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Lundi 25 juin 1917

Louis Guédet

Lundi 25 juin 1917

1017ème et 1015ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 matin  La nuit a été calme. J’ai pu dormir. Ce matin canonnade habituelle. C’est bien fatiguant. Le temps est nuageux, mais la journée s’annonce belle. Les journaux ne disent rien. Je ne sais même plus pourquoi on s’obstine à les lire, pour ce qu’ils nous disent. Des bêtises, des mensonges pour nous leurrer, nous tromper et nous endormir.

Hier soir après dîné j’avais été porter une lettre à la Poste, et en sortant je me suis heurté à M. Jean Bondelle, propriétaire du Café Jean. Jean qui se trouve au coin de la rue Clovis et de la rue Hincmar 41 – 43. Le papa Jean, comme d’ordinaire nous taillons une « bavette », et dans la conversation, comme on causait des décorations dernières, il m’apprend que tous les soirs vers 5h/6h Beauvais, Dor le charcutier, Hapillon, un original, et Joliat (à vérifier) du Grand Bazar, un suisse, venaient pour une heure là à jouer à la Manille et surtout bavarder. C’est là, parait-il, que s’ébauchent les fameuses listes à rubans pour être soumises ensuite au comité…  d’Appel, composé de Dramas, Beauvais, Guichard qui tient alors ses assises dans la salle à manger de Dor, charcutier place Drouet d’Erlon, au coin de la rue St Jacques, impasse St Jacques 2, sous la présidence de la belle ?? et opulente Madame Louis Dor. Voilà comment sous la 3ème République et sous les bombes les décorations sont distribuées. On n’oublie pas les copains, croyez m’en, et encore bien moins ses rancunes politiques et personnelles.

En veine de confidence, le Père Jean me confiait tout cela d’un air convaincu et surtout important. Bref son café est devenu une succursale du Palais de la Légion d’Honneur, excusez du peu. On en aura vu de drôles durant cette Guerre !…  mais surtout des tristes et des navrantes.

Tout à l’heure en allant chercher mes lettres à l’École Professionnelle transformée en Hôtel des Postes, Hôtel de la sous-préfecture, Caserne des Pompiers de Paris, etc…  etc…  et centre du Gouvernement municipal « d’à côté » représenté par l’unique, le seul Beauvais. Je vais tâcher de voir ce dernier pour connaître son sentiment sur l’article du Petit Rémois qui l’a pas mal éreinté, lui et son aréopage politicien. Je suis curieux de voir l’impression qu’il en a, ce sera une étude de psychologie…  politique qui me permettra de l’analyser de plus près. C’est intéressant pour l’avenir de ces notes…

Le Maire de Reims, le Docteur Langlet, né le 7 septembre 1841, 76 ans, champenois de race dont il a la longue et haute stature, posture largement développée, belle tête toute blanche fine, surtout le nez très fin, grande barbe blanche émaciant l’ensemble de cette physionomie de médaille, yeux bleus très perçants et parfois pétillants de malice rusée.

En dehors de son héroïsme durant cette guerre et connue de tous, héroïsme entêté en bon champenois, le caractère du Maire est surtout dominé par cet entêtement contre lequel on ne peut rien. On s’y heurte comme contre un roc. C’est là la seule difficulté qu’on rencontre dans ses rapports avec lui, aussi s’agit-il de le tourner pour arriver avec lui à ce que l’on veut. Il y a un moyen notamment qui réussit assez souvent, c’est avec de la patience de lui insinuer une première fois son idée, mais d’une façon très vague, très superficielle et attendre, pour revenir à la charge quelques temps après pour laisser germer dans son esprit de façon qu’il la croit sienne, alors si vous arrivez à cela, votre idée triomphera et vous aurez réussi. Il est droit, quelque fois brutal, mais rarement. Sa vie est d’une simplicité patriarcale comme ses mœurs. Dans le fond il est particulièrement bon, seule la politique le durcit, et alors il devient 1848 ; vieille barbe à tous crins par principe, et périsse tout plutôt que cela.

