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15 juillet 1914

Louise Dény Pierson

15 juillet 1914

Mes souvenirs du début de la guerre se limitent à la lecture des affiches de la mobilisation, à laquelle je n’ai pas compris grand’chose, au départ de mon beau-frère mobilisé à Epernay, au 65ème chasseurs à pied, la tristesse de ma soeur ainée, Emilienne, qui n’a pas pu
le revoir une dernière fois au passage à niveau de la rue Martin-Peller, pendant que je gardais mes deux petites nièces.
Puis la décision de ma soeur d’aller habiter chez nos grands parents à Vrigny, en attendant le retour de son mari …

L’image contient peut-être : texte
Ce texte a été publié dans L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson, ainsi que sur une page Facebook dédiée voir : https://www.facebook.com/louisedenypierson/
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Armand MICHEL, un Rémois dans la Grande Guerre

Armand Frédéric MICHEL est né le 1er mai 1880 à Beauclair, arrondissement de Montmédy, canton de Stenay dans la Meuse. Beauclair est une petite commune de 200 habitants, limitrophe des Ardennes, à 90 km de Reims.

Peintre décorateur, il a un degré d’instruction générale noté : 3 par le conseil de révision. Une lettre conservée dans la famille en atteste et renvoie indirectement au travail des instituteurs de la Troisième république pour qui l’apprentissage de la lecture et une bonne orthographe étaient des priorités.
Il est donc de la classe 1900, matricule 844 au bureau de recrutement de Reims car il habite Reims, au 129 rue Gambetta, à l’époque de son recensement. Il fera une demande de dispense car il avait dû tiré un numéro pour 3 ans, un mauvais numéro. En effet, son père, disparu, n’habite plus, au moment de la conscription, avec sa femme. En tant que soutien de famille (suivant l’article 22 de la loi de 1889), Armand ne va donc partir pour ne faire qu’un an au lieu de trois.

Il est appelé le 14 novembre 1901 au 161ème régiment d’infanterie de Saint-Mihiel dans la Meuse, et affecté à la 7ème compagnie. Il est placé en disponibilité le 21 septembre 1902 et reçoit son certificat de bonne conduite.

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Portrait d’Armand réalisé à Saint-Mihiel (sans date).

Le 20 juin 1903, le conseil de révision de la Marne le déchoit de ses droits à dispense pour un motif qui nous restera inconnu, sans doute à cause du remariage de sa mère. Il doit donc achever son service, avec les recrues de la classe 1900 qui ont fait trois ans en tout. Il est donc rappelé au 161ème RI, 7ème compagnie le 1er juillet 1903 et mis en disponibilité le 20 septembre 1904 avec un certificat de bonne conduite (et de 2 !), document de la plus haute importance pour trouver un emploi.

Armand passe dans la réserve de l’armée d’active le 1er novembre 1904. Son registre matricule indique une première affectation au 361ème Régiment d’Infanterie, régiment de réserve du 161ème R.I. qui devait aux termes du journal de mobilisation, se constituer à Reims, lieu de repliement, pour la mobilisation, du régiment actif dont la portion principale était à Saint-Mihiel.
Armand se marie le 4 octobre 1905 avec Camille Victorine Raulet dite Jeanne (6 mars 1880 – 20 février 1964).

Armand et Jeanne eurent quatre enfants : Hélène en 1906, Jean en 1907, Louis appelé Charles en 1912 et Albertine appelée Reine en 1914.

Armand et Jeanne eurent quatre enfants : Hélène en 1906, Jean en 1907, Louis appelé Charles en 1912 et Albertine appelée Reine en 1914.

Le 20 juillet 1906, ils habitent 120 rue Gambetta à Reims, au moment de la naissance du premier enfant Hélène, puis au 129 rue Gambetta, le 10 septembre 1909. Ils y sont encore lors du recensement de 1911. Les mentions « peintre » et « patron » nous indique qu’il est artisan peintre décorateur ; Nous savons aussi que sa femme tient une droguerie, marchand de couleurs comme on disait à l’époque.

Le 4 août 1914, au troisième jour de la mobilisation, Armand rejoint, comme indiqué dans son livret individuel miliaire, le dépôt commun du 94ème et 294ème régiment d’infanterie de Bar-le-Duc, caserne Excelmans dans lequel servaient des Ardennais, des Meusiens du Barrois et beaucoup de Rémois. Il est affecté à la 29ème compagnie de dépôt du 294ème RI avant de partir en campagne.

