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Mardi 27 février 1917

Louis Guédet

Mardi 27 février 1917

899ème et 897ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps couvert avec brume, plutôt froid. Bataille toute la nuit, et de plus j’ai eu de terribles insomnies. Ce matin réveillé à 5h éreinté. J’ai tâché de dormir pour me remettre mais impossible. Ma bonne ne va pas plus mal, plutôt mieux mais affaiblie, cela se conçoit. Travaillé toute la matinée, fait deux ou 3 courses, Courrier de la Champagne pour une circulaire à l’imprimerie pour la Chambre des notaires. Chapuis pour cours de Bourses, partage partiel Lepitre et Billy, Greffe civil pour législations, rentré pour mon courrier peu chargé. Après-midi porté mon courrier, et passé par la Mairie où M. Martin me remet la notification de ma nomination de Président de la Commission d’appel des allocations militaires pour l’arrondissement de Reims. C’est Chézel qui me remplacera comme Président des 4 commissions des Cantonales de Reims. En sorte que l’autre jour, quand Régnier le sous-Préfet m’a dit que je restais Président des 4 cantons et que Chézel était nommé Président d’appel, il a bafouillé ou il a signé sans savoir ce qu’il signait, cela ne m’étonne nullement.

Bref, comme j’avais dit à Houlon cela, et que celui-ci me soutenait que c’était bien moi qui devait être Président d’appel en remplacement de M. Bossu Procureur de la République, je lui avais déclaré comme conclusion : ou c’est lui qui est saoul ou c’est moi ? Nous verrons. Heureusement et ce m’est un soulagement : c’est Régnier qui était saoul !! selon son habitude…  On m’a remis les dossiers en retard, il y en a 69 depuis le 27 octobre 1916, dernière séance de M. Bossu et ses archives. Je vais étudier cela, c’est classé et cela ira bien. Un ou 2 coups de collier à donner et ensuite je n’aurai plus que des séances tous les mois. Cela me tiendra moins que la Présidence des commissions cantonales qui me tenaient tous les mercredis. Demain j’assisterai à la réunion pour mes adieux et remettre mes fonctions à M. Chézel. L’arrêté préfectoral qui me nomme est daté de Châlons du 19 février 1917 et m’a été signifié le 26.

Reçu lettre de l’abbé Andrieux, aumônier du 2ème régiment de fusiliers marins qui me remerciait des compliments que je lui avais fait de sa Légion d’Honneur. Il me contait une aventure arrivée à Chappe, avocat, adjoint de Reims, qui s’est sauvé le 2 septembre comme un poltron qu’il est. A l’enterrement du docteur Doyen (chirurgien de renommée internationale, inventeur de nombreux instruments chirurgicaux (né en 1859 et décédé le 21 novembre 1916 à Paris)) il plastronnait avec la famille pour recevoir les invités, quand survint l’abbé Tribidez, ancien aumônier militaire. Le sourire aux lèvres, mon Chappe lui tend la main, l’abbé retient la sienne ostensiblement en s’écriant : « Ah ! çà ! non ! Je ne serre pas la main d’un lâche !! » Tête du Chappe !

Comme je contais cette histoire tout à l’heure à Houlon, je lui disais que nous devrions nous grouper pour traiter de la même manière les pleutres qui reviendraient ici la bouche en cœur après la délivrance de Reims. Il me répondit : « J’y ai essayé et aussi j’avais déjà eu quelques adhésions, Charbonneaux, de Bruignac, et j’avais demandé au Maire d’être Président, mais celui-ci s’y refusa ! Toujours le même et aussi sectaire. Je le regrette pour lui qui s’est taillé une si belle page dans l’histoire de notre Ville.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 27 – + 4°. Nuit tranquille, sauf – Invitation du Général de Bazelaires par les aumôniers, à aller prêcher les soldats à Hermonville et dîner avec lui (mercredi 28). Lettre aux Évêques de la Province pour présentations épiscopales.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hermonville


Mardi 27 février

Notre artillerie a exécuté des tirs de destruction efficaces sur les organisations allemandes en Belgique, dans la région des Dunes et à l’est du bois de Malancourt.

Nous avons réussi un coup de main sur un saillant ennemi, au nord de Tahure et ramené des prisonniers.

Sur le front belge, lutte d’artillerie d’intensité moyenne spécialement vers Nordschoote et Steenstraete, où les engins de tranchées ont été actifs.