Ses débuts dans la vie ont été très durs. D’une famille modeste il est arrivé assez difficilement au doctorat en médecine puis à l’École de Médecine. Très critiqué, très discuté comme capacités professionnelles par ses collègues de l’École surtout, il s’est relié en lui-même, et n’ayant que peu de satisfactions de ce côté, il s’est alors jeté à corps perdu dans la politique avancée. C’est un lutteur, et surtout un tenace, et il est arrivé ainsi à la force du poignet. Et arrivé Maire de Reims, c’est la Guerre qui l’a révélé et a fait de lui ce qu’il est. Une physionomie rémoise pour l’Histoire de notre ville et de la France… Il est foncièrement bon et il a continué à exercer sa profession de médecin et surtout en faveur des pauvres, des petits, des humbles et des malheureux. Au point de vue religieux (sans croyance je crois) à mon avis il n’est et n’a été sectaire que par principe, sans plus, en raison intellectuelle il reviendra à mon avis à des idées plus marquées en matière religieuse, sinon d’une conversion. C’est un humanitaire faisant le bien et agissant par pur sentiment du devoir et par dédain de toute récompense. On dirait qu’il l’accomplit simplement par orgueil de le faire. Pour le principe à ce point de vue c’est un idéologue. Il agit par dédain de tout. Il agit en apôtre, pour l’Idéal qu’il s’est créé. Il est intelligent, subtil, écrivant bien quand il le veut. Mais cette rigidité de mœurs, de caractère, d’idées mêlées à son entêtement inné, parait quelque fois être de l’apathie. Durant l’occupation allemande, et je crois déjà je l’avoir dit dans ces notes, quand il luttait contre les von Zimmer et consorts prussiens, parfois je me suis demandé s’il se rendait bien compte du danger que sa ténacité, sa résistance entêtée lui faisaient courir. Je ne crois pas, et là il y avait certainement dans son esprit et sa conduite une lacune qui pouvait amener les pires catastrophes. En tout cas c’est une belle physionomie digne de passer à la postérité et malgré ses défauts (qui n’en n’a pas) et les critiques dont il a été et il est encore en but. C’est un héroïque Civique, que j’admire sincèrement.

1h1/2 soir  On reparle de l’Évacuation de Reims. (Rayé) eux qui ont tout (rayé) maintenant qu’au lieu (rayé) français (rayé).

5h1/2 soir  Les allemands ont bombardé de midi à 3h du soir sans discontinuer vers le Barbâtre et le Faubourg Cérès, sans qu’un seul canon des nôtres ne répondit !! Tout le monde croit et ne s’en cache pas que nos états-majors le font exprès pour nous forcer à partir. C’est honteux. Ces jours-là on ne voit pas un officier courir les rues soyez-en certain.

Les trois-quarts de la page suivante ont été découpés.

…tirer de sous, et allez donc.

6h1/4 soir  Canon et bombardement toute la journée, on en est assommé. Ils ont tiré surtout sur St Nicaise où nous avons des batteries, sur Ste Anne, et un peu partout. C’est bien fatiguant et surtout déprimant, on est continuellement en éveil, et tout en travaillant on est en alerte. Reçu lettre du Procureur de la République qui me demande de lui signaler les confrères de l’arrondissement cités et décorés. Sur 39 notaires de l’arrondissement il y avait 16 mobilisés…

Les trois-quarts de la page suivante ont été découpés.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

25 juin 1917 – L’ennemi redouble d’acharnement vis-à-vis de nous. Bombar­dement des plus serrés sur les batteries de la rue Hennequin et le quartier Neufchâtel, qui est massacré de la place Luton à la rue Blondel.

Reprise du bombardement vers le Barbâtre.
Le communiqué annonce aujourd’hui 1 200 obus pour la journée du 24.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi 25 – + 15°. Aéroplanes, tir contre eux. Visite à Clairmarais avec M. Abelé (le Curé). De 1 h. à 6 h. Bombardement acharné. De 12 h. à 6 h. des éclats tombent chez nous. Visite de M. Pierre Abelé.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 25 juin

A l’est de Vauxaillon, une vive contre-attaque nous a rendu la majeure partie du saillant encore tenu par l’ennemi au nord-est de la ferme Moisy.

Assez grande activité des deux artilleries dans la région Hurtebise-Craonne. Au sud de Juvincourt, nos contre-batteries ont enrayé un violent bombardement de nos lignes. Une contre-attaque allemande, qui se préparait dans cette région, n’a pu sortir de ses tranchées sous la violence de nos feux.

En Champagne, nous avons aisément repoussé une attaque ennemie au nord-est du Cornillet.

Vers Auberive, nous avons effectué un coup de main et ramené des prisonniers.

Canonnade sur la rive gauche de la Meuse.

Sur le front belge, les Allemands bombardent la région de Dixmude et de Steenstraete-Hetsas. Lutte de bombes à la Maison-du-Passeur. Les Anglais ont fait des prisonniers au sud de la Scarpe, au cours d’engagements de patrouilles. Canonnade vers Croisilles et Messines.

En Macédoine, rencontre de patrouilles dans la région du lac Doiran. A l’est du lac Presba, l’ennemi a exécuté de violents tirs d’artillerie et de mitrailleuses sur nos tranchées : il n’a tenté aucune action d’infanterie.

Le nouveau cabinet von Seidler, composé de fonctionnaires, est constitué à Vienne.

