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Dimanche 1er avril 1917

Louis Guédet

Dimanche 1er avril 1917  Rameaux

932ème et 930ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 matin  A 4h20 des bombes, cela se rapproche, je m’habille, à peine étais-je vêtu qu’une bombe tombe dans notre rue, vers le 97-99 (exactement au n°99, clinique Lambert, à 50 mètres de la maison). Il faut descendre à la cave, cela se rapproche, une autre, je n’ai le temps de rien prendre ni sauver, cela dure jusqu’à 5h…  mais cela s’éloigne. Nos canons tapent dur vers le Faubourg de Laon et aussi vers Pommery, mais moins. A 5h1/4 nous nous décidons à remonter, nous sommes grelottants. Lise comme toujours est descendue très tard, la dernière, je renonce à la gronder. Quant à Adèle, à moitié habillée, elle a voulu sauver quelque chose, c’était son réveille-matin, son peigne et sa brosse à cheveux !! Jacques est toujours aussi calme. Un voisin vient nous demander asile, notre voisine habituelle, Mademoiselle Marie…  n’est pas venue. Cela m’étonne.

Je suis glacé, j’allume un peu de feu. Tout abattus, nous ne sommes plus forts, et puis à vrai dire on est rompu d’émotion, fatigué de privation de sommeil. Notre martyr ne finira donc jamais. Triste début de la Fête des Rameaux. Triste Rameaux. Il est vrai que c’est la fête des Morts, des tombes, des cimetières ! Vais-je me recoucher ? Oui, je tombe de sommeil, et puis je suis brisé, tâchons de prendre un peu de repos ! Encore bien heureux de retrouver mon lit, ma chambre intacte ! Quelle vie misérable que la mienne ! Et voilà le 31ème mois de cette vie qui commence. Et le 32ème mois de cette Guerre !!

8h1/2 soir  Dieu ! Quelle journée ! Bombardement sans discontinuer, de 4h20 à ce soir, partout. Donc j’ai vaqué à mes affaires et à mes courses sous les bombes. Je suis fourbu et demain il me faut recommencer, mais c’est pour voir mon pauvre Robert qui est à Nanteuil-la-Fosse, ou y était le 28 mars…  (Nanteuil-le-Forêt depuis le 8 février 1974) mais procédons par ordre.

M’étant recouché ce matin, j’ai sommeillé, mais mal. Levé avec difficultés à 8h habituel. Messe des Rameaux à 8h1/2. Tristes Rameaux. Distribution des Rameaux dans la chapelle de la rue du Couchant. Procession avec le Cardinal Luçon et comme assesseurs l’abbé Camu et le chanoine Brincourt. Les enfants ont leurs masques en sautoir, du reste nous sommes obligés de les porter, tous. Ce matin il y a encore eu 2 victimes rue Montlaurent. La messe paroissiale est dite par l’abbé Camu, curé intérimaire. Évangile de la Passion chanté à 3 voix, 2 vicaires et l’abbé Camu comme officiant. Rentré à 10h1/4 glacé. L’arrosage continue lentement, systématiquement pour toute la journée. Temps glacial avec grands nevus, giboulées, etc…  vent, bise…  Parti à midi, n’ayant pas mon courrier, pour le Cercle sous les bombes qui sifflent à plaisir. Nous sommes à la noce, cela nous rappelle les journées de 1914-1915. Au Cercle Charles Heidsieck, Camuset, (rayé). Dans les automobilistes militaires (rayé) toute cette (rayé) jusque la gré… (rayé) Charbonneaux, Albert Benoist, Pierre Lelarge (rayé) qui a fermé 5/6 (rayé) et les coudes sur la table…  digne réplique (rayé)?!

Et le Docteur Simon, arrivé en retard à cause des victimes de ce matin à opérer. Les 2 rue Montlaurent, le père fracture du crâne et gaz, le fils une égratignure au talon, mais asphyxié. Deux femmes faubourg de Laon, une l’éclat d’obus n’a fait qu’érafler le ventre, la jeune fille un boyau crevé. Causés tous très longuement et d’une façon très intéressante avec Charbonneaux. Je suis loin des engueulades de Nauroy pour une poule faisane tirée malencontreusement par Lucien Masson (père de Geneviève, qui épousera le 7 mai 1925 Jean Guédet (1874-1948)). Je m’entendrai avec lui, à moins que ce ne soit lui qui veuille s’entendre avec moi ????? (Rayé) et femme (rayé) et fromage de (rayé). Çà siffle toujours. Charles Heidsieck me cause de diverses affaires, puis nous filons sous l’acier chacun chez nous, chacun de son côté. En rentrant je trouve une lettre de Robert qui me dit être à Nanteuil-la-Fosse et m’attendre. (Rayé). Je combine, je cours chercher une voiture pour demain car après ce serait remis à vendredi à cause de mes audiences en rendez-vous. Enfin par le commissariat central j’arrive presque à réquisitionner une voiture qui me prendra à 5h1/2 pour arriver tôt à Nanteuil, si j’y trouve mon petit ! Mon but est tout indiqué, je viens comme Président de la commission d’appel des allocations militaires faire une enquête. Quand je serai sur place ce serait bien le Diable que je ne trouve pas le moyen d’embrasser mon brave et fier garçon, et déjeuner avec lui et passer une partie de la journée…

