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Fin du journal de Paul Hess

Le Cardinal et Paul Hess ont été évacués, ils sont maintenant à Paris.

 

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Mercredi 27 mars 1918

Louis Guédet

Mercredi 27 mars 1918
Mercredi Saint

1293ème et 1291ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Il a gelé très fort cette nuit, bombardement probable sur Châlons. Pas un seul train n’est passé cette nuit sur la ligne. Qu’y a-t-il ? Aucunes nouvelles du dehors. C’est bien angoissant. Pas de nouvelles de Reims ! Et ce pauvre Robert, va-t-il tout de même venir ? Je le désire pour ce pauvre enfant qui n’a réellement pas de chance avec cette permission. Enfin, attendons.

6h soir  Pas de courrier, pas de journaux. Eté avec Marie-Louise et André à la Voie des Vaches pour voir à la lorgnette les incendies de Châlons que nous avons bien vus. Vers Baconnes, Mourmelon, j’ai vu des éclatements de gros obus très bien. Quantités de trains passent, chargés d’infanterie. Le canon tonne toute la journée vers les Monts et Tahure, Massiges. Triste journée. Comme je revenais de Cheppes un gendarme qui était à Reims, et qui est maintenant à Vitry-la-Ville, m’affirmait que l’agent de Police Cardot, de Reims, était à Cheppes, et lui avait dit que Reims était complètement évacué. Je l’ai prié de le voir et de m’en informer demain.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess – Paris

27 mars 1918 – Nous voyons arriver dans nos bureaux, 19, avenue de l’Opé­ra, les collègues des services réduits de la mairie, restés après nous à Reims, qui ont été évacués dans la matinée d’avant-hier. Les quelques pompiers qui se trouvaient là-bas, comme comptant toujours au bataillon de la ville, viennent aussi en groupe, l’après-midi. Des Rémois, désireux de connaître l’installation provisoire ou ayant des renseignements à demander avant de continuer leur voyage de réfugiés, sont passés également depuis hier et nous étions très heureux de nous retrouver, entre concitoyens.

Les uns ou les autres nous ont donné les détails que nous étions curieux de connaître sur l’exode des derniers partants, parmi lesquels étaient Son Éminence le cardinal Luçon, Mgr Neveux, etc. On nous fait savoir, de plus, que seuls sont demeurés sur place, l’adjudant Eloire, des sapeurs-pompiers et Marcelot, le chef-fontainier du service des eaux, qui ont été rattachés tous les deux, comme mobilisés, au détachement des pompiers de Paris.

La ville de Reims, est maintenant complètement vide de civils.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon – Paris

Mercredi 27 – Visite à S.E. le Cardinal de Paris, à M. Denys Cochin. Visites de Madame Desmarets, de Mlle Labarre. Il n’y a rien eu de nouveau à Reims hier – M. Sainsaulieu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 27 mars

La bataille a continué avec violence, l’ennemi multipliant ses attaques sur tout le front de Noyon à Chaulnes.
Notre artillerie, bien établie dans la région de Noyon, appuie efficacement notre infanterie dont la résistance et les fréquentes contre-attaques retardent la poussée des Allemands en leur infligeant des pertes élevées.
Noyon a été évacué pendant la nuit, dans le plus grand ordre. Nous tenons solidement la rive gauche de l’Oise.
Sur la partie britannique du front, des combats excessivement violents se sont déroulés toute la journée au sud de Péronne, ainsi qu’au sud et au nord de Bapaume.
Dans ces deux secteurs, l’ennemi, attaquant les positions anglaises, a mis en action de nombreuses troupes fraîches.
Nos alliés, en dépit de leur valeureuse résistance, ont dut céder du terrain.
L’ennemi occupe Nesle et Bapaume et de très durs combats se poursuivent.
Les aviateurs britanniques ont jeté plus de 1700 bombes sur les docks de Bruges, la gare d’Aulnoye, un camp au sud-est de Cambrai, des pièces à longues portées et des renforts ennemis.
Quarante-cinq avions allemands ont été abattus et vingt-deux contraints d’atterrir désemparés.
Des raids ont été opérés sur la gare de Cologne, sur celles de Luxembourg, de Courcelle, de Metz, enfin sur celle de Thionville.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Lundi 25 Mars 1918

Louis Guédet

Lundi 25 mars 1918                                                       

1291ème et 1289ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Beau temps. Châlons encore terriblement bombardé. Dans une seule maison 39 victimes (Effondrement de l’immeuble du 3, rue Titon lors du bombardement aérien dans la nuit du 23 au 24 mars 1918, 42 victimes au total). Jean est parti à 6h, le pauvre enfant, que Dieu le garde et le sauve !! Je suis bien triste, bien désolé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess – Paris

25 mars 1918 – Aujourd’hui, la pièce de canon à très longue portée a com­mencé à tirer sur Paris, à partir de 7 h. On sait maintenant que c’est bien d’une distance de 120 à 130 kilomètres qu’elle envoie ses obus.

Ce nouveau genre de bombardement, qui sévit dans la jour­née, depuis le 23, a nécessité, de la part des autorités chargées du maintien de l’ordre public, la création rapide d’une troisième alerte ; celle-ci est donnée par des agents battant le tambour dans les rues. On a distribué des caisses dans les différents postes de police des quartiers et c’est ainsi — par l’alerte n° 3 — que les habitants sont prévenus que la Bertha, car on l’a déjà baptisée de ce nom, est en train d’envoyer ses projectiles.

Nous avons vu ce matin, me Censier, un gardien de la paix, rabotant si mal sur la peau d’âne, qu’on aurait cru entendre un gamin jouant pour la première fois avec ses étrennes. Il n’avait pas l’air très fier de remplir, en public, ce rôle assez grotesque d’apprenti-tapin et, ma foi, je me mettais à sa place.

Un journal humoristique n’a pas attendu longtemps, d’ailleurs, pour blaguer la trouvaille. En première page, cet illustré repré­sente, dans un dessin parfait, deux grosses commères en conver­sation, dans un faubourg, se retournant au passage d’un flic en train de jouer de la clarinette. La légende tient en deux lignes. Sur la première, un seul point d’interrogation « ? », suffisant pour faire deviner la question posée par l’une des deux femmes à sa voisine, c’est-à-dire à peu près : « Qu’est-ce que c’est que cela ? » et dessous, la réponse : « C’est l’alerte n° 32, pour les bombardements par pi­geons voyageurs ! ».

Jusqu’à présent, il n’y a cependant, officiellement, que trois alertes, et cela paraît déjà beaucoup.

Sur la fin de la journée, nous apprenons que l’autorité mili­taire ayant décidé l’évacuation totale de la ville de Reims, a, dans la nuit du 24 au 25, fait donner l’ordre à toute la population civile restante, d’avoir à partir, sans rémission, le 25 mars, pour midi.

A la suite de cette définitive injonction, le maire lui-même et l’administration municipale, après avoir tenu stoïquement, simple­ment, après avoir couru journellement et pendant trois ans et demi de réels dangers pour la sauvegarde des intérêts de leurs adminis­trés, ont dû tout abandonner…

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 25 – Annonciation – Lundi Saint – Dernière messe à Reims. Obus pleuvent dans la cour, frappent nos persiennes. Ephrem éclate en sanglots en répondant : « Ad Deum qui laetificat juventutem meam. » Fracas tel qu’on est obligé de refermer les persiennes de l’oratoire à cause des éclats et des débris qui pleuvent dans la cour. Mgr Neveux avertit le Bon Pasteur, y dit la dernière messe, enlève le St-Sacrement. M. Compant voulant aller en faire autant chez les Petites Sœurs de l’Assomption en est empêché par le bombardement. A 8 h. un camion vient enlever le mobilier pour (le wagon destiné à) Meaux. Automobile emmène nos effets accompagnés par Ephrem. A 8 h. on vient enlever le mobilier pour le wagon destiné à Meaux. A 9 h. Visite du Capitaine Linzeler. A 10 h. Visite du Général Petit. 11 h. dîner. 11 h. 45 départ des Sœurs. Midi départ de Mgr Neveux et de moi. Maison fermée. Les oiseaux des voisins étaient dans des cages dans la cour, on leur ouvre leurs cages. Le chat est mis à la porte dans la rue, malgré lui ! – Arrivée à Épernay en automobile fournie par le Général Petit. 1 h. Visite à M. le Cte Jean Chandon. Arrivée à Paris à 5 h. 30 environ. Les bonnes Sœurs vers 1 h. dans les autocars municipaux de Reims. Arrivent à Épernay et à Paris vers 8 h. soir sont bien reçues, nourries et hébergées pour la nuit à la Cantine de la gare, avec les Sœurs de l’Enfant J

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

© Archives Municipales de Reims/Bibliothèque Municipale de Reims/Collection privée Marius Poirier/BDIC Fonds Valois /Pathé Gaumont/Gallica BNF


Lundi 25 mars

Sur le front britannique, la lutte continue avec la plus grande intensité tout le long de la Scarpe.
Au sud et à l’ouest de Saint-Quentin, les troupes britanniques établies sur de nouvelles positions, ont été attaquées avec violence par l’ennemi. De puissants assauts ont été repoussés vers Jussy, avec de fortes pertes pour les assaillants.
Dans la partie nord du front de bataille, les Allemands se sont portés à l’attaque avec une extrême énergie et sans tenir compte de leurs pertes. Nos alliés ont conservé leurs positions sur la majeure partie du front, à la suite d’une lutte violente et prolongée. Les troupes ont montré une belle vaillance dans les combats qui se sont livrés sur ce front et immédiatement au sud.
L’armée anglaise est en liaison avec 1’armée française.
Nos alliés ont abattu vingt-sept avions allemands et contraint vingt autres de ceux ci à atterrir, désemparés. Ils ont jeté 14 tonnes d’explosifs sur des cantonnements et dépôts de munitions.
Sur notre front, les Allemands ont échoué dans un coup de main au sud de Juvincourt.
Lutte d’artillerie assez vive dans la région du bois Le Prêtre et dans les Vosges vers la Fontenelle et l’Hartmannswillerkopf.
Nos aviateurs ont jeté 16000 kilos de projectiles sur des établissements, cantonnements et gares de la zone ennemie, où de graves dégâts ont été constatés.
Les Anglais, en Palestine ont traversé le cours du Jourdain.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 24 mars 1918

Louis Guédet

Dimanche 24 mars 1918
Dimanche des Rameaux                            

1290ème et 1288ème jours de bataille et de bombardement

3h soir  Les Rameaux ! Temps magnifique, mais tristes Rameaux. Jean part demain et nous ne savons quand Robert viendra maintenant ! Peu de lettres ! Une du Chef de cave de Charles Heidsieck, Carbonneaux, qui m’annonce que mes vins sont transportés de la rue de Chativesle dans les caveaux de leur Maison de Champagne Heidsieck, 46, rue de la Justice ! et que le tout sera muré avec leurs vins ! Je suis du moins assuré de leur préservation contre les obus. Reste le pillage ! et l’occupation de Reims par les allemands ! Enfin ! À la Grâce de Dieu ! La bataille fait toujours rage sur le front anglais parait-il ! Gare au nôtre et surtout à Reims. Pas de nouvelles de mes 2 bonnes de Reims ! Quelles indolentes et endormies.