Un complot allemand, sur lequel le Storthing délibère en secret, a été découvert en Norvège.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 8 mai 1917

Louis Guédet

Mardi 8 mai 1917

969ème et 967ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Temps de pluie, d’ondées, lourdes. Quelques bruits de bataille et bombardement, situation stagnante ! Bref nous voilà remis aux temps indéterminés avec tous les carnages accoutumés. Je me décide donc à partir vendredi. Tout cela me dégoute, je vais me reposer, je suis exténué.

Courrier assez volumineux. Une femme (m’enguirlande) parce que je ne lui envoie pas le solde de son livret de Caisse d’Épargne, soit une centaine de francs, et il m’est peut-être dû plus comme défausses…  Je vais la prier de venir chercher son compte et son argent, cela la refroidira et je serai tranquille jusqu’à la fin de la Guerre, et j’y perdrai encore mes honoraires et excédant de frais je parie !!

Commandé ma voiture pour vendredi 5h1/2 matin, arriverai à Épernay vers 9h, verrai à mes coffres, le Procureur, etc…  repartirai à 10h09 ou 11h09, passerai voir André à Châlons et reprendrai le train de 3h3/4 pour St Martin. De là été Ville, vu le Maire, de Bruignac, je les préviens de mon absence, ils me remettront des lettres jeudi s’il y a lieu…  Vu l’abbé Camu en passant, qui me dit ce que je savais en partie (et lui ignore le reste en ce qui me concerne et Houlon), proposition pour la Légion d’Honneur par le Maire et Lenoir de : Charbonneaux, de Bruignac, Beauvais (!), Dramas (!) (de l’Éclaireur de l’Est), Dr Harman (il ne l’a pas volée), capitaine Geoffroy, des Pompiers de Paris, et Mgr Luçon. Rentré chez moi, écrit lettres, et longue la fin de la journée, pluvieuse, nuageuse, triste et froide car il faut descendre en cave !!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

8 mai 1917 – Bombardement. Shrapnells à midi, vers le centre et la place des Marchés.

Dès 9 h 1/2, ce jour, M. Martin, secrétaire général de la sous-préfecture, me prévient dans la cave où nous travaillons (6, rue de Mars) que M. le sous-préfet, délégué à cet effet, m’attend pour recevoir le serment que je devais prêter devant le préfet, en qualité de directeur-caissier du mont-de-piété.

Nous avions vu, le matin même, M. Bailliez, sous-préfet de Reims, venir prendre place dans le petit caveau où se tiennent les membres de l’administration municipale.

Je me présente, avec mon arrêté de nomination et la quittance justifiant du versement du cautionnement auquel je suis assujetti. M. Bailliez est installé à une petite table, face au mur. Il jette un coup d’œil sur mes pièces et lit la formule du serment, rédigée sur timbre, puis me dit :

« Levez la main droite et dites : Je le jure.
– Je le jure.
– La cérémonie est terminée, ajoute-t-il. Je vous ferai remettre le procès-verbal quand il aura été enregistré. »

Formalité administrative que doit suivre encore, maintenant, la remise du service par le receveur des finances — quand elle sera possible.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 8 – + 13°. Nuit tranquille à Reims. Matinée calme jusqu’à 11 h. 30. A 11 h. 45, bombes sèches près de nous. Bombardement après-midi, place Luton, à la charité. Visite aux blessés civils et militaires de la Charité. Rencontre de M. Guichard. L’Aumônier de la 152e division avec un Capitaine, décoré de la Légion d’Honneur du matin, venaient m’inviter à aller voir leurs soldats. Mais ils s’en vont de Gueux à Berméricourt. Souscription dans la Croix de l’Ain – remerciements à M. Covert (Recueil, p. 123).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mardi 8 mai

Au cours de la journée, l’ennemi n’a pas renouvelé ses tentatives dans la région au nord du moulin de Laffaux et sur le chemin des Dames. La lutte d’artillerie s’est poursuivie avec violence, notamment vers Hurtebise et dans le secteur de Craonne, où nos troupes ont consolidé leurs positions sur le plateau de Californie. Au dire des prisonniers faits sur cette partie du front, quatre régiments frais, qui ont participé aux attaques infructueuses sur ce plateau, ont subi de très grosses pertes.
Au nord-ouest de Reims, nous avons réussi une opération de détail qui nous a permis d’élargir sensiblement nos positions au sud de Sapigneul. Une centaine de prisonniers, dont deux officiers, sont restés entre nos mains.
Sur le front britannique, l’ennemi a, par trois fois, contre-attaqué les positions de nos alliés au sud de la Souchez. La première vague, qui a réussi à atteindre la pente en avant des tranchées, a été détruite par les feux d’infanterie et de mitrailleuses. Les autres ont dû refluer en désordre. Pas un Allemand n’est parvenu jusqu’à nos alliés.
En Macédoine, nos troupes, de concert avec les contingents venizelistes, ont occupé les avancées ennemies sur un front de 5 kilomètres.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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vendredi 2 octobre 2014

Abbé Rémi Thinot

2 OCTOBRE – Vendredi –

Le Cardinal est venu dire la messe à 8 heures à la Mission ce matin et a donné l’instruction.

