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Dimanche 16 janvier 1916

Louis Guédet

Dimanche 16 janvier 1916

491ème et 489ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Temps brumeux froid. Pas un coup de canon. Cela devient monotone. Est-ce que nos voisins seraient comme leur Kaiser fort malades ? Ce serait presque à le supposer. Journée fort monotone pour moi. Messe à 8h rue du Couchant dite par l’abbé Landrieux (Mgr Landrieux évêque élu de Dijon), été rue de Vesle à la Poste qui est réinstallée dans son ancien local chez Poirier (Bains). Rentré travailler. Déjeuné à midi, à 1h reçu mon courrier, peu lourd heureusement, car en même temps m’arrivait mon Dossier de simple police, 96 procès, c’est peu auprès des audiences précédentes. On voit réellement que le peureux culotte de peau Capitaine de Gendarmerie Charles n’est plus dans nos parages. Revu encore les noms de nos Pandores qui aiment à embêter le civil. Hottier (J.M.Emile) maréchal des logis, Ouvré (Jules Emilien), Etienne (Jean), Jardin (Charles Justin), Pirlot (Albert), etc…  mais ils vont en prendre pour leur Rhume. Je leur conseille de se préparer à la potence, comme Ouvré, l’autre jour ils pourront serrer les poings. Quelles brutes aussi ampli…

Absence du haut du feuillet suivant.

…ront par contre pas à rougir de leur patron.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Dimanche 16 – Nuit tranquille ; + 5 degrés ; visite à la paroisse, aux soldats, aux prêtres soldats à Hermonville. Reçu la visite du Général Rousher, du Colonel de Germiny (ou Germigny) ; je n’ai pas pu aller à l’ambulance de (à l’entrée d’Hermonville) parce que pas de permissions ; mauvaise volonté (protestant peut-être ?). Prêché aux soldats à la messe. Visite au général.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 16 janvier

En Champagne, notre artillerie a dispersé des travailleurs ennemis et pris sous son feu un convoi en marche sur la route d’Auberive à Saint-Soupplet.
Échange de grenades à Vauquois, en Argonne. Canonnade à Woëvre.
Un avion allemand a jeté des bombes sur un camp grec, faisant des victimes.
Le chancelier allemand annonce que Guillaume II n’est pas alité, pour démentir le bruit qui avait couru de l’état critique du kaiser. Toutefois, la fête de l’empereur ne sera pas célébrée.
Les Autrichiens n’ont fait aucun prisonnier dans Cettigné, qui avait été évacué.
Le communiqué officiel britannique annonce que l’ennemi déploie une grande activité autour du camp retranché de Salonique.
Un contre-torpilleur italien a coulé un transport autrichien chargé de munitions, dans l’Adriatique.
La presse suisse réclame toute la lumière sur les faits reprochés aux colonels Egli et de Wattenwyl.
Les États-Unis vont faire procéder à l’arrestation de plusieurs milliers de marins allemands plus ou moins inculpés de complot.
Le cardinal Mercier, primat de Belgique, est arrivé à Rome.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Campement en Woëvre : [photographie de presse] / [Agence Rol] :

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Lundi 20 décembre 1915

Place de la République

Louis Guédet

Lundi 20 décembre 1915

464ème et 462ème jours de bataille et de bombardement

11h soir  Beau temps, dégel. Je suis exténué. Couru la matinée pour ouvrir le coffre-fort de Mme Désaubeau 16, rue des Consuls, Hôtel de Ville service, Comptoir des Escomptes dépôts des valeurs retirées de son coffre. Palais pour le testament, rentré à 12h et trouvé 3-4 personnes à répondre. Réglé rente Martin pour Mareschal. Déjeuné entretemps, et à 1h parti pour Ville-Dommange pour la levée des scellés Mimil, rentré à 6h du soir, trouvé lettre de Charles Heidsieck, m’appelant d’urgence rue St Hilaire pour causer de l’affaire Schülz qui se complique pour lui, parce qu’associés. C’est une vaste fumisterie et du chantage. La maison Charles Heidsieck n’ayant jamais d’associés qu’entre eux, et Schulz était suisse. Et tout cela remue ciel et terre au Parquet général à Paris. C’est honteux si ce n’était grotesque. Rentré dîner à 8h et me voilà à 11h1/2 finissant ma journée. C’est fatiguant…  exténuant.

Vu l’abbé Landrieux ce matin, parlé de son sacre. J’irais donc à Dijon comme je lui avais déjà dis le 2 février 1916. Il a paru sensible à cela. Remis 1000 Fr pour la famille Mareschal et donné somme de 200 Fr pour moi et Maurice comme fabriciens. Je voudrais bien que ce voyage puisse correspondre avec celui que je dois faire à Bâle pour les valeurs Mareschal. Je n’ai plus le temps d’écrire ! Suffirai-je à ma tâche… ?? Je n’ai encore lu aucun journaux… !  Je ne sais vraiment pas comment je vie. En ce moment, en cet instant où j’écris, des coups de feu d’échange espacés, comme en batterie, et c’est très rapproché…  les coups sont toujours vers Bétheny !! On dirait des tirs à la Ville. On n’y fait plus attention.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

20 décembre 1915. Bombardement vers la rue de la Justice, le Boulingrin et la place de la République, passage toujours dangereux. Quelques blessés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 20 – Nuit tranquille pour la ville. Peu d’activité autour.

