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Dimanche 18 février 1917

Louis Guédet

Dimanche 18 février 1917

890ème et 888ème jours de bataille et de bombardement

9h1/4 soir  Temps de dégel supportable, pas de pluie, pas ou peu de soleil. Ce matin Grand-messe à 8h1/2 à la rue du Couchant, notre église métropolitaine maintenant !! Cardinal absent, lecture du mandement (notification publiée par un évêque dans son diocèse) de Carême. Rentré à la maison 9h1/2. Je muse, je lis le roman de Pol Neveux jusqu’à midi, « La douce enfance de Thierry Seneuse ». Depuis hier soir je suis empoigné, c’est bien notre Champagne, ma Champagne ! qu’il décrit, oui, il a l’éther de notre belle Province, il l’a comprise, et certaines pages me transportent dans mon cher village natal au bord de la Guenelle et de la Marne, avec le loisir de jeter un regard amoureux sur la vallée langoureuse de la Coole, soit au Printemps et surtout à l’Automnale saison, si douce, si langoureuse, si aimante, si prenante qu’on n’en peut s’en détacher par ces après-midis crépusculaires, où couché sur un « terme (à vérifier)» au sommet d’une colline on se réchauffe aux doux rayons du soleil couchant, à travers ces lumineux horizons qui ont pour base les guérets et les chaumes crayeux de nos plaines surlignées des fils de la Vierge qui s’accrochent aux « éteules » (chaumes laissés sur place après la moisson), en patois aux « étoulles » argentant de neige les plaines alourdies et endormies. Avec quelle joie je rentrais à la nuit tombante aux derniers rayons, fusil en mains, chien fidèle dans mes pas, chargé de grives ou de merles (nous sommes en octobre, la vraie chasse du vrai chasseur), un perdreau ou 2 à la clef, rarement un lièvre, traversant ces chaumes en fauchant ces fils de la Vierge dont nos guêtres étaient enlacées. L’angélus sonne ! et sa plainte m’accompagnait jusqu’au seuil de la maison Paternelle… Oui Pol Neveux vous comprenez, vous avez compris la Champagne, la Champagne des champenois, du « champenot ! » comme on dit chez moi, et plus vulgairement des « Gourlus ! » C’est si bon de sentir son pays comme il le sent et moi aussi…  Quelle saveur ! quelles délices ! Toutes les scènes qu’il dépeint, je les ai vécues avec les mêmes frissons de jouissances, de « moursance » si je puis ainsi m’exprimer…  de tendresse, d’amoureuse tendresse de la terre qui nous a vus naître. Je me détache difficilement de ma lecture, il faut bien que je distille ma jouissance, que je la ménage durant ces dures heures de Guerre. Comme un avare. J’en compte les pages qui restent à lire. Je les supporte, les soupèse…  et elles seraient, seront trop vite dévorées. Je revis La fontaine, de Chevigné, tous champenois et avec quel renouveau de sensations, tendres, douces et voluptueuses…  La Fontaine était un de mes aïeux. Je ressens doublement l’atavisme aussitôt déjeuné. Je lis mon courrier arrivé en retard et dans lequel je trouve le fameux « Victoire » qui me donne enfin le mot de l’énigme des éloges d’un confrère…  inconnu aux tranchées…  Laissons cela, ce sont les broutilles de la Gloire !!…

Je sors faire quelques courses, et je vaque à travers nos rues désertes. Je rentre, assez tard, je finis un travail de séquestre quand une automobile s’arrête…  Qu’est-ce encore ? Il repart et on m’apporte une lettre. J’ouvre. C’est le principal clerc de mon pauvre ami Lefebvre, notaire à Aÿ, notre président de chambre (Louis Lefebvre, né en 1859, décédé le 17 février 1917), qui m’annonce sa mort subite hier à 6h1/2 du soir. Ce fut un coup pour moi, car c’était un ami qui comme Labitte, avait su reconnaitre les abus dont j’avais été victime de la part de certains confrères malhonnêtes.

Il faut que j’avise et c’est ce que je fais immédiatement. Je commande une voiture pour ce mercredi 21 courant afin d’arriver vers 10h à Aÿ, les obsèques ayant lieu à 11h. Heureusement je n’ai aucun rendez-vous mercredi. Je commande une couronne et me voilà condamné à préparer un discours, une oraison funèbre, car de tous les membres de la Chambre des notaires je serai le seul présent, les autres sont mobilisés, sauf Jules Peltereau-Villeneuve qui est à Paris.

