Louis Guédet

Mercredi 12 juin 1918

1370ème et 1368ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Beau temps, du vent de Nord-est. Temps plutôt frais. Ici toujours le calme, on ne se douterait pas qu’on se bat à 40 kilomètres d’ici. Ce n’est pas moins angoissant, parce qu’on ne sait rien, rien.

10h3/4  Courrier insignifiant, pas de lettre de Jean, cela commence à m’inquiéter. Pourvu qu’il n’ait rien. Lettre d’une malheureuse qui m’annonce la mort de son fils, réformé et pensionné pour blessure de Guerre, qui vient d’être tué à Épernay par un obus durant le bombardement du 6 juin 1918. Pauvre Épernay, il risque bien d’avoir le même sort que Reims !

6h soir  André rentre, pas de journaux, mais il nous dit que les communiqués sont bons. Nous aurions repris quelques villages !! Mais qu’est-ce là auprès des territoires qu’ils nous ont pris ! Que j’espère à avoir des nouvelles de Jean. Cela m’inquiète énormément. Et puis où est-il ? si je le savais, je pourrais être fixé sur le plus ou moins de danger qu’il court.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Mercredi 12 juin

L’ennemi a continué sa pression en direction d’Estrées et de Ribécourt.
A gauche, la résistance de nos troupes a été efficace. l’ennemi n’a pu enlever ni le Ployron, ni Courcelles. Le village de Mery, perdu par nous, a été repris.
Au centre, le principal effort des Allemands s’est porté sur le front Belloy-Marquéglise. Une puissante attaque menée avec de gros effectifs, a réussi à nous rejeter d’abord jusqu’à l’Aronde, mais, par un magnifique retour offensif, nos troupes ont refoulé l’ennemi sur tout ce front et rétabli leurs positions sur la ligne sud de Belloy et de Saint-Maur, sud de Marquéglise et de Vandélicourt.
A notre droite, des combats violents se sont livrés dans le massif boisé, au nord de Dreslincourt. L’ennemi, qui avait accumulé dans cette région de grandes forces, a pu atteindre Antoval, obligeant nos troupes à reporter leur ligne de résistance à l’ouest et au sud de Ribécourt.
Les troupes australiennes ont exécuté avec un plein succès une opération de détail dans le voisinage de Morlancourt. Leur ligne a été avancée de près d’un demi-mille et sur une largeur d’un mille et demi. Elles out capturé deux cent trente-trois prisonniers, vingt et une mitrailleuses et un mortier de tranchées.
Nos alliés britanniques ont accompli des raids heureux au sud de la Scarpe et à l’est de la forêt de Nieppe. Combat d’artillerie à l’ouest de Lens.
Sur le front italien, l’artillerie ennemie a essayé à plusieurs reprises de développer des actions partielles entre la Vallarsa et le val Astico. Elle a été vigoureusement contrebattue.
A l’est de Capo Sile, les patrouilles italiennes ont mis en fuite la garnison des premières lignes ennemies, capturé une mitrailleuse, vingt-quatre bombardes et du matériel de guerre. Cinq avions autrichiens ont été abattus.
Deux petits torpilleurs italiens ont attaqué une division navale austro-hongroise formée de deux dreadnoughts et de dix contre-torpilleurs. Les dreadnoughts ont reçu l’un deux, l’autre une torpille. Les unités italiennes sont rentrées indemnes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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