Dans une première partie, il a expliqué qu’étant à Rome, les journaux lui apportaient – ainsi les envoyées au saint-homme Job – tous les jours la nouvelle d’un malheur plus grand dans son diocèse et sa ville épiscopale ; comme Jérémie, il est rentré pour pleurer sur des ruines, partager les épreuves de son peuple. Comme David, il faut dire le Miserere, le Miserere de la France qui devra réintégrer Dieu partout avant de mériter la victoire.

Dans une deuxième partie, le Cardinal a raconté l’élection de Benoit XV.

Quelques obus de campagne à 5 heures 1/4 ; par séries de 4, pour répondre à des batteries. Je continue à croire que le rideau qui demeure cache une retraite à quelques kilomètres en arrière, où ils se retranchent à nouveau. Nous ne sommes pas à la fin.

Hier, un aéroplane allemand a jeté plusieurs bombes ; une est tombée sur les Promenades, l’autre rue du Marc. Pas de victimes.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Gilles Guédet

Vendredi 2 octobre 1914

21ème et 19ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Cette nuit a été relativement calme, et contrairement à mes espoirs de la soirée il y a eu un combat vers 1h1/2 du matin, et ensuite un aéroplane est venu survoler la ville, poursuivi par la fusillade de nos troupes.

Depuis ce matin pas un coup de canon, pas un coup de fusil.

J’ai préparé le projet de convention demandé par M. Charles Heidsieck et M. Raoul de Bary pour s’engager solidairement (les 8 négociants en vins de Champagne) entre eux à rembourser et se porter caution des 800 000 Francs que les banques locales leur font pour faire des avances aux vignerons, leur verser des acomptes sur le prix de leurs vins et payer leurs ouvriers, et ensuite la porter chez M. Charles Heidsieck rue St Hilaire 8. Hier soir vers 5h, au coin de cette rue et de la rue de l’Échauderie (rue disparue en 1924 à la création de la place Léon-Bourgeois) est tombé un obus lancé par un aéroplane, dégâts insignifiants. Il en a été lancé une rue de Vesle également.

Vu Heckel qui est installé chez M. Georgin. Il me dit qu’on lui aurait appris que Louis Leclerc, mon clerc liquidateur, soldat au 151ème de ligne aurait été blessé à Verdun. Pourvu que ce ne soit pas grave, car c’est un bien brave garçon si dévoué ! De tous mes clercs partis combien m’en reviendra-t-il !!??

Depuis le 4 septembre on estime de 600 à 700 les victimes civiles des bombardements. Je reçois à l’instant de M. le Procureur de la République une invitation à me rendre à la salle d’audience du Tribunal (Augustins) aujourd’hui à 2h de l’après-midi : « Audience de rentrée ». « Discours » porte la lettre. J’irai, mais c’est la première fois que je reçois semblable invitation.

1h1/2  Toujours rien, pas un bruit, pas un coup de fusil ni un coup de canon ! C’est singulier ! Allons au tribunal. Nous trouverons peut-être à glaner quelque chose et à avoir des nouvelles !!

3h  Je rentre de l’Audience de Rentrée, présidée par M. le Procureur de la République Bossu qui a prononcé le discours d’usage devant les 3 sièges vides du Président et de ses 2 assesseurs. Villain, greffier du tribunal civil était à son siège.

Étaient en outre présents :

  1. Mennesson-Dupont, avocat, bâtonnier sortant
  2. Huc, avocat
  3. Dargent, avoué, le seul restant à Reims comme moi comme notaire.
  4. Lottin, juge de Paix des 1er et 3ème cantons de Reims
  5. Guédet, notaire à Reims, seul resté à Reims.

M.M. Mathieu, Jonval, Charpentier, greffiers auxiliaires du tribunal.
M.M. Poterlot et Lepage, anciens huissiers.
Et Touillard (à vérifier), concierge du Tribunal

En tout treize présents.

La séance est levée après le discours du Procureur et quelques mots de remerciements de M. Mennesson-Dupont et M. Dargent.

Procès-verbal de l’Audience de Rentrée du Tribunal de 1ère instance de Reims

2 octobre 1914

Reims Typographie et Lithographie de l’Imprimerie Nouvelle  11, rue du Cloître, 11  –  1914

L’an mil neuf cent quatorze, le vendredi deux Octobre, à deux heures de relevée :

  1. le Procureur de la République a fait son entrée dans l’auditoire et a déclaré ouverte l’audience solennelle de rentrée,

Étaient présents :

  1. Louis Bossu, Procureur de la République, chevalier de la Légion d’Honneur ;
  2. Gustave Villain, greffier ;

Mathieu, Jonval et Charpentier, commis greffiers.

