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Jeudi 14 février 1918

Louis Guédet

Jeudi 14 février 1918                                   

1252ème et 1250ème jours de bataille et de bombardement

11h1/2 matin  Pluie toute la nuit, beau temps maintenant. Travaillé à un bordereau, rangé et organisé mon bureau et mes dossiers ici. Quand je viendrai je pourrai suivre mes affaires.

5h soir  Eté cet après-midi avec Mimi (Maurice) voir dans les bois des Crétons un peuplier d’un de nos bois abattu par l’Armée. Il mesurait au moins 23 mètres de hauteur de tronc, puis de là, tout en jasant le Mimi m’a conduit dans les champs, le long du finage de Saint Martin et de Cheppes jusqu’au toit des trains de train où les troupes en cantonnement ont fait des tranchées d’exercices. Puis nous sommes revenus par le sommet des côtes à travers champs. Vu quantité de perdreaux déjà accouplés. La chasse !!… Que tout cela est loin !! Mes chers fusils !! brisés, volés par les allemands, et tous mes compagnons de chasse !! Combien aussi de disparus !! Que tout cela est loin, loin…  loin !!!

Rechasserai-je jamais ??!

Lettre de Robert qui annonce à sa mère qu’il est près de Jean, affecté à la 1e pièce, 2e Bie (batterie) et vient de se faire inscrire pour Fontainebleau. Il a retrouvé là le lieutenant Chenet qui l’aimait beaucoup. J’en suis heureux pour ces enfants.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

14 février 1918 – Réveil, à 5 h 3/4, par des sifflements continuels. Bombarde­ment violent, qui commence sur le quartier Fléchambault pour continuer sur le centre.

Obus rue Colbert (à « la Glaneuse »), aux halles, rue du Ca­dran-Saint-Pierre, rue de l’Arbalète (aux Galeries Rémoises), boule­vard Lundy, etc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Jeudi 14 – + 7°. Temps couvert, puis soleil. Nuit avait été tranquille jusqu’à 5 h. 30 ou 5 h. 45. Alors violent bombardement allemand sur nos batteries du jardin Lorrain, jusque vers 6 h. 1/2. Vers 6 h. 45 canons français ripostent, mais faiblement, mollement. 5 obus à l’Enfant-Jésus. 8 h. 30 bombes allemandes sur batteries assez rapprochées. Au loin, canonnade française ? allemande ? Sur boulevard de la Paix – bombes rue Colbert. Une personne tuée dans son lit place St-Timothée, une femme blessée. Visite de M. le Curé de Gueux et d’un Capitaine cantonné à Gueux. Visite de M. le Curé de Saint-Antoine de Paris, avec M. Paulot (M. Fontaine). Départ de Mgr Neveux pour Paris.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 14 février

Assez grande activité d’artillerie dans la région de Pinon et au nord-ouest de Reims.
Nous avons réussi plusieurs coups de main à l’est d’Auberive et dans les Vosges et ramené des prisonniers.
En Champagne, après une courte préparation d’artillerie, nous avons exécuté un large coup de main dans la région au sud-ouest de la butte du Mesnil. Sur un front de 1200 mètres environ, nos détachements ont pénétré dans la position allemande jusqu’à la troisième ligne, bouleversé les défenses de l’ennemi et détruit de nombreux abris. Le nombre des prisonniers que nous avons faits dépasse une centaine.
A l’est d’Emberménil, une tentative ennemie sur un de nos petits postes est restée sans succès.
Nancy a été bombardée par des avions. Il y a trois morts et cinq blessés dans la population civile.
Du 1er au 10, nos pilotes ont abattu vingt-huit avions allemands.
Les Anglais ont réussi un coup de main au sud-est d’Hargicourt et ramené onze prisonniers.
Combats heureux de patrouilles près de Lens.
En Macédoine, actions d’artillerie à l’embouchure de la Strouma, à l’ouest de Doiran et au nord de Monastir.
Les Italiens ont dispersé des patrouilles en marche dans le val Lagarina et fait des prisonniers au col Caprile.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Jeudi 23 septembre 1915

