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Lundi 11 mars 1918

Louis Guédet

Lundi 11 mars 1918                                                       

1277ème et 1275ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Beau temps. Peu de courrier. Lettre de Robert annonçant son arrivée vers les 8 – 9 – 10, et il n’est pas encore ici, cela inquiète sa mère. Il y a eu un coup de main vers leurs positions. Pourvu qu’il ne leur soit rien arrivé. Après-midi été jusqu’à Vitry-la-Ville porter des lettres, prendre des mandats et cherché à la Gare un paquet de vêtements pour Maurice. Rentré très fatigué avec Madeleine qui m’avait accompagné jusqu’à la sortie de Cheppes et m’y avait attendu. Pas de nouvelles de Reims, ni d’Épernay.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

11 mars 1918 – Nuit épouvantable encore.

Un pilonnage du centre de la ville commençait à 20 h 1/2 et les obus tombaient régulièrement jusqu’à 23 h. A ce moment, nos 120 se mettant à tirer, faisaient taire les batteries ennemies ; puis, les sifflements ne tardaient pas à recommencer — et vers minuit et demie, tir contre des avions.

Après semblables nuits, je me vois dans l’obligation, ou d’en­visager l’abandon de mon domicile provisoire, 10, rue du Cloître, ou de redescendre à la cave, dans cette maison de mon beau-frère, qui a déjà reçu douze ou treize obus.

Quoique notre service de la « comptabilité » à la mairie, soit dé­signé pour être évacué de Reims sous peu, je trouve qu’il serait prudent, avec ces bombardements de plus en plus dangereux, de transporter sans tarder mon lit ailleurs, car installé au rez-de-chaussée, dans un ancien bureau vitré, prenant jour sous un passage également vitré ou étant censé l’être, il me faut essayer d’éviter les grands risques de la dure période que nous traversons.

Incendie, le matin, rue Werlé, au cours duquel un pompier de Paris est victime d’un accident mortel et bombardement, dans la journée. A 10 h, trois obus arrivent soudainement derrière l’Hôtel de ville. Pendant une partie de la journée, les projectiles tombent vers la place de la République.

Une grande affiche, datée du 8 mars et signée : « La commission mixte » a été placardée en ville ce matin ; je la remarque rue Colbert, en me rendant à la mairie. Sa lecture est assez émouvante et donne l’impression que de très graves événements sont attendus. Cependant, puisque des sursis sont encore accordés aux commerçants qui veulent enlever leurs marchandises ou aux déménageurs, on en déduirait facilement que c’est de notre part une initiative doit être prise… mais, on ne sait rien ; on parle beaucoup aussi de l’offensive allemande qui ne peut tarder à se déclencher.

Lorsque j’arrive au bureau, je trouve, sur notre table, des prospectus, dont la police a un stock à distribuer, reproduisant exactement les termes de la dite affiche, ce qui me permet de relire plus posément ce qui suit :

A la population.
Reims, le 8 mars 1918.

Il a paru nécessaire d’éloigner du front le plus grand nombre de personnes possible, non seulement pour les soustraire à un risque inutile, mais aussi afin de pouvoir mieux assurer la sécurité des habitants décidés à rester.

Départs :

Tous les malades et les vieillards, tous les enfants de moins de 16 ans, toutes les personnes dont la présence n’est pas essentielle doivent partir dès maintenant, soit qu’elles aient été touchées par un ordre de départ, soit que, par suite des difficultés du recensement elles ne l’aient pas encore reçu.

Autorisations :

Ne pourront être laissées à Reims, outre les services publics, que les personnes strictement indispensables pour :

  1. la garde et l’évacuation des usines et des caves ; les ré­parations urgentes du bâtiment et les évacuations de mobilier (déménagements, transports, emballages) ;
  2. la garde d’immeubles importants ou nombreux et pré­sentant une sécurité suffisante, à condition que l’état de santé de ces gardiens leur permette d’assurer une garde efficace ;
  3. l’alimentation et l’entretien des personnes autorisées à rester.

Des erreurs ayant pu se produire dans le recensement, les personnes qui croiraient rentrer dans ces diverses catégories pourront présenter leur demande à l’hôtel de ville.

Visa des cartes

Les personnes admises à rester devront faire apposer sur leur carte d’identité un « visa spécial d’autorisation »; celles qui n’auraient pas de cartes individuelles d’identité devront s’en procurer immédiatement.

