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Vendredi 15 mars 1918

Louis Guédet

Vendredi 15 mars 1918                                               

1281ème et 1279ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Temps magnifique, froid avec vent d’Est. Eté à Vitry-la-Vile retirer mes malheureux bagages qui sont arrivés à bon port. Travaillé toute la matinée à les reconnaitre. Courrier assez court. Lettre de Madame Georges Herment, veuve de mon ancien clerc, notaire à Doullens (Somme), tué en novembre 1915 (Lieutenant au 5e RIT, tué le 10 octobre 1914 à Beaucamp (59)), qui m’annonce son projet de remariage avec le Capitaine Baquet, du 122e d’Infanterie, Chevalier de la Légion d’Honneur, Croix de Guerre, 50 ans (Raymond Léandre Baquet, né en 1868, mariage le 9 juillet 1918), et me demande la marche à suivre pour son fils de son premier mariage (Raymond Herment (1903-1965)), et si je consentirais à être son subrogé tuteur, comme je l’avais déjà accepté. La pauvre petite femme a, je crois, raison. Elle n’aurait jamais pu élever seule son fils, le fils de mon malheureux clerc, Herment, que j’avais en profonde estime. Je lui réponds que j’accepte en souvenir du père. Cette lettre m’a néanmoins laissé songeur et mélancolique toute la journée. Je ne pouvais distraire ma pensée de ce pauvre Herment mort si courageusement, lui homme de tout devoir ! Tout cela vous attriste et vous endeuille. Que de souvenirs soulevés et remués en mon âme par cette lettre ! Que tout passe ! même le souvenir des disparus !! Pauvre Georges Herment !! Brave et honnête garçon, caractère assez singulier, un peu paradoxal, mais sérieux, sûr et de devoir – surtout – Je suis certain qu’il s’est fait tuer par devoir. Pauvre Herment ! Il est certes plus heureux que ceux qui restent.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Paris, 15 mars 1918 – Le bel immeuble devant abriter provisoirement la mairie de Reims est situé 19, avenue de l’Opéra, à l’angle de la rue des Py­ramides. Sans transition, du jour au lendemain, nous nous trouvons ainsi transplantés au milieu d’un cadre somptueux, dans l’une des plus jolies perspectives de Paris, après avoir vécu si misérablement dans les ruines de Reims.

A 9 h, sont réunis en cet endroit, dans les superbes apparte­ments du premier étage, où fonctionnait, avant la guerre, une ban­que autrichienne, M. Émile Charbonneaux, adjoint au maire, MM. Perotin, directeur du service de l’architecture de la ville de Reims, Cullier, chef du bureau de la comptabilité, Coûtant conducteur à la voirie, rattaché depuis peu à la « comptabilité » et moi-même.

Em. Charbonneaux fait reconnaître les locaux et prend les dispositions avec M. Perotin pour les aménagements du cabinet de l’administration municipale, du secrétariat, où pourront être grou­pés différents bureaux annexes, du bureau de la comptabilité et de la recette municipale, dont les emplacements sont choisis et dé­terminés.

A la suite de démarches qu’il a faites, M. Em. Charbonneaux est à même de nous apprendre que les archives, qui sont parties de Reims derrière nous, pourront être placées dans le sous-sol de l’Office colonial, au Palais Royal.

Em. Charbonneaux nous annonce en outre qu’il serait en mesure de faciliter le logement, à Paris, d’une partie du personnel évacué et à venir — car les camarades restés à Reims ne tarderont pas à suivre.

Nous nous rendons avec lui, 281 rue Lecourbe, afin de visiter une maison nouvellement construite, dont les installations intérieu­res sont sur le point de se terminer et nous sommes très heureux qu’il veuille bien nous guider, et même venir avec nous en voir le propriétaire, en vue de résoudre, au plus tôt cette importante question. Les conditions de la location des logements de cet im­meuble sont examinées et arrêtées séance tenante. Cullier retient immédiatement un appartement, avec chambre indépendante au troisième étage du bâtiment sur cour et il est entendu qu’il me sous-louera la chambre.

Cette matinée si utilement employée, le groupe, avant de se séparer de M. Em. Charbonneaux, tient à le remercier de l’aménité avec laquelle il s’est préoccupé aussi bien des intérêts particuliers, que de l’organisation complète des services.

