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Vendredi 26 octobre 1917

Paul Hess

26 octobre 1917 – A 13 h 1/2, visité intérieurement la cathédrale.

Huart, gardien de la cathédrale, qui a affaire périodique­ment dans notre bureau de la « comptabilité », et à qui les collègues avaient déjà manifesté le désir de voir l’intérieur de la cathédrale, nous avait donné rendez-vous aujourd’hui, à 13 h 1/2, pour nous ouvrir la porte et nous conduire.

Pour la troisième fois — car l’abbé Divoir m’y a fait entrer précédemment — je vois un spectacle navrant, absolument la­mentable.

A l’intérieur, aussi bien qu’à l’extérieur, tout l’édifice a consi­dérablement souffert des graves meurtrissures que lui ont fait, depuis plus de trois ans, les projectiles allemands — surtout en avril dernier, les gros calibres, 210 et 305.

Les voûtes sont crevées maintenant en huit ou dix endroits, le maître-autel a disparu sous un amoncellement de pierres, de débris de matériaux. La contemplation de tels ravages est profondément attristante.

Vu l’obus de 305 non éclaté après être tombé à droite de la grande nef et dévissé le 28 avril dernier par le chauffeur de la Recette municipale.

Ainsi qu’il a l’habitude de le faire sans doute, vis-à-vis des personnages qu’il est appelé à guider de temps en temps, M. Huart nous présente un registre portant les signatures de R. Poincaré ; Bernadine Machado ; Barthou ; Dr Langlet et de nombre de nota­bilités françaises et étrangères, sur lequel il nous invite à apposer les nôtres. Nous déclinons naturellement ce grand honneur, mais sur ses instances, nous nous exécutons, sur le haut du verso d’un feuillet.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Monsieur Huart, gardien de la cathédrale. Autochrome de Paul Castelnau (mars 1917)

L'intérieur de la cathédrale

L’intérieur de la cathédrale


Cardinal Luçon

Vendredi 26 – + 3°. Nuit tranquille à Reims. Canonnade violente à l’ouest, spécialement de 8 h. à 9 h. soir. A 4 h. 30, Via Crucis in Cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 26 octobre

Au nord de l’Aisne, la situation dans la section Braye-en-Laonnois-Chavignon est restée sans changement.
Sur le front Chavignon-mont des Singes, nos troupes accentuant leur progression ont atteint la ferme de Rozay. Le nombre des prisonniers faits depuis là veille dans cette région dépasse 500.
Vives actions d’artillerie dans la région Cerny-en-Laonnois, notamment dans le secteur des Vauxmairons. Nous avons dispersé une patrouille allemande qui tentait d’aborder nos lignes à l’est de Cerny.
Au cours de la journée du 24, vingt-cinq appareils ennemis ont été abattus par nos pilotes ou sont tombés désemparés dans leurs lignes. Des avions allemands ont lancé deux bombes sur Nancy : aucune victime.
A la suite d’une activité redoublée d’artillerie, les Allemands ont lancé une nouvelle contre-attaque puissante au sud de la forêt d’Houthulst. Ils ont été encore une fois repoussés par les Anglais. Les troupes de Glocester, de Worcester et de Berkshire ont exécuté avec succès des coups de main sur les positions adverses, entre Roeux et Gavrelle. Elles ont capturé une mitrailleuse.
Les Austro-Allemands n’ont réussi à prendre pied que sur une très faible partie de la première ligne italienne sur le front du Carso. Partout ailleurs, ils sont en échec. Nos alliés ont fait quelques centaines de prisonniers.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Jeudi 25 octobre 1917

Cardinal Luçon

Jeudi 25 – + 11°. Pluie ; tempête. Entre 4 h. et 5 h. matin, violente ca­nonnade au nord-ouest. Vers 6 h. 45, pendant la messe, chute d’une petite partie de la voûte de la Cathédrale, devant la chaire.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 25 octobre