Les cartes seront présentées au visa à l’hôtel de ville, pour les employés ou ouvriers par leurs directeurs ou patrons ; les per­sonnes isolées fourniront sur l’utilité de leur présence et leurs conditions d’habitation toutes justifications qui leur seront de­mandées.

Ces déclarations devront être terminées le 15 mars.

A partir du 15 mars, chaque habitant devra être cons­tamment porteur de sa carte d’identité et la présenter à toutes réquisitions des agents civils ou militaires, dans les rues et à domicile.

Précautions — Zones interdites…

Des mesures générales de protection tendront à assurer la sécurité des personnes que retiennent leurs intérêts ou leurs obli­gations.

L’habitation et la circulation seront interdites dans les zo­nes particulièrement dangereuses, le ravitaillement a été assuré de la manière la plus simple, en vue des circonstances difficiles ; de nouvelles dispositions seront prises pour combattre l’effet des gaz ; enfin chacun peut trouver un abri sûr contre le bombar­dement et en demander au besoin.

La zone interdite est limitée par : chemin de Saint-Brice, rues des Romains et Jolicœur, rues Jules-César et Gosset, rues Jacquart et Ruinart-de-Brimont, boulevards de Saint-Marceaux, Gerbert et Victor-Hugo, rues Saint-Sixte et Saint-Julien, place Saint-Remi, rue et faubourg Fléchambault, rue de la Maison- Blanche. Elle pourra être ultérieurement réduite.

Le personnel des établissements dépassant cette limite, rece­vra une carte d’autorisation spéciale.

D’ici au 15 mars, les habitants sont invités à faire vérifier l’état de leurs masques, dans les postes de secours voisins de leur habitation, dont la liste vient d’être publiée.

Les masques défectueux seront changés et un deuxième masque leur sera délivré. Les demander à l’hôtel de ville. Ils en porteront constamment un sur eux et laisseront l’autre chez eux, au sec, toujours à leur portée.

Pour les habitants vivant en groupe, les demandes en toiles et produits doivent être adressées à l’hôtel de ville dans le plus bref délai.

Là plupart des accidents causés par les obus à gaz, sont dus à l’inobservation des prescriptions gênantes, mais nécessai­res, qui ont été récemment affichées ; il importe de s’y conformer avec soin.

En prenant, chez soi et au dehors toutes les précautions suggérées par la prudence et l’expérience, il y a lieu d’espérer que le dernier bataillon des Rémois pourra traverser sans acci­dent la crise finale et accueillir les siens dans la cité dont son dévouement aura préparé le relèvement.

Évacuation éventuelle :

Il peut pourtant arriver que l’ennemi s’acharne un jour spécialement contre la ville ; rien ne servirait de s’ensevelir sous les ruines ou de se laisser prendre par lui, en pleine bataille ; il faudrait se retirer. Il est donc sage que chacun ait pensé à ce départ possible et préparé ce qu’il lui faudrait pour s’éloigner fa­cilement.

Si l’autorité militaire, en raison des renseignements qui lui parviennent, voit la nécessité de prendre une telle décision, elle en informera les habitants qui devront partir immédiatement, avant que l’attaque se produise.

En cas d’offensive subite, comme dans le cas de bombar­dement très violent par les gaz, prolongé pendant deux heures au moins, les habitants se rendront à l’extérieur de la ville, par des itinéraires indiqués par des écriteaux.

Des détachements militaires les recevront et les accompa­gneront.

Il leur est recommandé de marcher lentement, toujours munis de leur masque et de préférence par les voies étroites.

Ceux qui auront été intoxiqués, s’arrêteront dans les postes de secours, où des soins leur seront immédiatement donnés.

La commission mixte.

Ce suprême avertissement que nous donnent, sous le couvert de la « commission mixte », les officiers qui ont été chargés de diri­ger l’évacuation, prend, dans les circonstances actuelles, un carac­tère exceptionnel de gravité.