Je prie Dondaine de venir à 6h du soir recevoir la signature de mon lieutenant de vaisseau de Voguë, et je lui laisse une lettre d’excuses. Bref il est bon quelque fois d’être Président d’une commission d’appel. Tout s’aplanit et la Police marche. Dieu me pardonne. J’apporte à tout hasard chocolat, biscuit, saucisson et Villers-Marmery pour ce pauvre Roby. J’arrête, il faut se coucher. Tâcher de dormir, si les allemands ne continuent pas leur sarabande et me lever tôt demain matin. Je suis fourbu. Comme me le disait Raïssac et Houlon tout à l’heure nous ne sommes plus fort et nous n’offrons plus la même résistance après des bourrasques comme celles d’aujourd’hui, qui nous rappellent les jours sombres de novembre et décembre 1914…  février et mars 1915…  Quand donc serons-nous délivrés… ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 1er avril 1917 – A 4 h, nous sommes brusquement réveillés par un arrosage sérieux, avec obus asphyxiants. Au bout d’une demi-heure, des 75 du voisinage se mettent à riposter ferme, et, le bruit des coups de canon se mêlant à celui des explosions d’obus, il devient impossi­ble, pendant une heure environ, de percevoir les sifflements ; à 5 h 1/2, les arrivées qui, jusque-là se suivaient de très près, com­mencent à s’espacer puis, insensiblement, le calme revient.

Vers 10 h 45, tandis que je regagne la place Amélie-Doublié — après être allé à la mairie où je tenais, par précaution, à descen­dre au sous-sol, à côté des registres qui s’y trouvent installés depuis le 8 septembre 1915, ce qui me reste d’autres documents concer­nant le mont-de-piété — la séance de bombardement recommence et au moment où j’arrive sur le pont de l’avenue de Laon, un obus éclate à ma droite, sur le troisième hangar de la Petite Vitesse.

Jugeant qu’il me faut éviter de m’engager dans la rue Lesage, comme d’habitude, je continue droit devant moi, pour rentrer par la rue Docteur-Thomas ; avant que je n’y sois parvenu, une rafale de trois autres obus éclate, coup sur coup, sur le ballast, coupant trois voies du chemin de fer, à hauteur du n° 15 de la rue Lesage.

Pendant midi, les sifflements s’entendent encore et après une courte accalmie, les rafales de projectiles recommencent à tomber de tous côtés, sans arrêt, jusqu’à 19 heures.

Deux hommes, le père et le fils, ont été asphyxiés rue Monlaurent, par les gaz ; leurs dangereux effets ont atteint, en outre, d’autres personnes. Il y a d’assez nombreux blessés et les dégâts, dans certains quartiers, ont encore lieu de surprendre par leur grande importance.

Reims a reçu, ce jour, de 2 800 à 3 000 obus et, sauf le matin, nos pièces n’ont pas tiré. On ne peut, sans colère et mépris, songer aux déclarations si manifestement contraires à la vérité, faites maintes fois par les journaux de l’ennemi, pour justifier, soi-disant, sa manière féroce de faire la guerre ; au cours de cette pénible et triste journée, sa mauvaise foi a été trop évidente.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Avenue de Laon

Avenue de Laon


Cardinal Luçon

Dimanche 1″ – + 4°. De 4 h. 1/2 à 5 h. 1/2, formidable bombardement, rue du Barbâtre, du Jard, de Venise, de l’Equerre (où elles ont tué les deux chevaux des femmes qui conduisaient une voiture publique. Un homme a été atteint par des gaz asphyxiants dans son lit, on dit qu’il ne s’en relè­vera pas. Bombes sifflantes encore au moment de la grand’messe. D’autres ont sifflé encore à 10 h. 1/2, au retour, (sur batteries ?). Bombardement toute la journée : ai couché à la cave. 29 obus au Petit Séminaire devenu inhabitable. Curé de Saint-André n’a plus ni fenêtres, ni portes, ni toiture. Chapelle rue d’Ormesson dévastée : un obus y tombe entre la messe qui était à 10 h. et les vêpres qui se chantèrent à 3 h. Mur de Saint Vincent-de- Paul renversé. 2048 obus. Chapelle détruite, monceau de décombres disent les journaux ; lncipit Passio Urbis Remorum.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 1er avril

Au nord et au sud de l’Oise, faible activité.

Au sud de l’Ailette, nous avons attaqué avec succès les positions ennemies en plusieurs points du front Neuville-sur-Margival-Vrégny. Nos troupes ont réalisé de sérieux progrès à l’est de cette ligne et enlevé brillamment plusieurs points d’appui importants malgré l’énergique défense des Allemands.

Plusieurs contre-attaques ennemies ont été refoulées.