(Rayé)!! Comme secrétaire je crois qu’il faut que je me dévoue et puis ce sera moi qui écoperai encore la corvée de la suppléance de la Présidence que du reste je remplissais déjà depuis la Guerre. Pauvre ami, qui laisse une femme d’une santé physique délicate, 2 belles jeunes filles et 2 fils au front. Quelle triste fin et quelle triste destinée. Je verrais donc tout disparaître autour de moi. Je suis fort impressionné, et demain il me va falloir travailler, préparer et aviser et puis mercredi faire un voyage en voiture et Dieu sait dans quelles conditions… !! Une voiture à travers une armée !…  quelle expédition et par le dégel. Il le faut et du reste je le fais avec facilité et plus que volontiers, car j’aimais Lefebvre qui avait appris à m’estimer et sur le tard m’avait, ainsi que Labitte rendu justice. Je ne sais si je pourrais rentrer le soir à Reims, car peut-être serais-je obligé d’aller coucher à Épernay pour conférer avec le Président et le Procureur de la République. Je m’arrête, je suis brisé d’émotions…  Que n’aurais-je vu ???? Que n’aurais-je vécu ??!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 18 – Nuit tranquille, pluie, brouillard. + 9°. Assisté aux Messes militaires : premièrement à Champigny. Colonel Marc-Antoine ; l’aumônier est parent de M. Farelicq ; à 9 h. 1/2 – 11 h. 1/2, deuxièmement à Courcelles ; Colonel Niéger, aumônier bisontin. Dîner avec le Colonel et les officiers. Photographies. Les rues sont des ruisseaux de boue (dégel).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 18 février

En Champagne, activité des deux artilleries, dans le secteur de Maisons-de-Champagne. Dans la région de Verdun (Bezonvaux), un coup de main ennemi a échoué sous nos feux. Un autre coup de main ennemi a échoué aux Eparges. En Alsace, après un vif bombardement, un de nos détachements a pénétré dans le saillant allemand d’Amertzwiller, complètement bouleversé, et a constaté que l’ennemi avait subi des pertes sensibles. Nous avons ramené des prisonniers.

Sur le front russe, fusillade et reconnaissances d’éclaireurs. Bourrasques de neige dans les Carpates. Fusillade et combats d’avant-postes sur le front roumain. Tempête de neige dans le Caucase.

Sur la côte d’Anatolie, les navires russes ont détruit 16 goélettes à voiles.

L’emprunt anglais, d’après les dernières évaluations, donnerait plus de 25 milliards de francs.

Le commerce américain est presque complètement paralysé par le blocus allemand.

Une canonnière américaine a été coulée devant Constantinople.

Le gouvernement helvétique a demandé des éclaircissements à son ministre à Washington, M. Ritter, sur le rôle que celui-ci a tenu entre les Etats-Unis et l’Allemagne.

De violents combats ont eu lieu à Cuba entre les troupes gouvernementales et les insurgés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 4 février 1917

Louis Guédet

Dimanche 4 février 1917

876ème et 874ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Gelée de plus en plus forte, tout gèle, hier j’ai failli ne plus avoir d’eau, et ce matin de même. En ce moment il y a 12° au-dessous, les carreaux sont gelés partout. C’est un froid terrible que je n’ai pas vu depuis 1895 et 1888/1889. Pauvres soldats !! Et ma pauvre femme et mes pauvres petits, qu’ils doivent souffrir à St Martin de ce froid !! Pourvu qu’ils aient assez de chauffage !! Quelle torture pour moi en songeant à cela. Ajoutée à toutes les autres !! Qu’ai-je donc fait pour souffrir ainsi ?!! Et pas de solution à cette vie malheureuse ! au contraire plus cela avance, plus je vois que nos souffrances augmentent !! quand verrai-je la fin de nos misères, et surtout de celles de ma pauvre femme et de nos petits ! Aujourd’hui dimanche, journée difficile à passer à cause du non travail. Que faire ?? Je vais tâcher de m’occuper.

6h1/2 soir  Sorti un peu cet après-midi, porté mes lettres à la Poste, rencontré le Gendarme Henry de la Brigade de Sedan, toujours au coin de la rue des Capucins vers 2h, qui me rappelait que je l’avais interpellé en lui disant de s’éloigner tandis que le Commissaire Central me sermonnait  ?? au coin de la rue des Capucins le 6 ou 7 octobre 1916, et me transmettait les significations de cet Aliboron de Colas au sujet de mes acquittements des procès de simple police du 3 octobre 1916. Oh ! M. le Juge, j’ai compris maintenant pourquoi vous me disiez de passer au large l’autre jour !! Ah !…  Vous nous avez rendu un rude service en engueulant Colas et Girardot. Voilà Colas parti, j’espère bien que l’autre suivra bientôt. Nous avons enfin la Paix. Quand je pense, M. le Juge, que Colas nous disait un jour que nous devions être à l’égard des Rémois aussi durs et aussi sévères que les Gendarmes allemands !! C’est honteux. On peut faire son service sans être des brutes !! Voilà encore un point sur Colas de fixé. En attendant d’autres. Il m’a promis de me fournir l’ordre du jour de Girardot où il disait qu’on ne serait jamais assez durs et sévères avec la Population Rémoise ! J’y compte.