Louis Guédet

Jeudi 23 septembre 1915

376ème et 374ème jours de bataille et de bombardement

6h1/4 soir  La nuit du canon, un de nos dirigeables survole Reims vers minuit. Calme toute la journée jusqu’à 4h. J’étais allé voir le Procureur de la République pour lui remettre ses bons de versements d’or à la Banque de France, de là j’avais poussé jusqu’aux Palais quand en redescendant la rue du Cadran St Pierre j’entendis des bombes siffler. Je m’arrêtais chez Ravaud, le pharmacien, il était 4h1/4. J’y restai 1/4 d’heure puis je repris la rue de l’Étape, la place Drouet d’Erlon, la rue St Jacques, la rue des Capucins quand, après avoir traversé la rue Libergier, en face de mon ancienne maison 37, rue Libergier, j’entends des bombes resiffler assez près. Melle Payard (à vérifier) était sur la porte de chez Morgen au 29, elle me crie d’entrer et là je descendis avec elle dans la cave de Morgen, cave sèche et sûre. J’y restais jusqu’à 5h20. Le bombardement qui visait ce quartier-là ayant cessé. Je rentrai rapidement chez moi 52, rue des Capucins où je trouvais tout le monde à la cave. C’était fini et nous remontons. Que ces séances sont fatigantes, énervantes !!

Que sera cette nuit, pourvu qu’elle soit tranquille, quelle triste vie, misérable et en être à demander, à désirer une nuit de tranquillité, de repos et dire que voila 1 an que cela dure. Quel martyre !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Bombardement à plusieurs reprises, dans le courant de la journée.

Après-midi, séance très sérieuse, commencée à 16 h 1/2 et qui dure jusqu’à 17 h 1/4. Deux hommes qui s’étaient réfugiés à ce moment sous la porte de la cour du Chapitre, rue Carnot, afin de s’abriter comme ils pouvaient, sont tués par les éclats d’un projec­tile tombé derrière l’immeuble de la Société Générale.

  • Lorsque je rentre du bureau, le soir, je m’aperçois qu’une maison de la place Amélie-Doublié a été touchée par deux obus.
  • Une pièce marine, qu’on dit être de 305 et baptisée la grosse Julie, bombarde ce jour la gare de Bazancourt. Ses départs produisent des déplacements d’air tellement puissants, que le pa­pier huilé des fenêtres de notre bureau de la « comptabilité », à l’hôtel de ville, nous semble bien près de céder au souffle qui le fait vibrer fortement à chaque coup, — et cette pièce est installée à Courcelles.
<>-Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Jeudi 23 – Nuit tranquille. Vers minuit, bombes nombreuses. Matin : aéroplanes allemands et français. Après-midi : ballon captif, aéroplanes.

1 h. 1/2, bombes sifflent. 2 hommes tués, cour Chapitre ; ailleurs aussi et des victimes. Visite du R. Père Dargent.

Caviars dans mon allocution de dimanche. Bombardement, nous des­cendons à la cave. Église Saint-Jacques, trois obus. Trait de la messe de M. Blain : 1er obus vers l’Offertoire, milieu de l’église : il continue la messe à laquelle assistent 7 ou 8 personnes blotties derrière les pilastres et qui ne bougent. 2eme, vers l’Elévation : tous tiennent bon ; 3ème à Fax Domini. Tout le monde resté ferme. M. Blain se communie et communie les assistantes : celles-ci ayant ce qu’elles voulaient, se retirent ; et lui rentre à la sacristie. Admirable !