En Champagne, les Allemands ont multiplié les tentatives sur les positions reconquises par nous à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Ils ont dirigé successivement cinq contre-attaques violentes qui ont été brisées par nos feux de mitrailleuses et nos tirs de barrage. L’ennemi a subi des pertes très sérieuses. Le chiffre des prisonniers atteint 80 dont 2 officiers.

Échec d’un coup de main ennemi à Ammerstwiller, en Alsace. Nous dispersons des patrouilles près du Pfetterhausen.

Les Anglais ont pris les villages de Ruyaulcourt, de Sorel-le-Grand et de Fins et progressé vers Heudicourt où un certain nombre de prisonniers sont restés entre leurs mains. Ils ont rejeté une attaque au sud de Neuville-Bourgonval.

Le gouvernement provisoire russe a lancé une proclamation pour appeler à la vie une Pologne indépendante et unifiée.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Samedi 31 mars 1917

Louis Guédet

Samedi 31 mars 1917

931ème et 929ème jours de bataille et de bombardement

7h3/4 soir  Temps de giboulées avec d’immenses « nevus », froid, des bombes à chaque instant et un peu partout, c’est agaçant. De plus, il y a comme de l’électricité dans l’air !…  on s’attend à un moment à l’autre à quelque chose. Qu’en résultera-t-il ? Qu’en sortira-t-il ? Cela me laisse assez froid. J’ai presque honte de l’avouer mais je ne puis me figurer Reims dégagé reprendre la vie normale ? A part les bombes et autres ingrédients allemands, nous étions si tranquilles !! tandis qu’après la délivrance, il faudra reprendre la vie mesquine, petite, étroite, méchante de la ville de Province, lutter contre tous les lâches qui se sont sauvés, et qui viendront vainqueurs nous dire, nous signifier de nous taire ! Alors les petites vengeances, ces petites saletés, ces petites vilenies refleuriront comme avant Guerre !! Oui, je regretterai ma vie d’angoisses sous les bombes…  On vivait, on vibrait, on se sacrifiait pour l’Honneur, la Gloire, la France !…

Toute la matinée travaillé, couru aux Hospices toucher des fonds de successions diverses. Vu Guichard, causé longuement, il est intelligent, on à plaisir à converser avec lui. (Rayé).

Après-midi porté mon courrier, courses, versés des fonds chez Chapuis. Passé chez Camuset qui m’apprend les fiançailles de sa fille avec un jeune officier, avocat des Collières. Rentré à la maison, écrit. Visite du Lieutenant de vaisseau Adrien de Voguë, 59, quai d’Orsay, actuellement A.L.G.P. n°884, commandant notre batterie de marine de Dieu-Lumière. Il est le fils du marquis de Voguë (Robert Adrien de Voguë (1870-1936)), ambassadeur de France, Grand d’Espagne, membre de l’Académie Française et de l’Académie des Inscriptions des Belles Lettres, Commandeur de la Légion d’Honneur, Président du comité central de la Croix-Rouge, décédé récemment le 10 novembre 1916 à Paris, rue Fabert 2. Il venait justement pour une procuration pour recueillir la succession de son Père, liquidée par Laurent, notaire à Paris. Il est le neveu du grand écrivain. Causé longuement avec lui, il avait abandonné la Marine et a repris du service à la Guerre. Jusqu’à présent sa batterie de Marine a eu de la chance, car elle n’a eu qu’un tué et un blessé. Très distingué, fin causeur. Il doit revenir lundi 6h. Il m’a laissé pressentir que nous allions avoir quelque chose d’ici peut. Soit !!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 31 – + 3°. Nuit tranquille. A 8 h. bombes sifflent (sur batteries ?) Presque toute la journée, bombes ; sur batteries, cour du Lycée, Haubette, Place de l’Hôtel-de-Ville.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Samedi 31 mars

Au nord de la Somme, et entre Somme et Oise, l’artillerie ennemie a bombardé en certains points nos premières lignes; nos batteries ont énergiquement répondu. Aucune action d’infanterie.

Au nord-est de Soissons, nous avons progressé dans le secteur Vrégny-Margival.

A l’ouest de Maisons-de-Champagne, une vive attaque de nos troupes nous a permis de rejeter 1’ennemi des éléments de tranchées où il avait pris pied le 28 mars. Au cours de cette action, nous avons fait 63 prisonniers.

Les Russes ont infligé un échec à l’ennemi au nord de Stanislau, en Galicie. Ils l’ont également repoussé au sud-ouest de Brzezany, en Arménie, dans la direction de Bitlis; ils ont attaqué les Turcs à Tachkpal et ont ramené des prisonniers.

Canonnade autour de Monastir.

Le chancelier de Bethmann-Hollweg a prononcé un discours au Reichstag; Il a affirmé que jamais 1’Allemagne n’avait soutenu la réaction en Russie, qu’elle ne voulait pas la guerre avec l’Amérique, et, par ailleurs, a reconnu que la situation militaire demeurait indécise. Les social-démocrates majoritaires ont, pour la première fois depuis août 1914, rejeté le budget au Reichstag.

