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Mardi 31 décembre 1918

Louis Guédet

Mardi 31 décembre 1918                                                           

1572ème et 1570ème jours

4h soir  Toujours la pluie battante, nous ne sortons pas de l’eau ! Établi ma liste de vins pillés, près de 4898 bouteilles de volées !! Et par des officiers !… C’est une honte ! Il aura fallu que cette triste année 1918 finisse non seulement dans les ruines, les cendres, le sang, les flammes, mais encore dans la lie et la boue ! (Rayé) paradent, font la noce ! Qu’ils regardent donc leurs galons souillés de (rayé)! Cela leur vaudrait mieux !

Reçu peu de lettres auxquelles je viens de finir de répondre… Pas de nouvelles de Robert, le pauvre grand nous manque. Sans cela nous aurions été tous réunis pour entamer 1919. Dans la tristesse et la misère !! Et que sera cette année 1919… ?!…

Je n’ai aucune confiance ! Et aucun espoir d’un peu de satisfaction, de réparation de mes ruines, de justice et…  de bonheur sans nuages ! Je traînerai ma vie misérable sans but, sans encouragement, sans espoir, à souffrir de voir ma pauvre femme et mes pauvres enfants dans la misère noire, sans espérer d’avoir des jours meilleurs ! quelle triste et douloureuse vie ! Toujours, toujours souffrir ! Lutter, peiner, travailler sans résultat, sans l’ombre d’une satisfaction, d’une misérable réussite. Au contraire toutes les ruines s’accumuleront de plus en plus autour de moi, s’abattent sur moi, sans pitié, sans rémission, sans relâche ! (Rayé) ! (Rayé) si encore j’étais seul à souffrir et à être misérable, mais non il faut que ma chère femme et mes chers enfants soient aussi malheureux que moi.

L’année 1918 se ferme derrière moi, me laissant que le désespoir ! et l’effondrement de toutes mes idées sur la justice, l’équité, et la récompense du Devoir accompli ! Rien ! Rien ! Et l’année 1919 dont je vais franchir le seuil ne m’offre que le Malheur, la Misère, la souffrance, la tristesse en perspective ! Ruines et catastrophes ! voilà ce qui m’attend encore ! Et sans espoir ! (Rayé) quelconque. (Rayé)

Je quitte 1918 sans regret le cœur saignant et j’entre dans 1919 en frissonnant, en tremblant à la pensée des malheurs, des souffrances qui m’y attendent encore !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Mardi 31 – Rentré à Reims. Deo gratias !

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 31 décembre

M. Clemenceau a obtenu une énorme majorité à la Chambre. Les crédits ont été votés à la presque unanimité; un scrutin sur une motion tendant à n’accorder qu’un douzième au lieu de trois a recueilli 93 voix.
La crise allemande s’est dénouée, au moins temporairement: les commissaires du peuple minoritaires sont sortis du gouvernement ; ils sont remplacés par trois majoritaires : Noske, hier gouverneur de Kiel, l’un des leaders du vieux parti social démocrate ; Löbe, rédacteur au journal socialiste de Breslau ; et Wissel, député au Reichstag. Hindenburg a envoyé de nouvelles troupes à Berlin pour prêter main-forte au gouvernement contre le groupe Spartacus. En Bavière, Kurt Eisner a pris position pour les indépendants, et en réclamant le départ d’Ebert.
Des conflits ont éclaté également en Saxe entre socialistes majoritaires et socialistes indépendants. Les mineurs de la Ruhr ont saccagé deux mines. Ils ont livré une bataille en règle aux troupes.
Les renseignements qui arrivent d’Angleterre confirment le grand succès de M. Lloyd George, mais le chiffre des votants a été restreint. Il n’a pas dépassé 50%. Un tiers à peine de l’armée a voté.
Les troupes françaises sont à Odessa, et l’escadre britannique à Batoum, mais les maximalistes continuent a progresser en Esthonie.
Une bataille de rues a eu lieu à Posen, entre la foule et les troupes allemandes, à propos de l’arrivée du grand pianiste Paderewski.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 30 décembre 1918

Louis Guédet

Lundi 30 décembre 1918                                                            

1571ème et 1569ème jours

5h soir  Toujours la pluie battante froide. Insomnies terribles toute la nuit. Je suis toujours dans les flammes, les décombres, j’entends toujours des obus siffler ou éclater. Peu de lettres heureusement à répondre. Je dispose d’un peu de temps ce soir pour me reposer ! C’est rare !

Hier lettre de Robert nous disant qu’il serait probablement nommé sous-lieutenant vers le 10 janvier. Il en sera bien heureux ! le pauvre petit ! S’il pouvait arriver en congé aussitôt et qu’il puisse voir son frère et nous tous réunis !

Triste fin d’année pour moi ! Que 1918 aura été cruel pour moi !! Aussi 1919 m’effraie-t-il !! Je vais débuter par le retour lugubre à Reims ! Sans un mot de consolation, d’encouragement de qui que ce soit !!