Lettre de Melle Sophie Maubeuge (1842-1925) qui revenait sur la petite table Louis XVI quelle m’a donnée, me dit que cette table a une histoire, elle aurait été le témoin de controverses religieuses vers 1848 qui aurait assuré une conversion sensationnelle vers cette époque, et l’amie qui le la leur a donnée (a actée à sa sœur Marie décédée), a exigée d’elle que cette table soit transmise par elle à une famille chrétienne et ainsi de suite ! Dont acte ! Je lui demanderai toute cette histoire à notre prochaine entrevue !

Voilà toute ma journée jusqu’ici. Je suis toujours bien délabré moralement et physiquement.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess – Paris

24 mars 1918 – A 6 h 45, les sirènes donnent encore l’alerte.

Aujourd’hui, certains journaux parlant des détonations entendues pendant toute la matinée d’hier, samedi 23, révèlent qu’il s’agissait d’un bombardement effectué par une pièce à très longue portée, tirant sur Paris, d’une distance de 120 à 130 kilo­mètres.

Cette nouvelle sensationnelle paraît tellement invraisemblable qu’elle trouve peu de créance d’abord. Du reste, à côté de la même information, d’autres journaux donnent déjà le récit de leurs rédacteurs, après interview de sommités — savants et techniciens. Il en est qui mettent en doute, d’autres qui nient même la possibi­lité de pareille réalisation… mais alors, cela donnerait sérieusement matière à réflexion, oh oui ! car on a précisé que ce sont bien des obus qui sont arrivés depuis hier ; mes oreilles ne m’avaient pas trompé.

Par conséquent, si les Boches peuvent bombarder Paris avec leur artillerie, il faut qu’ils s’en soient approchés bien près… 15 à 20 kilomètres au plus, pour l’atteindre avec des obusiers… et on ne s’en doutait pas !

Comment ! ce n’est pas possible, les journaux seraient parve­nus à nous bourrer le crâne à ce point… Et les communiqués, alors !

Il faut se rendre à l’évidence un peu plus tard, en fin de jour­née, lorsqu’apparaissent les dernières éditions, avec quelques ren­seignements exacts sur ce bombardement extraordinaire ; le scep­ticisme ou l’étonnement de beaucoup deviennent alors de la stu­péfaction.

On veut expliquer que les Boches se sont ingéniés surtout à frapper le moral de la population parisienne avec leur surprise ; en ce cas, ils ont réussi. Il faut convenir, tout de même, qu’elle est de taille…

Les premiers projectiles sont tombés hier vers Pantin ; il y a eu des victimes ensuite près de la gare de l’Est. Le tir se faisait régulièrement, à la cadence d’un obus tous les quarts d’heure.

Aujourd’hui, un obus, entre autres, est tombé au lycée Louis-le-Grand à 12 h et l’alerte annoncée ce matin, a duré toute la jour­née, la berloque n’ayant été sonnée qu’à 16 h 45.

Nuit du 24 au 25 mars 1918

Alerte encore, la nuit passée ; le bruit des sirènes fortement amplifié et prolongé déchirait l’air, lugubrement, à 1 h du matin.

Ces alertes répétées, coup sur coup contribuent pour une bonne part à augmenter l’émoi général. Je crois avoir constaté une certaine nervosité collective en bien des endroits. Il est évident qu’en de mauvais jours, comme ceux que subit Paris actuellement, les habitants qui ne peuvent pas conserver leur sang-froid, sont à plaindre sincèrement ; au surplus, la crainte inconsidérée est cer­tainement contagieuse.

Le signal à peine donné, j’entendais un beau branle-bas, dans l’immeuble où l’hospitalité m’a été cordialement offerte, en atten­dant que je puisse m’installer rue Lecouibe 281. De tous côtés, des pas précipités, puis l’irruption sur les paliers, les dégringolades successives dans les escaliers… enfin, avant que la porte de l’ap­partement soit refermée, des appels qui m’étaient personnellement adressés, puisqu’on ne m’entendait pas bouger : « Les sirènes ! A la cave ». Au bacchanal succédait un calme relatif pendant lequel je ne tardais pas à m’assoupir, car j’ai encore bien des nuits blanches passées à Reims à rattraper… mais d’autres sirènes relançaient alors leurs cris douloureux, soulignant à nouveau que les habitants de la capitale doivent être prévenus, en cas de danger.

Le vacarme totalement apaisé, je songeais, à moitié rendormi : « Comme genre d’avertissement, c’est trouvé ; avec cela, on fait comprendre aux Parisiens qu’ils sont bien gardés, seulement, il y a de quoi leur donner mal au ventre à tous, avant la première explo­sion, si elle doit se produire. »

…Le lendemain, j’apprenais, en famille, que l’alerte de la nuit avait été lancée pour rien, encore une fois ; il n’y avait heureuse­ment pas eu de Gothas, mais tous les locataires de la maison avaient passé une heure environ à grelotter dans la cave, en atten­dant la berloque, par laquelle le public est informé qu’il peut être tranquille, qu’il n’y a plus à craindre.

Et cela me rappelait tout de même notre triste existence à Reims, sous la menace continuelle d’autres dangers… avec cette différence toutefois que là-bas, les descentes à la cave étaient tou­jours motivées par les arrivées des premiers projectiles qui, eux tenaient véritablement lieu, en même temps de signaux d’alarme. Les Boches seuls, se chargeaient de nous alerter — et jamais à faux.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 24 – Rameaux – De 3 h. à 5 h. légale, violent bombardement. Des traces d’éclats sur les murs maison Miltat, sur le banc devant mon perron. Visite du Capitaine de la Montagne. 8 h. télégramme m’annonçant la visite d’un officiel. Je devine que c’est l’annonce de notre évacuation14. Préparation du départ, toute la nuit. Les Sœurs font des caisses et emballent. J’attends l’officier, il arrive vers minuit 30. Il faudra partir demain. A 8 h. camion pour effets ; dans la matinée automobile pour moi et Mgr Neveux. Je me couche à 2 h. Nuit terrible. Bombardement entre artilleries et sur la ville. Les Sœurs ne se couchent pas, préparent les bagages.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 24 mars

La lutte d’artillerie s’est poursuivie avec violence sur toute l’étendue du font de bataille germano-britannique.
De puissantes attaques effectuées par des masses considérables d’infanterie et d’artillerie ont rompu le système de défense anglais à l’ouest de Saint-Quentin.
Les troupes de nos alliés, dans cette partie du front, se sont repliées en bon ordre à travers la région dévastée, sur les positions préparées à l’ouest.
Dans la partie nord du front de bataille, les troupes britanniques ont maintenu leurs positions.
Sur le front français, bombardement intermittent et assez violent de nos premières lignes et de nos arrières au nord du Chemin des Dames, dans la région de Reims et en Lorraine.
Un coup de main ennemi à l’est de Loivre est resté sans succès.
Rencontre de patrouilles au nord de la cote 344.
En Woëvre, dans la région de Plelerey, les Allemands ont prononcé une attaque, qui a été dispersée par nos feux. L’ennemi a subi des pertes sensibles et laissé des prisonniers entre nos mains.
Sur le front italien, vif échange de fusillade entre les avant-postes de nos alliés et des groupes explorateurs ennemis au nord de la vallée de Ledro et dans le val Lagarina et entre patrouilles dans l’îlot de Folina et à l’est de Cavazuccherina. 
Les avions italiens ont bombardé les voies ferrées du val Lagarina.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

 

 

 

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Samedi 23 mars 1918

Louis Guédet

Samedi 23 mars 1918                                                   

1289ème et 1287ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Brouillard épais le matin et ensuite journée radieuse de printemps. Les journaux paraissent annoncer enfin la grande offensive allemande sur le front Anglais (sur 80 kilomètres de front). Que ce soit vrai et que ce soit enfin chose décidée et finie. Au moins on sera fixé ! Châlons a encore été extrêmement bombardé cette nuit, le centre, rue Grande Étape et vers la Gare et Ste Pudentienne.

Notre 44e Bataillon de Chasseurs à pied nous quitte demain matin. Ils ne paraissent pas gais les pauvres Chasseurs, ils vont sans doute au front. Pas de nouvelles de Reims. Labitte notaire à Verzy m’écrit pour me prévenir, comme Président intérimaire, qu’il a évacué ses archives et minutes à Aÿ chez M. Vigot (Charles Henri Vigot (1854-1923)) et M. Aubriet (Charles Maurice Aubriet (1873-)), et me prie d’en avertir le Procureur de la République. C’est fait. Il m’annonce que son fils a quitté Fontainebleau et rentre au 61e où il va retrouver mes enfants. J’en suis heureux pour les Grands.

Un incendie à Songy. J’ignore chez qui. Fait mon courrier, rien de bien saillant.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

23 mars 1918 –  A 9 h, les sirènes font entendre, de tous côtés, leurs hurle­ments sinistres. C’est une alerte, car on est prévenu, à Paris, de l’éventualité d’un bombardement.

Les Zeppelins ayant fait des victimes, des mesures ont été pri­ses et les pompiers, lors d’une nouvelle approche des dirigeables ennemis, donneraient l’alerte appelée n° 1 ; l’autre, n° 2, que nous entendons, est spéciale en cas d’incursion possible des aéros bo­ches, — désignés tous sous le nom de Gothas — quand leur pas­sage, en direction de la capitale a été signalé. L’arrivée de ces vi­lains oiseaux est à juste titre particulièrement redoutée, les Gotbas ayant également semé la mort à diverses reprises.

Hier soir, à 20 h 1/2, il y a eu déjà alerte n° 2… mais pour rien.

Ce matin, cependant, on a aperçu de temps en temps des détonations et c’est curieux, dès la première entendue, une pensée m’est venue instinctivement : « Tiens ! un obus1‘. Le même bruit éloigné s’étant répété, il me semblait reconnaître encore des écla­tements d’obus. Nous avons eu l’oreille suffisamment exercée, à Reims, pour distinguer l’arrivée d’un projectile et ne pas confondre son explosion avec celle d’une bombe d’avion.

Mon fils aîné, Jean, était depuis quelques jours auprès de moi. Bon pour le service armé et susceptible d’être appelé sous peu, avec la classe 19, il était venu à Paris pour me faire ses adieux. Je l’accompagnais aujourd’hui à la gare d’Austerlitz, où il se proposait de prendre le train à 10 h 13, pour rejoindre ma famille et nous avions la surprise de trouver la gare fermée à tout trafic : celle d’Orsay l’était aussi, — un avis nous apprenait que des trains pré­cédents n’étaient pas partis.

Il nous fallait donc attendre, sur les quais, la fin d’un état de choses que nous ne nous expliquions pas, tandis que l’écho de fortes détonations, très espacées, nous prenait toujours. Des aéros évoluaient bien, mais à une hauteur ne permettant pas de voir, à distance, si réellement ils bombardaient ; ils étaient d’ailleurs diffi­cilement identifiables.

A vrai dire, nous ne savions que penser.

Enfin, les grilles de la gare ayant été rouvertes, Jean pouvait prendre le train pour Châteauroux à 13 h et je devais regagner à pied l’avenue de l’Opéra, le métro, dont la circulation avait été arrêtée, s’étant seulement remis en marche à 16 h 45, après la fin de l’alerte, annoncée par la berloque à 16 h 1/4.