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Jeudi 23 Septembre 1915. Un an aujourd’hui que tu as été blessé et que ta destinée a changé. Un an que je pleure sans cesse et que je désespère chaque jour. Sur les journaux il y a encore des convois de grands blessés qui reviennent. Si je pouvais avoir la joie que tu sois dedans ! Je me fais l’idée que j’aurai peut-être une lettre demain. Je serais capable d’en venir folle de joie. Car si tu me voyais… Je maigris de jour en jour et je crois que j’aurai bientôt des cheveux gris. Je me sens descendre tous les jours et je ne peux pas remonter.

Tu serais si heureux de voir tes deux petits. Ta fillette dit maman maintenant. Pauvre crotte, elle est rieuse et André en est fou. « Ma tite sœur Blanche » dit-il et il se met en colère quand je lui dis qu’on l’appellera Charlotte.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Jeudi 23 septembre

Canonnade à Boesinghe en Belgique. Grande activité d’artillerie, avec vives fusillades, au nord et au sud d’Arras, ainsi qu’entre Somme et Oise.
Bombardement violent, au nord de l’Aisne, dans la région de Ville-aux-Bois, où nous avons contraint l’ennemi à nous céder un poste fortifié.
Canonnade réciproque en Champagne. Nous détruisons une patrouille ennemie.
Action d’artillerie intense en Argonne, sur la lisière occidentale, et dans la région de la Haute-Chevauchée.
Sur les Hauts-de-Meuse, au nord-ouest du Bouchet, nos batteries ont provoqué une explosion dans les lignes ennemies. Canonnade en forêt d’Apremont, en Lorraine et dans les Vosges.
A titre de représailles, nos avions ont été bombarder Stuttgart, jetant une trentaine d’obus sur le palais royal et sur la gare. Ils ont pu revenir indemnes dans nos lignes.
Huit autres avions ont opéré au-dessus de la gare de Conflans, entre Verdun et Metz.
Les combats entre Allemands et Russes se poursuivent avec violence autour de Dwinsk. Nos alliés ont fait encore 2000 prisonniers de plus en Volhynie et en Galicie.
La négociation de l’emprunt franco-anglais, à New-York, paraît ê
tre en excellente voie.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 1 mars 1915

Louis Guédet

Lundi 1er mars 1915

170ème et 168ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Toute la nuit dernière, vent et tempête de pluie, journée très pénible, venteuse avec des éclaircies de soleil et des giboulées. Il fait vraiment froid. On entendait à peine le canon mais avec cette tempête ce n’est pas étonnant. Je suis toujours fort las et fort triste.

Vu M. Albert Benoist qui croit que nous serons enfin dégagés courant de ce mois !! Dire qu’il y a 6 mois que je traine cette vie misérable !! Et mon cher Jean et mes chers enfants il y a 7 mois qu’ils ont quitté cette maison ci. Et quand reviendront-ils ? Je n’ose l’espérer !! Oh quelle vie de martyr et de souffrance ! J’en tomberai malade !! à n’en pas douter.

Quelle horrible chose que cette vie de prisonnier emmuré dans cette Ville comme dans un tombeau !! Mon Dieu ! aurez-vous enfin pitié de moi, de nous ?!!

Le 2 mars 1915, vers 1 heure du matin, une bombe tombe sur la maison de Louis Guédet.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

La nuit dernière a été calme.

À partir de 17 ½ h, bombardement des différents quartiers de la ville et forte canonnade toute la soirée ?

Fatigué, je me suis couché tôt, ce jour, avec l’espoir de me reposer tout de même. À 22 h, les détonations de plus en plus violentes de nos pièces me réveillent ; je puis me rendormir, mais à minuit, de nombreux sifflements, suivis d’explosions tout près m’obligent à me lever et à retourner, comme il y a huit jours dans le sous-sol de la rue Bonhomme 10, auprès de Mme Beauchard et e son fils Henri. Peu de temps après, les deux voisines d’en face viennent se joindre à nous et ainsi, le groupe des cinq habitants de la rue qui avait passé, en cet endroit, la triste nuit du 21 au 22 février, y est réuni à nouveau, dans les mêmes circonstances.

