Vendredi 5 mars 1915

Paul Hess

Bombardement, dans la matinée et à midi.

Vers 14 h, reprise qui continue. À 14 h 5 et 15 h, l’hôtel de ville, sans doute visé depuis plusieurs jours, est atteint encore par deux obus qui endommagent fortement la toiture du bâtiment où se trouvent les services de la police, rue de Mars.

Deux obus, rue de la Prison, à 16 heures. Incendies ailleurs.

Le Courrier de la Champagne, annonce ainsi l’arrivée à Reims, d’un détachement de pompiers de Paris :

Les pompiers de Paris à Reims.

À la suite d’une demande du préfet de la Marne, le ministère de l’Intérieur s’est mis d’accord avec le quartier général et avec le préfet de police pour envoyer des pompiers de la ville de Paris à Reims. Les pompiers de Reims ont été, en effet, extrêmement surmenés tous ces jours-ci ; ils ont eu à éteindre vingt-huit incendies causés par le bombardement de l’ennemi.

D’ordre du ministre de l’Intérieur, le préfet de police a envoyé trente pompiers et deux pompes, qui sont arrivés à Reims et ont été mis immédiatement à la disposition de la municipalité.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 5 – Nuit tranquille. 9 h, bombes sur la ville. Le Courrier de la Champagne donne des détails intéressants sur les Ardennes pendant l’occupation.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 5 mars

Le bulletin français signale des combats de tranchées en Flandre et dans le Nord, – des engagements plus importants et toujours à notre avantage en Champagne et dans l’Argonne (Vauquois). Un officier aviateur français a été bombarder une gare très importante d’Allemagne, près de Donaueschingen.
La flottille des destroyers de Douvres a détruit un sous-marin allemand, le U-8, dont l’équipage a été d’ailleurs sauvé. Le U-8 était parmi les bâtiments-pirates qui torpillaient les navires de commerce en Manche.
Sur le front oriental, les régiments russes atteignent de nouveau la lisière de la Prusse, après avoir forcé les Allemands à un repli sur toutes leurs lignes. Ils ont repris Stanislaw, en Galicie, sur les Autrichiens. Le siège d’Ossowietz, que Hindenburg se flattait de prendre, traîne en longueur.
Les opérations des Dardanelles n’ont été jusqu’ici signalées par aucun accident pour les flottes alliées.
Le gouvernement grec comme s’il était à la veille de l’action, consulte l’état-major général sur les moyens dont il dispose. Le conseil de la Couronne est convoqué une seconde fois.
Deux croiseurs français ont bombardé des postes turcs sur la côte de Syrie.
La presse allemande attaque vivement le ministre de l’Agriculture, auquel elle reproche son imprévoyance. Les pommes de terre, après le blé, commencent à faire défaut.

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Jeudi 4 mars 1915

Paul Hess

Bombardement matin et après-midi, dans le voisinage de l’hôtel de ville.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 4 – Bombardements à 11 h. Un tué (dit-on)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
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Mercredi 3 mars 1915

Paul Hess

Nous apprenons, à la mairie, qu’un détachement de trente pompiers de Paris, commandé par un capitaine et mis à la disposition de la municipalité, est arrivé à Reims, dans la nuit.

– Vers 10 heures et demis, bombardement autour de l’hôtel de ville ; accalmie, puis reprise à 11 h 1/2. A midi et demie, c’est fini, – nous pouvons seulement quitter la mairie et lorsque je travers la place des marchés pour regagner la rue Bonhomme, je remarque avec étonnement, des enfants jouant déjà devant les halles. A la maison, Mme Martinet m’attendait avec inquiétude.

A 14 h, nouveaux sifflements.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mercredi 3 – Nuit tranquille sur la ville.

Visite du Général Rouquerol.
Visite du Docteur Coyon, de l’Ambulance Cama.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 3 mars

Une attaque ennemi est repoussée près d’Ypres: plusieurs autres sont refoulées dans le secteur de Reims. Entre Souain et Beauséjour, notre poussée s’accentue. Nous prenons pied au delà de la crête déjà occupée par nous: nous maintenons nos gains à Vauquois et progressons dans les Vosges près de Celles.
Les russes ont pris l’avantage sur deux points importants, au-delà de Prasznisch.

 

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Mardi 2 mars 1915

Paul Hess

Bombardement au cours de la journée, particulièrement violent sur le centre, de 16 h ½ à 18 h.

– Des travaux sont commencés pour la garantie du portail nord de la cathédrale.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Collection : Véronique Valette/Pierre Bourquin


Cardinal Luçon

Mardi 2 – Canons et bombes pendant le jour. À 9 heures rude canonnade ex utraque parte(1). À minuit ½, bombes très près. Descente au sous-sol (je couchais alors dans le corridor de mon bureau à la Cour d’entrée). Nuit terrible. Nombreux incendies importants : Maison de Bary, École du Carrouge etc. À 6 heures du soir, bombes énormes qui ne sifflent pas. Une d’elles tombe sur la maison dans la cheminée de la chambre d’Ephrem. Mort de Mgr Douais.

 Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) de tous côtés


Mardi 2 mars

Tempête de pluie et de neige sur différents points du front. Les opérations sont par suite ralenties. Nouveaux gains en Champagne, où une contre-attaque est repoussée au nord de Mesnil. Nous enlevons un Blockhaus près de Pont-à-Mousson, brisons une offensive à Sultzeren et maintenons toutes nos positions à Hartmansweilerkopf.
La flotte alliée poursuit ses opérations dans les Dardanelles.
L’armée russe a repris une seconde fois Prasznisch que les Allemands avaient réoccupée. Elle a progressé en Galicie orientale.

 

 

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Lundi 1 mars 1915

Louis Guédet

Lundi 1er mars 1915

170ème et 168ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Toute la nuit dernière, vent et tempête de pluie, journée très pénible, venteuse avec des éclaircies de soleil et des giboulées. Il fait vraiment froid. On entendait à peine le canon mais avec cette tempête ce n’est pas étonnant. Je suis toujours fort las et fort triste.

Vu M. Albert Benoist qui croit que nous serons enfin dégagés courant de ce mois !! Dire qu’il y a 6 mois que je traine cette vie misérable !! Et mon cher Jean et mes chers enfants il y a 7 mois qu’ils ont quitté cette maison ci. Et quand reviendront-ils ? Je n’ose l’espérer !! Oh quelle vie de martyr et de souffrance ! J’en tomberai malade !! à n’en pas douter.

Quelle horrible chose que cette vie de prisonnier emmuré dans cette Ville comme dans un tombeau !! Mon Dieu ! aurez-vous enfin pitié de moi, de nous ?!!

Le 2 mars 1915, vers 1 heure du matin, une bombe tombe sur la maison de Louis Guédet.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

La nuit dernière a été calme.

À partir de 17 ½ h, bombardement des différents quartiers de la ville et forte canonnade toute la soirée ?

Fatigué, je me suis couché tôt, ce jour, avec l’espoir de me reposer tout de même. À 22 h, les détonations de plus en plus violentes de nos pièces me réveillent ; je puis me rendormir, mais à minuit, de nombreux sifflements, suivis d’explosions tout près m’obligent à me lever et à retourner, comme il y a huit jours dans le sous-sol de la rue Bonhomme 10, auprès de Mme Beauchard et e son fils Henri. Peu de temps après, les deux voisines d’en face viennent se joindre à nous et ainsi, le groupe des cinq habitants de la rue qui avait passé, en cet endroit, la triste nuit du 21 au 22 février, y est réuni à nouveau, dans les mêmes circonstances.

On cause un peu ; de quoi causer, sinon de la terrible situation faite à Reims depuis le 13 septembre 1914 – sujet unique de conversation sous les obus, qui se termine invariablement là, comme au bureau ou ailleurs, par cette constatation ; voilà plus de cinq mois que nous vivons ainsi ! et par cette question à laquelle personne ne peut répondre : Quand cela finira-t-il ?

Nous sentons le froid à cette heure de la nuit, quoique nous soyons vêtus chaudement et la personne gardant la maison Burnod qui nous reçoit et en même temps nous sait gré d’être venus lui tenir compagnie, prépare le feu tandis que les obus tombent sans arrêt et par instants autour de nous : rues des Marmouzets, de Luxembourg, Legendre, rue Eugène-Desteuque. Quel fracas d’explosions !

Nous craignons que ce ne soient encore des obus incendiaires et nos appréhensions paraissent justifiées lorsque, vers 1 heure, nous entendons un homme courir dans la rue Cérès, en criant : « Au feu ! ». Ses appels restent sans aucun écho. Inquiet cependant, je remonte une demi-heure plus tard avec l’intention d’aller, si possible, entre les sifflements, jeter un coup d’œil rapide aussi bien dans la rue qu’à ses deux extrémités.

D’un côté, sur la rue Cérès, je remarque un important incendie à proximité de la place royale et de l’autre, sur la rue Courmeaux, je vois un immeuble en flammes, dans le haut et à gauche de cette rue ; personne devant la maison qui brûle dans toute sa hauteur. En tournant la tête vers les halles, j’aperçois encore, avec une forte lueur, des flammèches, des étincelles voltigeant par là et provenant de la rue Saint-Crépin.