Je vais profiter de ce moment libre pour écrire 3 ou 4 lettres officielles, Président Bouvier, Procureur de la République de Courtisigny, Bossu, Leroux, Herbaux, etc…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Lundi 30 – Emballage. Visite à M. le Doyen, toujours malade, au lit, mais mieux. A M. le Maire ; à M. de Aiala ; Abele ; Couvreur.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 30 décembre

Les élections britanniques ont été un triomphe pour M. Lloyd George. La coalition libérale-conservatrice-travailliste, fondée sous ses auspices, a 477 sièges sur 707. Les élections sont caractérisées, en outre, par le succès des unionistes, les progrès des travaillistes et du Sinn Fein, la défaite des libéraux doctrinaires et des nationalistes irlandais. M. Asquith, M. Henderson, M. Ramsay Mac Donald ont été battus.
M. Bissolati est sorti du cabinet italien pour des motifs de politique internationale. M. Orlando s’efforce de le ramener.
La situation est des plus confuses à Berlin.
On dit, d’autre part, qu’Ebert et Scheidemann refusent de quitter le pouvoir, et, de l’autre, qu’un gouvernement Ledebour-Liebknecht-Eichhorn s’est constitué. Les majoritaires ont organisé une grande manifestation et le Worwärts réclame plus que jamais la répression. Des troubles graves ont éclaté dans la région houillère de Hamboorn.
M. Wilson, après avoir prononcé un grand discours sur la Société des nations, au Guildhall, a quitté Londres pour Carlisle.
Un bataillon français a débarqué à Cattaro.
On annonce que les maximalistes russes ont fait une démarche en vue de négociations auprès des Alliés.
Un courant se manifeste à Vienne pour adjoindre l’Autriche allemande à une Fédération danubienne.
Les socialistes allemands adhèrent à la conférence internationale de Lausanne.
Le commandement français aurait renoncé à l’occupation de Mannheim.
La fille de Trotski a été arrêtée à Varsovie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 29 décembre 1918

Louis Guédet

Dimanche 29 décembre 1918

1570ème et 1568ème jours

Matin  Pluie battante toute la nuit et tempête. Ce matin il fait très doux. Messe, avec Veni Creator pour la Paix. Te Deum pour notre victoire ?? Et de profundis etc… etc… attelé à ma besogne. Je suis las, dégouté.

4h  Courrier toujours chargé, répondu, mon principal clerc Touzet à l’air d’hésiter à me revenir, je serais bien planté !! Enfin je n’en sors pas, je suis réellement maudit !!

Marie-Louise est partie à Vitry-la-Ville au-devant d’André, s’il arrive par ce train. Pluie et temps lugubres.

J’aurais douloureusement fini cette année 1918. Et…  je n’ai nul espoir en 1919. Rien ne me réussit et ne peut me réussir !… 1919 !! verra ma misère et ma ruine ! Je n’attends plus que cela !! Si c’était seulement la Mort !!

C’est bien de se dévouer !! On n’en recueille que du Malheur !! La Justice (rayé)!! Voilà ceux (rayé)!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Dimanche 29 – Assisté à la grand’Messe. Allocution aux assistants. Emballage de nos livres, et de notre mobilier

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Dimanche 29 décembre

Lénine

Le débat de politique générale a commencé à la Chambre à propos des douzièmes. Un premier scrutin a donné au gouvernement 382 voix contre 93. M. Marcel Cachin a posé des questions au sujet de l’intervention en Russie, de la rive gauche du Rhin et plus spécialement du bassin de la Sarre. M. Briand, dans une intervention, a fait une distinction entre pourparlers confidentiels et traités secrets.
Boris Savinkof, qui fut un des plus rudes adversaires de Lénine, est arrivé à Paris.
Les bolchevistes avançant dans les provinces baltiques, les habitants s’enfuient en masses sur leur passage. Deux contre-torpilleurs bolchevistes ont été capturés par les Anglais dans le voisinage de Reval.
Les socialistes français qui avaient donné leur démission à la commission de l’armée ont décidé de reprendre leurs sièges.
M. Wilson a prononcé un toast au banquet de Buckingham Palace, en insistant sur son désir de fonder la Société des nations.
M. Kramarcz, président du Conseil de l’Etat tchéco-slovaque, a prononcé devant notre ministre à Prague, M. Clément Simon, un discours d’hommage à la France.
On annonce que le gouvernement d’Ebert aurait démissionné à Berlin. En tout cas, la situation est des plus critiques. Les Spartaciens disposeraient, contre le pouvoir, d’armements considérables.

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Samedi 28 décembre 1918

Louis Guédet

Samedi 28 décembre 1918

1569ème et 1567ème jours

6h soir  Travaillé à mon retard toute la journée. Pluie battante et vent de tempête toute la journée. Pas sorti. Notre médecin major du 411e vient de nous faire ses adieux, ils partent demain matin.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Samedi 28 – Visite de M. Camu, annonçant que notre maison (celle de Madame Pommery) est prête à nous recevoir. Nous occuperons l’aile gau­che, en entrant, pendant que l’on réparera le corps principal d’habitation. Notre toit est couvert en carton bitumé. Nous occuperons le 1″étage seulement

