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Dimanche 4 février 1917

Louis Guédet

Dimanche 4 février 1917

876ème et 874ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Gelée de plus en plus forte, tout gèle, hier j’ai failli ne plus avoir d’eau, et ce matin de même. En ce moment il y a 12° au-dessous, les carreaux sont gelés partout. C’est un froid terrible que je n’ai pas vu depuis 1895 et 1888/1889. Pauvres soldats !! Et ma pauvre femme et mes pauvres petits, qu’ils doivent souffrir à St Martin de ce froid !! Pourvu qu’ils aient assez de chauffage !! Quelle torture pour moi en songeant à cela. Ajoutée à toutes les autres !! Qu’ai-je donc fait pour souffrir ainsi ?!! Et pas de solution à cette vie malheureuse ! au contraire plus cela avance, plus je vois que nos souffrances augmentent !! quand verrai-je la fin de nos misères, et surtout de celles de ma pauvre femme et de nos petits ! Aujourd’hui dimanche, journée difficile à passer à cause du non travail. Que faire ?? Je vais tâcher de m’occuper.

6h1/2 soir  Sorti un peu cet après-midi, porté mes lettres à la Poste, rencontré le Gendarme Henry de la Brigade de Sedan, toujours au coin de la rue des Capucins vers 2h, qui me rappelait que je l’avais interpellé en lui disant de s’éloigner tandis que le Commissaire Central me sermonnait  ?? au coin de la rue des Capucins le 6 ou 7 octobre 1916, et me transmettait les significations de cet Aliboron de Colas au sujet de mes acquittements des procès de simple police du 3 octobre 1916. Oh ! M. le Juge, j’ai compris maintenant pourquoi vous me disiez de passer au large l’autre jour !! Ah !…  Vous nous avez rendu un rude service en engueulant Colas et Girardot. Voilà Colas parti, j’espère bien que l’autre suivra bientôt. Nous avons enfin la Paix. Quand je pense, M. le Juge, que Colas nous disait un jour que nous devions être à l’égard des Rémois aussi durs et aussi sévères que les Gendarmes allemands !! C’est honteux. On peut faire son service sans être des brutes !! Voilà encore un point sur Colas de fixé. En attendant d’autres. Il m’a promis de me fournir l’ordre du jour de Girardot où il disait qu’on ne serait jamais assez durs et sévères avec la Population Rémoise ! J’y compte.

Été voir M. Millet-Philippot, 29, rue Ponsardin en passant rue Cérès, boulevard de la Paix, rue Gerbert et rue Ponsardin. Que de Ruines encore rendues plus tristes par la neige. C’est lugubre. Pour lui demander quelques renseignements sur la mort de Varenne, notre regretté secrétaire de la Chambre des notaires, et sa femme (Émile-François Varenne, et son épouse Léontine Delaire, ils habitaient au 21, rue Ponsardin). Ils ont été tués au bombardement du 18 septembre 1914 dans la matinée, vers 9h/10h, lui un éclat au cou et plusieurs dans le corps, et sa femme les 2 pieds coupés. Il parait que celle-ci avait une expression de terreur effrayante sur le visage. On les a roulés en hâte dans 2 draps et portés tels quels au cimetière du sud dans la même fosse l’un sur l’autre. On était pressé alors !! et surtout terrorisés par ces premiers bombardements. C’est Peltereau-Villeneuve qui est leur notaire et qui a les papiers trouvés sur eux ou près d’eux dans la cave où ils gisaient, côte à côte…  Singulière fatalité, il parait qu’ils venaient toujours se réfugier dans la cave de M. Millet, celle-ci paraissant plus sûre que le leur. Il a fallu qu’ils se trouvent ce jour-là dans la leur. Ils devaient partir 2 ou 3 jours après, dès que Varenne aurait touché une rente viagère qui devait l’aider à payer son voyage. Tout s’enchaine !! C’est la destinée ! Je vais pouvoir renseigner Decroos, notaire à St Omer qui me demandait ces renseignements pour une sœur de Mme Varenne, sa cliente. J’en profite pour lui demander des nouvelles de Mme Lengaigne, dont nous n’avons plus depuis longtemps…  son fils ainé doit être soldat comme mon Jean, ils étaient du même âge.