Pour ma part, après en avoir relu encore les termes que l’on s’est efforcé de ne pas rendre trop alarmants, et cherché à deviner ce qui se trouve entre les lignes, je comprends qu’il nous faut, dès à présent, nous tenir sur le qui-vive, nuit et jour, et nous attendre à déguerpir lestement, par ordre, d’un moment à l’autre. Je suis prêt.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi 11 – + 2°. Nuit assez tranquille. Visite au Général Petit, pour savoir s’il faut vraiment dès maintenant quitter notre maison. Réponse : non. On nous avertira et on nous donnera des moyens d’évacuer : on a reçu des instructions à ce sujet. Visite du dessinateur qui a voulu dessiner mon portrait, et qui fera demain celui de Mgr Neveux. De 5 h. 30 à 6 h. 30, bombardement intense, dur, violent (sur batteries ?). Des obus ont dû tomber en ville ; des éclats tombent nombreux dans notre jardin. Vers 9 h. soir, violent bombardement ; nous descendons à la cave, nous en montons pour prière du soir. A 8 h. 30 et 9 h. nouvelle séance. De même à plusieurs reprises dans la nuit. Six bombes à l’Enfant-Jésus, au noviciat et dans les services. La Rév. Mère était là. Incendie aux Caves Werlé ; un pompier de Paris se tue en tombant du toit.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 11 mars

Nous avons repoussé des coups de main au sud de Bétheny, sur la rive gauche de la Meuse et dans les Vosges. L’ennemi a subi des pertes et laissé des prisonniers entre nos mains.
Nos détachements, pénétrant dans les lignes allemandes, à l’est d’Auberive et dans la région de Badonviller, ont opéré de nombreuses destructions et fait des prisonniers.
Deux avions allemands ont été abattus par nos pilotes et dix autres, gravement endommagés, sont tombés dans leurs lignes.
Notre aviation de bombardement a effectué plusieurs sorties: 14000 tonnes de projectiles ont été lancés sur les gares, cantonnements et terrains d’aviation de la zone ennemie. Plusieurs incendies ont été constatés.
Les Anglais ont exécuté avec succès des coups de main au nord-ouest de Saint-Quentin et au sud-est de Cambrai. L’ennemi a eu un certain nombre de tués et a laissé des prisonniers.
Activité de l’artillerie allemande dans le secteur d’Armentières, à l’est de Wytschaete et sur la route de Menin.
En Macédoine, dans la vallée de la Cerna, les troupes britanniques ont exécuté avec succès plusieurs coups de main dans les lignes bulgares.
Dans la boucle de la Cerna, après une violente préparation d’artillerie, un détachement ennemi a tenté une attaque sur nos positions au nord d’Orchovo. Il a été repoussé.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 11 juillet 1917

Paul Hess

11 juillet 1917 – Nouvelle attaque allemande, sur Cemay, cette fois. Nos pièces recommencent le vacarme de la nuit précédente, tandis que les tranchées sont fortement marmitées et que les explosions de tor­pilles sont nombreuses. En même temps, bombardement vers Fléchambault et Sainte-Anne. Très mauvaise nuit.

Ce jour, un homme a été tué à 11 h, à l’angle des rues du Jard et Petit-Roland.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Le quartier Sainte-Anne


Cardinal Luçon

Mercredi 11 – Nuit tranquille en ville ; mais vers minuit, combat assez vif tout près de Reims : il m’a semblé que c’était encore vers La Neuvillette. + 13°. A 10 h., visite du Capitaine La Montagne qui remplace au Bureau de la Place, le Capitaine Durr, parti avec le Colonel Frontel. 11 h. à 11 h. 1/2, bombes françaises : l’une d’elles tua un vieillard de 80 ans, à l’angle de la rue du Jard et de la rue Petit Roland. Après-midi, visite aux Sœurs de l’As­somption et de la Visitation. Quelques bombes vers 9 h. 10.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
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Lundi 5 mars 1917

Louis Guédet

Lundi 5 mars 1917

905ème et 903ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Ce matin à 4h1/2 / 4h3/4 canonnade furieuse vers La Pompelle qui m’éveille, les éclairs des coups de canons flamboient et éclairent ma chambre. Je me lève, ouvre mes persiennes, et je vois le jardin couvert de neige qui continuera à tomber toute la matinée. Bataille furieuse et puis voilà les obus qui sifflent vers St Remy, 20 environ, rue Pasteur, Fléchambault, etc…  Une victime. Cela dure jusqu’à 6h du matin, puis cela cesse et je me rendors. Inventaire rue Buirette, dispute entre Hanrot (Edmond Hanrot (1864-1959)) notaire, toujours aussi pointu, Bruyant (Henri), notaire à Orbais, aussi pointu mais plus calme, et cette canaille de Lepage, ancien huissier, qui est doublé d’une brute. Je m’en suis amusé. Après-midi le vent tourne et dégel général, toute cette eau qui coule et tombe des toits sur les ruines me font mal et me rappelle mon martyre de la rue de Talleyrand. Ah ! cette pluie qui tombe, ruisselle sur les plafonds et les planchers à ciel ouvert !! Ce que c’est pénible. Fait des courses en pataugeant dans la neige fondue. Je rentre fourbu, mais il y a de l’ouvrage, lettres, circulaires pour la Chambre, etc…  Enfin je vais me coucher, j’en ai besoin, pourvu que je puisse dormir et qu’on me laisse dormir.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