A 20 h 45, nouvelle alerte, par les sirènes.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 23 – + 5°. Nuit assez tranquille au centre de la ville. De 4 h. à 5 h. vrai (?) très violent combat, surtout du côté allemand. Visite à Rœderer. Violente canonnade allemande par intervalles pendant environ 3 heures. 3 h. Visite du Capitaine qui s’occupe des soldats qui ont travaillé à la cave, à nous faire une issue. Visite de M. Pierre Abelé. Trouvé une fusée – bouchon – non explosée, disent les soldats, et charge fulminate.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 23 mars

Nous avons repoussé de forts coups de main ennemis au sud de Juvincourt, dans le secteur du Godat, au nord de Courcy et au nord de l’Aisne. Sur ces deux derniers points, les détachements ennemis ont été rejetés de nos éléments avancés, après un vif combat qui leur a coûté des pertes sensibles.
En Champagne, une tentative ennemie, à l’ouest du mont Cornillet, a également échoué.
Les Allemands ont jeté des bombes sur Compiègne. Une escadrille qui venait sur Paris, où l’alerte était donnée, a rebroussé chemin.
Les Allemands ayant attaqué les secteurs britanniques sur un front de 80 kilomètres, la bataille s’est développée avec violence. Nos alliés ont maintenu l’ennemi sur ses positions de combat.
Ces pertes allemandes ont été d’autant plus graves que l’adversaire se présentait en rangs plus serrés.
En Mésopotamie, les Anglais ont pris, à Hit, des magasins turcs qui renfermaient une grande quantité d’armes et de munitions.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Vendredi 15 mars 1918

Louis Guédet

Vendredi 15 mars 1918                                               

1281ème et 1279ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Temps magnifique, froid avec vent d’Est. Eté à Vitry-la-Vile retirer mes malheureux bagages qui sont arrivés à bon port. Travaillé toute la matinée à les reconnaitre. Courrier assez court. Lettre de Madame Georges Herment, veuve de mon ancien clerc, notaire à Doullens (Somme), tué en novembre 1915 (Lieutenant au 5e RIT, tué le 10 octobre 1914 à Beaucamp (59)), qui m’annonce son projet de remariage avec le Capitaine Baquet, du 122e d’Infanterie, Chevalier de la Légion d’Honneur, Croix de Guerre, 50 ans (Raymond Léandre Baquet, né en 1868, mariage le 9 juillet 1918), et me demande la marche à suivre pour son fils de son premier mariage (Raymond Herment (1903-1965)), et si je consentirais à être son subrogé tuteur, comme je l’avais déjà accepté. La pauvre petite femme a, je crois, raison. Elle n’aurait jamais pu élever seule son fils, le fils de mon malheureux clerc, Herment, que j’avais en profonde estime. Je lui réponds que j’accepte en souvenir du père. Cette lettre m’a néanmoins laissé songeur et mélancolique toute la journée. Je ne pouvais distraire ma pensée de ce pauvre Herment mort si courageusement, lui homme de tout devoir ! Tout cela vous attriste et vous endeuille. Que de souvenirs soulevés et remués en mon âme par cette lettre ! Que tout passe ! même le souvenir des disparus !! Pauvre Georges Herment !! Brave et honnête garçon, caractère assez singulier, un peu paradoxal, mais sérieux, sûr et de devoir – surtout – Je suis certain qu’il s’est fait tuer par devoir. Pauvre Herment ! Il est certes plus heureux que ceux qui restent.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Paris, 15 mars 1918 – Le bel immeuble devant abriter provisoirement la mairie de Reims est situé 19, avenue de l’Opéra, à l’angle de la rue des Py­ramides. Sans transition, du jour au lendemain, nous nous trouvons ainsi transplantés au milieu d’un cadre somptueux, dans l’une des plus jolies perspectives de Paris, après avoir vécu si misérablement dans les ruines de Reims.

A 9 h, sont réunis en cet endroit, dans les superbes apparte­ments du premier étage, où fonctionnait, avant la guerre, une ban­que autrichienne, M. Émile Charbonneaux, adjoint au maire, MM. Perotin, directeur du service de l’architecture de la ville de Reims, Cullier, chef du bureau de la comptabilité, Coûtant conducteur à la voirie, rattaché depuis peu à la « comptabilité » et moi-même.

Em. Charbonneaux fait reconnaître les locaux et prend les dispositions avec M. Perotin pour les aménagements du cabinet de l’administration municipale, du secrétariat, où pourront être grou­pés différents bureaux annexes, du bureau de la comptabilité et de la recette municipale, dont les emplacements sont choisis et dé­terminés.

A la suite de démarches qu’il a faites, M. Em. Charbonneaux est à même de nous apprendre que les archives, qui sont parties de Reims derrière nous, pourront être placées dans le sous-sol de l’Office colonial, au Palais Royal.

Em. Charbonneaux nous annonce en outre qu’il serait en mesure de faciliter le logement, à Paris, d’une partie du personnel évacué et à venir — car les camarades restés à Reims ne tarderont pas à suivre.

Nous nous rendons avec lui, 281 rue Lecourbe, afin de visiter une maison nouvellement construite, dont les installations intérieu­res sont sur le point de se terminer et nous sommes très heureux qu’il veuille bien nous guider, et même venir avec nous en voir le propriétaire, en vue de résoudre, au plus tôt cette importante question. Les conditions de la location des logements de cet im­meuble sont examinées et arrêtées séance tenante. Cullier retient immédiatement un appartement, avec chambre indépendante au troisième étage du bâtiment sur cour et il est entendu qu’il me sous-louera la chambre.

Cette matinée si utilement employée, le groupe, avant de se séparer de M. Em. Charbonneaux, tient à le remercier de l’aménité avec laquelle il s’est préoccupé aussi bien des intérêts particuliers, que de l’organisation complète des services.

Les collègues nous quittent à une station du nord-sud et nous décidons, Cullier et moi, de déjeuner dans les environs. Nous esti­mons avoir lieu d’être satisfaits de ce qu’aient été résolues si rapi­dement, les différentes choses essentielles concernant notre nou­veau genre d’existence, puis nous projetons de nous rendre dès cet après-midi à la maison Walbaum, transférée à Paris, afin d’y de­mander le déchargement, en gare de la Villette, du wagon qui y est arrivé avec nos archives, ainsi que leur transport, pour partie avenue de l’Opéra 19 et pour la plus forte charge, rue de Valois, au Palais Royal.

Avant de nous remettre en route pour ce déplacement, nous faisons une courte promenade dans le quartier de notre futur do­micile. A cette heure et par une belle journée déjà printanière, il nous est très agréable de circuler librement. Nous avançons en échangeant nos impressions nouvelles ; au coin des rues Dombasle et de la Convention, nous nous arrêtons pour nous reposer un instant dans un bar — il est 13 h 3/4.

Il n’y a pas longtemps que nous sommes entrés — cinq mi­nutes à peu près — lorsqu’une très violente et formidable explo­sion, qui a fait vibrer tout dans l’établissement, se produit soudai­nement ; elle est suivie de deux ou trois autres plus sourdes, tandis qu’un énorme nuage blanc apparaît au loin, se détachant dans le ciel bleu. On court de tous côtés, dans les rues, pour chercher un refuge : Les Gothas ! a-t-on entendu crier ; patron et patronne sont disparus dans la cave — et nous nous apercevons que nous som­mes restés seuls dans le bar, devant nos tasses de café. Il nous semble que cela s’est passé dans la direction nord-est, à l’extrémité de Paris probablement, et nous sommes d’accord pour conclure qu’une importante usine vient sans doute de sauter.

En nous rendant alors à la maison Walbaum, rue de Tanger, précisément dans le sens de l’explosion, il nous est donné de voir, de moins loin, de fortes colonnes de fumée, remarquées dès la sortie du métro, et paraissant annoncer un incendie immense — puis, en allant toujours, d’apercevoir la foule au milieu de laquelle passent, se suivant de près, bon nombre de taxis transportant des blessés.

Nous apprenons enfin qu’une épouvantable catastrophe s’est produite. Un dépôt considérable de munitions, composé principa­lement de grenades, a été détruit à La Courneuve. Il y a quantité de victimes — les journaux, le lendemain parlent d’une trentaine de morts — et les dégâts qui se sont étendus, rasant, ravageant tout jusque dans un rayon éloigné, sont des plus sérieux.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 15-0°. Nuit à peu près tranquille, sauf quelques obus de temps en temps jusqu’à 4 h. A 4 h. 15, heure solaire, violente canonnade aux Cavaliers de Courcy. Via Crucis in Cathedrali, 7 h. 30 à 8 h. 30, mugiente canone. A 6 heures, des éclats d’un obus contre avions viennent frapper nombreux dans l’angle de mon cabinet avec la maison Miltat. 6 h. Visite du Capitaine Luizeler, de l’architecte et de M. de Bruignac au sujet du 2e radio-télégramme de l’ennemi relatif au poste d’observation optique qu’il prétend avoir aperçu sur la Cathédrale. On me remet les clefs des serrures de l’enclos et des portes de la Cathédrale pour que je les gardé. Ma Note paraît dans l’Écho de Paris auquel elle a été transmise par le Ministère ou la Commission de l’Armée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Vendredi 15 mars

Légère activité d’artillerie de part et d’autre en Champagne, dans les régions des Monts, dans les Vosges, à l’est de Saint-Dié et dans la région de l’Hartmannswillerkopf.
Trois appareils allemands ont été abattus par nos pilotes.
Notre aviation de bombardement a effectué plusieurs sorties. Neuf mille huit cent kilos de projectiles ont été lancés sur les gares, usines et terrains d’aviation de la zone ennemie.
En Macédoine, activité d’artillerie sur la rive droite du Vardar et au nord-ouest de Monastir.
Nombreux bombardements exécutés par les aviations alliées sur la ligne Sérès, Drama, sur les dépôts ennemis de la vallée du Vardar et sur la gare de Berauci, au nord de Monastir.
Sur le front britannique, nos alliés ont exécuté des coups de main sur les tranchées allemandes, au sud-est d’Epehy et ont ramené des prisonniers.
Des tentatives de raids ennemis, au nord de la voie ferrée d’Ypres à Staden, ont complètement échoué.
Activité des deux artilleries au sud-ouest de Cambrai.
Recrudescence de l’activité de l’artillerie allemande, dans les secteurs de Neuve-Chapelle et de Fauquessart.
Combats de patrouilles et d’artillerie sur le front italien.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Jeudi 14 mars 1918

Louis Guédet

Jeudi 14 mars 1918                                                       

1280ème et 1278ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Toujours un temps magnifique. Le 44e Chasseurs à pied est arrivé ce matin. Nous logeons le Commandant Pasquier, plutôt commun (Gaston Pasquier, terminera sa carrière comme Général (1869-1951)). Il est convaincu de l’attaque des allemands sur Reims. D’autre part il dit qu’on dit, (que n’aura-t-on pas dit durant cette interminable Guerre) que l’Autriche causerait avec les États-Unis. Bref le plus malin ne sait rien, n’y connait plus rien et y perd son latin.