Les collègues nous quittent à une station du nord-sud et nous décidons, Cullier et moi, de déjeuner dans les environs. Nous esti­mons avoir lieu d’être satisfaits de ce qu’aient été résolues si rapi­dement, les différentes choses essentielles concernant notre nou­veau genre d’existence, puis nous projetons de nous rendre dès cet après-midi à la maison Walbaum, transférée à Paris, afin d’y de­mander le déchargement, en gare de la Villette, du wagon qui y est arrivé avec nos archives, ainsi que leur transport, pour partie avenue de l’Opéra 19 et pour la plus forte charge, rue de Valois, au Palais Royal.

Avant de nous remettre en route pour ce déplacement, nous faisons une courte promenade dans le quartier de notre futur do­micile. A cette heure et par une belle journée déjà printanière, il nous est très agréable de circuler librement. Nous avançons en échangeant nos impressions nouvelles ; au coin des rues Dombasle et de la Convention, nous nous arrêtons pour nous reposer un instant dans un bar — il est 13 h 3/4.

Il n’y a pas longtemps que nous sommes entrés — cinq mi­nutes à peu près — lorsqu’une très violente et formidable explo­sion, qui a fait vibrer tout dans l’établissement, se produit soudai­nement ; elle est suivie de deux ou trois autres plus sourdes, tandis qu’un énorme nuage blanc apparaît au loin, se détachant dans le ciel bleu. On court de tous côtés, dans les rues, pour chercher un refuge : Les Gothas ! a-t-on entendu crier ; patron et patronne sont disparus dans la cave — et nous nous apercevons que nous som­mes restés seuls dans le bar, devant nos tasses de café. Il nous semble que cela s’est passé dans la direction nord-est, à l’extrémité de Paris probablement, et nous sommes d’accord pour conclure qu’une importante usine vient sans doute de sauter.

En nous rendant alors à la maison Walbaum, rue de Tanger, précisément dans le sens de l’explosion, il nous est donné de voir, de moins loin, de fortes colonnes de fumée, remarquées dès la sortie du métro, et paraissant annoncer un incendie immense — puis, en allant toujours, d’apercevoir la foule au milieu de laquelle passent, se suivant de près, bon nombre de taxis transportant des blessés.

Nous apprenons enfin qu’une épouvantable catastrophe s’est produite. Un dépôt considérable de munitions, composé principa­lement de grenades, a été détruit à La Courneuve. Il y a quantité de victimes — les journaux, le lendemain parlent d’une trentaine de morts — et les dégâts qui se sont étendus, rasant, ravageant tout jusque dans un rayon éloigné, sont des plus sérieux.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 15-0°. Nuit à peu près tranquille, sauf quelques obus de temps en temps jusqu’à 4 h. A 4 h. 15, heure solaire, violente canonnade aux Cavaliers de Courcy. Via Crucis in Cathedrali, 7 h. 30 à 8 h. 30, mugiente canone. A 6 heures, des éclats d’un obus contre avions viennent frapper nombreux dans l’angle de mon cabinet avec la maison Miltat. 6 h. Visite du Capitaine Luizeler, de l’architecte et de M. de Bruignac au sujet du 2e radio-télégramme de l’ennemi relatif au poste d’observation optique qu’il prétend avoir aperçu sur la Cathédrale. On me remet les clefs des serrures de l’enclos et des portes de la Cathédrale pour que je les gardé. Ma Note paraît dans l’Écho de Paris auquel elle a été transmise par le Ministère ou la Commission de l’Armée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Vendredi 15 mars

Légère activité d’artillerie de part et d’autre en Champagne, dans les régions des Monts, dans les Vosges, à l’est de Saint-Dié et dans la région de l’Hartmannswillerkopf.
Trois appareils allemands ont été abattus par nos pilotes.
Notre aviation de bombardement a effectué plusieurs sorties. Neuf mille huit cent kilos de projectiles ont été lancés sur les gares, usines et terrains d’aviation de la zone ennemie.
En Macédoine, activité d’artillerie sur la rive droite du Vardar et au nord-ouest de Monastir.
Nombreux bombardements exécutés par les aviations alliées sur la ligne Sérès, Drama, sur les dépôts ennemis de la vallée du Vardar et sur la gare de Berauci, au nord de Monastir.
Sur le front britannique, nos alliés ont exécuté des coups de main sur les tranchées allemandes, au sud-est d’Epehy et ont ramené des prisonniers.
Des tentatives de raids ennemis, au nord de la voie ferrée d’Ypres à Staden, ont complètement échoué.
Activité des deux artilleries au sud-ouest de Cambrai.
Recrudescence de l’activité de l’artillerie allemande, dans les secteurs de Neuve-Chapelle et de Fauquessart.
Combats de patrouilles et d’artillerie sur le front italien.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mardi 21 novembre 1916