Les Anglais ont progressé dans la vallée de l’Ancre. Leur avance s’étend sur un front de 17 kilomètres 600, de l’est de Gueudecourt au sud de Gommecourt et a atteint une profondeur de 3 kilomètres 200. Outre Serre, ils ont occupé le point d’appui de la butte de Warlencourt, le village de ce nom, Eaucourt, Pys et Miraumont, et atteint les abords de le Barque, Irles et Puisieux-au-Mont.

Ils ont rejeté une attaque sur l’un de leurs postes au sud de la Somme.

Un coup de main au nord d’Arras leur a valu 24 prisonniers. Leurs détachements ont pénétré dans les tranchées ennemies à l’ouest de Monchy-au-Bois et à l’ouest de Lens, ramenant des prisonniers.

Les troupes anglo-indiennes de Mésopotamie ont occupé le point stratégique de Kut-el-Amara, au sud de Bagdad. 1730 Turcs ont été capturés et, en outre, 4 colonels allemands.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 22 août 1915

Louis Guédet

Dimanche 22 août 1915

344ème et 342ème jours de bataille et de bombardement

3h1/2  Nuit tranquille, temps froid ce matin, à nuageux et couvert en ce moment. Je remonte de la cave où nous avons passé 1/2 heure de 3h à 3h1/2, des obus assez près, relativement peu, mais c’était plus prudent et puis je suis si nerveux maintenant ! Mon déménagement, quand je songe que tout est à l’air maintenant, je tremble et cependant il me faut bien les sortir pour les sécher avant d’être définitivement empilés !… J’ai comme de la fièvre. Je crois qu’il est temps que je parte. Je n’y resterais pas. Si seulement c’était la fin et que dans quelques jours je n’avais plus ce cauchemar et que je puisse songer à rejoindre les miens. Quelle vie de misère.

Écrit à M. Jadart qui est toujours bien aimable avec moi, je lui porte de ces Notes, mais cela peut-il intéresser le public, l’instruire lui-même.

J’attends la visite d’adieu de ce bon abbé Andrieux, aumônier du 2ème régiment de fusiliers marins. Qu’il nous revienne bientôt, ce serait que la Guerre est finie ou tout au moins ce serait notre délivrance.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Une violente canonnade commence à 14 h. Les 75 et les gros­ses pièces font rage pendant une heure environ, avec de très courts intervalles utilisés aussitôt par l’artillerie ennemie, pour la riposte. Des obus passent en sifflant au-dessus du jardin de la rue du Jard 57, où je me suis rendu par cette belle journée de diman­che et que je puis quitter à 15 h 1/4.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Dimanche 22 – Nuit et matinée tranquille. Voyage à Binson manqué faute de laisser-passer. Pendant le dîner, le Général m’envoie avertir que vers 1 h. à 1 h. 1/2 nos canons vont répondre aux bombardements des trois derniers jours ; ce qui attirera probablement une riposte des Teutons(1). Le duel n’a pas été aussi terrible qu’on pouvait le craindre, et le bombarde­ment n’a pas été aussi terrible que celui d’hier. A 3 h. aéroplanes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Rarissime forme péjorative dans les propos du Cardinal Luçon.

Lundi 23 août

En Artois, au nord de Souchez, une tentative d’attaque allemande menée par un faible effectif a été rapidement enrayée. Dans la région du Labyrinthe, combat à coups de grosses bombes. Canonnade violente autour de Neuville et de Roclincourt.
Canonnade aussi à Roye, à Quennevières, sur le front de L’Aisne et autour de Reims.
Lutte d’engins de tranchées aux Courtes-Chausses, dans l’Argonne.
Combat à coups de bombes, à Flirey, en Woëvre.
Une attaque ennemie a été repoussée sur la crête de Sondernach, dans les Vosges.
Un grave incident s’est produit entre l’Allemagne et le Danemark. Un contre-torpilleur allemand avant tiré des coups de canon, au mépris du droit international, contre un sous-marin anglais échoué dans les eaux danoises et l’ayant coulé, le cabinet de Copenhague a adressé une protestation à Berlin.
Les Italiens ont enregistré de précieux succès sur l’Isonzo.
Les Allemands ont perdu un croiseur et deux torpilleurs dans le golfe de Riga.
M. Venizélos garde, dans son ministère, le portefeuille des Affaires étrangères.
Une entrevue a eu lieu à Boulogne-sur-Mer, entre M. Ribot et M. Mac Kenna, chancelier de l’Échiquier brit
annique.