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Samedi 28 décembre

Le sous-secrétaire d’État à la Guerre a donné des chiffres précis sur les pertes de la France durant la guerre. Il signale 31.300 officiers et 1.040.000 soldats tués, 3.000 officiers et 311.000 soldats disparus, 8.300 officiers et 438.000 soldats prisonniers.
La Chambre a fixé à 2400 francs le taux maximum des pensions.
Le gouvernement a décidé que des avions de bombardement concourraient à ravitailler le Nord.
Le président Wilson est arrivé à Londres, où il a été acclamé. Il a dîné au palais de Buckingham.
M. Poincaré a visité Sedan, Mézières, Charleville, Rethel et Vouziers.
De nouveaux troubles ont eu lieu à Berlin. Le groupe Spartacus s’est emparé temporairement du Worwärts. Bernstein a quitté le groupe indépendant pour rentrer dans la social démocratie majoritaire.
On annonce la mort de Conrad de Hohenlohe, ancien président du Conseil d’Autriche.
Une crise ministérielle a éclaté à Budapest, par la démission du ministre de l’instruction publique, Martin Lovaszy.
Le pape a prononcé une allocution pour la paix.
L’anniversaire d’Oberdan a été célébré en grande pompe à Trieste.
Le président Wilson, invité à se rendre dans la Haute-Loire, a, en raison de ses occupations, décliné cette invitation.
M. Guillemin, ancien ministre de France à Athènes, est nommé ministre à Christiania

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Courrier, la guerre 14-18 est terminée… merci !

ob_dd8317_amicarte51-100Courrier adressé à Hubert Henriot-Hanoteaux, négociant en beurre à Fleurus – Belgique (Hainault)

28 décembre 1918

Monsieur,
je suis en Hollande depuis le 25 octobre en très bonne santé.
J’espère que vous de même et vos jeunes filles.
Mille mercis du bon accueil.
Delval Louis, réfugié français qui a logé chez vous.
Cordiale poig
née de main.

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Cela se passe de commentaires, Louis Delval était réfugié en Belgique. Il remercie son bienfaiteur, un mois après l’armistice… et semble en garder un bon souvenir, et n’a pas oublié les jeunes filles.
Difficile d’en faire dire beaucoup plus à cette carte, quant aux différentes causes possibles de cette expatriation temporaire et forcée… n’épiloguons pas !

La carte nous montre des travaux de réfection, au cœur des combats en Champagne, au milieu des tranchées.
Arrivée à Fleurus, près de Charleroi, ville francophone du Hainault, dont voici une carte du centre ville.

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Et le Monument aux Morts de Fleurus, en mémoire des victimes de la Grande Guerre.

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Vendredi 27 décembre 1918

Louis Guédet

Vendredi 27 décembre 1918

1568ème et 1566ème jours

Matin  Nous allons coucher dans le salon du 52 de la rue des Capucins, maison Mareschal. Chacun sur un lit de fer pliant et des couvertures. M. Thomas gardien de la maison voulait absolument nous céder son lit établi dans la chambre au-dessus de la salle à manger où je couchais au commencement.

La salle à manger où je couchais aux derniers temps et où je travaillais est en état de me recevoir avec son mobilier presque intact comme je l’avais organisé. Il n’y aura qu’un lit à me mettre et je reprendrai ma vie, comme au 25 mars 1918. Triste vie ! Triste perspective au milieu de ces ruines de ce cimetière qui est Reims !… Je crois bien de ne pouvoir trouver de sitôt une maison à habiter et à louer. (Rayé)!

Hier soir nous avions dîné à la soupe populaire établie rue Libergier à l’École Professionnelle, tenue par Melle Fouriaux et des Croix-Rouges Américaines, soupe, bœuf et fromage pour 2 sous… Vu là bien de nos anciens compagnons de bombardement, le Maire, Charbonneaux, de Bruignac, Sarazin (Charles Sarazin, historien rémois (1879-1953)) et Maria Secrétaire Général de la Marne, attaché au Ministère de l’Intérieur, etc…

Repris le train à 10h1/2 et rentré à St Martin vers 5h1/2 du soir par une pluie battante !!! Je suis de plus en plus découragé. Trouvé un courrier formidable auquel je me suis attelé aussitôt.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Cardinal Luçon

Vendredi 27 – Conseil.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Vendredi 27 décembre

De nouveaux troubles ont éclaté à Berlin, où les marins ont tenté un coup de force et se sont rendus temporairement maîtres de la chancellerie. Ils ont même fait prisonniers plusieurs membres du gouvernement, qu’ils ont relâchés à la suite d’un compromis avec les troupes restées fidèles. Il y aurait eu 68 morts et blessés. Le commandant de la place, Wels, qui déplaisait de longue date aux Spartaciens, a remis sa démission. Richard Molkenburg a pris possession du poste. Deux amiraux ont été arrêtés à Kiel.
Un tribunal spécial a été constitué à Stamboul pour juger les tortionnaires.
M. Wilson a harangué les soldats américains qu’il avait passés en revue dans la HauteMarne.
Une réunion importante a eu lieu à Leipzig en faveur de l’annexion de L’Autriche allemande à l’Allemagne.
Les Allemands ont commencé à restituer les valeurs volées. Plus de 6 milliards ont déjà été rendus par eux. Les valeurs provenant de Lille, Roubaix, Tourcoing, Valenciennes ont été réintégrées dans ces villes mêmes; celles de Douai, Cambrai, Caudry et Saint-Quentin ont été remises à Paris, Lille ou Valenciennes. Un train en chargement à Bruxelles rapportera à Valenciennes des coffres-forts que les Allemands déclarent n’avoir pas ouverts.
Des délégations Parisiennes ont visité Metz.
Un ultimatum italien a été adressé à l’Autriche allemande. L’Autriche a accepté sur-le-champ les conditions formulées