Louis Guédet

Mardi 21 novembre 1916

801ème et 799ème jours de bataille et de bombardement

8h1/4 soir  Temps brumeux, froid. Le calme. Journée fort occupée à rattraper le courant de ma correspondance qui, hélas ! ne tarit pas à chaque courrier, et il n’y en a qu’un par jour ! Je vois les lettres en retard s’accumuler. J’en abats, j’en abats et cela ne diminue pas. Pas sorti ce matin. Après-midi fait des courses, Ravaud, Lesage à qui j’ai appuyé son admission comme chimiste expert du Tribunal sur ma recommandation à M. Delaunay, juge d’instruction. Le brave Lesage en était tout réjoui. C’est un bon enfant ! Son frère était là, décoré de la Légion d’Honneur et Croix de Guerre à 22 ou 23 ans, sous-lieutenant. Vu et passé à la Ville, rien de particulier. J’ai causé à Raïssac de mon greffier militaire Croquet, on lui accordera le supplément qu’il désire pour vivre, en sus de sa solde de subsistance qui est de 1,41 ½ + 0,25 solde = 1,66 ½ par jour, ce qui est insuffisant ici. Vu ensuite M. Bossu, Procureur de la République, pour l’aviser de mon retour. Toujours fort aimable, il m’aime bien. Causé de choses et d’autres, il me dit avoir vu le fameux Capitaine de Gendarmerie Girardot. Son exclamation : « C’est une brute, doublée d’un gendarme ! » Je suis de son avis. Il parait que le citoyen a voulu lui parler de mon Affaire avec un grand A, mais çà n’a pas pris !!…

Il paraitrait que le G.Q.G. (Grand Quartier Général), ferait une enquête sévère sur Colas de (rayé) ma foi ! ce ne serait que « pain bénit ». Je ne m’en plaindrais pas. (Rayé) serait ainsi (rayé) de cette société peu enviable ni recommandable. Il me disait que lui-même n’en (rayé) pas fâché. Il est absolument de mon avis sur la moralité et l’amoralité du (rayé) qu’il juge à sa juste valeur. Il m’a appris que (rayé) avait été aussi (rayé) comme (rayé) dans cette affaire. Cela me confirme et me fait comprendre la lacune que je trouvais dans cette affaire Goulden. En effet les associés ayant tous la signature sociale, j’étais très surpris que seul Goulden fut inculpé. Or voilà les faits rétablis exactement, ce que m’a dit le Procureur. Lewthwaite a été inculpé avec Goulden, qui était le principal coupable et Eugène Walbaum nécessairement mis hors de cause parce que sur le front, ou tout au moins mobilisé. L’affaire est nette maintenant, en clair, en résumé c’est la Maison Heidsieck-Monopole qui a bel et bien été impliquée de commerce avec des ennemis en la personne de ses associés non mobilisés et gérant réellement l’affaire commerciale en l’absence d’Eugène Walbaum (1872-1929). Goulden comme principal inculpé et Lewthwaite comme associé responsable. C’est du droit pur. Donc le jugement du conseil de Guerre condamne non seulement Goulden, mais aussi la Maison Heidsieck-Monopole. Robert Lewthwaite a été acquitté personnellement. Causé aussi des légalisations pour Reims et des difficultés pour Reims d’envoyer des pièces à légaliser à Épernay. M. Bossu est comme moi d’avis qu’on devrait me déléguer pour ces législations et me considérer comme Juge de Paix de Canton hors tribunal civil. Nous devons y recourir du reste.

Journée bien remplie. Demain messe anniversaire à 7h du matin pour mon pauvre Maurice ! 2 ans déjà !! J’en soufre comme au premier jour. C’était mon seul et vrai ami. Je suis bien seul maintenant. Et il me faut songer à ses petits comme ceux des miens, c’était promis, du reste !! Mon cher Maurice prie pour moi et protège-moi, dirige-moi pour l’Honneur, pour ta chère femme et tes enfants, et pour Louis mes aimés, ma chère femme et nos chers petits. J’en ai 2 soldats, mon cher Maurice, et ton René va aussi entrer dans la fournaise. Protège-le, protège-les, protège-nous, protège-moi, Dirige-moi, conseille-moi, que tous soient dignes dans le Droit et le Devoir. Et que j’ai la joie de voir les tiens et les miens heureux et prospères… !!…  Alors je pourrais te dire que j’ai rempli ma promesse, mon devoir envers toi et ta bonne amitié.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 21 – Nuit tranquille. + 2° ; brouillard. Rénovation des Promesses Cléricales, à 4 h, chapelle du Couchant. Allocution par moi.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 21 novembre