Visite aux Petites Sœurs de l’Assomption. + 2 degrés – Visite de M. le curé de Merfy. Visite à l’École des Caves Chauvet. Pluie toute la journée ; + 4 degrés.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Lundi 20 Décembre 1915. Cet après-midi Mme Forgeat, qui habitait rue Baron et qui actuellement se trouve à Courlancy, s’est dérangée de là-haut par une pluie battante pour venir me dire qu’à la Poste il y avait des lettres à mon adresse de la rue de Beine, dont une du Ministère de la Guerre. Tu penses dans quelle impatience je suis. C’est parce qu’il était trop tard, sinon j’y serais partie tout de suite. Je crois que je ne dormirai pas beaucoup.

Ta petite femme qui t’aime toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Lundi 20 décembre

L’activité de l’artillerie demeure intense.
En Belgique, les batteries françaises et britanniques ont violemment bombardé les tranchées allemandes d’où partait une émission de gaz suffocants dirigés vers le front anglais. Il n’y a pas eu d’attaque d’infanterie. Des avions ennemis ont survolé la région de Poperinghe et jeté une dizaine de bombes. Une femme a été tuée. Une femme et deux enfants ont été blessés.
Notre artillerie a dispersé des travailleurs dans le secteur de Thelus, au nord d’Arras. Cette ville a reçu une centaine d’obus ennemis.
Entre Somme et Oise, nos engins de tranchées ont détruit un ouvrage allemand à Dancourt.
Entre Soissons et Reims, notre artillerie a pris à partie les lance-bombes et les batteries de l’ennemi, à l’est de Berry-au-bac.
Notre artillerie lourde a causé de sérieux dommages à Sainte-Marie-à-Py, en Champagne, aux première lignes ennemies.
Canonnade près de Saint-Mihiel.
Sept de nos avions ont bombardé la gare de Metz-Sablons. Un de nos appareils, arrêté par une panne de moteur, a atterri sans incident dans nos lignes, à Dieulouard.
Aucun incident ne s’est produit dans le secteur français de Macédoine.
Le croiseur allemand Bremen et un torpilleur allemand ont été co
ulés en Baltique.

Source la Grande Guerre au jour le jour


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Dimanche 28 novembre 1915

Le Miroir

Louis Guédet

Dimanche 28 novembre 1915

442ème et 440ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Soleil. Gelée et vent d’est froid et cinglant. Messe de paroisse rue du Couchant. L’abbé Landrieux dit en quelques mots à ses paroissiens qu’il va les quitter pour la Mitre à Dijon. Travaillé, fait mon courrier. Vu Charles Heidsieck, les Abelé, rentré chez moi et mis à jour ma correspondance jusqu’à présent. Écris aux Schulz à qui je n’avais pas écrit depuis longtemps à cause d’un imbécile de policier qui croyait que nous faisions de l’espionnage !!!…  c’est à gifler. Je suis fatigué. Il est 10h du soir.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

Très forte gelée, qui a pris subitement et va jusqu’à – 8 à – 10°.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 28 – Nuit tranquille, sauf gros coups de canon de temps en temps. Visite aux soldats chez les Petites Sœurs des Pauvres, 9 hl/2, Géné­ral et Colonel présents ; chapelle et tribunes pleines. Retraite du mois. Très froid, à 9 h. soir, 5 degrés au-dessous de zéro.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 28 novembre

Vives actions d’artillerie en Belgique (régions de Lombaertzyde et de Boesinghe, et au sud de la Somme (secteur de Fouquescourt).
Au nord de Saint-Mihiel, nous avons démoli une batterie ennemie à la cote Sainte-Marie. A Billy-sous-Mangiennes, nous avons dispersé un fort détachement par un feu à longue distance.
Les ennemis ont fait une triple tentative par gaz suffocants dans le secteur Forges-Bethincourt, à l’ouest de Verdun. Ces trois émissions ont abouti à un échec total.
Dans le secteur français de Macédoine, nos avions ont bombardé les environs de Stroumitza et la ville d’Istip.
Nos troupes, à raison du repli des Serbes, sont revenues de la rive gauche sur la rive droite de la Cerna.
Aux Dardanelles, notre artillerie a détruit des pièces turques de gros calibre, et notre travail de mines a heureusement progressé.
Les ministres alliés à Athènes ont remis un aide-mémoire à M. Skouloudis pour préciser leurs desiderata.
Une mission militaire russe est arrivée à Londres. Le général russe Gilinsky est venu également
en mission à Paris.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Mardi 12 octobre 1915