Absents à l’armée :

  1. Lyon-Caen, substitut ;

Grenier, Lucas, Braibant et Mathieu, juges suppléants ;

Laurent et Mayot, commis greffiers.

Absents et empêchés par les événements de rejoindre leur poste :

  1. Hù, président, chevalier de la Légion d’honneur ;

Bouvier, vice-président ;

Delaunay et Baudoin-Bugnet, juges d’instruction ;

Creté, Texier et Hautefeuille, juges.

Absent comme délégué à un autre tribunal :

  1. de Cardaillac, substitut.
  2. le Procureur de la République a déclaré l’audience solennellement ouverte et a prononcé le discours suivant :

« Nous sommes bien peu nombreux, Messieurs, pour solenniser aujourd’hui une audience de rentrée.

» Cinq d’entre nous, et c’est à eux que doit aller notre première pensée, sont à ce moment devant l’ennemi : M. le substitut Lyon-Caen, MM. Les juges suppléants Grenier, Lucas, Braibant et Mathieu, sans compter nos deux commis greffiers MM. Laurent et Mayot, font bravement leur devoir de Français à la frontière et nous les connaissons assez pour être sûr qu’ils le font tout entier.

» Nos autres collègues attendent, pour la plupart, depuis huit jours, dans la ville voisine, que les communications avec Reims soient autorisées et qu’il leur soit permis de reprendre leur poste.

» Pourquoi avons-nous pensé cependant qu’il convenait de ne point laisser passer la rentrée des Cours et Tribunaux sans solenniser cette audience ? C’est, Messieurs, pour un double motif.

» Tout d’abord, parce que nous avons jugé indispensable que la réunion, si tronquée puisse-telle être, d’une compagnie judiciaire française, vienne purifier l’air de notre Palais de Justice éventré par les obus allemands et effacer la souillure que lui avait infligée une occupation de dix longs jours par l’ennemi national.

» Et en outre aussi, parce qu’au moment où le droit international comme le droit privé sont odieusement violés par un peuple qui a la prétention – ô ironie, – de se croire à l’avant-garde de la civilisation ; au moment où une ville ouverte râle bouleversée par les obus, détruite par les bombes incendiaires, mutilée dans ses monuments les plus chers et les plus sacrés, frappée dans ses habitants, femmes, enfants, vieillards, innocentes victimes de la guerre sauvage qui lui est faite, il est nécessaire de rappeler à tous qu’au-dessus de la force brutale, au-dessus de l’ultima ratio du canon qui tonne encore à nos portes à l’instant même où nous parlons, il existe l’idée intangible de la Justice et du Droit qui eux auront un jour leur revanche, et je l’espère dans un avenir prochain.

» Sous les obus de l’ennemi, il convient de crier bien haut que la justice immanente aura son heure et que le moment est proche où, grâce à notre valeureuse armée et à celles de nos alliés, grâce à la force que nous donne la sainteté de notre cause et des grandes idées que nous défendons, idées d’indépendance nationale, de liberté et de justice, le droit, à son tour, viendra primer la force brutale et reprendre dans le monde la place prépondérante qui doit être la sienne.

» Et je ne parle pas seulement ici du droit privé et des luttes paisibles de nos prétoires, mais aussi du droit des gens outrageusement violé, de ce jus gentium défini déjà il y a vingt siècles par les Romains et foulé aux pieds aujourd’hui comme autrefois par les armées de la Germanie, – de ce droit qui impose un frein aux brutalités de la guerre, qui police les armées, leur impose la loyauté et le respect des innocents et des faibles et qui est le frein indispensable aux sauvageries des combats et aux débordements de la soldatesque, – de ce droit enfin que notre cher pays de France a toujours proclamé et hautement pratiqué depuis des siècles sur tous les champs de bataille du monde entier.

» Et je veux parler aussi, Messieurs, de ce droit plus nouveau qu’ont les peuples de ne plus être traités comme un vil troupeau et de n’appartenir qu’au pays auquel va leur piété filiale, ce droit né au milieu du siècle dernier, éclipsé sur sa fin et qui, j’en ai la conviction, à notre aurore du XXème siècle, refleurira de nouveau en rendant à notre France nos malheureuses provinces mutilées.

» Voilà, Messieurs, pourquoi nous estimions indispensable que cette audience fut tenue.

« Aussi, au bruit du sifflement des obus allemands, du fracas de la bataille qui se livre depuis dix jours à nos portes et jusque dans nos faubourgs, du grondement de nos batteries installées sur nos boulevards même et sur nos places publiques, est-ce avec fierté devant vous tous qui avez bravement supporté ces dix-huit jours de bombardement sans précédent dans l’histoire d’une ville non fortifiée, je déclare ouverts les travaux de l’année judiciaire 1914-1915, espérant que cette fiction va devenir à un très prochain jour une réalité.