Le bombardement continue toujours très serré sur le centre et, d’un côté, doit être mené bien près de la ville, car on entend parfaitement des doubles coups de départs suivis immédiatement des sifflements et des arrivées. D’autres projectiles viennent aussi d’endroits plus éloignés, ainsi que l’indiquent les détonations plus sourdes des pièces et la durée des sifflements.

Il est environ 2 h, lorsque je remonte une seconde fois pour retourner à chaque bout de la rue Bonhomme ; d’autres incendies assez proches et très intenses se sont encore déclarés dans le quartier.

À 2 h ½, le tir qui a été aussi angoissant qu’au cours de la nuit du 21 au 22 février, mais a duré seulement moins longtemps, commence à se ralentir. Depuis un moment, notre artillerie riposte ferme et dans le vacarme de ce duel au canon, se mélangent des coups de fusil.

Tout d’un coup, nous entendons du bruit aux environs ; ce sont les pompiers qui arrivent dans la rue Courmeaux. Du sous-sol, par les bribes de conversation qui nous parviennent, nous pouvons suivre les préparatifs de leur manœuvre ; ils développent leurs tuyaux. Je reconnais la voix flûtée de Marcelot, le chef-fontainier du Service des eaux de la ville ; il les a accompagnés et leur donne des indications pour trouver les prises d’eau. Vers 3 h, on n’entend plus que quelques détonations de nos pièces.

Je quitte alors la maison n°10 mais, avant de rentrer au 8, je tiens à connaître exactement les emplacements des incendies des alentours.

Descendant la rue Cérès, je vois flamber entièrement le café Louis XV, n° 5 de cette rue, puis, guidé par les lueurs, le deux maisons n° 33 et 35 de la rue Eugène Desteuque ; plus loin, une dépendance de la maison Philippe, rue Ponsardin 7, est également en feu. Revenant sur la rue Cérès, j’entends, de là, les crépitements d’autres sinistres et montant vers l’Esplanade, lorsque j’ai tourné à gauche, pour rentrer par la rue Courmeaux, je m’aperçois que ce sont les deux coins de cette rue et du boulevard Lundy, c’est-à-dire, d’un côté, l’école communale de filles sise rue Courmeaux 46 et de l’autre, l’hôtel Raoul de Bary, 3 boulevard Lundy, qui sont absolument en plein feu. Quelques pompiers – cinq ou six – sont sur place, avec deux ou trois curieux sortis comme moi. Je ne m’attarde pas ; regarder brûler ici ou là, c’est tout ce que l’on peut faire. Filant entre ces deux incendies dévorants, je passe devant la maison 47, rue Courmeaux que j’avais remarquée quand j’étais remonté pour la première fois du sous-sol ; elle achève de se consumer tandis qu’un pompier l’arrose – et je vais me coucher.
Vers 4 heures, nos pièces reprennent leur tir, qui se continue jusqu’à 5 h. Décidément, la nuit sera blanche ; ce n’est pas la peine d’essayer de dormir.

À 6 heures, je suis debout et repars pour une tournée d’un rayon plus étendu, en direction des endroits où s’annoncent d’autres foyers. L’importante imprimerie Matot-Braine, 6 et 8 rue du Cadran-Saint-Pierre, brûle à cette heure sue toute son étendue, jusque dans l’impasse Saint-Pierre ; il en est de même de l’école voisine, de la rue du Carrouge 7 bis, en feu de haut en bas. De l’autre côté, tout près, le grand magasin de vêtements « À la Ville d’Elbeuf » 19, rue de l’Arbalète est aussi entièrement en flammes, – enfin, prenant la rue de Pouilly, j’arrive sur la place de l’hôtel de ville pour voir brûler encore la maison Fournier, 2 rue de Mars.

Surpris alors en apercevant, de cet endroit, un incendie vers la rue du Cloître, je me dirige en hâte par-là, craignant que l’immeuble de mon beau-frère ait été atteint à nouveau, comme le 21 février. C’est le fond de la maison Bonnefoy, n° 7 de la rue, communiquant avec le n° 8 de la rue de l’Université, qui se consume. En revenant sur la place Royale, l’odeur particulière dégagée par les obus incendiaires m’arrête à l’angle de la rue du Cloître, car elle indique bien qu’il a dû en tomber encore à proximité ; en effet, un voisin me dit avoir contribué à éteindre le commencement d’incendie qui s’était déclaré au-dessus du bureau de la maison de déménagement Poulingue, au n°4 de la place. Il paraît que la maison Walbaum, 38 rue des Moissons aurait été incendiée aussi ; c’est trop loin, le temps dont je dispose ne me permet pas de porter jusque-là ma curiosité.

En passant devant la maison Genot & Chomer, du côté de l’ancien hôtel de la Douane faisant angle avec la rue de l’Université, je remarque qu’un obus a fait tomber de la corniche de l’immeuble une pierre de taille de très fortes proportions. Par son poids, elle s’est encastrée de la moitié de sa hauteur dans les pavés du trottoir ; enfin, en arrivant à l’hôtel de ville, je vois le trou formé dans le macadam de la cour – ainsi qu’il y a huit jours – par un nouvel obus incendiaire.

En somme, terrible nuit, au cours de laquelle notre ville est les Rémois ont dû supporter une recrudescence de la rage furieuse de l’ennemi.

Le feu, cette fois, a fait des ravages considérables. Il y a encore des victimes, c’est fatal, car si les habitants peuvent à la rigueur essayer, dans certains cas, de préserver leur maison de l’incendie, ils sont malheureusement tous – malgré les précautions – à la merci de l’obus aveugle qui sème la mort à tort et à travers.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Lundi 1er – Malade – Aéroplanes, canons, bombes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi ler mars

L’artillerie belge démolit deux ouvrages ennemis près de Dixmude, tandis que l’infanterie belge progresse sur la rive droite de l’Yser; nous arrêtons une attaque près d’Albert.
L’ennemi se venge de ses défaites en lançant 60 obus sur Reims et 200 sur Soissons.
Nos progrès sont importants en Champagne, dans les régions de Perthes et de Beauséjour : ouvrages enlevés, contre-attaques brisées, plus de 2000 mètres de tranchées occupés: plus de 1000 Allemands capturés; combat d’artillerie sur les Hauts-de-Meuse. En Argonne, succès sérieux; nous prenons 300 mètres de tranchées à l’ouest de Boureuilles et notre infanterie s’installe sur le plateau de Vauquois.
L’offensive russe se déploie victorieusement sur le front de Pologne. Nos alliés ont réoccupé Prasznisch, en infligeant d’énormes pertes aux troupes de Hindenburg.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 28 février 1915

Abbé Rémi Thinot

28 FEVRlER – dimanche –

Je dis la messe ce matin et je parle sur la Prière, dans le Pavillon, à Nantivet.

Pendant le déjeuner, 3, puis 2, puis 2 obus arrivent… tout près de nos cagnas. Effarement ; effroi ! C’est la saucisse qui avait repéré le 83ème et le 14ème se rendant au repos à La Cheppe, et passant par Nantivet… pour éviter la route bombardée.

Un obus est tombé dans le parc vers les tracteurs ; d’autres dans la pièce d’eau et au bord, tuant pas mal de poissons.

J’y cours, demandant s’il y a des blessés… Non, aucun. Je veux rapporter à la formation des poissons tués… Ziii Pan ! à un mètre de moi, accroupi contre l’arbre, un « 210 » arrive. Je suis couvert de terre, enveloppé de fumée ; je me retire en bon ordre…

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Dimanche 28 février 1915

169ème et 167ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Dimanche triste et monotone. Vers 2h je suis allé jusqu’à St Remi par la rue Chanzy et la rue Gambetta, et revenu par la rue Ponsardin, le boulevard de la Paix et les ruines du quartier Cérès, et la rue de l’Université. Vu le curé de St Remi, M. Goblet.  J’ai causé avec lui quelques temps, nous sommes aussi tristes l’un que l’autre ! Il me confirmait ce que je venais de constater, c’est que son quartier avait beaucoup moins souffert que le nôtre et le centre de la Ville. Que j suis las ! Rentré à 5h1/2 j’ai écrit un mot à ma pauvre femme. Je n’ai le cœur à rien. Je vais porter ma lettre et puis l’heure vient de tâcher de manger et…  de…  dormir s’il plait aux Vandales ! Que je suis triste et découragé…  Mon Dieu ! Quand ferez-vous cesser mon martyr ! Quand donc reverrai-je les miens, mes miens tous ici. Enfin réunis pour toujours…  Oh ! que je souffre !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Sauf canonnade de notre artillerie, nuit calme ; pas de sifflements.
Dans la matinée, quelques obus. Aéros. En somme journée assez tranquille

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 28 – Malade. Canon et bombes, aéroplanes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Dimanche 28 février

Près de Lombaertzyde, En Flandre, une de nos patrouilles enlève une tranchée dont elle tue les occupants, et où elle prend une mitrailleuse. En Champagne, nous avons occupé 500 mètres de tranchées ennemies et refoulé de nuit une violente contre-attaque. A Malancourt, les Allemands ont jeté du pétrole enflammé dans une de nos tranchées, mais quand ils ont essayé de s’en emparer, ils ont été arrêtés net avec de fortes pertes. Sur les Hauts-de-Meuse, notre artillerie a détruit des pièces, des caissons et des dépôts de munitions, anéanti un détachement et tout un campement. En Lorraine, près de la forêt de Parroy, nous avons brisé une offensive. Nos avions ont jeté des bombes sur les casernes de Metz. Nos trois cuirassés Suffren, Gaulois et Charlemagne ont pris une part active à la destruction des forts de l’entrée des Dardanelles : cette opération a été achevée par les troupes de débarquement.

