Louis Guédet

Jeudi 20 juin 1918

1378ème et 1376ème jours de bataille et de bombardement

10h soir  Toujours un temps nuageux, lourd, orageux. Ce matin rendu visite à M. Otis Mygatt, riche américain, 156 boulevard Haussmann, qui s’occupe avec sa femme du marrainage des orphelins de la Guerre. Œuvre intéressante et curieuse. On fait une fiche pour une famille dont le double avec photographie des enfants à l’appui est envoyé à New-York, et sur la vue de cette fiche et des photos une riche américaine adopte le ou les orphelins qui l’intéressent dans la collection de fiches et de photos, et s’inscrit pour 3 – 4 – 5 – 10 000 F par an pour l’éducation de ces orphelins adoptés… Toutefois dans les allures et les états qui restaient comme souches à Paris j’ai remarqué surtout des noms connus, et ma foi qui me semblaient n’être qu’à demi…  besogneux, les Févier, les de x…, de x – y, etc… Ils ont déjà 3 à 4 000 marrainages. Nous visitâmes ce M. Mygatt pour l’intéresser à la Société des Amis de la Cathédrale de Reims, ce qu’il a accepté.

Été cet après-midi à St Cloud voir le Président Achille Renard, ancien Président du Tribunal de Reims. Causé de sa fin plus ou moins prochaine, il a 83 ans. Il m’a fait ses ultimes recommandations et m’a prévenu qu’il voulait des obsèques civiles. Ce qui ne m’étonne nullement. Il était de cette phalange de vieux voltairiens irréductibles.

Revenu ici pour la réunion des Amis de la Cathédrale de Reims. Vu là M. Eulart, Président des Musées de Paris. Et M. Bartholomé, le sculpteur bien connu (Paul-Albert Bartholomé, auteur du dessin définitif de la croix de guerre en 1915 (1848-1928). Je pars demain matin à 7h pour Troyes où je coucherai et samedi je rentrerai enfin à St Martin. A Paris on craint beaucoup les bombardements intensifs des gros canons que les allemands installent plus près en ce moment parait-il. (Je serai parti et cela va encore vider Paris qui est déjà bien déserté). Texte du 27 octobre 2018

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

20 – Arrivée de 3 caisses contenant des vases sacres de la Cathédrale déposées dans le presbytère de Villedommange (notes de guerre de M. Camu). Écrit félicitations au Général Marillier. Visite après souper de M. l’Abbé Bourg, secrétaire de l’intendant Devort

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 20 juin

Les Allemands ont déclenché une violente préparation d’artillerie sur tout le front de Reims, depuis la région de Vrigny, à l’ouest, jusqu’à l’est de la Pompelle. Ils ont ensuite attaqué par des masses d’infanterie nos positions. Nos troupes ont résisté avec un plein succès au choc de l’ennemi que nos tirs de contre-préparation avaient fortement éprouvé. Entre Vrigny et Ormes, les troupes d’assaut allemandes ont dû refluer à plusieurs reprises sur leurs lignes de départ et n’ont pu finalement aborder nos positions.
Sur la périphérie de Reims, de violents combats se sont déroulés. L’ennemi a été partout repoussé. A l’est de Reims, la lutte s’est aussi terminée à notre avantage.
Les Anglais ont repris un poste dans le secteur de Vieux-Berquin et capturé des prisonniers.
Les Italiens ont repoussé des actions locales dans la région du mont Grappa et du Montello. Ils ont exécuté des pointes sur le plateau d’Asiago.
Une bataille a repris sur la Piave. Toutes les tentatives autrichiennes ont été brisées. L’ennemi est réduit à la défensive au nord de Capo Sile. Le chiffre des prisonniers faits par nos alliés dépasse 9000.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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