» Et vous, Monsieur et cher Bâtonnier sortant, vous avez noblement représenté le barreau dans les jours sombres qui viennent de s’écouler : votre présence à cette barre est pour nous une joie et il nous est doux de saluer en vous le Français patriote et l’avocat scrupuleux et délicat que vous fûtes toute votre vie.

» Nous saluons avec vous, Messieurs les Juges de Paix, Avocats, Officiers publics et ministériels présent qui, eux aussi, ont fait vaillamment leur devoir et bien mérité de la Patrie. »

Maitre Mennesson-Dupont, bâtonnier sortant de charge, s’est alors levé et s’est associé en quelques paroles élevées au discours de M. le Procureur de la République.

  1. le Procureur de la République a ensuite levé l’audience solennelle.

Assistaient à l’audience sur convocation :

  1. Lottin, juge de paix des 1er et 3ème cantons ;

Huc, suppléant, faisant fonction de juge de Paix des  2ème et 4ème cantons ;
Mennesson-Dupont, avocat, ancien bâtonnier ;
Dargent, avoué ;
Guédet, notaire ;
Lepage et Poterlot, huissiers suppléants ;

Seuls magistrats cantonaux, avocats et officiers publics ou ministériels présents à Reims à ce jour.

De tout quoi il a été fait et dressé le présent procès-verbal qu’ont signé le Procureur de la République et le Greffier du Tribunal.

Signé : Louis Bossu, G. Villain

Comme j’allais rue des Augustins pour cette audience, on entendait le canon très, très loin, vers Sommepy.

3h1/2  6 lettres. Une de ma femme du 15 septembre, une racontant son exode vers Granville. Quel voyage ! mon Dieu, 5 jours pour y arriver !! Enfin ils sont bien portants, Dieu soit béni ! mais toujours pas de nouvelles de mon Pauvre Père !

8h1/2 soir  Canon très lointain, mais rien près de Reims. Que cela veut-il dire ? Je suis si triste ce soir !! Tout me fait mal.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

L’Éclaireur de l’Est, qui avait dû cesser sa publication par suite de dégâts considérables occasionnés par des obus, dans son immeuble, 11, rue du Cloître, reparaît aujourd’hui.

Il parle ainsi de e qui s’est produit au parc d’artillerie, mercredi dernier 30 septembre :

« De la poudre aux moineaux. En guise d’adieu (s’il pouvait être définitif !) les Allemands ont dirigé leur feu, avant-hier soir, sur ce qui fut, avant la guerre, le parc d’artillerie de Reims. Ce parc reçut un nombre très respectable d’obus, qui ne parviennent à détruire que quelques centaines de vieilles cartouches à blanc, qui étaient devenues même inutilisables pour les exercices des sociétés de tir et de préparation militaire. Ce piteux exploit n’ajoutera rien à la gloire des soldats de Guillaume. En France, nous appelons cela : « Jeter de la poudre aux moineaux »

Le Courrier de la Champagne, de ce jour, annonce la nouvelle sur un autre ton, disant :

Deux obus tombent sur le parc d’artillerie qui est incendié. Avant-hier soir, vers 6  heures, deux obus allemands venaient tomber sur le parc d’artillerie, route de Neufchâtel, déterminant un incendie dans les locaux de l’Arsenal. Il n’y avait là que de vieilles munitions et un lot de cartouchez servant au tirs d’instruction.Le bruit intense produit par l’éclatement de ces munitions a provoqué la fuite des habitants du quartier, qui d’ailleurs sont rentrés en grande majorité la nuit à leurs domiciles respectifs.

M. le général Cassagnade et les officiers organisèrent les secours avec l’aide des soldats et de pompiers et le feu put être circonscrit, à l’arsenal, dans un bâtiment qui est complètement en ruines.

Il n’y a, heureusement aucun accident de personnes à déplorer.

Ainsi, le rédacteur de l’Éclaireur nous parle, d’un air détaché, de la destruction de « quelques centaines de vieilles cartouches devenues même inutilisables pour les exercices des sociétés de tir et de préparation militaire ».

Pour admettre cela, il faudrait n’avoir pas été assourdi, pendant une demi-heure au moins, par le roulement des détonations qui a épouvanté les voisins et précipité leur fuite et n’avoir pas entendu parler du sauve-qui-peut qu’il a provoqué dans tout le quartier.

Nous ne désirons certes pas que l’on dramatise des événements ; les faits parlent d’eux-mêmes, depuis deux mois et des dramatisent suffisamment, mais nous aimerions être plus exactement renseignés, afin de pouvoir accorder quelque confiance aux journaux.