Armand Michel est ensuite affecté à la 2ème section, 17ème compagnie, 5ème bataillon, du 294ème régiment d’Infanterie de réserve. Formé à deux bataillons, le régiment quitte Bar-le-Duc et entre en campagne le 9 août sous les ordres du Lieutenant Colonel Duperrier. Il fait partie de la 56ème D.I. – 111ème Brigade.

Nous ignorons quand exactement, Armand entre lui en campagne. Son registre matricule ne donne pas l’information. Il est resté à Bar-le-Duc un temps puis rejoint le régiment « en campagne » plus tard pour le renforcer, probablement après les hécatombes d’août. Le 16 août on lui adresse encore du courrier à Bar-le-Duc. L’indication « 29e compagnie, dépôt » est importante : elle confirme qu’il n’est pas parti immédiatement sans quoi il aurait averti sa famille de lui écrire à sa nouvelle compagnie.

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A-t-il participé aux combats de Senlis dans l’Oise en septembre 1914 ? Sur l’Aisne ? Autour de Beuvraigne ? Le 1er novembre, après l’arrivée de renforts et un peu de repos, le régiment arrive en Artois. La présence en Artois d’Armand est attestée par sa correspondance : A lire ICI

Un an jour pour jour après le début de la mobilisation, Armand écrit à sa mère. il dresse à la fois un court constat et nous montre que sa vie d’avant ne l’a pas quittée :

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Sa mère tenait un magasin « à la poterie du Nord » 138 rue Gambetta à Reims.

Sa mère tenait un magasin « à la poterie du Nord » 138 rue Gambetta à Reims.

«… pour ma permission, c’est probablement…du 15 au 20 courant car je suis remonté dans les tranchées et je n’en redescendrais que vers le 12… » Nous ignorons s’il a eu cette permission. Ce serait sans doute la dernière fois que la famille l’aurait vu.

La photo ci-dessous pourrait avoir été prise à cette occasion :

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Le 6 septembre 1915, le 294e RI quitte l’Artois et, par étapes, rejoint le front de Champagne où Joffre a préparé une grande offensive pour la fin du mois de septembre. Les hommes s’en doutent, ils en seront : (cliquez sur le lien)

Offensive de Champagne, septembre-octobre 1915

138 000 soldats français tués, blessés et disparus. Parmi ces derniers, Armand Michel.
8 octobre ?
Armand Michel est porté disparu le 8 octobre 1915, selon la plaque familiale apposée dans le monument ossuaire de la ferme de Navarin. Pour qu’un soldat soit déclaré mort, il fallait que de l’attaque, reviennent deux témoins pour l’attester. Faute de quoi il était déclaré disparu.

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Dans le registre matricule, on trouve la mention « signalé sur avis n° GL 1267, émanant du Ministère de la Guerre en date du 11 janvier 1916, comme étant décédé le 25 octobre 1915 à Souain ». Ces avis étaient transmis au maire de la commune qui en avisait personnellement (lui ou son représentant) la famille que le soldat avait demandé de prévenir. L’avis est également signifié aux autorités qui tiennent le registre matricule. A partir de là, la mairie peut établir des « actes de décès ». Ce qui permet à la famille d’ouvrir la succession. Armand est déclaré officiellement Mort pour la France à la date du 25 octobre 1915 par le jugement rendu le 7 mars 1919 par le tribunal de Reims et transcrit le 11 mai 1919 à l’état civil à Reims. Le jugement dit « qu’aucun acte n’a été dressé pour constater son décès ». La date du 25 octobre figure sur trois documents officiels.

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25 octobre ?
Le régiment était en repos depuis le 10 octobre. Ce qui peut accréditer la thèse d’une blessure ou d’une maladie (crise cardiaque ?) qui lui coûtera la vie plusieurs jours plus tard. Charles un fils d’Armand évoquait le témoignage tardif dans ce sens de Marcel Batreau, né le 28 mars 1895, qui habitait 2 rue de l’Ecaille et fut apprenti chez Armand Michel. Ancien combattant de 14-18 et résistant du quartier Saint-Remi à Reims pendant la Seconde Guerre mondiale, il évoquait une crise cardiaque. Par ailleurs, Marcel Batreau témoigna de la grande guerre dans le documentaire : « Le siècle de Verdun, documentaire de Patrick Barberis, France, 2006, Coproduction : ARTE France, Image et Compagnie ».

Cliquez ICI pour lire la suite.

