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Vendredi 27 octobre 1916

Louis Guédet

Vendredi 27 octobre 1916

776ème et 774ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Temps gris, de gros nuages, pluie, brouillard, brume, temps sombre, mais quelle journée. J’en ai bras et jambes rompus.

Ce matin à 7h1/4 des bombes sifflent, je finis ma toilette en hâte, çà tape surtout du côté Hôtel de Ville. Je me mets à mon travail pour mettre tout en règle avant mon départ de demain. Vers 8h3/4, voilà ma bonne qui m’arrive toute bouleversée : « M’sieur la femme de Bompas (notre appariteur de la Chambre des Notaires), est blessée grièvement, une bombe est tombée près de l’Hôtel de Ville et a tué et blessé 6 à 7 personnes ». Je la calme et me dispose à partir pour le Palais où j’ai audience civile à 9h. Je passe au Palais. Personne. J’attends et enfin Landréat mon greffier me dit que ses gens ne sont pas venus. Je me dispose à pousser jusqu’à la Chambre des Notaires pour voir Bompas et me renseigner. En route, rue des 2 anges (ancienne rue disparue en 1924 lors de la création du Cours Langlet), je rencontre Dondaine qui me dit de venir de quitter Bompas qui est fou de douleur, sa femme est à St Marcoul (Noël-Caqué) (l’Hospice St Marcoul a pris le nom de Noël-Caqué en 1902, il était situé entre la rue Brûlée et la rue Chanzy) et Dondaine ne parait pas se faire d’illusions sur son état alarmant. Je passe à la Chambre place de l’Hôtel de Ville, 2. Je trouve le Bompas dans un état de désespoir navrant. Je tâche de le remonter quand des bombes se remettent à tomber. J’emmène ce malheureux avec une voisine à l’Hôtel de Ville dans la cave. Çà tombe dru tout autour. Je remonte et cause  quelques instants avec le Maire dans son cabinet et Raïssac. Vers 9h3/4 je quitte l’Hôtel de Ville, à peine arrivé rue de Pouilly, en face des Galeries Rémoises, çà retape fort. J’entre et descend dans la cave où je trouve tout le personnel du magasin réfugié là, avec des soldats et des officiers. Vers 10h1/4 je repars, mais rue des Capucins çà recommence. J’entre chez Brunot le chaudronnier (Jules Brunot, chauffeur des chaudières des Teintureries Censier-Renaud (1886-1954)), en face du Commissariat de police du 1er canton, enfin je refile chez moi non sans entendre siffler et éclater tout autour de moi. Je trouve tout mon monde dans la cave, il est 11h. Nous y restons jusqu’à 12h1/2. Mon brave papa Millet se risque à partir chez lui. Cela n’est pas sans m’ennuyer, quoique cela ne tombe pas dans son quartier rue Souyn (rue Guillaume depuis 1935). Nous déjeunons vers 1h, mais à 1h3/4 il faut redescendre en cave, pour m’occuper je fais un dépôt de publication de mariage pour Béliard, apporté ce matin sans le registre de la Chambre. On remonte, on redescend, bref cela continue jusqu’à 5h. Je fais ma valise en hâte. J’écris quelques lettres et je termine par ces notes.

Je suis rompu. Quelle journée ! Pourvu qu’ils nous laissent tranquilles la nuit. Nous sommes comme des condamnés à mort. Je pars quand même demain matin, quitte à revenir pour les obsèques de cette malheureuse femme de Bompas si elle succombe. Pour ce pauvre garçon je souhaite de tout mon cœur qu’elle survive. C’était un ménage fort uni. Je suis tout bouleversé de son désespoir. Pas de nouvelles depuis et je ne puis réellement me résigner à sortir. Ce ne serait vraiment pas prudent.

Je ne sais pas si je pourrais résister plus longtemps à de telles secousses. Non ! c’est trop, et puis on n’est plus aussi fort après une vie pareille sui dure depuis 25 mois.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