Le nouveau régime russe promet l’autonomie à la Pologne.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 13 février 1917

Louis Guédet

Mardi 13 février 1917

885ème et 883ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Temps toujours très froid, brume, soleil malade s’élevant un peu l’après-midi. Le ciel s’éclaircit. Toute la journée du canon, mais depuis 5h ce soir c’est une tempête, un roulement de tonnerre formidable, on ne s’entend plus. Toutes nos batteries tonnent. C’est effrayant, on dirait le roulement de 100 express lancés à toute vapeur, qui grondent, heurtent, choquent. Il parait que c’est un coup de main vers le Linguet pour avoir des prisonniers. Avec cette débauche de mitraille, la livre d’allemand pris reviendra chère. Pourvu que nous, pauvre civils, nous ne payons pas cela cette nuit ou demain !! Cette pensée nous angoisse et nous obsède toujours chaque fois que nous arrosons leurs tranchées. Cette attente est pénible.

Ce matin un conseil de famille pour des clients de Cormontreuil, Louis Vuattier, tué au mois de juillet dernier (Paul Louis Vuattier, caporal au 23ème RIC, tué le 30 juillet 1916 à Flaucourt (80)), une jeune femme et une enfant de 2 ans1/2 qui n’aura pas connu son père. Après-midi fait des courses. Vu Monsieur et Mme Becker qui très gentiment avait demandé à Jean de venir les voir quand ils étaient chez Mme Bayle leur fille à Fontainebleau, mais mon Grand n’était pas libre. Là j’ai vu aussi Madame Camuset (Marie-Héloïse Becker, épouse Camuset), l’abbé son fils et Melle Becker. Causé longuement avec eux. Mmes Becker et Camuset sont toujours très bonnes et très affectueuses pour moi. Rentré ensuite, juste au moment où la…  « danse » a commencée et jusqu’à présent.

6h40  Silence complet, ce n’est pas dommage puisqu’en 2 heures de cette sérénade on en a la tête cassée. On n’entend plus les coups, mais rien qu’un roulement. Écrit quelques lettres que je tardais à écrire par lassitude, fatigue. Je suis comme sans force, sans courage, et n’ai de goût à rien.

8h20  Le calme absolu. Quelques rares coups de canon. Et nos pauvres blessés qui sont là, à quelques cent mètres de nous, qui souffrent sur le champ de bataille du froid…  Cela fait mal d’y songer…  Écrit quelques lettres…  sans conviction, sans courage, j’alignais des mots. Je n’en n’ai plus qu’une à écrire pour être à jour avec mes correspondants et correspondantes…  et que leur écrire ?? Toujours la même chose, notre vie est si monotone, si triste et si uniforme, et par ce froid écrire est une souffrance physique, ajoutée à la souffrance morale qui me torture depuis 30 mois…  Souffrir, toujours souffrir.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

13 février 1917 – Démonstration formidable de notre artillerie, pour la préparation d’un coup de main « au Mamelon ». La mission de faire des prisonniers a été confiée à 71 volontaires du 293e, devant sortir des tranchées à 17 h 35, sous le commandement du Capitaine C…

Commencé à 11 h 1/2, le vacarme des pièces de tous calibres se ralentit seulement un peu avant 20 heures, puis il recommence pour toute la nuit. Ce ne sont que détonations des départs et bruit des explosions d’arrivées, car les éclatements s’entendent fort bien, sur les tranchées allemandes, du côté du Linguet.

Au cours de l’opération qui, paraît-il a parfaitement réussi, nos hommes ont fait 23 prisonniers, dont deux sous-officiers. Nos pertes seraient de quatre tués et six blessés, par un coup de 75 trop court.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 13 – – 8°. Nuit tranquille. Pas dit la Messe. Dans l’après-midi, préparation d’artillerie de notre côté, pour prendre un point auquel on tient : Linguet ou voisinage, jusqu’à 6 h. L’attaque a dû avoir lieu vers 4 h. 1/2. Ensuite, duel d’artillerie entre batteries adverses. Bombes sifflantes sur nos batteries, on a fait 23 prisonniers. Il y a eu 100 tués, dit le Docteur d’Herbigny. La lutte d’artillerie a duré depuis 11 h. avant midi jusqu’à 2 h. après minuit, intense toute l’après-midi, de 8 à 2 h. extrêmement violente. 3 ou 4 bombes sur l’église Saint-André, plusieurs travées de voûtes, écroulées ; au-dessus de la chaire on voit le ciel. Dégâts considérables.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Saint-Andre


Mardi 13 février

Activité intermittente des deux artilleries dans la région de Bezangis (Lorraine), et dans quelques secteurs des Vosges.

Sur le front belge, activité de patrouilles dans la région de la Maison-du-Passeur. Vers Hetsas, lutte à coups de bombes et de grenades. Activité moyenne de l’artillerie en divers points. Les Anglais ont réalisé de nouveaux progrès au nord de l’Ancre, vers la route de Beaumont à Puisieux. A la suite d’une petite opération exécutée sur un front restreint, ils ont occupé sans difficulté 600 mètres de tranchées et fait un certain nombre de prisonniers.