5 mars 1917 – A 4 h 45, Reims est réveillée en sursaut par une canonnade très nourrie, qui s’est déclenchée sur le secteur — et le vacarme effroyable et bien connu des démonstrations d’artillerie se pro­longe, sans la moindre interruption, pendant une heure et demie. Vers 6 h 1/4, pour terminer, les 75 dont les détonations résonnent si bien place Amélie-Doublié, mêlent aussi leurs voix au concert en envoyant, pour leur compte, en un quart d’heure au plus, un sup­plément de quatre cents projectiles environ.

Quelques obus arrivent rues Pasteur, Armonville et du Barbâtre

Le calme revient à 6 h 1/2 et le soir même, le communiqué annonce qu’à l’est de Reims, un coup de main ennemi a été faci­lement repoussé. Ceci s’était passé vers le Linguet.

— Dans le voisinage, où les habitants sont peu nombreux, on avait remarqué, hier soir, l’apparition d’un employé de chemin de fer domicilié dans les alentours de la rue Lesage, qui était reve­nu paraît-il, pour connaître l’état de la maison qu’il avait occupée jusqu’en août 1914 et pour procéder, si possible, à l’enlèvement de son mobilier. C’était la première fois qu’il rentrait chez lui, depuis la guerre ; naturellement, il y passait la nuit. Le réveil subitement brutal de ce matin — auquel nous ne nous attendions pas non plus avait eu pour effet de le méduser absolument dans son lit, où il attendait, en claquant des dents, la fin… d’il ne savait quel cata­clysme.

A 8 heures, à peine remis de ses émotions et tremblant en­core, le cheminot préférait repartir en abandonnant ses projets, malgré les bonnes paroles de gens qui cherchaient à le tranquilli­ser, en lui déclarant qu’on n’entendait pas tous les jours pareille profusion de coups de canon qui, d’ailleurs, n’avaient été dange­reux que pour les voisins d’en face ; la séance lui suffisait. Au reste, on s’accordait à reconnaître qu’il avait eu de quoi s’émouvoir mais se doutait-il seulement qu’il eût pu tomber encore beau­coup plus mal, au point de vue des risques ?

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Place Amélie-Doublié (avant 1914)

Place Amélie-Doublié (avant 1914)


 Cardinal Luçon

Lundi 5 – Vers 5 h. très violent combat au nord-est puis à l’est de Reims. Une épaisse couche de neige couvre la terre. 0°. Visite aux prêtres réunis au Séminaire. Un obus tombe dans les ruines de l’Hôtel Dieu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 5 mars

Entre Oise et Aisne, nos détachements ont pénétré dans les positions adverses au sud de Nouvron jusqu’à la deuxième tranchée allemande et ont opéré d’importantes destructions.

Un coup de main ennemi dirigé plus à l’ouest, sur nos postes de la région de Haute-braye, a échoué sous nos feux.

Sur la rive gauche de la Meuse, nos batteries ont pris sous leurs feux et dispersé un détachement ennemi au nord de Regnéville.

A l’est de la Meuse, la lutte d’artillerie a été violente dans le secteur du bois des Caurières. Une attaque allemande, consécutive au bombardement intense signalé dans la région, au nord d’Eix, a été déclenchée sur nos positions de la Fieveterie. L’ennemi, qui avait réussi à pénétrer dans nos premiers éléments, en a été complètement rejeté par nos feux et nos contre-attaques. Notre ligne est entièrement rétablie.

En Alsace nous avons repoussé des partis ennemis, dans les secteurs d’Amertzwiller et de Burnhaupt.

