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Vendredi 8 février 1918

Cardinal Luçon

Vendredi 8 – Nuit tranquille. + 9°. 30ème anniversaire de ma Consécration épiscopale. Via Crucis in Cathedrali à 8 h. Visite d’une Mission Canadienne, annoncée par le Ministère des Affaires Étrangères, conduite par le Lieutenant de Jouvenel, et présentée par un Officier de l’État-major de la 5e Armée. Visite au général, absent. Visite à Courlancy (aux Frères). Vu les batteries qui encadrent la maison et inquiètent tous les gens du quartier.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Voir d’autres photographies de la mission canadienne du 8 février 1918


Vendredi 8 février

Activité des deux artilleries, particulièrement vive sur le front au nord de l’Aisne, dans la région Chavignon-Pargny-Filain, sur la rive droite de la Meuse, dans le secteur Samogneux, cote 344 et sur l’Hartmannswillerkopf.
Des détachements ennemis qui tentaient d’aborder nos petits postes au nord-est de Braye-en-Laonnois et dans la région du bois Mortier ont été repoussés.
En Champagne, nous avons exécuté un coup de main heureux sur les tranchées ennemies à l’est du Téton.
En Alsace, après une violente préparation d’artillerie, les Allemands ont tenté sans résultat de pénétrer en deux points dans nos lignes, au Bannholz.
Un appareil ennemi a été abattu par le tir de notre artillerie antiaérienne.
Les Anglais ont exécuté avec succès un coup de main à l’est d’Armentières. Ils ont ramené un certain nombre de prisonniers et une mitrailleuse, en ne subissant que des pertes légères.
Sur le front italien, du Stelvio à la mer, tirs modérés d’artillerie.
Action de patrouilles de l’Adige à la Brenta. Calvisano (sud-est de Brescia), Bassano, Trévise et Mestre ont été l’objet d’attaques aériennes avec lancement de bombes.
Un dirigeable italien a jeté une tonne de projectiles au sud de Vittorio, sur un champ d’aviation.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 3 février 1918

Louis Guédet

Dimanche 3 février 1918

1242ème et 1240ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Il a gelé très fort, nous allons avoir encore une journée magnifique. Hier rafale d’obus vers 6h pendant un quart d’heure. A 6h1/4 je vais au 72, rue de Vesle retrouver les joueurs enragés de la Manille chez l’Homme d’osier : Lenoir, Rousseau, Guichard, Condreux, Beauvais, Happillon, Capitaine Giraud, Dor et Charles receveur municipal, très gais tous. Singulière physionomie que cette petite réunion de gens modestes et politiciens ! On chante, on joue ferme et on boit encore plus sec. Tous très bons enfants entre eux. Lenoir avait visité dans l’après-midi toutes les écoles. En sortant Beauvais m’a parlé qu’on voudrait bien décorer Melle Grandet, quoique cléricale, mais le moyen serait qu’il faudrait qu’elle fut présentée par l’abbé Camu ou même genre. Nous devons en recauser.

Nous parlons avec Lenoir du bombardement de Paris qui a été bien arrosé, et un peu partout. Lenoir lui-même disait que ce n’était pas une mauvaise chose pour les Parisiens qui savent un peu par là ce qu’est la Guerre. Cela les fouette et ils penseront un peu moins à leurs amis et à leurs plaisirs durant quelques jours.

Ils ont trouvé mon Champagne délicieux, je leur devais bien cela. Tous ont encore eu pour moi des mots charmants. Nous nous sommes quittés à 8h3/4 du soir. En rentrant chez moi 3 obus vers Fléchambault dont j’ai vu (place Clovis (place Gaston-Poittevin depuis 1946)) les éclatements. Hélas ! toujours la Guerre ! Quand en verrons-nous la fin. Quand donc aurais-je près de moi ma pauvre chère femme, pauvre martyre et mes chers enfants.