L’ennemi a attaqué les nouvelles positions britanniques au sud de Serre. Pris sous des tirs de barrage et des feux de mitrailleuses, il a été aisément rejeté.

Les patrouilles anglaises ont pénétré en un certain nombre de points dans les lignes ennemies. Un détachement a fait exploser un dépôt de munitions au sud-est d’Armentières et ramené des prisonniers. Un détachement ennemi qui se concentrait au nord-est de Neuville-Saint-Vaast a été dispersé par des tirs d’artillerie. Des bombardements ont été exécutés avec succès au nord de la Somme, ainsi que vers Armentières et Ypres.

Les éclaireurs russes, dans la région de Borowoymlyn (nord-est de Smorgon) ont attaqué les avant-postes ennemis et pris une mitrailleuse. Une attaque allemande a été repoussée près de Kiaselin; une autre au sud de Halicz, sur le Dniester. Nouveaux succès britanniques près de Kut-el-Amara, en Mésopotamie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 23 janvier 1917

Louis Guédet

Mardi 23 janvier 1917

864ème et 862ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  La gelée a repris plus fort, gare que nous n’en n’ayons pour tout le mois avec cette nouvelle lune…

Inventaire ce matin, rue Clovis 18, chez une pauvre démente de la Guerre. (Rayé) qui ne peut comprendre que (rayé) agissement et de la conduite (rayé).

Après-midi fait une ou 2 courses. Rentré lassé, dégouté, découragé. Quelques obus dans la journée…  Il a fait un soleil splendide, aussi l’artillerie et l’aviation ont repris de l’activité.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 23 – Nuit tranquille ; temps clair, – 6°. La neige couvre toujours la terre. Visite à M. Camuset, Becker, clinique rue Noël, aux Chapelains. Aéroplanes matinée et après-midi de tir contre eux et entre batteries adverses. Gros canons français et grosses bombes allemandes. Ce matin, à 7 h. une bombe sur le Lycée de Filles, ancien Collège des Jésuites, rue Cérès. A la messe éteint la bougie à la Post-communion.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

faubourg Cérès


Mardi 23 janvier

Journée calme sur la rive droite de la Meuse où l’activité de l’artillerie a été très vive dans les secteurs de Douaumont et du bois des Caurières, ainsi que dans les Vosges, à la Chapelotte.
Sur le front belge, lutte des artilleries de campagne et de tranchées, dans la région de Hetsas. Bombardement réciproque dans le reste des secteurs.
Sur le front britannique, un détachement ennemi qui tentait hier soir un coup de main au nord d’Arras, a été repoussé avec pertes avant d’avoir pu aborder nos lignes. Une tentative analogue sur nos tranchées, au nord-est du bois de Ploegsteert, a également échoué. A la suite de divers engagements de patrouilles, nos alliés ont fait un certain nombre de prisonniers vers Grandcourt, Neuville-Saint-Vaast, Fauquessart et Wystchaete.
Activité d’artillerie au nord de la Somme et dans les régions de Ferre et de Ploegsteert. L’artillerie lourde anglaise a provoqué une explosion dans les lignes allemandes en face d’Arras.
Canonnade dans le Carso.
Activité accrue sur toute l’étendue du front russe.
Progrès britanniques vers Kut-el-Amara. M. Wilson a adressé au Sénat américain un long message sur sa conception de la paix future.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 8 janvier 1917

Louis Guédet

Lundi 8 janvier 1917

849ème et 847ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Pluie toute la nuit. Journée assez belle, avec rayée de soleil mais froide, du vent aigre. Je suis au courant de mon courrier. Vu pas mal de monde. Rendu visite à M. et Mme Camuset, on s’attend à quelque chose sous peu, car eux aussi ont remarqué la quantité de troupes massée dans les environs. Au greffe civil, appris que M. Bossu, Procureur de la République, était assez gravement malade de son diabète, il aurait une plaie à la jambe avec enflure. C’est toujours sérieux. Pourvu qu’il se rétablisse. Je m’étais réellement attaché à lui, et c’était réciproque je crois. S’il disparaissait ce serait une perte pour moi, il avait du cœur et il avait été le plus crâne de tout notre tribunal, car les autres, dont il s’était fait des ennemis irréductibles à cause de cela ne sont que des pleutres. Qui lui ont voué une haine mortelle parce qu’il a exigé qu’ils reviennent à Reims. Enfin, plaise à Dieu qu’il se guérisse, ce serait une vraie perte pour moi et j’en aurais un réel chagrin. Je serais si heureux si nous pouvions nous retrouver dans Reims délivré.

La scie des demandes de renseignements pour des dommages de Guerre commence à affluer, et comme je suis presque le seul membre de la commission à Reims, alors tout cela me tombe sur le dos.

Je ne suis cependant bien las, et je suis si attristé. Je souffre réellement de cet état d’esprit, de cette obsession qui ne me quitte plus que je ne verrai pas la fin de cette Guerre. Cela me fait souffrir beaucoup.