Source : La guerre au jour le jour

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Vendredi 20 août 1915

Louis Guédet

Vendredi 20 août 1915

342ème et 340ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Même leitmotiv. Nuit calme. Présidé commission d’allocations militaires ce matin. Bombardement de 2h à 3h rues Buirette, de Thillois, place d’Erlon, descendu à la cave à cause d’un inspecteur d’enregistrement de Sézanne, M. (en blanc) qui entendait cela pour la première fois. Il y était encore quand je suis sorti pour faire mes courses !! Il n’en a pas l’habitude ! Je suis toujours fort las et découragé. L’abbé Andrieux me disait hier qu’il avait demandé à prendre ses 4 jours de permissions parce qu’il craignait une attaque générale due à l’initiative des allemands vers le 8 septembre, et qu’il désirait être là près de ses fusiliers marins lorsque la danse commencerait. Dieu l’entende et qu’enfin nous soyons enfin délivrés. Je ne tiens plus. Je n’ai même plus de volonté. Je me tiens à mon devoir que machinalement. Je suis usé. J’ai tellement souffert ! Que d’épreuves ! Je n’en puis plus !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

À 14 h 15, ainsi qu’hier, les sifflements suivis d’explosions à peu de distance de la mairie, recommencent à se faire entendre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 20 – Nuit tranquille. Matin item. A 2 h. Visite aux blessés am­bulance n°17 ; blessés civils des derniers jours. Bombes nous obligent à retarder notre retour.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Vendredi 20 Août 1915. Il y a des lettres que j’avais envoyées à des prisonniers qui me sont revenues avec la mention ‘inconnu’. Tiens, je n’avais pas pensé à te dire que l’oncle Edouard avait eu un accident. Il a été piétiné par ses chevaux à la gare Saint Charles où on expédie les marchandises. Transporté à l’hôpital, il y est mort aujourd’hui. Il n’a été que 10 jours malade.

En même temps que lui on enterre une jeune dame Courte du faubourg Céres qui a été tuée par le bombardement. Elle laisse trois petits enfants et son mari est au feu. C’est que c’est une drôle de vie à Reims. Tous les jours en ce moment on compte une dizaine de victimes. Les nôtres tirent aussi beaucoup. Les 75 qui se trouvent caserne Jeanne d’Arc ont fait feu à volonté pendant une heure. A ce qu’il paraît, ils auraient détruit un ouvrage boche au Linguet. Mais ça n’avance pas vite.

J’ai vu Reppel et le cousin Émile Rollin aujourd’hui. Ils sont en permission et ils ont poussé jusqu’à Reims. Ils sont saisis de voir la ville comme cela et encore plus d’entendre le bombardement. Ils ne sont pas au feu ; ils sont à Troyes.

Enfin encore une journée. Je te quitte mon chipot. A toi toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Vendredi 20 août

Grande activité sur le front en Artois. Nous avons pris le carrefour de la route Béthune-Arras et du chemin d’Ablain-Angres, où la position allemande faisait saillant dans notre avant-ligne. Nous avons capturé cinq mitrailleuses et un certain nombre de prisonniers.
Au nord de Carleul, l’ennemi qui avait bombardé nos positions à courte distance a ensuite tenté des attaques que nous avons repoussées. Fusillade dans la région Berles-Adinfer.
Canonnade entre Oise et Aisne, dans le secteur de Vailly, ainsi qu’à Quennevières et à Nouvron.
En Argonne, notre artillerie manifeste sa supériorité à la Fontaine-aux-Charmes et à Marie-Thérèse.
Lutte dans les Vosges, sur le sommet du Linge. Nous prenons une tranchée au Schratzmaennele.
Les Allemands sont entrés dans Kovno, où ils prétendent avoir saisi un matériel important.
Les Italiens ont démoli un fort au Tonale et en ont occupé l’emplacement. Sur toute la ligne de l’Isonzo, ils demeurent inébranlables dans leurs positions, malgré les offensives réitérées des Autrichiens.
M. Pachitch a convoqué la Chambre serbe en séance secrète pour lui communiquer les proposition de la Quadruple Entente.
Les journaux italiens réclament de nouveau la rupture avec la T
urquie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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