La nuit a été généralement calme sur tout le front d’attaque, au nord de l’Aisne. L’ennemi n’a tenté aucune réaction d’infanterie et s’est borné à bombarder nos nouvelles lignes, notamment dans la région de Vaudesson. Le chiffre des prisonniers atteint 8.000 dont 160 officiers et les états-majors de trois régiments dont les colonels sont parmi eux. Deux divisions ennemies qui avaient été placées en réserve, ont été engagées et ont subi de fortes pertes. Dans le matériel capturé, il y a 70 canons.
Canonnade assez vive à l’est et à l’ouest de Cerny. Nos reconnaissances ont pénétré en plusieurs points dans les tranchées allemandes, ramenant des prisonniers.
En Champagne, nous avons réussi deux coups de main, à la butte de Tahure et à l’ouest d’Auberive.
Vives actions d’artillerie sur la rive droite de la Meuse. L’ennemi a été chassé d’un ouvrage de notre ligne avancée où il avait pu pénétrer.
Les Anglais ont repoussé une attaque allemande sur leurs positions en forêt d’Houthulst. Ils ont réussi un coup de main au sud-est de Gavrelle.
Les Austro-Allemands dessinent leur offensive sur le plateau de Bainsizza et la région du Rombon. Les Italiens, qui n’ont pas été surpris, résistent énergiquement à à cet assaut.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 29 août 1917

Paul Hess

29 août 1917 – Attaque allemande, le soir, vers 21 h 1/2, et bombardement. Dans la nuit, arrivée de deux obus sur la cathédrale.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 29 – Retour de Paris. A 9 h. 1/2, bombes allemandes, hic illuc, toute la nuit, à intervalles assez longs et irréguliers. La dernière vers 3 h., tout près de nous. Visite du Lieutenant de Ga

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 29 août

Un bombardement violent de nos lignes dans la région du plateau de Californie et de Chevreux a été arrêté par nos tirs d’artillerie. L’ennemi n’a pu prononcer aucune attaque.
Nous avons effectuer des incursions dans les tranchées allemandes de la butte de Souain et dispersé des reconnaissances ennemies au mont Muret et vers Arracourt. Nous avons fait des prisonniers.
Sur le front de Verdun, activité d’artillerie dans la région du bois d’Avocourt et dans le secteur du bois de Beaumont. Deux coups de main ennemi sur nos petits postes vers Vaux-les-Palamex, ont complètement échoué.
Les Anglais, à la suite d’un violent combat, ont avancé leur ligne sur un front d’environ 2000 mètres de part et d’autre de la route Saint-Julien à Poelcappelle. Ils se sont établis dans de nouveaux éléments de l’ancien système de troisième ligne allemande de ce secteur. L’ennemi a attaqué, à deux reprises, les positions britanniques du bois d’Inverness, sur la route d’Ypres à Menin. Il a été chaque fois repoussé, laissant des prisonniers.
La progression des Italiens sur le plateau de Bainsizza s’est poursuivie. Il apparaît de plus en plus que Cadorna fait une opération de grande envergure.
Les Russes ont reculé à l’est de Czernowitz.
La Chambre grecque, à l’unanimité, a accordé sa confiance à M. Venizelos.
Le Congrès de Moscou a tenu une seconde séance. Le général Kornilof a pris la parole et conseillé, avec la gravité de la situation, la nécessité de réorganiser l’armée. M. Tcheidze a parlé au nom du Soviet et M. Rodzianko au nom de la Douma.
On annonce que le pape ne complètera sa note par aucun document explicatif et que M. Wilson a répondu à la note.
M. Bryan, qui était jusqu’ici chef des pacifistes d’Amérique se prononce à son tour pour la guerre jusqu’à la décision victorieuse.
Un membre du ministère bulgare est arrivé à Zurich.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Jeudi 23 août 1917

Cardinal Luçon

Jeudi 23 – + 19°. Nuit tranquille sauf obus de 9 h. à 10 h. soir. Vers 3 h., violente et dure canonnade allemande, riposte très molle et peu fournie de l’artillerie française, pendant 15 ou 30 minutes. Deux obus ont atteint la Cathédrale de 3-4 h. J’ai vu la fumée d’un 305 qu’on venait de recueillir. Un autre obus a percé, en la traversant sans la faire écrouler, la voûte du transept nord.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 23 août