Vu Tricot, qui m’a causé du rapatriement de Thérèse Lemoine, sa belle-sœur (cousine de Madeleine par sa mère), et de M. Lemoine, vieillard de 83 ans (1834-1921). Ils ont souffert énormément à Trosly-Loire (dans l’Aisne, le Maire en 2018 est M. Thierry Lemoine) où ils étaient réfugiés, ayant abandonné Foreste (village de l’Aisne situé à 45 km au nord de Trosly-Loire) trop bombardé. Il parait que leur belle ferme a beaucoup souffert du tir de nos canons. Ils racontent les exactions auxquelles ils étaient soumis par les allemands. Jusqu’à les faire déshabiller complètement pour les fouiller et voir s’ils ne cachaient pas d’argent sur eux. Et quand ils en trouvaient dissimulé sur eux les allemands s’en emparaient et leur donnaient un reçu pour être remboursé après la Guerre !! Malheureusement le peuple, le paysan en est arrivé à s’accoutumer au frottement avec les allemands et s’il n’y a pas sympathie, il y a modus vivendi et même entente tacite pour la délation contre les plus fortunés. Un jour des officiers allemands sont venus montrer à M. Lemoine des bijoux ayant appartenu à sa femme qu’ils avaient découverts dans leur cachette, et avec désinvolture ils voulaient que M. Lemoine leur indiquât  la valeur…  pour lui en tenir compte de 10% de cette valeur toujours après la Guerre. Il s’agissait d’un pendentif, mais auquel il manquait toutes les perles, qui sans doute avaient été mises de côté par ces voleurs ! Une autre fois ils lui prennent 6 000 F qu’il portait toujours sur lui, quant à Thérèse Lemoine, qui avait caché sa réserve dans les buses de son corset, comme on l’avait fait déshabiller, arrivée au corset et à la chemise elle dégrafât son corset en disant : « Faut-il que j’enlève aussi ma chemise ? » On n’insistât pas et elle conserva son argent.

Un autre jour M. Lemoine avait pris par mégarde un chemin défendu. 3 jours après, menace d’expulsion et amende. Une jeune fille écrit une note pour réclamer à une institutrice d’un village voisin un livre dont elle avait besoin. Le message est arrêté, le billet saisi, et condamnation à 500 F d’amende à chacun, du Père, de la Mère et de la jeune fille ! « Nous ne pouvons pas payer, répondirent-ils, nous n’avons plus d’argent ! » – « Vous paierez par acompte, nous savons que vous avez de l’argent caché, » fut la réponse ! Tout est inventaire, classé : œufs, lait, beurre, légumes du jardin, etc…

Enfin un jour la sanction pour l’inobservation par M. Lemoine de n’avoir pas respecté le chemin interdit arriva, on voulut les transporter à Prémontré dans une voiture à moisson (charrette). Thérèse protesta à cause de son beau-père. Enfin 3 jours après de longues résistances on leur offrit un landau (la voiture hippomobile…). Ils partirent. Arrivés à Prémontré (ancienne abbaye située à 20 kilomètres de Trosly-Loire) où il n’y avait presque plus d’aliénés qui ont été transportés à Gand, Anvers, etc…  Ils furent soumis à un régime beaucoup plus doux. M. Lemoine, à cause de son grand âge put avoir un œuf par jour et du lait condensé en sus de sa nourriture habituelle. Vint enfin le moment où les allemands demandèrent les noms des personnes qui désiraient retourner en France. Thérèse fit sa demande et 2 mois après ils prirent le chemin de la Suisse. Elle avoue elle-même que si elle avait su que c’était grâce au Kronprinz elle y aurait renoncé. Elle est toute blanche et très amaigrie…  Pauvre femme, mais enfin voilà la famille réunie et reconstituée. Mais que retrouveront-ils de Foreste et de Trosle-Loire quand les Barbares se retireront !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 8 – Nuit tranquille. Entendu vers 3 h. matin un gros coup canon français. Visite à M. le Curé de Cormontreuil paralysé. Pendant notre visite, quelques bombes allemandes sur rue de Louvois.

Cormontreuil

Cormontreuil


Lundi 8 janvier

En Belgique, vive lutte d’artillerie dans le secteur de Nieuport-Bains.
En Champagne, dans la région de Tahure, une reconnaissance ennemie, prise sous notre feu, a subi des pertes et s’est dispersée.
Les troupes anglaises ont enlevé deux postes vers Beaumont-Hamel et fait 50 prisonniers. L’ennemi ayant tenté de reprendre pied dans ces postes, a complètement échoué.
Nos alliés ont fait 19 prisonniers au cours d’un coup de main au sud d’Armentières.
L’ennemi qui avait, à la suite d’un violent bombardement, tenté de pénétrer dans les tranchées au sud Wytschaete, a été rejeté en désordre après avoir subi des pertes importantes. Une autre tentative contre les avant-postes au nord d’Ypres a également échoué.
Activité d’artillerie au sud de Souchez et dans les régions du canal de la Bassée, d’Armentières et d’Ypres.
Canonnade sur le Carso.
Les Russes ont fait 500 prisonniers allemands en Moldavie.
Le général Sarrail a participé à la conférence interalliée de Rome.
La gazette de l’Allemagne du Nord dément formellement que les conditions de paix des Empires du Centre aient été communiquées au président Wilson.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 6 décembre 1916

