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Dimanche 30 septembre 1917

Louis Guédet

Dimanche 30 septembre 1917

1115ème et 1113ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 matin  Nuit assez calme. Vers 5h bombardement vers Cérès, qui m’a tenu éveillé jusque vers 6h, et à peine rendormi qu’il me faut me lever pour la messe de 7h, dite par l’abbé Divoir. Peu de monde, pas d’autres prêtres. Pas de sermon, le Salut final.

Hier M. Houlon nous contait dans le cabinet du Maire que des soldats du 3ème Génie commandés par un sergent étaient venus lui demander des plaques de fonte, et comme il avait à peu près ce qu’ils désiraient, il leur demanda de venir avec lui au Port-sec pour les prendre. Têtes des susdits, et le sergent de dire : « Mais c’est dangereux là-bas, çà bombarde ! » Houlon de leur répondre : « Oui, mais si vous voulez prendre ces plaques, il faut venir les chercher avec moi ! » Palabre, hésitations !! Bref le gradé de tirer presque au sort pour…  y envoyer 2 de ses hommes, tandis que lui…  resterait là à attendre !!… C’est bien sous-off !! Cela. Triste peuple…  et combien d’exemples comme celui-ci. Bref Houlon partit avec les 2…  sacrifiés quérir ces fameuses plaques de fonte !… Ils revinrent sains et saufs !

5h soir  A la Poste à 10h on me signale un entrefilet du Petit Rémois au sujet de la décoration de Jean et sur moi : « Tel père, tel fils ». Rien à dire. Rien à faire. Carte de M. Bossu, heureux de sa traversée, et de sa nouvelle résidence. Il me dit avoir écrit le jour même à Herbaux, toujours pour mon affaire, avec des articles de journaux. Il est temps que cela finisse, c’est ce que je lui écris et dis. Qu’on se hâte ! Et qu’on ne parle plus de moi. Répondu à toutes ces lettres, et portées à 2h. Acheté « Écho » chez Michaud. Causé un instant avec l’abbé Camu 6, rue du Clou dans le Fer, qui était à sa fenêtre, des événements, de toutes sortes de choses, affaires Monier (Ferdinand Monier, Président du Tribunal de 1ère Instance de la Seine, lié avec Bolo), Turmel, Bolo et autres jouisseurs semblables, en en concluant que nous ne sommes pas encore prêts à être délivrés, victorieux et avoir la Paix. Toutes nos pensées ne sont pas gaies, loin de là !!

Rentré chez moi pour mettre la dernière main à ma valise, et souffrir en silence, seul, isolé, sans encouragement, avec la mort dans l’âme et à chaque instant suspendue au-dessus de ma tête !! Quelle vie ! Quelle obsession lancinante, mortelle !

8h soir  Je relis l’entrefilet « Tel père, tel fils » du Petit Rémois d’aujourd’hui. Il y a du cœur de sa part, et mon Dieu, je lui en serai reconnaissant car il a fait vibrer la corde sensible !…  non pas les coups d’encensoir sur mon nez ! loin de là, mais celle que tout Père a pour son fils quand il a de l’Honneur, qu’il est Brave et qu’il fait son Devoir, (comme son 2nd frère Robert qui est aussi décrochera un jour sa Croix de Guerre) et le Petit Rémois dit avec juste raison dans la finale cette phrase : « Le jeune Jean Guédet a le droit d’être fier de son père comme son père est fier de lui ». Oui, je suis fier de mon Jean, de mon Robert, de mes 2 braves sous Verdun ! « Foin de Moi » (Racine, Plaideurs, II, 5) çà n’a pas d’importance, mais nos petits tiennent de la race des Guédet et des Guériot (ancêtres paternels à St Martin-aux-Champs).

Quant au paragraphe précédent cette finale, hum ?! Comme je l’écrivais sur une carte de visite à Guiot : « Merci pour mon Jean, mais tudieu ! vous allez me faire fusiller !… »

Voilà le texte : « M. Guédet est encore un de ces vaillant Rémois dont « les officiels » semblent peu se soucier mais qui dédaignent les stupides hochets et qui se contentent de l’estime et de l’admiration de leurs concitoyens ».

L’estime ? soit ! J’en suis fier et heureux si c’est exact, mais l’admiration !!!! Non, j’aime mieux un 420 que ce coup…  d’encensoir ! Qui m’incite à l’orgueil !!! Bienvenu, mon ami, tu exagères !!