Sur le rive gauche de la Meuse, nous avons repoussé une violente contre-attaque allemande entre la cote 304 et le Mort-Homme. Quelques éléments ennemis qui avaient réussi à prendre pied dans notre nouvelle tranchée de première ligne en ont été rejetés par un brillant retour offensif de nos troupes qui nous ont donné 80 prisonniers. Nos reconnaissances ont poussé jusqu’aux abords du village de Forges.
Sur la rive droite, les tentatives ennemies au nord de la ferme de Mormont et à la cote 344 ont été repoussées.
Au nord du bois des Caurières, des attaques accompagnées de jets de liquides enflammés, n’ont pas eu de succès.
Le chiffre des prisonniers valides que nous avons fait atteint 6116, dont 174 officiers.
Des avions allemands ont jeté des bombes sur Geradmer.
Les troupes britanniques ont accompli une nouvelle progression aux abords de Lens.
Les Italiens ont porté à plus de 13000 le total de leurs prisonniers sur l’Isonzo.
Les Allemands dessinent une offensive dans la direction de Riga.
Les patrouilleurs anglais ont détruit un zeppelin dans la mer du Nord.
Dix avions allemands ont bombardé le littoral du comté de Kent, en faisant des victimes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 22 août 1917

Cerny-les-Bucy

Paul Hess

22 août 1917 – Bombardement en ville, à partir de 15 h 1/2.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 22 – Vers 9 h. à 10 h. soir : coups de canon, chute d’obus assez près ; éclats nombreux chez nous. Reste de la nuit tranquille, + 19°. A 11 h. bombes sur la ville, autour de la Cathédrale. Bombes à h. A 3 h.- 4 h. Visite du Colonel Du Lac, 295e (butte de tir Cemay(1)). Vers 9 à ll h. soir, obus allemands, sur la ville ? A 10 h. 1/2 un obus à Rœderer, au-dessus du lit de Sœur Germaine.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le 295′ est le régiment de réserve de Bourges. La « butte de tir» était celle de l’ancien champ de tir de la garnison aujourd’hui situé à proximité de la Faculté des Sciences, de l’autre côté de la voie ferrée Reims-Châlons.

Mercredi 22 août

Assez grande activité des deux artilleries dans la région au nord de Vauxaillon et sur les plateaux de Cerny et de Craonne.
En Champagne, nos tirs de destruction sur les organisations allemandes du secteur de Saint-Hilaire ont provoqué l’explosion de réservoirs à gaz : nos reconnaissances ont trouvé peu après les tranchées ennemies évacuées et pleines de cadavres.
Sur le front de Verdun, la bataille a continué sur plusieurs points et s’est déroulée partout à notre avantage. Sur la rive gauche, nos troupes ont enlevé la côte de l’Oie, que nous occupons en entier, ainsi que le village de Régnéville. Sur la rive droite, au cours d’un attaque brillamment conduite, nous avons conquis Samogneux et tout un système de tranchées fortifié qui relie ce village aux organisations de la côte 344. Les contre-attaques déclenchées par les Allemands ont été repoussées par nos feux. Nous avons fait de nouveaux prisonniers qui n’ont pu être encore dénombrés.
Dans les Vosges, un coup de main ennemi sur nos petits postes de l’Hartmannswillerkopf n’a pas donné de résultat.
Les Anglais ont continué leur encerclement de Lens à l’ouest et au nord-ouest.
Les Italiens ont porté à 10400 le nombre de leurs prisonniers sur le Carso.
Les Russo-Roumains, après avoir subi un recul en Moldavie, ont repris l’offensive et regagné du terrain.
Le chancelier allemand Michaëlis a fait une déclaration devant la commission principale du Reichstag. Il a rendu hommage à l’initiative du Saint-Siège, tout en réservant sa réponse sur le fond; il a avoué que l’accord initial n’est pas établi là-dessus entre l’Allemagne et ses alliés.
Mr Venizelos songe à constituer une haute Cour pour juger les hommes politiques qui ont trahi la cause grecque depuis 1914 et dont le Livre Blanc signale les actes déshonorants.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Cerny-les-Bucy

 

