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Samedi 23 septembre 1916

Louis Guédet

Samedi 23 septembre 1916

742ème et 739ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Temps splendide d’automne. Vu pas mal de monde le matin et l’après-midi réunion des directeurs de la Caisse d’Épargne de Reims, nous étions 5 : M.M. Bataille, Allais (Émile Allais, notaire (1858-1931)), Payer (Alfred Payer, commissaire priseur (1847-1940)), Millet et moi. Rozey, notre Président nous écrivait pour nous demander si nous acceptions le projet d’attribution des remises (bonifications, primes) faites aux employés pour le dernier emprunt  5% 1915. Comme toujours les fuyards de Paris s’attribueraient la forte part. Nous avons protesté et demandé qu’aux trois employés restés ici sous les bombes on accorde une plus forte prime qu’à ceux de Paris, en raison des services exceptionnels rendus par ceux-ci, Beaudoin, Grandsart et Bonnet, et nous proposons que cette majoration soit prélevée sur les plus forts bénéficiaires de Paris.

Rentré ici, il m’a fallu repartir pour des donations entre époux urgentes rue du Mont d’Arène 7, en rentrant tenu jusqu’à 7h par la mère Fortelle (à vérifier) dont le mari vient de mourir, qui me revient comme cliente après l’avoir perdu par la faute de mon ancien principal clerc.

Reçu lettre de Barot pour Jean, il va comme commandant d’État-major du 6ème Corps, tâcher de faire verser ce pauvre grand au 61ème d’artillerie avec son frère Robert, ils seront enfin réunis les pauvres frères.

Écris à Rayer, mon confrère de Tours-sur-Marne qui était justement examinateur à Reims pour le concours d’aspirance que viennent de subir nos deux artilleurs. S’ils pouvaient avoir réussi et être ensemble à Fontainebleau, ce serait parfait. Je suis éreinté. Des bombes par salves de 3 d’un coup vers 11h. Des victimes vers Ste Clotilde et dégâts vers la rue de la Tirelire. A midi 1/4, au moment où je déjeunais, un 75 est venu tomber sans éclater dans le jardin de M. Floquet contigüe à celui d’ici. J’ai cru qu’il nous tombait sur le dos. Ce n’est plus le même sifflement que celui du 77 allemand et autres. Les nouvelles en général paraissent bonnes. Verrons-nous enfin notre délivrance avant fin octobre ? Que Dieu le veuille. Car je suis bien las.

Notes manuscrites annexes joints, au verso de 2 bulletins imprimés au recto de la liste suivante :

Élections à la Commission Supérieure des Caisses d’Épargne du mercredi 25 juin 1913

le Baron CERISE, Vice-Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Paris ;

PERRIN, Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Lyon ;

DERIVAUD, Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Bordeaux ;

Paul ROZEY, Vice-Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Reims ;

Rambert COUPRIE, Vice-Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Villefranche-sur-Saône ;

BOMMART, Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Douai ;

Lucien CORNET, Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Sens ;

Joseph FABRE, Vice-Président du Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Toulouse.

Au verso, le texte manuscrit :

Le Conseil des Directeurs de la Caisse d’Épargne de Reims, siégeant à Reims au siège central le 23 septembre 1916 à 2h après-midi.

Après avoir pris connaissance de la lettre de M. Rozey du 15 et le projet du tableau de répartition des remises faites aux employés de la Caisse d’Épargne de Reims pour l’emprunt 1915 5%.

Considérant qu’il n’a pas été pris suffisamment en considération les services exceptionnels rendus à Reims par les employés de la Caisse Centrale  dans des circonstances particulières connues de tous, et ainsi qu’il y a lieu d’accorder à ceux-ci une somme supérieure dont l’émolument pourrait être prélevé sur les parts des employés de la succursale de Paris les plus avantagés et qu’en outre il paraitrait ainsi plus équitable que chacun des employés de la Caisse Centrale à Reims touchent une somme égale sans qu’elle soit inférieure à celle déjà accordée à eux. Nous allons déjà en principe vers un quorum d’ensemble.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

23 septembre 1916 – Bombardement au cours de la matinée, alors que M. Doumer et quelques autres personnalités, de passage aujourd’hui, se trouvent avec le maire, M. Em. Charbonneaux et M. Raïssac, dans le cabinet de l’administration municipale.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 23 – Nuit tranquille. Beau temps. 9 h. bombes sifflent, sur les batteries probablement, mais non sur la ville. Avions français : tir contre eux. A 11 h. bombes sifflantes (sur quoi ?). Une d’elles démolit le dispensaire de la chapelle de Clairmarais, laquelle n’a pas de mal. La Croix publie prématurément la Lettre Collective du Vœu d’un Pèlerinage National à Lourdes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

clairmarais

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Photographie de Louis Corré, collection Gérard Corré son petit-fils