Assez grande activité de l’artillerie ennemie au nord de la Somme et dans le secteur de Douaumont. Sur le front belge, lutte d’artillerie dans la région de Dixmude et de Boesinghe et combats à coups de bombes. Sur le front britannique, l’ennemi a bombardé Beaumont-Hamel et les environs de Gueudecourt, 80 nouveaux prisonniers sont tombés entre les mains de nos alliés. Les Roumains ont arrêté l’ennemi dans la vallée de l’Olt, mais continué leur repli dans celle du Jiul. Les Italiens signalent des actions d’artillerie sur le front du Trentin ; les travaux de l’ennemi sont entravés par leur tir. Dans le Haut-Bul, les Autrichiens ont bombardé les positions du Pal Piccolo et de Freikofel. Sur le Carso, ils ont attaqué avec de gros contingents la cote 126, et réussi à occuper un des retranchements italiens. Partout ailleurs, ils ont été repoussés avec de grosses pertes. C’est une victoire complète que les troupes alliées ont remportée en Macédoine. La cavalerie française est entrée la première dans Monastir, suivie d’une colonne d’infanterie franco-russe. Nos troupes ont passé immédiatement au nord, prenant la cote 821, le village de Karkhura et arrivant aux abords de Karannes et d’Orizani. Nous avons fait 622 prisonniers et capturé un nombreux matériel.

Source : La guerre au jour le jour

Gueudecourt

Gueudecourt

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Dimanche 13 février 1916

Louis Guédet

Dimanche 13 février 1916

519ème et 517ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Journée assez calme, froide, pluvieuse, de saison. Trois grosses marmites sont passées au-dessus de la maison à 10 minutes d’intervalle à 1h comme je déjeunais. C’est tout. Travaillé d’arrache-pied pour rattraper mon retard. Ma correspondance est à jour. Il me faut attaquer maintenant le résumé de mon voyage et mettre tout au point, avec la vie coutumière, les dérangements, les audiences, etc… Pas de nouvelles des miens. Écrit à M. Georget à l’occasion de la mort de mon jeune confrère Montaudon (Albert Montaudon, notaire à Reims, né en 1880, tué à l’ennemi le 27 janvier1916 à Neuville-Saint-Vaast(62)). C’était un brave cœur, un bon confrère. Vu Dondaine, mon dévoué confrère de Beine qui m’est d’un bien grand secours comme avoué suppléant,  greffier de Paix et clerc de l’Étude Jolivet. Si je ne me trompe, c’est un garçon de valeur et qui fera son chemin. C’est (ce sera) une bonne recrue pour notre corporation.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 13 février 1916 – Quelques projectiles sifflent dans la matinée.

—- Vers 13 h 1/4, quatre ou cinq obus tombent à la Haubette ; il y a des blessés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche l3 – Nuit tranquille dans l’ensemble sauf violente canonnade à certains moments ; + 3 ; Bombes sifflantes sur la ville, et à Sainte-Clotilde à 8 h. 1/2. Violente canonnade française à 9 h. De midi à l h., toutes les 10 minutes, grosses bombes sur la ville, Pont de chemin de fer à l’embranchement de la route d’Épernay ; abattoir, Pont de Muire. Nuit bruyante un peu au loin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Dimanche 13 Février 1916.

Je crois que le bombardement va reprendre comme auparavant. Aujourd’hui dimanche j’étais partie à 6 heures du matin pour aller dire bonjour à la marraine et à Jean-Pierre. Ils s’ennuyaient après moi. En sortant de chez eux je suis allée dire bonjour à M. Cristé et à Mme Mitouard. Au moment de repartir le bombardement commençait sur le quartier Cernay et la batterie Walbaum.

J’ai attendu un moment mais voyant que cela n’arrêtait pas je me suis décidée à revenir. Je t’assure que je n’ai pas été longtemps. Si je venais à être tuée, pense donc, mes deux pauvres tout petits ! Enfin je suis rentrée sans mal mais ils ont bombardé une partie de la journée. Ils ont fait des victimes jusqu’au pont d’Épernay. Les demoiselles Malaizé qui étaient réfugiées porte de Paris ont été blessées toutes deux. C’est un vrai cauchemar.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Dimanche 13 février