Nos escadrilles de bombardement ont lancé des projectiles sur les hangars de Frescaty, la poudrerie de Bons, les hauts fourneaux de Woefling et la gare de Delme.

Les Anglais ont enlevé les premières lignes et lignes de soutien ennemies à l’est de Bouchavesnes. Ils ont fait 173 prisonniers. Ils ont réalisé une avance de 1100 mètres sur un front de 3200, à l’est de Gommécourt.

Un contre-torpilleur britannique a coulé en mer du Nord.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 25 octobre 1916

Louis Guédet

Mercredi 25 octobre 1916

774ème et 772ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps de pluie et brume, maussade. Ce matin allocations militaires, où dans une enquête pour supprimer une majoration à une malheureuse femme qui a une conduite déplorable et la reverser à la belle-mère qui a en garde un des enfants de cette malheureuse. Pendant la…

Le haut du feuillet suivant a été découpé.

…à 2h je sors pour faire des courses et prendre mon passeport, quand voilà les bombes qui commencent à tomber. J’entre au Palais de Justice, où je suis bloqué pendant une heure 1/2. Durant ce temps je cause avec le substitut du Procureur M. Mathieu de mon affaire de simple police du 3 octobre 1916. Tous ces militaires sont en train de bafouiller et de pagayer !! Maintenant ce n’est plus à moi qu’ils en veulent, c’est au Courrier de la Champagne !!!! Il ne manquait plus que cela. Bref, comme à la caserne, il faut que quelqu’un écope quand un galonné se croit atteint dans son autorité !! Qu’ils prennent garde de ramasser une nouvelle gifle !!…  Ils ne l’auraient pas volée !! Quels tristes sires !! A 2h12 je passe chez Ravaud, des bombes repleuvent. Je file à l’Hôtel de Ville où je reste jusqu’à 5h moins un quart, enfin je puis rentrer chez moi à 5h !! 3 heures de bombardement intense !! Le Barbâtre est atteint, mais surtout toute la partie de la rue de Vesle à partir du pont du canal jusqu’au pont du chemin de fer d’Épernay. Et aussi vers le pont de Muire, Place Colin, Hôtel de la Couronne, jardin Redont (appartenant à Jules Redont, célèbre paysagiste rémois (1862-1942)) ont surtout souffert, des victimes dont M. Hilaire Hayon, administrateur de l’Éclaireur de l’Est. Je prendrai de ses nouvelles demain. On m’a dit que ses blessures multiples n’étaient pas graves. Il faut attendre et voir. Quelle journée ! Ces bombardements intenses vous émotionnent toujours ! Ils ont du reste lancé des obus un peu partout. Mais le quartier Pont de Vesle – Porte Paris a surtout le plus souffert. Il faut que nous payions la reprise du fort de Douaumont. C’est ce qu’ils nomment de représailles militaires en…  tuant des civils !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

25 octobre 1916 – A midi 1/2, les 95 du Port-sec commencent à taper.
Vers 14 h, les Boches se mettent à riposter ferme et bombardent en ville, tandis que nos pièces continuent.
Un tir simultané de ce genre est plutôt rare.
On ne cesse ni d’un côté ni de l’autre ; le duel d’artillerie devient au contraire de plus en plus sérieux et dure jusqu’à 17 heures.
Il y a des dégâts considérables, occasionnés par les obus arrivés pendant ce singulier bombardement, dans les rues du Barbâtre, Gambetta, etc. Les projectiles tombaient également le long du canal, de Fléchambault à la Brasserie du XXe siècle.
On évalue de 450 à 500, le nombre des obus envoyés en ville. Il y a des tués et des blessés.
— Le communiqué annonçait ce matin la reprise de Douaumont et une avance de 3 km. en profondeur, sur 7 km. de front.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mercredi 25 – Nuit tranquille. + 10°. Nouvelle de la reprise de Douaumont (1). De 2 h. à 3 h. coups de canons de marine du côté français formidables, 3 ou 4 à la fois. Riposte des Allemands par bombes sur batteries et sans doute aussi ailleurs. De 1 h. à 5 h. 1/2 bombardement terrible. Quelques gros coups de canons français. Avalanches ou rafales d’obus allemands ; un d’eux achève de démolir l’Espérance 1. A la visitation 8 obus : 5 dans le jardin, 3 dans la maison (destinés sans doute au collège Saint-Joseph où étaient cantonnés des soldats). Beaucoup de dégâts ; un certain nombre de blessés Place Collin. Les pièces de marine ont tiré dans l’après-midi (on évalue à 450 obus (2).