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Jeudi 14 juin 1917

Louis Guédet

Jeudi 14 juin 1917

1006ème et 1004ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Nuit assez agitée, combat violent vers 11h du soir, vers Cornillet, Mont-Haut. C’était un roulement continu. Quelques obus sifflant dans la nuit. Ce matin temps assez frais se couvrant, mais le baromètre remonte. Ce matin canonnade mais sur les batteries. Tout à l’heure à 11h nous allons ; Albert Benoist et moi, examiner les 17 dossiers d’appels (allocations militaires), sauvés de l’incendie de l’Hôtel de Ville. Tout ce que la sous-préfecture y avait laissé a été incendié, comme tout ce qui était à la Mairie. Je suis toujours aussi abattu. Je n’ai un peu de calme c’est quand je repose, je dors et encore les rêves, les cauchemars de tout ce que j’ai vu, passé depuis 34 mois, m’obsèdent et me font encore souffrir. Pas de repos, pas de relâche. Toujours l’obsession de cette vie agonisante, de ce martyre.

11h  Rentré de la Poste. Le courrier n’est pas encore arrivé. Causé avec Honoré à qui j’ai parlé de Triquenot. Il m’a dit que la fermeture de son restaurant venait de ce qu’il recevait la nuit dans une salle du fond des officiers hors des heures réglementaires, et qu’on l’avait dénoncé. Comme moi Honoré estime que la Place a été trop loin, qu’elle entende fermer ce restaurant à la troupe, d’accord, mais pas d’empêcher cet homme de tenir son commerce ouvert aux civils.

L’autorité militaire n’en n’a pas le droit. Du reste, il y a des jugements déjà qui ont jugé contre cet abus de force de la part de l’autorité militaire. Mais on n’en n’est plus à compter leurs gaffes et abus de pouvoirs. Je serais les Triquenot j’ouvrirais et je les attendrais. Attendons la fin de cette histoire qui peut devenir intéressante. Que (rayé).

Je lui ai aussi causé de son changement de service de pompier volontaire devenu simple sauveteur. C’est un conflit entre lui et Geoffroy, capitaine des pompiers, qui ayant fait un ordre du jour où félicitant ses hommes il leur disait qu’ils avaient vaincu durant tous ces derniers bombardements les incendies sans eau. Alors que cela parut dans 3 journaux de Paris, les allemands le lendemain concluant que nous étions sans eau, nous auraient arrosés de bombes incendiaires de belle façon. Honoré lui en fait l’observation comme agent secret de la police de l’Armée, il l’envoie coucher, et celui-ci fait les démarches nécessaires auprès de l’État-major d’Armée pour qu’on interdise cet ordre en réponse aux journaux de Paris, ce qui fut fait. 8 jours après, sous prétexte d’économies, Geoffroy dit à Honoré qu’il le rayait des cadres des pompiers de Reims. Alors le Maire le prit comme sauveteur. Il me disait que Geoffroy et Éloire avaient, depuis que Langlet avait donné un avis défavorable à la proposition du capitaine pour la Légion d’Honneur, fait à Paris démarches sur démarches pour raccrocher l’affaire. Il est d’avis que çà leur fait plutôt du mal que du bien, mon sentiment aussi. Honoré est intelligent (les deux ou trois mots suivants sont illisibles).

7h soir  Eté à la Poste à 2h, courrier fort chargé auquel j’ai répondu en partie. A 11h1/4 séance d’appel des allocations militaires avec Albert Benoist, 17 dossiers à examiner, dont 14 rejetés et 3 accordés. Ce n’est pas surprenant. Comme toujours les appelants sont pour la plupart des exploiteurs et des gens qui estiment qu’on leur doit l’allocation même quand ils avaient plus qu’il ne leur faut pour vivre. C’est dû, pour eux, et ils ne sortent pas de là. Bref on les dresse et on les remet dans le chemin du bon sens et de l’honnêteté.