 

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Samedi 27 février 1915

Abbé Rémi Thinot

27 FEVRlER – samedi –

Suis allé déjeuner avec le colonel Perié d’Hauterive[1], du 83ème, dans la tranchée, au poste de commandement. Le lieutenant Deltheil, commandant une section de mitrailleuses, m’a conduit après déjeuner faire un grand tour dans les tranchées, au-delà de la Corne du Bois, près de Perthes.

J’ai assisté, de là, à une attaque de la 33ème division, ou plutôt aux rafales d’artillerie qui la préparait. C’était atroce ; la suie des percutants se mêlait à la neige et au chrome des fusants. Un tourbillon de fumées bouillonnantes, puis enchevêtrées, puis échevelées… dans lequel des flammes éclataient…

Des cadavres partout. Et vraiment beaucoup de négligence dans leur ensevelissement…

Les tranchées, dans ces régions, ont été recreusées jusqu’à 2 et 3 fois, l’artillerie ayant soulevé des chaos véritables. On croirait à un tremblement de terre ! Perthes est une ruine.

[1] Colonel Perier d’Hauterive qui a remplacé le Colonel BRETON, est chargé de diriger les attaques de son Régiment sur les tranchées du bois 211.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Samedi 27 février 1915

168ème et 166ème jours de bataille et de bombardement

7h1/2 soir  Journée grise, morose. Bombardement à 6h du matin. Terminé à cet instant la requête Louis de Bary, notoriété Cama, correspondance et la journée s’est terminée ainsi, on est découragé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit assez calme, en ce qui concerne le bombardement. Canonnade de notre part.

– Vu l’imprimerie de l’Éclaireur de l’Est, démolie en partie par un nouvel obus, dans la journée d’hier.

Aujourd’hui, le bombardement a recommencé comme ces jours derniers.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 27 – Malade ; amélioration légère.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 27 février

Progrès de l’armée belge, près de Nieuport et de l’armée britannique, près de la Bassée. Dans la vallée de l’Aisne, nous réduisons au silence l’artillerie allemande. En Champagne, nous accentuons notre avance dans la région de Perthes, le Mesnil, Tahure, jusqu’à la crête des Hauteurs; dans la vallée de la Meuse, nous détruisons des rassemblements ennemis. Dans la forêt d’Apremont, les Allemands sont chassés de plusieurs de leurs abris.
Les Russes accusent des succès à Bolimow, à l’ouest de Varovie et dans les Carpates et reprennent l’offensive en Bukovine.
Quatre forts de l’entrée des Dardanenelles sont détruits.
Trois taubes out été abattus par nos soldats, l’un à Noeux-les-Mines, le second à Lunéville, le troisième à Largitzen près de la frontière Suisse. Un zeppelin a été détruit à Pola.

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Réfugiée à Epernay

ob_dd8317_amicarte51-100Épernay, le 26 février 1915
Mademoiselle,
le bombardement du 21 m’a forcé de quitter Reims.
Je suis réfugiée à Épernay avec ma famille depuis le 24.
Je vous écrirai une plus longue lettre ces jours-ci.
Mes respects à votre famille
.
(signature illisible)

Encore un courrier expédié d’Épernay… par une personne ayant fui Reims bombardée, et certainement hébergée dans de la famille.
Un courrier un peu court pour en dire plus, Épernay reste effectivement une ville relativement tranquille et préservée.

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En revanche, ces bombardements du 21 février sont restés tristement célèbres, comme on peut le lire dans le Matot-Braine de 1915-1917.
Reims. – La nuit du 21 au 22 février marquera dans les annales de notre cité et pourra s’appeler la Nuit terrible. De 9 heures du soir à 2 heures et demie du matin, ce fut une averse ininterrompue d’obus et de bombes incendiaires sur le 4e canton.
Nombre de maisons ne sont plus que des ruines. Incendies Esplanade Cérès, rue Pluche, rue Saint-Crépin, rue du Grenier-à-Sel, Place des Marchés, derrière les Halles; impasse Saint-Jacques.
Effondrements place Drouet-d’Erlon, rues Caqué, des Poissonnuers, Cérès, Clovis, Andrieux, rues de Vesles, Gambetta (en face de l’église Saint-Maurice), rues Pasteur et du Carrouge, etc.
La librairie catholique d’Armand Lefèvre, rue du Clou-dans-le-Fer, est aussi incendiée. La cathédrale a également souffert, sa voûte intérieure qui avait résisté jusqu’ici est crevée.
On compte une vingtaine de tués parmi la population civile et de n
ombreux blessés.

On ne peut que le constater, une bien triste hécatombe.

Quant à la carte envoyée, elle représente le Temple protestant, au 13 du boulevard Lundy (orthographié Lundi sur la carte) à Reims, qui lui non plus, n’a pas été épargné, et bombardé le 19 septembre 1914.
Un nouveau Temple protestant a été reconstruit en lieu et place, par l’architecte Ch. Letrosne à partir de 1921, et consacré le 24 juin 1923.

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Le Temple Protestant, avant 1914… et le Temple reconstruit en 1921.

Petite étrangeté cependant, une vignette de la Grande Semaine d’Aviation de la Champagne en juillet 1910 a été collée sur le recto de la carte postale… ??? pour décorer ?

Ci-dessous quelques cartes des destructions, suite aux bombardements de Reims du 21 février 1915.

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Vendredi 26 février 1915

Abbé Rémi Thinot

26 FEVRIER – vendredi –

Je suis monté à « 204 », puis à liaison Forestière. Il y avait attaque sur le Pan Coupé. Terrible !

Le 101ème [1], du 4ème Corps, a horriblement « trinqué » J’ai vu bien des blessés.

Rencontré M. D… qui, farceur à froid, me rappelle quelques-uns des commandements de la vie militaire ;

1°) ne jamais faire le jour-même, ce qu’on peut faire faire le lendemain par un autre.
2°) avant d’exécuter un ordre, attendre le contre-ordre
3°) s’en foutre et rendre compte
4°) ne jamais chercher à comprendre etc.. etc..

Le pis est que… c’est souvent d’application pratique, ce décalogue.

Et le service de santé ; Mon Dieu, que c’est lamentable.. !

[1] 101e RI 13e brigade, 7e division d’infanterie4e corps d’armée.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Vendredi 26 février 1915

167ème et 165ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Nuit précédente calme, journée brouillard le matin jusque neuf heures et soleil ensuite, froid, canon, quantité d’avions sillonnant l’azur. Obus de-ci de-là. 2 place des Marchés, 1 chez Collomb rue du Carrouge près de Galeries Rémoises et un peu à droite et à gauche. Cette soirée ci il y a un clair de lune merveilleux. Il fait froid. Si seulement on était délivré, dégagé sans encombre !! Je n’ose plus rien espérer…  plus rien supposer.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Bombardement toute la journée ; l’après-midi sur le centre : cathédrale, place des Marchés, rue du Marc, etc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 26 – Malade. Quelques bombes, dont 2 sur la cathédrale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Vendredi 26 février

Près de Lombaertzyde nous démolissons un blockhaus, des observatoires et une batterie ennemie. En Champagne, nous maintenons nos progrès acquis et même les développons. Toutes les contre-attaques allemandes sont repoussées.
Nous lançons 60 bombes, très efficacement, sur des trains et sur des rassemblements; nous prenons un ouvrage au nord de Mesnil, décimons une colonne en marche près de Tahure et éteignons le feu d’une batterie en faisant sauter plusieurs caissons.
En Argonne, deux coutre-attaques ennemies qui essayaient de déboucher à Marie-Thérèse ont été brisées net, et nous détruisons un blockhaus au ruisseau des Meurissons, près du Four-de-Paris.
La lutte se poursuit avec une extrême âpreté, mais sans qu’une décision soit encore intervenue sur les routes qui conduisent de la Prusse orientale à la Pologne, entre Allemands et Russes.

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Jeudi 25 février 1915

Louis Guédet

Jeudi 25 février 1915

166ème et 164ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Nuit assez tranquille. Belle journée, soleil, mais froide. Le canon a tonné presque toute la journée, les allemands ont continuellement envoyé des obus à longs intervalles. Journée triste, longue, déprimante. Tout le monde est las. Et aucun espoir de voir la fin de notre triste situation.