On cause un peu ; de quoi causer, sinon de la terrible situation faite à Reims depuis le 13 septembre 1914 – sujet unique de conversation sous les obus, qui se termine invariablement là, comme au bureau ou ailleurs, par cette constatation ; voilà plus de cinq mois que nous vivons ainsi ! et par cette question à laquelle personne ne peut répondre : Quand cela finira-t-il ?

Nous sentons le froid à cette heure de la nuit, quoique nous soyons vêtus chaudement et la personne gardant la maison Burnod qui nous reçoit et en même temps nous sait gré d’être venus lui tenir compagnie, prépare le feu tandis que les obus tombent sans arrêt et par instants autour de nous : rues des Marmouzets, de Luxembourg, Legendre, rue Eugène-Desteuque. Quel fracas d’explosions !

Nous craignons que ce ne soient encore des obus incendiaires et nos appréhensions paraissent justifiées lorsque, vers 1 heure, nous entendons un homme courir dans la rue Cérès, en criant : « Au feu ! ». Ses appels restent sans aucun écho. Inquiet cependant, je remonte une demi-heure plus tard avec l’intention d’aller, si possible, entre les sifflements, jeter un coup d’œil rapide aussi bien dans la rue qu’à ses deux extrémités.

D’un côté, sur la rue Cérès, je remarque un important incendie à proximité de la place royale et de l’autre, sur la rue Courmeaux, je vois un immeuble en flammes, dans le haut et à gauche de cette rue ; personne devant la maison qui brûle dans toute sa hauteur. En tournant la tête vers les halles, j’aperçois encore, avec une forte lueur, des flammèches, des étincelles voltigeant par là et provenant de la rue Saint-Crépin.

Le bombardement continue toujours très serré sur le centre et, d’un côté, doit être mené bien près de la ville, car on entend parfaitement des doubles coups de départs suivis immédiatement des sifflements et des arrivées. D’autres projectiles viennent aussi d’endroits plus éloignés, ainsi que l’indiquent les détonations plus sourdes des pièces et la durée des sifflements.

Il est environ 2 h, lorsque je remonte une seconde fois pour retourner à chaque bout de la rue Bonhomme ; d’autres incendies assez proches et très intenses se sont encore déclarés dans le quartier.

À 2 h ½, le tir qui a été aussi angoissant qu’au cours de la nuit du 21 au 22 février, mais a duré seulement moins longtemps, commence à se ralentir. Depuis un moment, notre artillerie riposte ferme et dans le vacarme de ce duel au canon, se mélangent des coups de fusil.

Tout d’un coup, nous entendons du bruit aux environs ; ce sont les pompiers qui arrivent dans la rue Courmeaux. Du sous-sol, par les bribes de conversation qui nous parviennent, nous pouvons suivre les préparatifs de leur manœuvre ; ils développent leurs tuyaux. Je reconnais la voix flûtée de Marcelot, le chef-fontainier du Service des eaux de la ville ; il les a accompagnés et leur donne des indications pour trouver les prises d’eau. Vers 3 h, on n’entend plus que quelques détonations de nos pièces.

Je quitte alors la maison n°10 mais, avant de rentrer au 8, je tiens à connaître exactement les emplacements des incendies des alentours.