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 26 décembre 1918

Louis Guédet

Jeudi 26 décembre 1918

1567ème et 1565ème jours

Le Pape Benoit XV

Parti pour Reims. Madeleine a continué sur notre ville tandis que je m’arrêtais à Aÿ pour l’affaire Abelé. Vu toute la famille. Vu le Cardinal Luçon réfugié dans une petite maison de la rue de l’Ouest. Causé très longuement avec lui de son voyage à Rome. Il avait été chargé officieusement de parler de nos intérêts en Palestine et en Syrie par le gouvernement par l’entremise d’Antonin Dubost (Préfet, député, ancien ministre de la Justice, président du Sénat de 1906 à 1920 (1844-1921)). Mais comme toujours le Gouvernement ne veut pas faire les premiers pas ! Et au Vatican on se tient sur la réserve. Néanmoins Benoit XV a dit qu’il était tout disposé à faire tout ce que la France désirait, mais qu’il fallait qu’elle lui exprime ses désidératas !! Il a ajouté : « Je ferai tout ce que voudra la France, je lui donnerai un doigt de ma main, la main toute entière et le bras s’il le fallait ! » Mais ces politiciens sont toujours des sectaires. L’ambassadeur d’Angleterre près du Vatican a dit lui-même au cardinal : « Mais dites donc à vos Gouvernants d’envoyer un ambassadeur ici, je ne puis moi discuter cette question pour la France, étant dans l’occurrence votre adversaire !! »

Arrivé à Reims vers 5h1/2. Trouvé la maison Mareschal, mon ancien refuge, à peu près intact, mais dans un état de désordre indescriptible. Les Pillards étaient passés par là. Je relève des traces d’effraction sur mon coffre-fort, officiers et soldats cambrioleurs !! Ces galonnards sont complets !! Il ne leur manque plus que des rouflaquettes et des casquettes à 3 ponts !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Jeudi 26 – Visite de M. le Capitaine du Guerny, angevin. Mgr Neveux va à Reims

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 26 décembre

Les journaux espagnols annoncent qu’au cours de son séjour à Paris, M. de Romanones a traité la question du Maroc.
Le gouvernement français a converti le ministère du Blocus en ministère des Régions libérées.
La première brigade de cavalerie belge est entrée en Allemagne, atteignant Dalfdorf.
Les troupes françaises ont occupé le faubourg de Nied, près de Francfort-sur-Mein.
La Chambre turque a été dissoute. On sait qu’elle était composée à peu près exclusivement de créatures d’Enver pacha.
Un envoyé polonais, M. Hompel, est arrivé à Paris.
De nouvelles instructions ministérielles ont été envoyées aux armées concernant la démobilisation.
Le président Wilson a quitté Paris pour aller visiter les troupes américaines sur le front.
M. Poincaré a quitté également Paris pour se rendre dans les Ardennes.
Un office de liquidation des stocks de guerre a été créé au ministère de la Guerre.
La délégation roumaine à la conférence de la paix aura à sa tête M. Bratiano.
Plusieurs villes sont proposées pour siège de la future Constituante allemande: Bayreuth, Cassel, Erfurt, Weimar, Nuremberg.
100.000 officiers allemands ont formé une ligue pour défendre leurs droits. Les marins ont tenté un coup de force à Berlin, mais ils ont été repoussés. Il y a eu 68 morts et blessés.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 25 décembre 1918

Louis Guédet

Mercredi 25 décembre 1918

1566ème et 1564ème jours

2h après-midi  Noël ! Triste Noël !! Temps gris froid, annonçant de la neige ! Il fait vraiment glacial. Et il me faut aller demain à Aÿ puis à Reims. Voyage décidé subitement ! Les gens ne doutent de rien, surtout quand il se nomme Henri Abelé !! Quel neurasthénique ! Puis à Reims ! une marotte de ma pauvre femme qui veut y aller pour trouver un logement !! Comme si ce n’était pas plus simple qu’elle demande la maison de la rue des Consuls à son Père !! (Rayé) ne trouvera pas (rayé) ce simple (rayé). Passons ! après avoir fait ce que j’ai à faire à Aÿ, je continuerai ma route sur Reims ! Triste Noël ! Triste voyage !! Et pourquoi faire !! Rien !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


 Cardinal Luçon

Mercredi 25 – Noël – Assiste aux Offices. Visite de M. Hue, Président de la Cour d’Appel d’Angers (celui qui m’avait condamne au Tribunal civil de Reims). II vint me prier d’aller présider à Angers une Réunion en faveur des Mutiles N° 2, dont il est Président

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 25 décembre

Alphonse XIII a adressé un télégramme au Président de la République pour le remercier de l’accueil qui a été fait à M. de Romanones.
Le roi d’Italie, de son côté, s’est, dans un message, déclaré enchanté du voyage qu’il a fait en France.
M. Antonesco, le nouveau ministre de Roumanie, a remis à M. Poincaré les lettres qui l’accréditent comme envoyé extraordinaire en France.
Les décisions du Congrès des ouvriers et soldats qui s’est tenu à Berlin ne seront que partiellement appliquées. On dit que le général Gröner est venu protester en effet contre les résolutions qui avaient été adoptées. Hindenburg et Gröner restent d’ailleurs en fonctions et Solf, qui a abandonné les Affaires étrangères, demeure aux Colonies.
Des pourparlers ont échoué entre majoritaires et minoritaires. Le clergé bavarois a pris catégoriquement position contre Kurt Eisner.
De nombreuses distinctions américaines ont été distribuées aux généraux français.
L’Angleterre et l’Amérique font une vive opposition a une entreprise d’intervention armée en Russie.
Les troupes yougoslaves ont occupé Marbourg.
La nouvelle revient une fois de plus de la retraite prochaine de Karolyi, président du Conseil de Hongrie, qui serait débordé par la situation.
Ce n’est qu’en janvier que le régent de Serbie viendra à Paris.
D’après des informations puisées à bonne source, les gouvernements alliés ne songeraient plus à envoyer une expédition en Russie.
Les bolchevistes progressent en Estonie.
Les Tchécoslovaques ont occupé une partie de la Hongrie.
Un certain nombre d’Allemands ont été expulsés d’Alsace-Lorraine.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 24 décembre 1918