Le matin de 9h1/2 à 11h j’ai présidé la commission d’allocation aux femmes et enfants de mobilisés pour le 2ème et 3ème canton. Qu’il y a des gens malhonnêtes !! Qui ne reculent devant rien pour obtenir ces secours et ne pas travailler. Je suis bien las de ma vie. Voilà le beau temps et nous n’allons pas de l’avant : nous ne sommes donc pas assez forts ?!! Quelle vie angoissante. Voilà 6 mois que je suis entre la vie et la mort. Je n’y résisterai pas. Ma pauvre femme, mes pauvres enfants, mon pauvre Père !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Le Courrier de la Champagne, qui n’a pas dû paraître les 23 et 24, donne en tête de son numéro d’aujourd’hui 25 cet avis :

À nos lecteurs.

À la suite de l’accident survenu à notre machine et en attendant qu’elle fût réparée, nous avions organisé le tirage du journal dans nos ateliers du boulevard déjà éprouvés par le bombardement.

Or, dimanche soir, vers neuf heures, au moment où l’on procédait au tirage du numéro de lundi, une « marmite » est tombée sur la machine même où on l’effectuait. Par miracle, nos ouvriers ont pu s’échapper indemnes ; il nous a fallu attendre, de ce fait, que nous puissions remarcher à la Haubette.

Nous tenons à la disposition de nos lecteurs des numéros de lundi 22 février

– Dans les communiqués publiés par le même journal, nous lisons, à propos du terrible bombardement de la nuit du 21 au 22 :

Paris, 23 février – 7 heures

… L’ennemi a bombardé Reims violemment dans la nuit du 21 au 22 et dans la journée du 22. Ce bombardement a fait d’assez nombreuses victimes, auxquelles les Allemands ont fait payer ainsi leurs échecs de ces derniers jours…

Paris, 23 février – 20 heures

…Le bombardement de Reims, signalé hier soir a été extrêmement violent ; il a duré une première fois six heures, une seconde fois cinq heures. Quinze cents obus ont été lancés sur tous les quartiers de la ville ; ce qui reste de la cathédrale, particulièrement visée, a gravement souffert – la voûte intérieure qui avait résisté jusqu’ici a été crevée. Une vingtaine de maisons ont été incendiées ; vingt personnes appartenant à la population civile ont été tuées…

Ainsi, les Allemands ont voulu se venger sur nous d’échecs subis sur le front. Nous ne pouvions qu’émettre timidement cette supposition et nous ne nous trompions malheureusement pas. Leurs revers ont dû être cuisants, à en juger par la manière atrocement vandalique avec laquelle ils nous ont si furieusement bombardés et ceci ne serait guère rassurant pour l’avenir, à moins que nos attaques, en vue de l’élargissement des opérations, n’arrivent enfin à permettre l’effort considérable que nécessite maintenant la libération de notre ville dévastée ? Les vœux de la population à ce sujet, sont plus ardents que jamais : voir l’ennemi contraint de reculer et de s’enfuir des hauteurs d’où il nous domine et peut à l’aise nous massacrer ! Quand cela se réalisera-t-il ?

– Aujourd’hui, le bombardement a été violent dès le matin, plus espacé pendant le reste de la journée.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Angle rue de Cernay et rue Croix St-Marc

Angle rue de Cernay et rue Croix St-Marc


Cardinal Luçon

Jeudi 25 – Canons et bombes. Nuit de très grandes souffrances, à 2 h ½ piqûre de morphine, soulagement. C’était une atonie de l’intestin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Eugène Chausson

25/2 Jeudi – Beau temps après une nuit comme celle de dimanche à lundi, nous quittons Reims, sans en être désolés car il n’était plus possible d’y vivre.

À 8h du matin malgré une très vive canonnade et bombardement intense, nous partons en voiture pour la gare de Bezannes avec nos laissez-passer gratis jusqu’à Paris. Après 1 h ¼ d’attente et dans les bombes d’aéros qui viennent jusqu’à la gare, nous prenons le CBR jusqu’à Dormans et de là, nous prenons la grande ligne jusqu’à Paris où nous arrivons à 7 h du soir. Nous nous rendons au Grand Hôtel de la gare de l’Est, faubourg Saint-Martin 170, près de la gare où pour 10 F nous avons passé la nuit dans une chambre à 2 lits et une à 1 lit. Là, au moins, nous avons pu dormir tranquille sans entendre comme d’habitude : LE CANON.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


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Reims 14-18… Dimanche, 8 incendies et lundi 3 !

Reims 14-18... Dimanche, 8 incendies et lundi 3 ! Voici un nouveau témoignage, un instant de vie, de cette vie si précieuse en ces jours sombres…
…on donne des nouvelles, et on s’enquiert de la santé des proches.

Épernay, le 24 février 1915
Cher frère et sœur
Il y a bien longtemps que nous avons reçu de vos nouvelles, est-ce que vous êtes toujours en bonne santé ?
Tant qu’à nous, ça va pour le moment.
Je vous dirais qu’en ce moment, il y a un rude mouvement de troupes ici, la gare est consignée, ce sont des troupes du Nord et du Pas-de-Calais qui arrivent, remplacées par des anglais.
Reims a été bombardée avec une intensité effroyable ces jours-ci.
Dimanche, il y a eu 8 incendies et lundi 3.
M. Terlin du tramway a été blessé grièvement par une bombe.
A bientôt de vos nouvelles, je vous embrasse bien fort pou
r papa et maman.
Marcel.

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Témoignage civil des horreurs de la guerre, et du pilonnage incessant dont la ville et ses habitants ont été les victimes durant la Grande Guerre.
La carte envoyée nous montre les décombres de la Maison Benoît et Boucher à l’angle des rues Courmeaux et du Petit-Arsenal.
Même si tout paraît calme et tranquille dans cette vue des ruines rémoises, il faut imaginer ces longues heures de bombardements, et les incendies qui s’en suivaient !
Comme on peut le constater sur une photo d’aujourd’hui, tout a été reconstruit, ou presque, on aperçoit à l’arrière-plan, dans la Rue du Petit-Arsenal, une maison dont la façade semble avoir été épargnée.

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Mercredi 24 février 1915

Louis Guédet

Mercredi 24 février 1915

165ème et 163ème jours de bataille et de bombardement

11h1/2  Temps splendide. Nos canons ont cette nuit à nouveau tonné, canonné d’une façon terrible et précipitée. Je suis allé au 23 ter (Imprimerie Bienaimé) route de Paris prêter serment comme suppléant de la justice de Paix du 3ème canton de Reims. A 10h1/2 tout était terminé.

Vu notre Président Hù, charmant avec moi ainsi que les autres juges, M. Bouvier, Texier, de Cardaillac, qui m’a dit qu’il m’avait signalé aussi au Procureur Général pour une conduite depuis 6 mois, il m’a dit que une citation à l’ordre du jour ne pouvait faire de doutes.

Le brave Président tient toujours à son dada que tous, fonctionnaires publics, officiers ministériels, juges, etc… n’étaient pas obligés de rester à son Poste ici, étant sur la ligne de bataille, et que tout ce que les tués disent au vivant que le temps de paix !! Je l’ai écouté car il n’y a plus qu’à tirer l’échelle après celle-là !

Et franchement ceux qui restent passent bel et bien pour des imbéciles pour ceux qui ont peur, les lâches et les froussards.

C’est triste si ce n’était Honteux.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

une très forte explosion se fait entendre tout près.
La nuit a été relativement calme, mais dans la matinée, les obus ont recommencé à siffler.

– À midi et demie, tandis que nous sommes à causer tranquillement, Mme Martinet et moi, rue Bonhomme 8, une très forte explosion se fait entendre tout près ; nous ne savons à quoi l’attribuer, elle a été soudaine et nous n’avons perçu aucun sifflement. Tout en me précipitant dehors, je pense à un Taube – il en est passé un aujourd’hui qui a lancé plusieurs bombes – mais dans la rue, je trouve le caporal de chasseurs à pied, chauffeur à la Recettes des Finances (sise rue Notre-Dame-de-l’Épine), en train d’examiner le trou que vient de faire un shrapnell de 77, tombé à l’entrée de la rue du Petit-Arsenal, contre la bordure du trottoir contournant la maison n°15 de la rue Bonhomme ; un gamin accouru aussi, emporte déjà le culot à peine refroidi.