Eté promener dans les prés avec Maurice et Jean. Le pauvre Grand s’ennuie ici à mourir. Je regrette bien que son frère ne soit pas venu en même temps que lui en permission ! Mais ici quelle distraction lui donner. Visite du Capitaine Fremond qui est venu de Courtisols, 25 kilomètres à bicyclette ! C’est réellement fort aimable à lui, il nous est toujours fort reconnaissant de son séjour ici. Que c’est loin déjà !! 2 ans ! Rentré travailler, et songer tristement à tous ces événements, insolubles, insondables.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

14 mars 1918 – Dès 6 h 3/4, je suis place d’Erlon, avec mes colis ; je trouve auprès de l’auto militaire, Cullier et notre excellent cuisinier de la popote, le brigadier Poussant, de la police, qui précisément est de service, ce matin, pour surveiller l’embarquement.

A 7 h 1/2, nous ne sommes encore qu’une demi-douzaine de voyageurs et voyageuses parmi lesquels deux marchandes de la halle, en discussion animée avec le représentant de l’ordre, depuis leur arrivée, car elles se présentaient au départ avec deux cageots assez encombrants, remplis de poules.

« Oh mais ! vous ne pouvez pas emmener cela, leur avait-il déclaré tout de suite ; il n’y aura pas de place pour vos ca­geots dans la voiture, en dehors de vos autres bagages.

Eh bien moi, je vous dis que je partirai avec mes poules, avait répondu avec assurance l’une des deux femmes.

D’abord, ça ne peut gêner personne », ajoutait-elle en envoyant le premier panier dans les jambes des partants déjà installés.

Ceux-ci y mettant visiblement de la complaisance et se bor­nant à sourire, le brigadier, bon enfant, n’insistait pas pour avoir le dernier mot et fermait les yeux… en tournant le dos afin de ne pas voir placer le second panier. Mais, la conversation avait été bien près de tourner à l’aigre.

Le conducteur, pour compléter sa voiture, nous dirige alors sur l’abattoir, autre lieu de rendez-vous des personnes à évacuer et l’auto ne s’y replie que petit à petit, pour démarrer enfin à 10 h 1/2.

Cette fois, nous partons ; nous quittons Reims et allons vivre hors des dangers courus d’une façon permanente depuis septem­bre 1914.

Nous gagnons la route d’Epemay, d’où nous pouvons jeter, de temps en temps un regard d’adieu sur notre malheureuse ville et revivre en quelques instants son long martyre, la destruction suivie jour par jour de tout ce qui faisait sa beauté. Sa merveilleuse cathédrale, que nous avons vue en flamme est toujours devant nos yeux, — pauvre squelette maintenant, dont les affreuses blessures nous sont bien connues. Nous revoyons la dévastation par le feu ou les obus de ses riches quartiers et de ses faubourgs ; l’incendie de son hôtel de ville — les différentes phases de ce désastre sont si profondément gravées dans notre mémoire — et nous perce­vons, pour la dernière fois, la gamme sinistre des sifflements an­nonceurs des explosions dont nous avons depuis longtemps les oreilles rebattues.

De tristes tableaux, parmi toutes ces misères, repassent dans notre souvenir — blessés, morts — et ceci nous ramène à l’esprit combien de fortes émotions, d’angoisses ressenties au milieu des risques courus, mais il y a eu tant de ces moments excessivement menaçants, que la plupart presque tombés dans l’oubli, font place aux périls plus épouvantables encore venus s’y mêler en dernier lieu, les gaz.

Et en voyant, à regret, la cité si cruellement meurtrie disparaî­tre à notre vue, nous nous demandons quand nous la reverrons et comment nous la retrouverons ? Nous appréhendons ce que les événements attendus peuvent encore l’obliger à subir.

Enfin, nous éprouvons l’intime satisfaction d’avoir pu accom­plir à Reims, ce que nous devions y faire et cette satisfaction se double, de celle non moins grande d’en sortir indemnes.

A midi seulement, nous arrivons à Epemay. Nous passons déjeuner au restaurant Triquenot, où, couverts de poussière, nous avons lieu d’être quelque peu dépaysés, puis nous débarquons du train à 18 h, dans le brouhaha de Paris, après trois ans et demi vécus, comme civils, sur le front.

Mon premier soin est de jeter à la boîte aux lettres de la gare de l’Est, une carte postale griffonnée dans le wagon, à l’adresse de ma femme, avec ces mots : « Je quitte les ruines de Reims et roule vers Paris » puis un taxi nous conduit dans les mêmes parages, Cullier se rendant avenue des Gobelins, tandis que je descends au bout de la rue Monge.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 14 – Nuit tranquille à l’est, agitée au nord. + 5°. Visite du Capitaine Vuathier, du Génie, qui fait percer le mur de notre cave afin qu’en cas d’obstruction de l’unique entrée par un incendie ou par un éboulement, nous ayons une autre sortie toute prête. Visite à M. Compant. Visite de la Rév. Mère Supérieure Générale de l’Enfant-Jésus. Visite du Général Beaudemoulin, de M. Pierre Lochet, de M. de Bruignac. Tirade violente de 12 à 15 coups de batteries à 8 h. 30.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 14 mars

Au nord-ouest de Reims, les Allemands ont tenté, dans la région de Loivre, un coup de main qui a complètement échoué.
En Champagne, à la suite d’un bombardement violent de la région des Monts, les Allemands ont dirigé une attaque sur nos positions, à l’est de Vaudesincourt.
Après un vif combat, nos troupes ont rejeté l’ennemi de quelques éléments avancés où il avait pris pied, en lui infligeant des pertes sérieuses.
Assez grande activité des deux artilleries sur la rive gauche de la Meuse.
Un appareil allemand a été abattu. Trois autres, gravement endommagés sont tombés dans leurs lignes.
Sur le front britannique, un détachement ennemi, qui tentait d’aborder les lignes de nos alliés vers la Vacquerie, a été dispersé.
Un coup de main, effectué avec succès au nord de Lens, a permis aux Anglais de ramener des prisonniers.
Au sud d’Armentières, un poste britannique a été attaqué à la suite d’un violent bombardement, par un fort détachement ennemi.
Sur le front italien, canonnade dans la Haute Montagne (Tonale, Cristallo, Stelvio) et dans la plaine du Piave. Combats d’aviation dans la région du littoral.
Les troupes turques sont rentrées dans Erzeroum.
Les Austro-Allemands sont devant Odessa

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 13 mars 1918

Louis Guédet

Mercredi 13 mars 1918                                               

1279ème et 1277ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Temps magnifique. Rien de saillant. Les journaux insignifiants, néanmoins ils ont l’air de dire que le Japon va intervenir. Puissent-ils dire vrai et éviter le grand choc sur notre front. Cette pensée m’obsède et me tue. Peu de courrier. Travaillé à mettre au point quelques actes ! Je m’acharne au travail pour ne pas penser. Eté à Songy porter des lettres, revenu par la prairie, je suis éreinté ! Il faisait pourtant un temps idéal, mais mes tristes pensées m’obsèdent et me rendent tout amer.

Jean s’ennuie ici, le pauvre grand, et je ne sais quelle distraction lui donner. Pas de nouvelles de Reims. Et c’est aussi une obsession, plus je reste ici plus je désire ne plus retourner là-bas. Et puis, qu’irai-je faire ?! Reims étant réduit à 1 000 habitants environ. A quoi servirais-je ? Je voudrais bien que ma situation à ce sujet s’éclaircisse et se précise nettement. Je ne regretterai nullement de n’y plus retourner. J’ai comme un sentiment d’horreur. J’y ai tellement souffert ! C’est un cauchemar épouvantable pour moi. Mon Dieu ! éclairez-moi ?! Faites que cette situation  cesse bientôt et que je sache au moins à quoi m’en tenir pour entreprendre quelque chose de stable et suivre une ligne de conduite. Car je suis las de cette vie sans suite, interrompue à chaque instant par maints incidents. Verrais-je une fin à tout cela. Aurais-je des jours heureux et prospères. J’en doute ? Je n’ose plus l’espérer.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

13 mars 1918 – Bombardement vers la gare.

Ce matin, nous venons d’apprendre que nous allons par­tir. M. Em. Charbonneaux, adjoint au maire, nous a donné, à Cul­lier, chef du bureau de la « comptabilité » et à moi, rendez-vous pour après-demain vendredi 15 — 9 h, à Paris, avenue de l’Opéra 19, où il est projeté d’installer, dans les locaux séquestrés d’une banque autrichienne, les services de la mairie désignés pour y être évacués.

Pas de temps à perdre pour les derniers préparatifs, car il s’agit encore, au bureau, de régler certaines choses aujourd’hui même.

Dans l’après-midi, je trouve le temps de courir rue du Cloî­tre 10, boucler en vitesse mon bagage personnel et de faire ame­ner mon lit-cage dans la cour de l’hôtel de ville. Je le recommande aux bons soins de M. Bertin qui a été chargé par le service de l’architecture, de veiller sur le stock des archives et d’en assurer le chargement dans les fourgons militaires qui viendront ces jours-ci.

« Si cela vous est possible, lui dis-je, faites-le partir aussi dans le wagon, vous me rendriez service.

Vous pouvez compter sur moi », me répond-il simple­ment.

Nous demandons à la police les ordres de départ devant nous permettre de monter dans l’une des autos d’évacuation et il est entendu que nous prendrons la voiture devant quitter la place d’Erlon demain matin, 14 mars, à 7 h, afin d’avoir, à Epemay, l’ex­press de midi 4, sur Paris.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 13 – On vient chercher ma lettre au Pape, et ma note pour la presse et le Ministre, ainsi que mon télégramme pour le Vatican, demandés par l’envoyé du Capitaine Luizeler à 6 h. soir. Nuit tranquille.

+ 2°. Beau temps. Avions dans l’air. Visite d’adieu de M. le Curé de Saint-Remi. Visite de M. Henry Bordeaux, l’académicien, et de M. Sainsaulieu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 13 mars

Au cours du raid qui a eu lieu sur Paris, dans la nuit du 11 au 12, neuf escadrilles allemandes se sont dirigées vers la capitale. Près de soixante avions ont réussi à franchir nos lignes. Il y a eu à Paris des dégâts et des victimes. 29 personnes ont péri sous les bombes et 66 sont mortes étouffées dans une panique à une station du métropolitain.
Les Allemands ont éprouvé des pertes sérieuses. Quatre de leurs appareils, dont trois gothas quadruplaces et un appareil biplace ont été abattus ou contraints d’atterrir dans l’intérieur de nos lignes.
Pendant le raid, nos avions de bombardement ont exécuté une contre-offensive extrêmement vigoureuse sur les aérodromes de départ ennemis qui ont reçu 5.800 kilos de bombes. On a observé de nombreux éclatements ayant atteint leur but.
Bombardement assez vif sur la rive droite de la Meuse, en Lorraine, dans la région du Reillon et d’Ancerviller.
Sur le front britannique, les Australiens ont effectué avec succès des coups de main sur les postes allemands, à l’est et au nord-est de Messines. Ils ont tué un certain nombre d’ennemis et ramené des prisonniers. Leurs pertes ont été légères.
Activité des deux artilleries au sud-est d’Armentières et au nord-est et à l’est d’Ypres.
Les aviateurs anglais, ont jeté plus de 490 bombes sur les gares de Reims, Roulers, Ledeghem et Solesmes. Ils ont également bombardé, en plein jour, Coblentz.
Ils ont abattu trois ballons ennemis et cinq aéroplanes.
Un raid de dirigeables allemands a eu lieu en Angleterre sur le Yorkshire.
Le président Wilson a exprimé à la nation russe sa sympathie en lui disant qu’il ne laisserait pas toucher à l’indépendance de sa politique intérieure.
Le statthalter d’Alsace-Lorraine lance une proclamation pour affirmer que le pays d’empire restera allemand.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

 

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Mardi 12 mars 1918

Louis Guédet

Mardi 12 mars 1918                                                      

1278ème et 1276ème jours de bataille et de bombardement

5h1/4 soir  Beau temps, gelée, mais doux dans la journée. A 8h Jean nous arrive en permission. Robert arrivera sans doute ces jours-ci. Nous serions donc tous réunis pour la première fois depuis la Guerre, 43 mois !! Rien de saillant. Lettre aimable du Procureur qui me demande de rester au repos. Jean a dormi toute l’après-midi, il était fatigué de son voyage de nuit et d’une randonnée à cheval hier.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

12 mars 1918 – Bombardement, comme les jours précédents.