Louis Guédet

Mardi 24 décembre 1918

1565ème et 1563ème jours

9h matin  Temps gris clair, élevé, beau temps sans doute. Le régiment, 411e d’Infanterie, qui cantonnait ici, vient de partir. La garde du drapeau quitte la maison où il était avec le colonel que nous logions. Nous ne l’avons pas vu, il s’appelait Chaillot. (Rayé)!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Mardi 24 – Rentre à Ay.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Mardi 24 décembre

La zone neutre de la rive droite du Rhin a été délimitée. La première zone va de la frontière hollandaise à Ratingen; elle aura son siège de commandement à Wesel. La seconde zone sera contiguë à l’angle formé par les têtes de pont de Cologne et de Coblentz. Le commandement sera installé à Wipperfrierth. La troisième zone s’étendra dans l’angle formé par les têtes de pont de Coblentz et de Mayence, y compris Lorch. Le commandement sera à Westerburg. La quatrième zone va jusqu’à la frontière helvétique. Le commandement sera à Westerburg.
Le président Wilson a visité les hôpitaux militaires américains et le Val-de-Grâce.
Le prince Lvof, ancien président du Conseil de la révolution russe, est arrivé à Paris. Il a conféré avec différentes personnalités russes.
Le voyage du prince régent de Serbie en France est légèrement retardé.
Le gouvernement allemand a rappelé von Ekhardt, ministre à Mexico, qui fut un des plus ardents agents de la propagande germanophile.
M. de Romanones est rentré à Madrid, se déclarant très satisfait de l’accueil qu’il avait reçu en France.
Une division française composée de cinq unités, dont un croiseur cuirassé, le Montcalm, est en route pour la Baltique. Cette force navale a pour mission de veiller à l’exécution des clauses de l’armistice, de visiter les ports allemands où sont réunis les prisonniers français, de s’assurer que le rapatriement de ces prisonniers s’effectue dans les meilleures conditions possible.
Le roi d’Italie a décoré les généraux Maistre, Guillaumat et le maréchal Foch.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Pont de Coblentz

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Lundi 23 décembre 1918

Louis Guédet

Lundi 23 décembre 1918

1564ème et 1562ème jours

9h matin  Pluie torrentielle toute la nuit. Ce matin elle a cessée. Temps gris humide pas froid. Je reprends ma tâche stérile de travailler sans aucun profit.

3h après-midi  Peu de courrier qui m’a fatigué néanmoins. Lettre de M. Hébert qui veut louer sa maison 5 000 F au 54, rue des Capucins ! Tout va être à l’avenant. Tout cela me tue et je suis complètement anéanti. Pas de clerc pour me seconder. Pas de maison ! etc… Tout à l’avenant. Ce que je (rayé).

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Lundi 23 – Visite de Mme Lancereaux, de Sœur Germaine, de l’Union Remo-Ardennaise. Allocution à l’Adoration Réparatrice. Visite de M. De­nis Cochin, ä qui j’ai raconte mes conversations au Vatican. Visite de M. Rome. Visite à la Ligue Franco-Américaine pour la Protection des Enfants de la Frontière, qui m’avait place dans des colonies tenues par des Sœurs de S. Vincent de Paul une quinzaine d’enfants de Reims. Visite de M. Rozey pour création d’un Comite de secours. Visite de M. Lefevre Poutalis, Président de la Société d’archéologie et des Amis de la Cathédrale de Reims.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 23 décembre

On annonce l’arrivée à Paris du régent de Serbie, le prince Alexandre. Un nouveau cabinet serbe s’est constitué à Belgrade avec, à sa tête, M. Protitch. M. Korosec devient Vice-président et M. Trumbitch, ministre des Affaires étrangères. M. Pachitch dirigera la délégation serbe à Paris.
Le Pape manifeste le désir de participer à la conférence de la paix, mais on ignore s’il y sera admis.
M. de Romanones, après avoir négocié, a quitté Paris.
Le Congrès des Conseils d’ouvriers et soldats s’est clos à Berlin. Le comte de Brockdorf Rantzau remplace le docteur Solf au ministère des Affaires étrangères d’Allemagne. Kurt Eisner vient de fonder un journal qui sera son organe personnel à Munich.
M. Bratiano a appelé dans le cabinet qu’il a formé à Bucarest, M. Phérékyde, M. Constantinesco, M. Duca.
L’armée Mackensen a été rapatriée en Allemagne.
Le président de l’État tchécoslovaque, M. Masaryk, a fait son entrée dans Prague.
Le maréchal Pétain a été reçu à Bruxelles par le roi et la reine des Belges.
L’Angleterre renonce aux cartes d’alimentations.
Le gouvernement russe d’Omsk, a envoyé une adresse aux puissances de l’Entente pour réclamer leur concours contre les bolchevistes.
M. Kokotsef est arrivé à Paris.
On annonce que l’Allemagne construit une énorme flotte aérienne afin de stimuler ses relations économiques.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 22 décembre 1918

Louis Guédet

Dimanche 22 décembre 1918

1563ème et 1561ème jours

10h matin  Temps gris froid. Nos tirailleurs partent et d’autres arrivent, cela devient réellement ne charge. Quand donc en verra-t-on tous (rayé) se promener dans le centre de la France et dans le Midi pour montrer à tous ces gens de l’arrière ce qu’est un peu la Guerre ! Je suis toujours bien découragé ! délabré ! Je n’ai plus aucun espoir de meilleurs jours. Non, ma fin de vie sera un martyre continuel.