27 octobre 1916 – A 7 h 1/4, de nombreux sifflements se font subitement entendre pendant quelques instants ; les obus arrivent sur la ville par rafales. Nos pièces ouvrent alors le feu et ne tardent pas à faire cesser le tir ennemi.
Vers 8 heures, en me rendant au bureau par le haut du boulevard Lundy, tout en me promenant, je m’aperçois qu’un projectile est entré tout à l’heure dans la façade de l’hôtel Olry-Roederer, sis au n° 15 de ce boulevard ; passé la rue Coquebert, je vois qu’un entonnoir a été creusé aussi ce matin, par un obus, devant le grand immeuble portant le n° 13, où sont les bureaux de la même maison de vins de Champagne. Dans la rue Courmeaux, un trou d’entrée existe dans le mur de la maison faisant angle sur la me Legendre et ayant le n° 11 de cette dernière. Rue Colbert, devant la Banque de France, un obus a fait explosion, tuant un homme et blessant MM. Marcelot, chef-fontainier et Fossier, du Service des eaux de la ville ; des traces de sang vont jusqu’à la boulangerie Leroy, rue  de Tambour, au coin de la rue Cotta, où tous deux sont parvenus à se réfugier. Un obus encore, est tombé contre le mur de l’hôtel de ville, à l’entrée de la rue de Mars, blessant très grièvement la femme du concierge de la Chambre des notaires. D’autres, enfin, ont également éclaté dans les environs.
Dans la matinée, le bombardement continue ; il est mené violemment. A plusieurs reprises, au bureau, nous devons suspendre le travail pour gagner les couloirs.
Autour de midi, le calme étant revenu, je puis aller déjeuner place Amélie-Doublié. J’en repars à midi 45, dans le but de faire, si possible, une nouvelle tournée en curieux, à la suite des séances sérieuses de la matinée et je me dirige vers la rue Bonhomme et alentours, afin de me tenir à proximité de l’hôtel de ville en cas de nouveau danger.
Après avoir circulé dans le quartier des ruines, rue des Marmousets, Eugène-Desteuque, etc., le moment vient de penser à me rapprocher de la Mairie pour reprendre mon travail à 14 heures, et, alors que je débouche tout doucement de la rue de l’Université, sur la place Royale, le bombardement recommence brusquement, furieux.
Il est 13 h 40 ; des rafales de huit à dix obus à la fois s’abattent très rapidement en plein centre. Il ne me faut plus songer à traverser la place pour l’instant. Ma première pensée est de me réfugier dans la maison toute proche de mon beau-frère, rue du Cloître 10, mais je ne vois même pas la possibilité de me risquer jusque là, en essayant de longer le mur de l’ancien hôtel de la douane sans m’exposer davantage. Le mieux est certainement pour moi de ne pas bouger, ou le moins possible ; je me glisse donc seulement, sur une longueur de quelques mètres, contre la maison Genot & Chômer, pour atteindre l’embrasure de la porte.
Un seul homme est là aussi, dans les ruines de la place ; je n’ai pas vu comment il y est arrivé. Blotti contre le dernier pilier des maisons brûlées, à l’angle de la rue Cérès, il se garde bien de remuer non plus, les obus continuant à tomber trop près. Nos regards se croisent et je crois que nous nous comprenons ; nous nous rendons compte que nous sommes très mal pris et tout aussi piteusement abrités l’un que l’autre, qu’il nous faut être uniquement attentifs aux sifflements pour nous aplatir à temps.
Une rafale arrive vers la place des Marchés. J’entends des fracas de vitres brisées, des cris, des appels… J’écoute, plus rien… Une pluie d’éclats… L’un d’eux, de taille, me passe devant la figure, frappe le pavé en faisant un « paf’ sonore et après avoir ressauté, s’arrête contre ma chaussure. C’est une moitié de culot. Sans avoir à faire un pas, je me baisse instinctivement pour la ramasser et je me brûle les doigts ; j’ai oublié que ces morceaux sont toujours servis chauds.
Le tir, sans s’allonger beaucoup me paraissant s’éloigner suffisamment, j’en profite, quelques instants après pour traverser enfin la place et filer rapidement à l’hôtel de ville, tandis que le bombardement continue toujours très violent.
J’apprends, en arrivant, qu’il y a eu malheureusement encore des victimes. Un enfant de 14 ans tué et une douzaine de blessés sous les halles, par un obus tombé au-dessus de la porte d’entrée se trouvant en face de la maison Boucart et par un autre, sur la place, devant l’entrée principale. Deux projectiles sont encore arrivés, en même temps, de l’autre côté de la place des Marchés, vers les maisons historiques, et, par là, un employé auxiliaire de la police, M. Daugny, qui regagnait la mairie, vient d’être tué.
Les petites rues, de la rue Legendre à l’hôtel de ville, ont été fortement éprouvées. Des obus sont tombés dans d’autres voies, autour de l’édifice, où il y a aussi des victimes.
Le tir des pièces ennemies continue pour ne prendre fin qu’à 16 h 1/2. On estime à 1 200, le nombre de projectiles envoyés pendant cette terrible journée.
Il y a cinq morts et une trentaine de blessés dans la population civile et d’assez nombreuses victimes aussi parmi la troupe.
Nous faisons la remarque, au bureau, que pendant un moment, le bombardement a dû être dirigé sur l’hôtel de ville et exécuté un peu court, bon nombre d’obus étant tombés vers les rues de l’Avant-Garde, de l’Echauderie, etc.
En quittant la place royale, j’ai ramassé lestement, à la droite de la statue de Louis XV, un gros éclat que j’avais vu retomber, en même temps que celui qui était venu assez brutalement s’offrir à moi. C’était la seconde partie, complétant parfaitement l’autre, pour former le culot entier d’un 120.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Vendredi 27 – + 5°. Violent bombardement à 7 h. 15 au Pater de ma messe, rue Colbert, place de l’Hôtel de Ville, rue de Mars… Il y aurait 8 tués, nombreux blessés. Nouveau bombardement de 10 h. à 12 h. 1/4, très violent pendant le Conseil. Descente à la cave. Il a porté sur les batteries et sur la ville. De 1 h. à 5 h. 1/2 terrible séance sur la ville. 2 obus sont tombés dans le chantier de la Cathédrale : 1 au pied du 2e contrefort du mur latéral sud, grosse meurtrissure ; l’autre entre le 4e et le 5′ contrefort du même côté, à environ 2 ou 3 mètres du contrefort. On dit qu’il y en a eu sur les voûtes. Un ouvrier me dit qu’il y a 14 ou 16 tués, et 46 blessés. 1 obus à la Maîtrise ; 1 chez Mme Lefort ; 1 dans les ruines de l’Adoration Réparatrice.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 27 octobre