Je rentre avec une douzaine de balles en plomb provenant de cet obus tiré probablement sur un de nos avions et éclaté seulement au contact du pavé et puis continue, avec Mme Martinet, notre conversation – si subitement interrompue – que nous ne pouvons nous empêcher d’en rire franchement.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 24 – Malade ; le soir, à 9h ½. Nuit de souffrances.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Eugène Chausson

24/Mercredi

Gelée et temps très clair, aussi, dès le matin de nombreux aéros circulent sur la ville, principalement des Allemands on leur fait la guerre à coups de canon spéciaux. Violente canonnade et bombardement quand j’écris ces lignes à 9h du soir, c’est pas encore fini. Ça a duré tout l’après-midi et toute la nuit. Nous n’avons pas lieu de regretter d’avoir demandé des laissez-passer pour quitter cette infernale situation. Aussi, le soir, nos laisser-passer arrivent et nous partons le lendemain matin à la gare de Bezannes et de là sur Paris.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


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Exemple de laissez-passer


Mercredi 24 février

Deux attaques d’infanterie allemande, préparées à Lombaertzyde, ont été prises sous notre feu et n’ont pu déboucher.
Le bombardement de Reims a été très violent. Il a duré en tout onze heures; 1500 obus ont été lancés; les restes de la cathédrale ont gravement souffert; une vingtaine de maisons ont été incendiées; vingt personnes ont péri.
A l’est de Reims, le combat se poursuit dans de bonnes conditions. Nous avons enlevé de nouvelles tranchées près de Beauséjour. A Drillancourt, au nord-ouest de Verdun, nous avons fait sauter des caissons ennemis. Une attaque de l’ennemi a été refoulée dans le village de Stosswihr (vallée de la Fecht) en Alsace.
L’offensive allemande parait arrêtée du côté du gouvernement de Suwalki. Nos ennemis ont subi un grave échec devant la forteresse d’Ossovietz.
Un sous-marin allemand a été atteint près de Boulogne par la canonnade d’une de nos unités légères.
Un bateau norvégien a été coulé près de Douvres.
Les Turcs fortifient en toute hâte les îles de la mer de Marmara, en prévision de la progression des forces franco-anglaises, et von der Goltz s’est rendu à Smyrne pour mettre la ville en état de défense.
Des manifestations anti-allemandes ont eu lieu à Milan.
Il a été décidé outre-Rhin que pendant une semaine les enfants rechercheraient les plus infimes morceaux de métal, afin de parer à la disette qui s’accentue sur le cuivre, le zinc, etc.

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Mardi 23 février 1915

Loiuis Guédet

Mardi 23 février 1915

164ème et 162ème jours de bataille et de bombardement

9h1/4 soir  Journée calme, quelques bombes, mais on n’y fait pas attention. Bonne journée, occupée. Je suis allé à la Ville (Mairie) pour fixer une séance d’allocation comme juge de Paix. Entendu pour le jeudi 29 à 9h, ce ne sera pas long m’a-t-on dit. Après-midi à 1h assisté jusqu’à 4h1/2 à l’audience de simple police du 3ème canton que je puis être appelé à présider le cas échéant, qui se trouvait dans les cryptes du Palais de Justice. On se serait cru au Moyen-âge, le canon en plus. Toute la bande de malheureux, les uns intéressants, les autres non, des tristes, des drôles, des brutes. Une affaire entre autres m’a amusé. Une femme, à bonne langue je vous prie de le croire, avait eu l’idée assez drôle en passant dans la rue de passer la main sur la pilosité d’un nommé Furet qui causait avec 2 militaires et de le traiter de : Lagardère ! D’où échange de propos aigres-doux qui du reste allaient jusqu’aux coups. Scène devant le juge assez drôle de tous ces gens, sous la coupole de cette crypte  moyenâgeuse, inculpés, prévenus, témoins, etc…   et le public se disputant, s’interpellant, s’injuriant. Bref, condamnation de la coupable qui avait voulu trop caresser l’épine dorsale tortueuse de Furet à 2 Fr d’amende. Alors, dans un mouvement de protestation, la condamnée de s’écrier : « Mais M’sieur le juge, il (le coupable) n’a qu’une bosse, ce n’est pas juste, ce ne devrait être que 20 sous !! Rire général et le canon tonnait comme il tonne en ce moment.

Notre martyre cessera-t-il enfin !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Sitôt levé, j’inspecte les décombres de la cour, rue Bonhomme, parmi lesquels je retrouve les quatre parties dispersées d’un petit fourneau à alcool, déjà remonté de ma cave effondrée rue de la Grue 7, après les incendies du 19 septembre 1914. Quoique sérieusement endommagés, ces débris assemblés reconstituent complètement l’ustensile, qui pourra resservir à faire chauffer, chaque matin, mon déjeuner, dans une casserole ramassée d’un autre côté, fortement bosselée, mais qui malgré cela reste encore également utilisable.

– Ce matin, la curiosité me poussant, je quitte la maison de bonne heure car je voudrais, tout en allant au bureau, avoir un aperçu des dégâts occasionnés en ville par l’épouvantable bombardement de la nuit du 21 au 22 février et, en faisant une assez longue promenade, je puis me rendre compte qu’ils sont véritablement effroyables, ce n’est pas trop dire.

Place d’Erlon, la maison n°39 d’abord, puis celles comprises avec le n° 59 dans la largeur de trois arcades, sont entièrement abattues, de toue leur hauteur – contenant et contenu ; elles ne présentent à la vue, du fait de l’explosion de « gros calibres », que l’horreur d’une salade indéfinissable, dans laquelle tout ce qu’elles pouvaient renfermer – mobiliers, ustensiles – a été brutalement mélangé aux ruines des constructions disloquées, aussi bien planchers des différents étages, que charpente et escaliers.

Rue des Poissonniers, l’immeuble n°6 est démoli en grande partie. Rue Jeanne-d’Arc, plusieurs maisons ouvertes par le haut, n’ont plus, au-dessus du premier étage qu’un amoncellement semblable à ce qui existe ailleurs.

Ici, dans une maison écroulée, au mur de la façade dégringolé, on voit un fourneau de cuisine resté seul intact, dans un angle du fond, comme suspendu sur un bout de plancher, à hauteur du 2e étage. Là, une cheminée supportant une pendule et quelques tableaux encore accrochés à un mur, sont tout ce qui est demeuré sur place, quand tout le reste, matériaux et mobilier est en tas.

Mais le n°31 de la rue Clovis offre, sans conteste, l’aspect le plus bizarre, dans ce qu’il m’est permis de voir au cours de cette tournée. La maison s’est effondrée complètement sur elle-même, avec toute sa structure et l’ameublement des appartements. L’ensemble est recouvert, à un mètre cinquante à peine du sol, par la toiture demeurée entière, à laquelle sont restées attachées la plupart des ardoises. Je m’arrête un instant parce que j’aperçois derrière le pan de mur encore debout, sur rue, un piano dont c’était sans doute la place, au rez-de-chaussée. Comment n’a-t-il pas été écrasé ? Il paraît intact dans ce chaos ; sa partie haute dépasse ce qui subsiste de la maçonnerie et je pourrais la toucher en passant mon bras sous le toit. Curieux et terribles effets d’un 210, là aussi.

Les incendies allumés sur bien des ponts, en cette nuit tragique, ne semblent pas s’être propagés comme le 19 septembre 1914 et les jours suivants. Cette fois, ils ont dû être localisés. Il est à remarquer que bon nombre d’incendiaires dont les traces ont été reconnues, parmi la grande quantité d’obus tirés sur Reims, n’ont pas ajouté les ravages du feu aux dégâts du projectile.

La cathédrale, pendant cet accès de rage de l’ennemi, qui a duré près de six longues heures, a été de nouveau gravement mutilée. Sa voûte est crevée, la tour nord a été attente à mi-hauteur et l’abside encore abîmée ainsi que différentes parties du pourtour.

Les Rémois s’accordent à dire que les Allemands ont procédé à leur œuvre de destruction par un tir convergent, en bombardant de diverses directions.

Lorsque les projectiles sillonnaient l’espace, j’ai eu la sensation, par leurs sifflements provenant de sens très différents, souvent opposés, que des pièces de tous calibres devaient tirer – ainsi que nous les avions entendues déjà bien souvent – du côté de Brimont, de Fresne, comme de Witry, Berru ou Nogent et encore d’endroits éloignés situés plus au sud-est de notre ville et, c’est en somme l’avis général, sur cette triste séance, pendant laquelle notre artillerie ne s’est guère fait entendre.

– Le bombardement a continué encore aujourd’hui.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 23 – J’assiste, sur l’invitation – par envoi – d’un aumônier du Général Rouquerol – à l’enterrement d’un Lieutenant-Colonel d’artillerie, d’un Lieutenant d’artillerie, d’un gendarme, à la Haubette.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

 La Haubette - Collection : Pierre Fréville

La Haubette – Collection : Pierre Fréville


Eugène Chausson

23/2 Mardi – Temps gris, toute la journée et la nuit, bombes de temps à autre.

 Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Mardi 23 février

Un zeppelin a bombardé Calais. Il a lancé dix bombes et tué cinq civils. Nos batteries ont démoli une pièce lourde installée à Lombaertzyde; nous dispersons des rassemblements entre Lys et Aisne. Les Allemands ont jeté de nouveau des obus sur Reims, qui a souffert. Sur le front Souain-Beauséjour, nous réalisons des progrès, enlevons des tranchées et des bois, et repoussons des contre-attaques. Nous avons fait à l’ennemi de nombreux prisonniers et lui avons infligé de grosses pertes. Notre infanterie et notre artillerie ont pris l’avantage en divers points dans l’Argonne. Nous consolidons nos progrès aux bois de Cheppy, entre Argonne et Meuse, comme aux Eparges (sud de Verdun), où nous avons enlevé la majeure partie des positions ennemies.
En Alsace, où des colonnes allemandes remontant les deux rives de la Fecht (près de Munster) avaient repoussé nos avant-postes, nous avons repris l’offensive et infligé a l’ennemi des pertes considérables.
Un vapeur américain a été coulé par une mine, à proximité de la côte allemande. Le gouvernement des États-Unis a prescrit une enquête.
Le bulletin de l’état-major russe explique la retraite des corps qui opéraient en Prusse orientale et qui maintenant sont à leur poste le long de la ligne fortifiée de Pologne.
Un conflit a éclaté à Constantinople, entre Enver bey et Talaat bey.
Le journal Giolittien de Turin, la Stampa, envisage la possibilité de moyens extrêmes pour réaliser les aspirations nationales de l’Italie.