Été voir M. Millet-Philippot, 29, rue Ponsardin en passant rue Cérès, boulevard de la Paix, rue Gerbert et rue Ponsardin. Que de Ruines encore rendues plus tristes par la neige. C’est lugubre. Pour lui demander quelques renseignements sur la mort de Varenne, notre regretté secrétaire de la Chambre des notaires, et sa femme (Émile-François Varenne, et son épouse Léontine Delaire, ils habitaient au 21, rue Ponsardin). Ils ont été tués au bombardement du 18 septembre 1914 dans la matinée, vers 9h/10h, lui un éclat au cou et plusieurs dans le corps, et sa femme les 2 pieds coupés. Il parait que celle-ci avait une expression de terreur effrayante sur le visage. On les a roulés en hâte dans 2 draps et portés tels quels au cimetière du sud dans la même fosse l’un sur l’autre. On était pressé alors !! et surtout terrorisés par ces premiers bombardements. C’est Peltereau-Villeneuve qui est leur notaire et qui a les papiers trouvés sur eux ou près d’eux dans la cave où ils gisaient, côte à côte…  Singulière fatalité, il parait qu’ils venaient toujours se réfugier dans la cave de M. Millet, celle-ci paraissant plus sûre que le leur. Il a fallu qu’ils se trouvent ce jour-là dans la leur. Ils devaient partir 2 ou 3 jours après, dès que Varenne aurait touché une rente viagère qui devait l’aider à payer son voyage. Tout s’enchaine !! C’est la destinée ! Je vais pouvoir renseigner Decroos, notaire à St Omer qui me demandait ces renseignements pour une sœur de Mme Varenne, sa cliente. J’en profite pour lui demander des nouvelles de Mme Lengaigne, dont nous n’avons plus depuis longtemps…  son fils ainé doit être soldat comme mon Jean, ils étaient du même âge.

Rentré ensuite, écrire un peu. Passé voir Melle Payard et sa compagne Melle Colin 40, rue des Capucins, bavardé une demi-heure et rentré définitivement. Il va encore faire très froid cette nuit. Quand cela finira-t-il ? On souffre vraiment !!…  Heureusement qu’on ne nous bombarde pas ! Descendre à la cave par ce temps, ce serait bien pénible !! surtout la nuit !!…

Absence des feuillets 423 et 424, le court passage du 5 février a été recopié par Madeleine.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 4 – Septuagésime.- 13°. Nuit tranquille. Expédié réponse sur les Séminaires au Cardinal de Lai.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 4 février

Canonnade intermittente sur divers points du front. Rencontres de patrouilles dans la région de Bezonvaux; nous avons fait des prisonniers.

Deux avions ont été abattus dans nos lignes par le tir de nos canons spéciaux : l’un à 0ulches (Aisne), l’autre près de Bloue-Sablons (région de Beaurieux).

Sur le front belge, rencontres de patrouilles devant Dixmude : elles se sont terminées à l’avantage des Belges. Plusieurs tentatives de l’ennemi pour pénétrer dans nos tranchées, après préparation d’artillerie, ont échoué sous les feux d’artillerie et d’infanterie belges.

Sur le front russe, dans la région de Kemmern (ouest de Riga), un avion allemand a jeté une bombe qui a blessé 10 soldats. A 1’est de la chaussée de Kolncem (ouest de Riga), 1es Al1emands ont attaqué les troupes russes après un feu violent, mais leurs vagues ont été brisées. Les Allemands renouvelèrent encore leur attaque, mais sans aucun résultat. Les autos cuirassées ont été d’un précieux concours à nos alliés.

Un avion allemand a bombardé un train express à Kreutzburg, près de Jacobstadt; un autre, le village de Gojowo.

Fusillade et canonnade sur le front roumain.

Lloyd George, ministre d’Angleterre, a prononcé un grand discours à Carnavon.