Au nord de la Somme, une attaque ennemie a été repoussée au sud de Bouchavesnes. Lutte d’artillerie dans la région de Sailly-Saillisel et dans le secteur Vermandovillers-Chaulnes.

Sur le front de Verdun, violentes réactions de l’ennemi. Quatre fois les Allemands ont attaqué les positions que nous leur avons enlevées dans le secteur de Douaumont. Deux assauts dirigés sur le fort et sur notre front à l’est, ont été brisés par nos tirs d’artillerie et d’infanterie, malgré le bombardement intense qui les accompagnait. Une troisième et puissante attaque a débouché des bois d’Hardaumont. Les vagues allemandes ont dû refluer en désordre, subissant des pertes importantes. Une quatrième tentative a essuyé également un échec complet. Le front a été intégralement maintenu. Le nombre total des prisonniers décomptés dépasse 5000; de plus, nous avons recueilli plusieurs centaines de blessés.

Les Roumains ont fait reculer 1es troupes de Mackensen dans les cols septentrionaux des Alpes transylvaines. Ils tiennent bons à Predeal; ils ont reculé à l’ouest de la vallée de l’Olt, qui descend de la Tour-Rouge.

On annonce que M. de Koerber, avant d’accepter à Vienne la succession du comte Sturgh, aurait posé des conditions très strictes visant la Hongrie.

Les Serbes ont progressé dans la boucle de la Cerna. Notre cavalerie a occupé plusieurs villages à l’ouest du lac de Prespa.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 1 mars 1915

Louis Guédet

Lundi 1er mars 1915

170ème et 168ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Toute la nuit dernière, vent et tempête de pluie, journée très pénible, venteuse avec des éclaircies de soleil et des giboulées. Il fait vraiment froid. On entendait à peine le canon mais avec cette tempête ce n’est pas étonnant. Je suis toujours fort las et fort triste.

Vu M. Albert Benoist qui croit que nous serons enfin dégagés courant de ce mois !! Dire qu’il y a 6 mois que je traine cette vie misérable !! Et mon cher Jean et mes chers enfants il y a 7 mois qu’ils ont quitté cette maison ci. Et quand reviendront-ils ? Je n’ose l’espérer !! Oh quelle vie de martyr et de souffrance ! J’en tomberai malade !! à n’en pas douter.

Quelle horrible chose que cette vie de prisonnier emmuré dans cette Ville comme dans un tombeau !! Mon Dieu ! aurez-vous enfin pitié de moi, de nous ?!!

Le 2 mars 1915, vers 1 heure du matin, une bombe tombe sur la maison de Louis Guédet.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

La nuit dernière a été calme.

À partir de 17 ½ h, bombardement des différents quartiers de la ville et forte canonnade toute la soirée ?