Reconnaissons toutefois que leur rôle n’est pas facile dans Reims, car il ne nous faut pas perdre de vue qu’ils ont, certainement d’abord, le souci d’éviter de fournir des renseignements à l’ennemi.

– De nouvelles précisions sur le fonctionnement du Service des Postes sont données par Le Courrier de la Champagne ; les voici :

Le Directeur des Postes et Télégraphes de la Marne, a l’honneur d’informer le public, qu’un service postal ne comportant provisoirement que la vente de timbres-poste, l’expédition et la réception des lettres ordinaires, fonctionne à dater du 1er octobre, dans les locaux de l’école maternelle de la rue Libergier n° 32. Le départ des courriers aura lieu chaque jour, au moyen de voitures automobiles spéciales, à 10 heure du matin et à 16 heures ; les dernières levées seront faites au bureau de la rue Libergier, une demi-heure avant les départs. Une distribution sera faite en ville à partir de midi ; toutefois, les quartiers faisant partie de la zone dangereuse ne seront pas visités par les facteurs. Les habitants de ces quartier pourront se présenter au bureau de poste, où les correspondances qui leur sont destinées leur seront remises. Les levées de boîtes, dans ces mêmes quartiers, ne pourront être effectuées, il ne devra donc donc être déposé aucune correspondance. L’organisation de ce service a été réalisée en vue de donner à la population éprouvée de Reims les moyens, même sommaires de correspondre avec l’extérieur. Le Directeur des Postes et des Télégraphes compte donc que le public voudra faciliter la tâche très lourde qu’un personnel dévoué a consenti à assurer, malgré les dangers de l’heure présente.

A. Dorlhac de Borne.
Le même journal publie les avis suivants :

Croix-Rouge Française, Société de secours aux blessés militaires.
A Messieurs les médecins, administrateurs, comptables et à mesdames les infirmières-majors, c’est-à-dire aux chefs de service, le Comité a l’honneur de rappeler qu’il compte toujours sur leur concours qui sera utilisé dès que pourront rouvrir les formations temporairement fermées.
Le président par intérim : M. Farre.

Avis important. Les propriétaires, locataires ou entrepreneurs qui ont besoin de faire des recherches dans les décombres des maisons incendiées ou bombardées, doivent être munis d’une autorisation du commissaire de police de leur canton.
Cette autorisation mentionnera, avec le nom de la personne autorisée, la désignation précise de la maison ou de la partie de la maison ou de l’immeuble à explorer.
Toutes les personnes rencontrées sans autorisation sur les décombres ou dans les maison abandonnées, seront livrées à l’autorité militaire qui leur appliquera les peines les plus rigoureuses.

Paroisse Notre-Dame. Messe du dimanche
A la Mission, rue Cotta, 3 : 5 n 1/2n 6 h 1/2, 7 h 1/2, 8 h et 11 h avec instruction.
A la Chapelle de St Vincent-de-Paul, rue du couchant, 5 : 6 h, 7 h, 8 h, 9 h, messe des enfants ; 10 h grand’messe avec instruction.
Les messes en semaine. Elles seront assurées, dans la mesure du possible, aux heures habituelles.
Avis – M. Le curé de la cathédrale convoque les paroissiens, dimanche 4 octobre, tout particulièrement aux messes de 8 h et de 11 h à la Mission et à la messe de 10 h, rue du Couchant, pour leur faire connaître la nouvelle organisation du service paroissial.
Vendredi 9 octobre – A la chapelle de la Mission, à l’occasion du premier vendredi du mois, la messe sera dite par son Éminence le Cardinal. Instruction, salut du Très-Saint-Sacrement.
Prière instante de se donner rendez-vous à la Mission, à cette messe de 8heures, pour entourer Son Éminence le Cardinal.

Il donne encore les prix sur les denrées, au marché du mercredi 30 septembre :

Sur les marchés.
Le grand marché de mercredi était peu approvisionné, en dehors des légumes apportés par les maraîchers.

Peu de pommes de terre, dont le cours est relativement élevé.
Les rondes sont vendues 0,25 le kilo, les longues jaunes et les blaffs 0,35 le kilo
Les œufs peu abondants, sont livrés à 2,25 et 2,75 la douz.
Volailles et lapins sont rares et à les prix variables, mais sensiblement chers
A la criée municipale, la viande de bœuf est vendu de 1.60 à 2 F le kilo.

Enfin, il a inséré une déclaration particulière, suffisamment caractéristique, en ce qu’elle dénote certaine inquiétude dans laquelle vit actuellement une partie de la population, à Reims.