Au service du commissariat qui fonctionne à la mairie, en face du nôtre, il y a affluence aujourd’hui.

Conformément aux prescriptions de l’affiche jaune placardée hier, les personnes autorisées à rester à Reims (1 500 environ) viennent faire apposer sur leurs cartes de circulation, le visa spécial sans lequel il sera absolument impossible, à partir du 15 courant, de demeurer dans notre ville. La formalité consiste à obtenir la mention suivante, que je demande à M. Luchesse, secrétaire géné­ral de la police, d’ajouter sur la mienne :

Autorisation de séjour – mars 1915.
P/o. de la commission mixte, signé Luchesse.

A la « comptabilité », nous nous attendons toujours à rece­voir l’ordre de faire nos préparatifs de départ et comme nous pres­sentons que cela ne tardera plus, nous décidons, afin de nous mettre en avance, de commencer l’emballage de nos paperasses.

Nous allons donc travailler dans la partie du sous-sol de la rue de la Grosse-Ecritoire où nos registres voisinaient avec d’autres archives, déposées là par les soins du personnel de différents bu­reaux : état-civil, voirie, architecture, etc.

Cullier procède à l’inventaire de tout ce qu’il veut évacuer pendant que, de mon côté, je fais le récolement des nombreux livres de l’administration du mont-de-piété, à l’aide de celui que j’ai établi depuis longtemps.

Le tout est ensuite remonté, après avoir été étiqueté, numé­roté et ficelé. Les lourds colis sont transportés et déposés dans la cour de l’hôtel de ville, à côté d’autres registres, documents, car­tons, déjà prêts à être enlevés. Avec ce que nous ajoutons, concer­nant nos services respectifs, l’ensemble à charger forme maintenant un tas de plusieurs mètres cubes.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 12 – + 2°. Beau temps. Vers 4 h. un avion vole très bas. Visite du Général Petit et de MM. Paul Renaudet et Abel Ferry, pendant le Conseil. On a lu dans un journal suisse un communiqué disant que les patrouilles allemandes ont, de nouveau, vu des signaux lumineux sur la Cathédrale. La Commission de l’Armée prend cela pour un avertissement. Elle m’envoie ces Messieurs pour me prier d’écrire au Pape. Je réponds que je veux bien ; mais que les Allemands auront le temps d’écraser la Cathédrale avant toute intervention utile du Pape. Celui-ci ne peut pas défendre – lui – aux batteries allemandes de tirer sur la Cathédrale. Il enverra une lettre à son délégué à Berlin. Celui-ci écrira au Ministre prussien à Lugano ; le Ministre à son Gouvernement ; cela prendra 8 ou 10 jours – Alors envoyez un télégramme – Je veux bien, mais les civils n’en ont pas le droit – Vous l’enverrez au nom du Gouvernement – Mais vous m’avez dit qu’il ne faut pas que le Pape sache que je lui parle au nom du Gouvernement – Alors, tout en écrivant la lettre, indiquez une Note pour les journaux : les Allemands la liront et recevront ainsi une explication. — Je veux bien, mais faut-il tout dire ? Cette question signifiait : faut-il expliquer aux Allemands que les hommes qu’ils voient sur la Cathédrale sont des ouvriers qui déposent les vitraux, ce qui était vrai. – Mais oui ! nous avons, nous, eu la pensée de former une Commission d’étrangers : espagnols, suisses, qui viendraient constater sur place qu’on ne fait pas d’observation sur la Cathédrale, et feraient une enquête – Vous ne pourriez rien faire de mieux. Ils partent. Je rédige une lettre au Pape et une note pour les journaux, étant bien entendu que je ne consens à la poster qu’après que le Gouvernement l’aura lue. C’est alors que à 6 h. soir par retour les 2 pièces à Mgr Neveux qui les écrirait à la machine. Un capitaine nous guide : on a surpris un radio télé-gramme ainsi conçu : « Si les autorités militaires françaises ne donnent pas d’ici 48 h. la preuve qu’il n’y a pas d’observateur au-dessus de la Cathédrale, celle-ci sera bombardée. » Il fut conclu que l’on enverrait un radio-télégramme pour donner l’assurance demandée. J’écrivais une lettre au Pape, et au Ministère public ma Note à la presse. Le bombardement de la Cathédrale n’eut pas lieu(1).

Visite du Commandant Deligny ou Deligné, cantonné à Bezannes, natif de Moulins, Allier. 10 h. soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Le Cardinal, qui a conservé un amer souvenir de la séparation de l’Église et de l’État, de ses vexations et de son expulsion personnelle de l’Archevêché, n’apprécie pas le rôle officiel que l’on essaie de lui faire jouer, même au nom de « L’Union Sacrée ». Il entends également conserver toute son indépendance pour que sa parole ne puisse être mise en doute, ni par le Vatican, ni par les États neutres, ni même par nos adversaires. La présence d’ouvriers dans les hauts de la Cathédrale pouvait effectivement servir la propagande allemande mais, de tout façon, les artilleurs mettaient le jeu comme bon leur semblait.

Mardi 12 mars

Au nord de l’Aisne, nous avons exécuté deux coups de main dans la région de Fresnes et au nord de Courtecon.
En Champagne, l’ennemi a tenté d’aborder nos lignes aux approches de la route Saint-Hilaire-Saint-Soupplet. Ila été rejeté par notre contre-attaque et a laissé des prisonniers entre nos mains.
Sur la rive gauche de la Meuse, après un violent bombardement, une double attaque à laquelle participaient des troupes spéciales d’assaut, a été menée contre nos positions de la côte de l’Oie et du Mort-Homme. Les assaillants ont été partout repoussés. Sur la rive droite, vive action de l’artillerie au bois des Caurières.
Au nord de Saint-Mihiel, nous avons dispersé un fort groupe ennemi qui, de Seuzey, cherchait a aborder nos tranchées.
Les troupes américaines ont, en Lorraine, effectué une incursion hardie dans les lignes allemandes.
Les troupes britanniques ont exécuté avec succès au sud de Saint-Quentin un coup de main qui leur a permis de tuer ou de capturer, un certain nombre d!ennemis et de ramener deux mitrailleuses.
Un détachement allemand, qui tentait d’aborder les lignes au nord-ouest de la Bassée à été rejeté par les feux de l’artillerie anglaise et les mitrailleuses. Un nouveau raid de gothas a eu lieu sur Paris.
Les Autrichiens ont bombardé Naples par avions. On signale 74 victimes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Lundi 11 mars 1918

Louis Guédet

Lundi 11 mars 1918                                                       

1277ème et 1275ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Beau temps. Peu de courrier. Lettre de Robert annonçant son arrivée vers les 8 – 9 – 10, et il n’est pas encore ici, cela inquiète sa mère. Il y a eu un coup de main vers leurs positions. Pourvu qu’il ne leur soit rien arrivé. Après-midi été jusqu’à Vitry-la-Ville porter des lettres, prendre des mandats et cherché à la Gare un paquet de vêtements pour Maurice. Rentré très fatigué avec Madeleine qui m’avait accompagné jusqu’à la sortie de Cheppes et m’y avait attendu. Pas de nouvelles de Reims, ni d’Épernay.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

11 mars 1918 – Nuit épouvantable encore.

Un pilonnage du centre de la ville commençait à 20 h 1/2 et les obus tombaient régulièrement jusqu’à 23 h. A ce moment, nos 120 se mettant à tirer, faisaient taire les batteries ennemies ; puis, les sifflements ne tardaient pas à recommencer — et vers minuit et demie, tir contre des avions.

Après semblables nuits, je me vois dans l’obligation, ou d’en­visager l’abandon de mon domicile provisoire, 10, rue du Cloître, ou de redescendre à la cave, dans cette maison de mon beau-frère, qui a déjà reçu douze ou treize obus.

Quoique notre service de la « comptabilité » à la mairie, soit dé­signé pour être évacué de Reims sous peu, je trouve qu’il serait prudent, avec ces bombardements de plus en plus dangereux, de transporter sans tarder mon lit ailleurs, car installé au rez-de-chaussée, dans un ancien bureau vitré, prenant jour sous un passage également vitré ou étant censé l’être, il me faut essayer d’éviter les grands risques de la dure période que nous traversons.

Incendie, le matin, rue Werlé, au cours duquel un pompier de Paris est victime d’un accident mortel et bombardement, dans la journée. A 10 h, trois obus arrivent soudainement derrière l’Hôtel de ville. Pendant une partie de la journée, les projectiles tombent vers la place de la République.

Une grande affiche, datée du 8 mars et signée : « La commission mixte » a été placardée en ville ce matin ; je la remarque rue Colbert, en me rendant à la mairie. Sa lecture est assez émouvante et donne l’impression que de très graves événements sont attendus. Cependant, puisque des sursis sont encore accordés aux commerçants qui veulent enlever leurs marchandises ou aux déménageurs, on en déduirait facilement que c’est de notre part une initiative doit être prise… mais, on ne sait rien ; on parle beaucoup aussi de l’offensive allemande qui ne peut tarder à se déclencher.

Lorsque j’arrive au bureau, je trouve, sur notre table, des prospectus, dont la police a un stock à distribuer, reproduisant exactement les termes de la dite affiche, ce qui me permet de relire plus posément ce qui suit :

A la population.
Reims, le 8 mars 1918.

Il a paru nécessaire d’éloigner du front le plus grand nombre de personnes possible, non seulement pour les soustraire à un risque inutile, mais aussi afin de pouvoir mieux assurer la sécurité des habitants décidés à rester.

Départs :

Tous les malades et les vieillards, tous les enfants de moins de 16 ans, toutes les personnes dont la présence n’est pas essentielle doivent partir dès maintenant, soit qu’elles aient été touchées par un ordre de départ, soit que, par suite des difficultés du recensement elles ne l’aient pas encore reçu.

Autorisations :

Ne pourront être laissées à Reims, outre les services publics, que les personnes strictement indispensables pour :

  1. la garde et l’évacuation des usines et des caves ; les ré­parations urgentes du bâtiment et les évacuations de mobilier (déménagements, transports, emballages) ;
  2. la garde d’immeubles importants ou nombreux et pré­sentant une sécurité suffisante, à condition que l’état de santé de ces gardiens leur permette d’assurer une garde efficace ;
  3. l’alimentation et l’entretien des personnes autorisées à rester.