Samedi 23 septembre

Au nord de la Somme, les Allemands ont lancé une forte attaque sur nos nouvelles positions, entre la ferme Le Priez et Rancourt. Elle a été arrêtée net par nos tirs de barrage. L’ennemi a subi des pertes sérieuses. Nous avons réalisé deux opérations de détail. Aux abords de Combles, une de nos compagnies s’est emparée, par un coup de main brillamment exécuté, d’une maison isolée organisée défensivement par l’ennemi et y a fait prisonniers une centaine d’Allemands dont 3 officiers. Plus à l’est, nous avons enlevé plusieurs éléments de tranchées et fait 40 prisonniers. Une tentative ennemie a été arrêtée dès l’origine, au sud de Rancourt.
Le chiffre total des prisonniers faits sur la Somme par les troupes franco-britanniques, depuis le 1er juillet jusqu’au 18 septembre, dépasse 55.800, dont 34.050 ont été pris par les troupes françaises.
Un de nos avions a bombardé les hangars d’aviation d’Habshem.
Un de nos pilotes a abattu un avion ennemi entre Combles et Morval.
Lutte d’artillerie sur le front de la Strouma.
Entre Vardar et Cerna, échec bulgare à Glovosk ; dans la région du Brod, les Serbes sont arrivés près de Verbeni, en faisant 100 prisonniers. Au nord de Florina, l’ennemi a été repoussé. Nos troupes ont progressé.
Les Roumains ont fait 140 prisonniers en Transylvanie. En Dobroudja, l’ennemi se fortifie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 22 juillet 1916

Louis Guédet

Samedi 22 juillet 1916

679ème et 677ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Très beau temps. Nuit relativement calme. Journée tranquille, quelques avions. Fait des courses toute la journée ou à peu près. Été à la Caisse d’Épargne ce matin ou le « bateau » de la décoration a repris avec ce brave M. Baudoin. Je l’ai envoyé au diable, mais il ne veut pas en démordre, ainsi que M. Grandsart. Bref je les ai laissé dire, puisque cela leur fait rire. En tout cas je leur ai dit qu’ils avaient bien des chances de ne pas boire de Champagne en cet honneur malgré leur désir !!… Écris à ma pauvre Madeleine pour sa fête. Je lui disais que je n’osais lui rien souhaiter, ou ce que je souhaitais ne serait certainement pas réalisé. Il suffit que je décide quelque chose pour que cela me soit refusé…

Après-midi couru encore beaucoup, en sorte que ce soir je suis passablement éreinté. D’autant qu’on perd énormément de temps dans ses courses, et il m’a fallu encore faire mon courrier. Je n’ai plus qu’une lettre pour Béliard qui m’a enfin donné signe de vie. Le brave confrère est reversé du 46ème Territorial (ce régiment avait été mobilisé à Reims et le 10 avril 1916, le 3ème bataillon, détaché à Verdun, est rattaché au 95ème RI) dans le 95ème d’infanterie territoriale (ce n’était pas un régiment de la Territoriale, mais de première ligne) comme sous-lieutenant. Il ne parait pas être très enchanté de se retrouver parmi ces mangeurs d’ail ! (Le 95ème RI était originaire de Bourges, sa devise : « Debout les morts ») Je lui répondrai demain.

Voilà ma journée, une de plus, triste et longue à vivre…  et sans espoir.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Samedi 22 juillet

Au sud de la Somme, l’ennemi a lancé une contre-attaque sur nos nouvelles positions au sud de Soyécourt. Le bataillon de tête, pris sous nos tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses, a reflué en désordre, après avoir subi de très grosses pertes.
Dans la région de Chaulnes, un fort détachement ennemi, qui tentait d’aborder nos lignes au sud de Maucourt, a été repoussé à la baïonnette.
Entre Soissons et Reims, au nord-est de Vendresse, nos reconnaissances ont pénétré, à la faveur d’une explosion de mine, dans une tranchée adverse, qu’elles ont nettoyée à la grenade.
Grande activité sur le front de Verdun, dans les secteurs de Chattancourt et de Fleury.
Dans les Vosges, une tentative d’attaque sur nos positions au nord de Wissembach, est restée sans succès.
Nos escadrilles d’avions ont bombardé les gares de Conflans, Mars-la-Tour, Longuyon, Brieulles et la bifurcation de Ham.
Les Allemands ont bombardé les villes ouvertes de Baccarat et de Lunéville et jeté des obus sur Belfort.
Intense activité de l’artillerie belge au sud de Nieuport.
Une grande manifestation a eu lieu à Rome en l’honneur de Battisti, le député de Trente, pendu par le bourreau de Vienne. La foule a crié:  » A bas l’Allemagne! ».

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Soyécourt

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