En voici le texte :

Mme Eug. Bernier, place Luton 79, dont la maison a été en partie détruite par une bombe prussienne, soupçonnée injustement parce qu’elle connaît l’allemand, avertit qu’elle est née à Forbach (Lorraine) ; que son mari, Eug. Bernier, Français, a fait son service militaire en France et que son fils, Gabriel Bernier, soldat au 164e de ligne, est peut-être actuellement tombé au service de la France. Si l’on désire plus amples renseignements, prière de l’adresser à Mme Bernier elle-même.

– Dans la nuit dernière, les coups de canon avaient paru plus éloignés que précédemment ; la journée avait été assez calme, mais, sur le soir, le bombardement a repris ou plutôt continué.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
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Cardinal Luçon

Messe à 8 h. à la Mission. 1er vendredi du mois ; allocution, calme, sauf quelques coups pendant la nuit ; et dans l’après-midi quelques bombes. à 4 h, Visite aux Aumôniers militaires ‘ils étaient 45) et aux officiers et soldats cantonnés à Thillois : allocution et Salut du St Sacrement à l’église ; prière sur les tombes des soldats tués les derniers jours. Allocution aux prêtres à la Chapelle des Frères de Thillois. Journée calme ; nuit tranquille du 2 au 3.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

La journée passe encore une fois dans un silence relatif. Toutefois il est encore tombé quelques obus dans le quartier Cernay. La nuit quelques bruits de mitrailleuse au loin. Le recul de l’ennemi doit s’accentuer.

Gaston Dorigny

Paul Dupuy

Réception à 18H d’une lettre confirmant les projets de rapatriement déjà arrêtés la veille, et disant que toute liberté d’allure est maintenant laissée sur route.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

 Juliette Breyer

Vendredi 2 Octobre 1914.

Ce matin on nous a prévenus que la Poste reprenait son cours, mais les facteurs ne vont que dans les quartiers qui ne sont pas dangereux. Donc les 2e et 4e cantons doivent aller chercher leurs lettres eux-mêmes. La Poste a été transférée rue Libergier à l’école maternelle.

En partant, nous deux Charlotte à 2 heures de l’après-midi, M. Guerlet nous dit : « Ne sortez pas, ils bombardent sur la ville ». Qu’est-ce que cela peut nous faire, ce que nous voulons, ce sont des lettres. Nous ne craignons rien. Nous arrivons donc sans encombre. C’est triste la ville : on ne voit que des murs noircis. Pour le moment nous ne nous arrêtons pas à regarder. Enfin nous voici à la Poste. Il y a une foule énorme. Nous ne passerons pas de bonne heure, et encore ça ferme à 4 heures. Il faudra pourtant que j’y arrive. On voit quelques femmes qui sortent avec des lettres, mais d’autres ont des figures navrées. Elles n’ont rien eu . Il faut que je passe. Il y a deux entrées, dont une pour les facteurs. Je guette si j’aperçois celui qui venait chez nous et je lui fais signe d’approcher. « Vous venez pour les lettres, me dit-il, mais il est inutile que vous attendiez ; on va fermer les portes, le triage n’est pas fait pour le 2e. Revenez demain ».

Ainsi il nous fait repartir sans rien avoir. Nous étions venues, l’espoir au cœur, et nous repartons la mort dans l’âme. Ton papa est venu aussi et il s’en retourne aussi triste que nous.

Pauvre Charles, que dois-tu penser aussi puisque pendant un mois je n’ai pu t’envoyer aucune lettre. Je suis navrée mais je m’arrête car je n’ai plus de courage.

Bons baisers. Ta petite femme qui t’aime toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Vendredi 2 octobre

Progrès des troupes alliées au nord de la Somme, une attaque furieuse des Allemands ayant été écrasée à Roye. Avance marquée de nos troupes dans l’Argonne et dans la Woëvre.
L’offensive allemande a été décidément vaincue sur le Niémen. Guillaume II qui croyait s’emparer facilement des forteresses russes dans la région de Grodno a été déçu. De grandes forces austro-allemandes ont été toutefois concentrées, sous les ordres du général de Hindenburg, dans la région de Cracovie, pour empêcher les Russes de prendre cette place et de s’infiltrer en Silésie. Mais les effectifs russes ne sont pas inférieurs à un million d’unités.
Des Serbes et des Monténégrins, peu de choses à dire, sinon qu’ils cheminent régulièrement vers Sarajevo.
Deux Taubes qui venaient sur Paris ont été arrêtés par nos aviateurs et ont fait demi-tour.
M. Venizelos, président du Conseil grec, a déclaré que son pays serait aux côtés de la Serbie et tiendrait tous ses engagements en cas de guerre balkanique. C’est un avertissement pour la Turquie.
L’Italie a fait relever les mines que l’Autriche-Hongrie avait déposées dans l’Adriatique et qui avaient fait sauter déjà plusieurs navires marchands. La navigation a d’ailleurs été arrêtée dans cette mer.
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