Néanmoins…  merci ! de tout cœur pour mon Jean !!…  Mais que vont penser et dire Dramas ? Beauvais, Guichard et Cie ?? Je ne puis qu’être fusillé…  dans toute cette histoire… !?  après tout, les Boches ont bien failli m’envoyer 12 balles dans la peau (rayé). Alors…  le 3ème coup fait…  feu !! Dit-on !…

Le Petit rémois où a été publié cet article figure en pièce jointe de ces Mémoires, il est daté du dimanche 30 septembre 1917.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Dimanche 30 septembre 1917 – Très beau temps.

Promenade, l’après-midi, pour la première fois hors des limi­tes de Reims, en compagnie de MM. Vigogne et Pouleteaud, par Saint-Brice, Tinqueux, le Mont Saint-Pierre et la route de Paris.

Nous rencontrons sans qu’ils aient cessé de se faire entendre une forte canonnade devant Reims et le bruit des mitrailleuses vers Courcy.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Dimanche 30 – + 9°. Nuit tranquille sauf coups fréquents de mitrailleu­ses, fusils ou grenades. Journée assez tranquille. Visite de M. le Curé de S. J.B. de la Salle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 30 septembre

Aucune action d’infanterie.
La lutte d’artillerie a pris une assez grande intensité sur le front de l’Aisne, notamment dans les secteurs du Panthéon et d’Hurtebise.
Sur la rive droite de la Meuse, le bombardement continue, violent de part et d’autre, dans la région au nord du bois le Chaume. Deux avions allemands ont été abattus par nos pilotes.
Des escadrilles ont bombardé les terrains d’aviation de Staden, Roulers, Cortemark et les cantonnements de la région.
Sur le front belge, activité d’artillerie normale. De nombreuses patrouilles allemandes ont tenté de faire des incursions dans les lignes de nos alliés. Leurs tentatives ont été vaines sauf sur un point, d’où l’agresseur a été, d’ailleurs, aussitôt chassé.
En Macédoine (Strouma et Vardar), activité d’artillerie assez sérieuse de part et d’autre. Rencontres de patrouilles sur la Strouma et dans la vallée de Devoli.
Les Russes ont perdu un contre-torpilleur qui a coulé sur une mine.
Les troupes italiennes, par un coup de main bien réussi, ont rectifié leur ligne entre la Serra di Dol et les pentes nord du San Gabriele. Elles ont capturé 8 officiers et 216 hommes. Malgré les retours offensifs de l’adversaire, elles ont maintenu leurs positions. Les avions italiens ont bombardé la zone de Voichazza (Carso) et la place de Pola.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

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Mercredi 1 août 1917

Louis Guédet

Mercredi 1er août 1917

1054ème et 1052ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Nuit froide et calme. Beau temps cette journée-ci, calme. Ce matin rien d’autre que ma visite à la Cathédrale (à 11h avec le Docteur Hoël) dans laquelle je n’étais pas entré depuis octobre 1914 !!! Quels changements ! Quelles tristesses !! Quelles ruines ! Des ouvriers travaillent à l’enlèvement des décombres, et des ouvriers de Paul Simon, sous la direction de son fils Jacques Simon (Maitre verrier, fils d’une dynastie de vitraillistes, il a participé au sauvetage et à la mise en place de nombreux vitraux de la Cathédrale de Reims (1890-1974)) recueillent, rassemblent les débris des vitraux et tâchent de les reconstituer tant bien que mal ! Il y a. La voûte est percée à 4 endroits différents, 1 trou dans la nef à la hauteur du labyrinthe, entre la chaire brisée et la grille du chœur, un autre formidable au-dessus du maître-autel qui est disparu sous les décombres, (une montagne de pierres !) un autre au-dessus de la chapelle de St Joseph, et le dernier, formé de plusieurs dans la voûte de transept sud, la colonne qui forme le coin de l’autel du calvaire près de la sacristie a failli céder. On a été obligé de faire des travaux de soutènement. Les fonds baptismaux sont broyés. Au coin de la porte latérale sud, à peu près en face de la chaire (porte que j’ai toujours vue fermée) on a placé le 320 non éclaté, il a un mètre de haut ! On se demande comment les pierres désagrégées, les voûtes béantes tiennent encore ! C’est lamentable ! Pourra-t-on jamais refaire tout cela, je n’ose le croire. Et puis ce n’est pas fini. Ils sont encore là et leur rage ne s’arrêtera pas. Je suis rentré tout attristé de ce que j’ai vu. Après-midi fait quelques courses !!

