Louis Guédet

Mardi 4 août 1914

9h1/2  soir  Le sort en est jeté ! La Guerre est déclarée par l’Allemagne contre la France.

Vandales ! Sauvages !! Soyez maudits Allemands !! Prussiens !! Bavarois !! Et que les prophéties d’Hermann de Lehnin soient accomplies. Que les Hohenzollern soient anéantis !! A 44 ans de distance la prédiction de Mayence s’accomplit ! « L’Alsace et la Lorraine seront ravies pour un temps et un demi-temps » (30 ans + 15 ans = 45 = (1870 à 1914/1915) ?? singulière coïncidence !)

« Les Français ne reprendront courage que contre eux-mêmes » Oui ! les Français ne reprennent courage que malgré eux-mêmes ! Parce qu’ils ne voulaient pas la Guerre. Et c’est l’Allemagne, la Prusse qui nous met le couteau sous la gorge ! Qu’ils en gardent la responsabilité après le Faux d’Ems ! le guet-apens d’Autriche !! C’est complet ! Dieu nous protège et nous donne la Victoire et l’anéantissement jusqu’au dernier des officiers allemands, qui ne rêvaient que carnage et guerre, et que l’orgueil teuton soit à jamais écrasé !!! abaissé !! piétiné !!

A quand la Victoire complète du Bois des Bouleaux « Ce jour-là il commandera à 7 espèces de soldats contre 3 au quartier des Bouleaux, entre Harn, Warl et Padeborn. » Aura-t-elle lieu les 16 – 17 – 18 août 1914 ? Ce serait une belle revanche de nos victoires de Gravelotte, St Privat qu’on a appelées des défaites…  Si nous avions eu autre chose que Bazaine !!

Mais cette fois-ci il n’y aura pas de Bazaine !! A bientôt les journées du « Bois des Bouleaux ! » qui existent bien à l’endroit indiqué dans la prophétie de Mayence !! et d’Hermann !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

On a appris, avec indifférence, l’acquittement de Mme Cailleux qui avait tué Gaston Calmette, rédacteur au Figaro, après plaidoirie de Me Labori un Rémois. On apprend encore l’assassinat de Jean Jaurès, le 31 juillet, par un jeune exalté, Raoul Villain, originaire de Reims, où sa famille est très connue, et cette nouvelle suscite une intense émotion mais on ne peut plus prêter à des informations, même aussi sensationnelles, l’attention qu’on leur eût accordée en d’autres temps ; on est absorbé malgré soi par les événements sur lesquels, précisément, on désirerait être mieux au courant.

Nous ne savons pas ce qui se passe, concernant les opérations ; il est vrai que nous ne sommes qu’aux quatre ou cinq premiers jours d’août. Cependant le laconisme ou la mutisme des journaux contraste vraiment trop, en raison de la gravité des circonstances et l’importance des faits à relater, avec leurs habitudes antérieures, alors qu’ils s’ingéniaient souvent à remplir leurs colonnes avec le peu de substance qu’ils avaient à délayer. il y a quelque chose de changé dans la manière d’être de la Presse.

Paul Hess dans La vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

Juliette Breyer

Triste jour et jour mémorable qui pourra compter pour un des plus angoissants de ma vie. Je me demande si c’est un cauchemar car c’est une chose invraisemblable qui arrive. La guerre depuis deux jours est déclarée entre la France et l’Allemagne. Guerre cruelle sans doute car nous avons notre revanche à prendre.

C’est aujourd’hui mardi. Dés cinq heures du matin nous étions levés, mon Charles et moi car c’est aujourd’hui qu’il part, qu’il doit rejoindre son corps qui est là bas à Bar-Le-Duc au 354e Infanterie. Le fait-il pour ne pas m’attrister, mais il paraît gai, enthousiasmé même.

« Ne pleure pas, me dit-il, nous allons leur donner une bonne correction et dans six semaines je serai de retour».

Le voilà prêt. Encore une fois je veux dire au revoir à mon coco. Nous voici près de son lit. Il dort, pauvre ange, ne pensant pas que son papa qu’il idolâtre va sans doute nous quitter pour longtemps. Pauvre Charles ; devant son petit il ne peut se contenir. Les larmes coulent.

Enfin l’heure s’avance, il faut se séparer. Prends courage pauvre grand et pense surtout que tu as une femme dont le cœur te suivra partout et toujours. Je t’attendrai et tu retrouveras ton foyer meilleur qu’auparavant. Encore un baiser, il est parti.

Je voudrais tant pleurer et je ne le puis. Enfin c’est la première journée. Mettons-nous bravement au travail afin d’occuper les longues journées et pour qu’elles me semblent plus courtes. J’envoie mes meilleurs baisers à l’absent.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Infos générales : la Grande-Bretagne déclare la guerre à l’Allemagne

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