Après lu mon courrier, reçu visite de Lutta, causé fort longtemps avec lui de M. Giraud (à vérifier), des affaires de la Maison de commerce des Mareschal, etc… Ensuite des événements, alors là, il ne dit plus rien, comme moi, il ne voit aucune issue, aucune solution. Je suis fatigué, du reste il fait très chaud, lourd même, et cela me déprime encore plus, physiquement et moralement. Mon Dieu, que c’est long, et atroce…

Comme nous causions des pillages et de la mentalité de nos officiers, Albert Benoist me racontait que l’autre jour en allant à Paris avec de Bruignac, un galonné avait trouvé le moyen de leur demander une place dans leur auto (ils ont toutes les audaces), et ensuite avaient fait route ensemble jusqu’à Paris. Alors notre galonné, comme un imbécile qu’il était, se mit à charger à fond contre Reims, les Rémois, leur attitude envers les Militaires galonnés, etc… Mais, comme on dit, il est tombé sur un Bec de gaz, sur de Bruignac qui ne s’est pas gêné pour le remiser et lui en servir autant et plus qu’il n’en voulait. Il parait qu’il rageait, car de Bruignac et Benoist ne se sont pas gênés pour lui servir des pillages autant qu’il pouvait en digérer. Celui-là y regardera à 2 fois maintenant pour demander une place dans une auto de…  Rémois !… Cela lui a coûté cher…  d’amour propre. Benoist en riait encore de bon cœur.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

14 juin 1917 – Dès le matin, des obus tombent auprès de la cathédrale.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 14 – + 15°. Nuit tranquille, sauf échanges de coups entre artille­ries adverses. Dès le matin canons français (et allemands ?). Bombes sif­flantes pendant mon action de grâces après ma messe : où ? Une bombe tombe sur la Cathédrale, fenêtre de la Chapelle du Saint-Sacrement.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


jeudi 14 juin

Action intermittente des deux artilleries en Belgique et dans la région de Craonne. Des tirs de destruction exécutés sur les organisations et les voies de communication de l’ennemi en quelques points du front ont été efficaces. Les Anglais récapitulent les gains qu’ils ont faits depuis le 6 juin: 7342 hommes et 145 officiers prisonniers, 47 canons capturés.

Les Belges ont subi un violent bombardement de leurs premières lignes depuis le redan du Passeur jusqu’à Boesinghe. Leur artillerie et leurs lance-bombes ont énergiquement riposté aux tirs ennemis. Journée calme, à part une canonnade sans grande intensité, dans le secteur d’Hetsas.

Sur le front de Macédoine, des attaques locales ennemies exécutées sur Dolozeli, dans la région du lac Doiran, ont été repoussées. Sur la rive droite du Vardar, canonnade intermittente.

Canonnade et fusillade dans la région de Monastir.

L’aviation britannique a bombardé les dépôts ennemis de Bogdani.

Les troupes françaises ont débarqué au Pirée et pris position au nord de cette ville; elles ont occupé Larissa, en Thessalie, après une collision avec les troupes grecques qui leur avaient tendu une embuscade. Constantin 1er est parti pour Tatoi.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 24 Avril 1917

Louis Guédet

Mardi 24 avril 1917

955ème et 953ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 matin  La nuit toujours mêmes combats et bombardement, pas très proche cependant. Beau temps, du soleil.

A 7h/ 7h1/2, au moment de me lever, bombardement tout proche par 2 à la fois. Je reste donc à la cave. J’y déjeune et je fais 2 lettres pour le remplacement d’une garde de scellés confiée à Colnart au n°39 de la rue Montoison, voisin de sa maison n°41, adressé à l’une Landréat et l’autre au commissaire central pour lui demander de me désigner un de ses agents en remplacement. Je suis à moitié engourdi, ne sachant que faire, ne pouvant sortir.

9h1/2  Le bombardement ne cesse pas. J’en suis tout frissonnant. Par quelles angoisses ne passe-t-on pas ? On s’attend à chaque sifflement, ou à chaque départ à être démoli ou touché. Nos tortures ne finiront donc jamais. Je crois cependant que nous avons suffisamment payé notre part, et ce serait bien le tour des autres à expier pour les autres. Et puis on ne voit pas la fin de cette situation, toutes les autres villes martyres sont dégagées et nous pas !! Ah ! nos État-majors auront été bien coupables…  criminels ! C’est à croire qu’ils ont désiré, voulu, la destruction de Reims. Car depuis 32 mois ils n’ont rien fait…  rien pour nous délivrer, tandis qu’ils sacrifiaient pour des gains inutiles nos hommes à profusion.