5h soir  Déjeuné chez Houlon et sa fille. Causé de bien des choses, des gens qui nous entourent et qui s’agitent. Comme je lui disais que Beauvais m’avait appris que Lenoir était brouillé avec Mignot, Houlon me conta la source de l’article du Petit Rémois lancé contre Emile Charbonneaux et qui confirme la brouille Mignot – Lenoir. Le Petit Rémois accuse Charbonneaux d’avoir enlevé de la houille des soutes de la Compagnie du Gaz à Reims pour son usine du centre. Alors charge à fond contre Emile Charbonneaux. Et qui mieux est le contremaitre de Mignot a vendu ce dernier en menaçant de cet article Grandin qui est le bras droit de Charbonneaux pour le ravitaillement. En résumé la houille industrielle du Gaz a été réquisitionnée et expédiée à Châlons sur ordre du Préfet qui en a disposé pour les usines du centre mais par contre le Préfet a vendu la même quantité à la Ville mais en houille ménagère. Voilà la grande affaire, mais ce n’est pas cela qui remettra du lubrifiant dans les relations de Mignot avec Lenoir, Charbonneaux et le Maire. (Rayé).

Après avoir quitté Houlon, je suis allé à Courlancy voir mon expéditionnaire et revenu ensuite travailler à mon courrier assez chargé en pièces et actes à classer, compléter et mettre au point. Le calme.

8h1/4 soir  Je lis ce soir un article d’Ernest Daudet (Écrivain et journaliste (1837-1921) frère ainé d’Alphonse Daudet) dans l’Écho de Paris sur une scène du Duc d’Aumale à propos des mémoires du Duc d’Orléans, devenu Louis-Philippe, où il scrute la conscience de ce dernier quand il a accepté la royauté. Et Daudet termine son article en disant l’intérêt que ces souvenirs du passé, venant progressivement à maturité pour l’Histoire, apporte à notre époque si tourmentée, et il ajoute, tous ces vieux papiers se révélant tragiques ou héroïques, grandioses ou courageux, sont toujours un trésor historique pour la Gloire et la Grandeur de la France. Bonnes ou mauvaises, je serais heureux que mes notes deviennent ce trésor pour l’Histoire et la Gloire de ma chère Cité Rémoise.

Le petit-fils aura payé sa dette à ses aïeux Champenois (Et ton petit-fils aussi).

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 3 février 1918 – Belle journée calme ; bombardement le soir, à 20 h.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 3 – – 2°. Beau temps, nuit tranquille. Visite de Miss Brandes, Henrietta Brandes Ely et du Rév. William Moodfin – laquelle a établi une cantine à Epemay. Rencontré sur le parvis en revenant des Vêpres une Mission de Professeurs d’Histoire conduits par le Lieutenant de Jouvenel. Journée tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 3 février

Activité d’artillerie dans la région de Bunhaupt-le-Haut.
Un coup de main effectué par nous au nord du bois Mortier nous a permis de ramener quelques prisonniers.
Sur le front du bois des Caurières nous avons repoussé un détachement ennemi qui tentait d’aborder nos lignes.
Sur le front britannique, un détachement des troupes de Liverpool a exécuté avec succès un coup de main sur les tranchées allemandes au sud-est d’Armentières et ramené des prisonniers.
Un raid ennemi a été repoussé au nord de Passchendaele.
Sur le front italien, action d’artillerie, spécialement dans le secteur du plateau d’Asiago.
Des échanges de fusillades entre avant-postes se sont également produits.
Les vols de croisière des aviateurs italiens ont donné lieu à des combats aériens au cours desquels deux appareils ennemis ont été abattus et sont tombés près de Turteo, au sud d’Asiago et dans la vallée de la Brenta.
Des avions autrichiens ont attaqué Trévise et plusieurs centres habités dans la zone montagneuse sur la Brenta et sur la Piave, lançant de nombreuses bombes qui ont fait quelques blessés et causé de légers dommages à quelques édifices.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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Dimanche 27 janvier 1918

Louis Guédet

Dimanche 27 janvier 1918

1234ème et 1232ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Toujours du brouillard, mais beau soleil l’après-midi, les jours allongent. Journée relativement calme. Si cela continue Guillaume nous aura laissé tranquille pour le jour de sa fête. Messe rue du Couchant à 7h1/2. Causé avec Sainsaulieu en sortant, il doit venir me revoir ce soir à 8h. Reçu quelques personnes pour une procuration et une notoriété faite séance tenante et ensuite pour des fonds pour une déclaration de succession.