4h soir  Je m’effraie de plus en plus de l’avenir, mes forces m’abandonnent. Je suis exténué, débordé. Courrier énorme que je viens à peine de terminer ! Si seulement j’avais quelqu’un pour me soulager ! mais personne ! C’est pour moi la débâche ! la submersion !…

Jean est parti avec Marie-Louise se promener, le pauvre enfant n’a pas de distractions ici !! J’ai peur !! l’avenir est si sombre pour moi ! Et il me faut retourner à Reims dans cet état, sans aide, seul à suffire à une besogne écrasante, exténuante. Je ne puis plus !!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Dimanche 22 – Visite de Mgr Graffin. Visite à M. Deux-Cochin pour lui raconter mes conversations avec le Saint-père et Cardinal Gasparri. Je ne l’ai pas trouvé chez lui. Visite ä l’archevêché.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 22 décembre

Le président Wilson a été reçu docteur en Sorbonne.
M. de Romanones a eu des conversations avec M. Clemenceau et M. Pichon. Les questions traitées auraient été celles du Maroc et de la participation espagnole à la conférence.
Les Alliés ont déclaré qu’ils ne reconnaissaient pas les Conseils ouvriers et soldats allemands.
On annonce une fois de plus la démission du cabinet Karolyi.
M. Wilson sera l’hôte de George V à Buckingham.
Dans ses déclarations, le nouveau président du conseil roumain, M. Bratiano, fait savoir qu’il travaillera à la pleine réalisation des vœux de la Roumanie et qu’il établira le suffrage universel.
La Chambre belge a fixé le contingent militaire à 100.000 hommes sur le pied de paix.
Le conseil national de Fiume s’est constitué en gouvernement indépendant.
Le nouveau président de la république portugaise, l’amiral Canto y Castro, a chargé le docteur Nunes de Ponte, ancien président de la Chambre des députés, de former le cabinet.
Les bolchevistes ont essayé en vain de renverser le gouvernement d’Estonie.
Deux députés belges flamingants sont poursuivis pour trahison.
M. Ludovic Naudeau, le journaliste français emprisonné à Petrograd, par les maximalistes, a été remis en liberté.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Estonie

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Samedi 21 décembre 1918

Louis Guédet

Samedi 21 décembre 1918

1562ème et 1560ème jours

9h matin  Temps assez beau, froid, il ne pleut pas du moins. Mal dormi ! obsédé par tous mes souvenirs de Guerre et par mes soucis de l’avenir. Jean va bien ce matin. Mais que va-t-il faire sans aucune distraction ici.

6h soir  Assez beau temps, travaillé toute la journée, pas sorti. Toujours aussi profondément triste. Ce retour à Reims m’obsède et m’effraie au possible ! que de temps je vais perdre et puis comment m’organiser, je ne sais. Ces déménagements, ces installations de fortune m’exténuent ! Si encore j’étais sûr que je resterais à l’endroit où je serais installé, cela m’encouragerait un peu. Je me disais qu’une fois les mesures de l’installation les retards ne recommenceront plus, mais je ne puis espérer cela. Combien camperais-je et décamperais-je encore de fois ?!! Un peu de repos et de tranquillité d’esprit me serait si bon, si nécessaire !! Je me traîne en ce moment, je le sens, jusqu’à ce que je tombe ! Mon Dieu ! après tout tant mieux et que ce soit le plus tôt possible ! Je suis tellement écœuré de cette existence de paria, de misère.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Samedi 21 – Arrivée à Paris. Reçu visite de Mlle Geriard, nièce de M. Henri Lucas. Promotrice de la souscription lors de ma décoration.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 21 décembre

Maréchal Douglas Haig

Le maréchal Joffre a été reçu à l’Académie, où il a fait l’éloge de notre armée. M. Jean Richepin lui a répondu.
Le roi d’Italie a visité les hôpitaux organisés par le gouvernement italien et la colonie italienne. Il a déjeuné au ministère des Affaires étrangères, puis s’est rendu à l’Hôtel de Ville. Il a ensuite assisté à la séance de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres dont il est membre. Enfin, il a offert un dîner à l’ambassade d’Italie. Après quoi, il a quitté Paris pour aller rendre visite aux divisions italiennes du front.
M. de Romanones est arrivé à Paris, où il vient, on le sait, pour conférer avec MM. Wilson et Clemenceau.
Le maréchal Douglas Haig a été reçu solennellement à Londres.
Le Labour Party demande que les travaux de la conférence de la paix aient lieu au grand jour.
Le gouvernement suédois demande à la Finlande que le cas de l’archipel d’Aland soit tranché par un referendum des populations intéressées.
Le congrès des conseils ouvriers et soldats d’Allemagne a donné pleins pouvoirs au gouvernement des mandataires du peuple.
Une armée polonaise a débarqué à Dantzig.
Le pape a transmis aux chancelleries de l’Entente une nouvelle requête de l’Autriche relative à l’insuffisance des vivres à Vienne.
Le ministre des Affaires étrangères de Hollande a prononcé un nouveau discours pour essayer de justifier son attitude au regard de la question du passage des troupes allemandes à travers le Limbourg.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 20 décembre 1918