Des erreurs ayant pu se produire dans le recensement, les personnes qui croiraient rentrer dans ces diverses catégories pourront présenter leur demande à l’hôtel de ville.

Visa des cartes

Les personnes admises à rester devront faire apposer sur leur carte d’identité un « visa spécial d’autorisation »; celles qui n’auraient pas de cartes individuelles d’identité devront s’en procurer immédiatement.

Les cartes seront présentées au visa à l’hôtel de ville, pour les employés ou ouvriers par leurs directeurs ou patrons ; les per­sonnes isolées fourniront sur l’utilité de leur présence et leurs conditions d’habitation toutes justifications qui leur seront de­mandées.

Ces déclarations devront être terminées le 15 mars.

A partir du 15 mars, chaque habitant devra être cons­tamment porteur de sa carte d’identité et la présenter à toutes réquisitions des agents civils ou militaires, dans les rues et à domicile.

Précautions — Zones interdites…

Des mesures générales de protection tendront à assurer la sécurité des personnes que retiennent leurs intérêts ou leurs obli­gations.

L’habitation et la circulation seront interdites dans les zo­nes particulièrement dangereuses, le ravitaillement a été assuré de la manière la plus simple, en vue des circonstances difficiles ; de nouvelles dispositions seront prises pour combattre l’effet des gaz ; enfin chacun peut trouver un abri sûr contre le bombar­dement et en demander au besoin.

La zone interdite est limitée par : chemin de Saint-Brice, rues des Romains et Jolicœur, rues Jules-César et Gosset, rues Jacquart et Ruinart-de-Brimont, boulevards de Saint-Marceaux, Gerbert et Victor-Hugo, rues Saint-Sixte et Saint-Julien, place Saint-Remi, rue et faubourg Fléchambault, rue de la Maison- Blanche. Elle pourra être ultérieurement réduite.

Le personnel des établissements dépassant cette limite, rece­vra une carte d’autorisation spéciale.

D’ici au 15 mars, les habitants sont invités à faire vérifier l’état de leurs masques, dans les postes de secours voisins de leur habitation, dont la liste vient d’être publiée.

Les masques défectueux seront changés et un deuxième masque leur sera délivré. Les demander à l’hôtel de ville. Ils en porteront constamment un sur eux et laisseront l’autre chez eux, au sec, toujours à leur portée.

Pour les habitants vivant en groupe, les demandes en toiles et produits doivent être adressées à l’hôtel de ville dans le plus bref délai.

Là plupart des accidents causés par les obus à gaz, sont dus à l’inobservation des prescriptions gênantes, mais nécessai­res, qui ont été récemment affichées ; il importe de s’y conformer avec soin.

En prenant, chez soi et au dehors toutes les précautions suggérées par la prudence et l’expérience, il y a lieu d’espérer que le dernier bataillon des Rémois pourra traverser sans acci­dent la crise finale et accueillir les siens dans la cité dont son dévouement aura préparé le relèvement.

Évacuation éventuelle :

Il peut pourtant arriver que l’ennemi s’acharne un jour spécialement contre la ville ; rien ne servirait de s’ensevelir sous les ruines ou de se laisser prendre par lui, en pleine bataille ; il faudrait se retirer. Il est donc sage que chacun ait pensé à ce départ possible et préparé ce qu’il lui faudrait pour s’éloigner fa­cilement.

Si l’autorité militaire, en raison des renseignements qui lui parviennent, voit la nécessité de prendre une telle décision, elle en informera les habitants qui devront partir immédiatement, avant que l’attaque se produise.

En cas d’offensive subite, comme dans le cas de bombar­dement très violent par les gaz, prolongé pendant deux heures au moins, les habitants se rendront à l’extérieur de la ville, par des itinéraires indiqués par des écriteaux.

Des détachements militaires les recevront et les accompa­gneront.

Il leur est recommandé de marcher lentement, toujours munis de leur masque et de préférence par les voies étroites.

Ceux qui auront été intoxiqués, s’arrêteront dans les postes de secours, où des soins leur seront immédiatement donnés.

La commission mixte.

Ce suprême avertissement que nous donnent, sous le couvert de la « commission mixte », les officiers qui ont été chargés de diri­ger l’évacuation, prend, dans les circonstances actuelles, un carac­tère exceptionnel de gravité.

Pour ma part, après en avoir relu encore les termes que l’on s’est efforcé de ne pas rendre trop alarmants, et cherché à deviner ce qui se trouve entre les lignes, je comprends qu’il nous faut, dès à présent, nous tenir sur le qui-vive, nuit et jour, et nous attendre à déguerpir lestement, par ordre, d’un moment à l’autre. Je suis prêt.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Lundi 11 – + 2°. Nuit assez tranquille. Visite au Général Petit, pour savoir s’il faut vraiment dès maintenant quitter notre maison. Réponse : non. On nous avertira et on nous donnera des moyens d’évacuer : on a reçu des instructions à ce sujet. Visite du dessinateur qui a voulu dessiner mon portrait, et qui fera demain celui de Mgr Neveux. De 5 h. 30 à 6 h. 30, bombardement intense, dur, violent (sur batteries ?). Des obus ont dû tomber en ville ; des éclats tombent nombreux dans notre jardin. Vers 9 h. soir, violent bombardement ; nous descendons à la cave, nous en montons pour prière du soir. A 8 h. 30 et 9 h. nouvelle séance. De même à plusieurs reprises dans la nuit. Six bombes à l’Enfant-Jésus, au noviciat et dans les services. La Rév. Mère était là. Incendie aux Caves Werlé ; un pompier de Paris se tue en tombant du toit.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 11 mars

Nous avons repoussé des coups de main au sud de Bétheny, sur la rive gauche de la Meuse et dans les Vosges. L’ennemi a subi des pertes et laissé des prisonniers entre nos mains.
Nos détachements, pénétrant dans les lignes allemandes, à l’est d’Auberive et dans la région de Badonviller, ont opéré de nombreuses destructions et fait des prisonniers.
Deux avions allemands ont été abattus par nos pilotes et dix autres, gravement endommagés, sont tombés dans leurs lignes.
Notre aviation de bombardement a effectué plusieurs sorties: 14000 tonnes de projectiles ont été lancés sur les gares, cantonnements et terrains d’aviation de la zone ennemie. Plusieurs incendies ont été constatés.
Les Anglais ont exécuté avec succès des coups de main au nord-ouest de Saint-Quentin et au sud-est de Cambrai. L’ennemi a eu un certain nombre de tués et a laissé des prisonniers.
Activité de l’artillerie allemande dans le secteur d’Armentières, à l’est de Wytschaete et sur la route de Menin.
En Macédoine, dans la vallée de la Cerna, les troupes britanniques ont exécuté avec succès plusieurs coups de main dans les lignes bulgares.
Dans la boucle de la Cerna, après une violente préparation d’artillerie, un détachement ennemi a tenté une attaque sur nos positions au nord d’Orchovo. Il a été repoussé.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Dimanche 10 mars 1918

Louis Guédet

Lundi 11 mars 1918                                                       

1277ème et 1275ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Beau temps. Peu de courrier. Lettre de Robert annonçant son arrivée vers les 8 – 9 – 10, et il n’est pas encore ici, cela inquiète sa mère. Il y a eu un coup de main vers leurs positions. Pourvu qu’il ne leur soit rien arrivé. Après-midi été jusqu’à Vitry-la-Ville porter des lettres, prendre des mandats et cherché à la Gare un paquet de vêtements pour Maurice. Rentré très fatigué avec Madeleine qui m’avait accompagné jusqu’à la sortie de Cheppes et m’y avait attendu. Pas de nouvelles de Reims, ni d’Épernay.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

10 mars 1918 – Même genre de bombardement que les jours précédents. Arri­vées d’obus à gaz par séries, en pleine ville. La place de la Répu­blique reçoit, ce jour, une douzaine de projectiles.

Aujourd’hui, on estime à 1 800 habitants, le chiffre de la population restant à Reims.

Complétant les renseignements donnés déjà dans ses nu­méros des 28 février, 2 et 3 mars, sous le titre « Le ravitaillement », L’Éclaireur ajoute à ses indications :

Cordonniers. Gilbrin ; Charles Goetsch (cordonnerie du Centre).
Blanchisseuses et repasseuses actuellement à Reims, Mmes Lejeune; Geanty ; V* Bach lu ; Thirion ; Ve Peltier, Testulat ; Melle Metillon ; Mme Chœtter.
Demander les adresses à la mairie ou au bureau de L’Éclaireur
.

Le journal publie encore ces avis :

L’évacuation des enfants.

La commission mixte rappelle aux habitants que tous les enfants au-dessous de seize ans, devraient avoir quitté Reims.
Il en est encore rencontré en ville.
Un dernier délai est accordé jusqu’au 11 mars pour que les enfants soient partis.
Ceux qui après cette date seraient vus ou connus en ville, se­ront évacués d’office sur une colonie d’enfants de la ville de Reims.

Le 8 mars 1918, La commission mixte.

Ne ramassez rien.

Nous recommandons instamment à nos concitoyens de ne toucher à aucun objet qui traîne à terre. Des personnes qui ont commis l’imprudence de ramasser des fragments d’obus, ou même des branches d’arbres fauchés par les éclats, ont été sérieusement brûlées sur diverses parties du corps, les gaz exerçant leur effet vésicant à travers les habits.

Nous avons entendu dire, en effet, que des personnes qui, à la suite des derniers bombardements, ramassaient des branches d’arbres, sans se douter que le bois était empoisonné par l’ypérite, avaient été brûlées, à travers leurs vêtements, aux côtés et sous les bras.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 10 – + 2°. Beau temps. Nuit comme les précédentes, un peu moins bruyante. Mais avions. Retraite du mois. Visite de M. B. de Mun qui insiste pour que je quitte la maison et me réfugie dans les caves Walfard. M. Compant semble l’appuyer très formellement. Visite d’adieu de la famille Becker.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 10 mars

Des coups de main ennemis au bois le Prêtre et dans les secteurs du Reillon et de Letiscourt, ont complètement échoué.
Un avion allemand a été abattu par nos canons spéciaux.
Sur le front italien, les patrouilles de nos alliés ont harcelé efficacement l’adversaire et provoqué une vive réaction de feux. Dans le val Riofredo (plateau d’Asiago), de petits groupes ennemis qui tentaient de rejoindre la ligne italienne, ont été accueillis par des rafales de mitrailleuses et mis en fuite.
Des batteries et des aviateurs anglais ont abattu un avion et incendié deux ballons captifs ennemis. Des hydravions de la marine royale ont jeté deux tonnes de bombes sur des baraquements et des bivouacs ennemis dans la Basse Piave.
En Palestine, les troupes britanniques ont à nouveau progressé au nord de Jérusalem, et bombardé les positions ennemies. Les Turcs ont détruit un pont sur le Jourdain.
En Afrique orientale, les opérations se poursuivent avec succès contre les Allemands.
A la suite de la démission du cabinet Garcia Prieto, le roi Alphonse XIII a reçu les chefs de partis.
Trotski annonce qu’il résilierait ses fonctions de commissaire du peuple.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Plateau d’Asiago, le 17 juin 1918, lors de l’offensive autrichienne. Source : Libre de droit.