Descendant la rue Cérès, je vois flamber entièrement le café Louis XV, n° 5 de cette rue, puis, guidé par les lueurs, le deux maisons n° 33 et 35 de la rue Eugène Desteuque ; plus loin, une dépendance de la maison Philippe, rue Ponsardin 7, est également en feu. Revenant sur la rue Cérès, j’entends, de là, les crépitements d’autres sinistres et montant vers l’Esplanade, lorsque j’ai tourné à gauche, pour rentrer par la rue Courmeaux, je m’aperçois que ce sont les deux coins de cette rue et du boulevard Lundy, c’est-à-dire, d’un côté, l’école communale de filles sise rue Courmeaux 46 et de l’autre, l’hôtel Raoul de Bary, 3 boulevard Lundy, qui sont absolument en plein feu. Quelques pompiers – cinq ou six – sont sur place, avec deux ou trois curieux sortis comme moi. Je ne m’attarde pas ; regarder brûler ici ou là, c’est tout ce que l’on peut faire. Filant entre ces deux incendies dévorants, je passe devant la maison 47, rue Courmeaux que j’avais remarquée quand j’étais remonté pour la première fois du sous-sol ; elle achève de se consumer tandis qu’un pompier l’arrose – et je vais me coucher.
Vers 4 heures, nos pièces reprennent leur tir, qui se continue jusqu’à 5 h. Décidément, la nuit sera blanche ; ce n’est pas la peine d’essayer de dormir.

À 6 heures, je suis debout et repars pour une tournée d’un rayon plus étendu, en direction des endroits où s’annoncent d’autres foyers. L’importante imprimerie Matot-Braine, 6 et 8 rue du Cadran-Saint-Pierre, brûle à cette heure sue toute son étendue, jusque dans l’impasse Saint-Pierre ; il en est de même de l’école voisine, de la rue du Carrouge 7 bis, en feu de haut en bas. De l’autre côté, tout près, le grand magasin de vêtements « À la Ville d’Elbeuf » 19, rue de l’Arbalète est aussi entièrement en flammes, – enfin, prenant la rue de Pouilly, j’arrive sur la place de l’hôtel de ville pour voir brûler encore la maison Fournier, 2 rue de Mars.

Surpris alors en apercevant, de cet endroit, un incendie vers la rue du Cloître, je me dirige en hâte par-là, craignant que l’immeuble de mon beau-frère ait été atteint à nouveau, comme le 21 février. C’est le fond de la maison Bonnefoy, n° 7 de la rue, communiquant avec le n° 8 de la rue de l’Université, qui se consume. En revenant sur la place Royale, l’odeur particulière dégagée par les obus incendiaires m’arrête à l’angle de la rue du Cloître, car elle indique bien qu’il a dû en tomber encore à proximité ; en effet, un voisin me dit avoir contribué à éteindre le commencement d’incendie qui s’était déclaré au-dessus du bureau de la maison de déménagement Poulingue, au n°4 de la place. Il paraît que la maison Walbaum, 38 rue des Moissons aurait été incendiée aussi ; c’est trop loin, le temps dont je dispose ne me permet pas de porter jusque-là ma curiosité.

En passant devant la maison Genot & Chomer, du côté de l’ancien hôtel de la Douane faisant angle avec la rue de l’Université, je remarque qu’un obus a fait tomber de la corniche de l’immeuble une pierre de taille de très fortes proportions. Par son poids, elle s’est encastrée de la moitié de sa hauteur dans les pavés du trottoir ; enfin, en arrivant à l’hôtel de ville, je vois le trou formé dans le macadam de la cour – ainsi qu’il y a huit jours – par un nouvel obus incendiaire.

En somme, terrible nuit, au cours de laquelle notre ville est les Rémois ont dû supporter une recrudescence de la rage furieuse de l’ennemi.

Le feu, cette fois, a fait des ravages considérables. Il y a encore des victimes, c’est fatal, car si les habitants peuvent à la rigueur essayer, dans certains cas, de préserver leur maison de l’incendie, ils sont malheureusement tous – malgré les précautions – à la merci de l’obus aveugle qui sème la mort à tort et à travers.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Lundi 1er – Malade – Aéroplanes, canons, bombes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi ler mars