Peu de courrier, il parait que la Censure sévit fortement en ce moment. Pas de lettres de St Martin. Sorti juste pour porter mes lettres à la Poste et acheter un journal. Journée monotone et rendue plus triste en voyant le soleil radieux de l’après-midi. Donc journée fastidieuse. Visite du R.P. Desbuquois, enchanté de mon ruban (rayé) la lettre (rayé) estime qu’il aurait mieux (rayé). Quand à (rayé).

Ma bonne part demain passer 4 – 5 jours à Cumières chez ses parents. Aussitôt rentrée je songerai à aller à St Martin.

Demain séance de Réquisitions militaires, de même jeudi 31 janvier et lundi 4 février. Aussitôt je pourrai prendre mon envolée.

Voilà tout le saillant de cette journée, c’est maigre, et lugubre. Les journaux sont insignifiants, on parle bien de troubles en Autriche, à Berlin, etc…  mais qu’y a-t-il de sérieux dans tout cela, on nous a tellement bourré le crâne depuis 3 ans1/2. Je n’ai qu’un désir c’est que l’on ne nous évacue pas, et que les allemands ne cherchent pas à entrer dans Reims ! Nous avons eu assez d’épreuves comme cela sans que cette épreuve nous arrive.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

27 janvier 1918 – Dans L’Éclaireur de l’Est, l’avis suivant est inséré aujourd’hui :

Ravitaillement municipal — Lait.

La ville ayant assuré la production d’un supplément de lait, peut satisfaire aux diverses demandes formulées depuis le 1er décembre. Les personnes qui se sont fait inscrire au bureau de l’abattoir, peuvent retirer leur carte dans les dépôts, à partir de ce jour.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Lesage


Cardinal Luçon

Dimanche 27 – Nuit tranquille. Brouillard, + 2°. A midi, soleil. A 1 h. bombes (sur batteries ?). Visite de l’Attaché Commercial des États-Unis et de sa femme, présentés par le lieutenant de Jouvenel(1), personnages importants, en vue du relèvement matériel et de la reconstruction de la France, et de Reims en particulier. Retraite du mois.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le lieutenant  Henri de Jouvenel était en 1914 le rédacteur en chef du Matin. En 1912, il avait épousé Colette. C’est lui qui fut à l’origine de l’inhumation du Soldat Inconnu sous l’Arc de Triomple.

Dimanche 27 janvier

Nous avons aisément repoussé un coup de main aux lisières ouest de la forêt de Saint-Gobain.
Bombardement réciproque sur le front bois des Caurières- Bezonvaux.
Notre aviation s’est montrée particulièrement active. De nombreuses prises de photographies ont été réalisées par nos observateurs qui ont survolé la zone ennemie jusqu’à 30 kilomètres à l’intérieur. Plus de 300 clichés ont été pris dans la journée.
Nos aviateurs de chasse ont abattu quatre avions allemands.
En outre, nos bombardiers ont exécuté diverses opérations, tant dans la journée du 25 que dans la nuit suivante. 8000 kilos d’explosifs ont été jetés sur les établissements de l’ennemi, notamment sur les gares de Thionville et de Fribourg-en-Brisgau, sur les usines de la Badische-Aniline de Ludwigshafen, les cantonnements de la région de Longuyon.
Nos alliés britanniques ont fait quelques prisonniers au sud-ouest de Cambrai.
Activité de 1’artillerie allemande contre les positions ang1aises de la vallée de la Scarpe.
Les aviateurs anglais de la marine ont exécuté un raid de bombardement sur l’aérodrome ennemi de Varsenaere.
La Délégation autrichienne a voté la confiance au comte Czernin.
On sait maintenant qu’à la commission du Reichstag, les socialistes Scheidemann et Ledebour ont vivement attaqué le discours de Hertling.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Jeudi 13 septembre 1917