Ceux qui n’auront pas vécu durant quelques heures le bombardement ne sauront jamais les angoisses, les tortures où l’on passe. Avec le bombardement méthodique, mathématique qu’emploie le sadisme allemand pour mieux nous faire souffrir. On est là à attendre la prochaine bombe, et quand elle est passée, on attend l’autre en se demandant passera-t-elle plus loin, ou plus près ? Où tombera-t-elle ? Çà rapproche ! çà s’éloigne ! oui ! non ! Non !…  Oui !…  et cela pendant les 5 minutes d’intervalles que mettent les sauvages à nous envoyer leurs obus, et quand la dernière seconde approche, quel serrement de cœur ! quel brisement ! on suit la course impitoyable de l’aiguille de la montre ou du réveil qui, imperturbable, vous dit encore 30 – 20 – 15 – 10 – 5 – 2 – 1 seconde !!…  Et…  le coup part, l’obus siffle et tombe…  et cela à recommencer des heures et des heures !!…  Et l’on croit que nous n’avons pas assez souffert ?!!!…

Non ! vous tous qui n’y avez pas passé ! vous tous qui êtes indifférents à nos tortures, vous êtes biens, biens coupables !! Que Dieu vous préserve de vivre de pareils moments !

9h3/4  Cela continue toujours, de 5 en 5 minutes. Déjà presque 3 heures d’arrosage ! Et il fait si un beau soleil. Ce serait si bon de s’y chauffer, de vivre, de respirer un peu ! à ses rayons réconfortants, tandis qu’au contraire il nous faut rester dans la cave où il fait froid…  froid ! avec la Mort suspendue sur nos têtes !

11h  A 10h1/4 je me suis recouché sur mon lit. A 10h3/4 cela parait s’arrêter. Je vais remonter au jour, ce que je n’ai pas encore pu faire aujourd’hui !

4h1/4 soir  A 1h1/4 je sors pour aller au Palais prendre mon courrier et voir ce qu’il en est du bombardement de ce matin. Je ne tiens plus en place du reste. Cette vie de cave est trop énervante. Rue des Capucins, au commissariat, une bombe qui a démoli tous les derrières des maisons. M. Carret a été légèrement blessé à la tête et parait assez déprimé. Des bombes au Théâtre, Café du Palis, Lévy, Olza. Devant le parvis et le terrain de la prison 8 trous nouveaux énormes. Les 1er et 3ème clochetons de gauche aussitôt la tour nord, aux anges éployés sont démolis. Ils ont tiré carrément sur la Cathédrale, ce n’est pas niable. Pris mon courrier. 5ème ou 6ème déménagement de la Poste, qui demain s’installe à l’École Professionnelle rue Libergier. Quels froussards ! En tout cas ce sera plus près de chez moi, je ne m’en plains pas. En attendant un autre déménagement, ou la fuite éperdue ! Fait mon courrier dans la crypte. Touyard parle de se sauver aussi, çà va bien !! Je porte ma lettre place d’Erlon, 76, et rentre chez moi. Il fait un temps splendide et un soleil radieux plutôt chaud. Quel temps magnifique dont je ne puis jouir avec tranquillité !! Mon Dieu quand donc notre martyre finira-t-il ? Il est grand temps. Reçu lettre de Marie-Louise, finie par sa mère. Toujours aussi inquiète, il y a de quoi. Je ne sais plus que leur dire. Je suis remonté dans mon bureau pour écrire ces quelques lignes. Que c’est bon de travailler fenêtres ouvertes au grand jour. Mon Dieu ! faites donc que nous soyons délivrés bientôt !

8h1/2 soir  Le calme depuis 4h du soir. Je crois de plus en plus que notre fameuse offensive soit ratée et remise aux Calendes grecques !! C’est le sentiment unanime ici. Alors c’est à désespérer de tout et nos Généraux et État-majors sont tout justes bons pour nous piller, se saouler et faire ripaille. Dire que cela me surprend !!? Non, aucunement.