Fatigué, je me suis couché tôt, ce jour, avec l’espoir de me reposer tout de même. À 22 h, les détonations de plus en plus violentes de nos pièces me réveillent ; je puis me rendormir, mais à minuit, de nombreux sifflements, suivis d’explosions tout près m’obligent à me lever et à retourner, comme il y a huit jours dans le sous-sol de la rue Bonhomme 10, auprès de Mme Beauchard et e son fils Henri. Peu de temps après, les deux voisines d’en face viennent se joindre à nous et ainsi, le groupe des cinq habitants de la rue qui avait passé, en cet endroit, la triste nuit du 21 au 22 février, y est réuni à nouveau, dans les mêmes circonstances.

On cause un peu ; de quoi causer, sinon de la terrible situation faite à Reims depuis le 13 septembre 1914 – sujet unique de conversation sous les obus, qui se termine invariablement là, comme au bureau ou ailleurs, par cette constatation ; voilà plus de cinq mois que nous vivons ainsi ! et par cette question à laquelle personne ne peut répondre : Quand cela finira-t-il ?

Nous sentons le froid à cette heure de la nuit, quoique nous soyons vêtus chaudement et la personne gardant la maison Burnod qui nous reçoit et en même temps nous sait gré d’être venus lui tenir compagnie, prépare le feu tandis que les obus tombent sans arrêt et par instants autour de nous : rues des Marmouzets, de Luxembourg, Legendre, rue Eugène-Desteuque. Quel fracas d’explosions !

Nous craignons que ce ne soient encore des obus incendiaires et nos appréhensions paraissent justifiées lorsque, vers 1 heure, nous entendons un homme courir dans la rue Cérès, en criant : « Au feu ! ». Ses appels restent sans aucun écho. Inquiet cependant, je remonte une demi-heure plus tard avec l’intention d’aller, si possible, entre les sifflements, jeter un coup d’œil rapide aussi bien dans la rue qu’à ses deux extrémités.

D’un côté, sur la rue Cérès, je remarque un important incendie à proximité de la place royale et de l’autre, sur la rue Courmeaux, je vois un immeuble en flammes, dans le haut et à gauche de cette rue ; personne devant la maison qui brûle dans toute sa hauteur. En tournant la tête vers les halles, j’aperçois encore, avec une forte lueur, des flammèches, des étincelles voltigeant par là et provenant de la rue Saint-Crépin.

Le bombardement continue toujours très serré sur le centre et, d’un côté, doit être mené bien près de la ville, car on entend parfaitement des doubles coups de départs suivis immédiatement des sifflements et des arrivées. D’autres projectiles viennent aussi d’endroits plus éloignés, ainsi que l’indiquent les détonations plus sourdes des pièces et la durée des sifflements.

Il est environ 2 h, lorsque je remonte une seconde fois pour retourner à chaque bout de la rue Bonhomme ; d’autres incendies assez proches et très intenses se sont encore déclarés dans le quartier.

À 2 h ½, le tir qui a été aussi angoissant qu’au cours de la nuit du 21 au 22 février, mais a duré seulement moins longtemps, commence à se ralentir. Depuis un moment, notre artillerie riposte ferme et dans le vacarme de ce duel au canon, se mélangent des coups de fusil.

Tout d’un coup, nous entendons du bruit aux environs ; ce sont les pompiers qui arrivent dans la rue Courmeaux. Du sous-sol, par les bribes de conversation qui nous parviennent, nous pouvons suivre les préparatifs de leur manœuvre ; ils développent leurs tuyaux. Je reconnais la voix flûtée de Marcelot, le chef-fontainier du Service des eaux de la ville ; il les a accompagnés et leur donne des indications pour trouver les prises d’eau. Vers 3 h, on n’entend plus que quelques détonations de nos pièces.

Je quitte alors la maison n°10 mais, avant de rentrer au 8, je tiens à connaître exactement les emplacements des incendies des alentours.