Louis Guédet

Vendredi 20 décembre 1918

1561ème et 1559ème jours

9h matin  Pluie toute la nuit, vent de tempête. Temps gris, sombre, roulant des nuages, peu froid. Jean nous arrivera ce soir. Pauvre enfant ! Quel triste et lugubre foyer il trouvera ! Je suis de plus en plus effrayé de l’avenir, qui ne me montre en perspective que ruines et catastrophes. Et je suis là désemparé, n’ayant à attendre de qui que ce soit aucun secours !! J’aurais fait mon devoir sans profit et sans une lueur de récompense (et ta Légion d’Honneur, grand-père ?) pour tout le mal que je me suis donné.

5h soir  Jean vient de nous arriver assez fatigué. Il n’a pas trop mauvaise mine le pauvre grand ! mais quel voyage de Troyes à ici. Parti à 4h du matin, il n’est arrivé qu’à 5h ici. Arrivé à Châlons à 9h1/2 il a été obligé d’attendre jusqu’à 4h son train pour ici. Il a l’air plutôt triste. Pauvre Grand ! Que fera-t-il après la Guerre ? Que pourra-t-il faire ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Vendredi 20 – Voyage vers Paris.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Vendredi 20 décembre

Le roi d’Italie et son fils sont arrivés à Paris, où i1s ont reçu un accueil enthousiaste. Victor Emmanuel III était accompagné par M. Orlando, président du conseil, et par M. Sonnino, ministre des Affaires étrangères.
M. de Romanones, premier ministre d’Espagne, a quitté Madrid à la suite d’une conversation avec le roi, pour se rendre à Paris. D’après une note qu’il a publiée, il viendrait conférer avec le gouvernement français et avec le président Wilson sur les problèmes internationaux intéressant l’Espagne. M. Ventosa, l’un des chefs du parti catalaniste, est également parti pour Paris.
M. Lloyd George et M. Balfour, qui devaient-être nos hôtes à la fin de la semaine, ont ajourné leur voyage.
Des séances tumultueuses ont eu lieu au congrès des ouvriers et soldats à Berlin. La salle a été envahie par des soldats appartenant au groupe Spartacus. A Munich, une réunion a été troublée par des soldats. A Dantzig, des collisions graves se sont produites.
On annonce que M. Pachitch aurait démissionné et qu’un nouveau cabinet se formerait à Belgrade.
Le maréchal Douglas Haig a été reçu en grande pompe à Londres.
Notre nouvel ambassadeur, M. Alapetite, est arrivé à Madrid.
Un croiseur anglais est arrivé à Kiel.
Le prince de Ratibor, ambassadeur allemand en Espagne, est définitivement rappelé.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 19 décembre 1918

Louis Guédet

Jeudi 19 décembre 1918

1560ème et 1558ème jours

9h matin  Assez beau temps, du vent qui nous amène nécessairement de la pluie, il a soufflé en tempête toute la nuit. Toujours bien découragé. Pas sorti.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Jeudi 19 – Visite à S. Paul-hors-les-Murs, au Cénacle (Congrégation), à la Trinité des Monts (Couvent du S. Cœur); visite du Cardinal Gasparri. A 6 h. 30 Départ de Rome.

Vendredi 20 – Voyage vers Paris.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 19 décembre

Le Maréchal Mackensen

M. Wilson a dîné à l’ambassade américaine de Paris où un certain nombre de notabilités avaient été conviées par M. et Mme Sharp.
Le Président du Conseil a fait signer un décret aux termes duquel un casque commémoratif avec inscription serait remis aux soldats de la grande guerre.
M. de Romanones a répondu aux revendications catalanes. Sa réponse est plutôt froidement accueillie à Barcelone.
Les autorités hongroises ont interné le maréchal Mackensen près de Budapest.
L’amiral Canto y Castro a été élu par 137 voix président de la république portugaise, en remplacement de M. Sidomo Paes. Le meurtrier de ce dernier affirme n’avoir pas eu de complice.
Le gouvernement d’Ebert l’a emporté sur toute la ligne au congrès des ouvriers et soldats de Berlin. On a refusé d’admettre Rosa Luxembourg et Liebknecht. Ce dernier a organisé une grande manifestation dans les rues de la capitale. Ses amis ont perdu Neukoln, dont des soldats venus du front ont occupé les édifices publics.
L’escadre ang1aise a arrêté par son bombardement l’avance des bolcheviks sur la côte estonienne.
Le Danemark a rompu avec les commissaires du peuple.
On prévoit l’évacuation de Petrograd, où Lénine et Trotski ne se sentaient plus en sécurité.
M. Kokovtsef est attendu à Paris.
On dément que la Roumanie ait négocié un concordat avec le Vatican.
Von der Goltz et les derniers Allemands ont quitté la Finlande.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 18 décembre 1918

Louis Guédet

Mercredi 18 décembre 1918

1559ème et 1557ème jours

10h matin  La pluie avec grands vents d’Avent ! Je suis à peu près à jour ! Nous attendons Jean ce soir.