Je lis dans l’Écho de Paris la nomination comme chevalier de la Légion d’Honneur de (rayé) actuellement (rayé) formidable qu’il prenait ici soit (rayé) soit (rayé). Enfin (rayé) que passer et se (rayé et troué) qui n’ont jamais quitté (rayé) depuis 3 ans ! Exemple le Docteur Hoël à qui j’en causais ce matin : il prétend que le Docteur Langlet, le Maire, le beau-père de sa fille, ne veut pas le proposer afin qu’on ne dise pas qu’il fait du népotisme. Je crois que c’est exagéré. Car Hoël méritait plus d’être décoré que le Docteur Gaube, et Mmes Luigi et Tonnelier. Enfin, il ne faut pas chercher à comprendre, ou plutôt on comprend trop bien.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

1er août 1957 – Bombardement, vers 13 h 1/2.

Reprise, à 18 h 1/2, sur le centre de la ville. M. Guemier, con­seiller municipal, est blessé, place des Marchés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

La place des marchés, actuelle place du Forum


Cardinal Luçon

Mercredi 1er – + 15° à peine. Nuit tranquille. Expédié lettre au Vatican avec Note réfutant la lettre allemande. Tout à coup obus autrichiens (sur batteries). Visite du Major de la Place, le Colonel qui m’avait demandé la permission de revenir souvent. Le Capitaine qui l’accompagnait prend une photographie, c’est un ami de M.de Marcillac, secrétaire à l’Archevêché de Tours. Après-midi, bombes fréquentes sur la ville (1er mai). Visite du Major de la Place, très bienveillant. Visite et prédication au Salut du 3e bataillon du 174e(1), Aumônier M. Brousse, à Tinqueux. Pendant le dîner avec les officiers, vers 8 h. 30, bombardements de points très voisins : tout danse sur la table. Rentré à 9 h. 30. Nuit bruyante et sifflante jusqu’après minuit.

(1) Il existait en 1914 173 régiments d’Infanterie. Le 174e est le premier des régiments éphémères créés au cours de la guerre
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 1 août

Après avoir opéré le passage du canal de l’Yser, nos troupes ont attaqué, en liaison à leur droite avec les armées anglaises.
La préparation d’artillerie avait nivelé les organisations allemandes et fait éprouver de lourdes pertes aux défenseurs. Nos troupes ont enlevé les deux positions de l’ennemi et dépassé spontanément l’objectif qui leur avait été assigné. Elles ont progressé sur la route de Lizerne à Dixmude, enlevé le village de Bixchoote et le cabaret Kortekert. Nos pertes sont des plus minimes. Nous avons pris un important matériel et fait des prisonniers. Le sol est jonché de cadavres allemands.
Sur l’Aisne, canonnade très violente. Une brillante opération a été faite par nous au sud de la Royère. Les objectifs fixés ont été dépassés. 210 prisonniers ont été capturés. Une contre-attaque ennemie à l’ouest de l’épine de Chevregny a été repoussée.
Une autre attaque ennemie a eu lieu à l’est de Cerny, sur une largeur de 1500 mètres. Elle a été refoulée tandis que nous progressions sur tout le front.
Les Anglais ont avancé sur un front de plus de 24 kilomètres, entre la Basse-Ville, sur la Lys, et Steenstraete, sur l’Yser. Leur avance, sur beaucoup de points, atteint 3 kilomètres en profondeur. Plusieurs villages ont été enlevés. 3500 prisonniers ont été dénombrés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 14 mars 1915

Abbé Rémi Thinot

14 MARS 1915 – dimanche –

Tournée merveilleuse, Infiniment consolante.
A 5 heures 1/4, je suis à l’Église pour les confessions. Je n’arrête pas.

Messe de communion à 7 heures ; Église pleine, pas assez d’hosties. Je parle trois fois, à l’Évangile avant la communion et après !

A 9 heures, messe du 83ème ; Église archi-comble
A 10 heures, messe du 14ème   d°
A 11 heures 1/4, messe paroissiale ; c’est la messe des dragons.

Déjeuner avec le colonel d’Hauterive.

J’ai été profondément impressionné par la confession de tous ces hommes, depuis 1 commandant jusqu’à des centaines de simples soldats. Et tant de retours ! AU moins 30 de 5 à 20 ans ! C’est admirable ! Et ils ont communié avec une foi.. !

Et voici que l’après-midi le 14ème reçoit l’ordre de partir. Il faut aller réparer les sottises faites par le 4ème Corps, qui s’est laissé reprendre plusieurs entonnoirs.

Décidément, je crois qu’on a bien tort de médire du, 17ème Corps !

