous les jours il va chercher les lettres du quartier. Il les met sous la porte car tout le monde est parti. Il n’y a plus personne.

Mais j’ai eu des nouvelles. C’est toute une joie pour moi et je m’empresserai de venir tous les matins voir s’il y en a d’autres.

Bons baiser. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

Mercredi 7 octobre

Le front s’étend de plus en plus à l’aile gauche de nos armées. De la cavalerie allemande, précédant d’autres éléments, apparaît en force autour de Lille, Tourcoing, Armentières. Notre situation n’a pas changé autour d’Arras et sur la rive droite de la Somme. Entre cette rivière et l’Oise, il y a eu des avances et des reculs. L’ennemi a été repoussé près de Lassigny. Au nord de Soissons, nous avons progressé avec la coopération anglaise, comme d’ailleurs à Berry-au-Bac et sur les Hauts-de-Meuse.
Les attaques allemandes ont échoué, contre les forces belges, sur la Nèthe et la Ruppel en aval d’Anvers.
Les armées russes marchent à nouveau par deux lignes sur Allenstein dans la Prusse orientale. Là le général en chef allemand, von Hindenburg a été remplacé.
Les soldats anglais de l’infanterie de marine ont pris la colonie allemande du Marshall en Océanie.
Le gouvernement bulgare a décidé de congédier une des deux classes actuellement sous les drapeaux.

 

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