(1) Le fort de Douaumont est repris par le régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc et le 321e Régiment d’Infanterie de Montluçon. La nouvelle de cette victoire a tout de suite été diffusée puisque le Cardinal la consigne le jour même de l’évènement
(2) Pour l’emploi de l’artillerie lourde sur voie ferrée il avait été construit, comme d’ailleurs pour le ravitaillement et les relèves des troupes, des réseaux ferrés triplant ou quadruplant les lignes existantes et des gares de triage et des dépôts en dehors des agglomérations et des vues de l’ennemi.
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 25 octobre

Sur le front de la Somme, lutte d’artillerie assez violente dans la région de Biaches et d’Ablaincourt. Aucune action d’infanterie.
Au nord de Verdun, après une intense préparation d’artillerie, nous avons prononcé une attaque sur un front de 7 kilomètres. Notre avance, qui a été très rapide et qui s’est effectuée avec des pertes légères, a été, sur certains points, de 3 kilomètres. Nous avons repris le village et le fort de Douaumont et nous sommes installés sur la route de Douaumont à Bras. Le chiffre de nos prisonniers est de 3500, dont 100 officiers.
Les troupes britanniques se sont consolidées sur le terrain conquis entre Gueudecourt et Lesboeufs.
Notre aviation a été très active. Un de nos avions a attaqué à la mitrailleuse les tranchées ennemies dans le bois de Saint-Pierre-Vaast. Sur le front de Verdun 20 combats ont été livrés: 3 avions ennemis ont été abattus; 2 autres ont dû atterrir en Lorraine; un aviatik a été abattu en Alsace.
Les Russo-Roumains se sont retirés à 12 kilomètres au nord de Constantza. Ils ont infligé des pertes aux Austro-Allemands dans les Carpathes, et gagné du terrain dans certains passages. Ils ont reculé, toutefois, au col de Predeal.
Une accalmie se prolonge sur le front russe de Galicie.
La presse autrichienne continue, par ordre, à présenter Fritz Adler comme un fou, de façon à enlever à son acte tout caractère politique. On annonce qu’il sera probablement pendu. Les partis, au Reichsrath de Vienne, continuent à délibérer sur l’opportunité d’une convocation de cette assemblée.
Le gouvernement grec a interdit à la presse toute attaque, toute injure contre les Alliés.
L’amirauté allemande a installé des sous-marins le long de la côte norvégienne, comme pour assurer un blocus effectif. Plusieurs bâtiments norvégiens et suédois ont été de nouveau coulés.
L’Angleterre augmente ses effectifs en appelant les hommes de 41 ans, en poursuivant les insoumis, en remplaçant les jeunes gens qui travaillent dans les usines.
Le gouvernement autrichien a prescrit l’évacuation de la population civile de Trieste.
Les troupes italiennes d’Albanie ont opéré leur jonction avec l’extrême gauche de l’armée de Macédoine.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 7 juillet 1915

Paul Hess

Le Courrier de la Champagne reproduit aujourd’hui, sans commentaires, l’article suivant de La Libre Parole, qui nous paraît assez étrange :

Prévoyance et Fermeté

Il est quelques esprits qui s’émeuvent devant la perspective d’une nouvelle compagne d’hiver.

Il faut pourtant voir les choses telles qu’elles sont. Nous devons lutter jusqu’à la victoire – qui ne peut pas échapper à notre ténacité – sans quoi serait absurde d’avoir lutté jusqu’à présent.

La campagne d’hiver est une éventualité susceptible de devenir réalité. Donc, admettons-là, prévoyons-là et préparons-nous.

Ce n’est pas le fait de nous y préparer qui la rendra plus probable.

On pourrait même penser avec quelque raison que mieux nous l’aurons prévue, plus nos chances grandiront de voir la guerre se terminer auparavant.

Qui a parlé d’abord de la campagne d’hiver? Les Allemands Et ils ont annoncé à grand fracas qu’ils fabriquaient des quantités de chaussettes de laine et de bonnets fourrés.

Pourquoi nous donner cette nouvelle – qui est l’aveu de leur impuissance à nous vaincre auparavant, et qui peut nous servir d’utile avertissement ?