Le 16 Mars, l’Abbé THINOT tombait en première ligne, frappé d’une balle à la tête, méritant cette citation à l’Ordre du Jour de l’Armée

Citation :

Abbé Remy THINOT, aumônier :

« ÉTANT ALLÉ DANS LA TRANCHÉE AU MOMENT D’UNE ATTAQUE,
« POUR L’ACCOMPLISSEMENT DE SON MINISTÈRE, Y A ÉTÉ FRAPPÉ
« MORTELLEMENT PENDANT QU’IL SE PORTAIT AU SECOURS DES
« SOLDATS ENSEVELIS SOUS LES DÉBRIS D’UNE EXPLOSION DE
« MINE ET QU’IL EXHORTAIT LES HOMMES A FAIRE LEUR DEVOIR »

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Les notes de ce journal sont de Thierry Collet.


Louis Guédet

Dimanche 14 mars 1915 

183ème et 181ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Journée grise, maussade comme le temps. Entre 11h et midi des obus autour de l’Hôtel de Ville, chez le Docteur Bourgeois, place de la Caisse d’Épargne, rue de Mars, rue Cotta (3/4 victimes) chez Fréville, receveur des Finances (parait-il) rue Courmeaux dans appartements, meubles brisés. Gare la nuit. Mis ma correspondance à jour. Reçu visite de Charles Heidsieck qui a beaucoup insisté pour que j’aille déjeuner demain avec lui au Cercle, on doit être 7/8, le sous-préfet, Robert Lewthwaite, etc…  Je n’y ai guère le cœur, mais je n’ai pas pu refuser.

Reçu lettre de Madeleine, toujours triste mais fort courageuse. Jean part demain pour Vevey (dans un sanatorium en Suisse). Que Dieu le protège ! mais c’est bien dur pour moi de ne pouvoir l’embrasser avant son départ ! Rien ne m’est épargné ! Le reverrai-je ? Mon Dieu ! quel martyre ! et sans espoir d’en voir bientôt la fin.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Vers 11 h, bombardement autour de l’hôtel de ville. Il y a quatre blessés grièvement, rue Cotta.

À 13 h ½, un obus tombe dans l’habitation du receveur des finances, rue Courmeaux (angle de la rue Notre-Dame de l’Épine) et un autre, peu de temps après, rue Saint-Crépin.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 14 – Nuit comme la précédente. Bombes à intervalles répétés.On apprend la mort des Généraux Maunoury et Villaret (1) (sic). Grosse et sanglante défaite française à Perthes-les-Hurlus (2). Visite à Tinqueux. Chemin de Croix (faite tous les jours par des jeunes gens, les frères Gallais). Allocution, Salut vers 3 heures.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Le général Maunoury n’a pas été tué en 1915. Il avait été maintenu en service en 1914 alors qu’il avait 67 ans. Il se voit confier une nouvelle Vie Armée transportée en Lorraine en Artois pour agir sur le flan de la 1e Armée allemande. C’est dans ses rangs que tombe le lieutenant Charles Péguy. A la fin de la bataille de la Marne il est sur l’Aisne à Soissons.

Blessé dans les tranchées en mars 1915, il perd la vue et meurt en 1923. Fait Maréchal de France à titre posthume la même année.

Le Général de Villaret appartient à l’armée Maunoury. En septembre 1915, il commande le 7e Corps d’Armée en Champagne et en 1918 il subit le choc allemand sur le Chemin des Dames.

(2) Il ne d’agit pas d’une défaite française à Perthes-les-Hurlus, mais du succès limité de l’offensive qui sera d’ailleurs stoppée le lendemain.

Notes du Colonel Marc Neuville (ainsi que toutes les autres notes)

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Vendredi 18 décembre 1914

Abbé Rémi Thinot

18 DECEMBRE – vendredi –

Soir ; je rentre de Bétheny où j’ai passé une délicieuse journée avec les chasseurs… J’ai failli tirer sur les Boches du haut d’un observatoire, avec des balles et un fusil boche… J’ai reculé au dernier moment ; je n’ai pas le droit de tirer sur un homme.

Il y avait 8 ou 10 morts sur un champ vert, à droite de la petite station du C.B.R. Les allemands n’osent pas venir les relever…

Belle et reposante journée malgré les balles dans le clocher.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Paul Hess

Bombardement encore, une partie de la matinée.