L’artillerie belge démolit deux ouvrages ennemis près de Dixmude, tandis que l’infanterie belge progresse sur la rive droite de l’Yser; nous arrêtons une attaque près d’Albert.
L’ennemi se venge de ses défaites en lançant 60 obus sur Reims et 200 sur Soissons.
Nos progrès sont importants en Champagne, dans les régions de Perthes et de Beauséjour : ouvrages enlevés, contre-attaques brisées, plus de 2000 mètres de tranchées occupés: plus de 1000 Allemands capturés; combat d’artillerie sur les Hauts-de-Meuse. En Argonne, succès sérieux; nous prenons 300 mètres de tranchées à l’ouest de Boureuilles et notre infanterie s’installe sur le plateau de Vauquois.
L’offensive russe se déploie victorieusement sur le front de Pologne. Nos alliés ont réoccupé Prasznisch, en infligeant d’énormes pertes aux troupes de Hindenburg.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 5 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

5  NOVEMBRE ; jeudi –

8  heures 3/4 ; Vive canonnade ; des obus perdus viennent siffler et éclater dans nos parages Quelle horreur que ces éclats sauvages en pleine nuit. J’entends dans la rue les gens descendus en hâte des étages s’interpellant, se pressant de gagner la cave la plus proche…

Dieu, sauvez la France !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Jeudi 5 novembre 1914

54ème et 52ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Tout a été calme, les journaux ont l’air (?) de dire qu’ils reculent. On ne s’en aperçoit guère ici !

Mon petit clerc Malet vient de passer pour me donner sa nouvelle adresse, attendu qu’une des bombes de l’aéroplane d’avant-hier est tombée sur sa maison 49, rue de Courcelles et l’a démolie. Leur appartement  n’a pas été trop abîmé ainsi que le mobilier, mais il a fallu déloger. Pas d’accident de personnes heureusement.

10h3/4 soir  Journée tranquille. Ai eu à déjeuner l’abbé Andrieux qui cherche à se faire enrôler comme aumônier militaire. Ecris pas mal de lettres. Dîné, puis monté dans ma chambre pour écrire à Marie-Louise et à ma chère femme. Il est 8h. Comme j’écrivais cette dernière, j’entendis une canonnade et une fusillade terrible vers 8h1/2. A 8h3/4 j’interromps ma lettre…  par un mais…   Je disais à ma pauvre femme : « J’entends du canon, j’arrête un instant, il est 8h3/4, mais… » Je vais voir à ma fenêtre d’où cela vient et ce que c’est, mais, à mon mais…  Un sifflement et un boum formidable à 10 mètres !! Je laisse ma lettre en plan, je prends mes clefs de cave, mon pardessus, j’allume une bougie, j’éteins l’électricité et je descends à la cave, à l’entrée de laquelle m’attend ma fidèle…   Adèle ! A 8h40 nous étions dans notre tanière. Le bombardement a duré de 8h3/4 à 9h3/4, 4 à 5 obus ont dû tomber fort près. Nous saurons cela demain. Nous remontons à 10h1/4. Je regarde dans la rue en fermant la porte d’entrée. Clair de lune ! Pas de décombres dans la rue, donc c’est plus loin, mais c’est une alerte qui a compté.

Je vais tâcher de dormir ! si les…  barbares le veulent…  le permettent !! Dieu quand verrons-nous la fin de cette vie misérable ?!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Il nous a fallu encore nous relever cette nuit à cause d’une canonnade toute proche, des nombreux sifflements et de l’arrivée, assez près, d’obus de différents calibres.

Ce matin, en allant au bureau, j’ai tenu à faire une tournée pour me rendre compte des dégâts causés au cours de la nuit. Il paraît évident que la cathédrale a été visée de nouveau ; de gros projectiles sont tombés rue du Cardinal-de-Lorraine, rue de l’École de Médecine (maison Abelé) ; sur la pharmacie de la place du Parvis, rue Libergier, rue Colbert et rue du Cadran-Saint-Pierre.

Dans Le Courrier de ce jour, on lit cet article :

Le crime de Reims – l’État de la cathédrale.

En réponse au chapitre métropolitain de Notre-Dame de Paris, M. L’abbé Landieux, curé de la cathédrale de Reims, donne les renseignements qui voici sur l’état de la cathédrale.