5h soir  Pluie battante toute la journée et glaciale. Courrier, rien de saillant. Lettre d’André assez marri de ma lettre d’observations sur sa nonchalance.

6h soir  Pas de Jean. Ce sera demain sans doute, pourvu qu’il n’ait rien, et pas de complications.

Pluies torrentielles

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Mercredi 18 – Visite à Mgr. Tacci, grand protecteur de Madame Habard de la Montagne pour Veuves de la Guerre. Séance à l’Apollinaire. Discours de l’Évêque de Trente

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 18 décembre

On croit que les conférences de la paix ne commenceront qu’après le 1er janvier.
MM. Lloyd George et Balfour vont partir pour Paris.
M. Noulens, notre ambassadeur à Arkhangel, a quitté la Russie.
On publie les clauses financières de l’armistice conclu à Trèves et qui sont :
Engagement de la part de l’Allemagne de ne pas disposer sans accord préalable avec les alliés, de son encaisse métallique, de ses effets ou avoir en or à l’étranger;
Engagement de la part de l’Allemagne de prendre, d’accord avec les gouvernements alliés, les mesures nécessaires pour régler le plus rapidement possible les conditions dans lesquelles les intéressés pourront obtenir la restitution des titres perdus ou volés dans les régions envahies ;
Obligation, sous certaines conditions, de régler à leurs échéances les créances dues aux Alsaciens-Lorrains et de n’apporter aucune entrave à la libre disposition par les Alsaciens-Lorrains des propriétés, valeurs, titres et dépôts leur appartenant et situés en Allemagne.
Le gouvernement espagnol a suspendu les Cortès et décidé d’établir la loi martiale en Catalogne.
Un gouvernement serbo-yougo-slave a été établi à Belgrade avec M. Pachitch comme président, M. Korosec comme vice-président, M. Trumbitch, comme ministre des Affaires étrangères.
MM. Kokotsef et Milioukof sont attendus à Paris.
On annonce que M. de Romanones, président du Conseil espagnol, va venir à Paris pour conférer avec MM.Clemenceau et Wilson.
De nouvelles manifestations organisées à Berlin par Liebknecht et le groupe Spartacus ont échoué devant l’indifférence du public.
Un vif mouvement contre-révolutionnaire se dessine dans les troupes de la garde et spécialement à Potsdam.
Une réaction s’affirme à Vienne contre le rattachement de l’Autriche allemande à l’Allemagne.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

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Mardi 17 décembre 1918

Louis Guédet

Mardi 17 décembre 1918

1558ème et 1556ème jours

6h soir  Temps humide et froid. Pas sorti, travaillé toute la journée à rattraper mon retard. Je m’effraie de celui que mon retour à Reims me causera. Y suffirai-je ? Le décret me réintégrant et m’adjoignant Bourgogne sera rendu courant janvier. Il me faudra donc être rentré fin janvier. Pourvu que je trouve un clerc ou 2 d’ici là… !… Jésus le greffier des 2ème et 4ème cantons va rentrer à Reims. Je serai donc paré pour mes justices de Paix. Restera la question habitation et nourriture. Je me camperai rue des Capucins 52, en attendant… Tout cela m’effraie beaucoup !!… Je me sens si peu fort !

Nous attendons Jean demain ou après.

Une bien bonne : à l’entrée de sa porte le Procureur de la République a fait accrocher une pancarte avec ces mots : « Soyez brefs, notre temps est aussi précieux que le vôtre ! » A quand les versets de la Bible affichés tout autour de son cabinet ?!! çà viendra un jour !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Mardi 17 – Dîné à S. Louis, auprès de Mgr X. per Bacco ! Visite à Dom Perego, au Comte de Salis, aux R. P. Trappistes, à Mgr Luzzani ; aux Soeurs de S. Joseph Via Cairoli ; aux Chartreux ; Visite de Mgr Pisani.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 17 décembre

M. Wilson s’est rendu à l’Hôtel de Ville, où il a été reçu en grande pompe.
Le gouvernement vient de prendre toute une série de dispositions au sujet de la démobilisation des R.A.T. et des hommes assimilés.
M. Sidonio Paes, président de la république portugaise a été assassiné. Le meurtrier a été tué sur place. Les Chambres ont été convoquées et le ministre de la Marine, chargé de la présidence provisoire.
Il résulte d’un rapport officiel de l’ambassadeur d’Espagne à Langensalza, que 9 Français ont été tués et 8 blessés dans ce camp.
Une note officielle de Bruxelles dit que la Belgique est unanime à réclamer la révision intégrale des traités de 1815 et de 1839.
Les usines Krupp annoncent qu’elles vont être obligées de licencier 200.000 ouvriers. 350.000 personnes sont en grève à Berlin. Le président du Reichstag Fehrenbach, prend décidément position contre le gouvernement d’Ebert. Ce dernier, dans une interview, a déclaré que le groupe Spartacus ne lui inspirait aucune appréhension.
De sanglantes bagarres ont eu lieu à Barcelone. M. de Romanones a décidé de suspendre les Cortès.
L’Esthonie proteste contre la politique de l’Allemagne à son égard.
On annonce que M. Bourgeois représentera la France à la conférence de la paix.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

President Wilson with King George V – 1918

 

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