Descendant la rue Cérès, je vois flamber entièrement le café Louis XV, n° 5 de cette rue, puis, guidé par les lueurs, le deux maisons n° 33 et 35 de la rue Eugène Desteuque ; plus loin, une dépendance de la maison Philippe, rue Ponsardin 7, est également en feu. Revenant sur la rue Cérès, j’entends, de là, les crépitements d’autres sinistres et montant vers l’Esplanade, lorsque j’ai tourné à gauche, pour rentrer par la rue Courmeaux, je m’aperçois que ce sont les deux coins de cette rue et du boulevard Lundy, c’est-à-dire, d’un côté, l’école communale de filles sise rue Courmeaux 46 et de l’autre, l’hôtel Raoul de Bary, 3 boulevard Lundy, qui sont absolument en plein feu. Quelques pompiers – cinq ou six – sont sur place, avec deux ou trois curieux sortis comme moi. Je ne m’attarde pas ; regarder brûler ici ou là, c’est tout ce que l’on peut faire. Filant entre ces deux incendies dévorants, je passe devant la maison 47, rue Courmeaux que j’avais remarquée quand j’étais remonté pour la première fois du sous-sol ; elle achève de se consumer tandis qu’un pompier l’arrose – et je vais me coucher.
Vers 4 heures, nos pièces reprennent leur tir, qui se continue jusqu’à 5 h. Décidément, la nuit sera blanche ; ce n’est pas la peine d’essayer de dormir.

À 6 heures, je suis debout et repars pour une tournée d’un rayon plus étendu, en direction des endroits où s’annoncent d’autres foyers. L’importante imprimerie Matot-Braine, 6 et 8 rue du Cadran-Saint-Pierre, brûle à cette heure sue toute son étendue, jusque dans l’impasse Saint-Pierre ; il en est de même de l’école voisine, de la rue du Carrouge 7 bis, en feu de haut en bas. De l’autre côté, tout près, le grand magasin de vêtements « À la Ville d’Elbeuf » 19, rue de l’Arbalète est aussi entièrement en flammes, – enfin, prenant la rue de Pouilly, j’arrive sur la place de l’hôtel de ville pour voir brûler encore la maison Fournier, 2 rue de Mars.

Surpris alors en apercevant, de cet endroit, un incendie vers la rue du Cloître, je me dirige en hâte par-là, craignant que l’immeuble de mon beau-frère ait été atteint à nouveau, comme le 21 février. C’est le fond de la maison Bonnefoy, n° 7 de la rue, communiquant avec le n° 8 de la rue de l’Université, qui se consume. En revenant sur la place Royale, l’odeur particulière dégagée par les obus incendiaires m’arrête à l’angle de la rue du Cloître, car elle indique bien qu’il a dû en tomber encore à proximité ; en effet, un voisin me dit avoir contribué à éteindre le commencement d’incendie qui s’était déclaré au-dessus du bureau de la maison de déménagement Poulingue, au n°4 de la place. Il paraît que la maison Walbaum, 38 rue des Moissons aurait été incendiée aussi ; c’est trop loin, le temps dont je dispose ne me permet pas de porter jusque-là ma curiosité.

En passant devant la maison Genot & Chomer, du côté de l’ancien hôtel de la Douane faisant angle avec la rue de l’Université, je remarque qu’un obus a fait tomber de la corniche de l’immeuble une pierre de taille de très fortes proportions. Par son poids, elle s’est encastrée de la moitié de sa hauteur dans les pavés du trottoir ; enfin, en arrivant à l’hôtel de ville, je vois le trou formé dans le macadam de la cour – ainsi qu’il y a huit jours – par un nouvel obus incendiaire.

En somme, terrible nuit, au cours de laquelle notre ville est les Rémois ont dû supporter une recrudescence de la rage furieuse de l’ennemi.

Le feu, cette fois, a fait des ravages considérables. Il y a encore des victimes, c’est fatal, car si les habitants peuvent à la rigueur essayer, dans certains cas, de préserver leur maison de l’incendie, ils sont malheureusement tous – malgré les précautions – à la merci de l’obus aveugle qui sème la mort à tort et à travers.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Lundi 1er – Malade – Aéroplanes, canons, bombes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi ler mars

L’artillerie belge démolit deux ouvrages ennemis près de Dixmude, tandis que l’infanterie belge progresse sur la rive droite de l’Yser; nous arrêtons une attaque près d’Albert.
L’ennemi se venge de ses défaites en lançant 60 obus sur Reims et 200 sur Soissons.
Nos progrès sont importants en Champagne, dans les régions de Perthes et de Beauséjour : ouvrages enlevés, contre-attaques brisées, plus de 2000 mètres de tranchées occupés: plus de 1000 Allemands capturés; combat d’artillerie sur les Hauts-de-Meuse. En Argonne, succès sérieux; nous prenons 300 mètres de tranchées à l’ouest de Boureuilles et notre infanterie s’installe sur le plateau de Vauquois.
L’offensive russe se déploie victorieusement sur le front de Pologne. Nos alliés ont réoccupé Prasznisch, en infligeant d’énormes pertes aux troupes de Hindenburg.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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