Il y a eu trois foyers d’incendie : l’échafaudage du portail, les combles de la grande nef et l’abside.

Au point de vue artistique, il y a des ruines irréparables. L’édifice a mieux résisté qu’on ne l’a cru. Notre cathédrale, avec ses deux trous, garde sa grande allure. Elle domine, fière et majestueuse, le monceau de ruines qu’est, de ce côté, le cintre de la ville ; des quartiers incendiés, avec le vieil archevêché et le palais des rois, dont il ne reste rien, que la chapelle.

Les pierres, cependant, sont assez profondément calcinées. Les toits et les charpentes n’existent plus : les voûtes ont résisté. Les clochez sont fondues. La tour sud n’a pas été atteinte ; les bourdons sont intacts : ils sonneront le Te Deum quand même à l’heure de la victoire.

La plupart des verrières sont détruites, soit pas les bombes, soit par le feu.

L’intérieur a relativement peu souffert ; nous avons pu sauver le Trésor.

Et maintenant, quand rentrerons-nous dans notre chère cathédrale ?

Si le bombardement sauvage qui nous accable depuis plus de trois semaines, même la nuit, cessait, on commencerait de suite les travaux de protection et nous pourrions, dans quelques mois peut-être, reprendre possession de l’abside. Mais quand serons-nous délivrée de cette infernale batterie de Berru, que rien ne peut réduire ? Il ne semble pas que ce soit demain.

Ces sacrifices, du moins, compteront devant Dieu, avec les larmes des mères et le sang de nos soldats, pour la rançon de la France.

A la suite des renseignements donnés sur l’origine de l’incendie, par M. l’Archiprêtre de Notre-Dame, on peut noter aujourd’hui, que parmi les divers documents photographiques très intéressants connus depuis le désastre, un instantané 9 x12, pris de la rue Libergier par M. l’abbé Dage, le 19 septembre 1914, fait voir nettement des foyers incendiaires à deux endroits, vers les 5e et 9e ou 10e étages de l’énorme échafaudage qui flanquait la tour nord de la cathédrale, en montant du sol jusqu’au dessus de la galerie des rois.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Nuit tranquille : matinée tranquille. Visite à M. le Curé de S. Maurice. J’irai le lundi 9 dire la messe de clôture de la Neuvaine, à 7 heures. Matinée tranquille. Réception de la lettre de M. Hertzog datée du 30 octobre.

de 9 à 10 h du soir, terrible bombardement, le plus effrayant de tous. Il atteint la maison Henri Abelé, Baucourt, une autre à gauche de la rue du Cardinal de Lorraine, jusqu’en face des Sœurs de l’Adoration Réparatrice. On visait sans doute la Cathédrale ; c’est peut-être la vérification de la menace de M. O. Bethmann Hollweg. Un obus dévaste notre Fourneau Économique, 15 rue Brûlée.

Écrit au Cardinal Gasquet et au Cardinal Gasparri par occasion. Réponse à l’Agence Havas, Bethmann Hollweg. Lettre du Grand Rabbin de Lille sur la Cathédrale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

La bataille a tenu éveillés, dans la nuit du 4 ou 5, les habitants des faubourgs, alors que le Centre de la ville n’a presque rien entendu.

C’est ainsi que nous avons pu reposer sans nous douter de rien.

En fin du déjeuner pris en compagnie de Mme Jacquesson, sont distribuées : 1° Lettre Henri (3 9bre) parlant des instructions qu’il se propose de passer à Jeanne concernant la somme (et l’emploi à en faire) dont elle aura à donner décharge à M. Delaigle, directeur de l’usine de Bétheniville, actuellement réfugié à Épernay.

Il dit aussi que sa santé ne le satisfait qu’à moitié, ce dont je prends tout de suite contrariété.

2° Lettre Jeanne (1er 9bre) sans nouvelle marquante.