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Lundi 22 février 1915

Abbé Rémi Thinot

22 FEVRIER – lundi –

J’apprends aujourd’hui un nouveau et formidable bombardement de Reims. La voûte de la cathédrale est crevée… Mon Dieu, il m’en coûte d’être loin.. !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Paul Hess

Ce matin, j’en n’étais à réfléchir sur la manière d’employer utilement la journée pour parer tout de suite au plus pressé : voir d’abord un menuisier au sujet du bouchage, avec des planches, de l’ouverture faite par l’obus, afin de rendre leur indépendance aux deux propriétés ; aviser ensuite au déblaiement et, après m’être mieux rendu compte des dégâts, avertir par une lettre détaillée m. et Mme Richard à Beauvais – de sorte que je suis encore au lit, à 7 h, quand Mme Martinet, la cuisinière en titre de la maison arrive exactement, comme chaque jour, pour préparer le petit déjeuner.

Je l’entends introduire sa clé dans la serrure de sûreté de la porte sur rue, pour monter les quelques marches du vestibule et se diriger à petits pas pressés vers l’office, pour y déposer son lait, avant de suivre le couloir conduisant à la cuisine. Je pense à la surprise qu’elle va éprouver lorsqu’elle s’apercevra du changement de décor survenu par là depuis hier.

Elle fait encore quelques pas puis, brusquement tombe sans doute dans l’ahurissement complet, car ses exclamations me parviennent et elle en pousse, la pauvre femme devant l’enchevêtrement des matériaux et des décombres, répétant très vite :

« Ah, mon Dieu, mon Dieu ! Ah, mon Dieu, mon Dieu, en v’là un, d’chantier ! »

Sa manière d’exprimer son étonnement est tout à fait bruyante.

Je m’apprête au plus vite et veux aller la rejoindre, afin de calmer son émotion, mais elle est déjà accourue et j’ai malheureusement le tort d’avoir souri de l’originalité de ses expansions. Alors, s’en prenant à moi, elle me lance d’un aire furibond ce reproche certes mérité :

« Vous auriez bien pu me prévenir au moins ! »

Sa figure, ses yeux sont tellement courroucés que cette fois, j’éclate de rire – c’est la vraie détente – et que je dois faire effort pour lui répondre, d’un ton mi-sérieux :

« Vous savez, le Boches ne m’ont pas prévenu non plus ; c’est arrivé comme ça cette nuit, à minuit 40 et ma foi, ce n’est plus rien que d’avoir seulement à contempler le tableau ».

La véhémence de son apostrophe, sa physionomie outrée m’ont remis en gaieté et me donnent encore le fou rire. Cela la désarme, son indignation tombe aussitôt cette fois, nous rions tous les deux de nos misères et nous retournons ensemble regarder le triste spectacle déjà vu.

Mme Martinet a eu certainement lieu d’être ébahie, car elle est bien bouleversée « sa » cuisine. Les casseroles en cuivre si bien alignées hier encore et toujours étincelantes, ont voltigé en tous sens ; il en est quelques-unes qui ont reçu de rudes chocs dans leur éloignement brutal du râtelier. La lyre d’éclairage au gaz qui était suspendue au milieu de la pièce, a fait un demi-tour vertical sur elle-même en quittant la tuyauterie et, – chose incompréhensible – elle est encore pendue au plafond par la pointe inférieur de son extrémité qui, par un effet de l’éclatement de l’obus, s’y est fichée, le robinet en l’air et la tige de conduite en bas, etc. etc.

« Eh bien, vous avez dû en avoir une frayeur », me dit Mme Martinet, ajoutant avec le sens du pratique revenu immédiatement :

« Mais comment est-ce que je vais faire votre déjeuner ? »

Elle est tranquillisée lorsque je lui dis :

« Oh ! ne vous inquiétez pas de cela pour aujourd’hui, je trouverai bien à prendre un café en allant au bureau. Nous verrons à déblayer et à nous organiser dans le courant de la journée ; pour le moment, prenez votre lait et allez le faire chauffer chez la voisine, au 10, elle vous racontera comment nous avons passé la nuit, qui a été très mouvementée pour nous ».

« Ah oui ! quel bombardement épouvantable, ajoute-t-elle, je n’ai pas fermé l’oeil avec toutes ces explosions-là ; je pensais bien que c’était par ici que ‘çà’ tombait. »

J’examine alors attentivement les dégâts occasionnés par le projectile dans cette maison que j’habite provisoirement, rue Bonhomme 8.

Parmi l’amas des débris de pièces de bois disloquées et de maçonnerie, je trouve le culot entier du 150 qui, après avoir pénétré dans la cuisine, a fait explosion en passant dans le mur mitoyen avec le n°10, contre lequel elle était construite. La grosse vis de cuivres de cet obus, toute différente des fusées diverses que nous avons appris à bien connaître, et le désignant comme un incendiaire, a été trouvée de l’autre côté, chez le voisin du 10 ; l’orientation du mur frappé perpendiculairement indique nettement que l’engin est venu du sud-est de Reims et vraisemblablement d’un endroit situé dans la direction de la ferme d’Alger ou de Sillery.

Ses bougies (1) avaient toutes été éteintes heureusement parles pierres et les gravats lorsqu’il avait éclaté en traversant l’épaisse maçonnerie de séparation dans laquelle il avait fait une trouée d’environ un mètre de diamètre.

En En somme, voyez-vous, dis-je pour finir à Mme Martinet, il a encore bien choisi sa place, celui-là ! je crois que nous devons nous estimer heureux. Imaginez-vous qu’il ait mis le feu au milieu des chambres du premier, ou bien éclaté dans le salon, ou encore dans la salle à manger ! »

– « Oui, c’est une chance » convient-elle.

Mais comme conclusion, la bonne vieille qui prend journellement soin et avec quelle attention, du mobilier de toute la maison, ajoute en me montrant la couche de poussière blanche et les plâtras recouvrant le beau buffet double, comme le reste :

 » C’est égal, si Madame voyait cela, qu’est-qu’elle dirait ? »

– En passant rue du Cloître 10, avant de me diriger vers la mairie, j’apprends qu’un obus incendiaire est arrivé, au cours de la nuit dernière, à 10 h dans cette maison d’habitation de la famille de mon beau-père.

Le projectile, entrant dans la salle à manger puis traversant le plancher a pénétré jusqu’à la chaufferie, en dessous, et causé un commencement d’incendie qui, heureusement, a été éteint par les effets de l’explosion elle-même car les éclats de l’engin, en crevant une conduite d’eau, ont en même temps provoqué l’inondation rapide du sous-sol : les dégâts, au rez-de-chaussée, lamentablement saccagé, sont considérables. J’ai été bien inspiré d’aller aux nouvelles ce matin, car ma belle-sœur, Mme Simon-Concé, décidée à partir pour Paris à 3 heures, me fait ses adieux.

En arrivant à l’hôtel de ville, je puis voir, là aussi, les traces d’un obus incendiaire dans la cour, devant les fenêtres du bureau de la comptabilité.

– Pendant la matinée, le bombardement ayant repris très violemment, il y a de nouvelles victimes.

– L’après-midi, je puis me rendre libre et aider alors Mme Martinet à procéder au déblaiement sommaire de la cuisine et de la cour, rue Bonhomme 8, encombrée par les matériaux démolis, avant d’aller demander à M. Champenois, entrepreneur de menuiserie, rue Brûlée, de venir fermer l’ouverture béante faite par l’éclatement de l’obus la nuit précédente – et sur le soir, lorsque je puis me rendre place Amélie-Doublié, afin de savoir ce qu’il en a été dans ce quartier, les obus sifflent encore de tous cotés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

(1) Petits bâtonnets de 0.10 cm environ de longueur et de la grosseur du doigt, enfermés au nombre de huit ou dix dans l’ogive des obus incendiaires. Composés de matières inflammables, l’explosion les disperse en feu de tous côtés pour allumer, à l’aide du soufre répandu également par ces projectiles très dangereux, ce qui est susceptible de flamber.


Cardinal Luçon

Lundi 22 – Nuit terrible, la plus terrifiante de toutes.

Visite, dès les premières heures de la matinée, dans les rues sinistrées : rue Brûlée, rue Hincmar, des Capucins, de Vesle, St-Jacques (église et cure S. Jacques). 1500 bombes, 18 incendies ; les mêmes mentionnées au 21-22. Vingt personnes tuées?

Après-midi, visite à l’Enfant-Jésus. Visite à l’École Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

22/2 – Lundi – Temps gris et brouillard. Violent bombardement dans la matinée et canonnade. une maison voisine à M. Baucher est en feu, les bombes incendiaires du matin. L’après-midi la crainte qu’avait le public de voir encore une nuit semblable à celle de la veille n’a pas été justifiée. La nuit a été calme, sans bombardement.