En remontant dans ma chambre tout à l’heure, je revoyais des objets que j’avais laissés là, et me souvenais de les avoir tenus, retenus, caressés presque, hésitant si je devais les prendre ou les laisser, lors de la panique et des heures terribles de la semaine de Pâques. On leur donne une âme à ces objets coutumiers, en prenant les uns et laissant les autres d’un regard caressant, on leur demande presque pardon de les laisser là, à la merci de la tourmente, de l’obus pulvérisateur ! de la tempête. Cela vous brise le cœur !! On sent que même les choses familières ont du…  cœur…  des âmes…  des choses qui vous sont attachées, et chéries. En ce moment, canonnade ordinaire, monotone, la canonnade du « statu quo ! » hélas.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

24 avril 1917 – Violent bombardement, à partir de 7 h. Il est toujours excessi­vement dangereux de se risquer dehors.

Encore des 305 sur la cathédrale ; ils y causent des dégâts de plus en plus considérables. Nouveaux entonnoirs sur le Parvis, dont les maisons sont disloquées.

Le théâtre, atteint près de la coupole, a été aussi fortement abîmé aujourd’hui.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 24 – + 6°. De 2 h. à 3 h., violentes canonnades françaises. De 7 h. matin à 11 h. 1/2, violent bombardement sur la ville, autour de nous ; Obus énormes tirés sur la Cathédrale, de 9 h. à 10 h. 15. La terre tremble : les maisons sont secouées à en crouler. Visite à la Cathédrale à 1 h. Elle est en ruines. Les voûtes sont écroulées en sept endroits. Le sanctuaire est rempli de décombres sous lesquels disparaît écrasé l’autel majeur.

Je me tenais sur le perron de la maison du côté de la Cathédrale. On disait que les Allemands voulaient abattre la tour nord…. je voulais voir. Quand j’entendais le coup de départ de l’obus à 15 ou 18 kilomètres au nord-est (vers Lavannes) j’avais quelques secondes, 7 ou 8, avant l’arrivée de l’obus : j’allais vite me mettre à l’abri dans le corridor où était mon lit ; là j’étais sûr que les obus destinés à la Cathédrale et dont le tir était parfai­tement réglé ne tomberaient pas sur notre maison qui est à environ 60 mè­tres de la Cathédrale. Je ne craignais donc que les éclats qui devaient entrer dans le corridor, par la porte vitrée, privée de verres et non close. Là j’at­tendais que la pluie d’éclats et de pierres fût… Le monstre accourait en rugissant, s’abattait sur la Cathédrale, la terre tremblait. Alors je retournais sur le perron. Je trouvais la Cathédrale enveloppée d’un nuage de fumée jaunâtre-verdâtre, couleur soufre. Le ciel était sans nuage ; le vent soufflait de l’ouest, emportait la fumée et je reconnaissais alors l’endroit où l’obus avait porté. Quand le coup de départ retentissait, je retournais dans mon abri, et là le dos courbé j’attendais la chute de l’engin. Le feu a… pendant une heure et un quart. C’est ainsi que j’ai pu par là être témoin oculaire du bombardement le plus violent de la Cathédrale, ce qui, après l’incendie, lui a fait le plus de mal.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 24 avril

En Belgique, l’ennemi a déclenché plusieurs attaques en divers points de notre front. Ces attaques ont été complètement repoussées par nos feux. Quelques fractions ennemies qui avaient réussi à pénétrer dans nos éléments avancés, en ont été rejetés immédiatement après un combat corps à corps. Les Allemands ont laissé des prisonniers entre nos mains.

Entre la Somme et l’Oise, nos batteries ont exécuté des tirs de destruction efficaces sur les organisations allemandes.

Entre l’Aisne et le chemin des Dames, nous avons réalisé quelques progrès au nord de Sancy.

La lutte d’artillerie a été particulièrement vive dans le secteur de la ferme Hurtebise.

Nos pilotes ont livré de nombreux combats aériens, abattant six avions ennemis. Un groupe de quatorze de nos avions a lancé 1740 kilos de projectiles sur des gares et des bivouacs de la vallée de l’Aisne.

Canonnade sur le front belge.

Les Anglais ont attaqué sur un large front, des deux côtés de la rivière Souchez. Les troupes ont progressé de façon satisfaisante. Nos alliés, au sud de la route Bapaume-Cambrai, ont pris une grande partie du bois d’Havrincourt.