Rentré ensuite, écrire un peu. Passé voir Melle Payard et sa compagne Melle Colin 40, rue des Capucins, bavardé une demi-heure et rentré définitivement. Il va encore faire très froid cette nuit. Quand cela finira-t-il ? On souffre vraiment !!…  Heureusement qu’on ne nous bombarde pas ! Descendre à la cave par ce temps, ce serait bien pénible !! surtout la nuit !!…

Absence des feuillets 423 et 424, le court passage du 5 février a été recopié par Madeleine.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 4 – Septuagésime.- 13°. Nuit tranquille. Expédié réponse sur les Séminaires au Cardinal de Lai.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 4 février

Canonnade intermittente sur divers points du front. Rencontres de patrouilles dans la région de Bezonvaux; nous avons fait des prisonniers.

Deux avions ont été abattus dans nos lignes par le tir de nos canons spéciaux : l’un à 0ulches (Aisne), l’autre près de Bloue-Sablons (région de Beaurieux).

Sur le front belge, rencontres de patrouilles devant Dixmude : elles se sont terminées à l’avantage des Belges. Plusieurs tentatives de l’ennemi pour pénétrer dans nos tranchées, après préparation d’artillerie, ont échoué sous les feux d’artillerie et d’infanterie belges.

Sur le front russe, dans la région de Kemmern (ouest de Riga), un avion allemand a jeté une bombe qui a blessé 10 soldats. A 1’est de la chaussée de Kolncem (ouest de Riga), 1es Al1emands ont attaqué les troupes russes après un feu violent, mais leurs vagues ont été brisées. Les Allemands renouvelèrent encore leur attaque, mais sans aucun résultat. Les autos cuirassées ont été d’un précieux concours à nos alliés.

Un avion allemand a bombardé un train express à Kreutzburg, près de Jacobstadt; un autre, le village de Gojowo.

Fusillade et canonnade sur le front roumain.

Lloyd George, ministre d’Angleterre, a prononcé un grand discours à Carnavon.

Les délibérations au sujet de l’attitude à prendre vis-à-vis du blocus allemand continuent à Madrid et à Washington.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

bezonvaux

Bezonvaux

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Mercredi 26 janvier 1916

Cardinal Luçon

Mercredi 26 – Nuit tranquille pour la ville. Vers 11 h. 1/2 canonnade réduite des Allemands sur des avions français, dit-on. Le jour, quelques coups de canon français. + 5 au matin, et le soir + 9. Écrit au Cardinal de Lai pour l’Archevêché de Rouen (à pourvoir) ; réponse à une consultation.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

Mercredi 26 janvier
Activité des deux artilleries en Belgique. L’attaque ennemie qui avait eu lieu vers l’embouchure de L’Yser a été disloquée par nos tirs d’artillerie. Les Allemands n’ont pu déboucher sauf sur un point, où quelques groupes parvinrent à pénétrer dans notre tranchée avancée. Ils en ont été chassés aussitôt en subissant des pertes sensibles. Près de Boesinghe, notre canonnade a endommagé les retranchements ennemis.
Deux avions ennemis ont jeté des bombes sur Dunkerque et sa banlieue : cinq personnes ont été tuées et trois blessées.
En Artois, l’ennemi a tenté une nouvelle action et avec une vigueur redoublée à l’est de Neuville-Saint-Vaast. L’attaque s’est produite sur un front de 1500 mètres. Elle a été rejetée sur toute la ligne. Canonnade dans la région de Wailly.
Au nord de l’Aisne (Craonne), nous dispersons un important convoi allemand.
A Berry-au-Bac, nous endommageons une batterie lourde allemande.
Sur les Hauts-de-Meuse (Mouilly), nous dispersons un détachement ennemi.
Dans les Vosges, nous bombardons les ouvrages allemands du Ban-de-Sapt, de Mulbach, de Stossvihr et du Rain-des-Chênes.
Nos avions en bombardant Monastir et Guevgeli, ont fait une centaine de morts à l’ennemi.
Les Russes ont fait encore 700 prisonniers turcs aux abords d’Erzeroum.
Les Autrichiens annoncent la prise de Scutari d’Albanie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Plateau de Boesinghe [Boezinge, Belgique, région d’Ypres] : [photographie de presse] / [Agence Rol] :

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Mercredi 24 novembre 1915

Délégation suédoise

Louis Guédet

Mercredi 24 novembre 1915

438ème et 436ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Il dégèle et fait froid, temps gris, maussade. Rien de bien intéressant : allocations militaires ce matin et cet après-midi courrier à mettre à jour. Journée monotone comme beaucoup d’autres et ce n’est pas fini. Mon vieil expéditionnaire n’est pas venu ce matin, pourvu qu’il ne soit pas malade, il me secondait et me soulageait, qui retrouver s’il vient à ma manquer. Pas de nouvelles de mes aimés. Cela m’inquiète toujours. Je deviens si impressionnable, si cela continue je tomberais.