Du bombardement précédent (nuit de dimanche à lundi) l’effet d’avoir été prise au lit pour descendre à la cave, Renée est gravement malade, le médecin a défendu dorénavant de descendre à la cave avec elle si nous tenions à la conserver. Nous avons alors demandé des laisser-passer pour quitter Reims.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Lundi 22 Février 1915.

Quelle nuit !  J’ai bien cru que je ne verrai pas le jour. Il y avait à peu près une heure que nous étions couchés, que j’entendis une première détonation. Pour commencer je n’y faisais pas plus attention que cela. Mais malheureusement ils n’arrêtèrent pas, de dix heures à quatre heures du matin sans interruption, quatre batteries à la fois. Ils arrosèrent notre malheureuse ville. Quand j’ai vu que cela ne finissait pas, j’ai pris mes petits enfants avec moi. Je me dis toujours que si on est pour être tués, on y sera ensemble.

Des obus de tout calibre, incendiaires. Avec, ils n’épargnent rien, à un tel point que les sifflements finirent par m’endormir. Je fus réveillée à un moment donné par un bruit formidable : c’était une bombe qui venait de tomber sur la maison mitoyenne de celle du parrain. Enfin vers quatre heures, n’entendant plus rien, on se rendormit jusqu’à sept heures.

Maman, de leur cave, avait tout entendu  et aussi s’empressa-t-elle de venir voir ce qu’il y avait. Elle nous raconta que sur tout son parcours, ce n’étaient que des incendies : le temple, les écoles rue Courmeaux, et partout dans la ville. Le communiqué compte 2000 à 2500 obus. Mais la bombe qui est tombée dans la maison d’à côté, n’ayant pas éclaté, n’a presque pas causé de dégâts et n’a pas fait de victimes.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Lundi 22 février

En Belgique, nous avons repris un élément de tranchée que l’ennemi avait occupé un moment. Il se confirme qu’il a laissé sur le terrain, près d’Ypres, plusieurs centaines d’hommes. En Champagne, nos troupes, après avoir repoussé brillamment une contre-attaque, se sont rendues maîtresses d’un certain nombre de tranchées. Nous avons enlevé deux mitrailleuses et une centaine de prisonniers.
Une nouvelle attaque ennemie a échoué aux Eparges, sur les Hauts-de-Meuse.
Dans la vallée de la Fecht (région de Munster), nous avons refoulé plusieurs attaques allemandes, puis pris l’offensive à notre tour.
Une grande bataille se livre, dans le nord de la Pologne, entre les armées allemandes et russes. Nos alliés ont repoussé les agresseurs sur la Bzoura inférieure; ils ont été victorieux des Autrichiens sur la Dounaïetz, dans les Carpates et devant Przemysl, où la garnison ayant tenté une sortie, a été refoulée, avec des pertes considérables.
Trois cuirassés français ont participé au bombardement des Dardanelles.
Les Turcs ont dû se retirer à 100 kilomètres en arrière du canal de Suez, à la suite de l’échec et aussi de la désertion d’un certain nombre d’Arabes.
Des rixes ont eu lieu à Rome, dans les meetings, entre partisans et adversaires de l’intervention.

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Dimanche 21 février 1915

Abbé Rémi Thinot

21 FEVRIER – dimanche –

Je monte à « 204 »[1], puis à Maison forestière, aujourd’hui, J’irai faire dimanche avec les troupiers.

Je vois les nouveaux cimetières que le 4ème Corps vient d’ouvrir, sur la gauche, dans le ravin. Il y a plusieurs corps qui attendent. Un troupier vient me demander, les larmes aux yeux, si je veux dire la prière des morts pour leur camarade. Je dis un De profondis.

Je cherche les dégâts de la veille. Heureusement, l’obus est tombé entre la maison et le puits.

La paroi de bois de la chambre est criblée ; la cervelle entière de l’infirmier a grêlé le plafond…

Dans les tranchées, c’est 30, 40, 50 centimètres d’eau, de boue visqueuse blanchâtre ; c’est inqualifiable… Je repasse par le grand entonnoir ; Je vais au-delà… Je distribue des médailles de la Ste Vierge ; Je cause avec les hommes… ils ne sont pas trop démolis…

Les obus tombent surtout vers la Corne du Bois… mêmes horreurs, cadavres accumulés etc…

Et nos obus passent, rageurs, et les marmites boches éclatent en face, en gerbes énormes.

[1] La cote 204

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Paul Hess

La nuit a été calme.

En me rendant, ainsi que chaque semaine, place Amélie-Doublié, chez mon beau-frère Montier, je puis examiner en passant, un obus de 150 se trouvant à l’entrée gauche de la rue Lesage. Cet engin, entouré d’une petite barrière protectrice a roulé là, contre le trottoir, le vendredi 19 dans la matinée, après avoir défoncé, sans éclater, la façade de l’immeuble n° 1, à hauteur du premier étage.

– Canonnade toute la journée.

– A 21 heures, un bombardement commence ; son intensité lui donne tout de suite un caractère très dangereux. Je me lève donc sans tarder, afin de me rendre, ainsi qu’il a été convenu, dans le sous-sol de la maison d’à côté (n°10), où doivent se trouver la personne et son fils qui gardent cet immeuble. Peu de temps après mon arrivée, les deux voisines, mère et fille, demeurées en face, au n° 5, accourent à leur tour se réfugier là, comme elles en ont déjà l’habitude, pour ne pas rester seules de leur côté, de sorte que tous les habitants de la rue Bonhomme, d’accord en vue de se grouper dans pareille circonstance, sont réunis en cet endroit, au nombre de cinq.

C’est par rafales que les obus arrivent cette nuit ; à certains moments, il sont si rapprochés que nous en comptons jusqu’à dix et plus à la minute.

Nous entendons avec épouvante des explosions nombreuses dans le voisinage, mêlées toujours aux sifflements de nouvelles arrivées se croisant en tous sens, d’où nous pouvons déduire facilement que l’ennemi tire à volonté, de différents côté sur le centre de la ville et que de nombreuses batteries sont en action, de Brimont jusqu’à l’est de Reims.

Pour nous réchauffer, nous avons pris du café, que Mme Bauchard a pu préparer tout de même et nous sommes là, comme hébétés par la quantité considérable d’obus que nous entendons éclater sans arrêt pendant de longues heures, quand les douze coups de minuit somment à l’horloge de la mairie.

Nous ne cousions plus ; l’esprit tendu, nous retenions toute notre attention sur la perception des sifflements, mais à cet instant, une pensée commune a transformé les physionomies sur lesquelles s’esquisse même un sourire lorsque je dis :

« Tiens, le beffroi de l’hôtel de ville est encore debout ! »

C’est en effet une surprise, tant nous pouvions être persuadés de ne plus voir que des ruines lorsque nous sortirions de notre abri, car, cette fois, c’est la démolition en grand, à coups de canon de tous calibres.

Et la séance continue, sans aucun ralentissement dans cette pluie ininterrompue de projectiles, dont un certain nombre tombent dans nos environs immédiats, sans qu’on entende le moindre cri. Vacarme effroyable, coupé à de très courts intervalles par un silence de mort.

Une demi-heure environ s’est passée encore. Tout à coup, au milieu des autres, un sifflement sinistre qui s’accentue rapidement, nous donne nettement la notion d’un danger inévitable, car nous baissons tous la tête, et, en même temps que m’est venue la pensée : « C’est pour nous », le choc formidable auquel nous nous attendions, ainsi qu’une explosion terrible ébranlent la maison, alors qu’au-dessus nous entendons le fracas de matériaux projetés violemment et de vitres brisées. Je regarde l’heure : minuit 40.

Craignant les effets d’un obus incendiaire, car l’immeuble a été touché, ce n’est pas douteux, j’ouvre la porte du sous-sol pour aller immédiatement me rendre compte de ce qui est arrivé, mais un épais nuage de fumée toute noire l’a déjà envahi et cache complètement à ma vue l’escalier vers lequel je voulais me diriger. A tâtons, je m’y retrouve enfin et remontant lentement, je me dirige vers la cour après avoir jeté, en passant, un rapide coup d’œil dans le vestibule et, de là, j’aperçois tout de suite l’énorme brèche faite par l’obus dans le mur mitoyen avec la maison où je reçois l’hospitalité de la part de M. et Mme Ricard depuis le 30 novembre.

Fixé sur ce qu’il en est à la maison n°10, je sors pour aller au n°8 et j’ai la douleur de voir que le projectile, démolissant une grande partie de la cuisine, a éclaté après avoir, de ce côté, troué le mur de 0.60 de celle-ci et causé d’importants dégâts dans les deux propriétés.

Le bombardement est toujours aussi serré. Tandis que je suis remonté « chez moi », je m’avise cependant d’aller ouvrir la petite porte en fer du jardin, donnant sur la rue du Petit-Arsenal, afin de jeter simplement un coup d’œil sur les environs ; je reconnais vite qu’il ne ferait aps bon s’attarder là ou ailleurs. Les sifflements et les arrivées toutes proches continuent si bien, qu’au moment où je juge prudent de rentrer et de refermer vivement cette porte, des éclats viennent s’y heurter avec force. Je redescends donc au sous-sol de l’immeuble n°10, faire part de mes constatations.