En savoir plus sur le plateau d’Asiago 1917-1918

 

 

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Samedi 9 mars 1918

Rue Buirette

Louis Guédet

Samedi 9 mars 1918                                                     

1275ème et 1273ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Gelée, temps magnifique. Beaucoup de courrier, que je n’aurai pas fini aujourd’hui. Pas de nouvelles des Grands, cela nous inquiète un peu. Lettre de mon vieil expéditionnaire le Papa Millet qui est arrivé à bon port à Dinan (C. du N.) (Côtes du Nord, actuellement Côtes d’Armor) chez sa fille. Son voyage d’évacuation s’est bien passé. Encore un fil de mon existence qui se brise. Pas de nouvelles de Reims. Cela me laisse presque indifférent maintenant. Je n’ai, je crois, plus la force de souffrir, de m’inquiéter !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit du 8 au 9 mars 1918 – Nuit encore très mouvementée. A partir de 18 h, tir par obus à gaz, sur le quartier allant de la rue de Vesle à la rue Buirette.

Incendie au coin de la rue de l’Arquebuse.

Deux soldats sont tués et trois autres blessés, à l’école de la rue des Poissonniers.

Reprises du même bombardement sur d’autres quartiers, pen­dant toute la nuit.

Marmites rue de Venise, rue du Barbâtre et tir sur avions, vers minuit et demie.

9 mars 1918 – Bombardement, jour et nuit.

Avant d’entrer, au bureau, nous remarquons un incendie qui semble important : il s’agit, paraît-il de l’entrepôt Mauroy, rue du Temple.

— Dans L’Éclaireur de ce jour, se trouvent ces différentes informations :

Pain.

En raison des frais de transport et de manutention que la ville doit subir, le prix du pain sera désormais de 0,70 la boule de 1 200grammes.

La classe 19

Elle serait incorporée vers le 15 avril.

Le Conseil des ministres a approuvé le projet de loi relatif à l’incorporation de la classe 1919-

L’an dernier, la classe 1918 avait été incorporée après les fêtes de Pâques. Il en sera de même cette année. On peut donc prévoir que la classe 1919 sera appelée aux environs de la deuxième semaine d’avril.

Secours en cas de bombardement par obus à gaz

A la liste des postes de secours indiquée récemment dans notre journal et sur l’affiche apposée en ville, il y a lieu d’ajouter, bien entendu, le poste permanent de la Croix-Rouge, où, depuis le début de la guerre, nos braves brancardiers sont toujours prêts à donner à nos concitoyens le concours de leur compétence et de leur dévouement.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Buirette


Cardinal Luçon

Samedi 9 – + 1°. Gelée blanche ; beau temps. Vers 2 à 4 h. nouveaux bombardements d’environ 1/4 d’heure chaque fois, violents, sur batteries ? Visite de M. René Bazin et de M. le Général Descoings, Chef du service des étapes. Visite à la Cathédrale avec eux. Toute la journée, les avions ronflent, et les obus sifflent : où vont-ils ? Vers 9 h. 1/2 comme hier soir, bombes ; sur batteries ? Sur les passages, sur les rues. Mgr Neveux prononce à Paris un discours, ou conférence, sur l’Héroïsme et le Martyre de Reims (voir Revue Reims-Ardennaise, p. 437, 25 avril-mai 1918).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 9 mars

Assez grande activité de l’artillerie ennemie devant la Pompelle et dans la région d’Avocourt.
En Lorraine, nous avons repoussé un fort coup de main ennemi sur Moncel. Les assaillants, qui ont subi des pertes sérieuses, ont laissé une dizaine de prisonniers, dont un officier entre nos mains.
Sur le front britannique, activité de l’artillerie allemande vers Ribécourt et dans la vallée de la Scarpe.
Grande activité des deux artilleries dans le secteur d’Ypres, entre la route de Menin et la forêt d’Houthulst.
Dans le secteur de Neuve-Chapelle, des détachements ennemis, à la faveur de l’épais brouillard, ont attaqué quelques postes britanniques avancés au nord-ouest de la Bassée. Les assaillants ont réussi à pénétrer dans un des postes d’où quelques hommes ont disparu. Sur les autres points, ils ont été rejetés, laissant des prisonniers.
Un raid aérien a eu lieu sur Londres. On compte 11 morts et 56 blessés. L’attaque, pour la première fois, a eu lieu par une nuit sans lune.
L’Allemagne a signé un traité avec la Finlande.
Le cabinet espagnol, présidé par M. Garcia Prieto, a démissionné.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Vendredi 8 mars 1918

Louis Guédet

Vendredi 8 mars 1918                                                 

1274ème et 1272ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Beau temps, j’ai la tête absolument vide. Toujours des cauchemars la nuit. Peu de courrier ce matin. Ecrit à Bossu qui me demande des nouvelles de Reims, au Procureur de la République de Reims pour mes audiences de réquisitions militaires. Je lui envoie en même temps 2 fragments des vitraux de la Cathédrale de Reims recueillis par moi le 19 septembre 1914. Lettre de Lorin qui me demande ce que devient et va devenir Reims. Je lui ai répondu, et puis c’est tout. Avec ce peu j’ai la tête en marmelade et je suis rompu de fatigue, d’émotions et d’angoisses.

L’Echo de Paris parle avec insistance de l’offensive sur Reims. Il ne manquerait plus que cela. Alors ce serait la disparition de notre pauvre cité, que nous avons défendue et cherché à sauver et faire survivre de ses ruines depuis près de 43 mois !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit du 7 au 8 mars 1918 – Même genre de bombardement qu’au cours de la nuit précé­dente. Par séries de quinze à vingt, les obus s’abattent sur les bat­teries et dans le centre de la ville.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 8 – + 1°. Beau temps, soleil. Toute la nuit, notamment de 2 h. à 5 h., bombardement continu, intense, des batteries. Via crucis 7 h. 30 in Cathedrali. L’horloge intérieure de la Cathédrale, au transept, est démontée. On démonte la tuyauterie des deux Orgues. Visite au Bon Pasteur. Déménagement du mobilier. Les jours précédents de cette semaine déménagement chez nous des effets pour les pauvres, et des Archives. Vers 7 h. puis vers 9 h. bombardement violent des batteries (?) pas loin de nous ; reprise de 10 à 11 h. nuit. Me suis levé. Cette nuit, 8-9, deux obus au Bon Pasteur ; deux à l’Enfant-Jésus.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 8 mars

Bombardement assez violent de la région de Reims et vers Prunay.
Nous avons arrêté des coups de main ennemis en Champagne, dans le secteur des Marquises, dans les Vosges et dans la région du Linge.
Au Violu, assez grande activité des deux artilleries.
Des avions allemands ont bombardé la région au nord de Nancy. Pas de victimes.
De notre côté, nous avons abattu quatre avions allemands.
Notre aviation de bombardement a lancé 12.000 kilos d’explosifs sur les gares et dépôts de munitions de la zone ennemie.
Sur le front britannique, une tentative de raid ennemi, effectuée à la faveur d’un violent barrage d’artillerie, à l’est d’Epehy, a complètement échoué. D’autres détachements, qui tentaient d’aborder nos lignes au sud-est du bois Grenier et à l’est de Poelcapelle ont été également repoussés.
Activité de l’artillerie allemande dans la vallée de la Scarpe, à l’ouest de Lens et à l’est d’Ypres et grande activité dans le secteur de Neuve-Chapelle.
Sur le front de Macédoine, actions d’artillerie sérieuses sur le front Doiran-Vardar, au nord de Lomnica et dans la boucle de la Cerna. Nous avons ramené, par coup de main, des prisonniers bulgares.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Prunay

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Jeudi 7 mars 1918

Louis Guédet

Jeudi 7 mars 1918
St Martin

1273ème et 1271ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Brouillard ce matin. Mal dormi. J’ai des cauchemars effrayants, je ne suis plus fort. Travaillé ce matin, peu de courrier. Répondu. Eté avec Maurice à Songy pour acheter de l’encre. Une bouteille de 2 sous : 9 sous !! Je me suis abstenu et rabattu sur un achat d’une poudre…  mirifique ?! qui doit me donner une petite bouteille d’encre noire. Je me laisse faire. Nous verrons…  le miracle. En revenant à moitié chemin nous voyons un incendie sur Cheppes. J’y vais avec Marie-Louise et Maurice. C’est chez M. Aubert, son ancienne maison, les écuries et la moitié de la maison d’habitation qui sont détruites (Marie-Edouard Raoul Aubert, alors mobilisé au 6e Escadron du Train). Je rentre fatigué. Des troupes arrivent loger ici, le 18e Train et le 49e d’Infanterie, nous devons loger le commandant. Je suis toujours fort triste. Lettre de Jacques Simon qui m’annonce que le ministre des Beaux-Arts a décoré dans la Cathédrale de Reims M. Sainsaulieu, l’architecte, qui a procédé depuis le commencement de la Guerre au sauvetage et aux consolidations de la Cathédrale. Je lui ai envoyé un mot de félicitations.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

7 mars 1918 – Bombardement, toujours avec gaz. Aujourd’hui, a eu lieu l’enterrement de notre camarade Mon­brun. La réunion à l’hospice Roederer-Boisseau était fixée à 14 h ; Cullier et moi nous étant mis en route afin d’y parvenir quelques minutes avant la levée du corps, avions manifesté, auprès d’une religieuse, le désir de présenter si possible nos condoléances à Mme Monbrun, intoxiquée en même temps que son mari — moins gra­vement atteinte — et soignée aussi à l’établissement où il est décé­dé.

On nous fait entrer dans une salle garnie de lits, dont une di­zaine sont occupés par des femmes victimes des derniers bombar­dements à gaz. Nous ne nous y attardons pas, mais le peu de temps que nous passons là, dans ce milieu infiniment attristant, suffit à nous remuer profondément. La vue de ces malheureuses gémissant, méconnaissables, avec des figures congestionnées, les yeux bouffis, dont deux ou trois — prises par les voies respiratoi­res et ne pouvant plus aspirer qu’un peu d’air — sont visiblement en train de mourir, est horriblement lugubre. Ah ! nous sommes bien fixés sur les terribles effets des gaz…

Nous sortons très émus, saisis de pitié pour les pauvres fem­mes qui endurent d’aussi affreuses souffrances et nous nous joi­gnons aux quelques assistants venus saluer le cercueil, exposé nu, sans drap mortuaire. Les brancardiers-volontaires tout dévoués qui, en la circonstance, suppléent les Pompes funèbres, assurent l’in­dispensable du service, avec leur voiture, qui doit servir de cor­billard. Cette voiture qui a si souvent roulé en ville pour le trans­port des blessés ou des morts, est conduite par M. Fauvelet. Le­jeune et Cogniaux faisant office de porteurs, y placent la bière, aussitôt l’arrivée des membres de la municipalité, s’installent sur le siège, auprès du conducteur, puis le pauvre convoi se met aussitôt en marche, sans clergé.

Le cortège est composé de MM. le Dr Langlet, maire et de Bruignac, adjoint ; MM. Cullier, chef du bureau de la comptabilité ; Luchesse, secrétaire général de la police ; Bauchart, secrétaire adjoint ; Cachot, Deseau, de l’état-civil, Mlle G. Jaunet, auxiliaire du bureau militaire ; P. Hess, directeur du mont-de-piété, de trois autres collègues puis de M. Reynier, préposé en chef de l’Octroi, qui s’y joint en cours de route.