En Macédoine, canonnade dans la région du lac Doiran et dans la boucle de la Cerna. Nous avons repoussé plusieurs attaques.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mardi 1 juin 1915

Paul Hess

Depuis le 26 mai, nous avons entendu chaque jour des sifflements, sauf au cours de la journée du dimanche 30, qui a été calme.

Aujourd’hui, des obus sont tombés vers 9 h et, après une accalmie, le bombardement a repris à 11 heures.

Le Courrier de la Champagne, donne ainsi, sans autres commentaires, quelques-uns des prix nouveaux pratiqués pour l’alimentation :

L’alimentation à Reims.

Voici pour les statisticiens futurs, un aperçu des prix des denrées alimentaires à Reims, à la fin du joli moi de mai 1915 (valeur à la livre)

  • Bœuf, bas morceaux pour le pot-au-feu : 1.50 F
  • Bœuf, morceaux de 2e choix : 0.80 F
  • Rumsteak et faux-filet : 4 F
  • Foie de veau : 2.50 F
  • Poitrine de mouton : 1.70 F
  • Porc frais : 1.80 F
  • Lard maigre : 1.60 F
  • Lapin : 1.80 F
  • Lentilles (le litre) : 1.20 F
  • Pois cassés, d° : 1.50 F

C’est la guerre, dira-t-on. Eh oui, c’est la guerre. Mais la plupart de ces articles n’en sont pas moins « chérots ». Demandez plutôt aux ménagères.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 1 juin – 9 h bombes. Plusieurs tombent autour et tout près de la cathédrale. j’en ai vu la fumée. Une ou deux l’ont touchée, une sur la tour nord.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Juliette Breyer

Mardi 1er Juin 1915. Encore un mois qui commence. Le finirons-nous encore avec les boches près de nous ? Ce que c’est long ! Nous avons reçu une lettre de Charlotte. Elle se fait tirer l’oreille pour écrire. Elle est allée à la Croix rouge et on lui a dit que vous n’étiez pas en Allemagne mais sans doute en Belgique ou dans les pays envahis. Ils essaient d’avoir des nouvelles mais c’est impossible. Il faudra sans doute attendre la fin de la guerre. Charlotte me dit de prendre courage. Bien sur s’il y en avait encore pour un mois ou deux, mais ça peut durer encore un an, plus peut-être. Pense donc mon Charles, si tu es vivant que dois-tu penser ? Je te vois loin, sans nouvelles du tout et les boches auprès de vous pour vous en dire de mauvaises.

La lettre m’a plutôt découragée. Si je n’avais pas mes petits … mais j’arrête car les idées noires me reprennent. Je te quitte et j’espère encore. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Renée Muller

Le 1er juin, à 4 h ½ du matin, partent les cyclistes et secrétaires, quelques heures plus tard revient Mr FRÈRE, il garde les appareils avec un nommé SALE nous avons la visite du … ?

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

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Mardi 1er juin

Une attaque allemande a été facilement repoussée par nos troupes à Notre-Dame-de-Lorette. Par ailleurs, nous avons réalisé quelques progrès dans la région; entre Souchez et Carency, nous avons fait 50 prisonniers, après nous être emparés du moulin Malon et des tranchées creusées entre ce moulin et la sucrerie de Souchez. Dans les alentours du « Labyrinthe », nous avons capturé 150 Allemands et organisé les positions conquises. Aux lisières du bois Le Prêtre, lutte d’artillerie.
Les Russes ont largement avancé sur la Doubissa, sur la Vistule supérieure et à l’est du San, particulièrement au nord-est de Przemysl. Ils ont pris plus de 15000 Austro-allemands au cours de la dernière quinzaine écoulée.
Le cabinet de Berlin a adressé sa réponse au gouvernement américain au sujet de la destruction du Lusitania. Cette réponse est évasive et dilatoire et provoque outre-Atlantique une vive irritation.
La Bulgarie semble à nouveau évoluer vers la Triple Entente, du moins à en juger par le ton général de sa presse.
Des dirigeables allemands ont paru au-dessus des côtes de Finlande.
Après une longue accalmie, les combats d’avant-postes ont repris entre Autrichiens et Serbes.

 

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