Louis Guédet

Mardi 12 octobre 1915

395ème et 393ème jours de bataille et de bombardement

4h1/2 soir  Du canon toute la nuit, matinée tranquille, une conciliation avortée, le débiteur étant de mauvaise foi (M. Auberge (commerçant né à Marseille en 1866)). Je travaille mais c’est la guerre je ne paierai pas ! Voilà la thèse courante et à 11h1/2, comme je me disposais à aller déjeuner chez M. Henri Abelé 2 obus (shrapnels) vers la rue du Barbâtre. Déjeuné dans la cave de M. Henri Abelé avec Mme Henri et Louis Abelé, Abbé Landrieux, curé de la Cathédrale, Albert Benoist, Docteur Simon, Marcel Heidsieck, Lesecq chef de caves. A 2h1/2 on vient nous dire que des aéroplanes français se dirigent vers les lignes allemandes, nous prenons congé pour aller voir, mais ils étaient déjà disparus. Je me dirige avec le Docteur Simon vers sa maison et mon refuge quand boulevard Lundy, rue Linguet, nous entendons un bourdonnement continu, comme si une immense ruche d’abeilles se dirigeait vers nous. C’étaient nos aéroplanes qui nous revenaient, ils n’avaient pas été longtemps parti, il était 3h1/4, ils étaient 19, c’était un bien joli spectacle !! Tous ces avions revenant en bande, poursuivis par 3 avions allemands, en bonds dispersés, allant, venant pour certains comme le chien du berger qui surveille ses brebis. C’était impressionnant et magnifique, de grandeur, de crainte qu’ils ne se fassent atteindre, nous étions là, fascinés par ce beau spectacle.

Repassé par le Palais de Justice, rencontré M. Creté, juge qui me reconduit jusqu’à la rue des Capucins. Nous nous disons au revoir pour demain ma prestation de serment. En rentrant, 2 ou 3 obus aux environs. C’est tout.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Paul Hess

À 14 h 45, un ronflement de moteurs qui augmente insensi­blement d’intensité et devient considérable, nous fait quitter pen­dant quelques instants le bureau. Du perron de l’hôtel de ville, nous voyons s’avancer en plusieurs lignes, une escadrille de vingt-trois aéros partant en expédition. Elle se dirige vers le nord-est, et, sur un signal donné par une fusée tombée de l’un d’eux, les appa­reils se dispersent et accélèrent l’allure.

Vingt minutes après, ils commencent à repasser ; nous en comptons dix-huit — ensuite des sifflements se font entendre et une dizaine d’obus arrivent en ville.

Le lendemain 13, nous apprenons, par le communiqué, qu’une escadrille de dix-neuf avions a lancé cent-quarante bombes sur la gare de Bazancourt où des mouvements étaient signalés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Carte allemande

Carte Allemande


Cardinal Luçon

Mardi 12 – Nuit tranquille pour la ville. 11 h. 1/2, 3 bombes sifflantes. 2 h. 1/2 passage de nombreux aéroplanes, ronflant ensemble magnifique­ment, comme un orgue, sur la ville.

Un 20e allant au Nord. Revenant après 1/2 heure à peu près.

Reçu la brochure allemande, en réponse au volume de Mgr Baudrillart.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 12 octobre

Progrès sensibles de nos troupes à l’ouest du chemin de Souchez à Angres, dans la vallée de la Souchez et à l’est du fortin du bois de Givenchy.
Nous gagnons du terrain sur les crêtes de la Folie. Cent prisonniers appartenant à la garde sont restés entre nos mains.
En Champagne, nous avons progressé au nord-est de Tahure et enlevé un ouvrage allemand au sud-est du village, près du ravin de la Goutte. Nous avons capturé 108 prisonniers, dont deux officiers.
Notre artillerie contrebat efficacement l’artillerie allemande.
Canonnades aux Eparges, au bois Le Prêtre, à Reillon en Lorraine, et dans les Vosges, à Steinbach et près de Thann.
Les renseignements recueillis par l’état-major britannique prouvent que l’échec subi par les Allemands au sud du canal de la Bassée a été des plus sérieux.
L’offensive russe s’accentue en Bukovine. L’action entre les armées austro-allemandes et serbes se déploie sur un très vaste front le long du Danube, du Drin et de la Save. Les Serbes ont repoussé victorieusement les agresseurs.
Le courant de l’opinion italienne se manifeste de plus en plus énergiquement en faveur d’une intervention dans les Balkans.
Les partis roumains favorables à la Quadruple Entente demandent une réponse à M. Bratiano au sujet de l’opportunité d’une mobilisation générale.
M. Viviani, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères par intérim, a fait une déclaration à la Chambre sur la question d’orient. Il a dit que la Russie associerait son ac
tion militaire à la nôtre.

Source : la Grande Guerre au jour le jour

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