Les délibérations au sujet de l’attitude à prendre vis-à-vis du blocus allemand continuent à Madrid et à Washington.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

bezonvaux

Bezonvaux

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Vendredi 26 mai 1916

Louis Guédet

Vendredi 26 mai 1916

622ème et 620ème jours de bataille et de bombardement

8h3/4 soir  Pluie, température rafraîchie. Le matin audience civile, conseil de famille de Sainte Marie (suite au décès de Jean Marcotte de Sainte Marie, père de 4 enfants, le 6 octobre 1915 à la Ferme de Navarin), je vois mon confrère Peltereau-Villeneuve qui n’a qu’un souci, celui de quitter Reims au plus tôt. M. Charles Hurault, fort vieilli…  (Charles Hurault, avocat, Président du Tribunal de Commerce de Reims en 1903, né en 1848 et décédé à Paris le 18 février 1917) une conciliation pour accusation calomnieuse, provoquée par un gendarme de Reims contre un de ses voisins. Singulière histoire qui n’a pas de sens, mais qui me fait connaître un motif de punition infligé au susdit gendarme par son capitaine, c’est à encadrer : Ce gendarme a une femme assez…  légère. Celle-ci était appelée par le capitaine Théobald et le maréchal des logis Dorigny pour s’expliquer sur certains propos qu’elle aurait tenu contre…  son prochain femelle, avait dans le feu de son explication appliquée une magistrale paire de gifles au maréchal des logis Dorigny, supérieur immédiat du gendarme mari de la citoyenne, qui n’assistait pas à la scène. Comment punir cette audacieuse ? Qu’à cela ne tienne, c’est très simple et écoutez-moi ce motif de punition : « 20 jours d’arrêts au gendarme François pour n’avoir pas empêché sa femme de frapper son supérieur !! » Je répète, le mari n’assistait pas à la scène ! Hein ! Qu’en dites-vous ? Je me tordais et mes greffiers aussi.

Après-midi inventaire avec levée de scellés pour mon confrère Béliard que je substituais. J’ai également fait le commissaire prévu. Rentré chez moi, écrit mon courrier, relu mes notes pour l’Académie. Je les recopie au net et…  il est 9h du soir, il est temps de se coucher. Je souffre beaucoup en songeant à mes 2 grands !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

26 mai 1916 – L’avis suivant est publié par Le Courrier :

Ravitaillement en pommes de terre.

Pour parer aux difficultés présentes du ravitaillement, la municipalité fera venir chaque semaine un ou deux wagons de pommes de terre, qui seront mises à la disposition des mar­chands et particuliers.

On peut dès maintenant se procurer des pommes de terre rondes blanches à 22,50 F les 100 kilos, et par 50 kilos au minimum ; ces pommes de terre devront être revendues au détail 0,25 F le kilo au plus.

Sous peu de jours, on recevra des pommes de terre ron­des jaunes, cédées à 26,50 F les 100 kilos, pour être revendues au détail, au plus 0,30 F le kilo.

S’adresser à l’abattoir, de 8 h à 12 h et de 14 à 16 h 1/2, sauf le dimanche.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 26 – Lettre et rapport au Saint-Père. Nuit totalement silen­cieuse. + 13°. Changement de Division. La 52e s’en va. De 2 h. à 3 h. bom­bes sifflantes, et canons français. Via Crucis in cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 26 mai

Violent duel d’artillerie sur la rive gauche de la Meuse (secteur 304, front du Mort-Homme-Cumières). Nous avons progressé à la grenade dans les boqueteaux à l’est de Cumières. Pas d’attaque ennemie.
Sur la rive droite, les Allemands ont tenté une série d’actions offensives entre le bois d’Haudromont et la ferme Thiaumont. Elles ont été repoussées avec de lourdes pertes sauf sur un pont où les fractions ennemies se sont emparées d’un élément de tranchée.
Le tir d’une de nos pièces à longue portée a provoqué un incendie dans un dépôt de matériel allemand à Heudicourt (nord-est de Saint-Mihiel).
Dans la région d’Étain, une de nos escadrilles a livré bataille à un groupe d’avions allemands ; deux avions ennemis, atteints, ont dû atterrir.
Les Italiens ont arrêté les attaques autrichiennes dans la vallée de l’Adige et à l’est de cette vallée, infligeant à l’ennemi de grosses pertes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Mercredi 16 février 1916

Louis Guédet

Mercredi 16 février 1916

522ème et 520ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Nuit de tempête violente, de pluie, de vent. Toute la journée a été de même, c’était à croire que mes pauvres carreaux, vitres en tarlatane (étoffe de coton à tissage très lâche) et papier allaient être crevées par le vent. Elles claquaient avec un bruit de canon.