Les sinistres qui ont été allumés par des obus incendiaires, vers la rue Courmeaux et l’esplanade Cérès, paraissent progresser ; j’ai remarqué leurs fortes lueurs au cours de mon inspection rapide.

A 1 h 50, nouvelle secousse. Un projectile vient d’entrer avec fracas dans la maison n°3 de la rue Bonhomme, éclatant à l’intérieur après avoir pénétré dans la maçonnerie, au-dessus de la porte sur rue. Nous entendons encore le bruit des vitres brisées, des éclats, des pierres retombant lourdement sur le pavé à la suite de leur projection en l’air, par l’explosion.

Vers 2 h 1/2, le tir se ralentit enfin. Il a duré cinq heures et demie sans discontinuité, à une moyenne de quatre à cinq coups à la minute. Tous, nous goûtons le calme attendu si longtemps, au cours de cette nuit infernale et nous avons grand besoin de repos.

Je remonte un peu plus tard, les sifflements ayant complètement cessé et, par précaution, avant de rentrer pour me coucher, je vais regarder où en est l’incendie de la rue Courmeaux, m’assurer de l’importance des autres sinistres du quartier, de la direction du vent et à 3 h, je suis allongé dans mon lit où je sommeille jusqu’à 6 heures.

La nuit tragique du 21 au 22 février fera époque pour les malheureux Rémois, qui en sont à se demander ce qui leur a valu un bombardement aussi férocement destructeur. Pour les témoins de ce vandalisme exacerbé, il était manifeste que les Allemands assouvissaient leur rage sur la cité de Reims et sur ses habitants – les civils.

Pourquoi ? Oh ! l’épouvantable fléau de la guerre.

Pendant ce bombardement atroce, une vingtaine de maisons ont brûlés, rue Courmeaux, esplanade Cérès, rue des Trois-Raisinets, rue du Marc, impasse Saint-Jacques, place des Marchés, rue des Capucins, etc. Quantité d’autres ont été démolies ; nombreuses sont celles qui ne l’ont été qu’en partie.

Une vingtaine de personnes ont été tuées – hommes, femmes surtout, et enfants – la plupart dans leur lit.

A ajouter, parait-il, aux victimes, le colonel du 42e d’artillerie, atteint, avec un autre officier, auprès du pont, avenue de Paris.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Dimanche 21 – Nuit tranquille. Aéroplane, canons, bombes (?)

Nuit terrible : de 9 h à 2 h. bombes. Une chez nous ; 18 incendies flambent en ville. On parle de 1500, 1800 ou 2000 obus. Nos canons sont muets ou à peu près.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

21 – Dimanche. Temps gris. A 8 h du matin, tout est encore dans le calme le plus complet, l’après-midi, violente canonnade et bombes à 8 h 1/2 du soir, j’étais déjà au lit et j’étais même endormi lorsque le bombardement le plus terrible depuis le commencement du siège se déclenchait. Obus, bombes incendiaires de toutes sortes jusqu’à 10 h du soir. C’était terrible. Un obus par seconde ; de 10 à 11 h, un peu moins et alors ça recommence mais moins fort jusqu’à 1 h 3/4 du matin. 3100 obus environ sont tombés en ville causant des dégâts considérables. 5 incendies impasse Saint-Jacques, rue Buirette, place d’Erlon, des tués et des blessés. De 8 h 1/2 du soir à 2h 1/2 du matin, nous sommes restés dans la cave tenant sur les genoux les enfants que l’on avait pris aux lits. Un obus au n°94 de l’avenue de Paris. Le reste de la nuit assez calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


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Rue Courmeaux, Collection Gallica-BNF autochrome


Dimanche 21 février

Les Allemands bombardent Nieuport et les Dunes, mais nous contrebattons efficacement leurs batteries. Ils ont subi de grosses pertes dans leur attaque contre nos tranchées à l’est d’Ypres, leurs réserves ayant été prises sous le feu de notre artillerie. Combats d’artillerie de la Lys à l’Oise et sur l’Aisne.
Notre action continue en Champagne, et nous occupons, au nord de Perthes, un bois que nos adversaires avaient fortement organisé. Aux Eparges (Hauts-de-Meuse, sud de Verdun) nous avons repoussé une série de contre-attaques, puis, à notre tour, prononcé une attaque grâce à laquelle nous avons élargi le terrain conquis par nous. Nous avons enlevé trois mitrailleuses, deux lance-bombes et fait 200 prisonniers. Combats dans les Vosges, près de Lusse et à l’ouest de Munster.
La flotte franco-anglaise, sous les ordres de l’amiral Carden, a bombardé les forts de l’entrée des Dardanelles. Ceux de la côte d’Europe, vigoureusement canonnés, ont été réduits au silence. Des hydravions, par leurs reconnaissances, ont contribué à l’efficacité de notre tir.
On croit qu’un troisième zeppelin s’est perdu au large de la côte danoise.
Un steamer anglais a été coulé par un sous-marin dans la mer d’Irlande. Un charbonnier norvégien a heurté une mine et a sombré sur la côte d’Écosse. Le chancelier de Bethmann-Hollweg est venu conférer à Vienne avec le baron Burian, ministre des Affaires étrangères.

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Samedi 20 février 1915

Abbé Rémi Thinot

20 FEVRIER – samedi –

J’ai été souffrant la nuit. Je crois qu’il ne faut jamais boire l’eau de ces pays ; elle renferme toutes les maladies.. !

Je suis resté à Nantivet, désolé…

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Paul Hess

Canonnade, après une nuit calme.

Le Courrier fait savoir ceci, aujourd’hui :

Appel de la classe 1916.

Selon toutes probabilités, la classe 1916 sera appelée le 20 mars prochain.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 20 – Quatre bombes sur la ville dans la nuit du 19-20, de 10 h à 11 h.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

20 – samedi – Dès le matin, soleil radieux, sans doute que les aéros vont en profiter.

Jusqu’à 8 h du matin tout est calme, mais quelques instants après le bombardement commence beaucoup moins pire que la veille. Vers 9 h du matin des avions allemands apparaissent sur Reims et vite mis en fuite par nos canons spéciaux. Pas d’accident de personne.

A part quelques coups de canon, nuit calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Samedi 20 Février 1915.

Les boches recommencent à taper à une place ou une autre, sans direction aucune. J’ai plus peur, maintenant que j’ai André avec moi. Mais lui a l’air de s’y plaire. Le soir, ton parrain joue avec lui. Il trouve André amusant et très intelligent. Il lui fait faire ‘Vas chiffon, fon, fon’ et comme il prend une mine si comique pour le faire, ton parrain rit aux larmes. Cela le distrait un peu ; en rentrant de son travail il n’a pas de gaieté. Mémère, elle, dit que pour son âge, André cause comme un petit homme et que tu serais heureux si tu le voyais.

C’est ce que je disais à ton parrain, que cela me peinait de savoir que tu ne voyais pas toutes ses petites manières. « Que voulez-vous, me dit-il, il verra celles de sa petite fille ».

Oh oui, je veux espérer mon Charles …

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

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Esplanade Cérès (actuelle place Aristide Briand) Collection : Eric Brunessaux

Esplanade Cérès (actuelle place Aristide Briand) Collection : Eric Brunessaux


Samedi 20 févier

Une attaque ennemie est repoussée à l’est d’Ypres, où cinq compagnies s’étaient déployées en première ligne contre nos tranchées. Une autre attaque est brisée à Roclincourt (près d’Arras); cinq autres en Champagne, elles n’ont servi qu’à provoquer de nouveaux progrès de notre part; en Argonne, après avoir déjoué un coup de main, nous occupons un blockhaus; sur les Hauts-de-Meuse, aux Eparges, notre artillerie arrête trois offensives. Combat dans les Vosges, près du Bonhomme, à Wissembach. L’ennemi est délogé d’un piton où il avait réussi à prendre pied; il se fait battre également su Sudelkop (Haute-Alsace).
Les Russes continuent à livrer des batailles acharnées sur le Niémen et sur la rive droite de la Vistule. Dans les Carpates, ils ont remporté des succès et fait des prisonniers; mais en Bukovine, ils se sont repliés derrière le Pruth.
La mise à exécution du soi-disant blocus naval allemand en mer du Nord n’a pas troublé l’Angleterre. Les services de navigation y marchent comme de coutume.
Les Autrichiens ont bombardé de nouveau Belgrade. Les Serbes ont totalement brisé la révolte albanaise.
Les Allemands ont perdu un nouveau zeppelin sur la côte danoise.
Le député allemand Erzberger l’un des chefs du centre catholique, s’est rendu à Rome où il va sans doute intriguer contre nous.
Le général Pau est arrivé à Nisch, en Serbie.
Certains journaux berlinois commencent à blâmer les orateurs des meetings pangermanistes qui annoncent le règne de la « plus grande Allemagne ».

 

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