À 16H je rencontre Arthur Pérard qui rentre de l’Yonne où il était parti le 31 août avec ses parents : son frère Jules est dans le Centre.

20H1/2 jusque 22H3/4 descente et séjour en cave imposés par le violent bombardement subi ; les obus font rage dans le quartier, ce que ne laissait que trop prévoir la reconnaissance aérienne faite dans l’après-midi par un avion allemand, et au cours de laquelle il avait plusieurs fois tracé le même cercle dans l’espace compris entre la gare et le théâtre.

À 23H nous montons coucher, sans espoir de repos tranquille.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Octave Forsant

Jeudi 5 novembre. — Je viens de faire une promenade noc­turne dans la ville. Le spectacle de Reims le soir vaut d’être décrit. Depuis les bombardements de septembre, il n’y a plus ni gaz ni électricité : on s’éclaire au pétrole. Mais comme nous sommes sur le front, l’autorité militaire a interdit depuis quelques jours tout éclairage des rues et même toute filtration de lumière par les portes ou les fenêtres des appartenons. Il parait qu’il y aurait encore des espions qui la nuit font des signaux optiques à l’ennemi. Si bien que cette ville, autrefois ruisselante de lumière le soir, est maintenant, à la chute du jour, plongée dans la plus noire obscurité. La circulation devient difficile, inquié­tante même. On marche à tâtons, se heurtant parfois les uns les autres ou buttant contre les poteaux du trolley des tramways. Cependant, de distance en distance, s’allument de petites lampes électriques qui brillent quelques secondes puis s’éteignent pour se rallumer un peu plus loin. On dirait une procession d’étoiles; c’est très pittoresque, mais beaucoup moins pratique, parce que ces lampes aveuglent le passant qui vient se heurter contre vous. La nuit, on s’enferme chez soi : défense de sortir de huit heures du soir à six heures du matin. On n’a pas idée combien cet isolement, cette claustra­tion forcée, douze heures sur vingt-quatre, est pénible, ni de quelle interminable longueur semblent les nuits !

Source 1 : Wikisource.org


Victimes civiles tuées ce jour :


Jeudi 5 novembre

Les Allemands, qui voulaient franchir l’Yser, battent réellement en retraite, malgré leur grand nombre : ils étaient, paraît-il, 500.000, mais auraient perdu 100.000 hommes… Sur les pentes au nord de l’Aisne, vers Vailly, nous avons regagné à peu près tout le terrain cédé.

Les troupes russes, qui poursuivaient à gauche de la Vistule, les Austro-Allemands vaincus ont repris Kielce et un grand nombre de localités en arrière, dans la direction de la frontière silésienne. Le quartier général allemand a été transporté à Gentoschau, près de cette frontière. Von Hindenburg n’est pas plus heureux en Prusse orientale, où se dessinne progressivement l’offensive de nos alliés.
La flotte allemande a fait son apparition sur la côte orientale anglaise, à Yarmouth, mais elle a dû se retirer devant l’arrivée de l’escadre anglaise, après avoir, il est vrai, coulé un sous-marin.
Les forces navales franco-anglaises ont bombardé l’entrée du détroit des Dardanelles où l’on croit qu’un fort aurait sauté. De leur côté, les troupes russes de Transcaucasie ont franchi la frontière de l’Arménie ottomane. Le cabinet de Constantinople est d’ailleurs loin d’être uni, et plusieurs ministres, dont le ministre des Finances Djavid bey, ont démissionné pour ne point se solidariser avec la politique insensée d’Enver bey.
La forteresse allemande de Kiao-Tcheou, sur le littoral chinois, est sur le point d’être anéantie par le bombardement qu’opèrent les Japonais. Un croiseur allemand a coulé dans le port.
Le cabinet italien est complètement formé. C’est M. Sonnino, déjà deux fois président du Conseil, qui prend le portefeuille des Affaires étrangères.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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