Louis Guédet

Mercredi 6 décembre 1916  Saint Nicolas

816ème et 814ème jours de bataille et de bombardement

6h  Temps de brume et brouillard. Froid. Très occupé comme toujours au moment de m’absenter d’ici. Déjeuné chez M. et Mme Paul Camuset, Albert Benoist, Charles et Marcel Heidsieck, Abbé Camu et Hanrot. Causé des événements et des bruits du Comité Secret. Joffre serait nommé Maréchal de France et Généralississime ! mais remplacé par le Général Nivelle. Castelnau envoyé (?) en mission ? Klotz (Louis-Lucien Klotz, ancien Ministre des Finances (1868-1930)) remplacerait aux Finances Ribot (Alexandre Ribot 1842-1923), trop âgé, et Herriot (Édouard Herriot 1872-1957), maire de Lyon, Sembat (1862-1922) aux travaux publics ! un médecin !! Toujours du gâchis.

En attendant les allemands prennent Bucarest, etc…  et la Grèce va nous tirer dans le dos ! Gâchis. Que sortira-t-il de tout cela ?? En me trouvant dans cette maison de la rue de Talleyrand, intacte avec tous ses meubles et ce confort, j’en avais les larmes aux yeux et le cœur serré, en songeant à ma chère aimée et à mes petits qui souffrent sans foyer, sans abri, sans maison, et moi réfugié sous un toit étranger. Toutes les amertumes m’auront été prodiguées ! Qu’ai-je donc fait pour être ainsi paria, et voir mes aimés souffrir. Je suis donc un maudit.

Je pars demain matin pour Paris, à 5h1/4, avec Marcel Heidsieck…  Je suis si triste ! si triste que j’ai peur d’un malheur ! Lequel ? Est-ce que je n’ai pas subi mon compte ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

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Victor Goloubew

Mercredi 6 – + 2°. Nuit tranquille pour la ville ; mais tir très fréquent toute la nuit de mitrailleuses ou de grenades. Visite du Général Brisse de Ludes et de deux officiers dont l’un de marine avec M. Goloubew. Visite du Major Rabasse apportant photographies des Mesneux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

En savoir plus sur le M. Goloubew


Mercredi 6 décembre

Une petite attaque allemande, dirigée contre nos positions au nord du village de Vaux, a complètement échoué sous nos feux de mitrailleuses. Nous avons fait des prisonniers.

Activité moyenne d’artillerie sur divers points du front.

Dans les secteurs belges, canonnade autour de Ramscapelle, de Dixmude et de Steenstraete. Les Belges ont pris des groupements ennemis sous leur feu, au nord de Dixmude.

Les Italiens ont repoussé une offensive autrichienne près de Gorizia.

Sur le front russe, canonnade. Dans les Carpates boisées, l’ennemi a attaqué une hauteur au sud de Voronejka à l’aide de son artillerie lourde. Les troupes russes ont dû reculer.

Continuation des combats en Moldavie (vallée du Trotuj et vallée du Doftiany). Les Russes ont occupé une série de collines que les Austro-Allemands ont immédiatement essayé de reprendre.

En Valachie, les Roumains reculent sur les voies Targovistea-Ploesci et Tritu-Bucarest. Leurs tentatives pour arrêter l’ennemi ont échoué et les Allemands ont pris Bucarest.

La crise anglaise est complète: après M. Lloyd George, M. Asquith a démissionné. M. Bernard Law et, ensuite, M. Lloyd George ont reçu mission de former un cabinet.

Le gouvernement de Salonique a protesté contre le guet-apens d’Athènes.

Source : La guerre au jour le jour

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Samedi 14 octobre 1916

Louis Guédet

Samedi 14 octobre 1916

763ème et 761ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Beau temps, mais toujours couvert. Journée agitée. Vu Honoré, comme il me l’avait promis. Il est chargé de faire des rapports confidentiels au Général de la Ve Armée à l’insu des autorités militaires de Reims, même donc de Colas. Il m’a lu plusieurs de ses rapports parfaitement faits, qui sont fort intéressants et amusants au possible. On voit tous les dessous de ces intrigues, compromissions, le jeu de cette police occulte qui se déchire comme un voile. Il m’a recausé de Colas qui ne décolère pas et qui écrit à qui veut l’entendre que j’ai eu la tête lavée par le Commissaire Central, un peu plus il dirait qu’il m’a donné la fessée comme un bébé pas sage qui a manqué de respect à son papa. Imbécile. C’est entendu qu’Honoré va me donner les noms des personnes à qui il a dit cela, et alors j’écrirai au Général de la Ve Armée une lettre qui ne sera pas dans une musette, et Colas en prendra encore pour son rhume (être réprimandé, recevoir des reproches). Il n’a pas fini avec moi le citoyen.