Ce triste enterrement, que rien ne ferait remarquer sans la douzaine de personnes suivant la voiture, longe les rues de Courlancy, Martin-Peller, les avenues de Paris et d’Épernay, salué au passage par quelques soldats rencontrés ; il continue son chemin vers le cimetière de l’Ouest entre des 155 d’un côté et leurs projec­tiles emmagasinés en face, de l’autre côté de la route.

Auprès de la tombe, le maire, évoquant le souvenir des victi­mes civiles de Reims, flétrit les moyens barbares employés toujours par nos ennemis, parle de l’épreuve douloureuse supportée par la population et fait ressortir les qualités et le dévouement sans bor­nes de l’excellent collègue que nous accompagnons à sa dernière demeure.

Ce petit discours écouté sans émotion trop apparente, l’assis­tance salue la dépouille mortelle puis, un à un, les assistants rega­gnent la porte du cimetière, ayant plus ou moins à l’esprit l’appré­hension du danger qu’ils courent eux-mêmes, actuellement.

Après la cérémonie, quelques collègues échangent leurs im­pressions. L’avis des moins pessimistes est que l’existence des quelques centaines d’habitants restant encore à Reims, est de plus en plus sérieusement menacée avec les épouvantables bombarde­ments à gaz et que, dans ces conditions, le plus tôt pour l’évacua­tion sera le meilleur.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Avenue de Paris – CPA : collection Pierre Fréville


Cardinal Luçon

Jeudi 7 – + 2°. Gelée blanche. Beau temps, soleil. Visite du Général Petit qui dîne avec nous. Visite d’adieu des Sœurs de St-Vincent de Paul de St-André. Visite d’officiers anglais(1) accompagnés d’officiers français. Ils résident à Jonchery. Tir contre nos batteries pendant 2 ou 3 heures, de 2 h. à 5h. soir. Nuit marquée par de fréquents bombardements des batteries.

(1) Le 9e Corps d’Armée britannique et venu tenir le front entre Craonne et Berry-au-Bac. il est rattaché à la VIe Armée française du général Duchêne. Ce sont ces troupes qui vont combattre à l’ouest de Reims et dont nous retrouvons aujourd’hui les cimetières d’Hermonville au Tardenois et à la vallée de l’Ardre
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 7 mars

Actions d’artillerie, parfois vives, dans la région de la Pompelle, en Champagne et dans quelques secteurs des Vosges.
Un coup de main ennemi vers la Main de Massiges est resté sans succès.
Sur le front britannique, l’artillerie ennemie s’est montrée plus active que de coutume, au sud de Saint-Quentin et vers le bois Grenier; elle a été assez active à l’ouest de Cambrai, au sud-est et au nord-est d’Ypres.
Les pilotes britanniques ont fait du réglage et quelques reconnaissances. Ils ont jeté des bombes sur les voies de garage de Mouscron (nord-est de Lille) et sur des objectifs voisins des lignes ennemies. Deux appareils allemands ont été abattus en combats aériens et un troisième, contraint d’atterrir désemparé. Un appareil anglais n’est pas rentré.
Nos alliés ont bombardé la gare d’Ingelmunster et un champ d’aviation au nord-est de Saint-Quentin. Tous leurs appareil sont rentrés indemnes.
Sur le front italien, reprise d’artillerie, entre le lac de Garde et l’Astico, dans la région de Monterello et le long du littoral.
Nos alliés ont concentré des feux sur des troupes ennemies en marche du côte d’Asiago, au Sud de Primolano et sur la rive gauche de la Piave.
Un aviateur anglais a abattu un avion ennemi près de Conegliano.
Le croiseur anglais Calgarian a été torpillé.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mercredi 6 mars 1918

Louis Guédet

Mercredi 6 mars 1918
St Martin

1272ème et 1270ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Temps magnifique. La neige est presque entièrement fondue. Lettre de Jean qui croit peu à une attaque sérieuse sur Reims, mais, ajoute-t-il, on ne sait jamais et il me conseille de quitter Reims et ne pas insister.

Lettre de M. Carbonneaux, Maison Charles Heidsieck, qui me dit qu’il déménage mes vins au plus tôt, et qu’en attendant il les fera garder. Pourvu que ce soit fait ! J’attends mes bagages en souffrance à Reims, le voiturier les aura-t-il été prendre comme Genet me l’avait promis ?! A la Grâce de Dieu ! J’ai déjà tout perdu, à cela près !! Hélas !

Je vais comme une âme en peine. Je souffre, je suis anéanti. Ayant travaillé toute la matinée, sorti faire 2 kilomètres avec Marie-Louise vers 3h jusqu’en haut de la Voie des Vaches. Je suis revenu éreinté. Je n’ai plus de forces physiques et morales, c’est la mort, l’agonie. Quel martyre !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

6 mars 1918 – Avant de rentrer au bureau, ce matin, passé prendre deux boules de pain pour la popote, à la succursale des Comptoirs fran­çais tenue par Mme Clément, rue Bertin. Un agent était de service à la porte, pour laisser entrer seulement à tour de rôle.

Nous apprenons la mort de notre malheureux collègue Monbrun, auxiliaire faisant fonctions de chef du bureau militaire à la mairie, intoxiqué chez lui, dans la nuit du 28 février, à la suite de l’arrivée d’un obus à gaz.

Violent bombardement par obus à gaz, à 13 h et fin de l’après-midi. 1 500 obus environ, aujourd’hui.

Nuit du 6 au 7 mars 1918

Nuit d’inquiétude atroce.

Vers 22 h, hier soir, nos 120 commençaient un feu serré au­quel les Boches ripostaient immédiatement, avant même qu’il eût cessé, par un furieux bombardement. Les obus arrivant en ville se suivaient sans interruption, en rafales venant éclater tantôt d’un côté, tantôt d’un autre.

Des éclats étant tombés, à certain moment, sur le toit de la maison et sur ceux du voisinage, je jugeai bon d’allumer ma petite lampe, par précaution, afin de me mettre en avance, pour le cas où le rapprochement des projectiles m’obligerait à descendre vi­vement à la cave. Je restai couché cependant, mais le tir était si violent, si concentré sur les points où il aboutissait, qu’il m’a fallu me tenir bien prêt et constamment en éveil, jusqu’à l’instant où il finissait enfin, c’est-à-dire seulement ce matin, au jour.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 6 – + 2°. Nuit tranquille. Beau temps, soleil. Journée assez calme. Visite à Rœderer aux rescapés des Gaz asphyxiants, et aux Évacués de demain. A 9 h. 1/2, violente séance de bombardement, peu longue ; obus pas très loin. Toute la nuit de temps en temps, fréquemment, des obus. Incendie de la Maison Simon, peintre-verrier ; les cartons des vitraux de la Cathédrale sont saufs à Paris.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Rassemblement et classement des fragments de verrières sur le pavé de la cathédrale

Mercredi 6 mars

Au nord du Chemin des Dames et à l’est de Courcy, nous avons réussi des coups de main sur les tranchées ennemies et ramené une vingtaine de prisonniers.
Sur la rive droite de la Meuse, la lutte d’artillerie a été violente dans la région des Caurières et du bois Le Chaume. Sur ce dernier point, les Allemands ont prononcé une attaque qui a été repoussée après un vif combat.
Une autre tentative ennemie au bois des Chevaliers, a subi un échec complet et nous a permis de faire des prisonniers.
En Lorraine, un coup de main allemand sur les tranchées tenues par les Américains, a été repoussé. Les patrouilles de nos alliés, opérant dans la même région, ont fait des prisonniers.
Dans les Vosges, l’ennemi a vainement tenté sur plusieurs points d’aborder nos lignes.
Sur le front britannique, au cours d’un coup de main exécuté avec succès près de Warneton, les Australiens ont fait un certain nombre de prisonniers et enlevé deux mitrailleuses.
Un détachement ennemi qui attaquait un poste anglais dans la même région a été rejeté après combat.
Les patrouilles anglaises ont fait des prisonniers aux alentours de Saint-Quentin.
L’activité combative s’est limitée, par suite du mauvais temps sur le front italien.
Canonnade dans le val Lagarina.
Le long de la Piave, les batteries ennemies ont été réduites au silence par des concentrations de feux.
Les Allemands annoncent que la signature de la paix est imminente entre les empires du Centre et la Roumanie.
Une protestation s’élève dans toute la Russie contre le traité humiliant conclu à Brest-Litowsk, par Trotski et Lenine. Elle est surtout vive à Moscou.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mardi 5 mars 1918

Louis Guédet

Mardi 5 mars 1918
St Martin

1271ème et 1269ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Beau temps, le dégel. Je vais le matin à Songy porter une dépêche pour le Procureur, afin qu’il fasse mettre en sûreté l’argenterie de la Chambre des notaires que j’ai oubliée d’emporter. Durant l’après-midi je range, je classe, je m’organise pour travailler et rattraper mon retard de 15 jours car il ya eu ce temps où je ne pu rien faire. Je suis toujours bras et jambes cassés.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

5 mars 1918 – Bombardement serré dès le matin — 4 h 1/2.

Le total des évacuations à ce jour, est de 2 035, dont 120 pour aujourd’hui.

Violent bombardement par obus à gaz et à plusieurs re­prises, dans la soirée. Environ 1 000 obus, pour la journée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 5 – + 2°. Nuit tranquille. Journée assez tranquille. Avions. Quelques coups de canon. Visite dans les rues, vers l’Hôpital Général. Vu M. Guichard. Visite aux Sœurs de l’Espérance, rue Chanzy. Visite d’adieu de Mlle Grandel.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Hôpital civil


Mardi 5 mars

Lutte d’artillerie dans les régions de Beaumont et de Bezonvaux, ainsi qu’en Haute-Alsace, au Ban-de-Sapt et à l’est de Largitzen.
A l’est de la Meuse, nous avons exécuté, malgré une tempête de neige, un large coup de main sur les organisations ennemies à la tranchée de Calonne. Nos troupes ont pénétré jusqu’à la quatrième ligne allemande sur un front de 1200 mètres et une profondeur atteignant 500 mètres en certains points.
Au cours de ce coup de main, une contre-attaque ennemie lancée sur notre flanc gauche a été repoussée après un vif combat qui a coûté des pertes importantes à nos adversaires. Le chiffre des prisonniers dénombrés dès le premier moment dépasse 150. Nous avons également ramené du matériel. Nos pertes sont légères.
Au nord-ouest de Bezonvaux, un coup de main allemand a échoué. D’autres ont échoué en Lorraine, dans la région de Parroy, vers Neuvillers et vers Bures et Vého.
En Haute- Alsace, nous avons arrêté une tentative ennemi.
Les Anglais out effectué avec succès un certain nombre de coups de main. Les Australiens ont pénétré dans les tranchées allemandes à Warneton, tuant une cinquantaine d’hommes, ramenant onze prisonniers.
Les troupes de Middlesex ont abordé les positions ennemies au nord de Passchendaele et ramené des prisonniers.
Un raid allemand a échoué au sud de Saint-Quentin.
Lutte d’artillerie et fusillade sur le front italien.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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