Paul Hess

On a appris, avec indifférence, l’acquittement de Mme Cailleux qui avait tué Gaston Calmette, rédacteur au Figaro, après plaidoirie de Me Labori un Rémois. On apprend encore l’assassinat de Jean Jaurès, le 31 juillet, par un jeune exalté, Raoul Villain, originaire de Reims, où sa famille est très connue, et cette nouvelle suscite une intense émotion mais on ne peut plus prêter à des informations, même aussi sensationnelles, l’attention qu’on leur eût accordée en d’autres temps ; on est absorbé malgré soi par les événements sur lesquels, précisément, on désirerait être mieux au courant.

Nous ne savons pas ce qui se passe, concernant les opérations ; il est vrai que nous ne sommes qu’aux quatre ou cinq premiers jours d’août. Cependant le laconisme ou la mutisme des journaux contraste vraiment trop, en raison de la gravité des circonstances et l’importance des faits à relater, avec leurs habitudes antérieures, alors qu’ils s’ingéniaient souvent à remplir leurs colonnes avec le peu de substance qu’ils avaient à délayer. il y a quelque chose de changé dans la manière d’être de la Presse.

Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

Juliette Breyer

Triste jour et jour mémorable qui pourra compter pour un des plus angoissants de ma vie. Je me demande si c’est un cauchemar car c’est une chose invraisemblable qui arrive. La guerre depuis deux jours est déclarée entre la France et l’Allemagne. Guerre cruelle sans doute car nous avons notre revanche à prendre.

C’est aujourd’hui mardi. Dés cinq heures du matin nous étions levés, mon Charles et moi car c’est aujourd’hui qu’il part, qu’il doit rejoindre son corps qui est là bas à Bar-Le-Duc au 354e Infanterie. Le fait-il pour ne pas m’attrister, mais il paraît gai, enthousiasmé même.

« Ne pleure pas, me dit-il, nous allons leur donner une bonne correction et dans six semaines je serai de retour».

Le voilà prêt. Encore une fois je veux dire au revoir à mon coco. Nous voici près de son lit. Il dort, pauvre ange, ne pensant pas que son papa qu’il idolâtre va sans doute nous quitter pour longtemps. Pauvre Charles ; devant son petit il ne peut se contenir. Les larmes coulent.

Enfin l’heure s’avance, il faut se séparer. Prends courage pauvre grand et pense surtout que tu as une femme dont le cœur te suivra partout et toujours. Je t’attendrai et tu retrouveras ton foyer meilleur qu’auparavant. Encore un baiser, il est parti.

Je voudrais tant pleurer et je ne le puis. Enfin c’est la première journée. Mettons-nous bravement au travail afin d’occuper les longues journées et pour qu’elles me semblent plus courtes. J’envoie mes meilleurs baisers à l’absent.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

Mercredi 4 août

En Artois et en Argonne, luttes très vives à coups de pétards et de grenades. Dans le secteur Saint-Hubert, Marie-Thérèse, Fontaine-aux-Charmes, les attaques allemands n’ont pu déboucher.
M. Poincaré a parcouru le front nord et remis des drapeaux et des décorations aux troupes. A l’occasion de l’anniversaire de l’ultimatum remis par l’Allemagne à la Belgique, le Président de la République a tenu à rendre visite aux souverains belges. Il a décerné la croix de guerre au roi Albert.
Les Russes opposent une résistance très vive aux Allemands devant Varsovie. On croit que la ville tiendra plus longtemps qu’on ne l’avait pensé tout d’abord.
Dans la mer Noire, les torpilleurs russes ont incendié un dépôt de houille et détruit dix voiliers chargés de charbon. Sur les côtes d’Anatolie, ils ont coulé plus de 200 voiliers.
Aux Dardanelles, le corps australien et néo-zélandais a enlevé un important réseau de tranchées.

 

Share Button