Je me suis réinstallé à mon bureau, et je retrouve avec joie mes manies, mes habitudes d’antan sur ce vieux compagnon de vie de rude labeur. Il a déjà vu bien des choses, et il m’a vu aussi souvent plus malheureux qu’heureux, que d’heures pleines de soucis j’ai vécu près de lui, peu de joyeuses, de vraiment heureuses, néanmoins je l’ai retrouvé avec joie. Il me parait immense auprès du petit bureau que j’avais jusqu’ici. Puisse-t-il être toujours aussi grand à mes regards et qu’il voie de nombreuses affaires passer sur son tapis vert et qu’il voie aussi jusqu’à ma mort une vie heureuse, sans souci nouveau, et que revenu après bien des vicissitudes il ne soit pour moi désormais qu’un compagnon de bonheur et de prospérité sans cesse croissante. J’en ai tant besoin. J’ai déjà tant souffert qu’il est grand temps que nos épreuves soient finies et que j’atteigne maintenant l’ère de la tranquillité, du bonheur de voir heureux nos aimés et que mon bureau témoin muet de mes secrètes pensées soit aussi le témoin de ma prospérité revenante, tout en restant l’homme de Devoir et de l’Honneur.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf quelques coups de canons de 9 h. à 10 h. Expédiée lettre au Cardinal de Lai pour la question de charger les Aumôniers du soin des séminaristes, trop abandonnés et timides. Visite de M. Nicot, curé de la Neuvillette. Visite de M. Berthauld (?), vicaire de Saint-Pierre de Chaillot, aumônier militaire.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Pour montrer au monde l’horreur des bombardements, en particulier ceux de la Cathédrale, Reims a reçu, tout au long de la guerre des délégations de parlementaires qui y viendront régulièrement ainsi que des groupes de journalistes en provenance des cinq continents.

Toutes les photographies ci-dessous viennent du « Fonds Valois » (de la rue de Valois à Paris où étaient déjà les bureaux des « Beaux-arts »)

Pour en savoir plus : lire l’article d’Hervé Chabaud : Compatir, soutenir, s’indigner, Les visites de personnalités à la cathédrale, pp 79-81 dans Reims 14-18 – De la guerre à la paix, éd. La Nuée bleue.

Ces photographies prises le 24 novembre 1915 de la mission suédoise :

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Mercredi 24 novembre

Journée calme sur l’ensemble du front. L’action de l’artillerie est ralentie par le brouillard. Nous réduisons au silence les batteries ennemies qui tiraient sur nos tranchées de Roclincourt, en Artois, sur nos positions entre Aisne et Argonne et dans la région du bois Le Prêtre.
Explosions de mines en Argonne, au nord de la Houyette et dans le bois de Malancourt.
Sur le front belge, légère canonnade allemande. L’artillerie belge disperse des groupes de travailleurs ennemis.
Sur le front d’Orient, accalmie dans le secteur de la Tcherna et dans le secteur de Stroumitza.
Les Allemands et les Autrichiens ont redoublé de vigueur dans la pression qu’ils exercent à Bucarest, mais sans résultat appréciable.
M. Denys Cochin est de retour à Athènes. Il a déjeuné au palais royal. L’Angleterre dément qu’elle exerce un blocus réel contre la Grèce. Les quatre puissances alliées ont fait remettre une note à la Grèce pour lui demander de préciser ses intentions.
Un bateau-vigie allemand a été coulé par les Russes dans la Baltique.
Malgré de furieuses contre-attaques dirigées contre eux par les Autrichiens, les Italiens ont conservé toutes leurs positions sur l’Isonzo moyen.
La viande de porc a atteint des prix fabuleux outre-Rhin, où les journaux sont pleins de doléances à ce sujet.
Lord Kitchener a annoncé, dans une interview, que l’Angleterre aurait bi
entôt 4 millions d’hommes sur pied.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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