Louis Guédet

Jeudi 13 septembre 1917

1098ème et 1096ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Nuit calme, mais j’ai mal dormi. J’ai des cauchemars terribles, et réveillé je suis pris de frayeurs. Je suis brisé. J’ai peur de tomber malade. L’Éclaireur de l’Est de ce matin, en rappelant qu’à cette date il y a 3 ans les premiers bombardements ont commencé, mais que l’heure était proche que nous soyons bientôt à l’abri des canons ennemis ! Que Dieu l’entende et le fasse dire vrai, car je n’en puis plus ! Après une secousse comme celle de lundi, je ne puis guère résister, et puis je n’ai plus de confiance, plus de force. De plus je suis bien inquiet de mes 2 chers petits qui sont à Verdun. Je me sens au bout du rouleau. Je n’ai plus de courage, plus de force. Mon Dieu voulez-vous donc que je succombe, et que tout ce que j’ai souffert, passé depuis 3 ans ne servit à rien, et que j’ai perdu mon temps, ma santé, ma fortune, tout ce que je laisse, ma chère femme adorée et mes chers enfants sans ressources, sans secours, abandonnés de tout et de tous !… C’est dur, mais il est grand temps que cette vie pénible cesse pour moi. Je ne puis plus, je ne peux plus. Je me meurs. Vous n’avez donc pas pitié de moi mon Dieu, de ma détresse, de mes malheurs, de mes souffrances, et cela je l’ai fait par pur devoir, non pour moi, mais pour les autres, mes concitoyens et notre cité martyre ! (Rayé).

1h1/2 soir  Dans mon courrier je trouve une lettre d’un nommé Angrand (Achille), caporal fourrier 64ème Territorial, D. Infce, Cie H.R. secteur postal 205 (Achille Angrand, menuisier (1876-1961)), me couvrant d’injures parce que j’avais conseillé à Mme Wagener d’exiger de celui-ci et de sa femme, employée aux P.T.T. à Nevers, ses locataires, au moins un versement partiel des loyers en retard en échange qu’on lui laisserait enlever son mobilier qui est la garantie de la propriétaire. Quelle singulière mentalité. Il regrette même de ne pas être près de Reims, sans quoi il serait venu me parler et sans doute me régler mon compte !! Tout cela est fort triste et ne nous dit rien de bon pour l’avenir et l’après-guerre.

5h soir  Le ministère Painlevé est constitué sans socialiste, tant mieux. Ministre de la Justice Raoul Péret, ancien magistrat (Ancien avocat, député, sénateur, Homme d’État (1870-1942)). Sorti pour acheter le journal, rencontré Lelarge, causé en marchant jusque chez Michaud où nous nous sommes quittés, il a été fort aimable avec moi.

Rentré chez moi. Je suis bien fatigué et puis le moindre bruit m’impressionne. J’ai besoin de repos, et j’ai peur de tomber. Mon Dieu délivrez-nous ! Je n’en puis plus. J’ai peur de ma solitude. Je n’ai plus le courage, mon Dieu verrai-je des jours meilleurs ? Et puis nos 2 chers grands m’inquiètent beaucoup. Les revoir sains et saufs avec les autres petits, et ma chère femme, et…  ne plus jamais se quitter !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 13 – + 11°. Nuit tranquille à Reims. Visite du Père Decortes. Vi­site du Lieutenant de Jouvenel, venu de la 5′ Armée, annonçant la visite de 2 prêtres du Québec. Journée tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 13 septembre

Aucune action d’infanterie. Activité moyenne de l’artillerie sur la plus grande partie du front, plus marquée en Belgique et sur la rive droite de la Meuse.
Quatre avions allemands ont été abattus par nos pilotes. Dix autres appareils ennemis sont tombés dans leur ligne gravement endommagés. Nos avions de bombardement ont lancé de nombreux projectiles sur les gares de Roulers, Cortemark, Staden, le terrain d’aviation de Colmar, les gares de Conflans-Jarny, les usines militaires au sud-est de Sarrebourg.
Les Anglais ont développé leurs succès de détail près de Villeret et conquis 400 mètres de tranchées allemandes. Ils ont fait, en outre, des prisonniers. Ils ont ensuite repoussé successivement trois attaques. Ils ont réussi des coups de main au nord-est de Gueudecourt et au sud de Lombaertzyde.
Actions d’artillerie sur le front italien. Les Autrichiens ont subi un échec près du lac de Ledro et un autre sur le San Gabriele. Aux bouches du Timavo, leurs détachements d’assaut ont été mis en fuite.
En Albanie, succès franco-italien au sud-est de Berat.
En Macédoine, les Italiens rejettent un détachement ennemi. Canonnade dans la région de Monastir. Dans la région des lacs, nos troupes ont enlevé le village de Pogradec, et repoussé les Bulgares à 4 kilomètres de là.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

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