En Belgique, après une préparation d’artillerie assez violente, les Allemands ont plusieurs fois tenté de franchir le canal de l’Yser, près de Steenstraete et d’Hetsas. Ces tentatives ont échoué sous le feu combiné de notre artillerie et de nos mitrailleuses.
En Champagne, vive canonnade près de la butte du Mesnil et de Navarin. Dans la région de Navarin, après un bombardement de plusieurs heures, l’ennemi a pu pénétrer dans un petit saillant de notre ligne. Au nord-est de la butte du Mesnil, où nous avions pris environ 300 mètres de tranchées, les Allemands ont procédé à une contre-attaque. Ils ont été repoussés, puis nous avons progressé de nouveau, en faisant des prisonniers.
Lutte de mines à notre avantage en Argonne (Four de Paris).
Dans les Vosges (nord de Wissembach, est de Saint-Dié), nous avons, par nos feux d’infanterie, brisé une attaque.
Une note officielle italienne annonce que L’Italie participera prochainement à une conférence des alliés tenue à Paris.
Une troupe anglaise a été assaillie par les Arabes en Mésopotamie.
M. Sasonof déclare que la guerre ne peut plus durer longtemps.

 

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Vendredi 3 décembre 1915

La Verrerie

Louis Guédet

Vendredi 3 décembre 1915

447ème et 445ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Toujours la tempête. Temps affreux, de la pluie, l’eau ruisselle de partout. Quelques bombes vers 10h. Audience de conciliation, après-midi ouverture par effraction du coffre-fort de M. Changeux. Pris testament et contrat de mariage, et le reste déposé au coffre n°86 chez Camuset et Cie. Reçu des nouvelles de St Martin, ma pauvre femme s’inquiète de la santé de mon Pauvre Père qui vient d’avoir une bronchite et s’en relève difficilement, il ne veut plus s’alimenter. Ce qui l’affaiblit beaucoup, surtout à son âge, 80 ans… !!

Tout cela m’attriste, pourvu que cette épreuve de sa disparition ne vienne pas s’ajouter à toutes celles que j’ai eues depuis 15 mois !…  J’y succomberai. Et puis je vois ma pauvre femme, mes pauvres enfants isolés, perdus là-bas, sans domestiques, à peine abrités. Oh ! c’est affreux !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Vendredi 3 – Nuit tranquille de pluie continuelle. 10 degrés au-dessus de zéro à 6 h. matin. Expédié lettre à la famille Harmel. Reçu envoi de lainages de M. Franc. Via crucis in Cathedrali ; la Cathédrale tout couvert (?) d’eau. De 11 h. à midi, pendant le Conseil, bombes sur la ville, rue Ponsardin m’a-t-on dit.

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Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Vendredi 3 Décembre 1915. Déjà 5 semaines que l’on n’avait pas eu de bombardement mais ils nous ont fait voir ces maudits boches qu’ils étaient encore là. Toute la matinée ils ont tiré sur les batteries de Walbum et c’étaient de vraies marmites, des 220 à ce qu’il paraît. Mais le plus triste c’est qu’à la première il y a eu cinq tués et deux blessés, tous artilleurs, et qui n’avaient pas eu le temps de se protéger. Le vent était tellement fort qu’on ne les entendait pas siffler. Pauvres parents, encore des familles qui vont être dans la désolation. Quelle maudite guerre ! On prétend qu’ils n’avancent pas ; c’est certain mais que faire pour les faire reculer ? Ce sera impossible, ils sont trop fortifiés et trop enterrés. On n’en voit pas la fin.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Vendredi 3 décembre

Canonnade en Artois ( Loos, Bois en Hache, Angres). Combat à coups de torpilles près de la cote 140. Un détachement allemand est dispersé par notre feu. Arras a reçu 60 obus.
Nous avons fait sauter une mine et détruit un petit poste à Fay, au Sud de la Somme.
Nous bouleversons les travaux ennemis aux Eparges.
L’armée britannique a marqué une activité accrue. Vingt de ses avions ont opéré à Orisaunout.
Les Serbes tenaient toujours Monastir le 1er décembre. Canonnade dans le secteur français, sur la Cerna et sur le Vardar.
Notre artillerie, aux Dardanelles, fait subir d’importants dommages aux batteries turques.
Les conseils de ministres se succèdent à Athènes, sans qu’il en résulte une précision sur les intentions de la Grèce vis-à-vis de l’Entente. On songe, de nouveau, à prendre à l’égard du gouvernement hellénique des mesures de pression économique.
Un socialiste, à la Chambre de Saxe a évoqué la possibilité d’une révolution. Les catholiques allemands, de leur côté, critiquent vivement l’impuissance du chancelier en présence de la crise des vivres.

 

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