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Article extrait des écrits de Jean HENRI (janvier 2011) Le parcours du combattant de la guerre 14-18

Ce paragraphe est lui-même extrait du site d’Arnaud Carobbi : combattant.14-18.pagesperso-orange.fr/

Les photos et documents proviennent de la famille, du site CNDP/crdp-reims

 

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La ronce et le coquelicot

ob_5be5c0_la-ronce-et-le-coquelicot-de-jackie-weisspar Jackie Weiss

ISBN 9782953694925, éditions Aristote, 26 rue des Templiers, Reims

Dans l’intimité de la guerre

Il a beaucoup lu. S’est documenté et a longuement arpenté les lieux où les stigmates de la guerre n’ont pas disparu. Libraire à Reims depuis trente-cinq ans, Jackie Weiss en sait beaucoup sur la Première Guerre mondiale. « Les gens d’ici sont imprégnés par ce conflit car il n’y a pas un endroit où l’on ne retrouve un casque, un morceau d’obus, la trace d’une tranchée », dit-il.

En réalité, son intérêt pour les événements de 14-18 s’est intensifié à l’occasion du 80e anniversaire du conflit. « C’est à partir de ce moment que sont sortis des livres abordant toutes sortes de sujets inédits. On parlait enfin des hommes et non des seules batailles. »

Les sentiments humains
à la lo
upe

La ronce et le coquelicot, son roman sorti cet automne aux éditions champardennaises Aristote, est justement intéressant car il ne décrit pas la Grande Guerre de façon froide et distanciée. Le lecteur entre dans l’intimité de deux hommes auxquels il peut s’identifier ou tout du moins se sentir proche. Et qu’importe si Trichet et Travot n’ont pas existé. Devant tant de douleur, les sentiments humains ne sont pas difficiles à imaginer. Jackie Weiss les décortique avec beaucoup de finesse et de réalisme.

« Un tel conflit dépasse l’entendement. Comment ces hommes ont-ils pu survivre ? », s’interroge-t-il encore.

Le libraire a eu l’originalité de ne pas camper son histoire pendant les quatre années de guerre mais après l’Armistice, en 1919. Claude Trichet, fraîchement démobilisé, revient près de Reims, le pays de son enfance.

Passer de l’ombre
à la lumi
ère

Ce vagabond va faire la connaissance de Pierre Travot, un aquarelliste de génie dévasté par sa « gueule cassée ». Meurtris à jamais par l’horreur de la guerre, les deux hommes vont tenter de réapprendre à vivre.

Très bien écrit, dans un style souvent poétique, ce roman passe sans cesse de l’ombre à la lumière. Des flash-back ramènent aux tranchées, le royaume de la boue, de la peur et de la puanteur. Et bien sûr de la mort. En même temps, des scènes mettent en exergue la beauté de la nature, des chants des oiseaux ou des rayons de soleil qui embellissent tout. Une façon de montrer que dans les pires moments de l’existence, la beauté invite à garder espoir. Et peut sauver des vies.

L’Union – Valérie Coulet

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Comprendre le Monument aux Morts

Ce livre ne concerne pas Reims en particulier, mais il nous a semblé opportun de le citer sur ce blog. En effet, son thème en phase avec les célébrations du Centenaire de la Grande Guerre et sa qualité, font qu’il a toute sa place ici :

« Comprendre le Monument aux Morts – Lieu du souvenir, lieu de mémoire, lieu d’histoire » de Franck David, aux éditions « Codex » :

Le monument aux morts est pour beaucoup de communes la seule trace patrimoniale de la Grande Guerre. Parce qu’il en raconte beaucoup plus sur la commune qu’un simple inventaire de noms, ce livre est une réponse aux sollicitations d’élus et d’enseignants qui ont souhaité disposer d’un outil succinct pour déchiffrer et mettre en valeur ce vestige. Un regard neuf, dégagé des approches globales et généralistes de tel ou tel département, qui suscite çà et là des initiatives heureuses pour faire du monument aux morts un monument historique à part entière, et plus seulement un lieu de mémoire.

Ce livre est construit sur les acquis récents de la recherche mais est destiné à un large public et répond à la curiosité croissante vis à vis de cet édifice mal connu ou souvent mésestimé.
Plusieurs recensions en ont souligné les qualités et de très nombreuses sollicitations ont suivi sa publication : conférences, documentaire du CNRS Images à paraître en septembre, contributions sur le site de la Mission du Centenaire, articles ou collaboration au site de l’université de Lille III dédié au recensement des monuments aux morts.