Tout simplement parce que, suivant la méthode de bluff qui constitue toute la diplomatie de Berlin, cette affirmation devait avoir ce résultat de faire croire que les ressources des empires centraux – en hommes, en argent, en munitions, en vivres – étaient encore surabondantes et, par voie de conséquence, d’inquiéter et d’amollir la volonté des Alliés.

Se prêter à cette suprême manœuvre du mensonge allemand – en se lamentant par avance sur les sacrifices que nous coûterait une nouvelle campagne d’hier – c’est tomber complaisamment dans le panneau qui nous est tendu.

Les Français n’y tomberont pas : si une campagne d’hiver était nécessaire pour liquider les empires de proie, ils l’accepteraient. Mais le bluff allemand nous donne précisément sujet de penser que Berlin et Vienne demanderont grâce avant les premières neiges.

La Libre Parole

– Dimanche dernier, au cours d’une promenade vers le faubourg Fléchambault, je remarquais des tranchées faites le long du talus, près du canal et je voyais des soldats occupés à placer des fils de fer en arrière de l’écluse. Tout ceci indique décidément que la guerre se prolonge et se prolongera beaucoup plus qu’on ne l’avait généralement prévu.

On pourrait même soupçonner l’autorité militaire et la censure, si réservées et si sévères d’habitude pour tout ce qui est publié dans les journaux, d’avoir laissé imprimer, sinon d’avoir inspiré cet article pour préparer l’opinion.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Mercredi 7 – Nuit tranquille. Enlèvement du Trésor par M. Marcou et M. Dreyfus, israélite. Ces Messieurs furent très convenables. Ils expliquèrent que le Trésor n’était pas en sûreté ; exposé au péril de bombardement et d’incendie, sans parler de l’humidité. Ils descendirent dans la 2e cave, où était le Trésor, depuis l’incendie de la Cathédrale. En passant par la 1e cave, où étaient les lits des Sœurs, ils parlaient tout bas, et avaient l’air très émus. C’est là qu’ils couchent ! dirent-ils. Les Sœurs seules couchaient dans cette cave. Nous couchions, Mgr Neveux et moi dans le sous-sol au bas de l’escalier qui descend de la cuisine, pour ne pas encourir le reproche des Rémois d’avoir laissé emporter à Paris, dans rien dire à personne, un dépôt auquel ils tiennent extrêmement, je demandai une promesse écrite que les objets du Trésor reviendraient à Reims dès que l’on pourrait les replacer dans le local qui lui est destiné. Cela me fut accordé ; et l’acte signé fut déposé au secrétariat. Les objets du Trésor furent enfermés dans les caisses en (…), et scellés de mon sceau archiépiscopal.

Visite à M. le Curé de Saint-Thomas, M. Fournier frappé de paralysie.

Visite au Fourneau Économique de la rue Saint-Thierry

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173Mercredi 7 juillet 1915

Mercredi 7 juillet 1915

Les Anglais s’emparent de quelques tranchées allemande à Pilken, en Flandre, puis repoussent toute une série de contre-attaques. Lutte violente à notre avantage autour de la gare de Souchez. Arras et Reims sont bombardés. Sur les Hauts-de-Meuse, après avoir brisé deux offensives ennemies, nous reprenons un élément de tranchée – à Sonvaux, d’où nous avions été délogés le 27 juin, – puis nous progressons au delà. Une contre-attaque allemande est paralysée par nos mitrailleuses et l’ennemi, s’enfuyant en désordre, laisse de nombreux morts sur la place.
Au bois Le Prêtre, il subit aussi de grosses pertes et deux assauts qu’il dirige contre nos lignes sont arrêtés. Bombardement, dans les Vosges, de la Fontenelle à Thann.
Le général de Mackensen chemine beaucoup moins vite en Pologne. Sur plusieurs points, les Russes remportent des succès signalés, en particulier à Krasnik, où ils ont fait une attaque de flanc réussie.
Un raid aérien sur la côte est de l’Angleterre a piteusement échoué.
La Chambre des Communes britanniques a voté le projet instituant le recensement national.
Les Italiens bombardent les forts de Malborghetto et du Predil, tandis qu’un de leurs dirigeables jette des obus sur des établissements militaires près de Trie
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Source : blog de la Grande Guerre au jour le jour


 

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Pièces d’artillerie de siège transportées à 2000 mètres devant Malborghetto

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