Louis Guédet

Mardi 11 juin 1918

1369ème et 1367ème jours de bataille et de bombardement

2h soir  Beau temps légèrement couvert, du vent d’Est. Une nouvelle bataille est engagée entre Noyon et Montdidier. Pourvu qu’il ne soit rien arrivé à Jean. Pas de nouvelles de lui, cela commence à me tourmenter.

Lettre du Procureur qui m’annonce qu’il vient de recevoir des nouvelles de M. Legrand, juge de Paix de Ville-en-Tardenois, qui a pu se sauver sous la mitraille ! Je lui écris pour le féliciter d’avoir échappé à l’invasion. Rien d’autre. Je suis vraiment accablé par tous ces soucis.

6h soir Rien. La bataille continue toujours entre Noyon et Montdidier.

Lettre de l’abbé Heintz, qui a logé ici il y a 3 semaines, qui est loin d’être encourageante. Jusqu’où iront-ils ? On ne sait ! De notre côté nous sommes inférieurs en nombre quoiqu’on dise, et toujours, ajouté à cela, incurie et incapacité comme toujours.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Cardinal Luçon

Mardi 11 – On a entendu le canon toute la nuit au loin. Visite du Général Pellé qui va à Arty… de corps d’armée ; remplace par le Général italien Albricci(1), à qui il a parle de moi, et de mon désir de ne pas évacuer, à moins d’impossibilité de rester. M. Compant et le Père Heulin tentent d’aller à Reims pour retirer les reliques du Carmel de Reims. A 9 h. visite d’adieu du Capitaine Ducroy qui a fait expédier à… les reliquaires des Saints de France. Visite d’adieu de M. l’Abbé Bouy. Visite de M. Thellier de Poncheville. Visite de M. le Sous-préfet qui vient m’informer que le ser­vice d’évacuation va enlever les objets appartenant à la Cathédrale déposés au château de Commentreuil. Visite de M. le Général Albricci comman­dant le 2e Corps de l’Armée italienne. II se montre très plein d’égards pour moi; me fait traiter par les troupes comme un Prince (de l’Église) représenter les Armes ; tenir les communiques italiens et français des opérations de guerre soir et matin. Visite du Rev. Père Rocklif et du Pasteur Protestant, de plusieurs prêtres-soldats, de M. le Cure de Dizy. A diner M. le Cure de Boulzicourt, Magenta (Mayaud), Dubach.

(1) Le général Albricci commande le 2e Corps d’Armée italien qui est venu renforcer le front français, comme l’Armée italienne avait été soutenue par les franco-britanniques après Caporetto.
Les troupes italiennes combattent avec beaucoup de vaillance dans la vallée de l’Ardre et le cimetière militaire de Bligny abrite les corps de leurs 5000 morts
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 11 juin

L’attaque allemande se développe violemment. Elle n’a obtenu de résultat, et encore sont-ils partiels, qu’au centre.
A l’aile gauche, vers Montdidier, les assauts ennemis, incessamment renouvelés, ont été brisés par nos feux et par nos contre-attaques. Pris et repris, Courcelles est resté entre nos mains.
A droite, nous nous sommes maintenus au sud et à l’est de Ville, qui a été âprement disputé. Plus de cinq cents prisonniers ont été par nous capturés.
Au centre, l’ennemi jette division sur division. Après avoir pris Ressons-sur-Matz, il a réussi à atteindre les abords sud de Cuvilly, les bois de Ressons et le plateau de Bellinglise.
Plus à l’est, la lutte se poursuit dans le bois de Thiescourt. Aux dires unanimes des prisonniers, les Allemands ont subi des pertes énormes.
Au nord de l’Aisne, nous avons poursuivi notre avance à l’est de Hautebraye et fait cent cinquante prisonniers.
Entre Ourcq et Marne, nous avons brisé plusieurs offensives ennemies à l’est de Vinly. Dans la région de Bussiares, les unités franco-américaines ont progressé, portant à deux cent cinquante le nombre de leurs prisonniers et capturant trente mitrailleuses.
Les Anglais ont fait un coup de main heureux au nord-est de Béthune. Ils ont repoussé une attaque dans le bois d’Haveluy.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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