D’autres sites en parlent :

Monuments de Champagne 14-18

En Envor ; !Comprendre le monument aux morts

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Le projet de l’exposition « Poppies blow stories… »

ob_5c4b15_toullecCette exposition s’inscrit dans un contexte européen et mondial, qui est à l’échelle de ce conflit 14-18, mais il a tout de même une spécificité en étant ancré sur le territoire du G10. Ce territoire a été façonné et modelé par cette histoire contemporaine tragique.

L’idée de base étant que les 10 villes du G10 s’associent sur leur territoire pour passer commande à 10 artistes contemporains d’une œuvre originale qui traitera du sujet « poppies Blow Stories…» et donc de la première guerre mondiale, et des traces laissées sur son propre territoire et dans les mémoires de ses habitants…

L’association CHAPITRE # s’engage à réaliser le catalogue de cette exposition commune, catalogue qui retracera l’histoire du projet et détaillera le propos de chaque artiste sélectionné.

L’association CHAPITRE # assumera l’appel à projet auprès d’artistes contemporains issus de ce territoire, mais aussi d’autres artistes.

Un comité de sélection sera mis en place pour effectuer le choix des 10 artistes qui associera chacune des villes.

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Sur la ligne de front | 14-18 en godasse

godasses60 étudiants de l’École supérieure de journalisme de Lille ont décidé de partir sur les traces de la Première Guerre mondiale. 700 km. Une ligne de front de la mer du Nord à la Suisse. 11 bataillons de futurs journalistes qui rendent chacun hommage à un soldat. Suivez leur périple et leurs reportages du 4 au 9 mars 2014 !

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Ils ont rencontré la présidente de ReimsAvant/

23 mars 2015, Reims 14-18 sur « Pourquoi chercher plus loin« 

Reims 14-18 : Renaissance d’une ville martyre – France 3 Bourgogne Pourquoi chercher plus loin vous emmène dans l’histoire il y a 100 ans, en Champagne-Ardenne. Après 1 051 jours de bombardement, Reims, ville du champagne et des sacres des rois de France…

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1915… et mon sale bourrin !

1915... et mon sale bourrin ! Je suis resté 4 jours. Le régiment partait et j’ai voulu partir aussi.
Ce sont des infirmières anglaises qui étaient en promenade et qui m’ont trouvé étendu à côté de mon sale bourrin.
J’en suis quitte pour une entorse du genoux et contusion de la cuisse et de l’épaule droite.
La tête fut des plus solides bien qu’elle me fasse encore mal.
Enfin, je suis presque guéri. Le genoux sera long à guérir. Ne le dis pas, je ne voudrais pas que mes pare
nts le sachent !

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CPA Coll. Michel THIBAULT

Hélas, on n’en saura pas beaucoup plus de ce courrier… pour une fois, les maux ne semblent pas avoir été causés par la guerre, à moins que le cheval ne se soit emballé à cause de déflagrations ?
Mais l’objet reste toujours le même, informer, donner des nouvelles, et surtout rassurer, comme on peut le lire à la fin de cette petite correspondance : « Ne le dis pas, je ne voudrais pas que mes parents le sachent ! ».
En revanche, pas de nouvelles du cheval…
Quant au recto de la carte, la photographie nous montre une vue prise de la rue du Cloître, barricadée, on aperçoit un policier.
Pas facile de situer précisément le lieu où a été pris ce cliché, mais il semble que le photographe soit placé dos à la rue du Cardinal de Lorraine à l’angle de la rue du Cloître.
En face, c’est la rue des Cordeliers, et la voie perpendiculaire est la rue de l’Université.
Difficile de s’y retrouver aujourd’hui, la topologie des lieux ayant beaucoup changé après guerre lors de la reconstruction de Reims, la rue du Cloître part toujours de la Place Royale, mais s’arrête à la Cathédrale, ensuite c’est la voie élargie du Cours Anatole France qui prend le relai pour rejoindre la rue de l’Université.
De même, la rue des Cordeliers ne commence plus dans le prolongement de la rue du Cardinal de Lorraine, mais à l’angle de la rue St Symphorien, à partir de la « nouvelle » rue Voltaire. Et dans notre dos à droite, c’est la bibliothèque Carnegie.

La photo ci-dessous nous offre une vue approximative de l’emplacement actuel.

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Et histoire de s’y perdre un peu plus, voilà une autre vue, prise également en 1915, mais de l’autre côté, à l’angle de la rue de l’Université, vers la rue du Cardinal de Lorraine, en direction de la barricade.

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CPA Coll. Laurent ANTOINE

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