Encore une…  souffrance que cette privation de vitres en verre qui nous permettaient de voir au-dehors, tandis qu’avec ma tarlatane je suis à demi-occulté, mais je suis enfermé dans ma chambre et mon bureau comme dans une prison. Ce serait si bon de voir à travers une belle vitre claire où la lumière du jour joue et vous réjouit et votre regard, malgré pluie, vent, froid, tempête, neige, etc…  peut se reposer sur tout autre chose que les 4 murs d’une chambre de guerre ! de siège ! Souffrir et toujours souffrir ! voilà mon lot si encore mes chers aimés ne souffraient pas, mais eux aussi souffrent de la séparation ! J’ai pourtant fait mon devoir…  et les épreuves ne cessent de m’accabler ! que c’est dur ! que c’est long ! quelle vie de sépulcre, de tombeau !

Ce matin allocations militaires, avant de partir, Peltereau-Villeneuve, mon confrère, est venu me rendre visite, il était déjà venu hier après-midi. C’est bien. Lui sent que je fais mon devoir. Malade il a été obligé de partir et il se rend compte que notre Poste était à Reims et non ailleurs à l’abri des bombes. Nous sympathisions peu jadis, il parait avoir trouvé son chemin des Dames à mon endroit. Causé de choses et d’autres, de ce pauvre Montaudon, et les autres qui font leur devoir au front et de ceux…  qui sont embusqués. Thiénot fils, le plus jeune de nous, 27 ans, dans un conseil de guerre de tout repos, Harel, 40 ans, idem, conseil de guerre à Ambonnay, Mandron automobiliste comme son Père (rayé) à ce (rayé)! pour après dire (rayé)! Le voilà ! Il va (rayé) pour cela.

Voilà les 3… (rayé)

Les autres : Montaudon, 37 ans, tué, Croix de Guerre, lui le bon tranquille a été vaillant et noble.

Jolivet dans les tranchées, 45 ans, toujours brave. Celui qui aura le plus souffert…

blessé, fait bien son devoir.

Rentré assez tôt des allocations, il y avait peu de choses. Après-midi pluie tournoyante de vents, tempête. Sorti été mettre mes lettres à la Poste de la rue de Vesle, travaillé et abattu de la besogne. Du front devant nous ? Rien ou peu de choses ! On ne pouvait rien entendre. Je suis surpris et je ne puis comprendre que les allemands ne profitent pas de semblables tempêtes pour tenter un coup de main sur Reims ou un bombardement avec des obus incendiaires qui réduirait la Ville en cendres avec des vents pareils !!  Eux les sadiques des flamboiements d’incendies, de meurtres, de feu et de sang ! J’avoue que je ne comprends pas ! Nous réservent-ils pour leur…  soif (départ) ? où n’osent-ils plus ? Cela je ne puis y croire. Ils ont le crime, la destruction dans les veines…  Non ! C’est singulier.

Reçu pas mal de visites, intéressées, consultations, etc…  et maintenant je vais tâcher de dormir…  sous le canon, comme depuis 18 mois ! Que c’est long ! Bonsoir mes aimés chéris. Quand donc nous retrouverons-nous réunis tous les 7 bien à nous, et libres de toutes inquiétudes et de tous soucis ?…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 16 – Nuit tranquille militairement. Tempête de vent ; + 10.
Matinée calme ; pluie diluvienne. Visite de M. Mosquin. Testament de M. Wagnart. A 9 h. bombes sur les tranchées.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Le Palais du Tau, collection Gallica-BNF

Le Palais du Tau, collection Gallica-BNF


Mercredi 16 février

Journée plus calme.
En Artois, nos canons de tranchées ont exécuté des tirs sur les organisations ennemies aux abords de la route de Lille.
En Champagne, nous avons repris une partie des éléments avancés occupés par l’ennemi à l’est de la route de Tahure à Somme-Py.
A l’est de l’Oise, nous avons bombardé un train et un convoi de ravitaillement au nord de Vic-sur-Aisne.
Au nord-est de Soissons, nous opérons des tirs de destruction.
En Argonne, à la Fille-Morte, après avoir fait sauter une mine, nous en occupons l’entonnoir.
En Lorraine, combat de patrouilles près de Reillon.
En Haute-Alsace, nous bombardons les positions allemandes à l’est de Seppois.
Une escadrille d’avions belges a lancé des obus sur l’aérodrome de Handzaeme.
Des avions autrichiens ont opéré au-dessus de Schio (Italie), tuant six personnes.
Les journaux allemands prétendent que l’accord avec l’Amérique au sujet du Lusitania n’est plus qu’une question de forme.
Les organes conservateurs de Berlin commencent à attaquer le chancelier de Bethmann-Hollweg.

 

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