Le Courrier n’a pas de chance ! Hier, il protestait de nouveau contre la censure qui lui avait mutilé un article et, immédiatement derrière sa protestation, dans la même colonne, un texte d’une quarantaine de lignes était caviardé. Il devait suivre ce titre, laissé seul :

« Le Gouverneur de Verdun »

Aujourd’hui, tout un article lui a été supprimé, même avec le titre et dans le blanc existant à son emplacement, il a imprimé ceci, composé avec des grands espacements :

ici
a été violé par la censure
la loi du 5 août 1914

—-

Lecteurs rémois traités en paris,
Protestons ensemble contre cette iniquité !

On pourrait parier que cela ne servira à rien. Mais alors, que valent les tartines que nous servent les journaux de Paris ? Si nous en jugeons par ce qu’ils disent d’exact sur Reims !

Le Courrier de la Champagne fait preuve d’une belle opiniâtreté ; cela n’empêche qu’en la circonstance, il est le pot de terre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 18 – Toute la nuit, bombes sur la ville, 200 obus, dit « Le Courrier de la Champagne » du 19 ; vers les 4e, 3e et 2e cantons. Après-midi, visite aux Réfugiés rémois, à Tinqueux, Petit Séminaire et route de Bezannes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

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Eugène Chausson

18 – Vendredi – Même temps que la veille, temps gris avec quelques éclaircies.

Nuit assez calme

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Vendredi 18 Décembre 1914.

Oh mon Charles, quel parrain tu as ! Nous pourrons le bénir jusqu’à la fin de nos jours. Il est venu me voir cet après-midi et sais-tu ce qu’il m’a dit ? Après m’avoir embrassée « Pour quand attendez-vous la naissance de ce petit là ? me demanda-t-il. Vers fin janvier, donc le mois prochain. Et où comptez-vous aller ? »

« Pour commencer, lui répondis-je, j’avais pensé aller à l’hôpital, mais mes deux parents n’ont pas voulu. La maman Breyer m’a offert sa maison, mais je sais que ce n’est pas facile car Gaston est là. Malgré cela je suis allée voir Mme Louis et elle m’a dit qu’elle voulait bien venir rue de Metz, pas rue de Beine. Rue de Beine, je ne pourrais déjà pas y aller puisque ma maison est à tous les vents. Ce qu’il y a aussi, c’est que Mme Louis est peureuse et ne sort pas quand cela bombarde. Je ne peux pas dire que j’irai en chercher une autre, elles sont toutes parties ».

« Eh bien ! me dit ton parrain, Je viens vous offrir ma maison puisque Maria est chez vous ; elle vous soignera. D’abord Juliette doit vous écrire pour vous en parler. Acceptez-vous ? ».

« Je crois bien que j’accepte et c’est du plus profond de mon cœur que je vous remercie ».

J’en avais les larmes aux yeux et je t’assure que quand je l’ai embrassé à son départ, ça a été d’un bon cœur. Tu vois, mon Lou, dans mon malheur j’ai encore des amis. Reviens vite et nous serons deux pour le remercier. C’est la bonté même.

Je t’aime toujours. Ta Juliette.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Vendredi 18 décembre

Nos soldats ont enlevé des tranchées à la baïonnette entre Nieuport et Ostende et consolidé leurs positions à l’est d’Ypres, progressé à Vermelles, atteint Saint-Laurent-Blangy sur la route d’Arras à Douai, réalisé de sérieuses avances à Ovillers, Mametz et Maricourt, dans la région de Péronne-Bapaume, tandis que notre artillerie lourde affirmait sa supériorité sur l’Aisne, dans l’Argonne et sur les Hauts-de-Meuse.
On apprend que nos aviateurs, au cours de leur raid à Fribourg-en-Brisgau, ont déterminé des dégâts énormes.
Le raid des croiseurs allemands, qui n’a d’ailleurs nullement ému l’Angleterre a fait de nombreux morts et plus de 400 blessés.
M Sonnino a déclaré au Parlement italien que la Turquie donnait complète satisfaction au cabinet de Rome au sujet de l’incident d’Hodeidah (Arabie).
Des désordres éclatent dans les grandes villes de l’Autriche et de la Hongrie, Vienne, Prague, Budapest; la population est lasse de la guerre : elle souffre du manque et du renchérissement des vivres et se plaint aussi de l’incapacité des généraux qui laissent envahir le pays au nord-est et au sud-est.
La Serbie publie un Livre Bleu d’où il résulte qu’après le meurtre de l’archiduc François-Ferdinand elle avait fait une démarche spontanée à Vienne pour dégager sa responsabilité.
M. de Bulow est arrivé à Rome.
L’armée monténégrine a progressé au delà de Visegrad en Bosnie.

Source : La grande Guerre au jour le jour

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