Honoré m’a lu le rapport qu’il a fait sur « Casque d’or », la maitresse dudit Colas, à qui il donnait tous les soirs le mot d’ordre de la Place !! pour permettre à cette fille de sixième ordre de se promener dans Reims. Elle a été expulsée en 5 sec malgré ses menaces d’en référer au susdit Colonel Colas !! Il m’a lu son rapport fait sur ma fameuse audience du 3 octobre. Il avait vraiment touché juste, et il n’hésitait pas à conclure que si je m’étais élevé ainsi contre les abus des gendarmes, c’était pour en finir une bonne fois, et il concluait à dire que je désignais comme les vrais fautifs Colas et Girardot, ce qui était vrai. Il doit encore faire un rapport sur cette affaire, alors je lui ai donné quelques renseignements et il doit conclure au déplacement simple de ces 2 citoyens. La troupe est aussi exaspérée que la population rémoise.

Vu le maire, Raïssac, de Bruignac et Chézel, à qui j’ai raconté toutes ces histoires. Le brave Docteur Langlet s’amusait beaucoup de ce que je disais, je crois vraiment qu’il m’estime et m’aime. Tous du reste m’approuvent haut la main. Ce n’est (rayé) qui ne sont rien (rayé)!!…  Enfin nous verrons à le (rayé) un de ces jours !

Rentré chez moi. Et après-midi vu le président Hù au Lion d’or où il déjeunait avec le sous-préfet et 2 journalistes. Nous avons mis au point mes considérants généraux, en particulier du procès du Dr Simon que la Place réclame pour être remis au Général de la Ve Armée. En tout cas ils ne peuvent rien faire contre moi et ils ne peuvent même plus aller en cassation. Ils ont ramené une forte bûche déjà. C’est un colonel de Gendarmerie et un officier d’État-major de Châlons qui sont venus voir M. Mathieu, substitut, pour lui demander de me laver la tête, etc…  ce que des galonnards qui n’admettent pas qu’on leur résiste pensent demander et exiger. Ils ont été plutôt reçus fraichement par le brave M. Mathieu qui leur a tout simplement dit, avec son calme imperturbable qu’il n’avait pas d’observations à me faire, et encore bien moins de réprimandes ! Tête des 2 galonnés qui dirent qu’ils allaient alors en référer au Président du Tribunal ! Mathieu bon prince leur a dit qu’ils n’auraient pas plus de succès après du bon papa Hù, et qu’ils feraient mieux de s’abstenir, ce qu’ils ont fait du reste. Le brave Président m’a fait une musique là-dessus ! « Eh bien, je les aurais bien arrangés. J’ai même dit à Mathieu qu’il avait eu tort de les empêcher de venir me voir, ils auraient été bien reçus ! » Bref les pandores et aiguilleteurs ont rentré leurs honneurs dans leurs musettes et sont repartis bredouille à Châlons ! C’était bien la peine de les déranger pour ce joli résultat !!… Mais cela a eu un avantage, c’est qu’ils ont déchargé leur bile et leur colère sur le citoyen capitaine Girardot qui, parait-il, a été arrangé de la belle façon ! C’était déjà cela. En attendant sans doute le reste. Bref, pour une bûche, c’est un vrai bûcher qu’ils ont pris ! Remis à Valot mes attendus, et enfin rentré me reposer un peu. J’en ai besoin. Je suis rompu et fort nerveux. Pourvu que je dorme cette nuit. J’en ai bien besoin. Pas de nouvelles de ma pauvre femme. C’est à peine si j’ai eu le temps de lui écrire 2 mots. Vais-je enfin avoir un peu de bonheur et de réussite ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 14 – Nuit tranquille à Reims ; mais violent combat au loin de 10 h. à minuit. Visite de M. Charlier avec sa fille qui apporte des aquarelles de la Cathédrale en feu. A 11 h. 1/2 des bombes sifflent sur batteries. Visite à M. Camuset ; à Mme Rogelet.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Samedi 14 octobre

Au sud de l’Ancre, violent bombardement ennemi au cours de la journée, particulièrement dans les secteurs de Gueudecourt et de Martinpuich et au nord de Courcelette.
Un détachement ennemi qui tentait un coup de main contre les tranchées anglaises, au nord-est de Wulverghen, a été rejeté. Au nord de la Somme, une attaque allemande avec lance-flammes a repris quelques éléments de tranchées à la lisière du bois Saint-Pierre-Vaast.
Activité d’artillerie intermittente de part et d’autre dans la région de Verdun.
Sur la Strouma, l’ennemi tient le front Sérès-Savgak-Barakli-Djousah-Senimah. Les forces britanniques sont en contact. Duel continu d’artillerie au centre et à gauche.
Les Roumains repoussent une série d’attaques austro-allemandes du nord au sud des Alpes transylvaines.
Les Italiens ont à nouveau progressé sur le Carso. Ils ont fait 400 prisonniers.
M. Venizelos organise le gouvernement de Salonique : il y aura un Triumvirat qui prendra la régence, et à côté de lui un ministère responsable.
40 avions français et anglais ont jeté 1340 kilos de projectiles sur la fabrique de fusils d’Oberndorf (Wurtemberg).

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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